#86 The Stone Roses

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Lorsque l’album sort (en 1989), je n’ai “que” 16 ans et je n’ai tout simplement jamais entendu parler du groupe. J’ai des goûts beaucoup plus mainstream. J’ai 16 ans, dans le Pays Basque profond, à la fin des années 80 quoi.

L’année suivante, une camarade de lycée me fait découvrir les Smiths: c’est le choc, le tournant du match. J’en ai parlé récemment, ici, j’insiste pas.
Très vite, en lisant des articles par-ci par-là, je découvre que les Smiths et les Stone Roses sont pas vraiment copains. Qu’ils seraient même plutôt antithétiques. Évidemment, en bon fan qui se respecte, qui plus est converti de fraîche date (les pires), j’ai une confiance aveugle en Morrissey, je ne prends donc même pas la peine de jeter une oreille à l’objet du délit : un album d’une profonde vacuité qui fait l’apologie de la drogue et de la dance music la plus superficielle et inconséquente blablabla. Bon. Ca dure comme ça pas mal de temps.

Quelques années plus tard, je finis par l’écouter ce disque, juste avant la sortie de Second Coming, leur second album (j’adore Love Spreads, le single du grand retour). Et là évidemment, je suis un peu sur le cul. Parce qu’en lieu et place d’un album de dance-music à la Primal Scream ou Happy Mondays, j’entends un groupe probablement obsédé par les sixties et, au hasard, les Byrds. Sacré Morrissey. Et puis ce John Squire, il était pas censé être un guitar hero, le fils spirituel de Jimmy Page? Bizarre parce que j’entendais surtout un guitariste fin et délicat, tout en arpèges carillonnants… L’a pô compris…

Je l’ai immédiatement aimé ce disque: 11 titres, 11 tubes. Je déconne pas, revoie la tracklist :  11 tubes. Ou 12 si t’as la version US avec Elephant Stone. Après… On s’en fout que Ian Brown ne sache pas chanter, que John Squire soit bouffi d’orgueil et de came, que Second Coming soit à moitié inécoutable (et je suis gentil) ou même que Morrissey ait partiellement raison quant à sa vision du groupe : The Stone Roses est de ces albums qui encapsulent en 45 minutes environ ce qu’a été, ce qu’est et ce que sera la pop anglaise. Comme ont pu le faire auparavant (t’étouffe pas, je les mets pas sur un pied d’égalité pour autant), les Kinks, Bowie, The Jam, plus tard Blur et Oasis. Ou les Smiths.

42 réflexions pendant la 42ème cérémonie des Césars

Comme l’an dernier, et l’année précédente, n’importe quoi, n’importe comment sur la 42ème Cérémonie des Césars.

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C’est donc à l’horrible Jérôme Commandeur qu’on a inexplicablement confié la présentation de la soirée cette année. Humoriste ringard (et de droite), acteur dans des comédies lamentables (et de droite), il a comme je le craignais complètement plombé ma soirée.

– Comme on pouvait s’y attendre, ça démarre avec un numéro chanté/dansé : j’ai beaucoup aimé le film mais le succès de La La Land va faire beaucoup de mal pendant très longtemps. Beaucoup. Longtemps. Très.

– Et hop une vanne pourrie sur les politiques-qui-branlent-rien-et-qui-viennent-se-montrer-aux-Césars.

– Ok, ok, c’est vrai, je l’aime pas. Du tout. Mais merde, c’est pas QUE moi, il est vraiment mauvais non ?

– Premier César de la soirée (meilleur espoir féminin) attribué à un film que je déteste sans l’avoir vu, Divines. Contre toute attente, discours assez émouvant.

Aïssa Maïga quand même… Wow.

Gérard Jugnot, « un monument du cinéma français », qui entre sur la b.o. de Reservoir Dogs. Tout va bien.

– Encore un sketch embarrassant.

