Réflexions sur Twin Peaks

Comme beaucoup j’imagine, je me suis lancé dans le re-visionnage des 2 saisons de Twin Peaks, histoire de me rafraîchir le mémoire avant la diffusion de la 3ème saison.

Déjà, signaler que les meilleures pages sur la série, et sur l’oeuvre de Lynch, sont à lire dans l’indispensable ouvrage que Michel Chion lui a consacré et que voici:

Promis, tu liras jamais rien de mieux ni de plus intelligent sur lui et sur la série. Je me contenterai donc de quelques réflexions personnelles un peu à la va-vite.

– Le générique d’abord. Passée l’émotion, réelle, de le revoir, non pas pour l’écouter comme c’est régulièrement le cas depuis des années, mais pour regarder ce qui lui succède, ce sentiment renouvelé 30 fois (8 pour la saison 1, 22 pour la saison 2) de rentrer à la maison. Evidemment, la série repose en partie sur l’amour, très sincère, que Lynch porte à une certaine Amérique,celle des petites villes et de ses diners qui servent damn fine cups of coffeee et donuts, celle dans laquelle il a grandi. Et ce générique met en son et en images ce que représente Twin Peaks pour ses personnages, puis, à la longue, pour ses fans: un lieu idéalisé, un cocon rassurant qui offrira toujours chaleur et réconfort (et, oui, une damn fine cup of coffee aussi) même après les événements tragiques dont elle est le théâtre.

– Cette émotion procurée par le générique, elle trouve son prolongement dans le pilote de la série. Là encore, Michel Chion en parle mieux que quiconque: ce qui saute aux yeux, ce sont les larmes, abondantes, partagées, dramatisées à l’extrême mais toujours sincères. C’est le sens du grotesque de Lynch qui s’exprime en traduisant le drame qui se joue: le Mal a pénétré ce havre de paix et de bonté que tous croyaient préservé d’un tel drame (la suite démontrera évidemment que les choses n’étaient pas aussi simples que ça).

– Pour en revenir à la musique et à ce thème inoubliable, ce qui m’a frappé c’est que la bo de Twin Peaks dans la saison 1, c’est 4 thèmes en tout et pour tout ! Le générique bien sûr, le thème de Laura Palmer (celui qui clôt chaque épisode), le thème d’Audrey (Sherilyn Fenn), et le thème qui accompagne les scènes plus inquiétantes. J’avais pas souvenir d’une telle économie, d’une telle répétitivité. Ca participe évidemment grandement de l’expérience immersive dans un univers bien codifié et délimité.

– J’ai également été frappé par la langue et ça aussi, ça a été une totale redécouverte: plus désuet que véritablement châtié (même si les jurons et gros mots sont très rares), le parler Twin Peaks est truffé d’expressions qui semblent issues des années 50 et d’une Amérique innocente et bienveillante. Cohérence sur la forme jusqu’au bout puisque par certains aspects, Twin Peaks pourrait être une sorte de Brigadoon du Nord-Ouest des Etats-Unis, une ville figée dans le temps, ici les années 50.

– Enfin, au sujet de la saison 1, j’ai aimé constater à quel point Twin Peaks assumait totalement son côté « soap ». Je sais bien que j’enfonce une porte ouverte car c’est précisément la combinaison soap traditionnel + univers lynchien (pour faire court) qui fait de Twin Peaks cet objet si unique mais l’aspect soap est vraiment très prononcé. Amourettes adolescentes, relations sentimentales contrariées, histoires de famille, intrigues financières etc. : le générique et sa présentation très factuelle des lieux et de l’environnement de la série annonçaient déjà la couleur,  et par bien des aspects, Twin Peaks est un prolongement au 1er degré de soaps tels que Falcon Crest ou Knots Landings (Côte Ouest en France).

– Cette tonalité délibérément senti-menthe à l’eau / rocambolesque sera encore accentuée dans la saison 2 mais pas toujours à bon escient, avec des storylines parfois franchement hasardeuses, voire douteuses : ce qui concerne James notamment (le motard sentimental), et plus précisément son escapade et son aventure avec une femme mariée, ou tout ce qui tourne autour de Josie (Joan Chen) et de la scierie, c’est vraiment n’importe quoi.

