Fred Pallem & le Sacre du Tympan + Forever Pavot – Le Metronum, Toulouse

Affiche de rêve, on peut le dire, pour le Disquaire Day 2018 de Toulouse, dont le « thème » était François de Roubaix Fred Pallem & le Sacre du Tympan lui ont consacré un album, Forever Pavot en est l’un des plus dignes héritiers. A 5€80 le billet d’entrée, on croit même rêver…

Du coup, je suis très surpris de me joindre à une assistance relativement clairsemée là où je m’attendais à devoir jouer des coudes. Surpris et un peu désabusé, ou résigné : que cette double affiche, à ce prix là, dans ce qui est sans doute la salle la plus confortable de Toulouse (inaugurée en 2014, donc encore neuve pour ainsi dire, acoustique parfaite, ligne de métro qui mène directement à 200m de la salle etc.) attire aussi peu de monde… Je sais bien que le rock (au sens large) est le nouveau jazz mais putain… Bon, ça signifie qu’on peut s’installer tranquillement à l’avant de la salle, sans jouer des coudes encore une fois.

C’est Fred Pallem qui attaque. Si elle compte en son sein quelques fidèles, son Sacre du Tympan est une formation à composition variable : ce soir par exemple, on remarque notamment le clavier Vincent Taurelle que j’avais pu voir aux côtés de Air pour leur tournée 20 years et le Housse de Racket Victor Le Masne à la batterie. New Balance aux pieds, t-shirt Bitches Brew, Pallem est, de même que tout son groupe, en mode casual; davantage en tout cas que lors de pas mal de leurs prestations.

Ils attaquent à 5 « seulement » et malgré une salle à moitié vide à leur entrée en scène (ça va correctement se garnir petit à petit) on comprend tout de suite qu’ils sont pas venus pour beurrer les tartines : hyper en place d’emblée, ils balancent 2 premiers morceaux qui constituent une sorte de fantasme personnel, tout en claviers vintage et basse au médiator, entre Air, Burgalat… et de Roubaix évidemment, puisque la setlist est entièrement constituée de ses compositions. On peut dire que ça joue. Que ça joue TRES BIEN, et c’est un euphémisme. Régalade.

Manque un clavier sur la photo, Vincent Taurelle, il était un peu isolé sur la gauche. Et surtout, je sais pas cadrer.

Pallem introduit ensuite les 3 cuivres qui rejoignent le groupe sur scène et, logiquement, le concert passe encore la vitesse supérieure. Même si j’ai une petite préférence pour ce que le groupe propose en formation réduite, difficile de ne pas s’incliner devant tant de maîtrise, de musicalité… de talent, tout simplement. C’est même assez énorme en vérité, c’est pas tous les 4 matins qu’on a l’occasion d’assister à un concert de ce type et de cette qualité… Il y a quelque chose de profondément généreux dans la démarche de cet homme et de sa formation, qui s’attachent à mettre en valeur la musique des autres mais également à abattre les barrières entre rock, jazz, funk, soul etc. C’est beau.
Simple préférence personnelle là encore, je retiendrai notamment le génial medley de L’Homme orchestre, une de mes bo favorites de François de Roubaix. Piti piti pa.

Idem

Avant de quitter la scène sous des applaudissements très nourris, pour ne pas dire une véritable ovation bien méritée, Fred Pallem annonce Forever Pavot, « sans doute le meilleur groupe en France actuellement » pour reprendre ses propres mots.

Un gros quart d’heure plus tard, le quintet d’Emile Sornin doit donc doublement se montrer à la hauteur : du compliment, et d’une première partie pour le moins impressionnante.

Et comme précédemment, on comprend très vite que les gars ont parfaitement saisi le message : ça joue bien, TRES bien là aussi. Si la filiation avec de Roubaix, et la parenté avec le Sacre du Tympan sont évidents, Forever Pavot se situe dans un créneau plus « rock » (à défaut d’un meilleur terme), plus ouvertement psyché également : les morceaux (très majoritairement ceux du 2ème album, La Pantoufle) sont étirés jusqu’à l’absurde (la dimension Katerinesque de ce même 2ème album) et surtout joués de manière très agressive. Ca joue bien donc, mais surtout, ça joue méchant (quel son de guitare incroyable !). Super bassiste également, à la sympathique tête de rôliste, comme si l’un des potes nerds d’Hervé dans Les Beaux gosses, était devenu musicien. Petit plaisir perso de music nerd justement, il jouait sur la même Fender verte que Nicolas Godin de Air, ça fait plaisir, tsé.

Super prestation donc là aussi, agressive donc mais toujours souple et sur un mode très détendu: s’ils s’amusent à un moment d’avoir eu la pression de devoir passer après leurs talentueux aînés, ils n’ont jamais fait ressentir une quelconque tension ni concentration inhabituelles.  Juste énormément de talent là encore.
Le dernier morceau, Miguel El Salam (tiré du 1er album lui) , s’achève sur une longue jam assez dingue nous menant vers des rivages Airiens, voire Tame Impalaesques : loin de l’image de revivalistes pompidoliens à laquelle on les cantonne parfois, les gars de Forever Pavot sont avant tout des musiciens supérieurement doués et inspirés qui ne se fixent, eux non plus, aucune limite de style, de genre ou de format. Ca calme en tout cas.

