Budapest – avant-première Gaumont Wilson, Toulouse

Vincent et Arnaud ont beau avoir fait la plus grande école de commerce française, ils s’ennuient ferme dans leur travail. 
L’un, Vincent, travaille avec acharnement pour une multinationale sans aucune reconnaissance. L’autre, Arnaud, stagne dans la société du père de sa femme, Audrey. A l’occasion de l’enterrement de vie de garçon d’un de leurs amis, qui est un vrai échec, ils font la rencontre d’une strip-teaseuse qui leur parle de Budapest. Vincent a alors une idée qui va changer leur vie : créer une entreprise qui organise des enterrements de vie de garçon dans cette ville de débauche, où les boîtes de nuit pullulent, l’alcool coule à flots et la démesure est au rendez-vous.
Après avoir abandonné leur emploi, et emprunté beaucoup d’argent, Vincent et Arnaud se lancent. Avec l’aide de Georgio, un expatrié qui leur a fait découvrir les « trésors cachés » de Budapest, ils créent l’agence de voyage « Crazy Trips ».
Après des débuts hésitants, « Crazy Trips » envoie de plus en plus de clients à Budapest, pour y faire la fête arrosée à la palinka, danser enchaînés à des stripteaseuses, mais aussi profiter de certaines activités offertes par ce pays d’ex-URSS comme conduire des tanks et tirer à la kalachnikov sur des cibles. Mais cette aventure entrepreneuriale va bouleverser l’existence de Vincent et Arnaud. Car cette nouvelle vie entre Paris et Budapest mettra à l’épreuve à la fois leur amitié fraternelle, mais aussi leur couple. Et ils vont se confronter aux risques du métier…(Allociné)

Trop long ce pitch…

En quelques mots pour les impatients : Budapest raconte l’histoire (vraie) de 2 amis qui décident d’organiser des séjours-EVG à Budapest parce que c’est moins cher et donc plus rentable qu’à Paris, Londres ou même Berlin (« c’est Berlin mais gratos! » dit à un moment le personnage interprété par Jonathan Cohen).

On va pas se mentir : malgré toute la sympathie que peuvent inspirer ses 3 interprètes principaux, elle fait peur cette bande-annonce. Genre de Very Bad Trip à la française tro délir, elle laisse en outre craindre sinon une apologie, du moins une utilisation/mise en scène légère de l’un des trucs les plus beaufs et cons devenus à la mode ces dernières années : les « packs » EVG (séjours enterrement de vie de garçon incluant vol, hôtel, activités, beuverie etc etc). Bonus glauquerie si organisé dans un pays de l’Est, avec tout ce que ça implique en termes de fantasmes cheap et malsains.

Mais, justement, il est là le truc : les 3 interprètes principaux. Manu Payet, Monsieur Poulpe, Jonathan Cohen, soit 3 des meilleurs keumiques/acteurs de comédie apparus ces dernières années en France. C’est évidemment pour eux avant tout que je me suis rendu à l’avant-première de Budapest, avec malgré tout l’espoir également que le film ne serait pas

exactement conforme à sa bande-annonce.

Eh ben j’ai pas été déçu : sans être exempte de lourdeurs, longueurs, facilités voire complaisances, Budapest est une comédie qui réserve régulièrement de très bons gags/moments/répliques. Pas tout à fait le véhicule hétéro-beauf redouté donc.

Pas tout à fait mais un peu quand même : Payet (qui a co-écrit le film et devait le réaliser à la base; c’est finalement, et étonnamment Xavier Gens, réalisateur notamment de Hitman, qui s’y est collé) explique à son issue avoir voulu raconter une success story française et ça n’est évidemment pas un hasard s’il a choisi l’histoire des 2 fondateurs de Crazy Nights (rebaptisé en « Crazy Trips » dans le film) plutôt que celle de Michel et Augustin (comme il lui a été suggéré par une spectatrice). Il l’a dit lui-même avec humour et honnêteté, les conflits et enjeux au centre du projet de 2 gars qui montent ce type d’entreprise sont un poil plus intéressants que ceux de 2 types qui se demandent avant tout s’il faut rajouter du beurre ou du chocolat dans leurs cookies.

