Leto – critique

Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique. (Allociné)

 

Ce que le pitch ne dit pas, c’est que Viktor Tsoï a vraiment existé: il était un musicien culte de la scène rock russe dans les années 80. Il est mort en 1990. Leto n’est pas un biopic pour autant, plutôt une évocation d’un épisode de son existence, et de celle des personnes qui l’ont côtoyé à ce moment là, celui de son émergence.

 

Le film démarre sur une scène géniale et un plan séquence aussi virtuose qu’immersif: 3 groupies s’introduisent en douce dans une salle de concert. Sur scène, un quatuor, Zoopark, joue un rock lourd et arrogant, classique mais efficace, chanté en langue russe. Conclusion du refrain: « t’es une merde ». La salle est pleine, le public conquis… mais assis. Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg), début des années 80, ça rigole pas: des membres de la police (et du KGB?) quadrillent la salle et veillent au grain afin que personne ne se lève ou ne se manifeste de manière trop ostentatoire. Ambiance.

C’est un des aspects traités par Leto: les jeunes gens modernes du film vivent dans ce qui est encore l’URSS et Leonid Brejnev tient le pays d’une main de fer.  Pourtant, Kirill Serebrennikov, le réalisateur qui est d’ailleurs assigné à résidence pour des soupçons apparemment fantaisistes de détournement de fonds, a l’intelligence de ne pas faire de son film un pamphlet politique. Il tend davantage vers la chronique mélancolique.

Ainsi, après une superbe ouverture, mais une 1ère demie-heure franchement flippante (les personnages sont tous pénibles, acteurs gesticulant/grimaçant/beuglant, le sempiternel cliché sur la supposée « hystérie russe » n’est pas très loin), le film trouve peu à peu une belle respiration, à travers une évocation donc, très douce et, encore, mélancolique.

 

Si Viktor Tsoï est la figure centrale du film, et celle à laquelle le réalisateur Kirill Serebrennikov veut rendre hommage, le personnage central est celui d’un autre rocker, Mike, (interprété par un musicien vedette en Russie, Roma Zver).
C’est pour lui que les filles resquillent et prennent des risques dans la 1ère scène, pour lui que le public se retient de s’enflammer. Il est le roitelet de la petite scène rock de Leningrad. Un roitelet entouré d’une cour fidèle et dévouée mais un roitelet sur le déclin: sa musique n’est qu’une déclinaison de celle de ses maîtres (Bowie, Lou Reed, Bolan dont lui et sa clique s’amusent à reproduire les pochettes) alors que Tsoï débarque de nulle part avec un son, et surtout une voix unique, en prise avec la vie quotidienne. Mike est un peu largué en vérité (« le futur c’est la new wave » pense Viktor, ça le fout en rogne), il travaille depuis un certain temps (depuis un temps certain on le devine) sur un 1er album toujours inachevé, et le film nous montre joliment sa prise de conscience, son acceptation et sa passation de pouvoir en quelque sorte en faveur de Viktor. D’abord leader, il devient passeur et s’efface peu à peu. Lui qui fait peu de cas de son propre fils (il n’aime pas s’en occuper dit même sa femme) a trouvé en ce jeune musicien intense et affranchi quelqu’un pour reprendre son flambeau.

 

C’est là que Leto trouve son véritable sujet selon moi, dans cette histoire de transmission, mélancolique sans être amère, magnifiée en ce sens par un beau noir et blanc et par l’utilisation du cinémascope. D’autant que l’effacement de Mike va de pair avec les doutes et les émois que l’arrivée de Viktor fait surgir chez sa femme, la belle Natalia (étrangement rebaptisée Natacha dans le sous-titrage).

 

Ceci étant, pour en arriver là, il faut en passer par une certaine hystérie (les scènes de groupe) et surtout, se cogner des passages musicaux parsemés d’effets visuels nullissimes qui finissent de les rendre complètement ringards. Ca n’est pas la musique elle-même qui est en cause (des réinterprétations de classiques des années 70) : celle-ci témoigne de la manière, maladroite et attachante, dont les fans russes recevaient le rock anglo-saxon avec, on l’imagine, plusieurs années de retard. Le problème c’est que les illustrations de Serebrennikov datent bien de 2018 elles, et elles accusent elles aussi beaucoup de retard, sans le décalage ni l’excuse de la maladresse…

Ca n’est que dans sa conclusion que Leto finit de convaincre en vérité, lorsqu’on peut, à l’image du personnage de Natalia, prendre un peu de recul sur ce qu’il s’est produit/ ce qu’on a vu.

