Bill Callahan – Sheperd in a Sheepskin Vest – critique

Tout a déjà été dit, ou presque, sur l’un des albums événements de l’année, déjà.

Je rappellerai simplement que Bill Callahan n’avait rien sorti depuis 6 ans, autant dire une éternité pour un songwriter plutôt prolifique (15 albums en 23 ans).
J’insisterai, surtout, sur le fait qu’il a acquis, depuis qu’il se produit sous son nom et non plus sous celui de Smog (ou (smog)), un statut et une épaisseur sans équivalents dans la musique actuelle. A la fois icône révérée du rock/folk indépendant le plus intransigeant et neo-figure tutélaire de la chanson américaine, il est aujourd’hui Will Oldham et Leonard Cohen en même temps. A ce niveau de charisme et d’importance dans le paysage musical actuel, un silence prolongé ne peut en outre qu’ajouter de l’épaisseur, une aura de mystère au personnage (en plus de l’attente très prosaïque liée à un simple hiatus dans sa carrière).

Et là, loin du chef d’oeuvre attendu et parfois annoncé, après 6 ans d’absence donc, essentiellement consacrés à son fils et à sa femme, à sa nouvelle vie de family man, et après l’annonce surprise il y a quelques mois d’un nouvel album, une sorte de rumination apaisée, une oeuvre d’une honnêteté et d’une… « intimité » totales, qui la rendent bouleversante. Un album « pantouflard » diront certains et ils auront raison même s’il faudra prendre l’adjectif au pied de la lettre : l’album d’un homme qui a appris à porter et à apprécier de porter des pantoufles. Et quoi de plus difficile, dans le « rock » au sens large, que d’être pertinent et touchant lorsqu’on décrit le bonheur domestique ?

Pas de révolution donc, tout au plus une évolution. Et encore…
Depuis le sublime et séminal A River Ain’t Too Much to Love, on le sait, Callahan ne vit plus ses relations (amoureuses) à travers le seul prisme au mieux, du cynisme, au pire, du doute, de l’aliénation (« I never thought I’d made it this far » sur What comes after certainty). A partir de cet album (qui, il faut le rappeler car il marque une vraie rupture avec tout ce qui précède, est signé « (smog) » et non « Bill Callahan » pour des raisons contractuelles uniquement) , quand il aime, il le dit, et il le vit avec le monde qui l’entoure : les éléments, les animaux, l’Univers.

En ce sens, Sheperd in a Sheepskin Vest doit davantage être appréhendé comme un aboutissement, un accomplissement : celui d’un homme qui s’accorde le droit d’être heureux et serein. Un homme qui s’est ouvert à une femme mais aussi au monde et à la vie. C’est le très beau « True love is not magic. It’s certainty », repris par beaucoup de papiers, et qui pourrait effectivement résumer l’esprit de tout l’album. Ce sont aussi ces lignes confondantes de pureté et de frontalité auxquelles sa voix profonde et son phrasé faussement détaché confèrent une profondeur quasiment métaphysique :

« I got married
to my wife.
She’s lovely »

Si le sentiment d’harmonie, la félicité dominent, l’inquiétude et la Mort planent toujours: « Have you ever seen a sheperd / afraid to find his sheep ? » en ouverture, ou encore cette superbe reprise du Lonesome Valley de la Carter Family, dans laquelle il fait arpenter la dernière vallée i.e. la vallée de la Mort, la vraie, celle que nous parcourons tous avant de nous éteindre, à tous les membres de sa famille. Encore une fois, on retient de Sheperd in a Sheepskin Vest un sentiment de bonheur, d’apaisement, mais ce dernier se manifeste également envers la Mort : la mère de Bill Callahan est morte d’un cancer il y a 1 an, et il en parle comme d’une expérience terrible et poétique à la fois.

Sur la forme, j’ai d’abord été surpris, et déçu je dois bien l’avouer, que l’album comporte autant de chansons (aussi) courtes : entre 2 et 4 minutes, là où Callahan a souvent eu coutume d’étirer ses compositions, de les laisser respirer et prendre l’ampleur qu’elles nécessitaient. Aucun sentiment de frustration à l’écoute néanmoins : il faut, je pense, envisager cet album comme un seul et même titre d’1h. Comme une nouvelle ou un journal intime qu’on lirait d’une traite, avec une structure libre, qui se prête aussi bien à une écoute très attentive que plus distraite, de laquelle on retire des fulgurances ou moments de grâce.

Il en est là Billou: il fait ce qu’il veut. Il se barre pendant 6 ans, il envisage d’arrêter la musique pour se consacrer à sa femme et à son fils et quand il revient finalement, c’est avec une oeuvre modeste et intime, chaleureuse, incroyablement confessionnelle. Sans doute pas un chef d’oeuvre mais mieux encore:  un compagnon de route.

Top albums 2018 – Top 10

Pour la 1ère partie du classement, c’est ici que ça se passe.

10 The Last Detail

C’est une relative déception car je tiens Medhi Zannad pour l’un des (rares) véritables génies pop actuels. Sa précédente manifestation sous son propre nom, avec le trop bref EP L’Architecte de Saint-Gaudens ridiculisait toute tentative de pop au sens classique du terme, et pas seulement en France, en à peine 14 minutes. Donc d’une, je suis déçu qu’il n’ait toujours pas livré de véritable suite à Fugue, son dernier album (7 ans déjà) et de deux… bah je suis tout simplement un peu déçu par cet album en lui-même. Je chipote car c’est remarquable, on est en présence d’un talent de mélodiste et d’arrangeur hors-norme (je pèse mes mots) qui en outre, s’ouvre, probablement grâce à sa comparse américaine Erin Moran, à un registre un peu différent de ce à quoi il nous a habitués jusqu’ici (le songwriting à la Carole King pour faire court). Ma déception est à l’aune de ce dont il est capable.