Une bien belle soirée donc pour employer un nouvel euphémisme, et surtout le sentiment d’avoir été chanceux d’assister à un telle affiche.

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Juliette Armanet – Le Bikini, Toulouse

2ème passage à Toulouse en moins de 4 mois à peine pour la nouvelle Petite amie de la chanson française. Après le Metronum (salle moyenne) et le Bikini (salle moyenne + ), prochaine étape le Zenith sans doute. Elle aurait d’ailleurs très bien pu y jouer je pense : le Bikini affichait complet une semaine avant le concert et il a été malgré tout décidé de mettre quelques places supplémentaires en vente le jour même. Inédit en ce qui me concerne… Inédit aussi, de mémoire, les portes de la salle ont été laissées ouvertes pour qu’un maximum de personnes puissent assister au spectacle : de fait, pas mal se tenaient dans le sas séparant la salle du hall d’entrée… Tout ça pour dire que les Victoires de la Musique ont évidemment boosté le succès d’un album qui se portait déjà très bien.

Alors c’est pas du tout pour me justifier parce que j’aime vraiment beaucoup certains titres de l’album et que je comprends pas trop le backlash snobinard dont Juliette Armanet fait l’objet depuis quelques mois mais si j’ai choisi d’aller à ce concert, c’est aussi voire surtout parce que j’espérais y voir Ricky Hollywood en 1ère partie. Ricky Hollywood aka Stéphane Bellity, ma révélation française et un de mes albums favoris de l’an dernier, est batteur sur sa tournée et il en assure parfois la 1ère partie.

Mais pas ce soir à mon grand dam : apparemment un concours a été organisé et c’est un gus seul avec sa guitare et quelques effets qui apparaît sous mes yeux lorsque je pénètre dans un Bikini déjà bondé. De loin je trouve qu’il ressemble à Amir et c’est évidemment pas de bon augure. D’ailleurs le type reprend Dormir dehors de Daran et les chaises, c’est dire si on s’en cogne. Il remercie ensuite les organisateurs, Armanet, le Bikini, « surtout après l’explosion d’AZF, c’était pas facile de repartir sur un nouveau projet, c’est pas facile de reconstruire de la chaleur humaine ». Non, c’est pas facile. Un autre truc qui est pas facile : se produire sur scène.

L’entracte dure pratiquement trois quarts d’heure… C’est pourtant pas le genre de concert au cours duquel le bar va pouvoir écouler moult fûts : le public est plutôt jus de pomme. Très féminin évidemment, ça (me) change. Très Grazia. Ca n’empêche pas des odeurs corporelles pas très Petite amie de parvenir à mes narines pourtant pas très sensibles : quelqu’un profite de la forte densité et de la promiscuité pour se laisser aller. A plusieurs reprises. « I can taste it. On my tongue. »

Après quasiment 45 mns donc, le noir se fait et un morceau de Prince retentit (j’ignore lequel, je maîtrise mal le dossier) : le groupe entre en scène et se lance dans un instrumental funky/soft rock des plus moelleux. Les silhouettes des 4 musiciens se découpent sur un beau rideau lamé qui prendra des couleurs tantôt rouges, tantôt bleutées ou dorées : c’est tout simple et très réussi.

La védette les rejoint au bout de quelques mesures, en costume lamé elle aussi, sous une belle ovation. Après avoir salué, elle s’assied derrière son piano et se lance dans Manque d’amour, un de mes morceaux favoris de l’album. Balance approximative (ça sera vite corrigé) mais ça l’effectue. Le groupe est très compétent (euphémisme), bien rôdé (itou) et Juliette Armanet chante parfaitement dès les premières notes.

Ca restera sur ce mode pendant pratiquement 1h30 : incroyable qu’elle joue aussi longtemps avec un répertoire composé d’un seul album, plutôt court qui plus est. C’est bien. C’est tout ? Oui… C’est un peu le problème : c’est bien mais c’est seulement bien. Pas transcendant… Je suis sans doute pas assez fan pour être véritablement transporté j’imagine.

Sur Alexandre, elle fait monter sur scène un type prénommé Alexandre.

Bon, y a un petit truc qui me tient un peu à distance : c’est la distance précisément, qu’elle met parfois lors de sa prestation. Je ne parle pas de son stage banter, qui joue régulièrement sur l’auto-dérision mais de la dérision, du second degré qu’elle introduit dans son interprétation de certains morceaux: sur le superbe Star triste ou sur Samedi soir dans l’histoire, c’est comme si elle se sentait obligée d’en rajouter dans la gestuelle, les attitudes, les intonations, le jeu avec le public pour signifier que oui-ok-c’est-un-peu-cheesy-mais-c’est-un-peu-pour-rire-hein-attention.

C’est dommage selon moi. Sur l’album, on n’a pas cette distance justement, et pour cause, et c’est en partie ce qui fait sa réussite: les plans les plus retro, les morceaux les plus disco et les moins intimes a priori ne s’excusent jamais de l’être et c’est précisément parce qu’ils sont eux aussi exécutés avec la plus grande sincérité qu’ils fonctionnent. Je pinaille et c’est peut-être un sentiment tout personnel mais ça m’a empêché d’être pleinement « dedans » à plusieurs reprises.

