Les belles gosses

Dans la rue, 2 jeunes filles, entre 13 et 15 ans je dirais, marchent devant moi:

– Non mais moi tu vois quand je dis « moche » c’est moche quoi mais c’est pas genre MOCHE tsé c’est juste quand j’aime pas quelqu’un genre j’la supporte pas, j’dis « elle est moche ». Y a « moche » et puis après y a « moche » mais vraiment LAIDE quoi
– Ouais mais trop c’est comme quand on dit « elle est con », y a genre « con » et puis carrément STUPIDE
– Mais trop mais chais pas mais elle, elle est moche quoi, chais pas comment dire tsé
-…
– Mais en vrai tsé je suis pas mieux qu’elle. Je dirais pas je suis moche mais je me sens genre pas bien quoi
– Non mais ça va, t’es pas…
– Non mais tsé non mais des fois c’est GRAVE quoi tsé je me suis rendu compte quand je parle avec quelqu’un mais genre quand on est super près, faut toujours que j’ai un truc devant moi pour cacher un peu ou chais pas genre je touche mes cheveux ou je regarde mon téléphone mais je me sens trop mais trop mal quoi genre hier avec Ingrid chais pas si t’as vu
– Mais t’as des problèmes d’anxiété des fois?
– Non mais chais pas des fois tu vois je me mets à réfléchir à des trucs et ça me prend trop la tête tu vois hihi je sais c’est débile mais je réfléchis mais TROP quoi c’est comme la fois ou je croyais j’étais bi mais genre j’arrêtais pas d’y penser! J’ai pensé « je suis bi » mais pendant 1 semaine quoi et puis en fait je me suis dit mais c’est trop bizarre quoi. Enfin chais pas t’imagines toi? Tu sors avec une fille enfin chais pas, j’ai pensé « je suis bi » et après je me disais nan mais en fait c’est trop trop bizarre quoi hihi
– Ouais enfin chais pas quand je suis sorti avec Alice ouais parce qu’en fait je suis sortie avec Alice chais plus si je t’ai dit ou pas
– Non tu m’avais pas dit…
– Chuis sortie avec Alice, c’était à l’anniversaire de Ghislain, chais pas c’était bizarre mais pas trop non plus, enfin je me suis pas dit « je suis bi » ou quoi, on est sorti ensemble, ça c’est fait quoi
-…
-…
-…
-…

Elles sont restées silencieuses sur une centaine de mètres puis nos chemins ont bifurqué.

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Tous les matins 2

J’ai déménagé il y a un peu moins d’un an. Nouvel itinéraire (en partie), « nouveaux » horaires (je vis plus près du bureau mais comme je suis prêt à partir à la même heure, je fais mon trajet plus tôt), donc nouvelles personnes croisées sur le chemin:

Il y a les mamans qui accompagnent leur(s) enfant(s) à l’école qui se trouve juste à côté de chez moi. Les mamans car très (très) rarement les papas : école privée catholique qui m’a l’air bien gratinée. Quand elles ne sont pas à pied, c’est un défilé de Fiat 500, Austin Mini mais aussi de 4×4, pardon de SUVs comme on dit désormais, EXTRÊMEMENT UTILES en centre ville.

Il y a cette maman en particulier, qui galère avec son petit, la pauvre… Au début de l’année (scolaire, en septembre donc), il faisait sa toute première rentrée j’imagine car elle devait littéralement le traîner par la main sur le trottoir ou le porter alors qu’il se débattait, hurlant qu’il voulait pas y aller. Ca a duré super longtemps cette histoire. Mais maintenant il a pris la confiance, il pète le feu: il fonce à toutes berzingues sur son petit vélo à petites roues et elle doit lui courir après, essoufflée. C’est la seule maman « normale » que j’ai pu voir jusqu’à présent (pas super apprêtée, voire sentant encore la dormite) au milieu d’un contingent de bourgeoises toulousaines sans doute fraîches et dispos dès 7h du matin après leur cours de pilates.

Il y a ce type très mince toujours habillé en noir et souvent en polo manches courtes que je croise à différents endroits de mon trajet (parfois près du bureau, parfois dans ma rue) et j’ai toujours pas réussi à comprendre où il se rendait, quel pouvait bien être son boulot et ça m’énerve. Je vais finir par le suivre un jour.

