Ty Segall + Destination Lonely + Slift + Les Soldes – Le Bikini, Toulouse

4ème concert de Ty Segall en 3 ans, c’est pas mal. Evidemment, quand on sort en moyenne et au minimum 1 album par an, on tourne beaucoup. Et Ty Segall tourne beaucoup. Et je l’aime beaucoup.

Cette fois c’était dans le cadre d’un mini festival garage qui se tient chaque année au Bikini.

Les Soldes pour démarrer la soirée, pas vus. J’arrive sur Destination Lonely qui remplace Yonatan Gat. Je suis pas en super forme et le son m’agresse littéralement, je sors boire un verre illico. Ce qui m’arrive aux oreilles depuis l’extérieur me donne pas franchement envie de retourner dans la salle.

Puis c’est au tour de Slift de prendre la scène.

Ce que j’ai entendu d’eux, entre Thee Oh Sees et King Gizzard m’a bien plu, je suis curieux de voir ce que ça donne sur scène. Et là, la grosse baffe : un power trio à l’ancienne, hyper en place, hyper précis, qui déroule pendant 45 minutes un garage-psyche certes pas bien original (Thee Oh Sees/King Gizzard encore une fois) mais super prenant et super efficace. Les compos sont pas toujours au rendez-vous mais le groove est là, tendance kraut, et le guitariste joue merveilleusement de tous les effets dont il dispose. Limite ils pourraient jouer que des instrus pendant 1h sans que ça gênerait personne. Ca headbangue, ça slamme, ça ovationne: les mecs ont fait un gros carton auprès du public et c’était foutrement mérité.

Ty Segall était évidemment la tête d’affiche. Il jouait pour soutenir son album sobrement intitulé Ty Segall sorti en début d’année, en compagnie d’une « nouvelle » formation nommée The Freedom Band. J’utilise des guillemets car on y retrouve 2 de ses plus fidèles acolytes: le beau Mikal Cronin à la basse comme toujours, et le très chevelu Charles Moothart, à la batterie cette fois (il est habituellement guitariste). La seconde guitare était tenue par le trop méconnu Emmett Kelly, un type qui mène habituellement l’excellent Cairo Gang, formation acoustique ayant notamment accompagné Bonnie ‘Prince’ Billy (versatile le mec donc). Au clavier, le dénommé Ben Boye qui a également joué avec Will Oldham ou Riley Walker par exemple.

« The Freedom Band », ça ressemble à un nom de groupe américain late 60s et les 20 premières minutes du concert, géniales, le confirment : Ty Segall n’a pas son pareil pour incarner le rock le plus électrique et l’enchaînement des 5 premiers titres, dont 2 nouveaux (Alta et Fanny), laissent entrevoir un grand concert de rock américain encore, qui balaierait aussi bien les Stooges que le Grateful Dead, le Jimi Hendrix Experience ou MC5.

Mais après un Finger d’une violence assez dingue, ça se délite sérieusement et ça prend les travers… du rock américain late 60s: The Warm Hand, long morceau déjà un peu pénible sur l’album sorti cette année est ici carrément insupportable. Une longue jam complaisante où chacun y va de sa petite impro, pffff… C’est d’un chiant. Pas mal de gens reculent dans la salle voire se barrent. Carrément. Ca continue un moment sur ce mode là: le groupe est très détendu, il a l’air de bien s’amuser, nous un peu moins.

Le concert reprend un peu de tenue grâce à des morceaux plus anciens type Caesar mais c’est pas ça… Je suis vraiment pas en grande forme, ça joue beaucoup mais tout ça est bien trop auto-complaisant encore une fois. Feel, l’un des moments forts des concerts de Ty Segall depuis 3-4 ans, sinon LE moment fort, est ré-arrangé dans une version plus lente et syncopée qui le vide de toute sa sauvagerie. Sur son final, il change d’instrument avec Moothart et passe donc derrière la batterie, l’autre empoignant une guitare. Et on s’en fout.

J’ai l’impression que Ty Segall se cherche depuis Manipulator ou plutôt qu’il cherche à proposer autre chose que ce qui l’a mis sur le devant de la scène. Il ne veut pas s’enfermer dans le créneau garage-glam-pop qu’il a investi et dans lequel son talent s’épanouit le mieux selon moi, et c’est tout à son honneur mais le fait est que ce qu’il enregistre depuis est moins abouti, moins intéressant. On a l’impression qu’il se force à saloper ses chansons, qu’il fait tout son possible pour les rendre moins évidentes alors que précisément, lorsqu’il les peaufine, ça donne des classiques tel que le sublime Orange Colour Queen de ce début d’année. Qui démontre qu’il a suffisamment de ressources et surtout de talent pour qu’on ne s’en fasse pas à son sujet.

