#48 Rien que pour vos cheveux

Agent d’élite du Mossad et véritable star dans son pays, Zohan a un secret : il rêve de devenir coiffeur en Amérique. Profitant d’un combat contre son pire ennemi, un terroriste connu sous le nom de Fantôme, Zohan se fait passer pour mort et s’envole pour New York armé uniquement de ses ciseaux et de son sèche-cheveux.
Malgré son inexpérience, il est engagé par la patronne d’un salon de coiffure, une jeune et jolie Palestinienne. Très vite, Zohan va se faire un nom dans la coiffure et attirer dans le modeste salon une clientèle toujours plus nombreuse.
Alors que son passé d’agent semble loin derrière lui, Zohan est repéré par le Fantôme, qui compte bien en finir avec lui une bonne fois pour toutes… (Allociné)

Me suis planté dans l’ordre de ma liste: j’aurais dû parler de ce film avant mais j’avais pris en compte son titre original qui commence par un Y (You don’t mess with the Zohan) donc voilà.

Il y a ceux qui ne comprendront jamais que les Farrelly, c’est pas QUE des types qui font de l’humour pipi-caca. Il y a ceux qui font des Farrelly et de Judd Apatow des auteurs à part entière. Et puis il y a ceux qui vont encore au-delà et qui vouent un culte à Rien que pour vos cheveux (produit par Apatow, dans sa veine la plus ZAZ, à l’instar de Walk Hard: The Dewey Cox Story, sa parodie des biopics musicaux à la Walk The Line). Rien que pour vos cheveux, c’est un peu le Metal Machine Music de la neo-comédie, ça va très, très loin.

Inutile de préciser que si tu fais partie de la 1ère catégorie, c’est même pas la peine d’envisager de tenter de le regarder. Et je pense, sincèrement, qu’il te manque une importante grille de lecture du monde qui t’entoure. Désolé, j’ai bien conscience que c’est extrêmement puant et prétentieux de dire ça mais je le pense. C’est la fin du top, peut-être aussi de Grande remise, je sais pas encore, j’en ai plus rien à foutre de rien, j’ai plus de filtres.

Putain mais rien que l’affiche sans déconner : les claquettes blanches, le short en jean, le t-shirt Mariah Carey, le bouc… LE GENIE DE CES TYPES NOM DE DIEU!

#97 Wilco – A Ghost Is Born

Comme pour Ween, c’est un crève-cœur de ne retenir qu’un seul album mais c’est celui auquel je pense spontanément.

Je suppose que les amateurs du groupe retiendraient majoritairement Yankee Hotel Foxtrot, album charnière et album unanimement plébiscité, par la critique et par les fans donc. C’est pas du tout du snobisme mais c’est peut-être l’album de Wilco que j’aime le moins… Je le trouve un peu désincarné, un peu trop radioheadesque. Je ne l’écoute quasiment jamais pour être honnête alors que je reviens très régulièrement à tous les autres.

A Ghost Is Born, c’est une autre histoire selon moi : sur la forme, Wilco lâche vraiment les chevaux question expérimentation. Le précédent, YHF donc, avait été initié avec Jay Bennett, membre important du groupe avant qu’il soit viré (la genèse de l’album est relatée dans le surestimé documentaire I am trying to break your heart). Les contributions de Jay Bennett ont été gardées, l’intervention de Jim O’Rourke n’a eu lieu qu’en fin de process.

Sur AGIB, O’Rourke est présent depuis le départ et ça change tout. On note par exemple l’omniprésence du piano, instrument qu’il affectionne particulièrement quand il cède à ses penchants les plus pop.

Sur le fond, c’est l’album du point de non-retour pour Jeff Tweedy : ses douleurs chroniques au dos deviennent insupportables et l’ont rendu totalement dépendant aux anti-douleurs, notamment à la vicodine. Ca s’entend sur des compositions qui ont rarement semblé aussi douloureuses (le solo barbare de At least that’s what you said, la tentation vénéneuse de Hell is Chrome). Tweedy ira en rehab après cet album, il est désormais guéri (de ses maux et de son addiction). Cet épisode personnel constitue l’acte de naissance du Wilco tel qu’on le connait à l’heure actuelle : un groupe sûr de lui, souverain et majestueux dont les expérimentations se font désormais en douceur.