Il y a le propriétaire du bar L’Autan, un des bars historiques de Toulouse, notamment pour la scène et le public punk. Il balade son chien, un énorme bouledogue anglais qui a du mal à se déplacer tellement il est énorme (probablement un peu âgé aussi). Lui est imposant, tatoué (y compris sur le visage et le crâne qu’il a évidemment entièrement rasé), renfrogné, un peu âgé aussi et ils forment à eux 2 le plus parfait exemple du cliché qui veut qu’un animal domestique et son propriétaire se ressemblent.

Il y a ce moment où je rentre dans le parc situé juste avant le bureau et que j’aime bien

Il y a ce type qui vient probablement de déposer son enfant à la crèche près du bureau (ou alors sa trottinette est beaucoup trop petite pour lui) et qui arbore toujours d’invraisemblables combinaisons de couleur. Je pense immédiatement et systématiquement aux Teletubbies en le voyant.

Il y a toujours cette femme d’âge moyen qui s’habille de manière légère quelle que soit la saison et dont j’ai déjà parlé dans mon premier billet. Aujourd’hui par exemple, je porte un polo, un pull, une veste et je regrette de pas avoir pris mon foulard. Elle marchait tranquilou en débardeur et nus-pieds.

Il y a ce petit mec avec qui je prenais souvent le métro et que je ne croisais plus depuis que j’ai arrêté de le prendre. Je le revois assez régulièrement maintenant. Je dis « petit mec » parce qu’il est vraiment très petit. Je sais que c’est con et condescendant mais les mecs vraiment très petits me font toujours un peu de peine. Lui avait l’air toujours triste de surcroît, même si j’ai bien conscience que ça n’avait sans doute rien à voir avec ça. D’ailleurs il n’était peut-être pas triste, c’était juste son expression visagale. Quoiqu’il en soit, ça faisait un bon moment que je l’avais pas recroisé: pour nos « retrouvailles », il menait un petit groupe de types en costume qui sortaient d’une banque. Il était transformé, à tel point que j’ai mis du temps à le reconnaître mais c’était bien lui : cheveux gominés et coiffés en arrière, beau costume, très sûr de lui cette fois, mais pas dans le bon sens du terme. Si ça se trouve c’est un connard en fait et Randy Newman a raison :

Il y a cette jeune fille qui porte tous les jours une robe plutôt courte, unie ou à imprimé. Tous les jours, été comme hiver. Un jour qu’elle marchait avec une amie, et alors que je l’imaginais volontiers en héroïne rohmerienne, je l’ai entendue parler droit des entreprises avec beaucoup d’entrain.

Il y a ce type à la gueule incroyable, taillée à la serpe, l’œil noir, entre ex-junkie, ex-SDF et ex-exécuteur de basses œuvres dans un pays de l’Est. Toujours vêtu comme un régisseur en charge d’événements et structures complexes (chaussures de randonnée hyper techniques, cargo pants aux nombreuses poches visiblement bien remplies, sac à dos j’ai-fait-le-K2-l’été-dernier) il a l’air super vif, super fit, et marche d’un pas nerveux. Il me fait un peu peur.

J’ACCUSE

Car je n’en puis mais :

– les gens qui, sur un trottoir, marchent à 2 à l’heure et parviennent, alors qu’ils sont parfois plus minces que toi, et donc souvent par le seul truchement de leur démarche, à le bloquer entièrement et à t’empêcher de les dépasser. Alors que t’es dans une situation de stress et de détresse totale, genre coup d’envoi imminent d’un match du Real en Ligue des Champions (c’est un exemple. Pris au hasard). Bonus je-m’arrête-sans-crier-gare-de-sorte-à-ce-que-tu-me-rentres-dedans-ou-que-tu-sois-contraint-de-faire-un-écart-de-gymnaste.

– les gens qui roulent à vélo sur les trottoirs.

– les gens qui roulent à vélo sur les trottoirs et qui te jettent un sale regard signifiant que c’est toi qui les dérange (peine de mort pour ceux là).

