Les belles gosses

Dans la rue, 2 jeunes filles, entre 13 et 15 ans je dirais, marchent devant moi:

– Non mais moi tu vois quand je dis « moche » c’est moche quoi mais c’est pas genre MOCHE tsé c’est juste quand j’aime pas quelqu’un genre j’la supporte pas, j’dis « elle est moche ». Y a « moche » et puis après y a « moche » mais vraiment LAIDE quoi
– Ouais mais trop c’est comme quand on dit « elle est con », y a genre « con » et puis carrément STUPIDE
– Mais trop mais chais pas mais elle, elle est moche quoi, chais pas comment dire tsé
-…
– Mais en vrai tsé je suis pas mieux qu’elle. Je dirais pas je suis moche mais je me sens genre pas bien quoi
– Non mais ça va, t’es pas…
– Non mais tsé non mais des fois c’est GRAVE quoi tsé je me suis rendu compte quand je parle avec quelqu’un mais genre quand on est super près, faut toujours que j’ai un truc devant moi pour cacher un peu ou chais pas genre je touche mes cheveux ou je regarde mon téléphone mais je me sens trop mais trop mal quoi genre hier avec Ingrid chais pas si t’as vu
– Mais t’as des problèmes d’anxiété des fois?
– Non mais chais pas des fois tu vois je me mets à réfléchir à des trucs et ça me prend trop la tête tu vois hihi je sais c’est débile mais je réfléchis mais TROP quoi c’est comme la fois ou je croyais j’étais bi mais genre j’arrêtais pas d’y penser! J’ai pensé « je suis bi » mais pendant 1 semaine quoi et puis en fait je me suis dit mais c’est trop bizarre quoi. Enfin chais pas t’imagines toi? Tu sors avec une fille enfin chais pas, j’ai pensé « je suis bi » et après je me disais nan mais en fait c’est trop trop bizarre quoi hihi
– Ouais enfin chais pas quand je suis sorti avec Alice ouais parce qu’en fait je suis sortie avec Alice chais plus si je t’ai dit ou pas
– Non tu m’avais pas dit…
– Chuis sortie avec Alice, c’était à l’anniversaire de Ghislain, chais pas c’était bizarre mais pas trop non plus, enfin je me suis pas dit « je suis bi » ou quoi, on est sorti ensemble, ça c’est fait quoi
-…
-…
-…
-…

Elles sont restées silencieuses sur une centaine de mètres puis nos chemins ont bifurqué.

Publicités

Tous les matins 2

J’ai déménagé il y a un peu moins d’un an. Nouvel itinéraire (en partie), « nouveaux » horaires (je vis plus près du bureau mais comme je suis prêt à partir à la même heure, je fais mon trajet plus tôt), donc nouvelles personnes croisées sur le chemin:

Il y a les mamans qui accompagnent leur(s) enfant(s) à l’école qui se trouve juste à côté de chez moi. Les mamans car très (très) rarement les papas : école privée catholique qui m’a l’air bien gratinée. Quand elles ne sont pas à pied, c’est un défilé de Fiat 500, Austin Mini mais aussi de 4×4, pardon de SUVs comme on dit désormais, EXTRÊMEMENT UTILES en centre ville.

Il y a cette maman en particulier, qui galère avec son petit, la pauvre… Au début de l’année (scolaire, en septembre donc), il faisait sa toute première rentrée j’imagine car elle devait littéralement le traîner par la main sur le trottoir ou le porter alors qu’il se débattait, hurlant qu’il voulait pas y aller. Ca a duré super longtemps cette histoire. Mais maintenant il a pris la confiance, il pète le feu: il fonce à toutes berzingues sur son petit vélo à petites roues et elle doit lui courir après, essoufflée. C’est la seule maman « normale » que j’ai pu voir jusqu’à présent (pas super apprêtée, voire sentant encore la dormite) au milieu d’un contingent de bourgeoises toulousaines sans doute fraîches et dispos dès 7h du matin après leur cours de pilates.

Il y a ce type très mince toujours habillé en noir et souvent en polo manches courtes que je croise à différents endroits de mon trajet (parfois près du bureau, parfois dans ma rue) et j’ai toujours pas réussi à comprendre où il se rendait, quel pouvait bien être son boulot et ça m’énerve. Je vais finir par le suivre un jour.