#47 Wayne’s World 2

On retrouve nos deux étudiants rockers en Angleterre, où ils sont venus réaliser un rêve : monter le plus grand concert rock de la décennie. (Allocine)

Pour moi, Wayne’s World marque un peu le début de l’âge d’or récent de la comédie américaine car juste après, on a les premiers Farrelly, Jim Carrey, Ben Stiller, et très vite ça enchaîne sur le Frat Pack, Judd Apatow, la bande à Seth Rogen etc. Gros coup de mou depuis quelques années d’ailleurs mais ça aura bien duré une grosse quinzaine d’années, c’est beaucoup.

Bref, je dis ça mais je choisis le 2 qui, comme avec Austin Powers, constitue un modèle de second volet d’après moi: les personnages sont bien identifiés, les acteurs et auteurs plus à l’aise, le budget est plus conséquent donc tout le monde se lâche davantage et c’est la grosse régalade: l’entraînement des roadies, le combat de kung fu, les rêves/rencontres avec Jim Morrison, Garth et Kim Basinger etc., que des moments forts.

Il me semble que les 2 compères, Mike Myers et Dana Carvey, se sont brouillés peu après la sortie du film, ce qui explique que contre toute attente nous n’ayons pas eu droit au 3ème volet qui s’imposait. Mike Myers a bifurqué sur Austin Powers, Dana Carvey a lui sombré dans l’oubli.

#96 Ween – Chocolate and Cheese

C’est un crève-cœur de ne retenir qu’un seul album de Ween mais j’ai consacré un long billet au groupe, un des tout premiers de Grande remise, ici. C’est sans doute révélateur de l’importance qu’il a à mes yeux.

Chocolate and cheese est « objectivement » leur meilleur album, le plus abouti quel que soit le style abordé (puisque Ween est notoirement connu pour aborder un peu tous les styles, du punk rock le plus hardcore au funk le plus Princier, en passant par le rock progressif ou la country). Il est bien sûr aussi resté dans les mémoires grâce à une pochette pour le moins remarquable.

Si j’avais pu j’aurais également retenu leur album pop, White Pepper, que voici:

Ainsi que leur exercice de style country à la fois respectueux et iconoclaste:

Les musiciens utilisés, tous des vieux de la vieille, des légendes de Nashville, ont enregistré la musique sans savoir ce que les faux frangins avaient l’intention de chanter. Ils ont évidemment été outré lorsqu’ils ont découvert les paroles de titres tels que Piss up a rope :

Top of not bad

En écho à mon top of shame i.e. le top des chansons dégueulasses que j’aime de façon un peu inexplicable malgré tout, voici un petit top de tubes qui n’ont pas forcément bonne presse alors qu’il s’agit selon moi de bonnes chansons. J’aurais pu en sélectionner beaucoup plus évidemment mais je me suis limité à 5, les 5 qui me sont venues à l’esprit en premier.

Eric CarmenAll By Myself

J’avoue, j’ai surtout changé d’opinion au sujet de ce morceau lorsque je me suis intéressé de plus près à la carrière d’Eric Carmen et que je suis devenu un énorme fan de son premier groupe, les Raspberries. Quand on devient fan de quelqu’un, on est plus indulgent avec ses erreurs… Bon, indépendamment de ça, c’est pas sa meilleure chanson mais c’est pas non plus la pire et surtout quand on écoute la version originale sans a priori, on réalise qu’All by Myself n’a été rendu insupportable que par celles et ceux qui l’ont reprise. Par Céline Dion, s’il faut dire les choses. Un peu comme le Without You d’Harry Nilsson et sa reprise par Mariah Carey.

