This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 2

Giant Sand, Ariel Pink, Sun Kil Moon et Divine Comedy en têtes d’affiche de la 2ème journée de This Is Not A Love Song à Nîmes : difficile de faire plus éclectique. Une programmation des plus roboratives. Tinals met les bouchées doubles pour cette nouvelle édition.

Merde, j’ai planté, je me crois dans Télérama.

Hipster, nul à chier, dément, n’importe quoi, sans déconner, DTC, Zooey Deschanel, Wes Anderson, Real Madrid.
Voilà, ça va mieux.

Aquaserge dans la grande salle pour débuter la journée.
Aquaserge est un groupe toulousain, je les ai vus en concert à de nombreuses reprises. J’étais très curieux de les revoir pour la 1ère fois depuis un an, après la sortie de leur 1er album (A l’amitié), après, surtout, leur 1ère véritable tournée. Et comme je m’y attendais, ils ont énormément progressé : tout le monde est hyper bien en place, les enchaînements absolument déments, et par conséquent, servie pas l’excellente acoustique d’une véritable salle de concert, leur pop hybride mêlant influences retro, prog et jazz rock (on peut aussi bien songer à Stereolab, pour qui ils avaient d’ailleurs ouvert il y a quelques années, qu’à Gong, pour situer) prend littéralement forme sous nos yeux. Une forme ronde, élastique et mouvante, en constante évolution. Excellent concert donc, l’un de ceux que je retiendrai sur ces 3 jours.

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Je vais faire un saut à l’extérieur pour jeter un oeil à Twerps : c’est mignon, c’est bien fichu mais je m’attarde pas trop, j’en ai un peu marre de ce revival indie pop 90s, guitares graciles et mélodies un peu floues. Et puis Giant Sand à suivre.

La grande salle est bien pleine pour accueillir un des groupes phares et cultes de l’americana, avec un public plus âgé et très masculin. Un mec dans l’assistance gueule « Teuksone ! » lorsque le groupe débarque. Howe Gelb, très charismatique, présente d’emblée chacun de ses musiciens et rappelle ainsi à tout le monde que Tucson se prononce « toussonn ».
Et c’est parti pour une grosse heure de country-folk-rock racé et classieux qui rappelle à chacun que Giant Sand fait bien partie des pionniers et des tous meilleurs représentants de ce genre aujourd’hui fermement établi. A mi-concert, Gelb s’assied au piano, seulement accompagné de sa section rythmique, pour un passage limite piano bar qui me convainc modérément. Le reste du groupe le rejoint pour un final plus rock qui finit de mettre l’assistance à genoux. Ca sera pour beaucoup le meilleur concert du festival. Pas pour moi : c’est excellent, mais surtout dans la 1ère partie en fait, après ça se délite un peu. Et Howe Gelb a beau avoir une présence phénoménale, avec des interventions toujours très drôles, pertinentes, spirituelles, je reste un peu sur ma faim. Disons que ça ne m’a pas totalement bouleversé. Mais ça restera un des moments forts du festival, et c’est une grande chance que d’avoir pu assister à un concert de ce groupe.

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Allez hop, je traîne pas, je veux absolument voir Ariel Pink sur la grande scène extérieure.
Compliqué Ariel Pink évidemment, très compliqué… Insupportable personnage la plupart du temps (gros poseur ? véritable dingo ? Mystère…) mais du talent, c’est indéniable, et des fulgurances créatives qui le rendent, au minimum, intrigant. Ils sont super nombreux sur scène (7 ou 8, je sais plus ezactement) et mettent énormément de temps à se mettre en place :  je crains le pire. D’autant qu’ils jouent fort, TRES fort : les bouchons d’oreille sont de sortie dans une large proportion du public. Mais très vite, ça se met en place : ça passe constamment du coq à l’âne, de la pop déviante au hair metal en passant par le punk rock ou l’electro vicieuse mais ça tient étonnamment bien la route, ça prend du sens au fur et à mesure. Je ne m’y suis à mon grand regret encore jamais rendu mais pour moi, Ariel Pink, c’est la bande son du Los Angeles des années 2010 : une ville hybride, à la fois crade, glamour et complètement tordue. Il en est en tout cas un excellent ambassadeur.

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Je tente ensuite de me rendre au set de Wand dans la petite salle mais c’est peine perdue, la file d’attente pour entrer est à nouveau décourageante. Dommage, j’aurais bien aimé assister au concert de ces protégés de Ty Segall.