– « Y en a qu’un mais vous en aurez un chacun hein » glisse Jugnot en tendant le trophée aux lauréats : j’aime bien ces petits moments de vérité, presque triviaux au milieu de tout ce cérémonial, qui nous parviennent chaque année.

– Putain le numéro « parler d’une seule bouche » de Klapisch et Girardot, AU SECOURS. Premier frisson de la honte de la soirée.

– Je suis mitigé sur Merci patron mais discours percutant de François Ruffin, il faut bien l’admettre.

– Je dis rien sur les sketches qui s’enchaînent, j’aurais l’impression de tirer sur une ambulance. Mais c’est dur.

– Ah, j’ai souri : le coup du paiement par CB avec Nathalie Baye. Faute de grives…

– Le César du premier film pour Divines, c’est la crainte l’assurance l’espoir, on va pas se mentir, de LE moment gênant de la soirée.

– Eh non. Cette cérémonie est donc définitivement placée sous le signe de la déception.

– Même Xavier Dolan est sobre, concis, pas détestable. MAIS C’EST QUOI CETTE SOIREE DE MERDE ?!?!

– Bim, une parodie de La La Land. On a beau s’y attendre, ça n’en est pas moins douloureux. Deuxième frisson de la honte de la soirée.

– « Ma’ame Maguyyyyyy ». Bon, au moins maintenant on sait qu’elle est toujours en forme.

– « Elle voit souvent rouge. Avec elle ça bouge. Maguy soleil ou bien Maguy larmes. On est sous le charme ». Je suis parti là.

– Meilleur film d’animation pour Ma vie de courgette, mérité. Le film toutes-les-larmes-de-mon-corps de Grande remise en 2016.

– Et le César du frisson de la honte est attribué au sketch de Julie Ferrier.

– Encore une récompense pour Ma vie de courgette, c’est con mais ça me fait plaisir. Magnifique discours de Céline Sciamma. Un vrai beau moment, enfin.

– Merde, il m’a cueilli avec son « pour décerner le César du meilleur film étranger, j’appelle Florian Philippot »

– Bon, c’est mesquin, méchant, je sais que je devrais pas dire ça mais il faut que ça sorte : je trouve Commandeur hideux et horriblement mal foutu avec son corps en forme de bouteille d’Orangina et ses toutes petites mains. Il me fait penser à Danny Devito en pingouin dans le Batman de Tim Burton.

– Après avoir inélégamment tiré la couverture à lui sur le César d’honneur attribué à Clooney, Dujardin se rattrape avec un très beau discours hommage à Belmondo.

– Un poil longuet le magnéto consacré à sa carrière mais il rappelle, alors qu’on a tendance à toujours saluer les filmographies de Delon, Deneuve ou Piccoli, que celle de Belmondo est pas trop dégueulasse non plus. Celle des 3 autres est sans doute plus « internationale » et plus exigeante.

– Vraiment long ce magnéto, j’appréhende un peu de voir Bébel sur la scène quand il sera terminé…

– Putain Bébel

– Pfffff… Dur là…

– Bon… Rien à dire, la présence sur scène de Bébel, c’est LE moment de la soirée. Dur d’enchaîner, Commandeur s’en sort bien en restant très sobre.

– J’aime beaucoup Pierre Richard et c’est toujours un plaisir de le revoir mais il faut dire les choses : ses cheveux lisses, c’est pas possible.

– Je découvre que Judith Chemla est nommée au César de la meilleure actrice.

– Oui Isabelle ❤ C’était hautement prévisible mais tout aussi mérité. Content là !

– Elle est magnifique.

– Elle souligne l’audace, l’intelligence et la malice de Verhoeven, elle explique comment dans Elle le rôle l’emporte sur l’interprète, combien il est important aussi de relever l’excellence du roman de Philippe Djian. La classe.

– Ah elle peut pas s’empêcher de tirer la couverture à elle à le fin de son discours quand même la coquine. C’est mignon. Evidemment si c’était Cotillard qui nous avait fait la même, j’aurais lancé une pétition sur Avaaz pour son extradition immédiate.

