Phantom Thread – critique

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Sans spoilers.

Paul Thomas Anderson fait partie avec Christopher Nolan et David Fincher des réalisateurs contemporains bénéficiant d’une quasi-unanimité à la fois chez les critiques et chez les cinéphiles. Perplexité granderemisque mais je n’en dis pas plus, j’aurais l’impression de me répéter. Il est quand même celui que je déteste le moins : je peux même dire que j’aime beaucoup 2 de ses films (Boogie Nights et Punch Drunk Love) alors que j’avais été agréablement surpris par The Master. Ses 2 films les plus plébiscités en revanche (Magnolia et There Will Be Blood) ont été des calvaires.

Tout ça pour dire que c’est quand même un type dont je continue à voir les films car je les trouve toujours un minimum intéressants et en tout cas moins prétentieux que ceux des 2 couillons cités en ouverture. Je pense qu’il a du talent, qu’il choisit toujours très bien ses interprètes et les dirige parfaitement.

Je restais sur une grosse déception (Inherent Vice, adaptation du polar trancoolos de Thomas Pynchon, une purge) et malgré ça, je le sentais hyper bien ce Phantom Thread : le cadre (Angleterre, années 50), la promesse d’une belle direction artistique (Daniel Day-Lewis y interprète donc un couturier dans la haute-société londonienne), une bande-annonce bien fichue qui, c’est de plus en plus rare, se contente d’intriguer, de créer un certain mystère, sans dévoiler tout le film.

Et malgré ça, bis, j’ai quand même été agréablement surpris. Je dirais même qu’il s’agit du meilleur film d’Anderson : à la fois le plus cohérent, le plus exhaustif, le plus maîtrisé et le plus humain.

Le réalisateur y aborde à nouveau sa thématique favorite, celle du maître et de l’élève, et des rapports ambigus qui peuvent s’instaurer entre les 2 partis. Mais cette fois, le contexte choisi s’y prête merveilleusement (contrairement à There Will Be Blood ou même The Master) : un couturier démiurge et maniaque prend sous son aile une « pauvre » serveuse qu’il va faire entrer dans son monde, personnel et professionnel. Ce thème de prédilection, il le déplace en outre légèrement, ce qui lui permet à la fois d’approfondir et de renouveler son propos: le maître Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) et l’élève, Alma (Vicky Krieps) tombent amoureux l’un de l’autre, sous l’oeil tour à tour perplexe, protecteur, hostile, désabusé de la soeur de Reynolds, Cyril (Lesley Manville).

Sans vouloir trop en dévoiler, PTA me semble cette fois aller au bout de sa logique, de manière à la fois sensée et sensible. Il le fait avec intelligence donc mais également avec humour : voir les quelques ponctuations franchement comiques, qui peuvent paraître un peu too much mais qui permettent de désamorcer un peu la gravité du récit, d’y ouvrir une petite fenêtre en quelque sorte, de la même manière que cette belle demeure londonienne bénéficierait d’un petit courant d’air ponctuel et salutaire.
Voir, surtout, le « twist » (à défaut d’un terme plus approprié) par le biais duquel le film finit de trouver son sujet, en même temps que le couple son essence. C’est tout aussi beau, émouvant et tordu que grotesque et ça finit de révéler que le cinéaste est capable de ne pas se prendre trop au sérieux (même si ce qu’il dit de sa vision d’un couple est avant tout surprenant, fin et profond, qu’on soit d’accord).

Il n’est pas bien difficile par ailleurs de voir dans ce portrait de créateur total, tout entier dévoué à son art (qui est aussi un artisanat : belle place ménagée à l’écran aux couturières et petites mains, c’est très élégant de la part du réalisateur), un auto-portrait de PTA en cinéaste perfectionniste, maniaque encore, voire control-freak, incarné par un acteur perfectionniste, maniaque et control-freak lui aussi, Daniel Day-Lewis (magistral, évidemment). Pas difficile de voir non plus qu’il y évoque son propre couple, lui aussi improbable, puisqu’il vit depuis de nombreuses années maintenant avec Maya Rudolph, ex-pensionnaire loufoque du Saturday Night Live (la mariée dans Mes meilleures amies pour situer encore mieux). Un cinéaste qui nous dit donc en creux qu’il a appris à lâcher prise, pour son bien-être sans doute mais aussi pour celui de son art. On est loin de l’auto-célébration adolescente et complaisante de Mother !

