The Crown – saison 1 – critique

La série se concentre sur la Reine Elizabeth II, alors âgée de 25 ans et confrontée à la tâche démesurée de diriger la plus célèbre monarchie du monde tout en nouant des relations avec le légendaire premier ministre Sir Winston Churchill. L’empire britannique est en déclin, le monde politique en désarroi… une jeune femme monte alors sur le trône, à l’aube d’une nouvelle ère. (Allociné)


The Crown
raconte donc, sur plusieurs périodes, et de l’intérieur, l’histoire de la famille royale britannique. 8 saisons ont été prévues par son créateur, Peter Morgan, chacune dédiée à une décennie ou une période spécifique.
La saison 1, la seule que j’ai vue à ce jour (il y en a 2, la 3 va bientôt être diffusée il me semble), est centrée sur l’arrivée sur le trône d’Elizabeth Windsor aka Elizabeth II, et sur ses 1ères années d’exercice, avec Winston Churchill comme premier ministre. La série démarre en 1947 et s’achève en 1956, avec quelques brefs flash-backs, principalement consacrés à l’enfance d’Elizabeth.

Dire que The Crown est académique serait un euphémisme : c’est une grosse meringue bien ripolinée comme il faut. Mais attention ! Une grosse meringue de bon goût. C’est donc académique mais pas pompier. 10 épisodes d’1h chacun, qui avancent au rythme sénatorial d’une parade royale dans les rues de Londres. C’est lent. C’est grave. C’est beau (TRES beau, j’y reviendrai).

Sur le fond, rien que de très prévisible voire de convenu : la sempiternelle lutte et les frictions entre les devoirs de la fonction et les aspirations personnelles, entre ce qu’exige la couronne et ce que la femme derrière la Reine voudrait pour elle-même, pour son couple, pour sa famille. Sans surprise, et malgré les mini-simili-suspenses ménagés, c’est toujours la fonction qui l’emporte (bâillements).

Je ne spoile pas : tout ce que The Crown raconte est évidemment basé sur des faits réels puisqu’il s’agit, encore une fois, de l’histoire d’Elizabeth II et de son entourage. Et cette histoire, on la connaît si on s’intéresse un minimum à l’Histoire du Royaume-Uni : c’est l’histoire d’une famille d’aristocrates complètement hors sol et hors tout, entretenant les rites de plus en plus anachroniques de la monarchie la plus puissante du monde et vivant dans sa bulle: la série a beau la romancer, la dramatiser, c’est pas Breaking Bad. Comment le prince Philip (le prince consort i.e. le mari de la reine) va-t-il prendre le fait d’être envoyé seul en Australie pour inaugurer les Jeux Olympiques ?! La princesse Margaret (la sœur d’Elizabeth) sera-t-elle autorisée à épouser son amoureux, un officier de l’armée, UN ROTURIER ?!?! Bloody hell, la reine pourra-t-elle choisir le secrétaire personnel qui a sa préférence et ne pas se voir imposer celui que l’étiquette exige ? C’est palpitant (bâillements).

D’aucuns trouveront peut-être également que la série cède parfois à la fascination. Peut-être… Mais cette saison 1 se déroule durant une période (1947-1956) où la monarchie britannique jouissait encore d’une énorme puissance, d’une aura intacte: elle a gardé le cap durant la guerre, toutes les colonies n’ont pas encore acquis leur indépendance, les scandales ne surviendront que plus tard. Ca la série le montre bien mais je conçois qu’on puisse trouver ça un peu trop complaisant parfois.

Mais alors bon sang de bonsoir, qu’est-ce qui fait que je me sois régalé à ce point et que j’aie hâte d’enchaîner avec la saison 2 au juste ?