Je me rapatrie donc vers la grande salle où le concert de Sun Kil Moon a déjà débuté. Je comptais pas y assister, ça me gonfle Sun Kil Moon… C’est du folk hyper narratif et plombant, c’est pas pour moi. Surprise : Mark Kozelek, l’homme derrière ce nom primesautier (et derrière feu Red House Painters), est accompagné de 2 guitaristes et d’un batteur. Je pensais qu’il se produirait seul, en musicien qui fait jouer ses mains sur un morceau de bois. Il arpente la scène comme un lion en cage, déclamant ses textes décrivant essentiellement, le deuil, le sentiment de perte et autres joyeusetés, de manière hyper agressive. Intrigant… Entre chaque morceau, il invective le public, lui demandant constamment de se taire (« stop whispering »). Il cherche la confrontation, c’est évident, il s’en amuse. On songe par moments à un Springsteen minimaliste et janséniste, aussi austère et « malaimable » que Bruce est généreux et exubérant. Je peux pas dire que ça me plaît mais je suis curieusement comme hypnotisé, je n’arrive pas à m’arracher de mon siège (oui, je suis au balcon, confortablement assis, comme au cinéma, et comme le vieux que je suis). C’est un moment fort finalement, l’un de ceux que je retiendrai…

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Je sors néanmoins un peu avant la fin, je ne veux absolument pas manquer une seconde du concert de Divine Comedy sur la grande scène extérieure.
J’ai déjà expliqué ici l’importance qu’à ce groupe pour moi, l’affection que je porte à Neil Hannon. Divine Comedy, c’est aussi un sublime concert de 1996 au Bikini, à l’époque où le groupe se produisait avec une formation classique complète (une trentaine de musiciens de mémoire) : je ne peux pas nier la dimension nostalgique que revêt la prestation de ce soir même si je continue à suivre, et à trouver excellente, une carrière qui a connu quelques bas, mais qui est à nouveau très intéressante sur les derniers albums.
Ce soir c’est formation réduite : basse, batterie, clavier, Neil Hannon à la guitare (acoustique le plus souvent) et… un accordéoniste pour les parties de corde. J’ai peur mais ça l’effectue parfaitement en réalité, je suis rassuré d’entrée : Absent Friends, cavalcade-ode à l’amitié qui me touche énormément. Sur les titres les plus cabarets, où Neil Hannon nous rejoue son numéro de petit Brel irlandais, je trouve ça un peu too much mais c’est beau.
Et puis c’est con mais y a une très belle ambiance dans le public : essentiellement des fans de la 1ère heure, des trente-quarantenaires donc, tranquilles, un sourire un peu couillon aux lèvres (j’arbore le même air de ravi de la crèche), simplement heureux d’être là (je le suis moi aussi). La setlist s’apparente à un best of (Songs of Love, Becoming More Like Alfie, Your Daddy’s Car, Generation Sex, Bang Goes the Knighthood). Il annonce The Summerhouse, je sens que je vais craquer. Ah non, finalement, il s’est planté, elle arrive un peu plus tard. Mais il finit par la jouer, elle est sublime… Cette chanson me touche énormément, elle me met immanquablement les larmes : c’est dire si j’ai l’air con ce soir.
Entre chaque morceau, Neil Hannon (qui boit évidemment du vin rouge dans, évidemment, un très joli verre à pied) s’adresse au public : il est drôle, fin, spirituel, élégant et proche à la fois. Nous sommes entre gens de bonne tenue mais ça n’est jamais corseté ou trop sage, ça ressemble plutôt à une réunion de vieux amis. Sur Alfie, il rate le solo final, s’en amuse, s’en excuse, et en conclut que ça serait le moment idéal pour crasher sa guitare sur son ampli. « But not me : I was brought up well ». Voilà : de l’humour, de l’auto-dérision, une musique exquise, des refrains à reprendre en choeur, c’est un très beau moment. Qui se conclut pas un Tonight We Fly, chanson d’amour absolue s’il en est dans un répertoire qui en compte un bon paquet, des plus approprié et célébré comme il se doit.

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J’aimerais bien voir Bagarre dans l’absolu, The Juan Mc Lean aussi, mais non, j’ai envie de rester là dessus (et puis je suis un peu fatigué aussi, faut dire ce qui est).
Ca fait beaucoup de groupes, de bons groupes, de très bons groupes même, c’est à la fois très grisant et frustrant, j’ai l’impression de courir, de ne pas en profiter comme il se doit : comme quand on se tape Alison Brie et Charlize Theron 3 ou 4 super films dans la même journée.

Alors ciao, bonne nuit, à demain. Et merci Neil

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