Un mot enfin sur la direction artistique, à tomber, d’un raffinement exquis : les années 50 représentent probablement avec les années 60 une sorte d’apogée en termes de style et d’élégance, PTA se hisse à la hauteur de la reconstitution. Et là aussi, il est incroyablement cohérent : pas un hasard s’il choisit cette époque (la révolution du New Look n’a pas encore eu lieu) et ce couturier-là, désuet et visiblement très attaché à l’Ancien Monde, qui habille surtout les aristocrates, et dont la carrière est probablement sur le déclin : voir le passage, hilarant, durant lequel sa soeur annonce à Reynolds Woodcock qu’une cliente a décidé de s’habiller ailleurs et qu’il s’emporte à l’évocation du terme « chic ». C’est remarquable.

Quelques beaux photogrammes pour clore ce billet donc puisque outre la qualité du film en termes d’écriture, de mise en scène, d’interprétation, Phantom Thread est le plus beau film (au sens purement esthétique tu terme) que j’ai vu depuis Le Grand Hôtel Budapest.

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Mon rêve 16

Aujourd’hui, je reçois Michel Polnareff.

Je le reçois dans mon vrai chez moi actuel. Je crois bien que c’est la 1ère fois que je rêve de mon nouvel appart (j’y suis depuis 7 mois), c’est une date !

C’est le Polnareff actuel: âgé et pas en grande forme. Il est assis tout penaud sur mon canapé, il dit rien, comme shooté aux medocs ou comme un enfant qui aurait peur de se faire engueuler s’il ne se tient pas bien.

Car il est pas venu seul Michel: il est accompagné de son assistante, une caricature d’assistante comme je n’en ai vu/lu que dans les fictions puisque je ne fais pas partie du chobizenesse. Elle arrête pas de déblatérer sur tout et rien, elle répond à sa place, elle se la raconte, elle raconte Michel, elle est affectée, désagréable. En un mot, elle est insupportable.

Bon, je prends sur moi parce que je suis quand même dans mes petits souliers: même s’il me fait aujourd’hui plus de peine qu’autre chose, Polnareff, merde, c’est quelqu’un dont j’affectionne, admire même, beaucoup de titres. Je fais ce qu’on fait en 2018 quand on reçoit quelqu’un : je lui propose un Nespresso.

J’en propose pas à son assistante note, et elle m’en demande pas non plus. Bon. « Un court ou un long? » C’est évidemment elle qui répond: elle me sort tout un laïus imbitable (et dont je ne me souviens pas vraiment) sur les mérites de tel ou tel arôme blablabla. Du coup, faut qu’à mon tour je lui fasse l’article et lui détaille tout ce que je peux lui proposer en court, en long, en fort, en moins fort etc etc, j’en peux plus.

« Un long », finalement. OK, je prépare un long. Je l’apporte sans trop de cérémonial: je vais pas non plus sortir toute l’argenterie familiale que je ne possède de toutes façons pas. Je tends la tasse à Michel, toujours catatonique le pauvre. Son assistante intercepte: « vous permettez? » Elle veut goûter avant que Son Altesse Le Roi des Fourmis n’y trempe ses lèvres siliconées. Elle goûte donc et recrache illico. « Non mais j’hallucine trop, c’est une blague?!?! » Elle est inarrêtable: et c’est vraiment dégueulasse, mais ça va pas de servir un truc comme ça, c’est Monsieur Polnareff quand même etc etc.

Ni une ni deux, je lui prends la tasse des mains pour verser le café sur ses chaussures de créateur à 4000 boules. Elle bronche pas. Et pour cause: quand je baisse les yeux pour constater les dégâts, je vois que ce ne sont pas ses pompes qui sont souillées mais les mocassins blancs de Polnareff. Toujours stoïque et silencieux, il se lève et sort de l’appartement.

Et je me réveille.

Wonder Wheel – critique

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses. (Allociné)

Peut-on continuer à aller voir les films de Woody Allen ou doit-on les boycotter ?

Non, je déconne.