 

Beau film donc mais faut quand même un peu aller le chercher.

Publicités

Suspiria – critique

Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l’espoir d’intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile.
Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent… (Allociné)

Sur le coup, je me suis fait chier. Et j’ai trouvé ça à chier. En plus, j’ai eu le temps de me faire chier et de trouver ça à chier car ça dure 2h30. A un moment j’ai essayé de m’assoupir un peu (ça n’a pas marché), j’ai même pensé quitter la salle (comme 5 autres personnes, record absolu en ce qui me concerne).

Pourtant, à peine le générique final achevé, et encore plus 2 jours après, je n’ai envie de retenir du remake de Suspiria signé Luca Guadagnino que le positif. Car il y en a malgré tout.

Par exemple y a Dakota Johnson et ses jolis seins: c’est positif.

LE point positif, et qui est tout à l’honneur de Guadagnino et de son scénariste David Kajganich, c’est que jamais ils n’essaient ni de salir, ni d’honorer, ni même de jouer sur le terrain du chef d’oeuvre de Dario Argento : ils proposent autre chose.

Bien sûr, il y a une école de danse, il y a Berlin, il y a la pluie, il y a l’innocente Susie et il y a des sorcières. Bien sûr, sinon ça ne serait pas un remake de Suspiria. Mais pour le reste, nib, ou presque : là où Argento joue la carte du baroque, des couleurs criardes, eux affichent une palette chromatique en sourdine, Derrickienne. Là où le papa d’Aria fait appel à la frénésie de Goblin pour sa bande son, Guadagnino choisit le prog indé de Thom Yorke. Là où le maître italien suggère l’horreur et l’effroi par ses cadrages baroques, encore, mais suggère plus qu’il ne montre réellement, Guadagnino propose des scènes gore très frontales. Etc etc: la liste des différences, des contre-pieds adoptés par la version 2018 de Suspiria (jusqu’à son final épuisant) pourrait être bien plus longue.

Surtout, et pour résumer 2 démarches diamétralement opposées, là où Argento utilisait avant tout des outils purement cinématographiques (couleurs, cadrages, musique comme énuméré ci-dessus), Guadagnino, malgré quelques zooms et plans spectaculaires, utilise d’abord le verbe et l’écriture, au sens large : malheureusement, c’est là que ça déconne. Et pas qu’un peu.

Sublime plan De Palmesque

Ou alors je suis un peu con parce que je n’ai réussi ni à raccrocher les wagons, ni à comprendre l’utilité de pas mal d’éléments.
Le psy par exemple (interprété, déjà, par Tilda Swinton, qui joue donc 2 rôles. Pourquoi? Mystère. Elle joue une prof de danse et un psy. OK…)  : personnage déjà présent dans le film original mais pourquoi lui donner autant d’importance ici ? Un hommage à Max Von Sydow dans L’Exorciste peut-être ? Pourquoi raconter avec autant de détails son histoire personnelle puisqu’elle n’a absolument aucun lien avec l’intrigue principale ? Pourquoi tous ces flash-backs sur l’enfance de Susie ? Pourquoi tout ce verbiage autour des spectacles de danse, abstraits et über contemporains, de la compagnie ? Pourquoi Sylvie Testud (peut-être le plus gros WTF du film) ? Et enfin, pourquoi avoir développé à ce point le background Fraction Armée Rouge? Certes, l’action du film se déroule en 1977, année mouvementé pour la République Fédérale d’Allemagne mais quel est le rapport avec le reste ? Je cherche encore… Ca m’a rappelé les mentions à la situation des migrants sur l’île de Lampedusa dans A Bigger Splash, un des films précédents de Guadagnino, et remake, déjà, de La Piscine.

Vas y pour démêler tout ça maintenant…

Dans les 2 cas (Suspiria et A Bigger Splash donc), 2 relectures, on a l’impression que Guadagnino cherche à tout prix à s’éloigner de l’original, ou en tout cas à ne pas lui ressembler de trop près, ce qui est une bonne chose. On sent aussi qu’il a des choses à dire, et qu’il essaie de nous les dire. Le problème, c’est qu’il n’y arrive pas ou qu’on ne les comprend pas: on ne voit pas où il veut en venir. Bilan, il donne simplement l’impression d’alourdir son discours, de le contextualiser et de le « psychologiser » de manière inutile. Dommage…