– Eh voilà, comme toujours, les récompenses les plus importantes sont expédiées en 12 minutes à la toute fin alors qu’on s’est traîné pendant 5h jusque là.

– Donc Xavier Dolan est un meilleur réalisateur que Paul Verhoeven. OK.

– Merde il fait un beau discours le con…

– Très beau discours même. Bravo mec, même si ton film est à chier (film frisson-de-la-honte de Grande remise en 2016)

– Sublime robe rouge pour Valérie Lemercier qui en une seule vanne (sur les acteurs pendus à ses lèvres du haut) réduit à néant tous les efforts déployés par Commandeur ce soir.

– Pffffffffff Ulliel meilleur acteur, sans déconner… J’avais pas vraiment de préférence mais une nouvelle récompense majeure pour un film aussi médiocre…

– Ouf, meilleur film pour Elle, l’honneur est sauf. Mais je comprendrai jamais comment on peut dissocier les récompenses du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Bon… Sur les récompenses, pas grand chose à dire, on est jamais vraiment satisfait. Elle, mon favori et film préféré de 2016 récolte 2 récompenses majeures mais je suis un peu déçu pour l’immense Paul Verhoeven.
En termes d’animation et de sketches en revanche, le sentiment d’avoir assisté à la plus mauvaise cérémonie aussi loin que je me souvienne. C’est quoi la prochaine étape, Hanouna ?

Loving – critique

Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine. (Allociné)

Pour un tel sujet et un tel pitch, 2 approches s’affrontent en règle générale : 1. le mélo flamboyant, expressionniste, avec interprétations extraverties, violons, mouvements de caméra, coups de force scénaristiques etc. tout le tintouin. 2. la chronique sensible et intimiste, pudique, avec ses ellipses et son filmage à distance.

Coqueluche du cinéma d’auteur américain, Jeff Nichols opte évidemment pour la seconde option et ça ne fonctionne pas pour moi. Du tout.

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Less is more, c’est bien connu. Mais very very less… bah il reste plus grand chose : Nichols semble avoir tellement les jetons de verser dans le pathos qu’il reste terriblement à distance non seulement de l’émotion mais également de son film, voire de son sujet. A tel point, et je te jure que je caricature à peine, qu’on finit par croire que le problème de ce couple, c’est qu’on leur interdit de vivre à la campagne.
OK, il choisit de centrer son récit sur eux, sur leur amour inconditionnel mais à un point tel que la ségrégation apparaît étrangement absente de leur quotidien alors que merde, en 1958, en Virginie, ça devait pas rigoler tous les jours pour un couple mixte… Mais là ça va finalement (en dehors de la décision de la justice évidemment): 2 regards réprobateurs (un de la part d’un groupe de blancs, l’autre de la part d’une caissière noire), un avertissement adressé à Richard Loving sur son lieu de travail et… c’est tout.

Et ça dure comme ça pendant 2h d’un récit tellement pudique, tellement retenu, tellement digne, qu’il en devient insupportable. Ceci étant, quand Nichols décide d’y aller un minimum (l’accident du gamin par exemple, coup scénaristique d’une facilité incroyable), c’est tellement maladroit, sur le fond et sur la forme, qu’on se demande s’il aurait vraiment mieux valu choisir une approche plus flamboyante (je vais te dire ce qu’il aurait mieux valu : que ça soit Eastwood qui s’empare de cette histoire).

2 exemples précis parmi tant d’autres qui résument tout selon moi:

– Le couple est dans l’attente de la décision de la Cour Suprême. Le téléphone sonne au domicile familial, c’est l’avocat qui délivre la sentence : « Mme Loving ? / Oui / C’est Bernard Cohen« . La connexion est pas top et il y a manifestement une grande agitation autour de l’avocat, on ne l’entend pas très bien : c’est pratique, ça permet à Nichols de couper le son, carrément (on n’entend plus ce que dit l’avocat) et d’esquiver encore une fois le cœur de sa scène, comme il esquive en permanence et finit par ne rien montrer.