Le groupe a quitté la scène sur une belle reprise du I feel it coming de The WeekndDaft Punk, francisée en « Je te sens venir (en moi) » (ça je suis moins sûr). La soirée s’est définitivement close sur une belle version piano-voix de A la folie, autre moment fort de Petite amie. Et c’était une belle soirée malgré tout.

Franz Ferdinand – Le Zénith, Toulouse

Une première en concert pour ce groupe que j’ai, non pas découvert évidemment, mais apprécié sur le tard, à l’occasion de son précédent album, Right Thoughts, Right Words, Right Actions (le 4ème).

Jusque là j’aimais bien mais sans plus. Les tubes quoi, viteuf.
En me penchant d’un peu plus près sur leur discographie (je suis tombé raide dingue du morceau Evil Eye, et de l’album qui l’accompagnait Right Thoughts etc donc), j’ai réalisé que des tubes, ils savaient faire que ça justement. Une efficacité redoutable, une science du riff et de la compo accrocheuse, accompagnés d’un sens visuel vraiment terrible : clips, pochettes, les mecs savent clairement ce qu’ils font, ils ont beaucoup de goût (un détour au stand de merchandising le confirme: tous les t-shirts et posters arborent de superbes visuels/graphismes). J’en suis arrivé à la conclusion que c’était un groupe assez sous-estimé, dont le seul tort est d’avoir obtenu 2-3 gros succès qui lui ont valu de se voir méprisé par les branchagas. Enfin, rien de nouveau.

La première partie est assurée par les excellents François and the Atlas Mountains. J’arrive 15 mns après qu’ils sont montés sur scène, ils la quittent 15 mns plus tard : 30 minutes de concert ?!?!? Putain, vive les grosses affiches dans les grandes salles… Heureusement je les avais déjà vus il y a quelques années (ici) mais j’en aurais bien repris une 2ème fois.

Et donc voilà le « problème »: le concert a lieu au Zenith et tout est calibré au possible. Ca se ressent également dans le public: très sage, limite familial, même si je suis agréablement surpris de voir beaucoup de jeunes, pas simplement des 30-40 ans (pas mal de très jeunes accompagnés par leurs parents aussi). Mais après la 1ère partie, 45 minutes d’attente : faut bien écouler bière et goodies… Et le public qui attend sagement (une majorité est installée dans les gradins), ne s’impatiente jamais, ne réclame pas l’arrivée de ses favoris. C’est pas un concert des Cramps mais merde… D’ailleurs y a des publicités RTL2 un peu partout.

J’arrête de faire mon connard, rien de nouveau là non plus. Je sais bien que c’est la règle du jeu et au fond je suis ravi qu’un groupe aussi créatif et intègre touche un si large public, très hétéroclite: la salle est vraiment bien garnie, je pensais pourtant le groupe un peu moins populaire depuis quelques années. Mais voilà, je suis pas trop habitué aux gros concerts dans les grandes salles, tout ce que ça implique me refroidit toujours un peu.

Après 45 minutes d’entracte donc, Alex Kapranos (cheveux peroxydés bof bof, costume noir cintré/chemise noire/bolo tie très classe) et ses acolytes arrivent enfin. D’entrée, le light show et le dispositif scénique sont superbes.

Ils sont 5: les 3 membres originaux (Kapranos et la section rythmique) plus 2 nouveaux censés remplacer le guitariste-lâcheur Nick McCarthy (parti peu après la tournée avec les Sparks).

Premier morceau: Always Ascending, ouverture impeccable et meilleur titre du nouvel album. Suivent The Dark of the Matinee et Do you want to ? histoire d’enfoncer le clou et de bien faire monter la sauce d’entrée : c’est peine perdue, le public est vraiment très sage… Puis 2 titres du nouvel album (-1 et -1) et le tubesque No You Girls (+3).

C’est un peu le schéma et le problème du concert : c’est terrible sur les tous les morceaux les plus anciens, assez plat sur les titres du nouvel album, leur moins bon. Pas mauvais non mais un peu plat, manque de mordant et d’inspiration. Et sur scène ça pardonne pas évidemment.

Après, la prestation est irréprochable : le groupe donne le change, avec notamment une belle énergie des 2 nouveaux, Kapranos fait le show et chante superbement et, je me répète, le dispositif scénique est vraiment superbe.

 

Sur le très énergique Michael, le public se réveille enfin et ça fait clairement décoller le concert même si l’excitation retombe encore sur les nouveaux morceaux. Take me out hystérique et superbe final sur le doublé Love Illumination/Ulysses. En rappel, le groupe joue Jacqueline qui n’était manifestement pas prévu mais réclamé par des fans. Sympâ. Il nous laisse, définitivement cette fois, sur This Fire.

Au final, c’était bieng. Pas génial, pas mémorable, conforme à ce à quoi je m’attendais pour un tel groupe dans une telle configuration mais bieng et c’est déjà pas mal.

Ty Segall + Destination Lonely + Slift + Les Soldes – Le Bikini, Toulouse

4ème concert de Ty Segall en 3 ans, c’est pas mal. Evidemment, quand on sort en moyenne et au minimum 1 album par an, on tourne beaucoup. Et Ty Segall tourne beaucoup. Et je l’aime beaucoup.

Cette fois c’était dans le cadre d’un mini festival garage qui se tient chaque année au Bikini.