Déjà, pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la famille royale britannique (c’est mon cas)… bah, c’est intéressant, tout connement. C’est très personnel mais il se trouve que j’ai pas mal étudié la période de l’après-guerre au Royaume-Uni (jusqu’aux années 70 en gros) donc ça m’intéresse. Certains événements connus sont illustrés, de l’intérieur encore une fois, d’autres dévoilés et dans un cas comme dans l’autre, on entre dans l’intimité de Buckingham Palace ou de Clarence House (la demeure privée du couple royal) mais aussi, quoique moins souvent, du 10, Downing Street (domicile du Premier ministre britannique). On découvre leurs rouages, leurs fonctionnements singuliers. J’aime ça.

Surtout, si les enjeux sont convenus (exigences de la fonction vs aspirations personnelles donc), The Crown bénéficie d’une écriture certes sans surprises mais comme je dis toujours, ça signifie aussi sans mauvaise surprise : c’est solide. Sans génie certes mais solide. La série décrit très bien les tiraillements vécus par cette jeune femme de 25 ans, élevée dans le seul but de succéder à son père (George VI, celui du Discours d’un Roi, pour situer), mais évidemment désemparée une fois sur le trône. 25 ans, 2 enfants (Charles a déjà de grandes oreilles), un époux souffrant de vivre à jamais dans son ombre: c’est aussi le rôle et la place des femmes dans la société d’après-guerre que The Crown dépeint, et elle le fait bien.

Mais la vraie bonne idée de Peter Morgan sur cette première saison selon moi, c’est d’avoir convoqué le personnage d’Edouard VIII à mi-saison et d’en avoir fait une sorte de figure un peu évanescente, à la fois témoin détaché et éminence grise par défaut, un personnage à la fois détestable et touchant, humain bien sûr : Edouard VIII c’est le roi sans trône et sans royaume, celui qui a abdiqué en 1936, avant même son couronnement, par amour pour l’américaine Wallis Simpson. Et qui a pour cela été condamné à vivre en exil (Etats-Unis, France mais ça va, ils vivaient bien, merci pour eux). Exigences de la fonction vs aspirations personnelles, évidemment, ça le connait…

 

Enfin, et c’est l’argument ultime qui m’a fait adhérer à la série : c’est sublime. Mais vraiment : la direction artistique est à tomber. Là encore, rien qu’on ne connaisse déjà : il existe profusion de photos et films datant de l’époque qui permettent de se rendre compte du luxe, de l’élégance et du raffinement suprêmes qui présidaient au quotidien non seulement des Windsor mais de tout l’appareil d’état britannique (Chartwell House, la demeure privée de Churchill, quelle merveille ! Et que dire du château de Balmoral, résidence d’été de la famille royale en Ecosse). Les fastes de la couronne donc mais aussi l’élégance masculine, le style anglais, à leur apogée.

 

En tant qu’anglophile, c’est tout un décorum ou en tout cas une esthétique à laquelle je suis très sensible, un genre de fantasme même dirais-je (idéologiquement très à gauche mais esthétiquement royaliste : mon drame) mais je pense que même si on ne l’est pas (sensible), le travail de reconstitution, le soin apporté au moindre costume, au moindre accessoire dans le décor, forcent le respect. J’ai appris que The Crown était la production Netflix la plus coûteuse et qu’elle avait été imaginée pour devenir le joyau de sa couronne de séries. On peut dire qu’elle remplit sa mission.

Enfin (sûr cette fois) bonus argument-ultra-subjectif-et-non-soumis-à-débat :

 

Claire Foy, interprète d’Elizabeth II. Remarquable dans le rôle de cette jeune femme à qui on demande une tâche démesurée pour son jeune âge, je la trouve hyper choucarde avec ses trois-rangs (ou 2, ou un seul, suivant les circonstances. L’Etiquette.) et ses petits cardigans en cachemire.

Publicités

Mon rêve 20

Aujourd’hui, l’âne voit l’ange (?).

Je dois passer un examen d’anglais. Fastoche normalement (j’ai fait des études d’anglais) mais là, je sais pas, je le sens pas trop. A cause de la difficulté de l’épreuve ou de son importance pour la suite de ma carrière ? Difficile à dire mais je suis fébrile.