– les gens qui, pendant une séance de ciné, sont assis juste derrière ton siège et n’arrêtent pas de taper dedans, volontairement ou pas. Alors que t’es là, juste devant eux. Et qu’ils te voient très bien. Et qu’ils te pissent à la raie, donc.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, ne prennent pas la peine de régler l’éclairage de leur écran de téléphone portable au plus bas.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, ne prennent pas la peine de couper leur sonnerie.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, répondent au téléphone ( = peine de mort).

C’en est trop

– les gens qui mettent l’intégralité de leur message dans l’objet du mail et t’envoient donc un mail vide. Mais comment vivent ces gens? Qu’auraient-ils fait durant l’Occupation? Je pose la question.

– les gens à qui tu fais découvrir un artiste, qui en ont rien à carrer et qui, X mois ou semaines plus tard, se ramènent la gueule enfarinée: « Oh tu connais chanteur-groupe-que-tu-lui-as-fait-découvrir ? C’est gééééééééééniaaaaaaaaaaal, je t’assure, tu devrais écouter ça ».

– les gens qui, dans une salle d’attente ou un lieu public, font profiter absolument tout le monde de leur conversation téléphonique mais te lancent un regard désapprobateur quand tu fais montre de la plus petite réaction à ce qu’ils viennent de dire à leur interlocuteur.

– les gens qui tapent la causette à l’employé.e de caisse du supermarché/du ciné/de-ce-que-tu-veux alors que 45 personnes attendent derrière eux, en vous remerkiaaaaaaaaaaant.

– les gens qui, à la boulangerie, demandent une baguette pas trop cuite/bien cuite (déjà faut être un peu déviant pour demander une baguette bien cuite. Sans doute les mêmes gens qui mangent des pains au raisin au petit-déjeuner ou qui se déplacent en trottinette MAIS PASSONS.) et qui, non-pas-celle-là-non-celle-à-gauche-là-voyons ?-ah-non-pardon-ça-va-pas-oui-celle-là-parfait. Peine de mort en cas de combo 1 seul.e employé.e/9 personnes derrière eux.

– les gens qui, de façon générale, en définitive, et très globalement, ne se plient pas à mes habitudes, desiderata et modes de fonctionnement.

– les gens.

Mon rêve 18

Aujourd’hui, classe.

Je triche un peu car c’est pas mon rêve de la nuit dernière mais de la précédente. Je venais de friser l’arrêt cardiaque devant la qualification aux forceps de mi Madrid contre les sales rouges du Bayern. D’où le pourquoi du comment, en partie.

Et donc me voilà dans l’équipe de tournage de Nouvelle Star, wahou ! Je sais pas très bien quel est mon rôle au juste mais je suis là, avec les éclairagistes, preneurs de son etc.

Sauf qu’au même moment se jouent les demies-finales de la Ligue des Champions : d’un côté LiverpoolRoma, comme IRL, et de l’autre, mi Madrid affronte non pas les wurst de Munich mais les ex-Yougos d’Hajduk Split. Des demies à la saveur bien 80s donc. Et à chaque fois que je regarde mon téléphone pour suivre l’évolution du score (je bosse au moment où le Real joue un match de cette importance, preuve ultime que je suis vraiment dans un rêve sinon en plein délire), c’est comme si je me retrouvais sur le terrain, en plein match, au milieu de l’action. Sensation assez cool je dois l’avouer.

Mais faut bien bosser et je m’en retourne donc à l’ « épisode » de Nouvelle Star qu’on est censé tourner : un casting qui se déroule à la campagne, dans une belle demeure bourgeoise. Dédé Manoukian est de la partie évidemment, il traîne dans les coulisses. Parmi les membres du jury, il y a aussi cette ancienne candidate de l’émission dont je ne souvenais que du visage:

Je te dis pas comme j’ai galéré pour la resituer afin de choper une photo. Elle est très volubile, c’est un peu la chef des jurés.

Sauf qu’arrivé à la dernière candidate, qui soit dit en passant se fait littéralement massacrer par le jury, elle s’est transformée en

Mais genre transformation lynchienne, substitution, à la Lost Highway: c’est telle personne et puis pouf, c’est la même personne mais incarnée par une personne différente, tu vois ? Qui, elle, était candidate de la Star Academy et qui m’a bien fait galérer itou car je ne connaissais là aussi que son visage (Carine en fait; la première c’est Myriam).

