Fred Pallem & le Sacre du Tympan + Forever Pavot – Le Metronum, Toulouse

Affiche de rêve, on peut le dire, pour le Disquaire Day 2018 de Toulouse, dont le « thème » était François de Roubaix Fred Pallem & le Sacre du Tympan lui ont consacré un album, Forever Pavot en est l’un des plus dignes héritiers. A 5€80 le billet d’entrée, on croit même rêver…

Du coup, je suis très surpris de me joindre à une assistance relativement clairsemée là où je m’attendais à devoir jouer des coudes. Surpris et un peu désabusé, ou résigné : que cette double affiche, à ce prix là, dans ce qui est sans doute la salle la plus confortable de Toulouse (inaugurée en 2014, donc encore neuve pour ainsi dire, acoustique parfaite, ligne de métro qui mène directement à 200m de la salle etc.) attire aussi peu de monde… Je sais bien que le rock (au sens large) est le nouveau jazz mais putain… Bon, ça signifie qu’on peut s’installer tranquillement à l’avant de la salle, sans jouer des coudes encore une fois.

C’est Fred Pallem qui attaque. Si elle compte en son sein quelques fidèles, son Sacre du Tympan est une formation à composition variable : ce soir par exemple, on remarque notamment le clavier Vincent Taurelle que j’avais pu voir aux côtés de Air pour leur tournée 20 years et le Housse de Racket Victor Le Masne à la batterie. New Balance aux pieds, t-shirt Bitches Brew, Pallem est, de même que tout son groupe, en mode casual; davantage en tout cas que lors de pas mal de leurs prestations.

Ils attaquent à 5 « seulement » et malgré une salle à moitié vide à leur entrée en scène (ça va correctement se garnir petit à petit) on comprend tout de suite qu’ils sont pas venus pour beurrer les tartines : hyper en place d’emblée, ils balancent 2 premiers morceaux qui constituent une sorte de fantasme personnel, tout en claviers vintage et basse au médiator, entre Air, Burgalat… et de Roubaix évidemment, puisque la setlist est entièrement constituée de ses compositions. On peut dire que ça joue. Que ça joue TRES BIEN, et c’est un euphémisme. Régalade.

Manque un clavier sur la photo, Vincent Taurelle, il était un peu isolé sur la gauche. Et surtout, je sais pas cadrer.

Pallem introduit ensuite les 3 cuivres qui rejoignent le groupe sur scène et, logiquement, le concert passe encore la vitesse supérieure. Même si j’ai une petite préférence pour ce que le groupe propose en formation réduite, difficile de ne pas s’incliner devant tant de maîtrise, de musicalité… de talent, tout simplement. C’est même assez énorme en vérité, c’est pas tous les 4 matins qu’on a l’occasion d’assister à un concert de ce type et de cette qualité… Il y a quelque chose de profondément généreux dans la démarche de cet homme et de sa formation, qui s’attachent à mettre en valeur la musique des autres mais également à abattre les barrières entre rock, jazz, funk, soul etc. C’est beau.
Simple préférence personnelle là encore, je retiendrai notamment le génial medley de L’Homme orchestre, une de mes bo favorites de François de Roubaix. Piti piti pa.

Idem

Avant de quitter la scène sous des applaudissements très nourris, pour ne pas dire une véritable ovation bien méritée, Fred Pallem annonce Forever Pavot, « sans doute le meilleur groupe en France actuellement » pour reprendre ses propres mots.

Un gros quart d’heure plus tard, le quintet d’Emile Sornin doit donc doublement se montrer à la hauteur : du compliment, et d’une première partie pour le moins impressionnante.