Je commence à discuter avec les autres candidats et remarque très vite une certaine nervosité. L’atmosphère est carrément électrique, n’ayons pas peur des mots: « l’an dernier, personne a été reçu », « il paraît qu’IL a déjà frappé un candidat » ou « vous croyez qu’IL choisit lui-même les sujets ? ». Ca se précise: c’est donc l’examinateur qui est la cause de la fébrilité ambiante. Je stresse encore plus et ça n’est pas la présence de mon amie X qui est faite pour me rassurer : elle m’adresse à peine la parole, elle est là pour la gagne. Bon.

Après quelques minutes de discussions paranoïaques, on s’installe tous en silence dans la salle de classe (c’est davantage une salle de classe qu’une salle d’examen; d’ailleurs on est tous assis derrière des pupitres en bois individuels, à l’ancienne).
Et IL déboule enfin : Nick Cave nom de Dieu !

C’est donc lui qui va nous faire passer l’examen…

Un Nick Cave plus nickcavien que nature : costume noir, chemise blanche largement ouverte, chaussures vernies. Dire qu’il « ne sourit pas » ou qu’il « fait la gueule » serait un euphémisme : il a l’œil noir et le sourcil froncé. Il dit même pas bonjour le type, il attaque direct : une dictée, en anglais. Un texte issu de sa production personnelle, peut-être de son roman Et l’âne vit l’ang: tortueux, abscons, faulknerien, plein de constructions alambiquées à la ponctuation incertaine et de mots de vocabulaire rares et/ou désuets.

Bilan, on pane rien à ce qu’il raconte mais surtout, il marque à peine des pauses et ne répète absolument rien, ne nous permettant pas de tout noter, encore moins de souffler : c’est pas les dictées de quand on était petits et c’est la panique. Tout le monde essaie de grattouiller tant bien que mal et à la va-vite ce qu’il croit comprendre, en échangeant des regards plein de douleur et d’incompréhension. Je finis même par me dire que je ferais peut-être mieux de tout prendre en dactylo et de le retranscrire dans les quelques minutes imparties à la relecture mais c’est évidemment une très mauvaise idée.

On approche de la fin. Son texte ressemble de plus en plus à une incantation ou à un prêche un peu possédé. Nick Cave quoi. Il finit en répétant en boucle « mercy wife mercy wife mercy wife » : merde, il le dit combien de fois ? Tout le monde essaie de compter mais il va de plus en plus vite, il est en transe. Mais putain, ça fait combien de « mercy wife » tout ça ?!?! Panique totale, tout le monde s’échange le regard du lapin pris dans les phares d’une voiture.

En désespoir de cause, je tente un coup de poker : il n’y a en réalité qu’un seul « mercy wife » dans le texte, c’est son interprétation qui fait le reste.
Je note donc « mercy wife » sur ma copie, ajoute un point final, effectue une relecture rapide et me lève pour la lui rendre.

J’avance d’un pas mal assuré vers l’interprète de Loverman, qui ne m’a jamais paru aussi intimidant. Les autres candidats sont encore assis derrière leur pupitre, ils attendent de voir ce qui va se passer.
Arrivé devant Cave, je lui tends ma copie d’une main tremblante. Il s’en saisit et y jette un œil, puis plante son regard dans le mien. Il lève alors lentement sa main droite, sa red right hand rouge sang et la pose sur mon épaule, en signe d’adoubement… ou de condamnation ?

Je le saurai jamais car là, je me réveille.

Le Bureau des légendes – critique

J’arrive après la bataille, et après que tout a été dit mais mon enthousiasme est tel que je tiens quand même à livrer quelques réflexions sur celle qui est donc considérée comme la meilleure série française actuellement. J’ai lu pratiquement aucun papier dessus donc désolé pour les éventuelles redites ou enfonçages de portes ouvertes.

