Mon rêve 18

Aujourd’hui, classe.

Je triche un peu car c’est pas mon rêve de la nuit dernière mais de la précédente. Je venais de friser l’arrêt cardiaque devant la qualification aux forceps de mi Madrid contre les sales rouges du Bayern. D’où le pourquoi du comment, en partie.

Et donc me voilà dans l’équipe de tournage de Nouvelle Star, wahou ! Je sais pas très bien quel est mon rôle au juste mais je suis là, avec les éclairagistes, preneurs de son etc.

Sauf qu’au même moment se jouent les demies-finales de la Ligue des Champions : d’un côté LiverpoolRoma, comme IRL, et de l’autre, mi Madrid affronte non pas les wurst de Munich mais les ex-Yougos d’Hajduk Split. Des demies à la saveur bien 80s donc. Et à chaque fois que je regarde mon téléphone pour suivre l’évolution du score (je bosse au moment où le Real joue un match de cette importance, preuve ultime que je suis vraiment dans un rêve sinon en plein délire), c’est comme si je me retrouvais sur le terrain, en plein match, au milieu de l’action. Sensation assez cool je dois l’avouer.

Mais faut bien bosser et je m’en retourne donc à l’ « épisode » de Nouvelle Star qu’on est censé tourner : un casting qui se déroule à la campagne, dans une belle demeure bourgeoise. Dédé Manoukian est de la partie évidemment, il traîne dans les coulisses. Parmi les membres du jury, il y a aussi cette ancienne candidate de l’émission dont je ne souvenais que du visage:

Je te dis pas comme j’ai galéré pour la resituer afin de choper une photo. Elle est très volubile, c’est un peu la chef des jurés.

Sauf qu’arrivé à la dernière candidate, qui soit dit en passant se fait littéralement massacrer par le jury, elle s’est transformée en

Mais genre transformation lynchienne, substitution, à la Lost Highway: c’est telle personne et puis pouf, c’est la même personne mais incarnée par une personne différente, tu vois ? Qui, elle, était candidate de la Star Academy et qui m’a bien fait galérer itou car je ne connaissais là aussi que son visage (Carine en fait; la première c’est Myriam).

C’est la fin du tournage. Ni une ni deux, les journalistes accrédités sur le plateau se ruent sur la dite Carine qui a manifestement des choses à leur raconter. D’ailleurs tout le monde s’est comme figé dans l’attente des paroles de l’Oracle: « Ouais en fait je voulais annoncer qu’une page se tourne pour moi, c’est fini Nouvelle Star. J’ai de nouveaux projets, des projets d’envergure ».

C’est manifestement un énorme scoop, tout le monde est sur le cul (dans mon rêve Carine est donc une méga-star. Dans mon rêve et dans les siens j’imagine, vu sa « carrière » post-Star Academy). Un journaliste la relance donc, normal:
« – Et qu’allez-vous faire maintenant ?
– Je vais devenir animatrice sur la nouvelle chaîne Cuisine & Foot « .

Là je peux pas m’empêcher de pouffer et de lâcher « ah ouais, classe ». Tout le monde se fige à nouveau mais vers moi cette fois, en me lançant des regards désapprobateurs sinon vindicatifs.

Et je me réveille.

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Dans ma rue

(C’est « dans mon quartier » en réalité mais c’était pour reprendre le titre d’une chanson.)

J’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté un quartier plutôt populaire quoiqu’en forte voie de gentrification (enfin, comme partout), vivant, avec beaucoup de bars, restaurants, étudiants (le quartier Saint-Aubin) pour un quartier beaucoup plus tranquille, résidentiel et bourgeois (Les Chalets). Pour résumer ça en termes d’accessoires, je suis passé du djembé au trois rangs.

Historiquement, Les Chalets est le quartier de la Résistance à Toulouse: les noms de rues et plaques disséminées ici et là le rappellent encore aujourd’hui. C’est aussi un des quartiers qui a la plus préservé son esprit « village ». Cette singularité pour un quartier situé en plein centre-ville, et l’attachement de ses habitants à son égard est renforcé par le fait que les commerces bénéficient d’une certaine exclusivité: on trouve UN bar, UN restaurant, UNE supérette, UNE pharmacie, UN boulanger (quand j’en comptais 5 par exemple à maximum 200m de mon ancien domicile…).