 

9 L’Éclair – Polymood

Encore un disque de 2ème génération: là où Air s’inspirait de Jean-Claude Vannier, Michel Colombier etc etc, les Suisses de L’Éclair s’inspirent… de Air. Polymood est donc un album elec(re)tro-futuriste très élégant comme il pouvait en sortir pas mal consécutivement au succès du Moon Safari du duo versaillais. Avec ceci de particulier qu’il intègre avec une grande aisance et beaucoup de fluidité, quelques influences jazz et afrobeat. Ca groove vintage donc et ça groove très bien. C’est même assez addictif en vérité : c’est l’un des albums que j’ai le plus écouté cette année.

 

8 Jacco Gardner – Somnium

Il est peut-être là l’homme de l’année finalement, le mien en tout cas. Jacco Gardner a en effet fricoté avec des membres du collectif L’Eclair présent ci-dessus, mais aussi avec ceux d’Altin Gün présents un peu plus bas, dont il a produit le 1er album. Et il sort donc un excellent 3ème album, à la fois très différent et dans la lignée des 2 précédents. Entièrement instrumental, Somnium a également été enregistré seul, sur des claviers analogiques principalement. Ca c’est pour le « différent ». Pour le « dans la lignée », il suffit de s’y plonger pour reconnaître sa patte et son amour d’un psychédélisme doux et doucement inquiet: sur le précédent, Hypnophobia, il évoquait sa peur du sommeil, sur celui-ci il retranscrit en musique ses rêves et ses cauchemars. Belle évolution dans la continuité donc, en même temps qu’un super teaser pour la suite de sa carrière.

 

7 MGMT – Little Dark Age

Bon… J’ai été le 1er, et je suis encore le 1er à m’enflammer sur MGMT, leur talent, leur audace, leur insolente facilité mais là, la question se pose il me semble: où va le groupe? Va-t-il continuer longtemps à sortir des albums « du milieu »? Des albums qui vendent mais pas plus que ça, qui excitent la critique/le public mais pas plus que ça. A jouer dans une certaine indifférence dans les gros festivals du monde entier (on peut dire que live, ils sont assez décevants)? J’ai l’impression qu’ils ronronnent un peu et qu’ils évoluent dans un entre-deux mollasson, ni tout à fait successful ni tout à fait rayé de la carte.
Après évidemment, et en dehors de ces considérations qui n’intéressent peut-être que moi, Little Dark Age est régulièrement brillant(issime), notamment dans sa 1ère moitié qui ridiculise toutes les tentatives de revival 80s qu’on subit depuis maintenant trop longtemps.

 

6 Altin Gün – On

Révélation de l’année pour moi (avec Fitness Forever, je ne le répéterai jamais assez), et pour beaucoup. Un groupe néerlando-turc (je crois), produit par Jacco Gardner et qui reprend, essentiellement, des morceaux issus du courant Turkish psych i.e. le rock turc psychédélique de la fin des années 60-début années 70. Ce courant a bénéficié d’une petite hype ces dernières années, avec quelques rééditions terribles qui l’ont mis en lumière alors qu’il est longtemps resté obscur (pour le public occidental en tout cas). Altin Gün a donc débarqué à point nommé pour profiter de ce petit engouement : rien de cynique dans leur démarche pourtant, simplement la volonté de partager cette musique et ce groove si particuliers à un public occidental plus disposé qu’auparavant à la recevoir. Avec tout ça, j’ai oublié de dire l’essentiel: c’est une tuerie, à la fois planante et dansante, avec un groove, je me répète, vraiment unique et surprenant pour nos oreilles rassasiées voire blasées.

 

5 Gruff Rhys – Babelsberg

Retour en très grande forme pour l’un des héros granderemisesques. Plus que ça: c’est sans doute son meilleur album solo. Une fresque pop orchestrale aux allures définitives, avec des chansons plus belles, amples et accrocheuses les unes que les autres, sur lesquelles il pose sa belle voix grave et douce à la fois. En revanche, je persiste à pense que le mec pâtit de pochettes et d’un sens visuel, en général, catastrophiques. J’exagère un peu: sur ce plan là, Babelsberg n’est pas du niveau des pires horreurs utilisées par les Super Furry Animals mais merde, c’est super moche non ? Il est plutôt beau mec Gruff, il a une bonne tête en tout cas, pourquoi ne pas avoir simplement utilisé le visuel de sa tournée? Comprends pas.

 

4 Fred Pallem & le Sacre du Tympan – L’Odyssée

Comme je le disais dans mon billet au sujet de leur passage à Toulouse au début de l’été, Fred Pallem & le Sacre Tympan développent un genre de musique totale, à la croisée du rock, du jazz, de la pop, de la soul, du funk et de la musique de film dont il serait par conséquent réducteur et non avenu de la taxer de rétro : L’Odyssée a des allures de classique immédiat, à la croisée du rock, du jazz, de la pop etc etc. Un régal de chaque instant et un album qui s’adresse aussi bien aux esthètes les plus exigeants qu’aux mélomanes occasionnels. Apparemment l’album se vend bien, ça fait très plaisir.

