Ca m’embêtait de mettre les films ci-dessous dans le classement car c’est pas des comédies-hihi à proprement parler mais c’est des comédies quand même, et surtout des films de chevet donc voilà une petite sélection de films que Télé 7 Jours qualifierait de « comédies dramatiques » et Télérama de « comédies douces-amères » :
La Famille Tenembaum

Comme tous les films de Wes Anderson, un film marqué par la mort et le deuil. Il débute par la mort du couple avec une scène au cours de laquelle un père annonce à ses enfants que lui et son épouse vont divorcer; on découvre ensuite que l’un d’eux, interprété par Ben Stiller, élève ses 2 enfants seul suite au décès de son épouse; plus tard son frère interprété par Luke Wilson tente de se suicider en s’ouvrant les veines. Je pourrais citer d’autres événements mais pour faire bonne mesure, le film s’achève sur un enterrement : cette manière de rire ou sourire, d’adopter un certain détachement par rapport à des faits ou des caractéristiques dont on tire les drames voire les mélodrames est évidemment ce qui fait tout le sel et tout le charme de La Famille Tenenbaum et de tout le cinéma de Wes Anderson.
Kennedy et moi

Je suis malgré tout un énorme fan de Jean-Pierre Bacri (malgré la répétition des rôles et de leur interprétation je veux dire) et Kennedy et moi représente sans doute l’apogée du bacrisme, cette misanthropie de façade résultant d’une trop grande sensibilité (je résume).
Je suis également un grand fan de Jean-Paul Dubois, romancier certes reconnu mais encore sous-estimé selon moi, et la rencontre des 2, Bacri et Dubois, tombe sous le sens (le film est l’adaptation du roman éponyme).
Ceci étant, Kennedy et moi est signé Sam Karmann, surtout connu pour son second rôle auprès de Roger Hanin dans Navarro mais aussi réalisateur de quelques films humbles, bien troussés, et sensibles là encore.
Ici donc l’histoire d’un écrivain dépressif qui se soustrait peu à peu au monde qui l’entoure (son travail, sa femme qui le trompe, ses enfants) et qui graduellement là aussi, retrouve l’envie d’avoir envie, notamment en se focalisant sur la montre de son thérapeute (le génial et trop rare François Chattot) qui aurait appartenu à JFK.
Le film échappe au ronron potentiel du drame familial franco-français grâce, comme toujours dans l’écriture de Jean-Paul Dubois, à une grande lucidité du personnage principal, à un recul salvateur mais aussi grâce à la cocasserie des manifestations de sa dépression (il sympathise avec l’amant de sa femme, attrape les mouches au vol, casse la gueule de son dentiste etc) et son intérêt réside évidemment dans son casting, impeccable (Nicole Garcia, Patrick Chesnais, Sam Karmann, François Chattot donc, et Bacri). C’est une histoire (pas vraiment d’histoire d’ailleurs) qui me touche, elle est simplement racontée, excellemment écrite et interprétée. C’est à l’instar de The Big Lebowski ou des films de Wes Anderson par exemple, un des films que je revois régulièrement. Par ailleurs, il se déroule à Saint Jean de Luz et sur la côte basque, autrement dit et comme chacun sait, dans Le Plus Beau Pays du Monde. Ca joue aussi.
Ghost World

Celui-là aussi je le revois très régulièrement depuis des années, disons 1 fois par an en moyenne. Un film doudou. Sans doute dans le top 5 de mes films préférés en vérité.
C’est marrant parce qu’à sa sortie, j’étais encore suffisamment jeune pour m’identifier au personnage interprété par Thora Birch (enfin, disons que les souvenirs du lycée étaient encore relativement frais) et en vieillissant, j’en suis venu à pencher du côté de celui interprété par Steve Buscemi, normal. On est d’accord que c’est pas forcément une bonne nouvelle pour moi.
Sinon, Ghost World c’est tout simplement avec Supergrave et Rushmore le meilleur film jamais réalisé sur l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte, y a pas débat.
Funny People

Sans doute objectivement le meilleur film de Judd Apatow, celui qui réussit la synthèse parfaite entre sa veine comique et ses aspirations quasi bergmaniennes. « Entre Woody Allen et Blake Edwards » dit l’affiche et pour une fois, elle dit juste ».
Apatow y revisite ses débuts en tant que comédien de stand up en compagnie de celui avec qui il les a effectué, Adam Sandler, et de celui qu’il a révélé et mis à plusieurs reprises au premier plan, Seth Rogen. C’est un portrait sans concession des « funny people », professionnels de la rigolade jusqu’à la nausée, jusqu’à devenir des « funny people », des drôles de personnes, handicapées de la vie. On y rit beaucoup mais jamais vraiment de bon coeur, constamment gêné aux entournures par le malaise, l’aigreur, la frustration, la tristesse voire le désespoir sous-jacents. Un film aussi émouvant qu’impressionnant.