Les Patriotes

C’est évidemment là qu’il faut aller chercher la genèse de la série puisqu’après quelques ratés (coucou Anna Oz, coucou Total Western) et un gros passage à vide consécutif à ces 2 échecs, Eric Rochant est revenu sur le devant de la scène en créant une sorte de spin off, 20 ans après, de ce qui restera sans doute comme son meilleur film. Avec la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure, le pendant français de la CIA ou du MI6, en gros) à la place du Mossad, et Mathieu Kassovitz à la place d’Yvan Attal (avant ça, il avait quand même réalisé l’excellent Mobius, preuve que l’espionnage et lui, c’est une affaire qui roule). En tout cas, il est intéressant de relever les similitudes, points de divergences, récurrences entre les 2 œuvres. Et, bien sûr, il faut absolument voir Les Patriotes si on aime Le Bureau des légendes.


« Les patriotes », ce sont aussi les membres de la DGSE, héros de la série. Enfin… peut-être : si on entre petit à petit, et à des degrés divers, dans l’intimité de chacun.e, on ne saura jamais pourquoi ils travaillent là. Simples compétences techniques et/ou psychologiques, goût du risque, besoin d’un défi, de se prouver ou de fuir quelque chose ou véritable dévouement patriotique, envie d’être utile à son pays ? Pas de réponse, même si on peut parfois les deviner. Ce mystère sert la série, la mythologie qu’elle crée autour du BDL (la salle de crise, les pseudos, le jargon) et de ses principaux protagonistes.
Ne pas entrer sur ce terrain-là, celui de la motivation profonde des personnages, permet à Rochant et aux scénaristes de ne jamais verser du mauvais côté du drapeau : Le Bureau des légendes est une fiction qui met en scène des probables patriotes, sans qu’on puisse l’accuser elle-même d’un excès de patriotisme. Ces gens là font leur travail, quelle que soit leur motivation, et c’est ce que la série s’attache à nous montrer. Point. Je trouve ainsi le pseudo- débat ou la pseudo-polémique sur une trop grande allégeance de la série vis à vis de la véritable DGSE, qui y collabore et lui donne son aval, non-avenue. Ce qui résulte de cette « collaboration » (dont apparemment on ne sait pas grand chose non plus) est à la fois excellent et irréprochable d’un point de vue éthique (c’est ce que je pense en tout cas), c’est tout ce qui importe.

La France

C’est LE gros point positif de la série pour moi, en dehors de sa trame et de sa caractérisation évidemment, qui en font une si belle réussite : la France, partout, tout le temps. La DGSE donc, qui traite des affaires et met en place des missions relatives à la sécurité nationale et aux activités françaises à travers le monde (le monde étant quasiment réduit au Moyen-Orient bien sûr, années 2010 oblige) mais surtout, la francité : les locaux de la DGSE, Paris, sa grisaille, les filatures en Peugeot ou Toyota Yaris, les pots de départ des employés, leur pause clope etc. La cantine. LA CANTINE BORDEL ! Mes scènes préférées de la série je pense, qui voient aussi bien la « petite main » du bureau des légendes que le directeur des opérations sur le terrain ou le grand patron se trimbaler avec leur petit plateau, leurs carottes râpées et leur colin meunière/jardinière de légumes (Sisteron, il prend des frites lui, évidemment). La série opte pour un espionnage à visage humain, fuyant (ou presque, j’y reviens) le sensationnalisme, choisissant John Le Carré dont Rochant est très fan plutôt que James Bond, et ça passe donc aussi par des petits détails de la vie de bureau, sans ironie, qui feraient presque se rejoindre la DGSE et la COGIP. Et qui ancrent en tout cas Le Bureau des légendes dans un quotidien très français.

La suite

Avec tout ça (avec tout ce qui précède je veux dire), j’ai une préférence pour les saisons 1 et 2. Voire pour la saison 1, dont on dit certainement qu’elle pâtit d’un manque de moyens (encore une fois : j’en sais rien, j’ai presque rien lu sur la série). Peut-être mais selon moi, c’est là que se matérialise le mieux ce qui fait le prix du Bureau des légendes : la francité donc, mais aussi une économie de tous les instants (dans l’exécution, plus que dans les moyens eux-mêmes), la primauté aux personnages et à leur psychologie etc. Je vais pas (re)faire l’article, quand on a vu et qu’on aime la série, on est d’accord sur ce qui fait son charme et son intérêt.