– On connaît désormais bien l’histoire :  dans l’esprit de Mark Frost et de David Lynch, il fallait entretenir le mystère au maximum, si ce n’est indéfiniment, et dévoiler qui était l’assassin de Laura Palmer le plus tard possible (sinon jamais, idéalement pour Lynch). D’où une saison 2 très bancale, avec des storylines pas toujours pertinentes donc et un découpage très net : jusqu’à la révélation du tueur, on est dans la lignée de la saison 1, c’est du velours; c’est ensuite que ça part un peu dans tous les sens et que ça tâtonne pour retrouver une véritable direction (cf le point précédent).  Jusqu’à l’épisode 16 très exactement, qui voit la réapparition de Bob et du nain (cette séquence mémorable durant laquelle on le voit danser sur le lit de Josie), et qui marque une reprise en main évidente.

– Jusqu’à cet épisode 22, le dernier de la saison 2, intitulé Beyond Life and Death et réalisé par David Lynch lui-même. Episode culte, quasiment mythique et qui n’a rien perdu de sa beauté, de son mystère et de sa puissance après 25 ans: le quart d’heure (ou quasiment) se déroulant entièrement dans la Black Lodge reste le quart d’heure de télévision le plus radical et fascinant que j’ai jamais vu. Episode enfin, qui annonçait de manière on ne peut plus explicite la saison 3 à laquelle nous allons avoir droit même si évidemment, sur le coup, personne n’a rien vu venir:

Pour conclure sur une note granderemisesque i.e. futile et qui n’interpelle que moi, 3 fun facts:

– quelques épisodes ont été réalisés par Caleb Deschanel, papa de. Mais ça je le savais.

– En revanche, j’avais pas du tout percuté que Eileen Hayward, la femme du docteur, était interprétée par Mary Jo Deschanel, son épouse, et donc maman de:

Y a un truc, c’est sûr.

– Enfin, et là ça m’a scié, j’ai appris que Peggy Lipton, interprète de la belle Norma, propriétaire du Double R, le diner, était la maman de Rashida Jones:

Ici avec Quincy Jones, le papa donc. Dingue.

Dernière chose, promis: me reste à revoir le film, Twin Peaks – Fire Walk With Me. David Lynch lui-même a indiqué qu’il avait une importance capitale pour la saison 3 donc si tu n’as pas eu le temps ou la motivation pour revoir les 30 épisodes des saisons 1 et 2, tu sais ce qu’il te reste à faire.

Plus que 4 jours nom de Dieu !

Master of None – saison 2 – critique

Quelques mots sur une série récente, ça faisait longtemps. Pas la meilleure (Better Call Saul ? Je sais pas, on s’en fout évidemment mais putain, qu’est ce que c’est bien…), pas la plus attendue (Twin Peaks nom de Dieu !!!) mais un petit bonbon humble, attachant et moins anecdotique qu’il n’y paraît.

Master of None donc, qui narre les atermoiements, vicissitudes et aventures sentimentalo-professionnelles de son héros et créateur, Aziz Ansari. Stand up comedian comme on dit là-bas (ici on dit « stand-upper » apparemment et oui, c’est complètement con parce qu’un « stand-upper » pour les anglophones, c’est quelqu’un qui se tient simplement debout, par exemple dans un stade), il est devenu célèbre grâce à son rôle de Tom dans Parks and Recreation. Master of None est sa création (et celle de son pote Alan Yang), il l’a écrite, la produit, il l’interpréte, réalise des épisodes parfois, il y a mis beaucoup de sa propre histoire et de ses propres expériences. Il s’y prénomme Dev mais il fait jouer leurs rôles par ses propres parents, tu vois le genre.


Trentenaire, d’origine indienne, il fait donc partie d’une minorité et le point de départ de la série s’est d’essayer de retranscrire ce que cela signifie d’être d’origine indienne donc, mais aussi coréenne (comme Alan Yang, co-créateur de la série), afro-américaine ou encore d’être lesbienne dans le New-York de 2017. Racisme plus ou moins soft, stigmatisation routinière, doutes et questionnements personnels etc. En corollaire, on évoque régulièrement le poids des origines, de la tradition et on s’attarde sur la vie et la place de la génération des parents, voire des grands-parents, avec beaucoup de justesse et de pudeur.


Voir à ce titre le superbe épisode consacré à la pratique religieuse : les parents de Dev sont musulmans pratiquants, pas lui. Lorsque des membres de la famille, fervents pratiquants eux, leur rendent visite pendant quelques jours, les parents surjouent leur foi et encouragent Dev à faire de même, à mentir donc jusqu’à ce que… Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais la façon dont la série traite cette question, universelle, de ce qu’on choisit de dire à nos parents, et de ce que eux savent réellement de nous, me paraît remarquable et très émouvante.