Donc Budapest se met en mode success story et ne remet pas vraiment en cause le fait que les mecs se fassent du blé en alimentant les fantasmes à base de putes de l’Est (disons les choses comme elles sont) de jeunes mecs en mal de sensation fortes ( ?) … mais un peu malgré tout : c’est là que le film se montre plus fin que ce qu’on peut légitimement craindre à la lecture de son pitch et en voyant sa bande annonce. En effet, cette dernière occulte notamment les personnages des 2 compagnes des héros (excellentes Alice Belaidi et Alix Poisson, interprètes des épouses de Manu Payet et Jonathan Cohen respectivement). Elles apportent constamment un contrepoint aussi salutaire que pertinent, révélateur du fait que les auteurs et le réalisateur ne sont pas dupes ni complices. D’ailleurs, au bout du compte, Budapest ne joue finalement pas tant que ça sur les clichés des bonnasses-du-Danube et c’est évidemment à mettre à son crédit. Voir également la peinture assez fine de l’évolution, en parallèle des 2 couples (même si celle du couple Cohen/Poisson n’échappe pas à certains clichés justement).

J’aurais bien aimé leur poser la question ceci dit, pour avoir le fin mot de l’histoire (au-delà du fait que c’est sans doute un bon terreau pour une comédie, ils en pensent quoi au fond des EVGs de ce genre?), j’étais dans les starting-blocks mais j’étais évidemment pas le seul, tous les spectateurs qui le souhaitaient n’ont pas pu avoir la parole, loin s’en faut.

Ceci étant, fin de la parenthèse fond-du-film: ça reste une pure comédie et dans ce registre seul, Budapest réserve de très bons moments dus notamment à l’abattage, à la complicité évidente et au talent de ses 3 interprètes principaux, encore eux. Comme dans Radiostars ou Situation amoureuse c’est compliqué, autres comédies auxquelles Payet a largement contribué et dans le registre desquelles Budapest se situe par bien des aspects, on sent le mec vraiment à l’aise dans les scènes à 2 ou 3 qui racontent l’amitié, la complicité, à base de petits détails anodins, de petites annotations qui mises bout à bout créent un ton et font la valeur de son écriture. Enfin, tout ça pour dire que le mec a du talent, c’est évident, et qu’il a trouvé en Jonathan Cohen et Monsieur Poulpe (dans un registre davantage électron libre) des partenaires de jeu idéaux.

Bonne surprise donc même si je conseillerais pas le film à tout le monde: c’est parfois très cru, de manière très naturelle d’ailleurs, encore un bon point, mais du coup ça plaira évidemment pas à tout le monde.

Après la séance, Manu Payet et Monsieur Poulpe se sont livrés au traditionnel exercice des questions-réponses avec le public : malgré la lassitude de fin de tournée (qu’ils ont eux-mêmes confessée), ils n’en ont rien laissé paraître et se sont montrés égaux à l’image qu’on peut avoir d’eux à savoir disponibles, drôles, alertes. Ils nous ont même gratifié d’un mini-sketch sur le mode vrai-faux incident en direct live, très drôle. Questions sur le film pour faire gagner quelques cadeaux, vannage des spectateurs, auto-vannage, ils ont fait le show et c’était aussi réussi qu’agréable.

Après 45 bonnes minutes, ils se sont livrés au désormais traditionnel exercice des selfies avec le public. Très pros sans en avoir l’air là aussi.
Chouette soirée donc.

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Première année – avant-première Gaumont Toulouse

Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain. (Allociné)

William Leghbil, 28 ans, joue un gars qui sort juste du lycée. OK. C’est moins choquant pour Vincent Lacoste, 25 ans « seulement », qui en outre interprète un triplant.