Dommage car en sabrant une bonne heure, en se concentrant sur la compagnie de danse et sur son intrigue horrifique, il y avait bien un nouveau Suspiria à mettre en scène: à base d’Allemagne blafarde et encore hantée par son terrible passé (l’intrigue se déroule 30 ans à peine après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale), à base de gynécée trouble, de démarche féministe pervertie, autant d’éléments qu’une direction artistique très soignée mais subtile, impeccable, mettent parfaitement en valeur. Et à base de scènes gore vraiment crades : voir par exemple la 1ère manifestation des forces occultes à l’oeuvre dans l’école ou le chapitre conclusif. Là encore, si la perplexité (voire l’hilarité) l’emporte de prime abord, cette longue séquence objectivement ridicule emporterait presque le morceau par son courageux jusqu’auboutisme et son étonnante mélancolie.

On va pas se mentir, elle aura une place de choix dans mon top actrices 2018.

Je me répète mais c’est tout à l’honneur des auteurs de ce remake que d’avoir voulu à ce point se démarquer de l’oeuvre originale: c’est ce qu’il fallait faire, et ce qu’il faut toujours faire quelle que soit l’oeuvre à laquelle on s’attaque, d’autant plus lorsqu’elle est aussi marquante sur la forme que le film de Dario Argento peut l’être. Simplement, Guadagnino s’est un peu perdu dans son discours. Et nous avec.

A Star Is Born – critique

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin… (Allociné)

Eh ben c’est pas mal en fait ! Enfin, « pas mal »… Ca se regarde quoi, là où on pouvait légitimement s’attendre à une horrible meringue sentimentale et lourdingue, « un pur chef d’oeuvre d’émotions » frelatées. Y a quelques passages, des qualités d’écriture…

Je commence l’inventaire par le rayon ratage car c’est pas compliqué, c’est à peu près tout ce qu’on peut légitimement craindre en entrant dans la salle : sentimentalisme facile, clichés (sur la vie de star, la romance, la romance de 2 stars) etc etc, je vais pas faire l’article. Le film rebute certainement pas mal de « cinéphiles » qui feront logiquement l’impasse. Et pourtant…

Au rayon réussites, je commencerais d’abord par les interprètes: on parle beaucoup de la performance de Mme Gaga (prénom: Lady) et c’est vrai qu’elle est notable. Mais elle joue son propre rôle non ? En gros, quoi. Je connais pas sa trajectoire car ni sa carrière, ni sa musique ni son personnage ne m’intéressent mais bon, une petite nana un peu moche qui devient superstar du jour au lendemain, ça a dû lui rappeler 2-3 trucs non au moment de se plonger dans son personnage non ?

Il faut donc aussi relever la performance de Bradley Cooper. Déjà, détail peut-être, mais qui participe de la réussite du film : il est hyper crédible sur scène avec une guitare. Dont il doit savoir jouer, c’est pas possible autrement, car il assure vraiment sur un simple plan visuel. Et esthétique: un peu too much sa dégaine de country-rocker déglingos mais il a de la gueule, c’est indéniable (big up pour la scène durant laquelle il écrase ses cachetons d’amphétamines ou autres avec le talon de ses bottes avant de les sniffer). A noter également: il est entouré sur scène de Promise of the Real, le groupe qui accompagne régulièrement Neil Young ces dernières années, preuve qu’il a veillé à une certaine crédibilité sur le plan « musical » (même si la majorité des chansons sont à chier mais c’est un autre débat).

Sur la forme, j’ai bien aimé que le film, au-delà des scènes attendues (prestations live extended, disputes de couple, séances de shooting pour l’apprentie-star, manager maléfique, anglais évidemment etc), réserve une place non négligeable aux longues scènes de dialogue entre les 2 acteurs vedettes. Le film est long, sans doute trop (notamment dans sa 2ème partie, lorsqu’Ally/Lady Gaga devient une védette) mais c’est aussi parce qu’il a le « courage » (ça va, il va pas au front non plus) ou en tout cas la sensibilité de prendre son temps, notamment sur des scènes potentiellement casse-gueules et pour les interprètes (Gaga débute et Cooper… bah j’ai rien contre lui et j’ai plutôt de la sympathie à son endroit mais c’est pas De Niro quand même) et au niveau de l’écriture. C’est bieng.