C’est la fin du tournage. Ni une ni deux, les journalistes accrédités sur le plateau se ruent sur la dite Carine qui a manifestement des choses à leur raconter. D’ailleurs tout le monde s’est comme figé dans l’attente des paroles de l’Oracle: « Ouais en fait je voulais annoncer qu’une page se tourne pour moi, c’est fini Nouvelle Star. J’ai de nouveaux projets, des projets d’envergure ».

C’est manifestement un énorme scoop, tout le monde est sur le cul (dans mon rêve Carine est donc une méga-star. Dans mon rêve et dans les siens j’imagine, vu sa « carrière » post-Star Academy). Un journaliste la relance donc, normal:
« – Et qu’allez-vous faire maintenant ?
– Je vais devenir animatrice sur la nouvelle chaîne Cuisine & Foot « .

Là je peux pas m’empêcher de pouffer et de lâcher « ah ouais, classe ». Tout le monde se fige à nouveau mais vers moi cette fois, en me lançant des regards désapprobateurs sinon vindicatifs.

Et je me réveille.

Dans ma rue

(C’est « dans mon quartier » en réalité mais c’était pour reprendre le titre d’une chanson.)

J’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté un quartier plutôt populaire quoiqu’en forte voie de gentrification (enfin, comme partout), vivant, avec beaucoup de bars, restaurants, étudiants (le quartier Saint-Aubin) pour un quartier beaucoup plus tranquille, résidentiel et bourgeois (Les Chalets). Pour résumer ça en termes d’accessoires, je suis passé du djembé au trois rangs.

Historiquement, Les Chalets est le quartier de la Résistance à Toulouse: les noms de rues et plaques disséminées ici et là le rappellent encore aujourd’hui. C’est aussi un des quartiers qui a la plus préservé son esprit « village ». Cette singularité pour un quartier situé en plein centre-ville, et l’attachement de ses habitants à son égard est renforcé par le fait que les commerces bénéficient d’une certaine exclusivité: on trouve UN bar, UN restaurant, UNE supérette, UNE pharmacie, UN boulanger (quand j’en comptais 5 par exemple à maximum 200m de mon ancien domicile…).

Peu de commerces, beaucoup d’habitations = peu de monde dans les rues. Je croise quand même quelques personnes intéressantes :

Il y a Yoann Huget

Il joue au Stade Toulousain et en équipe de France (de rugby donc). Il est pas super grand ni super costaud (en même temps il joue arrière ou ailier) mais tu sens le mec bien tonique quand même. C’est pas Chabal mais t’as pas trop envie de le faire chier quoi. Il vit dans ma rue lui, à 2 ou 3 numéros de mon immeuble. Faut que je lui demande une photo un jour, ça fera plaisir à mon frère qui supporte le ST.

Il y a cette vieille dame qui se trimballe toujours 2-3 sacs à main bien remplis, je me demande ce qu’elle peut bien y fourrer. Un jour que je déjeunais avec une amie et son enfant à la boulangerie du quartier (la boulangerie fait aussi des salades, tartes, plat du jour le midi), elle a engagé la conversation au sujet du petit, « et comme il est mignon, et comme il est bien élevé » etc etc. Elle a insisté pour lui offrir le gâteau de son choix au dessert, j’ai trouvé ça incroyablement généreux. J’y repense à chaque fois que je la croise.

Il y a Clément Poitrenaud

Ancien joueur du Stade Toulousain et de l’équipe de France (de rugby aussi). Beau mec : il a gardé la ligne et avec les années, ses traits adolescents se sont un peu estompés, il a gagné en masculinité si je puis dire. Je crois qu’il « fait de la photo » maintenant. Comme c’est original.

Il y a ce grand type toujours tiré à 4 épingles que je croisais parfois dans le quartier où je travaille ou ailleurs en ville. Il a les cheveux très longs, très bien peignés (toujours lâchés), un style vaguement sartorial, il ne passe pas inaperçu avec sa taille et sa démarche caractéristiques (il fait de très grands pas). J’ai été bêtement et inexplicablement content de découvrir qu’il habitait dans ma rue. Et tout aussi bêtement et inexplicablement déçu quand je l’ai croisé il y a quelques semaines: il s’était fait couper les cheveux.