A moitié: j’avoue avoir été (un peu) plus sérieusement interpelé à la lumière des récents éclairages apportés par Dylan Farrow. Je pense également à cet article paru dans le Nouvel Obs.
Éclairages sur un personnage et des films qu’on ne découvre pas, évidemment : pour ne parler que de son oeuvre, j’ai toujours trouvé hallucinant qu’un film aussi… limite on va dire, sur le fond, que Manhattan, soit unanimement salué sans ciller. M’enfin, c’est pas le débat. Pas ici en tout cas si tu connais un peu le blog.

Wonder Wheel donc, livraison allenienne (quasi) annuelle.

J’ai aimé.
Dans la lignée des précédents sur le fond (sombre donc), sensiblement différent sur la forme: le personnage (très bien) interprété par Justin Timberlake, aspirant écrivain/dramaturge admire Eugene O’Neill, dramaturge dont Allen s’est manifestement et ouvertement inspiré. Ainsi, le personnage de femme déçue (par la vie, par les hommes) interprété par Kate Winslet (très bien aussi) qui continue à entretenir l’espoir coûte que coûte avant de se résoudre au désespoir pourrait figurer dans les pièces d’O’Neill. On pense également à Tennessee Williams et on a sans doute raison de le faire.

L’affiche de Winchester 73 en arrière-plan

Le théâtre inspire également la mise en scène de Wonder Wheel, avec ces personnages qu’on enferme constamment (dans un appartement, une voiture, un jardin même, qui paraît étrangement clôt) et qui se voient contraints dans leurs actions et leurs déplacements par les décors, par les limites de la scène.

C’est aussi pour moi la limite du film et de son propos : la théâtralité de Wonder Wheel, drame situé dans le Coney Island des années 50 + les références appuyées à Eugene O’Neill + la lumière évoquée dans quasiment toutes les critiques et qui est effectivement superbe, telle des poursuites de différentes couleurs et tonalités dirigées sur les personnages, en font un objet extrêmement cohérent certes mais presque redondant.

J’ai la même réserve concernant le personnage et l’interprétation de Kate Winslet. Dans Blue Jasmine, le film dont le propos se rapproche sans doute le plus de Wonder Wheel, l’héroïne se comporte constamment comme si elle était en position de force (en réalité elle se raconte des mensonges), ce qui rend le regard du cinéaste très ironique. Jasmine n’a jamais conscience du drame qui l’attend et c’est ainsi que Cate Blanchett l’interprète à merveille: la conclusion en devient d’autant plus abrupte et violente à mon sens.

Légende hétéro-beauf à insérer soi-même dans sa tête

Ici, on est dans la  tragédie pure, au sens tragédie antique du terme s’entend : le personnage de Ginny (interprété par Kate Winslet donc) se sait perdu d’avance, le désespoir de la conclusion saisissent moins (me saisit moins en tout cas) puisqu’elle portait le drame en elle mais ne faisait que tenter de le repousser.

Enfin, ces réserves sont probablement dues à ma sensibilité personnelle. L’effet de (bonne) surprise joue également : je n’attendais rien de Blue Jasmine alors que Wonder Wheel partait gagnant à l’avance, jouant sur un decorum et une direction artistique (les années 50 pour faire court) auxquels je suis sensible. Bonne surprise d’un côté, (toute) petite déception de l’autre.
Car ça reste un bon, voire très bon Woody Allen, avec un quatuor d’interprètes principaux assez remarquable pour ne pas dire plus (Winslet et Timberlake auxquels s’ajoutent Juno Temple et un James Belushi en plein retour de hype après son rôle dans la saison 3 de Twin Peaks), et l’un des films à voir dans un début d’année assez mollasson qui semble enfin se réveiller (l’excellent Revenge et le saisissant Jusqu’à la garde dont je toucherai 2 mots si j’ai le temps).

Revenge – critique

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme… (Allociné)

Pas trop le temps donc juste quelques mots viteuf pour, je l’espère, t’encourager à aller voir ce film distribué dans les grands circuits mais qui ne restera sans doute pas très longtemps en salles.

Revenge appartient au genre rape and revenge: une fille se fait violer, elle se venge. Il sort évidemment à point nommé si je puis dire, d’autant qu’il est écrit et réalisé par une femme (Coralie Fargeat). Mais c’est presque anecdotique au vu de ce qu’il propose: franche série B avec quelques ponctuations carrément Z, Revenge s’adresse à un public averti. C’est violent. Très violent. Gore, au sens propre. J’avais un petit creux en entrant dans la salle, je prévoyais une bonne petite viennoiserie à la sortie: nope. Nope nope nope. Ah ça m’a bien retourné le bide…

Mais Revenge vaut davantage que son étiquette gore-attrape-geeks-déviants: objet pop et contemporain, film féministe bien sûr, mais surtout extrêmement chiadé dans sa mise en scène, il tire à merveille parti à la fois de ses sublimes décors naturels extérieurs (le désert) et intérieurs (cette magnifique villa de luxe perdue au milieu… du désert). C’est vraiment super bien découpé et monté.