Véritable avant-première pour le coup puisque Première année ne sort que le 12 septembre. En salle 2, soit la 2ème plus grande du ciné, qui affiche complet: je pensais pas que les 2 comédiens, certes sur la pente ascendante pour l’un (Leghbil) et déjà confirmé pour l’autre (Lacoste) étaient aussi populaires.
Et de fait, ils ne le sont peut-être pas, en tout cas la réponse est en suspens : on apprend assez rapidement qu’une grande partie de la salle est constituée d' »invités », des 1ère, 2ème, 3ème années de médecine qui se sont vus offerts des places.

Le film: sympathique. Dans la lignée d’Hippocrate, dont il pourrait être le prequel, il narre donc les aventures de Benjamin (William Leghbil) et Antoine (Vincent Lacoste), étudiants en 1ère année de médecine (ou « P1 »), qui se mettent en binôme pour tenter de la surmonter voire d’y survivre. Et accessoirement de la réussir.

Car ça rigole pas la 1ère année de médecine, et c’est là que Lilti (médecin lui-même faut-il le rappeler) veut en venir: il se demande même, et nous avec à l’issue du film, si cette véritable épreuve physique, psychologique et nerveuse au sens propre, ne friserait pas l’absurde voire ne serait pas inadaptée à la formation de médecins et personnel soignant digne de ce nom.

Plus en surface, Première année est une belle histoire d’amitié, un roman d’apprentissage, une réflexion (soft, certes, mais quand même) sur l’inné, l’acquis, le conditionnement social, familial: Antoine a la médecine dans le sang mais c’est un besogneux et il n’est pas du sérail alors que Benjamin, qui a baigné dans un contexte favorable depuis sa naissance (son père est chirurgien) a des facilités mais pas la vocation. D’ailleurs Bourdieu est cité à un moment et s’il n’est certes « que » cité, c’est bien vu.

Tout ça est propre, bien pensé, bien exécuté (les 2 interprètes sont excellents), limpide dans ses intentions. Un peu trop même, et c’est la limite du film: aucune ambiguïté ni mystère dans Première année dont le message est univoque. Tout le monde recevra le film de la même manière.
Mais c’est bieng, c’est du cinéma français populaire et intelligent, soit un truc en voie de disparition depuis des années donc comme pour Hippocrate, on aurait tort de bouder son plaisir.

Le problème ce soir, c’est que la discussion avec Thomas Lilti à l’issue de la projection (Lacoste n’est pas là, ça a été dit d’emblée mais, surprise, Leghbil qui a pourtant été annoncé par le présentateur du Gaumont, n’est finalement pas là lui non plus), ne revêt pas un immense intérêt: il est volubile, passionné et sympathique mais il a déjà tout dit dans son film.

Thomas Lilti est à droite

2ème problème: c’est pas qu’y ait pas mal d’étudiants en médecine dans la salle, c’est qu’ils la composent à 90% (voire plus). Du coup, toutes les questions sont orientées sur la filière, les études, le concours, l’expérience de Lilti en la matière blablabla.
Bon, c’est bien pour eux, j’dis pas mais c’est un peu trop corpo à mon goût et surtout ça cause pas beaucoup cinéma.
Les étudiants semblaient en tout cas unanimes: ils se sont tous parfaitement retrouvés dans le film. Mais, je me répète, je regrette qu’on ne se soit attardé que sur l’aspect documentaire du film en quelque sorte et non son volet fictionnel, voire romanesque, bien présent, et qui lui donne également sa valeur.

A part ça, au 1er rang, un type à la chevelure invraisemblable, entre footballeur ukrainien des années 80 et Jean-Pierre François. Ca m’a fait ma soirée.

Gemma Bovery – critique

Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie… (Allociné)

La 1ère phrase du pitch est absolument effrayante… Le film lui-même peut l’être également j’imagine.

En fait, Gemma Bovery est le prototype du FDV, Film De Vieux. Cultureux, avec au casting des acteurs bien embourgeoisés (qui mieux que Luchini dans cette catégorie?), un contexte provincial, un rythme arthritique pour surtout perdre personne en route (« qu’est-ce qu’il a dit? j’ai pas entendu ») etc.