Et comme précédemment, on comprend très vite que les gars ont parfaitement saisi le message : ça joue bien, TRES bien là aussi. Si la filiation avec de Roubaix, et la parenté avec le Sacre du Tympan sont évidents, Forever Pavot se situe dans un créneau plus « rock » (à défaut d’un meilleur terme), plus ouvertement psyché également : les morceaux (très majoritairement ceux du 2ème album, La Pantoufle) sont étirés jusqu’à l’absurde (la dimension Katerinesque de ce même 2ème album) et surtout joués de manière très agressive. Ca joue bien donc, mais surtout, ça joue méchant (quel son de guitare incroyable !). Super bassiste également, à la sympathique tête de rôliste, comme si l’un des potes nerds d’Hervé dans Les Beaux gosses, était devenu musicien. Petit plaisir perso de music nerd justement, il jouait sur la même Fender verte que Nicolas Godin de Air, ça fait plaisir, tsé.

Super prestation donc là aussi, agressive donc mais toujours souple et sur un mode très détendu: s’ils s’amusent à un moment d’avoir eu la pression de devoir passer après leurs talentueux aînés, ils n’ont jamais fait ressentir une quelconque tension ni concentration inhabituelles.  Juste énormément de talent là encore.
Le dernier morceau, Miguel El Salam (tiré du 1er album lui) , s’achève sur une longue jam assez dingue nous menant vers des rivages Airiens, voire Tame Impalaesques : loin de l’image de revivalistes pompidoliens à laquelle on les cantonne parfois, les gars de Forever Pavot sont avant tout des musiciens supérieurement doués et inspirés qui ne se fixent, eux non plus, aucune limite de style, de genre ou de format. Ca calme en tout cas.

Une bien belle soirée donc pour employer un nouvel euphémisme, et surtout le sentiment d’avoir été chanceux d’assister à un telle affiche.

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Taxi 5 – critique

J’ai honte. J’ai rapidement quitté la salle (au bout de 30 minutes quand même…) mais j’ai honte.

Qu’est-ce qui m’a pris bon sang ? Il faisait beau en plus, j’aurais pu faire 1000 choses plus intéressantes comme, je sais pas, aller manger une glace, m’aérer, aller manger une glace, attaquer l’un des 12 bouquins empilés près de mon lit et qui attendent d’être ouverts depuis plusieurs années pour certains, aller manger une glace ou même boire un litre de Destop. Ou aller manger une glace. Mais non, je me suis dit que ça serait une bonne idée d’aller voir ce truc. Sans doute parce que j’avais été agréablement surpris par le ton et l’énergie des Kaïra, parce que j’avais lu 2-3 avis positifs qui m’ont laissé croire que, peut-être, éventuellement, je pourrais, qui sait, passer un moment pas trop dégueulasse. Tu parles…

Déjà faut partir du principe que dépoussiérage de la franchise, mon cul oui : Taxi, que ça soit réalisé par Besson, Gastambide ou Tarkovski, c’est fondamentalement un truc pour fans de voiture qui font tut-tut, vroum-vroum et qui se rentrent dedans sur fond de musique débile. Déjà.

Après… bah après, c’est tout simplement le truc le plus bête, laid et vulgaire que j’ai vu depuis très, très longtemps. Mal écrit, mal joué, mal branlé. Jamais drôle. Insupportable. Après, si du vomi sur une voiture, du vomi DANS une voiture (variante !), de la merde de chien balancée sur des élus ça te fait rire (tout ça brut bien sûr, sans prendre la peine de construire un gag ou une situation, pourquoi se faire chier?), fonce. Et qu’on me sorte pas l’argument du politiquement incorrect : les nains, les gros(ses), très bien, pourquoi pas, mais Gastambide est juste un bourrin qui flatte les plus bas instincts de son public et citer les Farrelly dans ce billet, même pour le remettre à sa place, serait lui faire trop d’honneur. En même temps, un type qui a une tronche d’acteur porno, on aurait dû se méfier.

30 minutes m’ont donc suffi mais c’était déjà 30 minutes de trop évidemment.
En sortant j’ai fait pénitence : 4 Godard, 3 Straub, 8 Dreyer. Mais j’ai toujours honte : je vais me retirer quelques jours dans un monastère tibétain pour faire le point avec moi-même et me reconstruire.

Mon rêve 17

Aujourd’hui… bah n’importe quoi, comme toujours.