Il y a le propriétaire du bar L’Autan, un des bars historiques de Toulouse, notamment pour la scène et le public punk. Il balade son chien, un énorme bouledogue anglais qui a du mal à se déplacer tellement il est énorme (probablement un peu âgé aussi). Lui est imposant, tatoué (y compris sur le visage et le crâne qu’il a évidemment entièrement rasé), renfrogné, un peu âgé aussi et ils forment à eux 2 le plus parfait exemple du cliché qui veut qu’un animal domestique et son propriétaire se ressemblent.

Il y a ce moment où je rentre dans le parc situé juste avant le bureau et que j’aime bien

Il y a ce type qui vient probablement de déposer son enfant à la crèche près du bureau (ou alors sa trottinette est beaucoup trop petite pour lui) et qui arbore toujours d’invraisemblables combinaisons de couleur. Je pense immédiatement et systématiquement aux Teletubbies en le voyant.

Il y a toujours cette femme d’âge moyen qui s’habille de manière légère quelle que soit la saison et dont j’ai déjà parlé dans mon premier billet. Aujourd’hui par exemple, je porte un polo, un pull, une veste et je regrette de pas avoir pris mon foulard. Elle marchait tranquilou en débardeur et nus-pieds.

Il y a ce petit mec avec qui je prenais souvent le métro et que je ne croisais plus depuis que j’ai arrêté de le prendre. Je le revois assez régulièrement maintenant. Je dis « petit mec » parce qu’il est vraiment très petit. Je sais que c’est con et condescendant mais les mecs vraiment très petits me font toujours un peu de peine. Lui avait l’air toujours triste de surcroît, même si j’ai bien conscience que ça n’avait sans doute rien à voir avec ça. D’ailleurs il n’était peut-être pas triste, c’était juste son expression visagale. Quoiqu’il en soit, ça faisait un bon moment que je l’avais pas recroisé: pour nos « retrouvailles », il menait un petit groupe de types en costume qui sortaient d’une banque. Il était transformé, à tel point que j’ai mis du temps à le reconnaître mais c’était bien lui : cheveux gominés et coiffés en arrière, beau costume, très sûr de lui cette fois, mais pas dans le bon sens du terme. Si ça se trouve c’est un connard en fait et Randy Newman a raison :

Il y a cette jeune fille qui porte tous les jours une robe plutôt courte, unie ou à imprimé. Tous les jours, été comme hiver. Un jour qu’elle marchait avec une amie, et alors que je l’imaginais volontiers en héroïne rohmerienne, je l’ai entendue parler droit des entreprises avec beaucoup d’entrain.

Il y a ce type à la gueule incroyable, taillée à la serpe, l’œil noir, entre ex-junkie, ex-SDF et ex-exécuteur de basses œuvres dans un pays de l’Est. Toujours vêtu comme un régisseur en charge d’événements et structures complexes (chaussures de randonnée hyper techniques, cargo pants aux nombreuses poches visiblement bien remplies, sac à dos j’ai-fait-le-K2-l’été-dernier) il a l’air super vif, super fit, et marche d’un pas nerveux. Il me fait un peu peur.

J’ACCUSE

Car je n’en puis mais :

– les gens qui, sur un trottoir, marchent à 2 à l’heure et parviennent, alors qu’ils sont parfois plus minces que toi, et donc souvent par le seul truchement de leur démarche, à le bloquer entièrement et à t’empêcher de les dépasser. Alors que t’es dans une situation de stress et de détresse totale, genre coup d’envoi imminent d’un match du Real en Ligue des Champions (c’est un exemple. Pris au hasard). Bonus je-m’arrête-sans-crier-gare-de-sorte-à-ce-que-tu-me-rentres-dedans-ou-que-tu-sois-contraint-de-faire-un-écart-de-gymnaste.

– les gens qui roulent à vélo sur les trottoirs.

– les gens qui roulent à vélo sur les trottoirs et qui te jettent un sale regard signifiant que c’est toi qui les dérange (peine de mort pour ceux là).

– les gens qui, pendant une séance de ciné, sont assis juste derrière ton siège et n’arrêtent pas de taper dedans, volontairement ou pas. Alors que t’es là, juste devant eux. Et qu’ils te voient très bien. Et qu’ils te pissent à la raie, donc.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, ne prennent pas la peine de régler l’éclairage de leur écran de téléphone portable au plus bas.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, ne prennent pas la peine de couper leur sonnerie.