Peu de commerces, beaucoup d’habitations = peu de monde dans les rues. Je croise quand même quelques personnes intéressantes :

Il y a Yoann Huget

Il joue au Stade Toulousain et en équipe de France (de rugby donc). Il est pas super grand ni super costaud (en même temps il joue arrière ou ailier) mais tu sens le mec bien tonique quand même. C’est pas Chabal mais t’as pas trop envie de le faire chier quoi. Il vit dans ma rue lui, à 2 ou 3 numéros de mon immeuble. Faut que je lui demande une photo un jour, ça fera plaisir à mon frère qui supporte le ST.

Il y a cette vieille dame qui se trimballe toujours 2-3 sacs à main bien remplis, je me demande ce qu’elle peut bien y fourrer. Un jour que je déjeunais avec une amie et son enfant à la boulangerie du quartier (la boulangerie fait aussi des salades, tartes, plat du jour le midi), elle a engagé la conversation au sujet du petit, « et comme il est mignon, et comme il est bien élevé » etc etc. Elle a insisté pour lui offrir le gâteau de son choix au dessert, j’ai trouvé ça incroyablement généreux. J’y repense à chaque fois que je la croise.

Il y a Clément Poitrenaud

Ancien joueur du Stade Toulousain et de l’équipe de France (de rugby aussi). Beau mec : il a gardé la ligne et avec les années, ses traits adolescents se sont un peu estompés, il a gagné en masculinité si je puis dire. Je crois qu’il « fait de la photo » maintenant. Comme c’est original.

Il y a ce grand type toujours tiré à 4 épingles que je croisais parfois dans le quartier où je travaille ou ailleurs en ville. Il a les cheveux très longs, très bien peignés (toujours lâchés), un style vaguement sartorial, il ne passe pas inaperçu avec sa taille et sa démarche caractéristiques (il fait de très grands pas). J’ai été bêtement et inexplicablement content de découvrir qu’il habitait dans ma rue. Et tout aussi bêtement et inexplicablement déçu quand je l’ai croisé il y a quelques semaines: il s’était fait couper les cheveux.

Il y a ces 2 soeurs (jumelles?) un peu hirsutes et au physique un peu ingrat qui me font penser aux 2 soeurs un peu hirsutes et au physique un peu ingrat de Marge Simpson (elles ont quand même l’air un peu plus aimable).

Il y a Jean-Pierre Mader

A la terrasse du bar du quartier

Oui, LE Jean-Pierre Mader. La soixantaine fringante, il est plutôt beau mec. Un jour, à la terrasse du restaurant du quartier, il déjeunait avec le type de Cookie Dingler qui lui disait, très sérieux: « Sabrina, c’est Sabrina« . Lui aussi faut que je lui demande une photo un jour.

Il y a un jeune type toujours à la terrasse du café du quartier (parenthèse: un des plus vieux cafés de Toulouse, une institution). Les premières fois que je le croisais, il était très propre sur lui, cheveux courts, tiré à quatre épingles etc. Et quelques mois plus tard, la métamorphose: les cheveux longs, grisonnants, parfois retenus dans un catogan filasse, un vieux manteau fatigué sur le dos, des chaussures pourraves etc. Il est pas en voie de clochardisation (enfin, je pense et l’espère en tout cas pour lui), il a davantage une allure d’intellectuel/littéreux de l’extrême, qui écrirait ou chercherait l’inspiration au café. Il en est pas à boire de l’absinthe ceci dit, il a toujours une tasse de café devant lui et il vapote. Je le vois en terrasse A CHAQUE FOIS que je passe devant, c’est à dire quasiment tous les jours, été comme hiver, matin, midi ou soir.

Il y a un Chevalier du Fiel

Eric Carrière de son nom. La soixantaine moins fringante lui. En plus il s’habille comme un ado, avec des slims et des t-shirts hyper échancrés en été, il est un peu ridicule. Un jour que je marchais une dizaine de mètres derrière lui, j’ai entendu ce qu’a dit un mec à sa copine juste après qu’il est passé devant eux: « si si je t’assure, je sais plus lequel des 2 c’est mais c’est Chevallier ou Laspalès, l’un ou l’autre ». Faut pas que je lui demande une photo à lui.