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Top 100 albums

La liste complète, pour les plus psychopathes archivistes d’entre vous. Evidemment, aujourd’hui i.e. 4 ans et demi après avoir lancé le truc, j’en changerais un bon quart m’enfin… Comme dirait Michel, « et qu’on n’en parle plus« .

#1 18 Wheeler – Twin Action

#2 Air – The Virgin Suicides OST

#3 Alfie – Do You Imagine Things?

#4 The Best of Badfinger

#5 The Beach Boys – Pet Sounds

#6 Beachwood Sparks

#7 The Beatles – Rubber Soul

#8 The Beatles – Revolver

#9 The Beatles – Abbey Road

#10 Beck – Odelay

#11 Belle and Sebastian – If You’re Feeling Sinister

#12 Big Star – #1 Record/Radio City

#13 Black Mountain – In the Future

#14 Bonnie « Prince » Billy – Lie Down in the Light

#15 David Bowie – Hunky Dory

#16 Bertrand Burgalat – Meets AS Dragon

#17 The Byrds – Sweetheart of the Rodeo

#18 Cardinal

#19 Gene Clark – No Other

#20 The Coral – Magic and Medicine

#21 Creedence Clearwater Revival – Green River

#22 John Cunningham – Homeless House

#23 Richard Davies – Telegraph

#24 The Delgados – Hate

#25 Denim – Back in Denim

#26 The Diggers – Mount Everest

#27 The Divine Comedy – Liberation

#28 Nick Drake – Five Leaves Left

#29 Jason Falkner – Presents Author Unknown

#30 The Flaming Lips – Yoshimi Battles the Pink Robots

#31 Flotation Toy Warning – Bluffer’s Guide to the Flight Deck

#32 The Flying Burrito Bros – The Gilded Palace of Sin

#33 Serge Gainsbourg – Histoire de Melody Nelson

#34 Gorky’s Zygotic Mynci – How I Long to Feel That Summer in My Heart

#35 Richard Hawley

#36 The Heavy Blinkers – The Night and I Are Still So Young

#37 The High Llamas – Hawaii

#38 High Llamas – Buzzle Bee

#39 The High Llamas – Beet, Maize and Corn

#40 Michel Houellebecq – Présence Humaine

#41 The Jayhawks – Tomorrow The Green Grass

#42 Jean-Louis Murat, Fred Jimenez, Jennifer Charles – A Bird on a Poire

#43 Antonio Carlos Jobim – The Composer of Desafinado, Plays

#44 Katerine – 8ème ciel

#45 The Keys

#46 The Kingsbury Manx

#47 The Kinks – Are the Village Green Preservation Society

#48 The Kinks – Lola versus Powerman and the Moneygoround

#49 Sondre Lerche – Faces Down

#50 Linus of Hollywood – Your Favorite Record

#51 April March – Triggers

#52 Eric Matthews – The Lateness of the Hour

#53 Mellow – Dragonfly

#54 Mercury Rev – Deserter’s Song

#55 The Millennium – Begin

#56 Mogwai – Government Commissions

#57 The Moog Cookbook – Ye Olde Space Band

#58 Roger Nichols and the Small Circle of Friends

#59 Harry Nilsson – Aerial Ballet

#60 Harry Nilsson – Harry

#61 Harry Nilsson – Nilsson Sings Newman

#62 Jim Noir

#63 The Olivia Tremor Control – Music from the Unrealized Film Script: Dusk at Cubist Castle

#64 Gram Parsons – GP / Grievous Angel

#65 Phoenix – United

#66 Pixies – Trompe le Monde

#67 Plush – More You Becomes You

#68 Plush – Fed

#69 The Polyphonic Spree – Together We’re Heavy

#70 Pulp – We Love Life

#71 The Raspberries – Collectors Series

#72 Emitt Rhodes

#73 Rob – Don’t Kill

#74 Todd Rundgren – Something/Anything?

#75 Sagittarius – Present Tense

#76 The Sleepy Jackson – Lovers

#77 Sloan – Between the Bridges

#78 Elliott Smith – Figure 8

#79 The Smiths – Strangeways, Here We Come

#80 Smog – A River Ain’t Too Much to Love

#81 The Sneetches – Sometimes That’s All We Have

#82 Spiritualized – Let It Come Down

#83 Steely Dan – Can’t Buy a Thrill

#84 Stereolab – Dots and Loops

#85 Kelley Stoltz – Circular Sounds

#86 The Stone Roses

#87 Super Furry Animals – Radiator

#88 Super Furry Animals – Phantom Power

#89 Supergrass – In It for the Money

#90 T-Rex: The Slider

#91 Teenage Fanclub – Bandwagonesque

#92 Teenage Fanclub – Songs From Northern Britain

#93 Sébastien Tellier – Sexuality

#94 Van Dyke Parks – Idiosyncratic Path: The Best Of Van Dyke Parks

#95 Dionne Warwick – Sings the Bacharach & David Songbook

#96 Ween – Chocolate and Cheese

#97 Wilco – A Ghost Is Born

#98 Neil Young – Everybody Knows This Is Nowhere

#99 Neil Young – Zuma

#100 The Zombies – Odessey and Oracle

#99 Neil Young – Zuma

Idem que précédemment. Et puis j’ai pas trop envie d’en dire davantage car c’est un disque qui m’a accompagné à un moment où je faisais pas trop le malin si tu vois ce que je veux dire. Tu vois pas du tout mais je n’en dirai pas plus, on a pas écouté Bernard Lenoir ensemble non plus.