Bonjour Madame
Bonjour Madame

Il se laisse suivre comme un téléfilm du samedi soir sur France 3 : dans une bienveillante mollesse donc. Ah la campagne normande… Ce vert, partout, tout le temps, cette herbe grasse, ces vieilles fermes aux façades à colombages, ce bon pain… TRES IMPORTANT la bouffe dans les FDV bien sûr, puisque la bouffe est essentielle pour les vieux tout courts : l’opportunité de moments de convivialité, de discussion et de réparties amusées (« It’s strong » dit Gemma Aterton en goûtant le breuvage offert par Luchini; « It’s calva… » répond ce dernier, provoquant le sourire malicieux de milliers d’enseignants lecteurs de Télérama à la retraite).

Gemma Bovery, je l’ai vu chez moi alors que j’étais englué à mon canapé par une bonne grosse grippe. J’ai fait pause pour une bonne petite sieste d’1h au miyeu, impeccable. Pour situer le niveau d’intérêt du truc. Mais oui quand j’y repense, c’est ça: un film à voir l’après-midi, sur la digestion (ou sur une poussée de fièvre donc). Le soir c’est chaud, puisqu’on commence très vite à somnoler devant mais comme il est déjà tard avec leurs connerie de film qui démarre à 21h, on va se pieuter et du coup on voit jamais la fin: c’est pas un film dont on crève d’envie de savoir comment il se termine (de manière particulièrement grotesque pour info).

Tout ça pour dire qu’on était en droit d’attendre un truc un peu plus alerte de la part d’Anne Fontaine.

L’Homme qui tua Don Quichotte – critique

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout? (Allociné)

Le carton qui ouvre L’Homme qui tua Don Quichotte (je n’ai pas son contenu exact en tête mais en gros: « et après plus de 25 ans, nous y voilà enfin blablabla ») n’augure rien de bon : manière de s’enlever la pression pour la transférer sur les spectateurs (« rendez-vous compte, plus de 25 ans! Gardez bien ça à l’esprit lorsqu’il s’agira de juger le film »), il opère une sorte de chantage affectif assez minable qui m’a bien gonflé. Déjà.

Après… bah, j’ai vite été fixé. Dès les premières minutes en vérité. Du coup j’ai eu plus de 2h pour essayer de me souvenir quand j’avais passé un aussi sale moment dans une salle de ciné : en vain. Honnêtement, je m’en souviens pas. Peut-être Holy Motors et encore. 6 ans et environ 400 films donc.

OK, j’ai jamais été un grand amateur du cinéma de Terry Gilliam dont je sauverais simplement le travail avec les Monty Pythons et, à la limite, Brazil. A la limite. Parce que ça a dû prendre un sacré coup de vieux.

Tout ça pour dire que je ne sauve rien non plus, ou presque, de L’Homme qui tua Don Quichotte,  l’une des plus célèbres arlésiennes du cinéma (qui n’en est donc plus une).

OK, le duo Adam Driver/Jonathan Pryce joue le jeu à fond, se donne bien du mal et s’en tire avec les honneurs. Mais autour d’eux… C’est d’une complaisance, d’une laideur (qu’est-ce que c’est laid nom de Dieu !), d’une facilité sidérantes sur le motif de la réalité et de la fiction qui s’entremêlent jusqu’à la gerbe plus soif. Et qu’on ne vienne pas me parler « d’énergie, de formidable enthousiasme à filmer, de joie de créer » comme j’ai pu le lire chez celles et ceux qui défendent le film : y a aussi beaucoup « d’énergie, de formidable enthousiasme à filmer, de joie de créer » dans les premiers films ratés et irregardables de tous les aspirants cinéastes de la planète. Au niveau desquels je situerais donc L’Homme qui tua Don Quichotte qui restera pour moi comme un énorme ratage et une matérialisation parfaite et définitive de l’expression « tout ça pour ça ».

Sinon j’ai également vu En guerre: médiocre et d’une facilité désespérante lui aussi, il réussit la prouesse, dans son court épilogue, de franchir plusieurs paliers, pour atteindre celui de l’abjection. Costaud.

