Mon rêve 22

Aujourd’hui, un rêve сделано в россии*, richement illustré.

Je me trouve dans une sorte de soirée en Russie : ça parle russe dans tous les coins et les gens ressemblent à des Russes (me demande pas…). Ca parle également anglais donc je suis pas complètement perdu. Y a de quoi boire, de quoi manger, de la bonne musique, c’est pas désagréable. C’est même plutôt cool: je peux dire que je passe une bonne soirée.

Je fais la connaissance d’une nana prénommée Svetlana (évidemment). Elle est plutôt belle (évidemment), dans un style que je qualifierais de slave (évidemment). En fait, elle ressemble à Géraldine Martineau, qu’on a vu notamment dans Le Nouveau ou cette année dans Le Poulain.

En moins juvénile (elle l’est tellement que dans Le Nouveau elle joue une gamine de 13 ou 14 ans alors qu’elle a 30 ans…), elle a mon âge on va dire. Elle porte une robe qu’on qualifierait aujourd’hui de vintage, et qui serait dans ce genre là:

Oui parce que je bloque un peu sur Dakota Johnson depuis Suspiria. Et j’aime bien cette photo.
Donc une robe dans ce genre là mais plus retro. Je vois par exemple un col en dentelle. Difficile de dire si elle est issue d’une garde-robe démodée-retour-de-hype ou simplement démodée-pays-de-l’Est. J’arrête avec la robe non ?

Et donc, on fait connaissance. Et même un peu plus que ça puisque je réalise qu’une fois la soirée s’est achevée, on vit ensemble, Svetlana et moi. Bon bah ok, pourquoi pas. Je parle pas russe mais j’apprends, un peu. On parle anglais entre nous, on rit bêtement etc. Tout va bien.

Puis je sors de la maison (de la datcha?). J’ai la sensation que c’est un petit événement, comme s’il s’agissait de ma toute première sortie après être resté à l’intérieur pendant une durée inhabituellement longue. Je reste d’abord un moment sur le perron, impressionné par un paysage spectaculaire, entre massif alpin verdoyant, Tyrol, Yosemite Park et vision fantasy pure.

Là c’est les Dolomites. Y a de ça aussi.

D’ailleurs je remarque au loin des ours qui semblent vivre en liberté et gambadent près de chevaux, en liberté eux aussi, qui ne paniquent pas le moins du monde. Tout va bien.

Je m’aventure enfin à l’extérieur et me balade sur un pré verdoyant. Le paysage est à couper le souffle, le ciel bleu et le soleil brille. Plusieurs maisons entourent la nôtre (puisque c’est chez moi maintenant, ça ne fait plus de doute), quasiment identiques: d’énormes chalets en bois, type la vision que j’ai du Tyrol là encore.

Je me balade nonchalamment, je prends le soleil et je réalise que les voisins sortent de leur maison pour venir à notre rencontre. Svetlana me rejoint et m’explique qu’ils ont envie de faire ma connaissance: ils ont organisé une sorte d’apéritif de bienvenue dans un chalet situé en peu en contrebas.

On va donc tous dans cette direction. Alors que nous marchons, les gens, essentiellement des types, viennent me saluer de manière assez froide. Ils ressemblent à des caricatures de bad guys russes dans les films d’actions ou mauvaises séries: crâne rasé, mine pas très kawai, veste en cuir 2 fois trop ample etc.

Sans batte de base-ball quand même.

Ceci étant, à mesure qu’on avance, je réalise qu’ils m’escortent davantage qu’ils m’accompagnent : ils sont plusieurs à m’entourer désormais, le visage fermé, voire hostile. Je me retourne et je cherche Svetlana du regard : je ne la vois pas. Je m’arrête, un peu interdit et j’explique en anglais à l’un des gars, le plus proche de moi, que je préfère l’attendre et y aller avec elle. Là le gars me pousse en me disant, en russe, « On a pas le temps, avance. Il t’attend ».

« Il » m’attend? Nom de Dieu… Là je comprends que je me suis fait piéger et que ça pue. Svetlana a complètement disparu COMME PAR HASARD.

On s’apprête à monter les quelques marches qui nous séparent de la porte d’entrée de l’énorme chalet censé nous accueillir. Sauf que tout le monde s’arrête: seuls 2 mecs, bien costauds, bien patibulaires (veste en cuir beaucoup trop large), m’encadrent, m’agrippent de part et d’autre par le bras et montent les marches avec moi. Les autres commencent à tourner le dos et à rebrousser chemin.
Le mec de droite ouvre la porte sans frapper et nous entrons dans une pièce entièrement vide, à l’exception d’un grand bureau orné de 2 petits drapeaux de la Fédération de Russie et derrière lequel « Il » est assis.