C’est pour ça que la saison 3… Entendons-nous bien : j’étais à bloc, assis sur le bord de mon fauteuil quand la rencontre entre BIP et BIP a eu lieu, quand BIP s’est cru libre et puis finalement non etc etc. Mais avec le succès, critique et populaire, des 2 premières saisons, la série a logiquement obtenu plus de moyens, encore, multipliant les lieux de tournage et donc les potentiels théâtres d’opération, intrigues, rebondissements etc. Et en son cœur, même si, encore une fois, c’est très excitant, je vais pas jouer les faux-culs, j’ai eu un peu peur que cette 3ème saison fasse basculer la série de 24 à la française i.e. cérébrale et minimaliste, à 24 à la française i.e. rocambolesque et cheap, avec un Malotru qui se mue définitivement en Jack Bauer de la Porte des Lilas.
« J’ai eu » simplement, car les 2 derniers épisodes de la saison 3, magistraux, reviennent aux fondamentaux de la série (manipulation, cache-cache, espionnage au sens propre du terme), avec une mélancolie de tous les instants qui saisit véritablement aux tripes.

On est donc en droit d’être optimiste pour la saison 4,  dont la diffusion démarre très prochainement, puisque Le Bureau des légendes semble vouloir rester sur ces rails là, en affirmant encore davantage son caractère de « série d’action auteuriste » : Mathieu Amalric a rejoint la fine équipe devant la caméra, Pascale Ferran, camarade de promo de Rochant à l’IDHEC, derrière. J’ai hâte de voir ça !

Mon rêve 19

Aujourd’hui, vous avez le droit d’en connaître.

En ce moment, je suis A FOND dans Le Bureau des légendes. Et quand je dis « A FOND », en lettres majuscules, je suis en deçà de la réalité. Je trouve d’ailleurs que mes collègues me regardent bizarre, m’étonnerait pas qu’y en ait 1 ou 2 qui travaillent pour le Mossad ou le FSB (d’ailleurs je me dis que je prends des risques inconsidérés à écrire « Mossad » ou « FSB » dans un billet, putain je viens de le refaire, ça va être hyper suspect).

J’ai une tendresse particulière, comme beaucoup de fans de la série j’imagine, pour le personnage de Raymond Sisteron, interprété par Jonathan Zaccaï. Sacré Raymond.

Et là donc, je me trouve avec lui, dans un lieu public, genre restaurant d’hôtel  cossu et feutré comme il arrive d’en voir dans la série. Il est accompagné de sa nana/collègue : pas la petite jeune avec qui il finit par baisouiller dans la saison 3, une autre, non identifiée.

Et ils sont en train de me former, un peu comme dans la 1ère leçon reçue par le personnage de Marina Loiseau (Sara Giraudeau) au cours de la saison 1, lorsque Malotru (Kassovitz) lui demande de choper des infos sur 2 mecs au comptoir d’un café en 15 minutes chrono. Y a plein de gens partout et Zaccaï aka Sisteron, pointe une personne, j’y vais, puis je reviens vers lui et sa collègue, il me débriefe, puis il me dit ce qui va pas, ce que j’ai bien fait, puis m’assigne une autre mission etc. Faut rester discret donc je lui refile les infos de manière détournée et non conventionnelle. Genre à un moment, je me mets à faire des grimaces et à baver mais pas de panique, c’est un code. Enfin, c’est ce que je croyais car en fait il capte rien, il me prend pour un débile.* Bon.

Et là, paf, sans transition, je me retrouve dans un bus du 3ème âge, genre voyage touristique… du 3ème âge. Je suis la seule personne en dessous de 70 ans quoi, à part peut-être le chauffeur. Suis-je leur accompagnateur? J’en sais rien mais je dois avoir une couverture quelconque puisque je comprends qu’il s’agit de ma 1ère véritable mission: je dois ramener des infos. Infiltré dans un groupe d’une soixantaine de vieux… Ils représentent une menace pour la sécurité nationale? Pire que ça: je reconnais en 2 ou 3 d’entre eux des membres actifs, et donc dangereux, du mythique « complot des vieux » de Groland.