Voir aussi ce très bel épisode qui déroule en plusieurs séquences (plusieurs repas de Thanksgiving) l’évolution du coming-out de la meilleure amie Noire et lesbienne de Dev auprès de sa mère (interprétée par la toujours très belle Angela Bassett). Très sensible là aussi.


Ca c’est l’aspect sociologisant si on peut dire, de Master of None.
La série me paraît également intéressante en ce qu’elle est, plus que n’importe quelle autre il me semble, une série de 2017 (bon, je regarde pas TOUTES les séries, loin de là, pour me permettre de dire ça, j’en regarde même de moins en moins car je sélectionne de plus en plus mais je me renseigne un peu quand même et je sais à peu près ce qui se passe. Enfin, je crois). Sans être véritablement estampillée « millenial » ou « génération Y », Master of None est la série Buzzfeed, Twitter, Instagram, Tinder, Air Bnb, smartphone par excellence : pas de placement ou de name dropping forcené non mais une « intégration » naturelle aux intrigues, à l’univers de chacun des personnages. En 2017, les réseaux sociaux, quels qu’ils soient, les applis de rencontre, quelles qu’elles soient, les smartphones comme extension de notre main, les spoilers, ça n’est plus un sujet en soi, ça n’est pas un élément sur lequel il est nécessaire de s’attarder, c’est simplement acquis, ça fait partie de notre vie, c’est la norme et ça, Master of None l’a compris mieux que quiconque je trouve.

L’arc narratif principal (la love life de Dev, ici tombé en amour pour une ravissante italienne déjà fiancée) mélange brillamment et avec humour ces 2 aspects (3 en réalité : la place des minorités, l’héritage familial, la modernité). C’était déjà le cas au cours de la saison 1 mais c’était fait de manière un peu plus artificielle, moins naturelle. On sent cette fois que la série n’a pas besoin de forcer les choses puisqu’évidemment les bases ont déjà été posées.


Ca lui permet également une plus grande liberté sur la forme : les épisodes (il y en a 10) tournent en général autour de la demie-heure mais l’un d’eux ne dure que 20 minutes, un autre 1 heure (et ça n’est pas le dernier de la saison, contrairement à une pratique répandue qui veut que les 1ers et derniers épisodes soient plus longs que les autres). Y a pas de règles. Master of None tente même des passages un peu audacieux (celui avec les sourds-muets ou la fin d’épisode qui filme en temps réel le trajet de retour chez lui en taxi de Dev sur un morceau de Soft Cell) et se permet un épisode complet, le joli I love New York, qui sort du cadre général et dans lequel les personnages principaux ne font que de la figuration.

Cette même liberté, ce naturel, se retrouvent enfin dans la bande originale, absolument géniale, à la fois populaire et exigeante, constamment surprenante, qui, à l’image des playlists ouvertes à tous les vents actuelles, peut caser des standards italiens des années 60, un titre de D’Angelo, un autre des Walker Brothers puis des Digable Planets, le plus naturellement du monde.

A noter aussi que dans le rôle du nouveau-second-rôle-qui-apporte-un-vent-de-nouveauté-sur-la-série, on a droit à l’excellent Bobby Cannavale et à sa faconde scorcesienne.

Enfin, même si on la voit déjà au-dessus, je ne peux décemment pas ne pas abattre comme argument définitif, tout à fait objectif, inattaquable et intellectuellement supérieur, que la ravissante italienne qui transperce le coeur de Dev, et qui répond au prénom de Francesca (interprétée par Alessandra Mastronardi) c’est elle:

Si tu vois ce que je veux dire.

Ce qui nous lie – avant-première Gaumont Toulouse

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.(Allociné)

Motivé par une première expérience concluante pour l’avant-première de Marie-Francine, le nouveau film de Valérie Lemercier, je me suis donc rendu à celle de Ce qui nous lie, le nouveau film de Cédric Klapisch. Un cinéaste pour lequel j’ai une estime toute relative : hormis Le péril jeune, pour lequel je garde une affection et une tendresse intactes, et, à un degré moindre, le sympathique Riens du tout, je n’aime aucun de ses films. Pour rester poli.

L’AP avait lieu dans la même salle et, grosse surprise, beaucoup plus de monde : Klapisch fait donc davantage recette que Lemercier. Ca me troue un peu le cul pour être honnête. Beaucoup plus de jeunes adultes aussi, le public de Lemercier était nettement plus âgé : sans doute des fans de L’Auberge espagnole qui ont découvert le film et son réalisateur adolescents ou jeunes étudiants.