Allez, 2 mots : cet album a été ma porte d’entrée pour Neil Young et s’il ne fera évidemment pas cet office pour tout le monde, je le conseille souvent à ceux qui ne seraient pas encore convaincus car il est accessible et bien équilibré, aussi électrique qu’acoustique. Un album « facile », sans connotation péjorative : c’est l’album qui a permis à Neil de se remettre en selle tout autant que les idées en place après une période pour le moins chaotique mais évidemment géniale, quasiment mythique avec la doublette Tonight’s the Night / On the Beach. 2 albums qui auraient toute leur place ici, ça va sans dire.

#98 Neil Young – Everybody Knows This Is Nowhere

La fin (du top) approche et j’arrive pas à conclure. La peur de gagner, tel le tennisman français qui dispose de 2 balles de match au 4ème set. Je vais tacher de pas faire sous moi et de pas me prendre un 6-0 au 5ème set.

Bon, Neil Young, normal. On est plus dans la catégorie « les 100 meilleurs disques de rock », « les indispensables de la cdthèque » ou je ne sais quoi, c’est les Tables de la Loi ici.
Voilà, fin du billet. Je vois pas ce que je pourrais dire d’intéressant qui n’ait déjà été dit à son sujet ou au sujet de cet album.

#97 Wilco – A Ghost Is Born

Comme pour Ween, c’est un crève-cœur de ne retenir qu’un seul album mais c’est celui auquel je pense spontanément.

Je suppose que les amateurs du groupe retiendraient majoritairement Yankee Hotel Foxtrot, album charnière et album unanimement plébiscité, par la critique et par les fans donc. C’est pas du tout du snobisme mais c’est peut-être l’album de Wilco que j’aime le moins… Je le trouve un peu désincarné, un peu trop radioheadesque. Je ne l’écoute quasiment jamais pour être honnête alors que je reviens très régulièrement à tous les autres.

A Ghost Is Born, c’est une autre histoire selon moi : sur la forme, Wilco lâche vraiment les chevaux question expérimentation. Le précédent, YHF donc, avait été initié avec Jay Bennett, membre important du groupe avant qu’il soit viré (la genèse de l’album est relatée dans le surestimé documentaire I am trying to break your heart). Les contributions de Jay Bennett ont été gardées, l’intervention de Jim O’Rourke n’a eu lieu qu’en fin de process.

Sur AGIB, O’Rourke est présent depuis le départ et ça change tout. On note par exemple l’omniprésence du piano, instrument qu’il affectionne particulièrement quand il cède à ses penchants les plus pop.

Sur le fond, c’est l’album du point de non-retour pour Jeff Tweedy : ses douleurs chroniques au dos deviennent insupportables et l’ont rendu totalement dépendant aux anti-douleurs, notamment à la vicodine. Ca s’entend sur des compositions qui ont rarement semblé aussi douloureuses (le solo barbare de At least that’s what you said, la tentation vénéneuse de Hell is Chrome). Tweedy ira en rehab après cet album, il est désormais guéri (de ses maux et de son addiction). Cet épisode personnel constitue l’acte de naissance du Wilco tel qu’on le connait à l’heure actuelle : un groupe sûr de lui, souverain et majestueux dont les expérimentations se font désormais en douceur.

#96 Ween – Chocolate and Cheese

C’est un crève-cœur de ne retenir qu’un seul album de Ween mais j’ai consacré un long billet au groupe, un des tout premiers de Grande remise, ici. C’est sans doute révélateur de l’importance qu’il a à mes yeux.

Chocolate and cheese est « objectivement » leur meilleur album, le plus abouti quel que soit le style abordé (puisque Ween est notoirement connu pour aborder un peu tous les styles, du punk rock le plus hardcore au funk le plus Princier, en passant par le rock progressif ou la country). Il est bien sûr aussi resté dans les mémoires grâce à une pochette pour le moins remarquable.

Si j’avais pu j’aurais également retenu leur album pop, White Pepper, que voici:

Ainsi que leur exercice de style country à la fois respectueux et iconoclaste:

Les musiciens utilisés, tous des vieux de la vieille, des légendes de Nashville, ont enregistré la musique sans savoir ce que les faux frangins avaient l’intention de chanter. Ils ont évidemment été outré lorsqu’ils ont découvert les paroles de titres tels que Piss up a rope :