Je suis donc aux aguets, gonflé à bloc. Ils vont pas s’en tirer comme ça ces salopards.

Et là je me réveille.

 

 

*je tiens à rassurer mon lectorat féminin: non, je ne me suis pas réveillé avec de la bave au coin des lèvres.

L’Amour est une fête – avant-première Gaumont Wilson

Paris, 1982. Patrons d’un peep show, Le Mirodrome, criblés de dettes, Franck et Serge ont l’idée de produire des petits films pornographiques avec leurs danseuses pour relancer leur établissement. Le succès est au rendez-vous et ne tarde pas à attirer l’attention de leurs concurrents. Un soir, des hommes cagoulés détruisent le Mirodrome. Ruinés, Franck et Serge sont contraints de faire affaire avec leurs rivaux. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que nos deux « entrepreneurs » sont des enquêteurs chargés de procéder à un coup de filet dans le business du « X » parisien. C’est le début d’une aventure dans le cinéma pornographique du début des années quatre-vingt qui va les entraîner loin. Très loin…(Allociné)

On le sait, les films sont rarement tournés dans l’ordre de leur scenario. Et il est encore plus rare que ce dernier se développe ou soit modifié au cours du tournage. Pourtant, j’ai eu cette sensation (complètement erronée donc, surtout connaissant un type aussi expérimenté et rompu aux règles cinématographiques que Cédric Anger) lors de la projection de L’Amour est une fête.
D’abord un peu entre 2 eaux, ou plutôt entre 2 genres (polar et comédie) et entre 2 humeurs (morose et débonnaire), le film choisit peu à peu son camp, comme s’il se laissait contaminer par les ondes positives qu’il diffuse, pour avancer franchement vers la lumière (au sens propre, tu comprendras quand tu auras vu le film). C’est tout le talent du réalisateur bien sûr, également auteur du scénario comme toujours, que d’avoir su mettre en place une telle progression et ménager une forme de suspense quant à nos attentes et à notre réception de son film : on peut légitimement penser au terme de son 1er tiers que le film va s’engager sur un chemin tortueux, en tout cas plus sombre que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et puis pas du tout, donc.

Virage à 180° donc, ou presque, pour Cédric Anger, après 3 premiers films graves et notamment un précédent, La prochaine fois je viserai le cœur, très étouffant : L’Amour est une fête est une comédie, au sens propre.

Sur le fond, c’est un très joli et touchant hommage au monde du cinéma porno d’antan, comprendre d’avant le numérique, internet et les scènes tournées à la chaîne dans des chambres d’hôtel de Budapest. Un monde dans lequel il était, c’est ce qu’on dit en tout cas, et qu’on nous raconte volontiers, encore possible de s’amuser et d’apporter un certain soin, un certain savoir-faire aux films produits (réalisateurs cinéphiles, scénarios un peu écrits, utilisation de la pellicule, acteurs et actrices nourrissant encore l’espoir de passer du X au cinéma traditionnel). Hommage aussi touchant que sincère, également incarné via le caméo de 2 des stars de l’époque, Alban Ceray et Marylin Jess (les Vrais savent). Voir, aussi, la belle affiche du film, sensuelle et 70s. C’est le côté Boogie Nights du film (mais ça s’arrête là pour les similitudes, Anger s’en expliquera d’ailleurs très bien).

J’ai des réserves, notamment sur l’aspect purement comique du film (j’ai pas toujours trouvé ça très drôle, et le fait d’avoir vu le film dans une salle pleine et très enthousiaste dès les toutes 1ères secondes, un contexte très « avant-première » donc, se révèle souvent encore plus trompeur ; je pense notamment à toute la séquence du retour de Gilles Lellouche auprès de sa famille que j’ai trouvée franchement embarrassante), mais c’est un film tendre et touchant, nourri d’une certaine mélancolie et d’une petite dose de nostalgie, sans pour autant verser dans le passéisme, infusant une douce euphorie, un sentiment positif. A ranger dans la catégorie film-sourire-aux-lèvres.