Et là je me réveille.

*made in Russia

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Suspiria – critique

Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l’espoir d’intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile.
Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent… (Allociné)

Sur le coup, je me suis fait chier. Et j’ai trouvé ça à chier. En plus, j’ai eu le temps de me faire chier et de trouver ça à chier car ça dure 2h30. A un moment j’ai essayé de m’assoupir un peu (ça n’a pas marché), j’ai même pensé quitter la salle (comme 5 autres personnes, record absolu en ce qui me concerne).

Pourtant, à peine le générique final achevé, et encore plus 2 jours après, je n’ai envie de retenir du remake de Suspiria signé Luca Guadagnino que le positif. Car il y en a malgré tout.

Par exemple y a Dakota Johnson et ses jolis seins: c’est positif.

LE point positif, et qui est tout à l’honneur de Guadagnino et de son scénariste David Kajganich, c’est que jamais ils n’essaient ni de salir, ni d’honorer, ni même de jouer sur le terrain du chef d’oeuvre de Dario Argento : ils proposent autre chose.

Bien sûr, il y a une école de danse, il y a Berlin, il y a la pluie, il y a l’innocente Susie et il y a des sorcières. Bien sûr, sinon ça ne serait pas un remake de Suspiria. Mais pour le reste, nib, ou presque : là où Argento joue la carte du baroque, des couleurs criardes, eux affichent une palette chromatique en sourdine, Derrickienne. Là où le papa d’Aria fait appel à la frénésie de Goblin pour sa bande son, Guadagnino choisit le prog indé de Thom Yorke. Là où le maître italien suggère l’horreur et l’effroi par ses cadrages baroques, encore, mais suggère plus qu’il ne montre réellement, Guadagnino propose des scènes gore très frontales. Etc etc: la liste des différences, des contre-pieds adoptés par la version 2018 de Suspiria (jusqu’à son final épuisant) pourrait être bien plus longue.

Surtout, et pour résumer 2 démarches diamétralement opposées, là où Argento utilisait avant tout des outils purement cinématographiques (couleurs, cadrages, musique comme énuméré ci-dessus), Guadagnino, malgré quelques zooms et plans spectaculaires, utilise d’abord le verbe et l’écriture, au sens large : malheureusement, c’est là que ça déconne. Et pas qu’un peu.

Sublime plan De Palmesque

Ou alors je suis un peu con parce que je n’ai réussi ni à raccrocher les wagons, ni à comprendre l’utilité de pas mal d’éléments.
Le psy par exemple (interprété, déjà, par Tilda Swinton, qui joue donc 2 rôles. Pourquoi? Mystère. Elle joue une prof de danse et un psy. OK…)  : personnage déjà présent dans le film original mais pourquoi lui donner autant d’importance ici ? Un hommage à Max Von Sydow dans L’Exorciste peut-être ? Pourquoi raconter avec autant de détails son histoire personnelle puisqu’elle n’a absolument aucun lien avec l’intrigue principale ? Pourquoi tous ces flash-backs sur l’enfance de Susie ? Pourquoi tout ce verbiage autour des spectacles de danse, abstraits et über contemporains, de la compagnie ? Pourquoi Sylvie Testud (peut-être le plus gros WTF du film) ? Et enfin, pourquoi avoir développé à ce point le background Fraction Armée Rouge? Certes, l’action du film se déroule en 1977, année mouvementé pour la République Fédérale d’Allemagne mais quel est le rapport avec le reste ? Je cherche encore… Ca m’a rappelé les mentions à la situation des migrants sur l’île de Lampedusa dans A Bigger Splash, un des films précédents de Guadagnino, et remake, déjà, de La Piscine.