Je me trouve à une sorte de soirée de lancement de boisson alcoolisée, pour de la Smirnoff on va dire.
Un événement tout ce qu’il y a de distingué donc, avec ados buveurs de Redbull en rut (ou plutôt « ados en rut buveurs de Redbull »), musique qualitative à fond les bpms dans les enceintes et hôtesses accortes. Je me sens un brin pas à ma place et m’amuse de tant de bon goût et de cérémonial : tout le monde s’agite dans tous les sens et avec un sérieux disproportionné pour installer des tapis rouges, des genres de trônes cheapos aux dorures… cheapos, des cordons rouges eux aussi, pour contenir la foule attendue face aux védettes manifestement attendues elles aussi. Certaines personnes totalement surexcitées décident même de patienter assises en lotus dos à la scène pour préserver la surprise de la découverte de l’installation. En un mot : c’est n’importe quoi.

Moi c’est comme si j’assistais à tout ça depuis les coulisses, en tout cas depuis « l’organisation » car je réalise tout à coup que j’ai accès à la sono. Je décide donc de faire un happening situationniste et de détourner la playlist à coups de

ou de

On est d’accord que c’est davantage une blague potache mais dans ma tête (dans ma tête dans mon rêve, man, inception), c’est un vrai happening situationniste, un geste politique fort. Che Grande remise.

Quoiqu’il en soit, le ton monte dans l’organisation dont les membres commencent à me houspiller avec une certaine véhémence. Ils se mettent même à me courser en vérité, je dois m’enfuir.

Bim, le truc i.e. l’ « évènement », a tout à coup débuté. C’est vraiment un truc énorme, avec une foule considérable, et une scénographie monumentale : j’arrive donc à me fondre dans la masse, à jouer avec le décor et à échapper à mes poursuivants. Je me pense tiré d’affaire (ils étaient vraiment très remontés contre moi) lorsque je vois fondre sur moi Kate Winslet, visiblement résolue à me mettre le grappin dessus. Et quand je dis « mettre le grappin », je dis mettre le grappin.

« Bonjour Grande remise »

Bon, a priori, j’ai rien contre et je serais même complètement OK, on va pas se mentir mais là on est dans un rêve tordu et si elle est bien en mode red carpet, elle ressemble pas vraiment à la photo ci-dessus : il faut plutôt l’imaginer maquillée comme un camion volé, grimée en vérité, comme une vieille diseuse de bonne aventure de fête foraine. Comme si elle s’était fait la tronche d’Elie Semoun dans une de ses petites annonces en compagnie de Franck Dubosc, dent en moins inclue.

Ca se voit pas là mais il a une dent en moins dans ce sketch.

Je tente de lui échapper, et j’y parviens, alors que je m’enfonce dans la pénombre et dans une sorte d’escalier en colimaçon extrêmement large, emprunté par énormément de monde et censé déboucher je ne sais où.

Mais alors que je me crois (à nouveau) tiré d’affaire et que je m’arrête pour reprendre mon souffle, la voilà qui réapparaît sans crier gare et qui s’approche de moi, tout sourire, en mode séduction et dévoilant une immonde dentition.

Et je me réveille.

Juliette Armanet – Le Bikini, Toulouse

2ème passage à Toulouse en moins de 4 mois à peine pour la nouvelle Petite amie de la chanson française. Après le Metronum (salle moyenne) et le Bikini (salle moyenne + ), prochaine étape le Zenith sans doute. Elle aurait d’ailleurs très bien pu y jouer je pense : le Bikini affichait complet une semaine avant le concert et il a été malgré tout décidé de mettre quelques places supplémentaires en vente le jour même. Inédit en ce qui me concerne… Inédit aussi, de mémoire, les portes de la salle ont été laissées ouvertes pour qu’un maximum de personnes puissent assister au spectacle : de fait, pas mal se tenaient dans le sas séparant la salle du hall d’entrée… Tout ça pour dire que les Victoires de la Musique ont évidemment boosté le succès d’un album qui se portait déjà très bien.