L’équipe du film s’est déplacée en nombre pour le défendre : sur la photo ci-dessous, et de gauche à droite, les actrices Camille Razat, Elisa Bachir Bey et… Valeria Nicov ? j’ai oublié de qui il s’agissait…; le réalisateur Cédric Anger; et les acteurs Xavier Alcan et Gilles Lellouche. Mention spéciale d’ailleurs pour tout le casting féminin, très sexy, et filmé de façon appropriée par Anger, sans une once de vulgarité ou de putasserie.

Guillaume Canet n’était pas du voyage, au grand dam d’une large partie féminine et trentenaire du public, manifestement en attente. Elles se sont consolées avec Lellouche, aussi sympathique et vanneur qu’on l’imagine.
Marrant d’avoir enchaîné 2 AP en 3 jours : sur le coup, j’ai trouvé Mathieu Sapin confus et plat pour parler de son film (Le Poulain), avec le recul, les prises de parole de Cédric Anger se s’ont révélées encore plus cruelles pour lui. D’abord critique aux Cahiers du cinéma, puis scénariste (notamment pour Xavier Beauvois, acteur dans L’Amour est fête et génial dans le rôle d’un réalisateur de films porno), Anger a beaucoup de recul sur son métier, son film et il en parle très bien.
Séance de questions-réponses un peu courte faute, étrangement, de questions de la part du public d’autant que la salle était pleine, c’est dommage de pas en avoir profité : j’ai évidemment pensé à plein de questions SUPER intéressantes à peine sorti de la salle. Mais chouette soirée donc, et un film que je conseille.

Le Poulain – avant-première Gaumont Toulouse

Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine.
Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique. (Allociné)

Mathieu Sapin est d’abord connu pour son travail d’illustrateur et dessinateur de BD. En 2012, il a suivi la campagne de François Hollande pour la primaire socialiste, puis s’est vu accrédité à l’Elysée pour en dessiner les coulisses (suite à l’élection d’Hollande donc). Il a tiré 2 albums de cette expérience, et aujourd’hui, un film (en 2016, il a été nommé Chevalier des arts et des lettres mais je suppose que ça n’a AUCUN RAPPORT avec ce qui précède).

Le Poulain décrit donc les arcanes à la fois d’une élection et de l’exercice du pouvoir, à travers la trajectoire d’un jeune assistant qui se retrouve au milieu de tous ces requins qui pensent qu’à leur sale djeule de petits énarques de merde : la question sera posée à Sapin à l’issue du film (« vous avez pas peur que ce genre de films détourne encore plus les gens de la politique ? ») et il confirmera que bon, c’est quand même un milieu où, on va pas se mentir, il faut bouffer les autres avant d’être bouffé soi-même. Dont acte.

Le film est donc relativement prévisible. Ce milieu qui fascine ( ?) autant qu’il dégoûte, on ne le connaît pas à moins d’y appartenir et pourtant, on sait parfaitement à quoi s’en tenir : coups bas, volte-face, trahisons, compromis etc., le film montre tout ça, pas de surprises. Il choisit de le faire sur un mode comique, via la satire. C’est là que le bât blesse pour moi : les dialogues ou situations sont eux aussi très (trop) prévisibles et sans surprises, pour ne pas dire carrément paresseux (le coup du SMS incendiaire envoyé par erreur à la personne qu’on incendie, c’est pas possible, on a pas le droit).

Le Poulain se suit néanmoins sans déplaisir (j’ai quand même soufflé et levé les yeux au ciel à plusieurs reprises), peut-être en raison de sa prévisibilité précisément, qui le rend confortable, mais aussi grâce à sa distribution, irréprochable pour le coup : Alexandra Lamy en requine volontariste, Gilles Cohen en gentil candidat un peu dépassé, Katerine en fantasque théoricien de l’ombre, tous sont épatants. Finnegan « Mike » Oldfield prête lui sa maladresse et son visage juvénile encore neuf sur les écrans au personnage du « poulain », catapulté du jour au lendemain en tant qu’assistant du personnage interprété par Alexandra Lamy, et qui apprend, puis maîtrise rapidement les rouages de ce monde qui lui était pourtant totalement inconnu.