Vas y pour démêler tout ça maintenant…

Dans les 2 cas (Suspiria et A Bigger Splash donc), 2 relectures, on a l’impression que Guadagnino cherche à tout prix à s’éloigner de l’original, ou en tout cas à ne pas lui ressembler de trop près, ce qui est une bonne chose. On sent aussi qu’il a des choses à dire, et qu’il essaie de nous les dire. Le problème, c’est qu’il n’y arrive pas ou qu’on ne les comprend pas: on ne voit pas où il veut en venir. Bilan, il donne simplement l’impression d’alourdir son discours, de le contextualiser et de le « psychologiser » de manière inutile. Dommage…

Dommage car en sabrant une bonne heure, en se concentrant sur la compagnie de danse et sur son intrigue horrifique, il y avait bien un nouveau Suspiria à mettre en scène: à base d’Allemagne blafarde et encore hantée par son terrible passé (l’intrigue se déroule 30 ans à peine après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale), à base de gynécée trouble, de démarche féministe pervertie, autant d’éléments qu’une direction artistique très soignée mais subtile, impeccable, mettent parfaitement en valeur. Et à base de scènes gore vraiment crades : voir par exemple la 1ère manifestation des forces occultes à l’oeuvre dans l’école ou le chapitre conclusif. Là encore, si la perplexité (voire l’hilarité) l’emporte de prime abord, cette longue séquence objectivement ridicule emporterait presque le morceau par son courageux jusqu’auboutisme et son étonnante mélancolie.

On va pas se mentir, elle aura une place de choix dans mon top actrices 2018.

Je me répète mais c’est tout à l’honneur des auteurs de ce remake que d’avoir voulu à ce point se démarquer de l’oeuvre originale: c’est ce qu’il fallait faire, et ce qu’il faut toujours faire quelle que soit l’oeuvre à laquelle on s’attaque, d’autant plus lorsqu’elle est aussi marquante sur la forme que le film de Dario Argento peut l’être. Simplement, Guadagnino s’est un peu perdu dans son discours. Et nous avec.

Dix pour cent – critique

Mathias, Andréa, Gabriel et Arlette sont les quatre piliers d’une prestigieuse agence de comédiens. Ils forment une famille professionnelle talentueuse, sous l’autorité paternelle du fondateur de l’agence ASK, Samuel Kerr. La mort soudaine de Samuel fait vaciller ce fragile équilibre. Vont-ils réussir à sauver l’agence et à relever le défi que leur posent leurs « stars » ? (Allociné)

Je m’y suis lancé à la faveur de la promo pour la diffusion de la 3ème saison sur FR2. Promo efficace donc puisque la série n’était pas vraiment sur mes tablettes : même s’il n’en est pas le créateur (il s’agit de Fanny Herrero), dans la tête d’une majorité de personnes, dont moi, Dix pour cent, c’est Klapisch et Klapisch, je le trouve, au mieux, inutile. Mais je sais pas : le casting, le pitch, les védettes en guests, les retours globalement positifs, il faisait bon et c’était cool, pourquoi pas ?

C’est une déception, et je vais m’arrêter là. En vérité, j’aurais pu m’arrêter après le 3ème épisode mais je me suis dit que 3 épisodes de plus pour terminer la saison, ça va, je descends pas à la mine non plus. Mais ces 3 derniers épisodes ont confirmé, ô combien, les impressions dégagées après les 3 premiers : c’est nul.

« Mais encore ? »

OK : c’est l’utilisation des guests stars, ce qui constitue le cœur même de Dix pour cent, qui me gêne terriblement. Le reste, ça passe : c’est pas cheap, même dans cette 1ère saison (un inconvénient dont souffrent pas mal de séries : la saison 1 est souvent envisagée et donc produite, comme une saison « test », avec des moyens un peu limités qui sont revus à la hausse si la série est reconduite), c’est bien réalisé, bien casté (Nicolas Maury et Laure Calamy parmi les seconds rôles, je dis oui), bien interprété (encore que, Gregory Montel, le mec qui interprète Gabriel, purée…). C’est souvent paresseux (le nombre de fois où l’intrigue avance grâce à un quiproquo, une maladresse, une personnage qui entend ou découvre telle ou telle information par hasard, mon Dieu…) et bourré de clichés (à ce titre, le personnage interprété par Camille Cottin prototype de la connasse parisienne, est gratiné) mais bon, admettons, ça mange pas de pain, indulgence, service public etc. et les guests, LA plus value de Dix pour cent donc, jouent le jeu sans rechigner.