– les gens qui, pendant une séance de ciné, répondent au téléphone ( = peine de mort).

C’en est trop

– les gens qui mettent l’intégralité de leur message dans l’objet du mail et t’envoient donc un mail vide. Mais comment vivent ces gens? Qu’auraient-ils fait durant l’Occupation? Je pose la question.

– les gens à qui tu fais découvrir un artiste, qui en ont rien à carrer et qui, X mois ou semaines plus tard, se ramènent la gueule enfarinée: « Oh tu connais chanteur-groupe-que-tu-lui-as-fait-découvrir ? C’est gééééééééééniaaaaaaaaaaal, je t’assure, tu devrais écouter ça ».

– les gens qui, dans une salle d’attente ou un lieu public, font profiter absolument tout le monde de leur conversation téléphonique mais te lancent un regard désapprobateur quand tu fais montre de la plus petite réaction à ce qu’ils viennent de dire à leur interlocuteur.

– les gens qui tapent la causette à l’employé.e de caisse du supermarché/du ciné/de-ce-que-tu-veux alors que 45 personnes attendent derrière eux, en vous remerkiaaaaaaaaaaant.

– les gens qui, à la boulangerie, demandent une baguette pas trop cuite/bien cuite (déjà faut être un peu déviant pour demander une baguette bien cuite. Sans doute les mêmes gens qui mangent des pains au raisin au petit-déjeuner ou qui se déplacent en trottinette MAIS PASSONS.) et qui, non-pas-celle-là-non-celle-à-gauche-là-voyons ?-ah-non-pardon-ça-va-pas-oui-celle-là-parfait. Peine de mort en cas de combo 1 seul.e employé.e/9 personnes derrière eux.

– les gens qui, de façon générale, en définitive, et très globalement, ne se plient pas à mes habitudes, desiderata et modes de fonctionnement.

– les gens.

Mon rêve 18

Aujourd’hui, classe.

Je triche un peu car c’est pas mon rêve de la nuit dernière mais de la précédente. Je venais de friser l’arrêt cardiaque devant la qualification aux forceps de mi Madrid contre les sales rouges du Bayern. D’où le pourquoi du comment, en partie.

Et donc me voilà dans l’équipe de tournage de Nouvelle Star, wahou ! Je sais pas très bien quel est mon rôle au juste mais je suis là, avec les éclairagistes, preneurs de son etc.

Sauf qu’au même moment se jouent les demies-finales de la Ligue des Champions : d’un côté LiverpoolRoma, comme IRL, et de l’autre, mi Madrid affronte non pas les wurst de Munich mais les ex-Yougos d’Hajduk Split. Des demies à la saveur bien 80s donc. Et à chaque fois que je regarde mon téléphone pour suivre l’évolution du score (je bosse au moment où le Real joue un match de cette importance, preuve ultime que je suis vraiment dans un rêve sinon en plein délire), c’est comme si je me retrouvais sur le terrain, en plein match, au milieu de l’action. Sensation assez cool je dois l’avouer.

Mais faut bien bosser et je m’en retourne donc à l’ « épisode » de Nouvelle Star qu’on est censé tourner : un casting qui se déroule à la campagne, dans une belle demeure bourgeoise. Dédé Manoukian est de la partie évidemment, il traîne dans les coulisses. Parmi les membres du jury, il y a aussi cette ancienne candidate de l’émission dont je ne souvenais que du visage:

Je te dis pas comme j’ai galéré pour la resituer afin de choper une photo. Elle est très volubile, c’est un peu la chef des jurés.

Sauf qu’arrivé à la dernière candidate, qui soit dit en passant se fait littéralement massacrer par le jury, elle s’est transformée en

Mais genre transformation lynchienne, substitution, à la Lost Highway: c’est telle personne et puis pouf, c’est la même personne mais incarnée par une personne différente, tu vois ? Qui, elle, était candidate de la Star Academy et qui m’a bien fait galérer itou car je ne connaissais là aussi que son visage (Carine en fait; la première c’est Myriam).

C’est la fin du tournage. Ni une ni deux, les journalistes accrédités sur le plateau se ruent sur la dite Carine qui a manifestement des choses à leur raconter. D’ailleurs tout le monde s’est comme figé dans l’attente des paroles de l’Oracle: « Ouais en fait je voulais annoncer qu’une page se tourne pour moi, c’est fini Nouvelle Star. J’ai de nouveaux projets, des projets d’envergure ».