– Le film est tiré d’une histoire vraie et repose sur de vrais personnages. A la fin, on a donc droit à l’inévitable photo du vrai couple Loving, qui nous le montre dans une scène que le film a recréée un peu avant (une vraie belle scène pour le coup, peut-être même la seule de tout le film). Sur cette photo, Mildred Loving tient une cigarette entre ses doigts. Or dans le film on ne la voit jamais en train de fumer. Au contraire de son mari…

Ca ça a vraiment été la goutte d’eau.
Je me demande si je ne vais pas arrêter les frais avec ce cinéaste dont je n’aime vraiment qu’un seul film, Mud.

#36 Les Randonneurs à Saint-Tropez

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Nous avons quitté Cora, Nadine, Mathieu et son frère Louis, ceux que nous appelons dorénavant  » Les randonneurs « , il y a dix ans en Corse. Aujourd’hui, ils ont la quarantaine. Ils sont toujours très liés et ont décidé de repartir une nouvelle fois en vacances ensemble, juste tous les quatre, comme avant. La randonnée, il faut bien l’avouer, ça n’était pas vraiment leur truc. Mais à l’époque, c’était la mode des vacances sportives. Alors, ils avaient essayé. Cet été, c’est décidé, ce sera Saint-Tropez. Après tout, qui n’y va pas une fois dans sa vie ? Mais c’était sans compter qu’à Saint-Tropez, tout peut arriver. Même retrouver Eric, leur guide sur le GR20 Corse. Celui qu’ils s’étaient jurés de ne plus jamais fréquenter… Sauf qu’Eric a évolué ; il a même beaucoup changé. Et il a des arguments de poids pour endosser à nouveau le rôle du guide… (Allociné)

J’ai l’impression que Les Randonneurs est un film un peu culte. J’aime bien voire beaucoup mais, sans aucun snobisme, je préfère celui-ci qui est semble-t-il aussi, nettement moins apprécié.
Je le préfère car il fonctionne à plusieurs niveaux : comédie de vacances au premier degré, comme le 1er volet, avec cette fois l’enfer de la Côte d’Azur qui se substitue à celui du GR 20 ; comédie « suite », avec des gags, répliques, développements qui répondent au film précédent ; relecture à la fois amusée et tendre des nanars de Max Pécas même si ils sont davantage évoqués (à travers notamment le personnage interprétée par Cyrielle Claire, habituée des comédies françaises 70s-80s, par exemple) que réellement réinterprétés.

Et ça c’est valable pour le 1er volet également et c’est un élément crucial dans ce type de film qui fonctionne énormément sur l’énergie et la dynamique de groupe, je trouve que le groupe justement, d’acteurs, fait preuve d’une super complicité. Difficile dans ces cas-là de savoir si elle est réelle ou si les gars/filles sont vraiment de très bons acteurs et qu’ils la simulent totalement mais je trouve qu’on croit vraiment aux relations et interactions qui se nouent au sein de ce groupe d’amis de longues dates interprétés par Karin Viard, Géraldine Pailhas, Vincent Elbaz et Philippe Harrel. Et Poelvoorde évidemment, dans le rôle de l’élément extérieur/perturbateur.

J’ai vraiment beaucoup de tendresse pour ce film qui me fait beaucoup rire et que j’ai déjà vu à plusieurs reprises sans aucun sentiment de lassitude. J’ai l’impression encore une fois qu’il est non seulement totalement méprisé mais également rejeté par les fans des Randonneurs et je ne comprends pas pourquoi.

Enfin, vu la manière dont il s’achève, on est en droit d’attendre un 3ème volet, ça me ferait très plaisir.

Teenage Fanclub – Le Metronum, Toulouse

« She wears denim wherever she goes / Says she’s gonna get some records by the Status Quo / Oh yeah / Oh yeah »

Si toi aussi tu as été musicalement formé au début des années 90s, il y a de fortes chances que les premiers mots de The Concept se soient gravés à jamais dans ta mémoire.