Gregory MONTEL (Gabriel Sarda), Camille COTTIN (Andrea Martel), Thibault DE MONTALEMBERT (Mathias Barneville), Liliane ROVERE (Arlette Azemar), les 4 agents/héros de la série

Mais précisément, le gros problème se situe là à mon sens : les stars (en vrac : Line Renaud, Françoise Fabian, Joey Starr, François Berléand, Audrey Fleurot dans cette saison) sont censées jouer avec l’image que le public à d’elles, montrer un visage peu flatteur peut-être, plein d’auto-dérision en tout cas, mais ça reste trop gentil, beaucoup trop gentil. Tu m’étonnes qu’elles jouent le jeu sans rechigner…

Quand on s’intéresse un minimum aux séries, on ne peut pas s’empêcher de comparer Dix pour cent avec Platane par exemple, la géniale série d’Eric Judor. Ou, évidemment, avec ce dont Platane s’est inspiré : Extras et Life’s Too Short de Ricky Gervais. 3 séries qui elles aussi se déroulent dans le milieu du cinéma et/ou de la télévision, et qui font appel à des vedettes dans leur propre rôle. Et la comparaison fait mal. Très mal.

Attention : il ne s’agit pas obligatoirement, lorsqu’on se lance dans une satire de ce milieu, de faire trash, politiquement incorrect etc. Dix pour cent est vendue comme une « feelgood série », elle n’a pas vocation à adopter le ton globalement acerbe des 3 sus-citées. Mais « feelgood » ne signifie pas « servir la soupe aux guests » il me semble. Parce que c’est de ça dont il s’agit : le niveau d’auto-dérision est bas, très bas, la volonté de jouer avec l’image des guest stars toute relative. Pire : plus « grosse » la star, plus gentillet son traitement. Je veux bien que ça soit compliqué de les faire participer à la série mais merde… J’ai vraiment eu le sentiment qu’on les ménageait exagérément et qu’on leur cirait les pompes.

Nathalie Baye et Laura Smet dans un épisode lénifiant de mièvrerie… Encore un coup de Laetitia !

Un exemple, avec une courte séquence, anecdotique mais très révélatrice à mon sens, qui a particulièrement attiré mon attention : une employée de l’agence ne sait pas quoi faire lorsque quelqu’un appelle pour se plaindre qu’on lui ait ajouté 10 ans sur sa page Wikipedia. Je cite, de mémoire : « J’ai un acteur au bout fil, on lui a ajouté 10 ans sur sa page Wikipedia, qu’est-ce que je lui réponds ? ». Elle dit vraiment ça, « un acteur » ! Pas foutu de citer quelqu’un, même quelqu’un de has been, Gérard Hernandez, Samuel le Bihan, n’importe qui, je sais pas moi mais pas « un acteur » bordel !
Ca m’a vraiment scandalisé (je déconne pas) et c’est à ce moment-là, qui a confirmé mon sentiment que le premier objectif de la série était de ne surtout pas risquer d’égratigner qui que ce soit, que je me suis souvenu que parmi les gens derrière sa création, on trouve donc Fanny Herrero à l’écriture, Cédric Klapisch à la réalisation mais aussi, voire surtout, Dominique Besnehard. Agent des stars et star des agents, grand manitou du cinéma français, c’est lui, pas Fanny Herrero, pas Cédric Klapisch, qui a déclaré il y a quelques jours « on ira pas au-delà d’une saison 5 ». Ah c’est lui qui décide donc, c’est lui le patron ? Ouais bon, ok, tout s’explique…

« Eaux fortes de Jean-Etienne Nasal. Eaux fortes, le parfum de la jeunesse »

C’est dommage, car y avait vraiment matière à faire quelque chose de ce pitch. D’autant que Johnny Depp, Liam Neeson ou Kate Winslet, pour citer des acteurs/actrices mis à contribution par Ricky Gervais, ne sont pas suicidaires, ils/elles n’ont pas torpillé leur carrière en participant à Extras ou Life’s too short : on peut même interpréter leur participation de manière cynique, à savoir que moins ils/elles se montrent sympathiques, plus ils/elles révèlent leur sens de l’auto-dérision et meilleur c’est pour leur image. Même constat et même conclusion quand on voit ce que fait Guillaume Canet dans Platane, voire dans son pourtant calamiteux Rock’n’roll : il est bien plus audacieux que tout ce que met en scène la série… Dix pour cent joue trop la carte du glamour et de la sécurité, sert trop la soupe à ses guest stars de manière frontale. Quand la saison 1 s’est achevée sur les mots prononcés par le personnage d’Arlette (« il nous restera toujours le cinéma »), je ne voyais pas Camille Cottin et Liliane Rovère, seulement le visage de Dominique Besnehard. C’est dommage…
Basta cosi donc, je vais attaquer Baron noir.