C’est manifestement un énorme scoop, tout le monde est sur le cul (dans mon rêve Carine est donc une méga-star. Dans mon rêve et dans les siens j’imagine, vu sa « carrière » post-Star Academy). Un journaliste la relance donc, normal:
« – Et qu’allez-vous faire maintenant ?
– Je vais devenir animatrice sur la nouvelle chaîne Cuisine & Foot « .

Là je peux pas m’empêcher de pouffer et de lâcher « ah ouais, classe ». Tout le monde se fige à nouveau mais vers moi cette fois, en me lançant des regards désapprobateurs sinon vindicatifs.

Et je me réveille.

Mon rêve 17

Aujourd’hui… bah n’importe quoi, comme toujours.

Je me trouve à une sorte de soirée de lancement de boisson alcoolisée, pour de la Smirnoff on va dire.
Un événement tout ce qu’il y a de distingué donc, avec ados buveurs de Redbull en rut (ou plutôt « ados en rut buveurs de Redbull »), musique qualitative à fond les bpms dans les enceintes et hôtesses accortes. Je me sens un brin pas à ma place et m’amuse de tant de bon goût et de cérémonial : tout le monde s’agite dans tous les sens et avec un sérieux disproportionné pour installer des tapis rouges, des genres de trônes cheapos aux dorures… cheapos, des cordons rouges eux aussi, pour contenir la foule attendue face aux védettes manifestement attendues elles aussi. Certaines personnes totalement surexcitées décident même de patienter assises en lotus dos à la scène pour préserver la surprise de la découverte de l’installation. En un mot : c’est n’importe quoi.

Moi c’est comme si j’assistais à tout ça depuis les coulisses, en tout cas depuis « l’organisation » car je réalise tout à coup que j’ai accès à la sono. Je décide donc de faire un happening situationniste et de détourner la playlist à coups de

ou de

On est d’accord que c’est davantage une blague potache mais dans ma tête (dans ma tête dans mon rêve, man, inception), c’est un vrai happening situationniste, un geste politique fort. Che Grande remise.

Quoiqu’il en soit, le ton monte dans l’organisation dont les membres commencent à me houspiller avec une certaine véhémence. Ils se mettent même à me courser en vérité, je dois m’enfuir.

Bim, le truc i.e. l’ « évènement », a tout à coup débuté. C’est vraiment un truc énorme, avec une foule considérable, et une scénographie monumentale : j’arrive donc à me fondre dans la masse, à jouer avec le décor et à échapper à mes poursuivants. Je me pense tiré d’affaire (ils étaient vraiment très remontés contre moi) lorsque je vois fondre sur moi Kate Winslet, visiblement résolue à me mettre le grappin dessus. Et quand je dis « mettre le grappin », je dis mettre le grappin.

« Bonjour Grande remise »

Bon, a priori, j’ai rien contre et je serais même complètement OK, on va pas se mentir mais là on est dans un rêve tordu et si elle est bien en mode red carpet, elle ressemble pas vraiment à la photo ci-dessus : il faut plutôt l’imaginer maquillée comme un camion volé, grimée en vérité, comme une vieille diseuse de bonne aventure de fête foraine. Comme si elle s’était fait la tronche d’Elie Semoun dans une de ses petites annonces en compagnie de Franck Dubosc, dent en moins inclue.

Ca se voit pas là mais il a une dent en moins dans ce sketch.

Je tente de lui échapper, et j’y parviens, alors que je m’enfonce dans la pénombre et dans une sorte d’escalier en colimaçon extrêmement large, emprunté par énormément de monde et censé déboucher je ne sais où.

Mais alors que je me crois (à nouveau) tiré d’affaire et que je m’arrête pour reprendre mon souffle, la voilà qui réapparaît sans crier gare et qui s’approche de moi, tout sourire, en mode séduction et dévoilant une immonde dentition.

Et je me réveille.

Mon rêve 16

Aujourd’hui, je reçois Michel Polnareff.

Je le reçois dans mon vrai chez moi actuel. Je crois bien que c’est la 1ère fois que je rêve de mon nouvel appart (j’y suis depuis 7 mois), c’est une date !