C’est sur le fond que le film me paraît le plus intéressant. L’histoire, on la connaît: 3 versions (Wellman, Cukor et Pierson) avant celle-ci. Cooper et son co-scénariste Will Fetters ont choisi cette fois de traiter le sujet sous l’angle de l’intégrité artistique: le personnage de Jackson Maine (Bradley Cooper) est en perte de vitesse car de plus en plus largué (ça n’est pas souligné avec insistance, c’est à mettre au crédit du film). Il tombe raide dingue de cette nana rencontrée par hasard et en qui il décèle quelque chose de rare. Lorsqu’elle se détache de lui artistiquement (elle commence par l’accompagner sur scène avec son groupe de country-rock) et accède au statut de superstar, il ne la reconnait plus: elle était songwriter (avec la pochette du Tapestry de Carole King au mur de sa chambre), elle est transformée en marionnette pop-pupute (popute?). Ca les éloigne.

Mais attends… c’est l »histoire d’Ally ou celle de Lady Gaga qu’on raconte? Encore une fois, je connais mal la carrière de l’interprète de Poker Face mais impossible de ne pas penser que les auteurs du film n’y ont pas pensé justement eux non plus. Et elle au fait, elle y a pensé ? Oui, à coup sûr, elle est pas conne… Alors de 2 choses l’une: soit elle a une haute opinion de son oeuvre et dans sa tête elle interprète un pur rôle de composition, soit elle a un sacré recul sur ce qu’elle produit. Ou encore, 3ème option, elle est très cynique…

Dans le prolongement de cette idée, le personnage de Jackson Maine est obsédé par le fait d’avoir « quelque chose à dire », condition sine qua non selon lui d’une relation durable et sincère avec le public. Inévitablement, on se pose la question: Bradley Cooper a-t-il vraiment « quelque chose à dire » lui aussi ? La suite, si suite il y a, nous le dira mais en posant la question, il se la pose lui-même et c’est honnête de sa part et à mettre à son crédit, encore.

Ca fait en tout cas de A Star Is Born un film qui va au-delà du simple mélo lacrymal (oui, j’ai versé ma larmichette à la fin), au delà de la romance glamour (les 2 interprètes montrent une belle alchimie à ce niveau là, on y croit là encore). Ca n’en fait pas non plus une réflexion ultra-pertinente sur la célébrité, l’Art, le chaubizeness mais disons que c’est une curiosité.

Toni Erdmann – critique

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann… (Allociné)

Une comédie allemande donc… « Ach l’humour ! C’est une des choses que je préfère, avec les pieds paquets et l’infanterie » pour citer les mots du maréchal Von Apfelstrudel. Bon, je vais pas me lancer sur l’humour et les Allemands, ça serait trop convenu mais il faut quand même savoir qu’il y a un coussin péteur dans ce film. Löl.

J’ai mis un peu de temps avant de décanter le film, d’en tirer une analyse ou du moins un avis définitif mais il m’a immédiatement plu. En revanche, même avec du recul, je ne comprends toujours pas très bien pour quelles raisons le film a été à ce point plébiscité par la sphère cinéphile tant il m’apparaît d’une simplicité et d’une lisibilité étonnantes. Je veux dire, comparé à des films tels que Elle, Rester Vertical ou Aquarius par exemple et pour citer d’autres films quasi unanimement salués l’année de sa sortie (y compris sur ce blog). Mais cette simplicité est aussi ce qui fait sa qualité…

Je ne parlerai pas d’humour allemand, et je ne ferai pas non plus de parallèle avec les sempiternelles et proverbiales qualités d’efficacité que l’on prête aux compatriotes de Gerd Müller mais Toni Erdmann est donc un film simple et direct, malgré sa longue durée. Très juste, très sensible, très mordant également, avec une superbe qualité d’écriture. Ce qui distingue Toni Erdmann d’une « simple » comédie de ce type selon moi (un père et son enfant se sont éloignés l’un de l’autre sans véritable raison, et ils vont finir par se rapprocher), c’est à la fois son cadre (les hautes sphères du consulting et des affaires internationales pour faire court) et sa durée (2h45), cette dernière permettant une parfaite exhaustivité à la fois sur la description du cadre et l’analyse des sentiments et relations des 2 personnages principaux. Pour autant, le film ne force jamais rien (sauf peut-être sur la désormais célèbre scène dite « des petits fours », qui fait penser à du Haneke; j’allais dire « à du mauvais Haneke » mais c’eut été un pléonasme): il est parfaitement équilibré et les 2h45 passent en un clin d’oeil.