Les Soldes pour démarrer la soirée, pas vus. J’arrive sur Destination Lonely qui remplace Yonatan Gat. Je suis pas en super forme et le son m’agresse littéralement, je sors boire un verre illico. Ce qui m’arrive aux oreilles depuis l’extérieur me donne pas franchement envie de retourner dans la salle.

Puis c’est au tour de Slift de prendre la scène.

Ce que j’ai entendu d’eux, entre Thee Oh Sees et King Gizzard m’a bien plu, je suis curieux de voir ce que ça donne sur scène. Et là, la grosse baffe : un power trio à l’ancienne, hyper en place, hyper précis, qui déroule pendant 45 minutes un garage-psyche certes pas bien original (Thee Oh Sees/King Gizzard encore une fois) mais super prenant et super efficace. Les compos sont pas toujours au rendez-vous mais le groove est là, tendance kraut, et le guitariste joue merveilleusement de tous les effets dont il dispose. Limite ils pourraient jouer que des instrus pendant 1h sans que ça gênerait personne. Ca headbangue, ça slamme, ça ovationne: les mecs ont fait un gros carton auprès du public et c’était foutrement mérité.

Ty Segall était évidemment la tête d’affiche. Il jouait pour soutenir son album sobrement intitulé Ty Segall sorti en début d’année, en compagnie d’une « nouvelle » formation nommée The Freedom Band. J’utilise des guillemets car on y retrouve 2 de ses plus fidèles acolytes: le beau Mikal Cronin à la basse comme toujours, et le très chevelu Charles Moothart, à la batterie cette fois (il est habituellement guitariste). La seconde guitare était tenue par le trop méconnu Emmett Kelly, un type qui mène habituellement l’excellent Cairo Gang, formation acoustique ayant notamment accompagné Bonnie ‘Prince’ Billy (versatile le mec donc). Au clavier, le dénommé Ben Boye qui a également joué avec Will Oldham ou Riley Walker par exemple.

« The Freedom Band », ça ressemble à un nom de groupe américain late 60s et les 20 premières minutes du concert, géniales, le confirment : Ty Segall n’a pas son pareil pour incarner le rock le plus électrique et l’enchaînement des 5 premiers titres, dont 2 nouveaux (Alta et Fanny), laissent entrevoir un grand concert de rock américain encore, qui balaierait aussi bien les Stooges que le Grateful Dead, le Jimi Hendrix Experience ou MC5.

Mais après un Finger d’une violence assez dingue, ça se délite sérieusement et ça prend les travers… du rock américain late 60s: The Warm Hand, long morceau déjà un peu pénible sur l’album sorti cette année est ici carrément insupportable. Une longue jam complaisante où chacun y va de sa petite impro, pffff… C’est d’un chiant. Pas mal de gens reculent dans la salle voire se barrent. Carrément. Ca continue un moment sur ce mode là: le groupe est très détendu, il a l’air de bien s’amuser, nous un peu moins.

Le concert reprend un peu de tenue grâce à des morceaux plus anciens type Caesar mais c’est pas ça… Je suis vraiment pas en grande forme, ça joue beaucoup mais tout ça est bien trop auto-complaisant encore une fois. Feel, l’un des moments forts des concerts de Ty Segall depuis 3-4 ans, sinon LE moment fort, est ré-arrangé dans une version plus lente et syncopée qui le vide de toute sa sauvagerie. Sur son final, il change d’instrument avec Moothart et passe donc derrière la batterie, l’autre empoignant une guitare. Et on s’en fout.

J’ai l’impression que Ty Segall se cherche depuis Manipulator ou plutôt qu’il cherche à proposer autre chose que ce qui l’a mis sur le devant de la scène. Il ne veut pas s’enfermer dans le créneau garage-glam-pop qu’il a investi et dans lequel son talent s’épanouit le mieux selon moi, et c’est tout à son honneur mais le fait est que ce qu’il enregistre depuis est moins abouti, moins intéressant. On a l’impression qu’il se force à saloper ses chansons, qu’il fait tout son possible pour les rendre moins évidentes alors que précisément, lorsqu’il les peaufine, ça donne des classiques tel que le sublime Orange Colour Queen de ce début d’année. Qui démontre qu’il a suffisamment de ressources et surtout de talent pour qu’on ne s’en fasse pas à son sujet.

Teenage Fanclub – Le Metronum, Toulouse

« She wears denim wherever she goes / Says she’s gonna get some records by the Status Quo / Oh yeah / Oh yeah »

Si toi aussi tu as été musicalement formé au début des années 90s, il y a de fortes chances que les premiers mots de The Concept se soient gravés à jamais dans ta mémoire.

(A 2’01, mon solo de guitare préféré de tous les temps, je l’ai joué un nombre incalculable de fois. A la bouche.)

A partir du moment où j’ai entendu cette intro bruitiste suivie d’une mélodie byrdsienne chez Bernard Lenoir sur France Inter un soir de cité U comme tant d’autres, Teenage Fanclub est devenu un groupe phare, fétiche, un de ceux qui m’accompagnent… depuis toujours ou presque maintenant puisque ça fait 25 ans. Un de ces groupes qui n’a selon moi jamais commis un seul mauvais disque, ni même un disque moyen et qui est capable, près de 30 ans après ses débuts (Everything Flows en 1989), de sortir un de ses meilleurs albums (le sublime Here de l’an dernier). Un groupe qui m’a parlé et qui me parle encore intimement comme peu d’autres parmi les formations contemporaines.