(A 2’01, mon solo de guitare préféré de tous les temps, je l’ai joué un nombre incalculable de fois. A la bouche.)

A partir du moment où j’ai entendu cette intro bruitiste suivie d’une mélodie byrdsienne chez Bernard Lenoir sur France Inter un soir de cité U comme tant d’autres, Teenage Fanclub est devenu un groupe phare, fétiche, un de ceux qui m’accompagnent… depuis toujours ou presque maintenant puisque ça fait 25 ans. Un de ces groupes qui n’a selon moi jamais commis un seul mauvais disque, ni même un disque moyen et qui est capable, près de 30 ans après ses débuts (Everything Flows en 1989), de sortir un de ses meilleurs albums (le sublime Here de l’an dernier). Un groupe qui m’a parlé et qui me parle encore intimement comme peu d’autres parmi les formations contemporaines.

Et un groupe qui s’est logiquement ajouté à ma bucket list de groupes à voir sur scène et auprès duquel j’avais jusqu’à lundi dernier essuyé 2 échecs retentissant (le premier en 1992, le second en 2010) donc autant te dire que j’étais un poil surexcité et qu’à ce stade et à ce niveau d’attachement affectif J’ETAIS UN POIL SUREXCITE.

Le concert avait lieu au Metronum, sorte de mini-Bikini, soit une salle flambant neuve (3 ou 4 ans seulement il me semble) très confortable pour le public et sans doute les musiciens (super acoustique). Affluence… correcte, sans plus. Je m’attendais à davantage mais je suis sans doute aveuglé par mon attachement au groupe qui reste un groupe confidentiel, en France en tout cas. Public de quarantenaires, voire plus, majoritairement.

Après une première partie sur laquelle je préfère ne pas m’attarder afin de ne pas gâcher l’ambiance, Teenage Fanclub attaque de manière prévisible avec Start Again. Peut-être ma chanson préférée du groupe donc une de mes chansons préférées tout court. Pour des raisons qui seraient à la fois trop longues et trop embarrassantes à expliquer.

(A 2’27, second solo favori de tous les temps. A la bouche aussi.)

Ouverture prévisible quoiqu’il en soit (les Stones attaquent avec Start me up, Teenage Fanclub avec Start Again, normal dans les deux cas) mais un poil frustrante car comme souvent sur les 1ers morceaux, la balance est pas au top et c’est le cas ici. « Even though / It’s complicated / We’ve got time / To start again », ça me tuera toujours malgré tout, même via le haut parleur d’un téléphone portable. Et puis dès le départ, malgré la balance un peu hasardeuse donc, c’est vraiment “les harmonies vocales pour les Nuls”. Putain le niveau des mecs, comme ça, à froid…

Les mecs d’ailleurs : Norman Blake, son léger embonpoint et sa dégaine très sage d’étudiant sympatoche. Héros pop absolu. C’est lui qui interprète le plus de morceaux : même si le travail de composition (et d’interprétations puisque chacun chante la chanson qu’il a écrite) se divise équitablement, il reste le leader du groupe. Je suis à la fois surpris et ému : je réalise qu’en live, son timbre, ses intonations, son phrasé se rapprochent énormément de ceux de l’un de ses héros (qui se trouve aussi être l’un des miens), Gene Clark.

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Raymond McGinley (qui restera tout le concert sur sa Jazzmaster) très classe avec ses cheveux presqu’uniformément blancs et son allure longiligne, roi du solo neilyoungien

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Gerard Love et son incroyable dégaine d’éternel étudiant endimanché aux fringues mal taillées. Souvent en retrait (au sens propre), ses compositions humbles et plus impressionnistes que celles de ses 2 partenaires seront toujours très chaleureusement accueillies.

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Plus le désormais fidèle Francis Mac Donald à la batterie et un cinquième gars dont j’ignore le nom aux claviers/guitare.