A l’issue de la projection, traditionnelle séance de questions-réponses entre le public très grand public et le réalisateur, Mathieu Sapin donc, et son interprète principale, Alexandra Lamy.  Evidemment, les gens sont là pour elle : elle se fait méthodiquement mitrailler en silence par les téléphones portables.

Elle arrivait manifestement de la salle de sport.

Séance courte et sans grand intérêt : elle a pas grand-chose à dire sur ce rôle relativement banal et transparent de femme-forte-qui-n’est-pas-une-salope-car-elle-doit-exister-comme-elle-peut-dans-un-milieu-d’hommes et j’ai trouvé que Mathieu Sapin défendait son film de manière assez maladroite et confuse, se perdant parfois dans de longues phrases pour raconter des anecdotes peu intéressantes. Et quoi de plus chiant qu’une personne qui ne sait pas raconter une anecdote sans intérêt ?

Quand même, la traditionnelle, elle aussi, question nawak de la part d’un spectateur (y en a toujours une) : « il serait possible de connaître les cachets des acteurs sur le film ? ». Oui, bien sûr, et puis on en profitera pour te glisser le fin mot sur l’assassinat de JFK par la même occasion. Les gens…

Game Night – critique

Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. sauf qu’il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs… (Allociné)

Déception : Game Night est régulièrement vantée comme la meilleure comédie de l’année mais j’ai trouvé pour ma part qu’elle révélait une impasse, celle de la comédie américaine actuelle, après des années fastes.

Le pitch est malin et bien développé, suivant le principe de l’effet boule de neige : une fois la machinerie lancée (Kyle « FILF » Chandler se fait enlever non pas par des gens de l’agence qui organise la game night, mais par de vrais méchants à qui il doit du fric), les scènes et les situations s’enchaînent sans temps mort, bien rythmées, bien montées, parfois réellement surprenantes. Et on sait l’importance du rythme et du montage dans une comédie.

Le hic pour moi c’est que l’humour ne repose quasiment que sur le seul principe du commentaire sarcastique, à tout moment, quelle que soit la situation. Même, voire surtout lorsqu’elle est dramatique. Les personnages, très rapidement croqués et grossièrement caractérisés (le couple de winners forcenés, le dragueur, la cougar etc) ne bénéficient d’aucun développement: ils ont simplement tous une forte propension à se vanner les uns les autres avec le même mordant.

Ce que met en branle et ce que montre Game Night (mais du coup c’est pas inintéressant dans ce que ça révèle sur 2018) c’est un humour, et un monde donc, de smartasses, de gens qui ont toujours la répartie qui tue (ou censée tuer) et qui n’existent qu’à travers leur regard amusé et distancé sur les événements et sur les autres. Un humour dérivé d’internet et des conversations à distance (encore), qui ne connaît pas le drame de l’esprit de l’escalier puisque, séparés des autres par un écran, de téléphone ou d’ordinateur, on bénéficie toujours du confort du temps, du recul, pour la réflexion, la réécriture.

Alors certes, ça fait parfois mouche (ou souvent, selon notre sensibilité), et ce registre humoristique a été popularisé par des gens (Judd Apatow et sa bande) et des œuvres (les séries New Girl et The League sur des modes pourtant très différents) parfois brillantes voire géniales.  Mais lorsqu’il est systématisé comme ici, on (en tout cas « je ») frôle l’overdose et ça révèle selon moi une certaine paresse. D’écriture avant tout, mais aussi de rapport au monde, et aux autres.

J’extrapole peut-être, et je suis sans doute un peu sévère car, encore une fois, c’est vraiment bien fichu en termes de mécanique et régulièrement drôle mais ce constat, celui de personnages et par extension, d’un monde, qui ne sait plus vivre les événements de manière naturelle, constat qui n’est pas nouveau, certes, m’a un peu déprimé.