Après, moi, tu me racontes l’histoire d’un père et de son enfant qui se sont éloignés l’un de l’autre sans véritable raison mais qui finissent par se rapprocher, ça peux s’appeler Fiston avec Franck Dubosc et Kev Adams, ça me touchera. Alors évidemment quand c’est un vrai bon film…

 

En Liberté ! – critique

Yvonne jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux. (Allociné)

 

Je crois qu’ils ont oublié « Une farandole de rigolade ! » et « Un festival de bonne humeur ».
Sérieusement, ça attire les gens ce genre d’affiches? Ca parasite complètement le visuel en plus, voire, on cherche le titre du film. Et puis « Un public hilare sonné par des uppercuts de rire », sans déconner…

Bon, que ça ne nous détourne pas de l’essentiel: on aurait envie de balayer ces insupportables injonctions, de dézinguer le film ou au moins de faire la fine bouche par pur esprit de contradiction, mais non, il faut le dire: En Liberté !  est bien une des meilleures comédies de l’année, et représente un souffle d’air frais salutaire dans le monde mortifère de la comédie française.

La mort, il en est pourtant beaucoup question dans le film: tout part d’un défunt (Vincent Elbaz, extra dans le rôle d’un flic toc-toc-badaboum), qui a pourri la vie d’un innocent (Pio Marmaï, qui a pris 8 ans de prison à tort), le condamnant à errer comme un mort-vivant dans une vie à laquelle il n’appartient plus. Ce défunt a également laissé une veuve (Adèle Haenel) et un petit garçon de 8 ans.

Il serait pas un peu sous-estimé ce mec?

Mais il n’y a pas de bonne comédie sans drame préalable n’est-ce pas? Pierre Salvadori le sait bien, lui qui en connaît tous les rouages, tous les registres, toutes les ficelles et qui a visiblement décidé, dans son dernier film, de faire feu de tout bois: burlesque, slapstick, comique de situation, comédie romantique, satire, screwball comedy, comédie de remariage, j’en passe, il y a tout dans En Liberté ! Rarement vu une comédie, française de surcroît, jouer sur autant de registres à la fois.

Meux : Pierre Salvadori réussit tout, ou presque. Quel que soit le registre, on rit mais on rit! OK, pas toujours: le running gag du serial killer qui n’arrive pas à se signaler au commissariat, ou tout ce qui à trait au SM: bof. Simples détails, casualties of war: quand on décide de faire feu de tout bois à ce point, d’enchaîner les trouvailles, les gags, les répliques qui font mouche à un rythme si effréné, on a  le droit de se manquer de temps en temps.

Ce qui nous amène logiquement au rythme du film : Salvadori parvient donc à jongler avec différents registres comiques avec une dextérité et un savoir-faire dingue, sans que jamais l’homogénéité du film en pâtisse.

Donc, En liberté !, « comédie de l’année », ok, pourquoi pas, mais c’est aussi un film sensible et émouvant, et là encore, Salvadori multiplie les pistes et ménage à merveille ses effets: vraie-fausse romance à 3, film de remariage, sur le deuil, le mensonge etc. Un point noir quand même selon moi: le film débute et se clôt sur cet enfant désormais sans père, et qui a grandi dans son idolâtrie, dont on apprend rapidement qu’elle était fondée sur un mensonge. Or cet enfant, essentiel donc sur le pur plan narratif… est un peu délaissé pourrait-on dire (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Sur le fond, le film est tout aussi stimulant : Salvadori se fait l’avocat de la fiction dans la réel, une fiction qui panserait les plaies, nous aiderait à nous reconstruire et à nous remettre de nos traumatismes. Ne pas hésiter à inventer, affabuler donc, (se) mettre en scène même: le personnage interprété par Damien Bonnard remet son masque de Zorro juste avant d’embrasser sa belle. Ainsi, encore, la scène clé, celle qui contient à elle seule tout le film en quelque sorte, serait celle des retrouvailles de Pio Marmaï et Audrey Tautou : il est sorti un peu prématurément de prison (quelques heures) et la surprend donc à leur domicile, en plein ménage, afin que tout soit parfait pour son retour. Elle n’aime pas ces retrouvailles « inattendues »: elle lui demande donc de rejouer son arrivée, à plusieurs reprises, afin de les goûter comme elle en avait rêvé depuis si longtemps. La scène, véritable mise en abyme et déclaration d’intention de la part du cinéaste, se déroule en outre sous les yeux d’Adèle Haenel, comme pour lui signifier, en douceur, un modèle à suivre. C’est très beau en plus d’être très intelligent.