C’est le Polnareff actuel: âgé et pas en grande forme. Il est assis tout penaud sur mon canapé, il dit rien, comme shooté aux medocs ou comme un enfant qui aurait peur de se faire engueuler s’il ne se tient pas bien.

Car il est pas venu seul Michel: il est accompagné de son assistante, une caricature d’assistante comme je n’en ai vu/lu que dans les fictions puisque je ne fais pas partie du chobizenesse. Elle arrête pas de déblatérer sur tout et rien, elle répond à sa place, elle se la raconte, elle raconte Michel, elle est affectée, désagréable. En un mot, elle est insupportable.

Bon, je prends sur moi parce que je suis quand même dans mes petits souliers: même s’il me fait aujourd’hui plus de peine qu’autre chose, Polnareff, merde, c’est quelqu’un dont j’affectionne, admire même, beaucoup de titres. Je fais ce qu’on fait en 2018 quand on reçoit quelqu’un : je lui propose un Nespresso.

J’en propose pas à son assistante note, et elle m’en demande pas non plus. Bon. « Un court ou un long? » C’est évidemment elle qui répond: elle me sort tout un laïus imbitable (et dont je ne me souviens pas vraiment) sur les mérites de tel ou tel arôme blablabla. Du coup, faut qu’à mon tour je lui fasse l’article et lui détaille tout ce que je peux lui proposer en court, en long, en fort, en moins fort etc etc, j’en peux plus.

« Un long », finalement. OK, je prépare un long. Je l’apporte sans trop de cérémonial: je vais pas non plus sortir toute l’argenterie familiale que je ne possède de toutes façons pas. Je tends la tasse à Michel, toujours catatonique le pauvre. Son assistante intercepte: « vous permettez? » Elle veut goûter avant que Son Altesse Le Roi des Fourmis n’y trempe ses lèvres siliconées. Elle goûte donc et recrache illico. « Non mais j’hallucine trop, c’est une blague?!?! » Elle est inarrêtable: et c’est vraiment dégueulasse, mais ça va pas de servir un truc comme ça, c’est Monsieur Polnareff quand même etc etc.

Ni une ni deux, je lui prends la tasse des mains pour verser le café sur ses chaussures de créateur à 4000 boules. Elle bronche pas. Et pour cause: quand je baisse les yeux pour constater les dégâts, je vois que ce ne sont pas ses pompes qui sont souillées mais les mocassins blancs de Polnareff. Toujours stoïque et silencieux, il se lève et sort de l’appartement.

Et je me réveille.

Dans ma rue

(C’est « dans mon quartier » en réalité mais c’était pour reprendre le titre d’une chanson.)

J’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté un quartier plutôt populaire quoiqu’en forte voie de gentrification (enfin, comme partout), vivant, avec beaucoup de bars, restaurants, étudiants (le quartier Saint-Aubin) pour un quartier beaucoup plus tranquille, résidentiel et bourgeois (Les Chalets). Pour résumer ça en termes d’accessoires, je suis passé du djembé au trois rangs.

Historiquement, Les Chalets est le quartier de la Résistance à Toulouse: les noms de rues et plaques disséminées ici et là le rappellent encore aujourd’hui. C’est aussi un des quartiers qui a la plus préservé son esprit « village ». Cette singularité pour un quartier situé en plein centre-ville, et l’attachement de ses habitants à son égard est renforcé par le fait que les commerces bénéficient d’une certaine exclusivité: on trouve UN bar, UN restaurant, UNE supérette, UNE pharmacie, UN boulanger (quand j’en comptais 5 par exemple à maximum 200m de mon ancien domicile…).

Peu de commerces, beaucoup d’habitations = peu de monde dans les rues. Je croise quand même quelques personnes intéressantes :

Il y a Yoann Huget

Il joue au Stade Toulousain et en équipe de France (de rugby donc). Il est pas super grand ni super costaud (en même temps il joue arrière ou ailier) mais tu sens le mec bien tonique quand même. C’est pas Chabal mais t’as pas trop envie de le faire chier quoi. Il vit dans ma rue lui, à 2 ou 3 numéros de mon immeuble. Faut que je lui demande une photo un jour, ça fera plaisir à mon frère qui supporte le ST.