Et un groupe qui s’est logiquement ajouté à ma bucket list de groupes à voir sur scène et auprès duquel j’avais jusqu’à lundi dernier essuyé 2 échecs retentissant (le premier en 1992, le second en 2010) donc autant te dire que j’étais un poil surexcité et qu’à ce stade et à ce niveau d’attachement affectif J’ETAIS UN POIL SUREXCITE.

Le concert avait lieu au Metronum, sorte de mini-Bikini, soit une salle flambant neuve (3 ou 4 ans seulement il me semble) très confortable pour le public et sans doute les musiciens (super acoustique). Affluence… correcte, sans plus. Je m’attendais à davantage mais je suis sans doute aveuglé par mon attachement au groupe qui reste un groupe confidentiel, en France en tout cas. Public de quarantenaires, voire plus, majoritairement.

Après une première partie sur laquelle je préfère ne pas m’attarder afin de ne pas gâcher l’ambiance, Teenage Fanclub attaque de manière prévisible avec Start Again. Peut-être ma chanson préférée du groupe donc une de mes chansons préférées tout court. Pour des raisons qui seraient à la fois trop longues et trop embarrassantes à expliquer.

(A 2’27, second solo favori de tous les temps. A la bouche aussi.)

Ouverture prévisible quoiqu’il en soit (les Stones attaquent avec Start me up, Teenage Fanclub avec Start Again, normal dans les deux cas) mais un poil frustrante car comme souvent sur les 1ers morceaux, la balance est pas au top et c’est le cas ici. « Even though / It’s complicated / We’ve got time / To start again », ça me tuera toujours malgré tout, même via le haut parleur d’un téléphone portable. Et puis dès le départ, malgré la balance un peu hasardeuse donc, c’est vraiment “les harmonies vocales pour les Nuls”. Putain le niveau des mecs, comme ça, à froid…

Les mecs d’ailleurs : Norman Blake, son léger embonpoint et sa dégaine très sage d’étudiant sympatoche. Héros pop absolu. C’est lui qui interprète le plus de morceaux : même si le travail de composition (et d’interprétations puisque chacun chante la chanson qu’il a écrite) se divise équitablement, il reste le leader du groupe. Je suis à la fois surpris et ému : je réalise qu’en live, son timbre, ses intonations, son phrasé se rapprochent énormément de ceux de l’un de ses héros (qui se trouve aussi être l’un des miens), Gene Clark.

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Raymond McGinley (qui restera tout le concert sur sa Jazzmaster) très classe avec ses cheveux presqu’uniformément blancs et son allure longiligne, roi du solo neilyoungien

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Gerard Love et son incroyable dégaine d’éternel étudiant endimanché aux fringues mal taillées. Souvent en retrait (au sens propre), ses compositions humbles et plus impressionnistes que celles de ses 2 partenaires seront toujours très chaleureusement accueillies.

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Plus le désormais fidèle Francis Mac Donald à la batterie et un cinquième gars dont j’ignore le nom aux claviers/guitare.

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Bon, dès le 2ème morceau (Sometimes I Don’t Need to Believe in Anything et ses incroyables harmonies à 5 sur le final), tout va bien côté son et du coup… Bah c’est tout simplement parfait. Simplement : Teenage Fanclub, c’est la quintessence du groupe pop/power pop et l’adjonction d’un clavier (très) discret à la formule canonique guitare-basse-batterie, c’est la seule fantaisie qu’on est en droit d’attendre de leur part.
Car l’essentiel est ailleurs : dans ces compositions canoniques là aussi, à la saveur d’éternité comme j’ai pu le lire dans une bio du groupe,  qui, même quand on les connait un peu moins bien (comme celles du dernier album par exemple), procurent ce sentiment qu’on les connait depuis toujours. Pas au sens « pffffffffff, j’ai entendu ce truc mille fois » mais au sens « nom de Dieu, j’ai l’impression de connaitre cette chanson depuis toujours ». Ce qui vaudra aux titres du dernier album de se fondre à merveille dans une setlist composé de tubes issus de TOUS leurs albums (donc une période couvrant presque 30 ans encore une fois) et à un titre tel que I’m in love, d’être aussi chaleureusement accueilli qu’un classique tel que Sparky’s Dream (au hasard). Merde, je parle là d’un groupe capable de composer ces 2 merveilles absolues à 20 ans d’intervalle :

Je ne vais donc pas citer tous les moments forts puisqu’il n’y a eu que ça : le groupe possède une bonne dizaine, au bas mot, de classiques absolus qu’il interprète avec une maîtrise confondante (ces harmonies nom de Dieu, cette symbiose entre les guitares de Blake et McGinley). Mieux, c’est dingue l’énergie et l’enthousiasme, apparemment sincères si l’on en juge par leur attitude et leurs sourires, dont ils font preuve en interprétant des titres qu’ils jouent probablement à tous leurs concerts depuis parfois 25 ans : The Concept par exemple, ils la jouent absolument à chaque fois je suppose, ça peut pas être autrement puisque c’est sans doute LE morceau qu’on retiendra d’eux et pourtant voilà, ils sont à fond, 25 ans après et c’est ce qui ajoute de l’émotion à ce grand moment.