Bon, le film. Horrible, ou pas loin. Je veux bien accorder un truc à Klapisch : c’est un excellent directeur d’acteurs, doublé d’un dialoguiste parfois brillant. Les 2 ensemble, ça donne quelques scènes au naturel confondant, et qui font mouche. Pio Marmaï prend ainsi avantageusement le relais de Romain Duris, comédien fétiche de Klapisch (trop vieux pour le rôle), Ana Girardot et François Civil sont également très bons. Mais le reste bordel…

Comme il l’expliquera lui-même par la suite, il voulait rompre avec sa routine, quitter la ville. Mais tel ces neo-ruraux qui cherchent coûte que coûte à retrouver le parfum et leurs réflexes citadins une fois installés à la campagne, Klapisch greffe ses tics de cinéaste urbain sur un cadre viticole : jump cuts de merde, time lapses de merde, pseudo-trip hop de merde pour la bo. Il en résulte un genre de pub Herta 2.0, dans laquelle le pinot se substituerait au jambon.

C’est l’aspect le plus désagréable du film : sous des atours généreux, altruistes, sympathiques, Ce qui nous lie loue en réalité les valeurs éternelles de la terre, du patrimoine, du labeur patient, de la famille. Et qué s’appellério Klapisch s’y révèle en Valls ou Cazeneuve du cinéma français, des types qui se disent de gauche mais tendent méchamment vers le centre, voire plus. A base d’aphorismes tiédasses du type « L’amour c’est comme le vin, ça demande du temps » ou « C’est au moment où la terre nous appartient qu’on réalise qu’en fait, c’est nous qui lui appartenons » (c’est réellement ce que dit le personnage de Jean, interprété par Pio Marmaï). Il aurait pu ajouter que « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse », on y aurait vu que du feu.

Et le pire c’est qu’il a réussi à me faire monter les larmes à un moment ce con : les histoires de relation père-fils contrariées (Marmaï a quitté le domaine familial pendant 10 ans et revient à la demande de son père sur son lit d’hôpital), les histoires de fratrie compliquées, ça me touche toujours beaucoup. Mais purée, les gros sabots… Jusqu’à l’impardonnable, LE truc démago et putassier par excellence : le coup du personnage adulte qui dialogue avec son personnage enfant. Frisson de la honte. Là c’est carrément du Marc Lévy ou du Guillaume Musso (je crois d’ailleurs que c’est le pitch de l’un de ses romans).
Allez j’arrête là : Klapisch et ses réflexes de clippeur des années 90 à la campagne, c’est un gros beurk.

Le réalisateur était donc présent à l’issue de la projection pour répondre aux questions du public.

Sortie le 12.

Public évidemment très enthousiaste : un film bon comme le bon pain, pétri de bons sentiments et de bon mobilier en chêne massif, ça marche toujours. Contrairement à l’avant-première du film de Lemercier, aucune question ou intervention embarrassante, au contraire : des réflexions pertinentes, sur les personnages, le scenario, la mise en scène. Et un Cédric Klapisch conforme à l’image qu’on se fait de lui : un type foncièrement sympathique qui répond avec précision et exhaustivité, s’explique en détail sur sa démarche et ses intentions. Un peu un robinet d’eau tiède à l’image de son film mais ça serait faire preuve de malhonnêteté que de ne pas lui accorder sincérité et générosité.

#95 Dionne Warwick – Sings the Bacharach & David Songbook


J’ai également acheté ce CD lors de mon 1er séjour à Londres. Là encore, c’est sans doute pas le meilleur choix qui soit mais c’est comme ça. Malgré un son un peu hasardeux, des enregistrements de qualité variable et quelques omissions dans la tracklist, c’est le disque qui m’a fait découvrir les compositions de Burt Bacharach et ça évidemment, ça ne s’oublie pas facilement. Qui plus est, parmi les innombrables interprètes de ses chansons, Dionne Warwick est celle que je préfère, de très loin (avec Dusty Springfield). Je rappelle aux jeunes générations qu’elle est, enfin, était, la tata de Whitney Houston. Et qu’elle est toujours vivante, de même que Burt Bacharach.

Mon rêve 6

Cette nuit j’ai rêvé que je passais un moment chez Katy Perry.

