Captain Marvel – critique

Captain Marvel raconte l’histoire de Carol Danvers qui va devenir l’une des super-héroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se révèle l’enjeu d’une guerre galactique entre deux races extraterrestres. (Allociné)

A chaque nouvelle livraison Marvel, je me pose les mêmes questions et je me fais les mêmes réflexions que j’ai pues formuler dans mon billet consacré à Thor : Ragnarok ou à Avengers Infinity War. C’est ce que je trouve de plus intéressant au final dans cette « franchise » : comment accueillir ces films quand on est cinéphile, quelle sera (ou quelle est, déjà) leur influence sur la production de films, le comportement des spectateurs etc.

Quand tout va bien (Thor: Ragnarok), ou que tout n’est pas à jeter (Avengers Infinity War), j’arrive à trouver des raisons d’espérer, je parviens à relativiser (car, dans mon esprit, les Marvel partent toujours avec des points de débours, ils doivent se donner du mal pour inverser la tendance).

Quand ça se passe mal en revanche…

Captain Marvel n’est pas détestable : c’est simplement un mauvais blockbuster de plus, un produit sans âme, sans personnalité, qui déroule pour la énième fois son petit programme à base de fish-out-of-the-water, de héros (héroïne en l’occurrence) trop fougueux(se), trop tu-dois-apprendre-à-canaliser-ton-énergie-petit-padawan. C’est d’une paresse sidérante mais c’est pas grave au fond, ou peut-être que si justement mais en tout cas, on s’est résignés depuis longtemps.

Son costume est cool

Au bout de 15 minutes pourtant, très rapidement donc, ça m’a fatigué, et je me suis fait cette réflexion, basique certes, évidente sans doute, voire complètement porteouvertenfoncéienne mais j’avais plus que ça en tête : c’est un film de bébé. Un film de bébé pour les bébés que nous sommes. Sans saveur, sans aspérités. Faut surtout pas risquer de perdre qui que ce soit en route. Et puis regarde, y a pas de hasard si on s’attarde 2 secondes sur les bandes annonces avant le film : Alex, le destin d’un roi variation teen sur le mythe d’Excalibur et la légende du Roi Arthur. After, variation teen de 50 Shades of Grey. Puis Mon bébé (carrément ! Ca s’invente pas…), la nouvelle MILF-teen comédie de Lisa Azuelos (« 10 ans après LOL » nous annonce-t-on en préambule. Et parenthèse dans la parenthèse, ça s’annonce grandiose, un candidat très sérieux au Flop 2019). Et enfin Shazam, variation teen sur l’univers des super-héros. Une variation teen d’un film teen quoi : à ce niveau là, j’ai plus les mots…

Je te vois venir : je suis allé voir Une intime conviction dans la foulée. Pas le même genre de film, pas du tout le même public évidemment (j’étais quasiment le plus vieux pour Captain Marvel, quasiment le plus jeune pour celui-là) mais EXACTEMENT les mêmes bandes-annonces avant le film. Tout simplement parce que c’est ça, le cinéma grand public aujourd’hui dans sa grande majorité : des films de bébé.

J’ai pas eu une épiphanie, je sais que c’est la règle depuis très longtemps à Hollywood : on produit avant tout pour un public adolescent. Et c’est pas grave : je continuerai d’aller voir des « gros » films car je suis toujours optimiste et désireux de tomber sur une bonne surprise. J’irai même voir Avengers Endgame dans quelques mois. Mais Captain Marvel est typiquement le genre de film qui me fait maudire George Lucas et Steven Spielberg d’avoir changé la donne à la fin des années 70 en donnant la priorité à ce public de teenagers.

Concrètement, rien de grave encore une fois : Captain Marvel est juste mauvais, avec des scènes d’action sans relief, une écriture d’une paresse insigne, des vannes inoffensives et qui tombent à plat, en plus d’être prévisibles.
J’avoue, ça m’a peut-être aussi simplement déprimé d’être désormais suffisamment vieux pour que « ma » décennie, celle durant laquelle je suis devenu adulte, les années 90 (le film se déroule dans leur 1ère moitié), soit à ce point devenu une source de nostalgie lucrative pour les nouveaux nababs d’Hollywood : la bande originale aligne consciencieusement les tubes indie-rock de l’époque, d’Elastica à Garbage en passant par Nirvana ou Hole, en plus du t-shirt Nine Inch Nails porté par Brie Larson, et des constants clins d’oeil amusés à la technologie dépassée et donc tellement amusante de l’époque. Des clins d’oeil gratuits, jamais (ou presque) valorisés par une véritable recherche créative ni même une contextualisation au sein de l’intrigue. Des clins d’oeil pour des clins d’oeil (d’ailleurs on voit aussi bien des affiches pour le Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins, sorti en 1995, que pour le Rid of Me de PJ Harvey sorti en 1993).

« Et tou-jours le poing fer-mé »

Heureusement, le final (le dernier quart on va dire) relève un peu le niveau : le côté nanaresque du film n’est plus seulement involontaire et s’affiche avec décomplexion (bien vu Just a Girl de No Doubt sur la scène de fight libératrice) en même temps que le discours féministe (joli « I’m kind of done with you telling me what I can’t do. »). Et puis l' »avènement » ou la « révélation » à elle-même de Carol Danvers, sa prise de possession pleine et entière de tous ses pouvoirs, sa transformation totale et définitive en Captain Marvel, a quelque chose de grisant, il faut bien l’avouer.
Disons qu’au petit jeu, inévitable, de la comparaison avec l’autre film de super-héros « girl power » (Wonder Woman, de la crémerie DC Comics d’en face), Captain Marvel l’emporte sans forcer. Mais putain, c’est pas glorieux…

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