Alors c’est pas du tout pour me justifier parce que j’aime vraiment beaucoup certains titres de l’album et que je comprends pas trop le backlash snobinard dont Juliette Armanet fait l’objet depuis quelques mois mais si j’ai choisi d’aller à ce concert, c’est aussi voire surtout parce que j’espérais y voir Ricky Hollywood en 1ère partie. Ricky Hollywood aka Stéphane Bellity, ma révélation française et un de mes albums favoris de l’an dernier, est batteur sur sa tournée et il en assure parfois la 1ère partie.

Mais pas ce soir à mon grand dam : apparemment un concours a été organisé et c’est un gus seul avec sa guitare et quelques effets qui apparaît sous mes yeux lorsque je pénètre dans un Bikini déjà bondé. De loin je trouve qu’il ressemble à Amir et c’est évidemment pas de bon augure. D’ailleurs le type reprend Dormir dehors de Daran et les chaises, c’est dire si on s’en cogne. Il remercie ensuite les organisateurs, Armanet, le Bikini, « surtout après l’explosion d’AZF, c’était pas facile de repartir sur un nouveau projet, c’est pas facile de reconstruire de la chaleur humaine ». Non, c’est pas facile. Un autre truc qui est pas facile : se produire sur scène.

L’entracte dure pratiquement trois quarts d’heure… C’est pourtant pas le genre de concert au cours duquel le bar va pouvoir écouler moult fûts : le public est plutôt jus de pomme. Très féminin évidemment, ça (me) change. Très Grazia. Ca n’empêche pas des odeurs corporelles pas très Petite amie de parvenir à mes narines pourtant pas très sensibles : quelqu’un profite de la forte densité et de la promiscuité pour se laisser aller. A plusieurs reprises. « I can taste it. On my tongue. »

Après quasiment 45 mns donc, le noir se fait et un morceau de Prince retentit (j’ignore lequel, je maîtrise mal le dossier) : le groupe entre en scène et se lance dans un instrumental funky/soft rock des plus moelleux. Les silhouettes des 4 musiciens se découpent sur un beau rideau lamé qui prendra des couleurs tantôt rouges, tantôt bleutées ou dorées : c’est tout simple et très réussi.

La védette les rejoint au bout de quelques mesures, en costume lamé elle aussi, sous une belle ovation. Après avoir salué, elle s’assied derrière son piano et se lance dans Manque d’amour, un de mes morceaux favoris de l’album. Balance approximative (ça sera vite corrigé) mais ça l’effectue. Le groupe est très compétent (euphémisme), bien rôdé (itou) et Juliette Armanet chante parfaitement dès les premières notes.

Ca restera sur ce mode pendant pratiquement 1h30 : incroyable qu’elle joue aussi longtemps avec un répertoire composé d’un seul album, plutôt court qui plus est. C’est bien. C’est tout ? Oui… C’est un peu le problème : c’est bien mais c’est seulement bien. Pas transcendant… Je suis sans doute pas assez fan pour être véritablement transporté j’imagine.

Sur Alexandre, elle fait monter sur scène un type prénommé Alexandre.

Bon, y a un petit truc qui me tient un peu à distance : c’est la distance précisément, qu’elle met parfois lors de sa prestation. Je ne parle pas de son stage banter, qui joue régulièrement sur l’auto-dérision mais de la dérision, du second degré qu’elle introduit dans son interprétation de certains morceaux: sur le superbe Star triste ou sur Samedi soir dans l’histoire, c’est comme si elle se sentait obligée d’en rajouter dans la gestuelle, les attitudes, les intonations, le jeu avec le public pour signifier que oui-ok-c’est-un-peu-cheesy-mais-c’est-un-peu-pour-rire-hein-attention.

C’est dommage selon moi. Sur l’album, on n’a pas cette distance justement, et pour cause, et c’est en partie ce qui fait sa réussite: les plans les plus retro, les morceaux les plus disco et les moins intimes a priori ne s’excusent jamais de l’être et c’est précisément parce qu’ils sont eux aussi exécutés avec la plus grande sincérité qu’ils fonctionnent. Je pinaille et c’est peut-être un sentiment tout personnel mais ça m’a empêché d’être pleinement « dedans » à plusieurs reprises.