Un mot enfin sur le casting. Impeccable, il atteste là aussi du savoir-faire, de la science du dosage de Pierre Salvadori dans la direction d’acteurs, l’écriture des personnages, le montage. Si Adèle Haenel a bien le premier rôle, les 4 autres acteurs (Pio Marmaï, Damien Bonnard, vu notamment dans le génial Rester Vertical d’Alain Guiraudie, Audrey Tautou et Vincent Elbaz), dont on dira pour simplifier qu’ils sont tous des seconds rôles, sont traités sur un pied d’égalité et tous croqués avec le même soin : voir par exemple le personnage d’Audrey Tatou, relativement secondaire dans l’intrigue, et qui se voit attribuer quelques très belles scènes (dont une, cruciale, décrite juste au-dessus), ou encore celui de Vincent Elbaz, flic ripou, mari menteur et père idolâtré, qui réussit en quelques scènes fictives (racontées au coucher par Adèle Haenel à leur enfant) à créer une vraie présence Bébelienne

Comme pour Le Grand bain, j’ai quelques grosses réserves (les running gags sur le SM ou les scènes de commissariat donc, mais aussi la scène de la crique, pourtant cruciale), mais je n’ai envie de garder que le positif : l’énergie du film, son écriture et sa mise en scène pleins de panache et d’originalité. Pierre Salvadori a la réputation d’être une sommité en matière de comédie, un fin connaisseur aussi bien de l’oeuvre de Lubitsch ou Wilder que d’Apatow , Oury ou Rappeneau. Ca m’a toujours interrogé tant ses films me laissaient souvent sur ma faim. Avec En liberté ! je comprends pour la 1ère fois le pourquoi du concert de louanges qu’il reçoit très régulièrement. Je pense même qu’il s’agit de son meilleur film depuis Les Apprentis.

Le Grand bain – critique

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie… (Allociné)

Plus d’1,5 millions d’entrées en 1ère semaine, ça faisait bien longtemps que c’était pas arrivé pour un film français. Et c’est donc sur Le Grand bain que c’est tombé. Enfin, « tombé »: c’est pas vraiment une surprise car si j’ai bien compris (je ne regarde que le sport et quelques films à la télé) mais c’est pas bien difficile à concevoir, l’équipe du film a squatté les plateaux de Laurent Delahousse, Yann Barthes et autres durant les jours voire semaines précédant sa sortie. Mais une promo en béton et le bourrage de crâne ne suffisent pas (ou plus) à garantir la venue des spectateurs en salle. Le Grand bain a également bénéficié d’un savant travail de teasing depuis plusieurs mois. A cela s’ajoute un accueil critique plutôt favorable, y compris dans des pages qui auraient dû le snober.

Et donc ? Et bah je dirais que si le succès s’explique aisément (facteurs suscités), il n’en est pas moins mérité. OK, Le Grand bain n’est pas la comédie de l’année (Guy et En liberté ! sont des candidats autrement plus consistants) mais c’est un film sympathique, voire attachant et plus subtil qu’il n’y paraît. Que ce film là remplisse les salles là où auparavant il fallait se cogner Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu?, La famille Bélier ou une danyboonerie de merde, ça fait plaisir.

Je me souviens de la 1ère fois où j’ai entendu Comme Jeannie Longo de Katerine un soir de 1992 chez Bernard Lenoir sur France Inter. Quelle trajectoire…

Déjà, même si ça peut paraître paradoxal au vu du casting cérémonie-des-Césars-ils-sont-venus-ils-sont-tous-là et de la promo maousse donc, il faut saluer une certaine humilité liminaire de la part de Gilles Lellouche : il est ici réalisateur, co-auteur du scénario, auteur des dialogues… mais « c’est tout »: il a eu la modestie de ne pas se caster, pas même un cameo, rien. Ca peut paraître anecdotique mais pour un acteur (populaire qui plus est, et dans la force de l’âge si on peut dire) qui passe derrière la caméra pour la 1ère fois, c’est plutôt rare. Voire extrêmement rare : il faudrait vérifier mais je n’ai pas d’exemple qui me vienne spontanément.

Ca ne l’empêche pas d’être ambitieux : c’est ce qu’on lit et entend partout, Le Grand bain essaie de réconcilier le cinéma populaire et le cinéma d’auteur. Lellouche n’est évidemment pas le premier à tenter le crossover ultime mais c’est de plus en plus rare là aussi, et de moins en moins réussi (c’était quand la dernière fois ?). Surtout, et c’est en partie ce qui rend Le Grand bain intéressant selon moi, cette volonté semble avoir présidé aux décisions les plus visibles, comme si la victoire de l’une des 2 chapelles devait aussitôt être compensée par un succès du camp d’en face.