A Star Is Born – critique

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin… (Allociné)

Eh ben c’est pas mal en fait ! Enfin, « pas mal »… Ca se regarde quoi, là où on pouvait légitimement s’attendre à une horrible meringue sentimentale et lourdingue, « un pur chef d’oeuvre d’émotions » frelatées. Y a quelques passages, des qualités d’écriture…

Je commence l’inventaire par le rayon ratage car c’est pas compliqué, c’est à peu près tout ce qu’on peut légitimement craindre en entrant dans la salle : sentimentalisme facile, clichés (sur la vie de star, la romance, la romance de 2 stars) etc etc, je vais pas faire l’article. Le film rebute certainement pas mal de « cinéphiles » qui feront logiquement l’impasse. Et pourtant…

Au rayon réussites, je commencerais d’abord par les interprètes: on parle beaucoup de la performance de Mme Gaga (prénom: Lady) et c’est vrai qu’elle est notable. Mais elle joue son propre rôle non ? En gros, quoi. Je connais pas sa trajectoire car ni sa carrière, ni sa musique ni son personnage ne m’intéressent mais bon, une petite nana un peu moche qui devient superstar du jour au lendemain, ça a dû lui rappeler 2-3 trucs non au moment de se plonger dans son personnage non ?

Il faut donc aussi relever la performance de Bradley Cooper. Déjà, détail peut-être, mais qui participe de la réussite du film : il est hyper crédible sur scène avec une guitare. Dont il doit savoir jouer, c’est pas possible autrement, car il assure vraiment sur un simple plan visuel. Et esthétique: un peu too much sa dégaine de country-rocker déglingos mais il a de la gueule, c’est indéniable (big up pour la scène durant laquelle il écrase ses cachetons d’amphétamines ou autres avec le talon de ses bottes avant de les sniffer). A noter également: il est entouré sur scène de Promise of the Real, le groupe qui accompagne régulièrement Neil Young ces dernières années, preuve qu’il a veillé à une certaine crédibilité sur le plan « musical » (même si la majorité des chansons sont à chier mais c’est un autre débat).

Sur la forme, j’ai bien aimé que le film, au-delà des scènes attendues (prestations live extended, disputes de couple, séances de shooting pour l’apprentie-star, manager maléfique, anglais évidemment etc), réserve une place non négligeable aux longues scènes de dialogue entre les 2 acteurs vedettes. Le film est long, sans doute trop (notamment dans sa 2ème partie, lorsqu’Ally/Lady Gaga devient une védette) mais c’est aussi parce qu’il a le « courage » (ça va, il va pas au front non plus) ou en tout cas la sensibilité de prendre son temps, notamment sur des scènes potentiellement casse-gueules et pour les interprètes (Gaga débute et Cooper… bah j’ai rien contre lui et j’ai plutôt de la sympathie à son endroit mais c’est pas De Niro quand même) et au niveau de l’écriture. C’est bieng.

C’est sur le fond que le film me paraît le plus intéressant. L’histoire, on la connaît: 3 versions (Wellman, Cukor et Pierson) avant celle-ci. Cooper et son co-scénariste Will Fetters ont choisi cette fois de traiter le sujet sous l’angle de l’intégrité artistique: le personnage de Jackson Maine (Bradley Cooper) est en perte de vitesse car de plus en plus largué (ça n’est pas souligné avec insistance, c’est à mettre au crédit du film). Il tombe raide dingue de cette nana rencontrée par hasard et en qui il décèle quelque chose de rare. Lorsqu’elle se détache de lui artistiquement (elle commence par l’accompagner sur scène avec son groupe de country-rock) et accède au statut de superstar, il ne la reconnait plus: elle était songwriter (avec la pochette du Tapestry de Carole King au mur de sa chambre), elle est transformée en marionnette pop-pupute (popute?). Ca les éloigne.

Mais attends… c’est l »histoire d’Ally ou celle de Lady Gaga qu’on raconte? Encore une fois, je connais mal la carrière de l’interprète de Poker Face mais impossible de ne pas penser que les auteurs du film n’y ont pas pensé justement eux non plus. Et elle au fait, elle y a pensé ? Oui, à coup sûr, elle est pas conne… Alors de 2 choses l’une: soit elle a une haute opinion de son oeuvre et dans sa tête elle interprète un pur rôle de composition, soit elle a un sacré recul sur ce qu’elle produit. Ou encore, 3ème option, elle est très cynique…

Dans le prolongement de cette idée, le personnage de Jackson Maine est obsédé par le fait d’avoir « quelque chose à dire », condition sine qua non selon lui d’une relation durable et sincère avec le public. Inévitablement, on se pose la question: Bradley Cooper a-t-il vraiment « quelque chose à dire » lui aussi ? La suite, si suite il y a, nous le dira mais en posant la question, il se la pose lui-même et c’est honnête de sa part et à mettre à son crédit, encore.