 

3 Jeff Tweedy – Warm

Encore un héros de Grande remise. Aussi étrange que ça puisse être,Warm est le premier véritable album solo de Jeff Tweedy, leader-chanteur de Wilco. « Véritable » car il a sorti un premier album solo l’an dernier, Together at last, mais il consistait en des versions acoustiques de titres de Wilco ou Loose Fur(son side-project avec Jim O’Rourke et Glenn Kotche). Warm ne contient que des nouvelles compositions. Bon, ceci étant dit, inutile d’essayer de la faire à l’envers: ça sonne comme un album de Wilco, dans la lignée du dernier, Schmilco, pour être précis. Pas un problème évidemment quand on écrit des chansons d’un tel niveau et qu’on les interprète avec une telle sensibilité et un tel savoir-faire. La différence, car il y en a une bien sûr, c’est que, très logiquement, celles-ci sont plus intimes, plus confessionnelles, et, sur la forme, un poil plus dénudées (logiquement là encore) que celles écrites pour Wilco.
Après, que dire? Jeff Tweedy est sans doute le songwriter qui me touche le plus à l’heure actuelle. Il est revenu de l’enfer (de ses migraines, de sa dépression chronique et des addictions qui y étaient liées), chose qui lui est d’ailleurs reprochée de manière plus ou moins déguisée (les fans qui préféraient le Wilco des années de douleur), et qu’il évoque dans un des titres de l’album (le magnifique Having been is no way to be). Depuis sa « guérison » pourtant (si tant est qu’on puisse guérir tout à fait de tels maux), il écrit des chansons qui parlent à l’auditeur comme peu d’autres. Des chansons pleines d’empathie, de bienveillance, d’honnêteté, sans pour autant verser dans la complaisance ni le sentimentalisme qui disent, soit par les mots, soit par une mélodie, sans aucune putasserie et souvent de manière détournée: « oui, c’est la merde, c’est vrai, mais tu verras, si ça ne s’arrange pas toujours, on finit quand même par s’y faire et par trouver du réconfort ». Ne serait-ce que dans ces chansons-là. « I see dead trees/But the roots have leaves » (dans Having been is no way to be encore).

 

2 Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel and Casino

Qu’il est loin le temps des bombinettes indie-pop, des penny loafers cheap et des survêts Tacchini… Autant, jusqu’ici, on pouvait encore raccrocher les wagons avec leur inusable 1er album, autant on a ici à faire au virage à 180° de l’année, que dis-je, de la décennie, facile. Impossible à voir venir… Facile, aussi, la manière dont le groupe l’opère ce virage psyche-lounge-pop, troquant ses guitares tranchantes, ou plus lourdes comme sur le précédent AM, pour le piano, les basses sinueuses au mediator, une batterie très sobre et tout un decorum rétro-futuriste qu’ils semblent maîtriser sur le bout des doigts et qui ne pouvait que ravir un rétro-fétichiste tel que moi. Avec un Alex Turner qui chante mieux que jamais des paroles elles aussi très différentes de celles qu’il écrivait jusqu’ici, plus elliptiques et cryptiques. Sublime.

 

1 The Lemon Twigs – Go to School

En vérité, je sais pas vraiment si c’est mon album préféré cette année. En tout cas c’est pas mon album préféré des Lemon Twigs puisque je suis davantage convaincu par le précédent, Do Hollywood. Je trouve celui-ci un poil trop long et je suis pas très fan des passages les plus musical (mais ça c’est très perso). Je pinaille évidemment car c’est aussi ces passages-là qui permettent à cet album de sortir du lot et que l’ensemble est bluffant, aussi bien en termes de composition que d’exécution et d’interprétation. Quand on parle de rock, ou de pop, il y a les Lemon Twigs et les autres à l’heure actuelle selon moi.
Ce qui m’a vraiment poussé à mettre cet album en tête de mon bilan annuel, c’est une petite video de 10 minutes à peine, 3 chansons, qui pour moi synthétisent à merveille qui ils sont, ce qu’ils font, et ce qu’est la Pop.

J’ai visionné/écouté cette vidéo un nombre incalculable de fois, je la connais par cœur. Y a tout : la pureté maccartneyesque de Brian D’Addario, la morgue lennonienne de son frère Michael, sa dégaine incroyable et surtout, leur grâce à tous les 2 lorsqu’ils jouent et chantent ensemble. Ca durera ce que ça durera, on verra bien comment ils vont évoluer mais ces 10 petites minutes sont les plus belles minutes de musique que j’ai entendues cette année.

Top albums 2018 – 1ère partie

Pour commencer, je vais en remettre une couche sur ma grande découverte de l’année, celle des merveilleux popeux italiens de Fitness Forever: c’est leurs 3 albums que j’ai le plus écouté cette année. Énorme révélation. J’ai toujours pas compris quand le dernier, Tonight, était sorti exactement, il semblerait que ce soit fin 2017 mais si par hasard je me trompais, il faut considérer que c’est lui que je place tout en haut cette année.

Ceci étant clarifié, sur le banc des remplaçants cette année :

Stephen Malkmus & the JicksSparkle Hard

L’homme le plus cool du monde sort un album aussi cool que son précédent et que son prochain. Avec une pochette très cool elle aussi (c’est Cadaqués sur la Costa Brava).

 

BarbagalloDanse dans les ailleurs

Dans la lignée de son précédent, Grand chien, un genre de post-chanson française qui emprunterait aussi bien à la pop, qu’au folk et à la chanson donc.

 

Father John MistyGod’s Favorite Customer

On va finir par y arriver… A aimer sans réticence un album de Father John Misty je veux dire. Quand il s’oublie un peu, et qu’il oublie de faire le mariole, le mec a quand même un sacré talent.