Le groupe a quitté la scène sur une belle reprise du I feel it coming de The WeekndDaft Punk, francisée en « Je te sens venir (en moi) » (ça je suis moins sûr). La soirée s’est définitivement close sur une belle version piano-voix de A la folie, autre moment fort de Petite amie. Et c’était une belle soirée malgré tout.

Red Oaks – critique

Durant l’été 1985, David Myers, 20 ans, décroche un emploi saisonnier dans un country club du New Jersey majoritairement fréquenté par des juifs. Entre des clients pas toujours faciles et des employés pas toujours sympathiques, le jeune homme tente de découvrir quelle direction donner à sa vie. (Allociné)

Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé séries. J’imagine qu’aucune ne m’a vraiment marqué ces derniers mois mais le fait est que j’en vois relativement peu désormais : je trie davantage, je ne me rue pas sur la dernière nouveauté qui fait l’événement comme ça a pu être le cas à une époque. Et malgré ça, je suis pas à l’abri d’une déception, comme avec l’over-hypée The End of the Fucking World qui ressemble davantage à un véhicule pour b.o. cool qu’à la série trop-géniale-coup-de-poing-dans-ta-gueule que beaucoup ont décrite.

Et parfois, LA bonne surprise, LA série qui tombe au bon moment: Red Oaks donc.

Elle a été créée par Joe Gangemi et Gregory Jacobs: ce dernier est notamment un fidèle de Steven Soderbergh (en tant que producteur) et il a également réalisé Magic Mike XXL.
Red Oaks a pourtant souvent été présentée comme la série de David Gordon Green qui est de fait crédité en tant qu’executive producer (LE crédit à surveiller au générique d’une série après l’évident « created by ») et a réalisé plusieurs épisodes. On retrouve également derrière la caméra des pointures telles que Gregg Araki, Amy Heckerling ou Hal Hartley (!!!). Elle s’est achevée fin 2017 après 3 saisons et 26 épisodes de 25 minutes (en moyenne). Voilà pour les faits.

On pourrait dire en synthétisant à l’extrême que Red Oaks est l’équivalent pour la comédie des années 80 de ce que Stranger Things est au cinéma fantastique de ces mêmes années. Alors qu’est ce qui fait que je me sois autant régalé, que je vois ici de l’hommage, de la fraîcheur, de la mélancolie et aucune nostalgie alors que je n’ai vu dans Stranger Things que pastiche, fétichisme et cynisme (à tel point que je n’ai pas vu et que je n’ai aucune envie de voir la saison 2) ? Difficile à dire…

C’est sans doute dû, en partie, à des raisons purement subjectives. UNE raison en vérité: les teen movies et notamment le coup du dernier-été-insouciant-avant-la-vie-adulte, du genre dit « coming of age » comme disant les anglo-saxons et qu’on pourrait traduire par « récit d’apprentissage », je marche à fond. Le coup du héros un peu terne, un peu effacé, sans trop de relief mais plein de ressources, auquel le public peut d’autant mieux s’identifier, idem. Celui du geek moche et maladroit mais brillant qui emballe la belle du lycée, itou.