Eddy MitchellLa Dernière Séance

Un titre estampillé Radio Nostalgie, et qu’a priori, seule la nostalgie justement, nous fait apprécier (+100 si t’as connu l’émission du même nom sur la 3). Sauf que non : le storytelling, le sentimentalisme, la petite guitare subtilement hispanisante, l’harmonica, le solo-de-pedal-steel que-tu-reproduis-à-la-bouche, les chœurs féminins, tout ça c’est absolument impeccable et la Dernière séance c’est ce qu’on peut faire de mieux dans le genre Nashville à Belleville. Emballé c’est pesé par un M’sieur Eddy dans toute sa bienveillante rondeur.

Katy PerryHot N Cold

En bon vieux con retro-fétichiste qui se respecte, je suis complètement largué en tubes contemporains mais parfois y a un truc qui m’arrive aux oreilles et me fait dire que voilà de la grosse pop dont je me réjouis qu’elle cartonne sur toute la planète. Dans le genre, Hot N Cold se pose un peu là : couplets rentrés, paroles eh-oh-tu-me-gonfles-à-souffler-le-chaud-et-le-froid-à-la-fin pour les filles, refrain un peu bourrin et grosse rythmique pour les garçons. Sans oublier les grosses bulles évidemment, pour les garçons itou. Bon, après, la prod est quand même bien bourrine pour le coup, ça peut fatiguer.

Taylor SwiftShake It Off

Un peu la même que ci-dessus, dans un registre plus mutin et plus subtil (et moins ouvertement sexué). Disons que Shake It Off colle bien au physique WASP et sage de Taylor Swift et que Hot N Cold va très bien lui aussi à celui davantage pupute de Katy Perry. Je trouve ça très efficace en tout cas, le genre de truc qui te fait te lever en soirée pour aller rejoindre les autres sur la piste.

Sheryl CrowAll I Wanna Do

Un titre estampillé « RTL2, le son pop-rock », soit un peu l’horreur absolue sauf que non : ce titre a un petit côté JJ Cale meets Steely Dan et s’il était signé de l’un ou l’autre, on se poserait pas la question, on trouverait ça super. Donc faut pas se poser la question: All I Wanna Do, c’est super, un modèle de morceau refrain-anônné-en-été-en-bagnole-les-vitres-baissées. « This is L.A. », impecc.

20 euros

Au Carrefour express, devant moi, une femme entre deux âges tenant 2 paniers remplis à ras bord de provisions. Lorsque son tour arrive, elle les pose devant la caissière :

– J’ai que 20 euros, vous pourriez prendre de quoi arriver jusqu’à 20 euros s’il vous plaît ?
– Euh… Oui… Euh… OK, je peux essayer mais je sais pas ce dont vous avez besoin moi.
– Non mais c’est pas grave, j’ai que 20 euros, prenez juste pour 20 euros, n’importe quoi. Mais il faut que ça fasse 20 euros !
– OK…

2 paniers pleins à ras bord donc. Ca va des steaks surgelés aux biscuits apéritifs en passant par l’huile d’olive, les serviettes hygiéniques, les bananes, haricots verts, nettoyant javel, ampoules etc.
La caissière s’efforce de faire passer un maximum d’articles : lorsque l’un d’eux se révèle trop onéreux (l’huile d’olive par exemple), elle l’annule et en fait passer un autre. Elle les sélectionne selon leur nature en plus, mélange l’alimentaire et les produits ménagers. Patiente la nana. Patients nous aussi dans la file d’attente qui s’allonge car tout ça prend quand même un certain temps. La caissière finit par annoncer avec une pointe de fierté bien légitime :

– 20 euros 10 !
– Ah oui mais moi j’ai que 20 euros, je vous avais dit qu’il fallait que ça fasse 20 euros.

Elle tend un billet de 20 euros.

– Oui mais c’est compliqué de tomber tout pile quand même…
– Rhalala mais comment on fait alors, j’ai que 20 euros moi j’ai rien d’autre.

Elle tient toujours son PUTAIN DE BILLET DE 20 EUROS à bout de bras.