Death Wish – critique

Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci. (Allociné)

Passée la question, non avenue pour cause de réponse trop évidente, du pourquoi un remake de Death Wish en 2018 (parce qu’Hollywood ne sais plus faire que 3 choses, sequeler, prequeler et remaker, voilà pourquoi), la question qu’on est en droit de se poser est « comment ? » : le débat sur les armes à feu et sur le travail de la police, concomitant de celui de l’auto-justice qui préside le film, n’a sans doute jamais été aussi vif aux Etats-Unis, notamment après que les survivants lycéens de la tuerie de Parkland en Floride s’en sont saisi de manière aussi courageuse qu’énergique. Et cette question, traitée, même en creux, par un réalisateur tel qu’Eli Roth, on est en droit d’avoir un peu peur, ou du moins de se méfier. J’ai rien contre lui, même si j’aurais plutôt tendance à le trouver assez puéril, m’enfin, c’est pas le type le plus responsable ni subtil qui soit a priori pour s’emparer d’un tel film et d’un tel sujet.

Quant au pourquoi je suis allé voir ça en pleine période de sorties cannoises : tu veux quand même pas que j’aille voir le dernier Christophe Honoré ? Soyons sérieux.

« Go ahead Christophe, make my day »

Death Wish 2018 donc : passée une ouverture brillante, bien tendue comme il faut (un flic fonce dans le trafic dense de Chicago pour emmener son coéquipier gravement blessé aux urgences) qui pose d’emblée une intéressante question morale (pas de spoiler), le film garde cette même ligne et ce même niveau: à la fois prenant et stimulant, il se révèle étrangement… subtil, je sais pas, mais en tout cas loin d’être con.

Attention: on n’est pas dans un film à thèse (et heureusement) et la position d’Eli Roth quant à la question centrale du film (a-t-on raison, lorsque la police se montre impuissante, de prendre les choses en main et de se faire justice soi-même?) reste en suspens sinon plutôt ambiguë. On peut toutefois accorder à Death Wish une résolution maligne qui lui permet de botter en touche sans avoir pour autant l’air de refuser de répondre à la question.

Quoiqu’il en soit, et même si le film reste un divertissement, Eli Roth (et son scénariste Joe Carnahan) disent et montrent des choses pertinentes sur notre époque, sur l’atmosphère actuelle aux USA et plus particulièrement sur la façon dont les media et les réseaux sociaux s’emparent de ce type d’histoires et de débat. Bien senti.
Voir aussi comment est traitée la, cruciale donc, question des armes à feu, de leur possession et de leur acquisition, à travers le personnage interprété par Bruce Willis, sa position et son évolution à ce sujet dans le film (même si là encore, Eli Roth préserve une certaine ambiguïté, pour ne pas dire plus, mais c’est pour ainsi dire indispensable dans un bon vigilante movie).

Dans le pur aspect « divertissement », Death Wish donne également le change, même si le scénario a du mal à s’écarter d’un sentier forcément et doublement balisé : par l’appartenance à un sous-genre bien précis, le vigilante movie donc, et par sa nature de remake. Il faut donc chercher la subversion dans des petites annotations de sale gosse (la publicité pour le magasin d’armes à feu, l’écran télé lorsque Willis pénètre chez le receleur, etc.) mais aussi dans les dialogues, le montage et le style braillards, impurs d’Eli Roth, dont on sent à chaque instant qu’il est issu du cinéma bis (même, voire surtout dans les scènes classiques et convenues du bonheur familial de la toute première partie).

Un mot enfin sur le beau personnage du frère de Bruce Willis, interprété par le toujours excellent Vincent d’Onofrio (private Whale dans Full Metal Jacket), qui apporte une petite touche émouvante et naturaliste à la fois. Et un mot bien sûr sur Bruce lui-même, toujours minimaliste, impeccable, dont le corps lourd et vieillissant est parfaitement approprié et utilisé.

Je comprends pas que Death Wish se fasse démonter de partout : j’ai vraiment passé un bon moment devant un film à la fois divertissant et loin d’être con, alors que je n’en attendais pas grand chose. Bonne surprise donc.

