L’Homme qui tua Don Quichotte – critique

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout? (Allociné)

Le carton qui ouvre L’Homme qui tua Don Quichotte (je n’ai pas son contenu exact en tête mais en gros: « et après plus de 25 ans, nous y voilà enfin blablabla ») n’augure rien de bon : manière de s’enlever la pression pour la transférer sur les spectateurs (« rendez-vous compte, plus de 25 ans! Gardez bien ça à l’esprit lorsqu’il s’agira de juger le film »), il opère une sorte de chantage affectif assez minable qui m’a bien gonflé. Déjà.

Après… bah, j’ai vite été fixé. Dès les premières minutes en vérité. Du coup j’ai eu plus de 2h pour essayer de me souvenir quand j’avais passé un aussi sale moment dans une salle de ciné : en vain. Honnêtement, je m’en souviens pas. Peut-être Holy Motors et encore. 6 ans et environ 400 films donc.

OK, j’ai jamais été un grand amateur du cinéma de Terry Gilliam dont je sauverais simplement le travail avec les Monty Pythons et, à la limite, Brazil. A la limite. Parce que ça a dû prendre un sacré coup de vieux.

Tout ça pour dire que je ne sauve rien non plus, ou presque, de L’Homme qui tua Don Quichotte,  l’une des plus célèbres arlésiennes du cinéma (qui n’en est donc plus une).

OK, le duo Adam Driver/Jonathan Pryce joue le jeu à fond, se donne bien du mal et s’en tire avec les honneurs. Mais autour d’eux… C’est d’une complaisance, d’une laideur (qu’est-ce que c’est laid nom de Dieu !), d’une facilité sidérantes sur le motif de la réalité et de la fiction qui s’entremêlent jusqu’à la gerbe plus soif. Et qu’on ne vienne pas me parler « d’énergie, de formidable enthousiasme à filmer, de joie de créer » comme j’ai pu le lire chez celles et ceux qui défendent le film : y a aussi beaucoup « d’énergie, de formidable enthousiasme à filmer, de joie de créer » dans les premiers films ratés et irregardables de tous les aspirants cinéastes de la planète. Au niveau desquels je situerais donc L’Homme qui tua Don Quichotte qui restera pour moi comme un énorme ratage et une matérialisation parfaite et définitive de l’expression « tout ça pour ça ».

Sinon j’ai également vu En guerre: médiocre et d’une facilité désespérante lui aussi, il réussit la prouesse, dans son court épilogue, de franchir plusieurs paliers, pour atteindre celui de l’abjection. Costaud.

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Death Wish – critique

Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci. (Allociné)

Passée la question, non avenue pour cause de réponse trop évidente, du pourquoi un remake de Death Wish en 2018 (parce qu’Hollywood ne sais plus faire que 3 choses, sequeler, prequeler et remaker, voilà pourquoi), la question qu’on est en droit de se poser est « comment ? » : le débat sur les armes à feu et sur le travail de la police, concomitant de celui de l’auto-justice qui préside le film, n’a sans doute jamais été aussi vif aux Etats-Unis, notamment après que les survivants lycéens de la tuerie de Parkland en Floride s’en sont saisi de manière aussi courageuse qu’énergique. Et cette question, traitée, même en creux, par un réalisateur tel qu’Eli Roth, on est en droit d’avoir un peu peur, ou du moins de se méfier. J’ai rien contre lui, même si j’aurais plutôt tendance à le trouver assez puéril, m’enfin, c’est pas le type le plus responsable ni subtil qui soit a priori pour s’emparer d’un tel film et d’un tel sujet.

Quant au pourquoi je suis allé voir ça en pleine période de sorties cannoises : tu veux quand même pas que j’aille voir le dernier Christophe Honoré ? Soyons sérieux.

« Go ahead Christophe, make my day »

Death Wish 2018 donc : passée une ouverture brillante, bien tendue comme il faut (un flic fonce dans le trafic dense de Chicago pour emmener son coéquipier gravement blessé aux urgences) qui pose d’emblée une intéressante question morale (pas de spoiler), le film garde cette même ligne et ce même niveau: à la fois prenant et stimulant, il se révèle étrangement… subtil, je sais pas, mais en tout cas loin d’être con.