– Je vais pas tout recommencer Madame, il commence à y avoir du monde là en plus…
– Mais oui mais j’ai que 20 euros moi.

Là j’explose presque :

– Tenez, voilà les 10 centimes, on va pas y passer la journée non plus.

C’est la caissière qui me remercie, soulagée. La bonne femme dit rien, elle a l’air un poil perchée en fait. Mais surtout très conne, je crois.
J’en pouvais plus : j’aurais pas eu les 10 centimes, je crois que je lui fracassais la bouteille d’huile d’olive sur le crâne.

#46 Very Bad Trip

Au réveil d’un enterrement de vie de garçon bien arrosé, les trois amis du fiancé se rendent compte qu’il a disparu 40 heures avant la cérémonie de mariage. Ils vont alors devoir faire fi de leur gueule de bois et rassembler leurs bribes de souvenirs pour comprendre ce qui s’est passé. (Allociné)

Judd Apatow, qui est LE comedy maker le plus important et influent à Hollywood depuis une bonne dizaine d’années, n’aime pas ce film. Du tout. A tel point, l’histoire est désormais connue, qu’il lui en a inspiré un en réaction (le génial Mes meilleures amies).

En gros, Apatow reproche à Very Bad Trip sinon son machisme (ça serait de la mauvaise foi) du moins son apologie d’une camaraderie un peu trop virile, émanation des frat houses, ces immondes fraternités étudiantes remplies de garçons de bonnes famille testostéronés. Le côte « bros before hoes » en gros.

Quoiqu’il en soit, je ne vois rien de tout cela dans Very Bad Trip. Effectivement, les personnages féminins sont réduits à la portion congrue, mais ils ne sont pas rabaissés, moqués ou ridiculisés pour autant. Effectivement, les 2 gars déjà en couple dans la bande (Bradley Cooper et Ed Helms) ne sont pas les plus épanouis, voire se sentent piégés dans leur relation. Effectivement, c’est entre mecs qu’ils vont passer un weekend d’enterrement de vie de garçon mémorable à Las Vegas. Mais pas de misogynie manifeste dans Very Bad Trip, en tout cas c’est mon sentiment. Après, évidemment, le concept d’enterrement de vie de garçon à Vegas, c’est sûr, c’est pas ce qu’il y a de plus féministe…

En revanche ce que je vois, indépendamment de la drôlerie ou non de la chose qui dépendra de la subjectivité de chacun, c’est un film à la mécanique impeccablement huilée dans le genre « effet boule de neige » (un gag/une situation critique en entraîne une autre, qui en entraîne une autre etc etc). Avec, comme dans tout bon film de bande qui se respecte, une super alchimie entre les 3 acteurs, et comme dans toute bonne comédie qui se respecte, le second-voire-troisième-rôle-inattendu-qui-casse-la-baraque-à-chacune-de-ses-apparitions : ici le génial Ken Jeong qui a un peu capitalisé sur son personnage de tyran imprévisible notamment dans Community mais qui a pas mal disparu des radars ces derniers temps.

Enfin, puisque j’ai cité tous les rôles principaux (ça tombe bien que le futur marié disparaisse très rapidement et jusqu’à la fin car l’acteur est d’une grande fadeur. D’ailleurs 1. je me souviens pas de son nom 2. j’ai aucune envie d’aller chercher cette information), un mot quand même sur LA star du film, qui s’est révélée au grand public grâce à ce rôle, Zach Galifianakis. Jusque là, il a quelques petits rôles dans des sitcoms, quelques films et il fait du stand up: complètement barré, déjà, il se situe dans un registre à part, invectivant le public de façon très inconfortable et citant aussi bien Belle and Sebastian que Noam Chomsky. Il rôde le personnage de doux-dingue borderline et parfois franchement inquiétant qui fera sa renommée. La suite (Moi, Député avec Will Ferrell, la géniale série rétro-bobo Bored to Death ou encore l’OVNI Baskets) démontrera qu’il sait varier les registres. Génie, bien sûr.