 

Ty SegallFreedom’s Goblin / Fudge Sandwich

6 albums pour Ty Segall cette année : la routine. Freedom’s Goblin est la concrétisation de son travail depuis 2 ans avec son groupe de scène, le Freedom Band : un genre de rock américain total, qui irait des Stooges au Grateful Dead en passant par Neil Young. Parfois pénible, parfois génial.

Le second, Fudge Sandwich lui, est un album de reprises : court, nerveux, sélection impeccable (Lennon, Sparks, Neil Young, Funkadelic), pochette minimalisto-crade réminiscente de ses premiers enregistrements auquel il renvoie incontestablement, rien à dire, c’est du très bon Ty Segall.

 

20 Kurt Vile – Bottle It In

Retour en forme de notre slacker favori avec un album plus kurtvilien que nature (le mec est devenu un genre à lui tout seul en fait) : des quasi-pop songs ou en tout cas des chansons relativement courtes et accrocheuses alternent avec de longues ruminations acoustiques enfumées. Du Kurt Vile classique donc mais radical, dans un sens comme dans l’autre : les chansons accrocheuses le sont vraiment, les morceaux plus longs/lents sont vraiment très longs/lents aussi (3 titres de 10 minutes quand même). A noter une super reprise de John Prine.

 

19 Flavien Berger – Contre temps

Un peu long peut-être là aussi (pour moi en tout cas) mais c’est bien de s’autoriser ça alors qu’aujourd’hui on donne plutôt dans le 30-35 minutes. Il a des choses à dire/faire ce garçon, c’est évident, et il les dit/fait bien. J’aime particulièrement les titres les plus alanguis (Intersaison, Pamplemousse), sur lesquels il se fait presque crooner electro improbable.

 

18 Foxwarren

C’est le projet « groupe » du talentueux Andy Shauf (à gauche sur la pochette) dont l’album The Party a été justement salué il y a 2 ans. C’est un peu plus musclé, un peu plus « groupe » que ce qu’il fait en solo. Normal. C’est très bien mais je trouve ça un peu trop linéaire, un peu trop sur le même mode hyper-mélancolique, voire morose, et ça finit par me plomber. On compare souvent, et à juste titre, Andy Shauf à Elliott Smith, mais ce dernier savait régulièrement faire entrer la lumière et varier les tempos. Shauf est à la limite de la complaisance selon moi. Ou alors il va vraiment pas bien ce garçon et il faut lui offrir un chien, un abonnement à la salle de sport, l’intégrale Will Ferrell, je sais pas, il faut faire quelque chose.

 

17 Tahiti 80 – The Sunshine Beat, vol. 1

Porté par d’excellents singles, et notamment un irrésistible Sound Museum, un album simple, frais, pop comme sa pochette et son titre l’indiquent. L’air de rien, ça fait 20 ans que ces types sont là et bien là. Encore une fois, ce titre là, quelle merveille nom de Dieu !

 

16 The Coral – Move Through the Dawn

Sans doute l’album le plus accessible et le plus upbeat des 6 de Hoylake. Sans doute le plus faible également : le groupe a quand même perdu en finesse avec le départ de Bill Ryder-Jones, il faut bien l’avouer… Mais il a désormais trouvé un second souffle et une seconde jeunesse semble-t-il, dans un style toujours aussi rétro mais plus psyché, un peu plus heavy également. Ils paraissent revigorés, plein d’énergie. Bilan, y a quand même 3-4 grosses tueries sur cet album.

 

15 Ty Segall and White Fence – Joy

Il y a 6 ans, Ty Segall et Tim Presley aka White Fence, une autre figure de la scène garage-psyché californienne, signaient Hair, une véritable tuerie garage-psyché californienne. Joy, est plus tordu, moins immédiat mais il y a dans ses 15 titres en 30 petites minutes plus d’idées et de fulgurances que dans les discographies complètes de bien des groupes. Sur la pochette, Ty et Tim posent avec leur animal domestique respectif et ça c’est trop mims.

 

14 Richard Swift – The Hex

Pas son meilleur mais cet album posthume est surtout l’occasion d’évoquer un auteur-compositeur-interprète et, de plus en plus, producteur ces dernières années, que j’affectionnais particulièrement et qui nous a quitté début juillet dans une relative indifférence. D’autant qu’il est difficile de juger un album posthume : jusqu’à quel point était-il achevé ? L’artiste concerné aurait-il réellement souhaité qu’il soit publié ? etc. En l’état, The Hex n’est donc sans doute pas le meilleur album de Richard Swift mais il offre un bel aperçu de son immense talent, et de ce qu’il aurait été capable de nous offrir si son alcoolisme et le système de santé américain l’y avaient autorisé (les soins qu’il nécessitait avaient un tel coût qu’il n’a pas pu être soigné comme il aurait dû l’être malgré la campagne de crowdfunding initiée par ses proches; une situation aussi absurde que révoltante malheureusement de plus en plus banale aux Etats-Unis…).