Ca fait en tout cas de A Star Is Born un film qui va au-delà du simple mélo lacrymal (oui, j’ai versé ma larmichette à la fin), au delà de la romance glamour (les 2 interprètes montrent une belle alchimie à ce niveau là, on y croit là encore). Ca n’en fait pas non plus une réflexion ultra-pertinente sur la célébrité, l’Art, le chaubizeness mais disons que c’est une curiosité.

Toni Erdmann – critique

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann… (Allociné)

Une comédie allemande donc… « Ach l’humour ! C’est une des choses que je préfère, avec les pieds paquets et l’infanterie » pour citer les mots du maréchal Von Apfelstrudel. Bon, je vais pas me lancer sur l’humour et les Allemands, ça serait trop convenu mais il faut quand même savoir qu’il y a un coussin péteur dans ce film. Löl.

J’ai mis un peu de temps avant de décanter le film, d’en tirer une analyse ou du moins un avis définitif mais il m’a immédiatement plu. En revanche, même avec du recul, je ne comprends toujours pas très bien pour quelles raisons le film a été à ce point plébiscité par la sphère cinéphile tant il m’apparaît d’une simplicité et d’une lisibilité étonnantes. Je veux dire, comparé à des films tels que Elle, Rester Vertical ou Aquarius par exemple et pour citer d’autres films quasi unanimement salués l’année de sa sortie (y compris sur ce blog). Mais cette simplicité est aussi ce qui fait sa qualité…

Je ne parlerai pas d’humour allemand, et je ne ferai pas non plus de parallèle avec les sempiternelles et proverbiales qualités d’efficacité que l’on prête aux compatriotes de Gerd Müller mais Toni Erdmann est donc un film simple et direct, malgré sa longue durée. Très juste, très sensible, très mordant également, avec une superbe qualité d’écriture. Ce qui distingue Toni Erdmann d’une « simple » comédie de ce type selon moi (un père et son enfant se sont éloignés l’un de l’autre sans véritable raison, et ils vont finir par se rapprocher), c’est à la fois son cadre (les hautes sphères du consulting et des affaires internationales pour faire court) et sa durée (2h45), cette dernière permettant une parfaite exhaustivité à la fois sur la description du cadre et l’analyse des sentiments et relations des 2 personnages principaux. Pour autant, le film ne force jamais rien (sauf peut-être sur la désormais célèbre scène dite « des petits fours », qui fait penser à du Haneke; j’allais dire « à du mauvais Haneke » mais c’eut été un pléonasme): il est parfaitement équilibré et les 2h45 passent en un clin d’oeil.

Après, moi, tu me racontes l’histoire d’un père et de son enfant qui se sont éloignés l’un de l’autre sans véritable raison mais qui finissent par se rapprocher, ça peux s’appeler Fiston avec Franck Dubosc et Kev Adams, ça me touchera. Alors évidemment quand c’est un vrai bon film…

 

En Liberté ! – critique

Yvonne jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux. (Allociné)

 

Je crois qu’ils ont oublié « Une farandole de rigolade ! » et « Un festival de bonne humeur ».
Sérieusement, ça attire les gens ce genre d’affiches? Ca parasite complètement le visuel en plus, voire, on cherche le titre du film. Et puis « Un public hilare sonné par des uppercuts de rire », sans déconner…

Bon, que ça ne nous détourne pas de l’essentiel: on aurait envie de balayer ces insupportables injonctions, de dézinguer le film ou au moins de faire la fine bouche par pur esprit de contradiction, mais non, il faut le dire: En Liberté !  est bien une des meilleures comédies de l’année, et représente un souffle d’air frais salutaire dans le monde mortifère de la comédie française.

La mort, il en est pourtant beaucoup question dans le film: tout part d’un défunt (Vincent Elbaz, extra dans le rôle d’un flic toc-toc-badaboum), qui a pourri la vie d’un innocent (Pio Marmaï, qui a pris 8 ans de prison à tort), le condamnant à errer comme un mort-vivant dans une vie à laquelle il n’appartient plus. Ce défunt a également laissé une veuve (Adèle Haenel) et un petit garçon de 8 ans.