Il y a cette vieille dame qui se trimballe toujours 2-3 sacs à main bien remplis, je me demande ce qu’elle peut bien y fourrer. Un jour que je déjeunais avec une amie et son enfant à la boulangerie du quartier (la boulangerie fait aussi des salades, tartes, plat du jour le midi), elle a engagé la conversation au sujet du petit, « et comme il est mignon, et comme il est bien élevé » etc etc. Elle a insisté pour lui offrir le gâteau de son choix au dessert, j’ai trouvé ça incroyablement généreux. J’y repense à chaque fois que je la croise.

Il y a Clément Poitrenaud

Ancien joueur du Stade Toulousain et de l’équipe de France (de rugby aussi). Beau mec : il a gardé la ligne et avec les années, ses traits adolescents se sont un peu estompés, il a gagné en masculinité si je puis dire. Je crois qu’il « fait de la photo » maintenant. Comme c’est original.

Il y a ce grand type toujours tiré à 4 épingles que je croisais parfois dans le quartier où je travaille ou ailleurs en ville. Il a les cheveux très longs, très bien peignés (toujours lâchés), un style vaguement sartorial, il ne passe pas inaperçu avec sa taille et sa démarche caractéristiques (il fait de très grands pas). J’ai été bêtement et inexplicablement content de découvrir qu’il habitait dans ma rue. Et tout aussi bêtement et inexplicablement déçu quand je l’ai croisé il y a quelques semaines: il s’était fait couper les cheveux.

Il y a ces 2 soeurs (jumelles?) un peu hirsutes et au physique un peu ingrat qui me font penser aux 2 soeurs un peu hirsutes et au physique un peu ingrat de Marge Simpson (elles ont quand même l’air un peu plus aimable).

Il y a Jean-Pierre Mader

A la terrasse du bar du quartier

Oui, LE Jean-Pierre Mader. La soixantaine fringante, il est plutôt beau mec. Un jour, à la terrasse du restaurant du quartier, il déjeunait avec le type de Cookie Dingler qui lui disait, très sérieux: « Sabrina, c’est Sabrina« . Lui aussi faut que je lui demande une photo un jour.

Il y a un jeune type toujours à la terrasse du café du quartier (parenthèse: un des plus vieux cafés de Toulouse, une institution). Les premières fois que je le croisais, il était très propre sur lui, cheveux courts, tiré à quatre épingles etc. Et quelques mois plus tard, la métamorphose: les cheveux longs, grisonnants, parfois retenus dans un catogan filasse, un vieux manteau fatigué sur le dos, des chaussures pourraves etc. Il est pas en voie de clochardisation (enfin, je pense et l’espère en tout cas pour lui), il a davantage une allure d’intellectuel/littéreux de l’extrême, qui écrirait ou chercherait l’inspiration au café. Il en est pas à boire de l’absinthe ceci dit, il a toujours une tasse de café devant lui et il vapote. Je le vois en terrasse A CHAQUE FOIS que je passe devant, c’est à dire quasiment tous les jours, été comme hiver, matin, midi ou soir.

Il y a un Chevalier du Fiel

Eric Carrière de son nom. La soixantaine moins fringante lui. En plus il s’habille comme un ado, avec des slims et des t-shirts hyper échancrés en été, il est un peu ridicule. Un jour que je marchais une dizaine de mètres derrière lui, j’ai entendu ce qu’a dit un mec à sa copine juste après qu’il est passé devant eux: « si si je t’assure, je sais plus lequel des 2 c’est mais c’est Chevallier ou Laspalès, l’un ou l’autre ». Faut pas que je lui demande une photo à lui.

Il y a les employées de la boulangerie (que j’adore. La boulangerie. Le pain, les viennoiseries, les tartes, les gâteaux, les sandwiches même, j’aime tout là bas): le boulanger, qui a une bonne tête de boulanger qui aime son métier malgré l’épuisement, les traits tirés et les épaules voûtées; les vendeuses, que ça soit la cagole toulousaine (« quatrevingdjicengtchimes sivouplaieu ») ou la entre-deux-âges (elle pourrait tout aussi bien avoir 32 ans que 46), efficace, toujours aimable sans obséquiosité, pro.
Et puis il y a la petite nouvelle : boulotte, lunettes rondes, incroyablement molle, elle me fait penser à Christophe Bourseiller dans Un éléphant ça trompe énormément. Elle a évidemment et immédiatement gagné toute ma sympathie.