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Bon, dès le 2ème morceau (Sometimes I Don’t Need to Believe in Anything et ses incroyables harmonies à 5 sur le final), tout va bien côté son et du coup… Bah c’est tout simplement parfait. Simplement : Teenage Fanclub, c’est la quintessence du groupe pop/power pop et l’adjonction d’un clavier (très) discret à la formule canonique guitare-basse-batterie, c’est la seule fantaisie qu’on est en droit d’attendre de leur part.
Car l’essentiel est ailleurs : dans ces compositions canoniques là aussi, à la saveur d’éternité comme j’ai pu le lire dans une bio du groupe,  qui, même quand on les connait un peu moins bien (comme celles du dernier album par exemple), procurent ce sentiment qu’on les connait depuis toujours. Pas au sens « pffffffffff, j’ai entendu ce truc mille fois » mais au sens « nom de Dieu, j’ai l’impression de connaitre cette chanson depuis toujours ». Ce qui vaudra aux titres du dernier album de se fondre à merveille dans une setlist composé de tubes issus de TOUS leurs albums (donc une période couvrant presque 30 ans encore une fois) et à un titre tel que I’m in love, d’être aussi chaleureusement accueilli qu’un classique tel que Sparky’s Dream (au hasard). Merde, je parle là d’un groupe capable de composer ces 2 merveilles absolues à 20 ans d’intervalle :

Je ne vais donc pas citer tous les moments forts puisqu’il n’y a eu que ça : le groupe possède une bonne dizaine, au bas mot, de classiques absolus qu’il interprète avec une maîtrise confondante (ces harmonies nom de Dieu, cette symbiose entre les guitares de Blake et McGinley). Mieux, c’est dingue l’énergie et l’enthousiasme, apparemment sincères si l’on en juge par leur attitude et leurs sourires, dont ils font preuve en interprétant des titres qu’ils jouent probablement à tous leurs concerts depuis parfois 25 ans : The Concept par exemple, ils la jouent absolument à chaque fois je suppose, ça peut pas être autrement puisque c’est sans doute LE morceau qu’on retiendra d’eux et pourtant voilà, ils sont à fond, 25 ans après et c’est ce qui ajoute de l’émotion à ce grand moment.

Je vais pas tout citer, promis, mais des titres des albums « du milieu », comprendre des albums un peu négligés car un poil en dessous de leurs chefs d’oeuvre Bandwagonesque, Grand Prix ou Songs from Northern Britain ( je parle là d’albums tels que Howdy ou Man-Made) ont pris une dimension étonnante (It’s all in my mind, Dumb Dumb Dumb).

Et quel rappel ! Je m’attendais pas du tout à ce qu’ils remontent aussi loin dans le temps et avec une telle ferveur : God Knows It’s True, Radio (de leur très sous-estimé 3ème album, Thirteen) et pour finir, Everything Flows, leur premier single, à 3 guitares, avec de vrais accents de Crazy Horse dedans.

1h45 de perfection pop, tout simplement, avec humilité, élégance et enthousiasme.

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#85 Kelley Stoltz – Circular Sounds

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Kelley Stoltz
fait partie avec Jim Noir et Gruff Rhys (Super Furry Animals) de mes héros de l’ombre, esthètes pop aussi absolus que confidentiels. C’est un hasard (enfin, non, évidemment, mais ça n’est pas un choix conscient) mais ils partagent tous les 3 le même amour de l’orfèvrerie et du travail effectué en solitaire (sauf pour Gruff Rhys lorsqu’il est avec les SFA évidemment), en véritables Géo Trouvetou des home studios et rois de la débrouille. Et même s’il est américain, Stoltz est un anglophile convaincu.

Enorme fan d’Echo and the Bunnymen dont il a intégralement repris l’album Crocodiles (renommé Crockodials pour l’occasion), et qu’il a aujourd’hui rejoint en tant que guitariste de tournée, il semble sur cet album-ci s’être mis en tête de recréer les Kinks à lui tout seul, un peu à l’instar d’Elliott Smith avec les Beatles.