Il serait pas un peu sous-estimé ce mec?

Mais il n’y a pas de bonne comédie sans drame préalable n’est-ce pas? Pierre Salvadori le sait bien, lui qui en connaît tous les rouages, tous les registres, toutes les ficelles et qui a visiblement décidé, dans son dernier film, de faire feu de tout bois: burlesque, slapstick, comique de situation, comédie romantique, satire, screwball comedy, comédie de remariage, j’en passe, il y a tout dans En Liberté ! Rarement vu une comédie, française de surcroît, jouer sur autant de registres à la fois.

Meux : Pierre Salvadori réussit tout, ou presque. Quel que soit le registre, on rit mais on rit! OK, pas toujours: le running gag du serial killer qui n’arrive pas à se signaler au commissariat, ou tout ce qui à trait au SM: bof. Simples détails, casualties of war: quand on décide de faire feu de tout bois à ce point, d’enchaîner les trouvailles, les gags, les répliques qui font mouche à un rythme si effréné, on a  le droit de se manquer de temps en temps.

Ce qui nous amène logiquement au rythme du film : Salvadori parvient donc à jongler avec différents registres comiques avec une dextérité et un savoir-faire dingue, sans que jamais l’homogénéité du film en pâtisse.

Donc, En liberté !, « comédie de l’année », ok, pourquoi pas, mais c’est aussi un film sensible et émouvant, et là encore, Salvadori multiplie les pistes et ménage à merveille ses effets: vraie-fausse romance à 3, film de remariage, sur le deuil, le mensonge etc. Un point noir quand même selon moi: le film débute et se clôt sur cet enfant désormais sans père, et qui a grandi dans son idolâtrie, dont on apprend rapidement qu’elle était fondée sur un mensonge. Or cet enfant, essentiel donc sur le pur plan narratif… est un peu délaissé pourrait-on dire (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Sur le fond, le film est tout aussi stimulant : Salvadori se fait l’avocat de la fiction dans la réel, une fiction qui panserait les plaies, nous aiderait à nous reconstruire et à nous remettre de nos traumatismes. Ne pas hésiter à inventer, affabuler donc, (se) mettre en scène même: le personnage interprété par Damien Bonnard remet son masque de Zorro juste avant d’embrasser sa belle. Ainsi, encore, la scène clé, celle qui contient à elle seule tout le film en quelque sorte, serait celle des retrouvailles de Pio Marmaï et Audrey Tautou : il est sorti un peu prématurément de prison (quelques heures) et la surprend donc à leur domicile, en plein ménage, afin que tout soit parfait pour son retour. Elle n’aime pas ces retrouvailles « inattendues »: elle lui demande donc de rejouer son arrivée, à plusieurs reprises, afin de les goûter comme elle en avait rêvé depuis si longtemps. La scène, véritable mise en abyme et déclaration d’intention de la part du cinéaste, se déroule en outre sous les yeux d’Adèle Haenel, comme pour lui signifier, en douceur, un modèle à suivre. C’est très beau en plus d’être très intelligent.

Un mot enfin sur le casting. Impeccable, il atteste là aussi du savoir-faire, de la science du dosage de Pierre Salvadori dans la direction d’acteurs, l’écriture des personnages, le montage. Si Adèle Haenel a bien le premier rôle, les 4 autres acteurs (Pio Marmaï, Damien Bonnard, vu notamment dans le génial Rester Vertical d’Alain Guiraudie, Audrey Tautou et Vincent Elbaz), dont on dira pour simplifier qu’ils sont tous des seconds rôles, sont traités sur un pied d’égalité et tous croqués avec le même soin : voir par exemple le personnage d’Audrey Tatou, relativement secondaire dans l’intrigue, et qui se voit attribuer quelques très belles scènes (dont une, cruciale, décrite juste au-dessus), ou encore celui de Vincent Elbaz, flic ripou, mari menteur et père idolâtré, qui réussit en quelques scènes fictives (racontées au coucher par Adèle Haenel à leur enfant) à créer une vraie présence Bébelienne

Comme pour Le Grand bain, j’ai quelques grosses réserves (les running gags sur le SM ou les scènes de commissariat donc, mais aussi la scène de la crique, pourtant cruciale), mais je n’ai envie de garder que le positif : l’énergie du film, son écriture et sa mise en scène pleins de panache et d’originalité. Pierre Salvadori a la réputation d’être une sommité en matière de comédie, un fin connaisseur aussi bien de l’oeuvre de Lubitsch ou Wilder que d’Apatow , Oury ou Rappeneau. Ca m’a toujours interrogé tant ses films me laissaient souvent sur ma faim. Avec En liberté ! je comprends pour la 1ère fois le pourquoi du concert de louanges qu’il reçoit très régulièrement. Je pense même qu’il s’agit de son meilleur film depuis Les Apprentis.