Il y a ces 2 soeurs (jumelles?) un peu hirsutes et au physique un peu ingrat qui me font penser aux 2 soeurs un peu hirsutes et au physique un peu ingrat de Marge Simpson (elles ont quand même l’air un peu plus aimable).

Il y a Jean-Pierre Mader

A la terrasse du bar du quartier

Oui, LE Jean-Pierre Mader. La soixantaine fringante, il est plutôt beau mec. Un jour, à la terrasse du restaurant du quartier, il déjeunait avec le type de Cookie Dingler qui lui disait, très sérieux: « Sabrina, c’est Sabrina« . Lui aussi faut que je lui demande une photo un jour.

Il y a un jeune type toujours à la terrasse du café du quartier (parenthèse: un des plus vieux cafés de Toulouse, une institution). Les premières fois que je le croisais, il était très propre sur lui, cheveux courts, tiré à quatre épingles etc. Et quelques mois plus tard, la métamorphose: les cheveux longs, grisonnants, parfois retenus dans un catogan filasse, un vieux manteau fatigué sur le dos, des chaussures pourraves etc. Il est pas en voie de clochardisation (enfin, je pense et l’espère en tout cas pour lui), il a davantage une allure d’intellectuel/littéreux de l’extrême, qui écrirait ou chercherait l’inspiration au café. Il en est pas à boire de l’absinthe ceci dit, il a toujours une tasse de café devant lui et il vapote. Je le vois en terrasse A CHAQUE FOIS que je passe devant, c’est à dire quasiment tous les jours, été comme hiver, matin, midi ou soir.

Il y a un Chevalier du Fiel

Eric Carrière de son nom. La soixantaine moins fringante lui. En plus il s’habille comme un ado, avec des slims et des t-shirts hyper échancrés en été, il est un peu ridicule. Un jour que je marchais une dizaine de mètres derrière lui, j’ai entendu ce qu’a dit un mec à sa copine juste après qu’il est passé devant eux: « si si je t’assure, je sais plus lequel des 2 c’est mais c’est Chevallier ou Laspalès, l’un ou l’autre ». Faut pas que je lui demande une photo à lui.

Il y a les employées de la boulangerie (que j’adore. La boulangerie. Le pain, les viennoiseries, les tartes, les gâteaux, les sandwiches même, j’aime tout là bas): le boulanger, qui a une bonne tête de boulanger qui aime son métier malgré l’épuisement, les traits tirés et les épaules voûtées; les vendeuses, que ça soit la cagole toulousaine (« quatrevingdjicengtchimes sivouplaieu ») ou la entre-deux-âges (elle pourrait tout aussi bien avoir 32 ans que 46), efficace, toujours aimable sans obséquiosité, pro.
Et puis il y a la petite nouvelle : boulotte, lunettes rondes, incroyablement molle, elle me fait penser à Christophe Bourseiller dans Un éléphant ça trompe énormément. Elle a évidemment et immédiatement gagné toute ma sympathie.

Mon rêve 10

Aujourd’hui, du rififi dans la work place.

J’ai déjà évoqué (enfin, il me semble) ma passion pour tout le lexique et la « novlangue » liée aux entreprises 2.0, tout ce vocabulaire marketing-franglais-nawak de merde. J’en ai appris une bonne récemment: dans une société toulousaine, les chargés de relation commerciale (déjà une périphrase inutile pour désigner des commerciaux) sont nommés, tiens toi bien, « customer lover ». Ca m’a complètement déprimé et probablement inspiré ce qui suit.

Je suis donc au bureau quoique pas au même endroit dans lequel je me rends chaque jour mais c’est bien mon lieu de travail. Il s’agit ici d’une grande salle avec une grande table entourée de chaises, genre salle du conseil d’administration d’une grande entreprise. Bon.

J’ai préparé une liste de points pour la refonte du site internet d’un client, je m’apprête à la leur adresser (c’est mon boulot dans la vraie vie réelle). Là dessus, mon patron débarque et me lance sans trop de ménagement « assieds toi, on va la regarder ensemble ». Bon.