Revenge n’est pas exempt de défauts: les scènes de dialogue notamment, ne sont pas les plus convaincantes, de même que la direction d’acteurs. Ni les acteurs eux-mêmes…
Mais il faut le voir car c’est un vrai film de genre bien crade qui ne verse ni dans la complaisance, ni à l’inverse dans l’auteurisme Femis. Un sens visuel et un sens du cinéma tout simplement, déjà bien affirmés, celui de la réalisatrice Coralie Fargeat donc, clairement à suivre.
Mais attention encore une fois: c’est vraiment gore.

Boomerang – critique

Boomerang : nom masculin, arme de jet capable en tournant sur elle-même de revenir à son point de départ… En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ? Face à la disparition mystérieuse de sa mère, un père adepte du silence et une sœur qui ne veut rien voir, une inconnue séduisante va heureusement bousculer la vie d’Antoine… (Allociné)

Quand j’étais jeune, il existait ce qu’on appelait les « sagas de l’été », sur TF1 la plupart du temps (celles de France 2 étaient moins putassières donc évidemment moins jouissives et moins successful), avec:
– des vieilles gloires de l’époque, souvent des femmes (je vois Mireille Darc, je vois Nicole Calfan)
– voire carrément des ancêtres, dans le rôle de l’ancêtre de la famille (je crois me souvenir de Jacques Dufilho par exemple)
– des familles donc, souvent 2, super liées par le passé mais super ennemies désormais, souvent à cause d’une histoire de cul mal digérée ou d’un lopin de terre abusivement labouré et cultivé (on déconne pas avec ça en Vendée/Dordogne/Provence, le lopin de terre abusivement labouré étant parfois la métaphore, voire le prolongement, d’un cul abusivement besogné).
– des régions télégéniques (Vendée/Dordogne/Provence donc, plutôt que Limousin/Lozère/Moselle)
– des autochtones tellement authentiques, tellement plein de bon sens. Et tellement englués en bas de l’échelle sociale, soyons sérieux: les héros de ces sagas, les personnages principaux, étaient toujours de grands bourgeois sinon des aristocrates.
– un ou des secrets bien enfouis qui ne demande(nt) qu’à resurgir pour déclencher la tempête du tourbillon des sentiments de la vie bouleversée par la passion. Des sentiments.

Tournage Boomerang
Image chopée sur le site de Challenges. Y a pas de hasard, jamais.

Boomerang, c’est un peu une saga de l’été condensée en un peu moins de 2h.
On y retrouve donc la majorité des ingrédients énumérés ci-dessus : l’île de Noirmoutier pour la cinégénie et l’ancrage Reflets de France, un couple d’autochtones (des domestiques bien sûr), Bulle Ogier pour la case « ancêtre » doublée d’une caution « cinéma d’auteur » (Bulle Ogier nom de Dieu… ça fait mal de la voir là), un accident de voiture pour le déclenchement de l’histoire, un secret enfoui crès crès profond qui va être peu à peu dévoilé, un drame familial de la passion du tourbillon des sentiments de la vie. Et Mélanie Laurent, un drame tout court. Encore que, c’est tellement mauvais que finalement, elle est supportable (j’en reviens pas d’avoir écrit ça: je l’ai vue très récemment dans l’excellent Les Derniers parisiens, elle m’a presque flingué le film cette andouille).

C’est bien simple, on pourrait croire le film produit par Paris Match ou Télé 7 jours: qu’est-ce que c’est mauvais nom de Dieu… Bourgeois, prévisible, clicheteux, conformiste, y compris dans son « plaidoyer » pour la tolérance. Ca aimerait bien faire revivre Rebecca (retour sur les lieux du drame avec la maison familiale en centre névralgique du trauma du protagoniste principal, en l’occurrence Laurent Lafitte qui, parenthèse dans la parenthèse, serait bien inspiré de commencer à mieux choisir ses rôles) mais on est définitivement du côté des Coeurs brûlés.