Avengers: Infinity War – critique

Les Avengers et leurs alliés devront être prêts à tout sacrifier pour neutraliser le redoutable Thanos avant que son attaque éclair ne conduise à la destruction complète de l’univers. (Allociné)

J’allais commencer en posant une question légitime selon moi (« est-ce encore du cinéma? ») et je constate que le pitch « officiel » i.e. celui disponible sur Allociné, fait 2 lignes. Bon.

Et à la fois, le pitch est juste, il dit tout, y a pas tromperie sur la marchandise.

Bon, et donc: est-ce qu’on peut encore parler de cinéma devant un film tel que Avengers: Infinity War ? Si on considère que le cinéma n’est qu’artifice, alors oui, évidemment. On serait même devant un genre d’épitomé… du genre (y a-t-il un seul décor « naturel » dans ce film i.e. autre chose que des fonds verts? Même Édimbourg a l’air étrangement factice.)

Et j’ai aucun problème avec ça, ni avec le tout-spectaculaire dont la série des Avengers (et les films Marvel en général dans une moindre mesure) s’est faite le nouveau parangon. J’ai suffisamment vanté les mérites de certains blockbusters ici-même et puis oh, j’ai pas à me justifier non plus, t’es pas ma mère.

Mon problème avec Avengers: Infinity War est autre mais il est inévitable en un sens, consubstantiel à ce que Marvel construit depuis plus de 10 ans: j’ai eu l’impression de me retrouver devant un gigantesque épisode de série. En effet, le film fait suite aux 2 premiers volets bien sûr, mais également aux autres « épisodes » (tu vois…) de la saga Marvel. Il reprend ainsi les choses très exactement là où Thor: Ragnarok les avaient laissées, il en constitue la suite directe et immédiate.

Mieux : avec sa durée plus-longue-que-la-tienne (2h30 cette plaisanterie quand même), j’ai eu le sentiment de visionner la saison d’une série. Genre 5 épisodes de 30 minutes chacun, bien scandés. Alors ouais du coup, bof bof cette nouvelle saison des Avengers: j’ai bien aimé les 2 premiers épisodes, le dernier aussi mais entre les 2 je me suis un peu fait chier. Comprendre: j’aurais bien sabré 1h ou pas loin…

Après oui, je dis pas, c’est relativement fluide, tout le monde a sa place, son petit moment de bravoure, sa petite réplique qui fait mouche. Et c’est spectaculaire évidemment mais ça c’est quand même le minimum syndical non ? Quoiqu’il en soit, le crossover promis, vendu et priapisé par la geekosphère l’effectue relativement. Nom de Dieu, y a même Peter Dinklage dans un rôle de nain géant (mouarf). Peter Dinklage, de cette série là… Cette série qui depuis 2-3 saisons nous livre régulièrement des épisodes absolument épiques qui n’ont rien à envier aux blockbusters les plus spectaculaires…

Je sais pas, c’est peut-être un débat de vieux con et j’imagine que la grande majorité des spectateurs qui vont prendre un plaisir sincère devant Avengers: Infinity War n’en ont rien à cirer mais des séries qui ressemblent à des films et des films qui ressemblent à des séries, moi ça me chagrine un peu. L’impression que la geekosphère, après la revendication légitime d’une reconnaissance accrue, avait engendré un monstre, mi-cinéma, mi-série donc, mi-noble, mi-impur, qui fait que tout se ressemble, tout se vaut. Peut-être suis-je trop vieux pour ces conneries, tout simplement.

Pour en revenir au film lui-même, la 1ère demie-heure est donc assez cool, entre scènes d’action qui défouraillent bien et dialogues percutants. Dans la lignée de Thor: Ragnarok encore, pour moi la meilleure séquence du film est de loin celle du sauvetage de Thor par les Gardiens de la Galaxie, avec des passes d’armes Chris Hemsworth/Chris Pratt vraiment très drôles.