Il y a les employées de la boulangerie (que j’adore. La boulangerie. Le pain, les viennoiseries, les tartes, les gâteaux, les sandwiches même, j’aime tout là bas): le boulanger, qui a une bonne tête de boulanger qui aime son métier malgré l’épuisement, les traits tirés et les épaules voûtées; les vendeuses, que ça soit la cagole toulousaine (« quatrevingdjicengtchimes sivouplaieu ») ou la entre-deux-âges (elle pourrait tout aussi bien avoir 32 ans que 46), efficace, toujours aimable sans obséquiosité, pro.
Et puis il y a la petite nouvelle : boulotte, lunettes rondes, incroyablement molle, elle me fait penser à Christophe Bourseiller dans Un éléphant ça trompe énormément. Elle a évidemment et immédiatement gagné toute ma sympathie.

Mon rêve 10

Aujourd’hui, du rififi dans la work place.

J’ai déjà évoqué (enfin, il me semble) ma passion pour tout le lexique et la « novlangue » liée aux entreprises 2.0, tout ce vocabulaire marketing-franglais-nawak de merde. J’en ai appris une bonne récemment: dans une société toulousaine, les chargés de relation commerciale (déjà une périphrase inutile pour désigner des commerciaux) sont nommés, tiens toi bien, « customer lover ». Ca m’a complètement déprimé et probablement inspiré ce qui suit.

Je suis donc au bureau quoique pas au même endroit dans lequel je me rends chaque jour mais c’est bien mon lieu de travail. Il s’agit ici d’une grande salle avec une grande table entourée de chaises, genre salle du conseil d’administration d’une grande entreprise. Bon.

J’ai préparé une liste de points pour la refonte du site internet d’un client, je m’apprête à la leur adresser (c’est mon boulot dans la vraie vie réelle). Là dessus, mon patron débarque et me lance sans trop de ménagement « assieds toi, on va la regarder ensemble ». Bon.

Je m’installe donc à côté de lui, pose mon document sur la grande table et là y a un grand type qui débarque sans crier gare, la bonne cinquantaine, des lunettes, un costard un peu ringard. J’ai immédiatement pensé à Robert Bourgi, le mec qui a offert des costumes à François Fillon.

Le patron me le présente sans trop de détails comme « M. X (me souviens plus de son nom), c’est un consultant synergie qu’on a pris pour checker nos backlogs et optimiser les points d’achoppement ». J’ai envie de lever les yeux au ciel mais je réponds simplement « ok » tout en me disant « c’est curieux ce mec un peu vieux, c’est pas un connard en Stan Smith mais bon, ok ».

Il porte peut-être pas des Stan Smith mais c’est quand même un connard: il s’installe de manière à m’éjecter de la table avec l’air affairé et pénétré de ceux qui ont l’intime conviction d’avoir plus d’importance que toi. Je me lève (et je le bouscule pas) et je me tiens debout derrière eux pendant qu’ils jettent un œil à mon document. Je vois que le type met des petites marques de validation ou des points d’interrogation pendant que mon patron acquiesce sans rien dire.

Puis une phrase semble lui poser problème. Il s’attarde dessus avec son stylo, fronce les sourcils. Il finit par noter une remarque qu’il souligne vigoureusement à deux reprises: « il faudré esspliqué ça 1 peu mieux ». Là je me dis « putain mais sans déconner c’est qui ce mec qu’on a dû payer une blinde pour écrire de la merde?!?! ». Sauf que je l’ai pas pensé, je l’ai dit à haute voix: mon patron et lui lèvent les yeux vers moi et me fusillent du regard. En fait, toute la salle se fige (elle est pleine et assez bruyante, des collègues, des personnes non identifiées) et me fusille du regard. Je me retrouve évidemment bien con et un peu désemparé lorsqu’une collègue, bien identifiée elle, me lance en rigolant « mais qu’est ce que t’es con. Oh la la t’es con… T’es vraiment trop con. Con con con ».