Almaric aura le premier rôle ? OK, on prend aussi Poelvoorde. Philippe Katerine dans un film grand public, plutôt risqué non? En effet, on va aussi prendre Guillaume Canet. Le Grand bain, un Full Monty à la française, un vrai feelgood movie ? Oui, peut-être mais les héros se coltinent tous une dépression carabinée, et on ne rit pas tant que ça au final. Etc etc, jusqu’à la bande originale : premier morceau entendu, le Marquee Moon de Television (merde, dans une comédie française grand public ! On entend d’ailleurs le morceau à 2 reprises), suivi du Everybody Wants to Rule the World de Tears for Fears. On entendra également le génial Half full glass of wine de Tame Impala, et c’est l’élégant et excellent Jon Brion qui a composé la bande originale (Jon Brion! Pour une comédie française grand public!)… Mais 2 scènes importantes se jouent sur du Phil Collins ou du Imagination.

Attention: Lellouche ne dit pas que tout se vaut, il ne mélange pas tout en dépit du bon sens. En revanche, il y a chez lui la volonté, sincère semble-t-il, d’abattre certaines barrières du bon goût, de partager des références nobles et d’autres censées l’être un peu moins, et de les faire se rejoindre et dialoguer dans un même mouvement généreux. J’insiste mais donner le premier rôle à Mathieu Amalric dans ce genre de film, c’est dire quelque part que Desplechin et Podium peuvent co-exister sans que ça soit une aberration.

Tout n’est pas parfait pour autant : acteur, Gilles Lellouche joue souvent les mecs un peu lourds, un peu grande gueule, et ça ne vient peut-être pas de nulle part. Comprendre: il doit réellement être un peu bourrin, ce qui expliquerait sa tendance à un peu trop charger la mule dans un versant (comédie), comme dans l’autre (le drame). Dans le premier, il fait surjouer à Katerine le rôle du freak de service, du type lunaire aux réactions imprévisibles. Son écriture est parfois un peu prévisible aussi (le personnage du beauf interprété par Jonathan Zaccaï, hyper cliché), ou tout simplement pas drôle (le gag de l’arnaque à l’assurance montée par Poelvoorde, qui tombe lamentablement à plat, et l’arnaque, et le gag; ou le coup du hold up au supermarché). Dans l’aspect dramatique, certains détails paraissent superflus (non content de se faire larguer par sa femme, Guillaume Canet se voit affublé d’une mère… atteinte du syndrôme de la Tourette? On ne sait pas très bien mais ça fait partie des scènes un peu embarrassantes).

C’est d’autant plus dommage car Le Grand bain fait rire certes, mais il dégage également une vraie mélancolie, et une vraie compassion pour des personnages en marge, malheureux, dépressifs donc, qu’il regarde toujours avec bienveillance.
Au final, malgré les lourdeurs ou les maladresses, c’est ce que je retiendrai: un film humble, sincère, touchant, attachant même, qui dans sa catégorie (la comédie française populaire), m’a bien plus convaincu que le volontariste et macroniste Le Sens de la fête.
Un film au message simple, voire simpliste peut-être diront certains (nul homme n’est une île, « on a tous besoin d’une médaille » comme l’énonce à un moment le personnage interprété par Virginie Efira etc.) mais c’est réconfortant, en 2018, dans la France de Macron, de voir un film qui au fond, dit posément qu’on a tous le droit d’avoir des passages à vide et qui ne juge pas les faiblesses de ses personnages. C’est simple, voire simpliste peut-être mais ça n’est pas si fréquent que ça.

L’Amour est une fête – avant-première Gaumont Wilson

Paris, 1982. Patrons d’un peep show, Le Mirodrome, criblés de dettes, Franck et Serge ont l’idée de produire des petits films pornographiques avec leurs danseuses pour relancer leur établissement. Le succès est au rendez-vous et ne tarde pas à attirer l’attention de leurs concurrents. Un soir, des hommes cagoulés détruisent le Mirodrome. Ruinés, Franck et Serge sont contraints de faire affaire avec leurs rivaux. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que nos deux « entrepreneurs » sont des enquêteurs chargés de procéder à un coup de filet dans le business du « X » parisien. C’est le début d’une aventure dans le cinéma pornographique du début des années quatre-vingt qui va les entraîner loin. Très loin…(Allociné)