Richard Swift était un multi-instrumentiste accompli mais surtout un mélodiste et un songwriter hors-pair. Volontiers nostalgique et maître dans cet art très anglo-saxon de la self-deprecation (l’autodépréciation). Il était très influencé par les ritournelles du music-hall et par les grands songwriters des années 60 : on a souvent évoqué le souvenir de l’immense Harry Nilsson a son sujet et on avait pas tort. Après 2 albums (entre autres) de pure pop dans ce registre là (The Novelist/Walking Without Effort et Dressed Up for the Letdown), sa musique s’est teintée de soul et s’est faite à la fois plus sensuelle et plus retorse. The Hex dévoile tout cela et ouvre même de nouvelles pistes avec un instrumental très cinématographique sans doute influencé par les maîtres français de la composition de musiques de films. Ce devait être l’album de son retour au premier plan après plusieurs années passées en tant que musicien de tournée (les Shins, les Black Keys) ou producteur (le premier et génial album de Foxygen par exemple, c’est lui). Quel gâchis…

 

13 Parcels

Voici un disque, et plus généralement une musique, que je qualifierais de « 2ème génération »: c’est à peu de choses près la même chose que le suivant (ci-dessous), à savoir du soft/yacht rock über Californien, à la grande différence près que les Parcels ne s’abreuvent pas à la source (Steely Dan, Hall & Oates etc) mais à la réinterprétation qu’ont pu en faire Daft Punk sur Random Access Memory ou Metronomy à ses débuts. Ceci étant, c’est vraiment super efficace et très bien fichu. Il y a en outre une unité, une continuité qui fait de cet album une sorte de voyage (bon, la pochette est suffisamment explicite) et le hisse au-delà de la simple collection de tubes funkysant. Et puis les mecs parviennent à nous faire oublier leurs tronches de hipsters ultimate infinity, et ça c’est costaud.

12 Young Gun Silver Fox – AM Waves

Activiste pop bien connu de ceux qui savent (il est par exemple présent sur la compilation des 20 ans de Tricatel), Shawn Lee a toujours 15 projets en parallèle, dans des styles souvent très différents. Sur ce projet, il s’est allié au jeune Andy Platts (le young gun donc, alors que lui et ses longs cheveux blancs sont le silver fox) pour un album 100% Calif’, 100% yacht rock, 100% plaisir : un « simple » exercice de style diront certains, qui souffle sur les cendres de Steely Dan, Hall & Oates, Robin Dupree etc mais qui 1. le fait de manière bluffante et surtout 2. comme toujours en pareil cas, les chansons, les chansons, LES CHANSONS, qui exonèrent l’entreprise de toute accusation de plagiat, pastiche etc. Grösse, ÉNORME régalade.

 

11 Spiritualized – And Nothing Hurt

Au bout du compte, la grande prouesse de Jason Pierce, de même que sa signature, aura été de créer une musique à la fois minimaliste et maximaliste : minimaliste dans ses inspirations, ses mots, ses thématiques, maximaliste dans sa forme (le plus souvent). Tout ça pour dire que And nothing hurt est une énième variation space-gospel sur la rédemption, l’addiction (aux substances, à l’amour), la foi (au sens large), la Vie, la Mort. Qu’est-ce qui fait de cet album sans doute son meilleur depuis 15 ans: difficile à dire car c’est, je me répète, le même que les précédents…

Tahiti 80 – Connexion café, Toulouse

Très content d’avoir enfin pu revoir sur scène l’un de mes groupes français favoris : ils ont joué plusieurs fois à Toulouse ces 10-15 dernières années bien sûr, mais à chaque fois c’était pas possible pour x raison. La dernière fois que je les ai vus sur scène, ça devait être en 99 ou 2000.

 

Tahiti 80 a sorti cet automne le très réussi The Sunshine Beat Volume 1, un album plein de fraîcheur, de sunshine et de beat en effet, porté par un de leurs tous meilleurs singles, l’irrésistible Sound Museum:

Dans un monde parfait, ou simplement un monde normal, ce truc-là serait un tube absolu. Mais on vit dans un monde où Vianney joue dans un film de Diane Kurys, où la stadium house de The Blaze est encensée et où les adultes roulent en trottinette. Sur les trottoirs. Sans gilet jaune.

Le groupe se présente dans sa formation désormais habituelle : les 3 membres originaux (Xavier Boyer au chant et à la guitare, Pedro Resende à la basse, Médéric Gontier à la guitare) plus l’excellent batteur Raphaël Léger et Hadrien Grange aux claviers/percussions. Ce dernier fait le show, se mêlant même au public durant le rappel. Public étonnamment varié : comprendre, des vieux comme moi qui suivent le groupe depuis ses débuts, mais aussi pas mal de jeunes. Ca fait plaisir de constater que Tahiti 80 continue de séduire des auditeurs (auditrices surtout j’ai l’impression).

Chouette concert, plein d’énergie, d’enthousiasme et de bonnes vibrations (y compris dans le public, d’abord un peu clairsemé et timide, puis finalement assez nombreux et démonstratif). Avec une setlist qui fait la part belle au dernier album, normal, mais qui va piocher à parts égales dans une discographie qui s’étale sur 20 ans : combien de groupes âgés de plus de 20 ans donc, sont capables d’en faire autant i.e. de ne pas se reposer que sur les tubes des 1ères années et d’éviter de de jouer et de faire passer les titres issus du dernier album comme s’il s’agissait d’un simple service après-vente ou une d’une promo obligée ?

 

Seul bémol : après une entame d’une redoutable efficacité (dont notamment Unpredictable / Sound Museum en ouverture, ça calme), ça devient un peu « linéaire »: bien mais juste « bien », sans véritable pic, et avec une balance pas toujours super au point. Mais peut-être suis-je simplement un peu déçu de ne pas avoir entendu davantage de titres issus d’Activity Center et Ballroom, mes 2 albums préférés du groupe.

 

Quoiqu’il en soit, le final et le rappel, avec des titres plus contrastés (Let Me Be Your Story / Crush / Coldest Summer soutenus par une sono enfin au poil), finissent de lever mes menues réserves et d’emporter la mise. Je retiens notamment une géniale version de Big Day et, bien sûr, en conclusion, un super Heartbeat, sans doute leur seul vrai tube (en France en tout cas).