Attention: on n’est pas dans un film à thèse (et heureusement) et la position d’Eli Roth quant à la question centrale du film (a-t-on raison, lorsque la police se montre impuissante, de prendre les choses en main et de se faire justice soi-même?) reste en suspens sinon plutôt ambiguë. On peut toutefois accorder à Death Wish une résolution maligne qui lui permet de botter en touche sans avoir pour autant l’air de refuser de répondre à la question.

Quoiqu’il en soit, et même si le film reste un divertissement, Eli Roth (et son scénariste Joe Carnahan) disent et montrent des choses pertinentes sur notre époque, sur l’atmosphère actuelle aux USA et plus particulièrement sur la façon dont les media et les réseaux sociaux s’emparent de ce type d’histoires et de débat. Bien senti.
Voir aussi comment est traitée la, cruciale donc, question des armes à feu, de leur possession et de leur acquisition, à travers le personnage interprété par Bruce Willis, sa position et son évolution à ce sujet dans le film (même si là encore, Eli Roth préserve une certaine ambiguïté, pour ne pas dire plus, mais c’est pour ainsi dire indispensable dans un bon vigilante movie).

Dans le pur aspect « divertissement », Death Wish donne également le change, même si le scénario a du mal à s’écarter d’un sentier forcément et doublement balisé : par l’appartenance à un sous-genre bien précis, le vigilante movie donc, et par sa nature de remake. Il faut donc chercher la subversion dans des petites annotations de sale gosse (la publicité pour le magasin d’armes à feu, l’écran télé lorsque Willis pénètre chez le receleur, etc.) mais aussi dans les dialogues, le montage et le style braillards, impurs d’Eli Roth, dont on sent à chaque instant qu’il est issu du cinéma bis (même, voire surtout dans les scènes classiques et convenues du bonheur familial de la toute première partie).

Un mot enfin sur le beau personnage du frère de Bruce Willis, interprété par le toujours excellent Vincent d’Onofrio (private Whale dans Full Metal Jacket), qui apporte une petite touche émouvante et naturaliste à la fois. Et un mot bien sûr sur Bruce lui-même, toujours minimaliste, impeccable, dont le corps lourd et vieillissant est parfaitement approprié et utilisé.

Je comprends pas que Death Wish se fasse démonter de partout : j’ai vraiment passé un bon moment devant un film à la fois divertissant et loin d’être con, alors que je n’en attendais pas grand chose. Bonne surprise donc.

Avengers: Infinity War – critique

Les Avengers et leurs alliés devront être prêts à tout sacrifier pour neutraliser le redoutable Thanos avant que son attaque éclair ne conduise à la destruction complète de l’univers. (Allociné)

J’allais commencer en posant une question légitime selon moi (« est-ce encore du cinéma? ») et je constate que le pitch « officiel » i.e. celui disponible sur Allociné, fait 2 lignes. Bon.

Et à la fois, le pitch est juste, il dit tout, y a pas tromperie sur la marchandise.

Bon, et donc: est-ce qu’on peut encore parler de cinéma devant un film tel que Avengers: Infinity War ? Si on considère que le cinéma n’est qu’artifice, alors oui, évidemment. On serait même devant un genre d’épitomé… du genre (y a-t-il un seul décor « naturel » dans ce film i.e. autre chose que des fonds verts? Même Édimbourg a l’air étrangement factice.)

Et j’ai aucun problème avec ça, ni avec le tout-spectaculaire dont la série des Avengers (et les films Marvel en général dans une moindre mesure) s’est faite le nouveau parangon. J’ai suffisamment vanté les mérites de certains blockbusters ici-même et puis oh, j’ai pas à me justifier non plus, t’es pas ma mère.

Mon problème avec Avengers: Infinity War est autre mais il est inévitable en un sens, consubstantiel à ce que Marvel construit depuis plus de 10 ans: j’ai eu l’impression de me retrouver devant un gigantesque épisode de série. En effet, le film fait suite aux 2 premiers volets bien sûr, mais également aux autres « épisodes » (tu vois…) de la saga Marvel. Il reprend ainsi les choses très exactement là où Thor: Ragnarok les avaient laissées, il en constitue la suite directe et immédiate.