Mon rêve 21

Aujourd’hui, j’aime ma boîte.

Je suis avec mon patron et son fils. Son fils dans le rêve : dans la vie il n’a que des filles. Un fils qui souffre d’embonpoint, avec un visage un peu disgracieux. Il est complexé et son père le malmène un peu. Il ne ressemble pas à ce qu’il avait imaginé. Ambiance.

On sillonne la campagne dans une sorte de méhari. Où va-t-on ? J’en sais rien, on vadrouille simplement. On est peut-être à la recherche de champignons : mon patron soliloque un peu là-dessus, je fais comme si ça m’intéressait et que je m’y connaissais. C’est pas désagréable: il fait beau et doux, ça ressemble à l’automne dans un coin pas loin de là où j’ai grandi, un coin très bucolique avec des collines, des prés, des forêts, un coin que j’aime beaucoup.

Il s’arrête car il a repéré un gros spot (de champignons): on se croirait dans un conte de fées, il y en a de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs et sur la mousse verte, au pied d’un arbre imposant, c’est très beau. J’essaie d’impressionner mon patron mais je raconte de la merde, évidemment: « ah oui là, c’est une amanite rocoïde, c’est très bon sauté avec un peu d’ail », « oh une amanite spinachiale, ça il faut s’en méfier » etc etc. Je dis « amanite » une fois sur 2, je me dis que ça devrait passer. Il ne m’en tient pas rigueur, trop occupé qu’il est à apprendre tous les noms à son fils, qui n’en retient aucun, donc ça l’énerve et ça lui fait de la peine (à son fils). On repart.

Il faut imaginer le personnage de Jack Black enfant dans L’Amour Extra-Large

On roule pendant un moment avant de réaliser qu’on a fait fausse route. On est sur un sentier forestier: impossible de faire demi-tour, il faut retourner sur la route principale, en marche arrière. C’est parti mais c’est long, ça dure plusieurs kilomètres.

A un moment, on aperçoit au loin un genre de marché de producteurs ou d’articles artisanaux (genre poteries de merde etc): il va falloir le traverser avec précaution, outre les stands, y a des visiteurs un peu partout. On se rapproche dangereusement d’un stand (toujours à reculons donc) mais mon patron, qui est au volant, est trop occupé à parler pour le voir. Je commence à dire « stop, stop! » mais il ne m’entend pas, il continue à rouler. On va percuter le stand, c’est sûr, je hurle « STOP! STOP! » mais c’est trop tard: on reverse le stand.

Plus de peur que de mal heureusement : c’est juste le stand qui est défoncé, personne n’a été blessé. Mais les gens (du marché, visiteurs et commerçants) sont devenus dingues, ils sont furieux, à juste titre évidemment. Ils s’en prennent tout de suite à mon patron, évidemment là encore. Ils l’entourent, le poussent, lui gueulent dessus. En catalan ! Merde alors… Bon, je parle pas catalan mais je parle espagnol et je comprends un peu ce qu’ils disent : ils pensent qu’il a délibérément foncé sur le stand. Merde… Je commence à parler (en espagnol), avec un des gars qui s’en prennent à lui. Le mec m’écoute, « rassuré » de m’entendre parler espagnol : on comprend tous les deux qu’on va pouvoir s’expliquer. J’essaie donc de le convaincre qu’il s’agit d’un accident, d’un horrible accident mais qu’on avait aucune intention de faire un carnage ou de saboter leur manifestation etc etc.

Le mec m’entend, il est plutôt cool. Il ressemble à un gauchiste espagnol: la petite trentaine, t-shirt à slogan anti-fa, barbu (barbu pas-rasé-depuis-3-mois, pas barbu hipster), petit mullet. Je continue à expliquer ce qu’on foutait là, qu’on s’était paumé alors qu’on se baladait simplement etc. lorsqu’il m’interrompt, me désignant du doigt à une vingtaine de mètres un groupe de personnes bien remontées entourant mon patron, pour me dire « viens, faut faire quelque chose là, ils vont le lyncher ».

Et là je me réveille.