 

Au final, quasiment 1h30 de pop généreuse, mélodique et surtout, dansante. De la guitar pop dansante, avec, certes, des influences soul voire funk, mais de la guitar pop avant tout : qui fait encore ça aujourd’hui ?

Fitness Forever

Quel plaisir, alors qu’on a chaque jour un peu plus le sentiment d’avoir tout écouté, de ne plus pouvoir être surpris ou émerveillé par une chanson, un artiste, de tomber à la renverse par surprise à la découverte d’un groupe totalement inconnu jusque là.
Sentiment présomptueux que celui d’avoir « tout écouté » certes, mais qui repose néanmoins sur une certaine réalité: quand on écoute des dizaines d’albums, des centaines de chansons chaque année depuis plus de 30 ans, on peut légitimement je pense être pris d’un sentiment de lassitude ou d’indifférence face à des nouveautés qui ne le sont plus depuis longtemps (dans le domaine du rock ou de la pop au sens large en tout cas car non, je me suis pas encore mis au jazz ni au classique, ou si peu).

Mais lorsque la fraîcheur se lie au talent, à l’enthousiasme, à l’élégance et qu’on se prend ça entre les oreilles alors qu’on lance un album dont on n’attendait rien de particulier… C’est un sentiment merveilleux.

Fitness Forever donc. Un groupe originaire de Naples. 6 puis 7 membres dont un leader, Carlos Valderrama, aussi suave et technique que son homonyme footballeur.

Le premier album, Personal Train, est une déclaration d’intention:

De la jangle pop, des harmonies vocales, un instrumental morriconien, un titre disco: le groupe a mis toutes ses influences dans ce premier album, qui ressemble donc très exactement à un premier album (influences transparentes, enthousiasme et une maladresse charmante). Superficiel, sucré et primesautier à l’extrême, il est la bande-son d’une Italie fantasmée, celle des scooters rutilants qui parcourent les ruelles de Vérone, des gelati mangés en bord d’Adriatique ou des twists endiablés sur une terrasse de bar à Amalfi. C’est The Free Design en goguette à Sestri Levante, Burt Bacharach en vacances dans le Grossetto.

Avec Personal Train, Fitness Forever fait donc son entrée dans les groupes auteurs de la bo de l’endless summer. Avec toujours, au détour d’un changement d’accord, et comme sur tous les disques de la même catégorie, une pointe de mélancolie, celle qui révèle la conscience de l’impossibilité de cet endless summer. Un régal pour rétro-fétichistes.

4 ans après, avec son 2ème album, Cosmos, Fitness Forever franchit clairement un palier:

On prend les mêmes ingrédients (pop sixties, sunshine pop, pop orchestrale, refrains accrocheurs) et on ajoute un soupçon disco et brasilou, via une influence Marcos Valle assez évidente. Résultat: moins ouvertement rétro, moins estampillé 60s, Cosmos déroule un genre de musique totale, de pop totale en tout cas, à l’excellence et à la maturité assez dingues.

L’album s’ouvre sur un instrumental d’une suavité et d’une élégance qui donnent le ton et affirment des influences mieux digérées et une plus grande maturité dans l’exécution des morceaux, une sorte de virtuosité tranquille. On peut légitimement penser à des High Llamas italiens, ou à cet autre groupe merveilleux qui a ravi l’internationale pop en son temps et qui a aujourd’hui disparu, les canadiens Heavy Blinkers. Un album à la fois ludique et élégant, sophistiqué et immédiat. Parfait, jusqu’à sa pochette.

Le 3ème album, Tonight, est sorti fin 2017 en Italie, début 2018 en France.

Là on est davantage dans l’exercice de style, comme sur le 1er album: italo-disco toute (ou presque), jusqu’à la pochette. Cuivres rutilants, basses gouleyantes, guitares funky: ça gwooooove. C’est un peu la musique dont s’est inspiré Phoenix pour tout l’imagerie, à la fois cheap et chiadée, de son dernier album, Ti Amo. Une imagerie un peu pupute mais toujours classe (comme la pochette de l’album) et une musique au diapason, qui jamais le laisse de côté la composition et les chansons, toutes plus accrocheuses les unes que les autres.
2 grands moments sur Tonight: Canadian Ranger, euphorique et mélancolique comme le meilleur ABBA

et la conclusion, Carlo, un mid-tempo qui fait s’allier Bertrand Burgalat, Brian Wilson et Sean O’Hagan pour concourir au festival de la chanson de San Remo.

Sublime.

En 3 albums à la fois très cohérents et différents les uns des autres, Fitness Forever réaffirme une chose qu’on a tendance à oublier: l’Italie est une terre d’accueil pour les amoureux de la pop. Pas seulement sur un plan esthétique: la langue elle-même se prête merveilleusement aux mélodies sucrées, aux harmonies vocales. Composée et exécutée par des musiciens manifestement aguerris et virtuoses (le leader, Carlos Valderrama fut musicien dans un groupe de croisière, rien de mieux pour toucher à tous les styles j’imagine), la musique de Fitness Forever est à la fois érudite et immédiate, pop au sens propre encore une fois. Elle n’a pas peur d’évoquer des sentiments forts et de le faire de manière très frontale: d’aucuns parleront sans doute de sentimentalisme ou de mièvrerie mais je ne le vois pas du tout comme un défaut, au contraire. C’est de la pop, des chansons d’amour, il FAUT être sentimental.
Très référencée (j’ai cité beaucoup de noms à dessein), cette musique parvient néanmoins à une synthèse remarquable dont le résultat est véritablement unique à l’heure actuelle, sur le fond et sur la forme. C’est la bande son d’une journée d’été, chaude, radieuse, dont la plénitude porte néanmoins un soupçon de mélancolie, celle des journées déjà plus courtes du mois d’août, de la conscience qu’il faudra bientôt remiser espadrilles, t–shirts et maillots pour aller s’enfermer dans un bureau. L’illusion de l’endless summer encore une fois. Mais une illusion qui ne doit en aucun cas nous empêcher de danser, rire, aimer.