Oh je te vois venir mais non, c’est comme je te le dis, je passais simplement un moment chez Katy Perry. Elle était très sympathique. Oh je te vois venir mais non, elle était simplement sympathique. Et puis bon, Katy Perry et son physique de Zooey Deschanel grandie dans les strip clubs de Las Vegas plutôt que les studios d’Hollywood, ça va quoi. En revanche j’avoue une passion même pas coupable (j’y reviendrai) pour son morceau Hot’n’Cold que j’avais entendu dans la journée : ceci explique cela.

Donc on est là, tranquilles, chez elle: une villa de star comme on l’imagine et comme on en voit dans les émissions people, toute en marbre blanc et colonnes grecques un peu vulgos. Elle est très joyeuse et de très bonne compagnie (oh je te vois venir etc).

Et là elle décide qu’on va jouer à cache cache. Bon. Je trouve ça un peu incongru et puéril mais elle est un peu surexcitée, je cède à son enthousiasme.

C’est moi qui commence (à me cacher) donc je cours dans les couloirs de la baraque (c’est vraiment très grand) pour trouver une planque et là tout à coup, comme un diable sortant de sa boîte, un mec apparait : c’est Kevin Dunn, un parfait « on ne sait jamais comment ils s’appellent » qui a joué dans plein de films et séries, et que j’avais revu il y a quelques temps dans Hot Shots. D’ailleurs il a exactement la même tête que dans le film, uniforme compris:

Je comprends que lui aussi jouait à cache cache, et que c’est la raison pour laquelle je le retrouve dans une sorte de grand buffet qui s’ouvre par le haut, avec seulement sa tête qui dépasse pour me demander : « c’est bon, je peux sortir maintenant? ».

Là je flippe un peu, j’ai plein de questions qui m’assaillent : « mais bordel, ça fait combien de temps qu’il est caché? », « qu’est ce que cet acteur de seconde zone fout dans la villa de Katy Perry? », « est-ce qu’elle est sympathique avec lui? » etc etc.

Malheureusement j’aurai jamais la réponse car c’est à ce moment précis que je me réveille.

Marie-Francine – avant-première Gaumont Toulouse

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question… (Allociné)

Le film n’est pas parfait, inégal comme souvent chez Valérie Lemercier, mais traversé de gags, répliques et détails fulgurants. On y évolue dans un contexte grand bourgeois qu’elle affectionne et connaît bien, sa zone de confort pourrait-on dire.

La nouveauté, c’est que Marie-Francine bifurque assez rapidement de la comédie pure vers la comédie romantique, lorsqu’au bout de 20 minutes, le personnage de Miguel, interprété par Patrick Timsit, fait son apparition. Là non plus, tout n’est pas parfait (un petit côté Au théâtre ce soir dans la résolution toute en quiproquos et portes closes qui pourrait être charmant mais se révèle surtout désuet) mais leur couple fonctionne très bien (à la fois leurs personnages et, plus étrangement, les 2 acteurs ensemble). C’est touchant et c’est en grande partie ce qui permet au film de laisser une bonne impression (sans oublier la bo très Schnocko-pompidolienne à base de Michel Legrand/Nana Mouskouri, Moustaki, Aznavour).

La séance était donc suivie d’une rencontre-débat avec Lemercier, Timsit et le producteur du film, Edouard Weil. Une petite demie-heure un peu brusquement écourtée: j’ignore si c’est ce qui était prévu au départ ou si ça a été décidé sur le moment. Parce que bon… Complètement hallucinantes les interventions/questions du public.

Ca démarre avec une personne en chaise roulante et s’exprimant avec difficulté. Elle tient à rendre hommage à Timsit pour ses gags sur les handicapés. Bon. S’en est suivi l’hommage d’une vieille dame à Valérie Lemercier pour sa représentation des retraités dans le film (ses parents, interprétés par les excellents Hélène Vincent et Philippe Laudenbach). C’est peut-être pas très parlant là comme ça mais honnêtement, une telle entrée en matière, sur le coup, j’ai cru à un sketch.

3ème intervention, un type situé à 3 places de moi demande la parole: « Alors Patrick, est-ce que Valérie est bonne au plumard ? » Avèque l’accent cassoulet bien sûr. Grosse gêne chez les principaux intéressés qui se montrent néanmoins de très bonne composition. Quant à moi je suis atterré.

Et ça continue : y a le type qui trouve Timsit (à qu’il il s’adresse d’ailleurs en l’appelant « Timsit » genre « Bonsoir Timsit« ) super en tant qu’acteur mais qui aimerait bien qu’il refasse des one mans shows, il aimerait bien le revoir sur scène, c’est dommage d’avoir arrêté. Bonne pâte là encore, mais un tantinet agacé quand même (on le serait à moins), le comédien lui rappelle gentiment qu’il vient de finir la tournée de son dernier spectacle et qu’il a justement joué à Toulouse en novembre dernier.

Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Edouard Weil et un type du Gaumont (le directeur?)

Y a ensuite le gars qui demande à Valérie Lemercier si elle pourrait pas lui faire une petite imitation de son personnage des Visiteurs, vraiment ça lui ferait super plaisir. Fort aimable là aussi malgré un agacement bien légitime, Lemercier esquive élégamment en rappelant que Les Visiteurs c’était quand même il y a 25 ans, qu’elle était seulement actrice et encore, uniquement dans le premier volet. Sans compter que dans le film qu’on venait de voir, un des personnages justement… (je spoile pas).

Y a aussi le gars qui a trouvé le film super et qui aimerait bien savoir quand le DVD sera disponible. Très patiente là aussi, Valérie Lemercier lui fait remarquer qu’il faut quand même que le film sorte d’abord en salles (le 31 mai). Un autre rebondit :

– Avez-vous d’autres projets de film?
– Ben déjà, on va laisser sortir celui là mais sinon, non, j’ai juste l’intention de passer mon permis de conduire.

Bim, un autre prend le micro:

– Alors moi Valérie, j’ai une SUPER idée de film pour la suite, c’est tout simplement « Je passe le permis ».
– Ha ha, oui, pourquoi pas, c’est vrai que ça s’annonce compliqué…
– Non mais vraiment, je crois que ça serait un SUPER film, vous devriez y réfléchir.

Là tu te dis peut-être que j’avais qu’à poser une question plus intelligente puisque je suis si malin que ça mais je laisserai le grand George Costanza te répondre:

Non mais sur le coup, je suis atterré voire embarrassé, de constater à quel point les gens n’ont pas de filtre et prennent la parole n’importe comment pour dire n’importe quoi (non mais sans déconner, le mec qui demande si Lemercier est « bonne au plumard », merde quoi !) mais avec le recul je trouve ça presque touchant quelque part. C’est touchant de les entendre parler avec autant de franchise et de se rendre compte qu’ils ont toujours le réflexe de se raccrocher à ce qui les concerne en premier lieu, de tout ramener à eux (paraît même que certains créent des genres de sites internet où ils racontent ce qu’ils font, ce qu’ils ont vu, rêvé, que sais-je encore).

C’était donc une bonne soirée, je crois que je vais désormais me rendre plus souvent à ce type d’avant-premières.

 

#45 La vérité si je mens! 2

Dans le quartier du Sentier, Eddie Vuibert, Dov et Yvan sont confrontés aux procédés pour le moins expéditifs de leur nouveau client, Eurodiscount, une chaîne européenne d’hypermarchés. Karine, lasse des turpitudes de son volage époux, Dov, le chasse du foyer. La bande de copains se disloque. Dov et Patrick partent tenter leur chance sous le soleil de Californie, tandis qu’Eddie et Yvan font les marchés. Entre temps, Serge, devenu livreur, noue une idylle avec Chochana Boutboul, une jeune fille de bonne famille à qui il fait croire qu’il est très fortuné. C’est alors qu’Eddie découvre que sa faillite dépasse le simple échec commercial et qu’il a été victime d’une scandaleuse escroquerie. Dès lors, il décide de se venger et conçoit un plan qui va réunir et mobiliser tous ses amis. (Allociné)

Là je sais pas trop quoi dire en fait… C’est pas mon registre humoristique de prédilection (c’est quoi comme registre d’ailleurs ?), c’est pas une comédie subversive, transgressive, novatrice, loufoque, absurde etc. Y a même pas tant de gags que ça en réalité. Et puis c’est casse-gueule, potentiellement très caricatural, voire pire. Mais le regard porté est plus tendre que réellement moqueur et ça me fait beaucoup rire, tout simplement.

Et « ça », c’est évidemment José Garcia qui trouve ici son meilleur rôle et bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Il bouffe en tout cas Richard Anconina qui n’est le rôle principal que sur le papier. Le génie du mec dans ce rôle de shalala loser… La vérité si je mens! 2, c’est José Garcia / Serge Benamou, point barre ! L’inverse est également vrai parce que bon, au final, il a fait quoi le José ? Ses prestations dans Nulle Part Ailleurs s’apparentaient davantage à de la bouffonnerie, c’était sympathique mais bon … Au cinéma ensuite, rien de bien significatif, et rien tout court depuis pas mal d’années maintenant.