Je vais pas tout citer, promis, mais des titres des albums « du milieu », comprendre des albums un peu négligés car un poil en dessous de leurs chefs d’oeuvre Bandwagonesque, Grand Prix ou Songs from Northern Britain ( je parle là d’albums tels que Howdy ou Man-Made) ont pris une dimension étonnante (It’s all in my mind, Dumb Dumb Dumb).

Et quel rappel ! Je m’attendais pas du tout à ce qu’ils remontent aussi loin dans le temps et avec une telle ferveur : God Knows It’s True, Radio (de leur très sous-estimé 3ème album, Thirteen) et pour finir, Everything Flows, leur premier single, à 3 guitares, avec de vrais accents de Crazy Horse dedans.

1h45 de perfection pop, tout simplement, avec humilité, élégance et enthousiasme.

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Katerine – Odyssud, Blagnac

Quelques mots sur le très beau concert donné par un des grands héros granderemisesques, Katerine (dont j’ai déjà parlé ici, ici et même ici) mardi soir à Blagnac.

Blagnac, c’est la proche banlieue de Toulouse. Banlieue cossue : c’est là que siègent les usines et bureaux d’Airbus et de diverses autres sociétés du secteur aéronautique ou aérospatial. Odyssud, la salle de spectacle de la commune est donc un lieu cossu lui aussi, à l’image de cette neo-bourgeoisie d’ingénieurs, techniciens qualifiés et chefs de projets en tous genre qui forment une bonne partie de la population de la ville. C’est une salle confortable.
Public très hétéroclite : des jeunes, des vieux, des au-milieu, des enfants, des mecs, des filles, c’est très mélangé sans qu’aucune catégorie ne domine de manière écrasante (ok, peut-être celle des au-milieu i.e. celle de la génération de Katerine qui se trouve être aussi la mienne).

La salle et la scène sont plongées dans le noir : Katerine apparaît déambulant dans les premiers rangs, identifiable et repérable à la seule couronne de lumière qu’il a sur la tête. Il monte sur scène, rejoint par la pianiste Dana Ciocarlie. Ils sont tous deux vêtus comme dans un conte de fées un peu loufoque : on peut légitimement penser au Peau d’Âne de Jacques Demy.

J'ai pas trouvé mais fait moi confiance : il y avait du Jean Marais en roi dans Peau d'âne
J’ai pas trouvé mieux comme photo mais fait moi confiance : il y avait du Jean Marais en roi dans Peau d’âne

Tout le concert (piano-voix donc, avec quelques bruitages additionnels sur quelques titres) sera conforme à cette amorce à la fois drôle, absurde, poétique et élégante. Toujours aussi généreux, Katerine se livre avec une grande intensité et la fausse impudeur qu’on lui connait désormais : il donne une vraie performance au sens théâtral du terme et on comprend définitivement qu’il est devenu un vrai et bon comédien (les films dans lesquels il est apparu, Gaz de France et La Tour de contrôle infernale par exemple cette année, le démontraient déjà). Les titres du dernier album (Katerine : le film) prennent chair, ceux du génial Philippe Katerine passent brillamment le test impitoyable du traitement piano-voix. Si j’étais un connard de publicitaire, web-marketeux ou je-bosse-dans-la-comm de merde (coucou si vous me lisez), je dirais qu’il « raconte une histoire, tu vois », toujours plus intime et organique : la paternité, la filiation, l’héritage mais aussi l’aliénation du quotidien, autant de thèmes qui lui sont chers et qui sont ici déroulés via une setlist et une véritable mise en scène des plus précises sous l’apparent dilettantisme.

Le visuel "officiel" de la tournée
Le visuel « officiel » de la tournée

Quel bonheur aussi d’entendre des titres connus par cœur et dont on n’attendait plus rien de nouveau (c’est la 5ème fois que je le voyais sur scène), être réinventés par un traitement inédit et contre toute attente des plus adapté  (Patati Patata!, 20.04.2005 ie « Marine Le Pen« , Poulet N°728120). Superbe.

Enfin, il y a tout simplement Philippe Katerine lui-même, ou Philippe Blanchard, on ne sait plus très bien : drôle, intelligent, sensible, généreux, touchant. Il livre sur cette tournée et pendant près de 2h une sorte de spectacle total, à la fois musical et théâtral, un tour de chant plus qu’un véritable concert, hors normes, avec, je me répète, une vraie performance d’interprète (il chante merveilleusement bien) mais aussi de comédien. Superbe, vraiment.

Le concert s’achève à la seule lueur d’une bougie sur Moment parfait et il l’est véritablement. Bravo Philippe et merci  ❤

Wilco – Casino de Paris, Paris

Wilco figure sans problème parmi mes groupes contemporains favoris et mes groupes favoris tout court. C’est aujourd’hui une belle exception americana alors que je n’écoute pratiquement plus ce genre dont j’ai l’impression d’avoir fait le tour si je dis le choses de manière un peu présomptueuse, ou qui ne me parle en tout cas plus comme il a pu le faire par le passé pour dire les choses plus justement. Mais Wilco c’est précisément bien plus que de l’americana (tout comme Bill Callahan ou Bonnie « Prince » Billy, autres rescapés de mon nettoyage par la pop).