Fred Pallem & le Sacre du Tympan + Forever Pavot – Le Metronum, Toulouse

Affiche de rêve, on peut le dire, pour le Disquaire Day 2018 de Toulouse, dont le « thème » était François de Roubaix Fred Pallem & le Sacre du Tympan lui ont consacré un album, Forever Pavot en est l’un des plus dignes héritiers. A 5€80 le billet d’entrée, on croit même rêver…

Du coup, je suis très surpris de me joindre à une assistance relativement clairsemée là où je m’attendais à devoir jouer des coudes. Surpris et un peu désabusé, ou résigné : que cette double affiche, à ce prix là, dans ce qui est sans doute la salle la plus confortable de Toulouse (inaugurée en 2014, donc encore neuve pour ainsi dire, acoustique parfaite, ligne de métro qui mène directement à 200m de la salle etc.) attire aussi peu de monde… Je sais bien que le rock (au sens large) est le nouveau jazz mais putain… Bon, ça signifie qu’on peut s’installer tranquillement à l’avant de la salle, sans jouer des coudes encore une fois.

C’est Fred Pallem qui attaque. Si elle compte en son sein quelques fidèles, son Sacre du Tympan est une formation à composition variable : ce soir par exemple, on remarque notamment le clavier Vincent Taurelle que j’avais pu voir aux côtés de Air pour leur tournée 20 years et le Housse de Racket Victor Le Masne à la batterie. New Balance aux pieds, t-shirt Bitches Brew, Pallem est, de même que tout son groupe, en mode casual; davantage en tout cas que lors de pas mal de leurs prestations.

Ils attaquent à 5 « seulement » et malgré une salle à moitié vide à leur entrée en scène (ça va correctement se garnir petit à petit) on comprend tout de suite qu’ils sont pas venus pour beurrer les tartines : hyper en place d’emblée, ils balancent 2 premiers morceaux qui constituent une sorte de fantasme personnel, tout en claviers vintage et basse au médiator, entre Air, Burgalat… et de Roubaix évidemment, puisque la setlist est entièrement constituée de ses compositions. On peut dire que ça joue. Que ça joue TRES BIEN, et c’est un euphémisme. Régalade.

Manque un clavier sur la photo, Vincent Taurelle, il était un peu isolé sur la gauche. Et surtout, je sais pas cadrer.

Pallem introduit ensuite les 3 cuivres qui rejoignent le groupe sur scène et, logiquement, le concert passe encore la vitesse supérieure. Même si j’ai une petite préférence pour ce que le groupe propose en formation réduite, difficile de ne pas s’incliner devant tant de maîtrise, de musicalité… de talent, tout simplement. C’est même assez énorme en vérité, c’est pas tous les 4 matins qu’on a l’occasion d’assister à un concert de ce type et de cette qualité… Il y a quelque chose de profondément généreux dans la démarche de cet homme et de sa formation, qui s’attachent à mettre en valeur la musique des autres mais également à abattre les barrières entre rock, jazz, funk, soul etc. C’est beau.
Simple préférence personnelle là encore, je retiendrai notamment le génial medley de L’Homme orchestre, une de mes bo favorites de François de Roubaix. Piti piti pa.

Idem

Avant de quitter la scène sous des applaudissements très nourris, pour ne pas dire une véritable ovation bien méritée, Fred Pallem annonce Forever Pavot, « sans doute le meilleur groupe en France actuellement » pour reprendre ses propres mots.

Un gros quart d’heure plus tard, le quintet d’Emile Sornin doit donc doublement se montrer à la hauteur : du compliment, et d’une première partie pour le moins impressionnante.

Et comme précédemment, on comprend très vite que les gars ont parfaitement saisi le message : ça joue bien, TRES bien là aussi. Si la filiation avec de Roubaix, et la parenté avec le Sacre du Tympan sont évidents, Forever Pavot se situe dans un créneau plus « rock » (à défaut d’un meilleur terme), plus ouvertement psyché également : les morceaux (très majoritairement ceux du 2ème album, La Pantoufle) sont étirés jusqu’à l’absurde (la dimension Katerinesque de ce même 2ème album) et surtout joués de manière très agressive. Ca joue bien donc, mais surtout, ça joue méchant (quel son de guitare incroyable !). Super bassiste également, à la sympathique tête de rôliste, comme si l’un des potes nerds d’Hervé dans Les Beaux gosses, était devenu musicien. Petit plaisir perso de music nerd justement, il jouait sur la même Fender verte que Nicolas Godin de Air, ça fait plaisir, tsé.

Super prestation donc là aussi, agressive donc mais toujours souple et sur un mode très détendu: s’ils s’amusent à un moment d’avoir eu la pression de devoir passer après leurs talentueux aînés, ils n’ont jamais fait ressentir une quelconque tension ni concentration inhabituelles.  Juste énormément de talent là encore.
Le dernier morceau, Miguel El Salam (tiré du 1er album lui) , s’achève sur une longue jam assez dingue nous menant vers des rivages Airiens, voire Tame Impalaesques : loin de l’image de revivalistes pompidoliens à laquelle on les cantonne parfois, les gars de Forever Pavot sont avant tout des musiciens supérieurement doués et inspirés qui ne se fixent, eux non plus, aucune limite de style, de genre ou de format. Ca calme en tout cas.