Enfin, ça se regarde et c’est mauvais-rigolo, pas mauvais-énervant : c’est donc davantage un nanard qu’un navet, c’est déjà ça.

Dans ma rue

(C’est « dans mon quartier » en réalité mais c’était pour reprendre le titre d’une chanson.)

J’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté un quartier plutôt populaire quoiqu’en forte voie de gentrification (enfin, comme partout), vivant, avec beaucoup de bars, restaurants, étudiants (le quartier Saint-Aubin) pour un quartier beaucoup plus tranquille, résidentiel et bourgeois (Les Chalets). Pour résumer ça en termes d’accessoires, je suis passé du djembé au trois rangs.

Historiquement, Les Chalets est le quartier de la Résistance à Toulouse: les noms de rues et plaques disséminées ici et là le rappellent encore aujourd’hui. C’est aussi un des quartiers qui a la plus préservé son esprit « village ». Cette singularité pour un quartier situé en plein centre-ville, et l’attachement de ses habitants à son égard est renforcé par le fait que les commerces bénéficient d’une certaine exclusivité: on trouve UN bar, UN restaurant, UNE supérette, UNE pharmacie, UN boulanger (quand j’en comptais 5 par exemple à maximum 200m de mon ancien domicile…).

Peu de commerces, beaucoup d’habitations = peu de monde dans les rues. Je croise quand même quelques personnes intéressantes :

Il y a Yoann Huget

Il joue au Stade Toulousain et en équipe de France (de rugby donc). Il est pas super grand ni super costaud (en même temps il joue arrière ou ailier) mais tu sens le mec bien tonique quand même. C’est pas Chabal mais t’as pas trop envie de le faire chier quoi. Il vit dans ma rue lui, à 2 ou 3 numéros de mon immeuble. Faut que je lui demande une photo un jour, ça fera plaisir à mon frère qui supporte le ST.

Il y a cette vieille dame qui se trimballe toujours 2-3 sacs à main bien remplis, je me demande ce qu’elle peut bien y fourrer. Un jour que je déjeunais avec une amie et son enfant à la boulangerie du quartier (la boulangerie fait aussi des salades, tartes, plat du jour le midi), elle a engagé la conversation au sujet du petit, « et comme il est mignon, et comme il est bien élevé » etc etc. Elle a insisté pour lui offrir le gâteau de son choix au dessert, j’ai trouvé ça incroyablement généreux. J’y repense à chaque fois que je la croise.

Il y a Clément Poitrenaud

Ancien joueur du Stade Toulousain et de l’équipe de France (de rugby aussi). Beau mec : il a gardé la ligne et avec les années, ses traits adolescents se sont un peu estompés, il a gagné en masculinité si je puis dire. Je crois qu’il « fait de la photo » maintenant. Comme c’est original.

Il y a ce grand type toujours tiré à 4 épingles que je croisais parfois dans le quartier où je travaille ou ailleurs en ville. Il a les cheveux très longs, très bien peignés (toujours lâchés), un style vaguement sartorial, il ne passe pas inaperçu avec sa taille et sa démarche caractéristiques (il fait de très grands pas). J’ai été bêtement et inexplicablement content de découvrir qu’il habitait dans ma rue. Et tout aussi bêtement et inexplicablement déçu quand je l’ai croisé il y a quelques semaines: il s’était fait couper les cheveux.

Il y a ces 2 soeurs (jumelles?) un peu hirsutes et au physique un peu ingrat qui me font penser aux 2 soeurs un peu hirsutes et au physique un peu ingrat de Marge Simpson (elles ont quand même l’air un peu plus aimable).

Il y a Jean-Pierre Mader

A la terrasse du bar du quartier

Oui, LE Jean-Pierre Mader. La soixantaine fringante, il est plutôt beau mec. Un jour, à la terrasse du restaurant du quartier, il déjeunait avec le type de Cookie Dingler qui lui disait, très sérieux: « Sabrina, c’est Sabrina« . Lui aussi faut que je lui demande une photo un jour.