Oui, Red Oaks est bourrée de personnages archétypaux, vus et revus mille fois déjà, notamment dans les comédies de John Hughes (The Breakfast Club, Pretty in Pink etc), référence évidente. Mais elle parvient à la fois à dérouler un récit balisé et à surprendre par petites touches subtiles : David, le héros, pro de tennis l’été mais aspirant réalisateur, est obsédé par Truffaut et Rohmer. Wheeler, le geek fumeur de beuh (et improbable fusion Guillaume Gallienne+Jonah Hill), de Roxy Music. De même dans le parcours de certains personnages: sans vouloir trop spoiler, Barry, le photographe queutard, fera sans doute un mari parfait, Karen, la gentille bimbo aspirante infirmière, rêve d’une vie rangée et conventionnelle mais  n’est pas moins assaillie de doutes que l’adolescent(e) le plus torturé, etc.
Parfois encore, certaines scènes ne semblent rimer à rien: pas vraiment de gag ni de punchline, on montre simplement le personnage dans son quotidien, personnel ou professionnel, ou alors on coupe 2-3 secondes plus tard que ce à quoi on pourrait s’attendre, simplement pour rester avec lui/elle, ses doutes, sa joie ou sa tristesse. Et si la série prend pour cadre les années reaganiennes et le country-club d’une banlieue cossue du New Jersey, elle ne verse jamais dans la fétichisation des accessoires et donc la nostalgie alors qu’il serait facile d’accentuer, relever, moquer, telle ou telle coupe de cheveu ou tenue aujourd’hui improbable.

L’épisode 7 de la saison 1 est l’un des plus étonnants et résume bien la tonalité et l’équilibre atteint par Red Oaks à partir de sensibilités et d’approches diamétralement opposées: l’intrigue reprend celle de Freaky Friday, avec cette fois David, le jeune homme, qui se retrouve dans la peau de son père et inversement. C’est touchant bien sûr puisqu’une fois les choses rentrées dans l’ordre, chacun sera parvenu à entrer en empathie avec l’autre, mais c’est avant tout drôle et cocasse évidemment. Et là, bim, l’épisode se clôt sur le Marquee Moon de Television… Quel grand écart ! Mais c’est précisément ça le truc : Red Oaks est une série grand public, avec des ressorts grands publics mais écrite/réalisée par des personnes (David Gordon Green, Hal Hartley, Gregg Araki) à la forte sensibilité d’auteur. De même, la bo mêlera aussi bien pop/rock FM lourdingue (putain, Billy OceanLoverboy, fallait la ressortir celle là) que choix plus exigeants (OMD, New Order, Aztec Camera, Woodentops, Talking Heads, Love and Rockets pour n’en citer que quelques uns). Les 2 pôles (l’un populaire, l’autre plus pointu) s’équilibrent à merveille: aucune distance ou ironie ici, pas plus que de facilité ni de concession, simplement l’envie de raconter une histoire éternelle, celle d’un jeune homme qui doit trouver sa place dans le vaste monde.

Cette sincérité, cette justesse constantes, se retrouvent également dans les choix de caractérisation des divers personnages: certes, Red Oaks a pour cadre principal un country club (tennis, golf, piscine, cours d’aerobic, bronzette, mimosas et salades caesar) pour riches résidents d’une banlieue du New Jersey et on s’intéresse à certains de ses clients mais les vrais héros sont les adolescents employés pendant l’été et qui n’ont rien de show biz kids eux: David, le héros, dont le père a subi une crise cardiaque et a dû fermer son cabinet comptable et la mère au foyer a dû reprendre un travail, Wheeler, qui s’occupe seul (?) de ses petits frères et soeurs et de sa grand-mère grabataire, Misty, qui fait tout son possible pour fuir Red, le nouveau mec envahissant de sa mère, qui est du genre à toujours entrer « par accident » dans la salle de bains lorsqu’elle sort de la douche etc. Les années Reagan n’ont pas été fastes pour tout le monde, loin s’en faut, et même si son regard est toujours tendre, Red Oaks est loin de les glorifier .

Si l’équilibre et l’alchimie atteints par la série sont aussi remarquables, c’est aussi en grande partie grâce à son impeccable casting. Il mélange jeunes acteurs plus ou moins novices (Craig Roberts, interprète du héros, jouait par exemple dans Submarine, jolie wesandersonerie anglaise de 2011) et vieux briscards: Richard Kind, notamment vu dans Spin City, Paul Reiser, que j’avais pas revu depuis la sitcom Dingue de toi et Jennifer Grey, oui LA Jennifer Grey de Dirty Dancing. Tous dans des rôles à la fois bien caractérisés et archétypaux là aussi mais toujours subtilement esquissés. A noter également Gina Gershon, jamais aussi à l’aise que dans les rôles d’uber-pétasse.