Une bien belle soirée donc pour employer un nouvel euphémisme, et surtout le sentiment d’avoir été chanceux d’assister à un telle affiche.

Juliette Armanet – Le Bikini, Toulouse

2ème passage à Toulouse en moins de 4 mois à peine pour la nouvelle Petite amie de la chanson française. Après le Metronum (salle moyenne) et le Bikini (salle moyenne + ), prochaine étape le Zenith sans doute. Elle aurait d’ailleurs très bien pu y jouer je pense : le Bikini affichait complet une semaine avant le concert et il a été malgré tout décidé de mettre quelques places supplémentaires en vente le jour même. Inédit en ce qui me concerne… Inédit aussi, de mémoire, les portes de la salle ont été laissées ouvertes pour qu’un maximum de personnes puissent assister au spectacle : de fait, pas mal se tenaient dans le sas séparant la salle du hall d’entrée… Tout ça pour dire que les Victoires de la Musique ont évidemment boosté le succès d’un album qui se portait déjà très bien.

Alors c’est pas du tout pour me justifier parce que j’aime vraiment beaucoup certains titres de l’album et que je comprends pas trop le backlash snobinard dont Juliette Armanet fait l’objet depuis quelques mois mais si j’ai choisi d’aller à ce concert, c’est aussi voire surtout parce que j’espérais y voir Ricky Hollywood en 1ère partie. Ricky Hollywood aka Stéphane Bellity, ma révélation française et un de mes albums favoris de l’an dernier, est batteur sur sa tournée et il en assure parfois la 1ère partie.

Mais pas ce soir à mon grand dam : apparemment un concours a été organisé et c’est un gus seul avec sa guitare et quelques effets qui apparaît sous mes yeux lorsque je pénètre dans un Bikini déjà bondé. De loin je trouve qu’il ressemble à Amir et c’est évidemment pas de bon augure. D’ailleurs le type reprend Dormir dehors de Daran et les chaises, c’est dire si on s’en cogne. Il remercie ensuite les organisateurs, Armanet, le Bikini, « surtout après l’explosion d’AZF, c’était pas facile de repartir sur un nouveau projet, c’est pas facile de reconstruire de la chaleur humaine ». Non, c’est pas facile. Un autre truc qui est pas facile : se produire sur scène.

L’entracte dure pratiquement trois quarts d’heure… C’est pourtant pas le genre de concert au cours duquel le bar va pouvoir écouler moult fûts : le public est plutôt jus de pomme. Très féminin évidemment, ça (me) change. Très Grazia. Ca n’empêche pas des odeurs corporelles pas très Petite amie de parvenir à mes narines pourtant pas très sensibles : quelqu’un profite de la forte densité et de la promiscuité pour se laisser aller. A plusieurs reprises. « I can taste it. On my tongue. »

Après quasiment 45 mns donc, le noir se fait et un morceau de Prince retentit (j’ignore lequel, je maîtrise mal le dossier) : le groupe entre en scène et se lance dans un instrumental funky/soft rock des plus moelleux. Les silhouettes des 4 musiciens se découpent sur un beau rideau lamé qui prendra des couleurs tantôt rouges, tantôt bleutées ou dorées : c’est tout simple et très réussi.

La védette les rejoint au bout de quelques mesures, en costume lamé elle aussi, sous une belle ovation. Après avoir salué, elle s’assied derrière son piano et se lance dans Manque d’amour, un de mes morceaux favoris de l’album. Balance approximative (ça sera vite corrigé) mais ça l’effectue. Le groupe est très compétent (euphémisme), bien rôdé (itou) et Juliette Armanet chante parfaitement dès les premières notes.

Ca restera sur ce mode pendant pratiquement 1h30 : incroyable qu’elle joue aussi longtemps avec un répertoire composé d’un seul album, plutôt court qui plus est. C’est bien. C’est tout ? Oui… C’est un peu le problème : c’est bien mais c’est seulement bien. Pas transcendant… Je suis sans doute pas assez fan pour être véritablement transporté j’imagine.

Sur Alexandre, elle fait monter sur scène un type prénommé Alexandre.

Bon, y a un petit truc qui me tient un peu à distance : c’est la distance précisément, qu’elle met parfois lors de sa prestation. Je ne parle pas de son stage banter, qui joue régulièrement sur l’auto-dérision mais de la dérision, du second degré qu’elle introduit dans son interprétation de certains morceaux: sur le superbe Star triste ou sur Samedi soir dans l’histoire, c’est comme si elle se sentait obligée d’en rajouter dans la gestuelle, les attitudes, les intonations, le jeu avec le public pour signifier que oui-ok-c’est-un-peu-cheesy-mais-c’est-un-peu-pour-rire-hein-attention.

C’est dommage selon moi. Sur l’album, on n’a pas cette distance justement, et pour cause, et c’est en partie ce qui fait sa réussite: les plans les plus retro, les morceaux les plus disco et les moins intimes a priori ne s’excusent jamais de l’être et c’est précisément parce qu’ils sont eux aussi exécutés avec la plus grande sincérité qu’ils fonctionnent. Je pinaille et c’est peut-être un sentiment tout personnel mais ça m’a empêché d’être pleinement « dedans » à plusieurs reprises.

Le groupe a quitté la scène sur une belle reprise du I feel it coming de The WeekndDaft Punk, francisée en « Je te sens venir (en moi) » (ça je suis moins sûr). La soirée s’est définitivement close sur une belle version piano-voix de A la folie, autre moment fort de Petite amie. Et c’était une belle soirée malgré tout.