Circular Sounds est donc un album aussi mordant qu’enjôleur, aussi garage que chiadé, aussi électrique qu’acoustique. C’est selon moi le meilleur album de son auteur, même si tous les autres sont tout aussi recommandables, notamment le précédent, Below the Branches et les 2 suivants, To Dreamers et Double Exposure. Sur le tout dernier, In Triangle Time, un peu en dessous selon moi, il revient à ses premières amours new wave, évoquant même Bowie par moments.

#35 Pour un garçon

affiche-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxWill Freeman est un trentenaire londonien et un célibataire endurci. Vivant allègrement grâce aux droits d’auteur qu’il perçoit sur une chanson de Noël écrite par son père, il s’invente un fils pour draguer des mères célibataires.
Un jour, il fait la connaissance de Marcus, un garçon de douze ans, fils de Fiona, hippie et végétarienne, et tête de Turc de l’école. Will et Marcus deviennent amis, et pendant que Will apprend à Marcus l’art d’être cool, Marcus apprend à Will l’art d’être… adulte. (Allociné)

Dans le duo d’adaptations des 2 meilleurs bouquins de Nick Hornby (Haute-Fidélité et A propos d’un gamin), j’ai une préférence pour celle-ci car Paul Weitz l’américain a judicieusement choisi de rester à Londres, là où Stephen Frears le britannique a choisi de transposer l’action à Chicago (et d’utiliser un casting quasi exclusivement américain). C’est paradoxal, et c’est surtout une petite trahison qui ne passe pas pour moi tant les romans de Nick Hornby, quoiqu’imprégnés de son amour pour la soul, le folk et la country,  restent profondément anglais. Tu me diras qu’il s’agit d’une adaptation et je te répondrai que oui mais transposer l’action de Haute-Fidélité de Londres à Chicago ne change absolument rien. Ca a dû rassurer les producteurs que le film se déroule aux Etats-Unis j’imagine.

Du coup, Pour un garçon est selon moi le fleuron de ce qui est devenu un genre à part entière suite au succès de films tels que 4 mariages et 1 enterrement, Coup de foudre à Notting Hill ou Le journal de Bridget Jones : la comédie britannique. Mieux, puisqu’il ne t’aura pas échappé que le gars est présent dans quasiment chacune d’entre elle (il l’est en tout cas dans les 3 que je cite), il est le fleuron du Hugh Grant movie.

Mais évidemment, Pour un garçon va plus loin puisqu’il joue précisément de l’image-cliché du Hugh Grant spirituel, charmant et maladroit, maladroitement charmant, charmamment maladroit auquel on a systématiquement droit. De spirituel, il devient ici sarcastique, cynique même et très sûr de lui. Au début… Contre toute attente, Hugh Grant incarne ainsi le parfait héros hornbien, désabusé mais confortable, qui va tout à coup devoir se remettre en question. J’en dirais pas plus pour pas spoiler même si le film est aujourd’hui devenu un petit classique multi-diffusé sur les chaînes de la TNT.

Enfin, argument de poids dans mon affection pour ce film, la géniale bande originale signée Badly Drawn Boy qui n’a tout simplement rien fait de mieux selon moi.

Là aussi, un choix audacieux de la part du réalisateur et des producteurs du film : il avait certes le vent en poupe à l’époque mais on peut pas dire qu’il constituait le choix le plus commercialement évident.

Dans le même registre, je conseille aussi :

Haute-Fidélité bien sûr, avec un excellent John Cusack et un génial Jack Black.

Deux autres comédies signées Paul Weitz, réalisateur d’American Pie je le rappelle, qui prouve qu’il a décidément l’œil pour finement croquer les personnages et les relations humaines : En bonne compagnie, film étonnamment franc et juste sur le monde de l’entreprise et American Dreamz (avec encore Hugh Grant) sur l’univers de la télé-réalité… et du terrorisme.