Il y a un jeune type toujours à la terrasse du café du quartier (parenthèse: un des plus vieux cafés de Toulouse, une institution). Les premières fois que je le croisais, il était très propre sur lui, cheveux courts, tiré à quatre épingles etc. Et quelques mois plus tard, la métamorphose: les cheveux longs, grisonnants, parfois retenus dans un catogan filasse, un vieux manteau fatigué sur le dos, des chaussures pourraves etc. Il est pas en voie de clochardisation (enfin, je pense et l’espère en tout cas pour lui), il a davantage une allure d’intellectuel/littéreux de l’extrême, qui écrirait ou chercherait l’inspiration au café. Il en est pas à boire de l’absinthe ceci dit, il a toujours une tasse de café devant lui et il vapote. Je le vois en terrasse A CHAQUE FOIS que je passe devant, c’est à dire quasiment tous les jours, été comme hiver, matin, midi ou soir.

Il y a un Chevalier du Fiel

Eric Carrière de son nom. La soixantaine moins fringante lui. En plus il s’habille comme un ado, avec des slims et des t-shirts hyper échancrés en été, il est un peu ridicule. Un jour que je marchais une dizaine de mètres derrière lui, j’ai entendu ce qu’a dit un mec à sa copine juste après qu’il est passé devant eux: « si si je t’assure, je sais plus lequel des 2 c’est mais c’est Chevallier ou Laspalès, l’un ou l’autre ». Faut pas que je lui demande une photo à lui.

Il y a les employées de la boulangerie (que j’adore. La boulangerie. Le pain, les viennoiseries, les tartes, les gâteaux, les sandwiches même, j’aime tout là bas): le boulanger, qui a une bonne tête de boulanger qui aime son métier malgré l’épuisement, les traits tirés et les épaules voûtées; les vendeuses, que ça soit la cagole toulousaine (« quatrevingdjicengtchimes sivouplaieu ») ou la entre-deux-âges (elle pourrait tout aussi bien avoir 32 ans que 46), efficace, toujours aimable sans obséquiosité, pro.
Et puis il y a la petite nouvelle : boulotte, lunettes rondes, incroyablement molle, elle me fait penser à Christophe Bourseiller dans Un éléphant ça trompe énormément. Elle a évidemment et immédiatement gagné toute ma sympathie.

Jack Reacher – critique

Un homme armé fait retentir six coups de feu. Cinq personnes sont tuées. Toutes les preuves accusent l’homme qui a été arrêté. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : « Trouvez Jack Reacher. » 
Commence alors une haletante course pour découvrir la vérité, qui va conduire Jack Reacher à affronter un ennemi inattendu mais redoutable, qui garde un lourd secret.(Allociné)

Il y a du Cristiano Ronaldo chez Tom Cruise. Ou l’inverse, peu importe. Outre une vague ressemblance physique (ce côté cyborg sans âge, surtout chez Cruise là pour le coup mais il y a fort à parier que CR7 vieillira de la même manière), il y a chez eux une même obsession de la performance, de la perfection physique là aussi (cet insupportable côté la-mienne-est-plus-grosse-que-la-tienne); l’ego surdimensionné qui en découle bien sûr, ou qui en est à l’origine, on ne sait plus très bien; suite logique, une nécessité d’être toujours le centre d’attention numéro 1 de leur équipe/film; une part d’ombre qui les rend aussi fascinants qu’inquiétants (scientologie chez l’un/mais c’est quoi au juste le fin mot de l’histoire avec ce gamin « acheté »? chez l’autre); un parcours sans faute enfin, quoiqu’on pense d’eux et pourtant une côte d’impopularité assez remarquable chez d’aussi puissantes (et talentueuses) mega-stars.

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Bon, sinon, le film est quand même assez génial. Il est surtout d’une exhaustivité bluffante, cumulant avec fluidité tous les bons points du film d’action jouissif :  des scènes de dialogue brillantissimes (la scène du bar et ses punchlines débiles/irrésistibles à la Last Action Hero), des scènes muettes et de pure mise en scène à couper le souffle, avec un génial sens du découpage et de l’espace (la scène d’ouverture, la poursuite en bagnole; revoir à ce sujet l’excellent premier film de Christopher Mac Quarrie, The Way of the Gun), un scenario malin comme tout (à la Columbo i.e. on connait l’assassin dès le départ).

Si je fais le bilan, on a donc de la comédie, de l’action, du polar, de la mise en scène, Werner Herzog dans le rôle du bad guy (idée géniale !) et un poil de romance. ET des gros seins. Bilan TRES positif, donc.