J’ai découvert le groupe via Summerteeth, son album le plus pop justement, et depuis, pas une erreur de parcours pour moi.
J’entends certaines critiques des fans de la 1ere heure (jusqu’à Summerteeth inclus justement, et le renvoi de Jay Bennett), je lis les mots «dad rock», «middle of the road», «pantouflard» ou «Tweedy a pris du bide». J’ai simplement envie de répondre qu’à l’heure ou le leader du groupe, Jeff Tweedy donc, va entrer dans sa 30ème année de carrière, j’aimerais qu’on me cite un autre groupe/artiste qui peut se targuer d’une discographie aussi solide après 3 décennies.
Ok, bien sûr, on ne retrouvera sans doute plus la fièvre ni l’urgence de Being There (encore que, Stars Wars l’an dernier, merde quoi!) : Wilco est aujourd’hui sûr de son talent et déroule plus qu’il ne chamboule mais bordel, les brancards ils ont suffisamment rué dedans comme ça. Quand on écoute des albums relativement mineurs à l’aune de leur discographie, tels que Wilco (The Album) ou The Whole Love, quand on constate leur niveau intrinsèque bordel, quand encore aujourd’hui on écoute un album tel que Schmilco, qui met à l’amende une bonne partie de ce qui est sorti cette année, ben merde alors oh faut pas déconner quand même hein.
C’est aussi mettre un peu vite de côté les avanies personnelles connues par le principal intéressé (migraines, addiction aux anti-douleurs, dépression chronique) : si elles sont pour beaucoup dans les moments les plus déchirants d’un album comme A Ghost Is Born, on va quand même pas lui reprocher de s’en être débarrassé et d’avoir enfin trouvé la sérénité… Depuis la guérison de Tweedy et sa stabilisation dans la formation qu’on lui connait actuellement (un peu plus de 10 ans), Wilco démontre simplement selon moi ce que c’est que de s’épanouir, de mûrir et de bien vieillir dans le rock.
Et oui, Jeff Tweedy a pris du bide.

La photo officielle de 2016
La photo officielle de 2016

J’ajouterai, et c’est très important dans ma relation et mon attachement à ce groupe, que ces mecs sont des mecs bien (comme disent les anglo-saxons « decent people »). Ils sont là, ils font leur truc, tranquille. L’an dernier par exemple, ils offrent un album en téléchargement gratuit (Star Wars), en expliquant qu’ils le font parce qu’ils peuvent le faire, tout simplement; qu’ils ont suffisamment vendu, qu’ils font plein de concerts dans des grandes salles donc voilà, cadeau, si vous voulez acheter un album, piochez plutôt dans cette liste de recommandations. Mince, c’est pas l’élégance absolue ça ? Les mots prononcés par Jeff Tweedy sur scène, leur attitude générale, entre eux, envers leur public confirmera ô combien leur classe et leurs qualités humaines.

Wilco a joué à Paris il y a 4 ans. J’avais longuement hésité à y aller, avant de finalement renoncer (aujourd’hui encore je me demande bien pour quelle raison…). Des échos amis ayant fait part d’une prestation et d’une soirée exceptionnelles, je m’en suis longtemps voulu de ne pas avoir pris la décision de m’y rendre. Donc quand j’ai vu il y a plus d’un an qu’ils repasseraient par Paris, j’ai pas hésité une seule seconde, j’ai pris mes billets plusieurs mois à l’avance.

Le concert avait lieu au Casino de Paris. J’ai raté William Tyler qui n’a joué qu’une demie heure en ouverture, arrivée un gros quart d’heure avant l’entrée en scène de Wilco. Belle salle. Public très majoritairement masculin et trentenaire-quadragenaire. Je vois même des mecs qui pourraient être mon père, ça fait très longtemps que ça m’était pas arrivé.

20h30 pétantes, Nels Cline et sa longue silhouette précédent Jeff Tweedy, plus rondouillard que jamais donc. Il a opté pour sa tenue fétiche : chemise en jean ouverte sur marinière et bien sûr son désormais indispensable chapeau.
Et lève pas les yeux au ciel, c’est important ça mon vieux, trrrrèèès important même parce que cette tenue synthétise et symbolise à merveille ce qu’est Wilco aujourd’hui : la chemise en jean du rock américain, la marinière de la pop et le chapeau pour l’élégance. Il y aurait beaucoup à dire sur ce seul chapeau en vérité: c’est pas un chapeau de cow boy, c’est plus fin et élégant que ça, c’est Wilco à lui tout seul. Oui, j’adore ce chapeau et oui, je tape des séries de mots improbables dans Google pour choper de quel modèle il s’agit, quelle marque etc. J’ai une «tête à chapeau» comme on dit (comprendre : je suis chauve), je suis sûr qu’il m’irait à merveille.

Ca c'est un beau chapeau
Ca c’est un beau chapeau nom de Dieu

Cline et Tweedy prennent donc la scène et attaquent le set avec Normal American Kids. Le son est clair («limpide… comme du cristal»), enveloppant. La scénographie est délicate, ils ont l’air de jouer au cœur d’une belle forêt. C’est, déjà, superbe.
Alors que le morceau s’achève, le reste du groupe à savoir Mikael Jorgensen aux claviers, John Stirratt à la basse, Glenn Kotche à la batterie et Pat Sansone à la guitare/piano/banjo/autres, les rejoignent. Ils enchaînent avec If I Ever Was A Child et Cry All Day du dernier album puis I am trying to break your heart, premier «tube» qui reçoit une belle ovation. Art of Almost, Pickled Finger, ça déroule, c’est irréprochable. Manque un petit truc quand même, on sent le groupe sur des rails, un peu sur la réserve. En maîtrise totale mais seulement en maîtrise.

mde
Un type interpelle Tweedy alors qu’il prononce ses premières paroles, il dit qu’il a des réserves sur Donald Trump. Tweedy s’en amuse et rétorque qu’il a plus que des réserves: «I’m shitting my pants!» conclut-il.