Je me marre et je me réveille. D’ailleurs je continue à me marrer une fois réveillé.

Mon rêve 8

Aujourd’hui, une plongée sans concessions dans mon intimité et mes fluides corporels. Un genre de point de non retour donc.

Ca se passe dans la maison familiale, dont on était pas propriétaires en réalité mais bon, c’est LA maison familiale, celle dans laquelle j’ai grandi. Et j’ai envie de pisser. Mais le truc c’est que j’ai réellement envie de pisser : je suis pas réveillé puisqu’il s’agit bien d’un rêve mais je sais pas, je sens que j’ai envie de pisser.

C’était une grande maison, un immense terrain surtout, isolé dans la campagne donc je me balade pour trouver un coin tranquille : pas moyen, y a toujours quelqu’un, un frère, une soeur, un voisin qui se trouve planté là donc bon, je me retiens. A un moment, un peu en désespoir de cause, je vais dans le jardin (potager) tenu par mon père mais évidemment, il est là, en train de travailler…

Puis tout à coup et sans transition je me retrouve dans le garage, ou ce qui faisait office de garage, avec un sol en terre battue (j’ai grandi à la ferme). Là je me dis, ouf c’est bon, tranquille, mais non, la porte s’ouvre et plein de poules s’y engouffrent, qui commencent à me courser (j’ai grandi à la ferme mais j’ai jamais aimé, voire toujours eu un peu peur des poules et des volatiles en général). Y en a de plusieurs sortes et elles me coursent vraiment ces connes. Une notamment, petite et d’un blanc immaculé, me parait particulièrement agressive: je la vois en train de courir vers moi de sa démarche caractéristique, d’un côté, de l’autre, d’un côté, de l’autre, les ailes collées au corps avec l’oeil du Malin. Ni une ni deux, je me saisis d’un plumeau (un plumeau pour faire la poussière oui) et je l’agite frénétiquement et de manière ridicule devant moi pour les tenir éloignées. Ah faut pas me faire chier moi quand ça dégénère.

Et là je me réveille. Il est 5h du matin, je me lève pour pisser.

Chris Esquerre – La Comédie de Toulouse, Toulouse

Hier soir j’ai un peu regardé le spectacle de Gad Elmaleh et Kev Adams sur M6. « Un peu » seulement parce qu’évidemment c’était édifiant. Mais vraiment : il faut le voir pour le croire. Je n’en dirai pas plus, ça sert à rien. Ca a au moins eu le mérite de rappeler ce billet à mon bon souvenir : je pensais l’avoir posté avant de me rendre compte qu’il était toujours dans mes brouillons.
Ce que je fais en général, c’est que je rédige mon billet et quand j’estime qu’il est publiable, je programme sa publication de manière automatique. Parfois j’oublie de vérifier qu’un article a bien été publié, là j’ai dû commettre une bourde, l’article s’est pas publié, j’ai pas vérifié voilà quoi. Je te raconte ça parce que je sais que tu es friand de ce type d’anecdotes sur les coulisses du show-business et du monde de paillettes auquel Grande remise te donne un fugace avant-goût.

Donc voici :

Je ne suis jamais allé au théâtre en dehors des traditionnelles sorties scolaires et c’est seulement la deuxième fois que j’allais assister au spectacle d’un humoriste (le premier était Patrick Timsit pour son retour sur scène il y a 7 ans). Ah non putain… 3ème fois en réalité… J’avais vu Michel Leeb enfant… La guêpe, l’Africain, l’Asiatique. Putain… J’ai froid tout d’un coup… Bon, on va dire que c’était seulement la 2ème fois ok ?

Chris Esquerre donc alias l’Oasis alias l’Elu alias le seul comique français que je sauverai lorsque l’heure du Jugement de Ricky Gervais et Louis CK aura sonnée. Outre son registre humoristique, j’apprécie particulièrement la façon dont il mène sa carrière, avec modestie, sans surexposition. Il le dit lui-même, il n’est pas de ces comiques drôles sur commande (ou « supposés être drôles sur commande » pour être plus juste) qu’on invite à loisir sur tous les plateaux de toutes les émissions de toutes les chaînes. Il n’est pas du tout dans le commentaire politique ou d’actualité (pénible tradition franco-française), il a des lettres, c’est évident, et, chose très appréciable, il ne se sent pas obligé de nous le faire savoir toutes les 30 secondes (coucou Gaspard Proust). Il a un style et un univers bien délimités qui sont de pures créations, il fait son truc (sur scène, sur France Inter ou sur Canal +, avec sa géniale mini-série Importantissime) et basta.