A vrai dire, je regrette que le film ne se soit pas cantonné à ce registre car après ce cette longue mise en place réussie donc, Avengers: Infinity War se sent comme obligé de densifier son propos, de le rendre plus adulte. C’est ce que je nommerais la « tentation shakespearienne » avec de loooooooongues scènes consacrées à des dilemmes existentialo-familiaux qui pour moi ne fonctionnent pas du tout: les caractères/personnages ne sont pas assez fouillés (et les dialogues pas assez brillants là pour le coup) pour susciter mon intérêt, à défaut de mon émotion. Que BIP soit obligé de tuer BIP pour obtenir BIP et que ça le torture et blablabla, pffffff… Je m’en cogne.

Ce long tunnel adulte et aux aspirations plus classiques est plus ou moins rattrapé par une fin relativement inattendue et j’en dirais pas plus car je me suis promis de pas spoiler. Mais après l’inévitable et attendue pastille post-générique (un générique de 10 mns montre en main, sans déconner…), j’ai quand même envie de conclure sur un « tout ça pour ça ».

Mes provinciales – critique

Étienne monte à Paris pour faire des études de cinéma à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s’écoule va bousculer leurs illusions… (Allociné)

Quelques mots, rapidement encore, pour mettre un peu en lumière un film qui ne doit plus jouer dans beaucoup de salles j’imagine. Et c’est bien dommage car c’est tout simplement l’un des plus beaux de l’année pour l’instant.

Ce qui m’a le plus impressionné dans Mes provinciales, c’est qu’il parvient à la fois à représenter une somme, à plusieurs niveaux, tout en gardant une fulgurance, une fraîcheur, incroyables.

On pense bien sûr « Nouvelle vague » en premier lieu, et on a raison : entre Truffaut, Eustache, Rohmer ou même Garrel, Jean-Paul Civeyrac ne veut pas choisir.

On pense ensuite « roman », au sens large, noble et XIXème du terme: entre Les Illusions perdues et L’Eductation sentimentale, entre Balzac et Flaubert, pourquoi choisir là aussi lorsqu’on a suffisamment de talent pour tout embrasser dans un même élan?

XIXème toujours, Mes provinciales a tout du bildungsroman parfait: le héros qui monte à Paris depuis sa province pour s’y construire une nouvelle vie, plus grande et plus belle que celle à laquelle il était censé aspirer (Etienne, interprété avec le recul et la fausse passivité adéquates par l’excellent Andranic Manet, sorte de fusion Carl Barat/Julian Casablancas), ses amours, ses amis, ses rencontres, sa formation etc. Cette année que l’on passe à ces côtés (le film dure 2h15, indispensable, pas un plan, pas une seconde de trop) va tout lui faire appréhender et bouleverser: les idéaux auxquels on s’accroche coûte que coûte puis les petits arrangements avec soi-même, l’espoir, l’exaltation, l’amour, l’amitié, la Vie, la Mort. Et les illusions perdues, encore.


Si le film est pétri de références, il n’en garde pas moins comme je le disais en préambule, une fraîcheur incroyable: ça n’est évidemment pas dû au seul ancrage contemporain du film (on skype, on visionne les classiques du cinéma russe sur son PC portable), plutôt à l’association de cet ancrage avec un classicisme voire un universalisme évident et assumé, puisque Mes provinciales raconte rien moins que la grâce et le malheur de la jeunesse. Il faut donc aussi évoquer la mise en scène, faite de blocs plus ou moins étirés, qui s’attache toujours à coller au plus près des visages et du texte avec fièvre et douceur à la fois.

Il faut aller voir ce film ultra-romantique, au sens premier et noble du terme là encore, traversé de fulgurances sublimes, porteur d’une ferveur, d’une incandescence dingues (« Chaque jour je vis de foi, de courage et meurs chaque nuit aux feux de l’extase » pour reprendre la citation de Novalis sur l’affiche), et, c’est presque accessoire finalement alors que c’est son point de départ, d’un immense amour du cinéma. Je dis « un des plus beaux films de l’année » mais c’est sans doute un peu plus que ça en vérité.