Red Oaks n’est pas une grande série. C’est pas les Sopranos, c’est pas The Wire. Mais c’est encore mieux en un sens puisque c’est une belle série: drôle, émouvante, attachante. Elle laisse en bouche une sensation douce-amère, un goût sucré teinté de mélancolie, celui des étés parfaits dont on sait qu’ils ne reviendront pas:

« Every time I see your face
It reminds me of the places we used to go
But all I’ve got is a photograph
And I realize you’re not coming back anymore »

Hostiles – critique

Véritable Gilbert Seldman de la blogosphère, je continue donc à faire la pluie et le beau temps sur le box office français avec quelques mots sur un film peu mis en lumière me semble-t-il.

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent. (Allocine)

Amis de la jovialité, de la mignoncité et de la rigoulade, passez votre chemin (et n’allez pas voir La belle et la belle non plus : c’est nullach) : Hostiles est lourd, grave, sérieux. Parfois trop à mon goût (on est à la limite du dolorisme) mais c’est un beau film et il a de nombreuses qualités.

En premier lieu, son pitch. Tension et enjeux clairement définis d’entrée, rien à dire. Son pitch et son scénario : un bon pitch c’est bieng, un bon pitch bien développé sur la longueur du scénario, c’est mieuxg. Là-dessus, Hostiles me paraît assez irréprochable : le convoi improbable va devoir traverser les Etats-Unis du Sud au Nord, en gros (de l’Arizona jusqu’au Montana) et va souffrir diverses avaries et bricoles durant son voyage. A mesure qu’il progresse, des leçons seront apprises, des personnalités modifiées, des personnages transformés. Du classique certes voire du confortable voire du minimum quand l’histoire épouse la forme du road trip, puisque ça revient à ça, mais c’est vraiment bien écrit et bien développé. Le film est long, plutôt lent, prend le temps de se poser dans les différents (et magnifiques évidemment) paysages traversés ce qui renforce l’atmosphère de voyage initiatique voire de roman d’apprentissage qui se dégage au final.

Quand on te dit que t’es devenu le sosie d’Arnaud Tsamère

Car la grosse affaire d’Hostiles, c’est son fond et le message de tolérance et de compassion qu’il entend délivrer : soldat impitoyable, sans états d’âme voire sanguinaire, Christian Bale va peu à peu contenir sa haine et sa colère pour entrer en empathie avec ses prisonniers et par extension, le peuple indien. Idem pour le personnage interprété par Rosamund Pike qui a pourtant quelques raisons d’être un peu vénère : c’est le côté Cheyenne Autumn du film, qui adopte clairement le point de vue des Indiens et leurs revendications. On peut aussi légitimement penser à Josey Wales, hors la loi, cet autre film au cours duquel les personnages n’ont de cesse de fuir une violence qui ne veut pas les lâcher.

Tout n’est pas parfait : c’est un peu trop long, un peu trop lent, un peu trop pompeux parfois (les jump cuts sur Christian Bale qui hurle sa douleur dans le désert au couchant, sans déconner…) mais Hostiles est un beau western qui prend le temps, et réussit, à la fois à sonder le caractère de ses principaux protagonistes et à délivrer un message plus universel (le côté Fordien du film, encore). En plus y a Rosamund Pike (coucou les beaufs) et Timothée Chalamet (coucou les beaufettes). A voir donc.

Franz Ferdinand – Le Zénith, Toulouse

Une première en concert pour ce groupe que j’ai, non pas découvert évidemment, mais apprécié sur le tard, à l’occasion de son précédent album, Right Thoughts, Right Words, Right Actions (le 4ème).