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Première fois à la Comédie de Toulouse également, joli petit théâtre de 300 places environ (à vue de nez). Premier rang.

Si j’ai bien compris, le spectacle que Chris Esquerre joue sur scène (et qui n’a pas de titre : le mec est décidément d’une sobriété absolue) est le même depuis plusieurs années. Il y interprète son « rôle » favori, celui d’une sorte de coach au melon intersidéral, au cours de ce qui ressemble à une conférence (paper board, tablette et support d’images sur grand écran). Il a travaillé pendant plusieurs années dans une grande société (aux ressources humaines il me semble), il puise toujours l’essentiel de son inspiration dans le ridicule essentiel et dans l’absurde infini du milieu entrepreneurial.

Ainsi, l’ouverture du spectacle est absolument géniale : il s’y présente lui-même et présente le déroulement de la soirée à venir, comme il présenterait une conférence à une assemblée de cadres sup donc. 5-10 minutes de rire non-stop, vraiment. J’avais pas ri autant depuis… pfiou, plus longtemps que ça encore. Ca devenait presque gênant pour mes voisins.
Puis ça retombe un peu ou plutôt, ça reprend un rythme un peu plus normal, à mesure que la séance de coaching s’appuie sur son second socle de compétences : les publications et magazines improbables (et réels bien entendu). Je ne pensais pas que le spectacle reposait autant là dessus (c’est ce grâce à quoi il s’est fait connaître lors d’une revue de presse mémorable dans les premières années de la Nouvelle Edition période Bruce Lee Toussaint) et je ne dirais pas que ça m’a un peu déçu mais… Disons que ces fameux magazines sont « naturellement » drôles : Le cuisinier en collectivité, Yorkshire magazine etc, c’est tellement improbable que oui, forcément, c’est drôle. Parfois, l’utilisation qu’il en fait rend la chose encore plus drôle, parfois il est simplement dans le commentaire de ce qu’il nous expose.

Bon, je chipote un peu… C’était vraiment très bien, voire plus encore et désolé, je vais me répéter, il est tellement unique dans le paysage des humoristes français actuels que ce sont vraiment des réserves très légères. Je suis super content de l’avoir vu sur scène en tout cas. Son second spectacle est prêt si j’en juge par une récente publication Facebook, il le jouera en décembre au Théâtre du Rond Point. IM-MAN-QUABLE.

La jeunesse

Hier midi, et comme souvent aux beaux jours, j’ai déjeuné dans le parc qui jouxte mon lieu de travail. J’étais d’humeur un peu mélancolique, avec en tête le superbe thème du film CQ composé par Mellow. J’avais à peine commencé à manger, deux adolescents se sont assis sur le banc à côté du mien. Ils ressemblaient en tous points à ce qu’on a pris coutume de désigner par les mots « geeks » ou « nerds »: grands et très minces, dans un style davantage dégingandé que longiligne, pas très beaux, pas de coupe de cheveux cool, des fringues (bermudas/t-shirts/baskets) pas très cools non plus. Ils avaient vraiment l’air de deux enfants grandis trop vite et d’un seul coup.

Après le débrief amusé d’un épisode survenu lors d’un des cours de la mâtinée et auquel je n’ai pas prêté attention, ils se sont lancés dans une discussion intense dont j’ai mis du temps à comprendre le sujet. J’avais un peu l’impression de me trouver à nouveau devant la magnifique scène de Gerry durant laquelle, à la lumière de leur feu de camp, Casey Affleck explique à Matt Damon qu’il est devenu roi : on déduit au bout d’un long moment seulement qu’il parle en réalité d’un jeu video.