Je m’installe donc à côté de lui, pose mon document sur la grande table et là y a un grand type qui débarque sans crier gare, la bonne cinquantaine, des lunettes, un costard un peu ringard. J’ai immédiatement pensé à Robert Bourgi, le mec qui a offert des costumes à François Fillon.

Le patron me le présente sans trop de détails comme « M. X (me souviens plus de son nom), c’est un consultant synergie qu’on a pris pour checker nos backlogs et optimiser les points d’achoppement ». J’ai envie de lever les yeux au ciel mais je réponds simplement « ok » tout en me disant « c’est curieux ce mec un peu vieux, c’est pas un connard en Stan Smith mais bon, ok ».

Il porte peut-être pas des Stan Smith mais c’est quand même un connard: il s’installe de manière à m’éjecter de la table avec l’air affairé et pénétré de ceux qui ont l’intime conviction d’avoir plus d’importance que toi. Je me lève (et je le bouscule pas) et je me tiens debout derrière eux pendant qu’ils jettent un œil à mon document. Je vois que le type met des petites marques de validation ou des points d’interrogation pendant que mon patron acquiesce sans rien dire.

Puis une phrase semble lui poser problème. Il s’attarde dessus avec son stylo, fronce les sourcils. Il finit par noter une remarque qu’il souligne vigoureusement à deux reprises: « il faudré esspliqué ça 1 peu mieux ». Là je me dis « putain mais sans déconner c’est qui ce mec qu’on a dû payer une blinde pour écrire de la merde?!?! ». Sauf que je l’ai pas pensé, je l’ai dit à haute voix: mon patron et lui lèvent les yeux vers moi et me fusillent du regard. En fait, toute la salle se fige (elle est pleine et assez bruyante, des collègues, des personnes non identifiées) et me fusille du regard. Je me retrouve évidemment bien con et un peu désemparé lorsqu’une collègue, bien identifiée elle, me lance en rigolant « mais qu’est ce que t’es con. Oh la la t’es con… T’es vraiment trop con. Con con con ».

Je me marre et je me réveille. D’ailleurs je continue à me marrer une fois réveillé.

Mon rêve 8

Aujourd’hui, une plongée sans concessions dans mon intimité et mes fluides corporels. Un genre de point de non retour donc.

Ca se passe dans la maison familiale, dont on était pas propriétaires en réalité mais bon, c’est LA maison familiale, celle dans laquelle j’ai grandi. Et j’ai envie de pisser. Mais le truc c’est que j’ai réellement envie de pisser : je suis pas réveillé puisqu’il s’agit bien d’un rêve mais je sais pas, je sens que j’ai envie de pisser.

C’était une grande maison, un immense terrain surtout, isolé dans la campagne donc je me balade pour trouver un coin tranquille : pas moyen, y a toujours quelqu’un, un frère, une soeur, un voisin qui se trouve planté là donc bon, je me retiens. A un moment, un peu en désespoir de cause, je vais dans le jardin (potager) tenu par mon père mais évidemment, il est là, en train de travailler…

Puis tout à coup et sans transition je me retrouve dans le garage, ou ce qui faisait office de garage, avec un sol en terre battue (j’ai grandi à la ferme). Là je me dis, ouf c’est bon, tranquille, mais non, la porte s’ouvre et plein de poules s’y engouffrent, qui commencent à me courser (j’ai grandi à la ferme mais j’ai jamais aimé, voire toujours eu un peu peur des poules et des volatiles en général). Y en a de plusieurs sortes et elles me coursent vraiment ces connes. Une notamment, petite et d’un blanc immaculé, me parait particulièrement agressive: je la vois en train de courir vers moi de sa démarche caractéristique, d’un côté, de l’autre, d’un côté, de l’autre, les ailes collées au corps avec l’oeil du Malin. Ni une ni deux, je me saisis d’un plumeau (un plumeau pour faire la poussière oui) et je l’agite frénétiquement et de manière ridicule devant moi pour les tenir éloignées. Ah faut pas me faire chier moi quand ça dégénère.

Et là je me réveille. Il est 5h du matin, je me lève pour pisser.