On le sait, les films sont rarement tournés dans l’ordre de leur scenario. Et il est encore plus rare que ce dernier se développe ou soit modifié au cours du tournage. Pourtant, j’ai eu cette sensation (complètement erronée donc, surtout connaissant un type aussi expérimenté et rompu aux règles cinématographiques que Cédric Anger) lors de la projection de L’Amour est une fête.
D’abord un peu entre 2 eaux, ou plutôt entre 2 genres (polar et comédie) et entre 2 humeurs (morose et débonnaire), le film choisit peu à peu son camp, comme s’il se laissait contaminer par les ondes positives qu’il diffuse, pour avancer franchement vers la lumière (au sens propre, tu comprendras quand tu auras vu le film). C’est tout le talent du réalisateur bien sûr, également auteur du scénario comme toujours, que d’avoir su mettre en place une telle progression et ménager une forme de suspense quant à nos attentes et à notre réception de son film : on peut légitimement penser au terme de son 1er tiers que le film va s’engager sur un chemin tortueux, en tout cas plus sombre que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et puis pas du tout, donc.

Virage à 180° donc, ou presque, pour Cédric Anger, après 3 premiers films graves et notamment un précédent, La prochaine fois je viserai le cœur, très étouffant : L’Amour est une fête est une comédie, au sens propre.

Sur le fond, c’est un très joli et touchant hommage au monde du cinéma porno d’antan, comprendre d’avant le numérique, internet et les scènes tournées à la chaîne dans des chambres d’hôtel de Budapest. Un monde dans lequel il était, c’est ce qu’on dit en tout cas, et qu’on nous raconte volontiers, encore possible de s’amuser et d’apporter un certain soin, un certain savoir-faire aux films produits (réalisateurs cinéphiles, scénarios un peu écrits, utilisation de la pellicule, acteurs et actrices nourrissant encore l’espoir de passer du X au cinéma traditionnel). Hommage aussi touchant que sincère, également incarné via le caméo de 2 des stars de l’époque, Alban Ceray et Marylin Jess (les Vrais savent). Voir, aussi, la belle affiche du film, sensuelle et 70s. C’est le côté Boogie Nights du film (mais ça s’arrête là pour les similitudes, Anger s’en expliquera d’ailleurs très bien).

J’ai des réserves, notamment sur l’aspect purement comique du film (j’ai pas toujours trouvé ça très drôle, et le fait d’avoir vu le film dans une salle pleine et très enthousiaste dès les toutes 1ères secondes, un contexte très « avant-première » donc, se révèle souvent encore plus trompeur ; je pense notamment à toute la séquence du retour de Gilles Lellouche auprès de sa famille que j’ai trouvée franchement embarrassante), mais c’est un film tendre et touchant, nourri d’une certaine mélancolie et d’une petite dose de nostalgie, sans pour autant verser dans le passéisme, infusant une douce euphorie, un sentiment positif. A ranger dans la catégorie film-sourire-aux-lèvres.

L’équipe du film s’est déplacée en nombre pour le défendre : sur la photo ci-dessous, et de gauche à droite, les actrices Camille Razat, Elisa Bachir Bey et… Valeria Nicov ? j’ai oublié de qui il s’agissait…; le réalisateur Cédric Anger; et les acteurs Xavier Alcan et Gilles Lellouche. Mention spéciale d’ailleurs pour tout le casting féminin, très sexy, et filmé de façon appropriée par Anger, sans une once de vulgarité ou de putasserie.

Guillaume Canet n’était pas du voyage, au grand dam d’une large partie féminine et trentenaire du public, manifestement en attente. Elles se sont consolées avec Lellouche, aussi sympathique et vanneur qu’on l’imagine.
Marrant d’avoir enchaîné 2 AP en 3 jours : sur le coup, j’ai trouvé Mathieu Sapin confus et plat pour parler de son film (Le Poulain), avec le recul, les prises de parole de Cédric Anger se s’ont révélées encore plus cruelles pour lui. D’abord critique aux Cahiers du cinéma, puis scénariste (notamment pour Xavier Beauvois, acteur dans L’Amour est fête et génial dans le rôle d’un réalisateur de films porno), Anger a beaucoup de recul sur son métier, son film et il en parle très bien.
Séance de questions-réponses un peu courte faute, étrangement, de questions de la part du public d’autant que la salle était pleine, c’est dommage de pas en avoir profité : j’ai évidemment pensé à plein de questions SUPER intéressantes à peine sorti de la salle. Mais chouette soirée donc, et un film que je conseille.