Là c’était un peu pareil: il m’a fallu du temps avant de comprendre que mes jeunes voisins parlaient en réalité de ce qui les attendait au cours de leur année scolaire. Ca discutait avec virulence « modules », « pourcentages », « nomenclatures », « addition » mais ça n’est que lorsque les mots « admission » et « rattrapage » ont été introduits que j’ai pu tout mettre dans le bon sens. Ca avait vraiment l’air très compliqué pour eux d’avoir leur année (j’ai compris en même temps que contrairement aux apparences, ils n’étaient pas lycéens mais étudiants, en 1ère année j’imagine), il allait falloir jongler savamment entre les différents modules et coefficients pour ne pas se planter et redoubler. Ils en sont sans doute seulement à leur 2ème semaine de cours, au mieux, mais ils apparaissaient déjà très soucieux. Il faisait très chaud, comme quasiment tous les jours depuis plusieurs semaines et plein de jolies filles/femmes légèrement vêtues passaient devant nous mais ils n’y prêtaient absolument aucune attention (eux) : apparemment ça déconne pas trop dans le cursus qu’ils ont choisi, faut pas perdre l’objectif de vue une seule seconde.

Ils ont ensuite un peu discuté basket (« moi j’ai un pote il fait 2m10 mais il en met pas une, la taille ça a rien à voir avec l’adresse » vs « moi j’ai un pote il fait 1m80, eh ben il sait dunker »).
Alors que leur discussion touchait à sa fin, un petit groupe de jeunes garçons du même âge avançait dans notre direction. « Du même âge » mais ceux là étaient mieux gaulés, mieux habillés, plus beaux, certainement plus confiants. Alors qu’ils passaient devant le banc des deux geeks, l’un d’eux s’est un peu écarté du groupe pour serrer la main de celui qu’il venait manifestement de reconnaître.

– Salut.

– Salut.

– Eh, c’est à 2 heures la réunion hein !

– Ouais, ouais, c’est bon, on fait une petite balade là.

Il a prononcé ces mots alors qu’il s’éloignait déjà et sans se retourner. C’est à dire qu’il s’est écarté du groupe pour serrer la main du geek mais n’a jamais daigné lui jeter un seul regard. Il l’a simplement salué par obligation, mécaniquement, en souvenir, sans doute, d’une complicité ou en tout cas d’une relation, passée. Les deux geeks sont ensuite restés silencieux un long moment. Celui qui avait été salué par le « beau gosse » avait l’air triste : si ça se trouve ils avaient été très proches par le passé. Ou ils faisaient partie de la même famille (cousins par exemple) ? C’est ce que j’en ai déduit en tout cas et ça m’a fait de la peine pour lui.

Au bout de quelques instants, ils se sont enfin levés pour partir: 14h approchait, c’était l’heure de « la réunion ».

C’est dur, parfois, la jeunesse.

La bouteille d’eau

Discussion entre collègues dans la cuisine du bureau durant la pause déjeuner :

– Ouais… Pas super 2016 pour l’instant. Ma grand-mère, le fils de mon amie…

– Ah mais oui, c’est vrai, je voulais te demander ce qui s’était passé finalement !

– Ben on l’a enterré y a 10 jours…

– Oh la la… Et on a su ce que c’était ?

Là ma collègue explique que le fils de son amie, 6 ans, a été diagnostiqué en janvier comme souffrant d’une maladie génétique rarissime et dégénérative, sans traitement ni guérison possible. Il était condamné dès le départ, il est parti en 6 mois. L’horreur absolue, indicible, le cauchemar de tous les parents…
Alors que nous sommes tous (une demie-douzaine) en train de l’écouter attentivement, un peu graves bien entendu, voire sincèrement choqués, l’autre collègue, celle qui s’enquerrait de la situation, s’écrit devant la porte du frigo ouverte et en plein milieu du récit :

– QUELQU’UN A PIQUE MA BOUTEILLE D’EAU ! Y A PLUS MA BOUTEILLE D’EAU DANS LE FRIGO !

Bon, elle a beau être extrêmement égocentrique, là, devant le silence teinté de malaise qui a suivi, elle a quand même compris qu’elle avait un peu merdé: on l’a plus entendue de tout le repas.