Je sais pas si c’est à partir de là que le groupe se lâche, ça serait peut être un peu facile de l’interpréter de cette manière mais toujours est il qu’à un moment donné, A UN MOMENT DONNÉ… Mon vieux… Le carnage. La boucherie.
Des mecs, musiciens supérieurement doués et sensibles, montrent ce qui fait d’eux des musiciens supérieurement doués et sensibles. Des mecs au dessus de la mêlée. Ensemble, toujours. Cline expérimente constamment avec subtilité et sauvagerie à la fois,  Kotche sue comme un dingue (il finit les 2h de concert comme s’il avait disputé 5 sets sous le cagnard de l’open d’Australie), tire des breaks et sonorités incroyables de son drum kit minimaliste, Sansone passe d’un instrument à l’autre avec souplesse, Jorgensen et Stirratt assurent les arrières. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l’influence discrète de ce dernier, dont on oublie souvent qu’il est co-créateur du groupe avec Tweedy, et qui est le seul à l’accompagner depuis plus de 20 ans. Il double souvent sa voix, il est celui qui a fait entrer Pat Sansone dans le groupe, l’a ouvert sur le soft rock et un son plus chaud. Tweedy quant à lui, chante et orchestre tout ça avec maestria, amiral d’un vaisseau souverain, complexe et opulent. C’est génial. Ces mecs sont géniaux. Impossible Germany putain… Tout le monde l’attend celle là, tout le monde sait pertinemment que c’est un moment fort des concerts de Wilco en raison du solo fou que Nels Cline y prend… Ce qui s’est passé hier soir sur ce titre là est difficilement descriptible : quand tu crois que le mec vient de créer sous tes yeux la Chapelle Sixtine des solos de guitare modernes, la coda qui suit, avec son riff interprété par les 3 guitaristes à l’unisson te met encore plus à genoux. Immense bonheur purement musical, intense émotion artistique. Tweedy ne s’y trompe pas, qui demande une ovation pour son guitariste en s’inclinant et en ôtant son chapeau pour le saluer.

Je vais pas citer tous les grands moments qui s’enchaînent sans répit jusqu’à la toute fin. Grosse émotion personnelle lorsque résonnent les premières notes d’un Either Way que je ne pensais absolument pas entendre. Je me souviens comme si c’était hier de la première fois que j’ai entendu ce morceau et de l’émotion que ce fut, alors que j’étais pourtant déjà très fan du groupe. Une des chansons qui me touchent le plus, toutes périodes et tous genres confondus. Entendre ses premières notes hier soir c’était clairement l’instant tu-essaies-tant-bien-que-mal-de-pas-passer-pour-une-lopette-au-milieu-de-tous-ces-mecs-sérieux. J’ose pas imaginer ce que ça aurait été s’ils avaient joué One Wing ou Hell Is Chrome.

Comme s’il était enfin totalement à l’aise, les interventions de Jeff Tweedy se mettent au niveau : lorsqu’il demande si on passe un bon moment et qu’après une approbation rugissante de la salle quelqu’un lui retourne la question, il commence par expliquer un peu pince sans rire que oui, ça va sans dire, c’est leur seul moment de bonheur de la journée, avant de confesser avec humour en quoi consiste ces journées justement, pour finir en expliquant que s’il s’adresse à nous en anglais et non en français à son grand regret, c’est parce qu’il s’est fait jeter du cours au lycée. Et de conclure son chaleureux et amusant speech, grand seigneur, en nous remerciant d’avoir été assez assidus en anglais pour lui permettre de se faire comprendre dans sa langue à lui. Qu’est ce que j’aime ce mec nom de Dieu.

Wilco casino de paris
A partir d’un moment donné donc, concert grandiose basé sur une setlist impeccable dont un néophyte aurait peine à différencier les «tubes» anciens (Box Full of Letters bon sang !!), des titres les plus récents : quand on voit l’effet que produit et l’accueil que reçoit un Random Name Generator sorti l’an dernier par exemple, on comprend que Wilco se permette le luxe de nous dispenser de A Shot in the arm, l’un de ses titres les plus populaires et efficaces sur scène depuis de nombreuses années.
Sur le 2ème rappel, Tweedy accueille William Tyler pour une version de California Stars bonne comme le bon pain et prompte à soutirer un sourire bienveillant à la plus immonde crapule. A ce moment précis, tout le Casino de Paris les voit ces california stars.

Et c’est la fin. 2h plus que pleines qui passent comme dans un souffle, à la fois chaleureuses, stimulantes et euphorisantes. Et un groupe qui prouve une fois de plus qu’il est un bon groupe (euphémisme intended) mais surtout un beau groupe (idem).
Grandiose, vraiment et dans le top de mes concerts inoubliables. Pour leur prochain passage en France, je n’hésiterai pas non plus.