Jusque là j’aimais bien mais sans plus. Les tubes quoi, viteuf.
En me penchant d’un peu plus près sur leur discographie (je suis tombé raide dingue du morceau Evil Eye, et de l’album qui l’accompagnait Right Thoughts etc donc), j’ai réalisé que des tubes, ils savaient faire que ça justement. Une efficacité redoutable, une science du riff et de la compo accrocheuse, accompagnés d’un sens visuel vraiment terrible : clips, pochettes, les mecs savent clairement ce qu’ils font, ils ont beaucoup de goût (un détour au stand de merchandising le confirme: tous les t-shirts et posters arborent de superbes visuels/graphismes). J’en suis arrivé à la conclusion que c’était un groupe assez sous-estimé, dont le seul tort est d’avoir obtenu 2-3 gros succès qui lui ont valu de se voir méprisé par les branchagas. Enfin, rien de nouveau.

La première partie est assurée par les excellents François and the Atlas Mountains. J’arrive 15 mns après qu’ils sont montés sur scène, ils la quittent 15 mns plus tard : 30 minutes de concert ?!?!? Putain, vive les grosses affiches dans les grandes salles… Heureusement je les avais déjà vus il y a quelques années (ici) mais j’en aurais bien repris une 2ème fois.

Et donc voilà le « problème »: le concert a lieu au Zenith et tout est calibré au possible. Ca se ressent également dans le public: très sage, limite familial, même si je suis agréablement surpris de voir beaucoup de jeunes, pas simplement des 30-40 ans (pas mal de très jeunes accompagnés par leurs parents aussi). Mais après la 1ère partie, 45 minutes d’attente : faut bien écouler bière et goodies… Et le public qui attend sagement (une majorité est installée dans les gradins), ne s’impatiente jamais, ne réclame pas l’arrivée de ses favoris. C’est pas un concert des Cramps mais merde… D’ailleurs y a des publicités RTL2 un peu partout.

J’arrête de faire mon connard, rien de nouveau là non plus. Je sais bien que c’est la règle du jeu et au fond je suis ravi qu’un groupe aussi créatif et intègre touche un si large public, très hétéroclite: la salle est vraiment bien garnie, je pensais pourtant le groupe un peu moins populaire depuis quelques années. Mais voilà, je suis pas trop habitué aux gros concerts dans les grandes salles, tout ce que ça implique me refroidit toujours un peu.

Après 45 minutes d’entracte donc, Alex Kapranos (cheveux peroxydés bof bof, costume noir cintré/chemise noire/bolo tie très classe) et ses acolytes arrivent enfin. D’entrée, le light show et le dispositif scénique sont superbes.

Ils sont 5: les 3 membres originaux (Kapranos et la section rythmique) plus 2 nouveaux censés remplacer le guitariste-lâcheur Nick McCarthy (parti peu après la tournée avec les Sparks).

Premier morceau: Always Ascending, ouverture impeccable et meilleur titre du nouvel album. Suivent The Dark of the Matinee et Do you want to ? histoire d’enfoncer le clou et de bien faire monter la sauce d’entrée : c’est peine perdue, le public est vraiment très sage… Puis 2 titres du nouvel album (-1 et -1) et le tubesque No You Girls (+3).

C’est un peu le schéma et le problème du concert : c’est terrible sur les tous les morceaux les plus anciens, assez plat sur les titres du nouvel album, leur moins bon. Pas mauvais non mais un peu plat, manque de mordant et d’inspiration. Et sur scène ça pardonne pas évidemment.

Après, la prestation est irréprochable : le groupe donne le change, avec notamment une belle énergie des 2 nouveaux, Kapranos fait le show et chante superbement et, je me répète, le dispositif scénique est vraiment superbe.

 

Sur le très énergique Michael, le public se réveille enfin et ça fait clairement décoller le concert même si l’excitation retombe encore sur les nouveaux morceaux. Take me out hystérique et superbe final sur le doublé Love Illumination/Ulysses. En rappel, le groupe joue Jacqueline qui n’était manifestement pas prévu mais réclamé par des fans. Sympâ. Il nous laisse, définitivement cette fois, sur This Fire.

Au final, c’était bieng. Pas génial, pas mémorable, conforme à ce à quoi je m’attendais pour un tel groupe dans une telle configuration mais bieng et c’est déjà pas mal.