Mieux : avec sa durée plus-longue-que-la-tienne (2h30 cette plaisanterie quand même), j’ai eu le sentiment de visionner la saison d’une série. Genre 5 épisodes de 30 minutes chacun, bien scandés. Alors ouais du coup, bof bof cette nouvelle saison des Avengers: j’ai bien aimé les 2 premiers épisodes, le dernier aussi mais entre les 2 je me suis un peu fait chier. Comprendre: j’aurais bien sabré 1h ou pas loin…

Après oui, je dis pas, c’est relativement fluide, tout le monde a sa place, son petit moment de bravoure, sa petite réplique qui fait mouche. Et c’est spectaculaire évidemment mais ça c’est quand même le minimum syndical non ? Quoiqu’il en soit, le crossover promis, vendu et priapisé par la geekosphère l’effectue relativement. Nom de Dieu, y a même Peter Dinklage dans un rôle de nain géant (mouarf). Peter Dinklage, de cette série là… Cette série qui depuis 2-3 saisons nous livre régulièrement des épisodes absolument épiques qui n’ont rien à envier aux blockbusters les plus spectaculaires…

Je sais pas, c’est peut-être un débat de vieux con et j’imagine que la grande majorité des spectateurs qui vont prendre un plaisir sincère devant Avengers: Infinity War n’en ont rien à cirer mais des séries qui ressemblent à des films et des films qui ressemblent à des séries, moi ça me chagrine un peu. L’impression que la geekosphère, après la revendication légitime d’une reconnaissance accrue, avait engendré un monstre, mi-cinéma, mi-série donc, mi-noble, mi-impur, qui fait que tout se ressemble, tout se vaut. Peut-être suis-je trop vieux pour ces conneries, tout simplement.

Pour en revenir au film lui-même, la 1ère demie-heure est donc assez cool, entre scènes d’action qui défouraillent bien et dialogues percutants. Dans la lignée de Thor: Ragnarok encore, pour moi la meilleure séquence du film est de loin celle du sauvetage de Thor par les Gardiens de la Galaxie, avec des passes d’armes Chris Hemsworth/Chris Pratt vraiment très drôles.

A vrai dire, je regrette que le film ne se soit pas cantonné à ce registre car après ce cette longue mise en place réussie donc, Avengers: Infinity War se sent comme obligé de densifier son propos, de le rendre plus adulte. C’est ce que je nommerais la « tentation shakespearienne » avec de loooooooongues scènes consacrées à des dilemmes existentialo-familiaux qui pour moi ne fonctionnent pas du tout: les caractères/personnages ne sont pas assez fouillés (et les dialogues pas assez brillants là pour le coup) pour susciter mon intérêt, à défaut de mon émotion. Que BIP soit obligé de tuer BIP pour obtenir BIP et que ça le torture et blablabla, pffffff… Je m’en cogne.

Ce long tunnel adulte et aux aspirations plus classiques est plus ou moins rattrapé par une fin relativement inattendue et j’en dirais pas plus car je me suis promis de pas spoiler. Mais après l’inévitable et attendue pastille post-générique (un générique de 10 mns montre en main, sans déconner…), j’ai quand même envie de conclure sur un « tout ça pour ça ».

Mes provinciales – critique

Étienne monte à Paris pour faire des études de cinéma à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s’écoule va bousculer leurs illusions… (Allociné)

Quelques mots, rapidement encore, pour mettre un peu en lumière un film qui ne doit plus jouer dans beaucoup de salles j’imagine. Et c’est bien dommage car c’est tout simplement l’un des plus beaux de l’année pour l’instant.

Ce qui m’a le plus impressionné dans Mes provinciales, c’est qu’il parvient à la fois à représenter une somme, à plusieurs niveaux, tout en gardant une fulgurance, une fraîcheur, incroyables.

On pense bien sûr « Nouvelle vague » en premier lieu, et on a raison : entre Truffaut, Eustache, Rohmer ou même Garrel, Jean-Paul Civeyrac ne veut pas choisir.

On pense ensuite « roman », au sens large, noble et XIXème du terme: entre Les Illusions perdues et L’Eductation sentimentale, entre Balzac et Flaubert, pourquoi choisir là aussi lorsqu’on a suffisamment de talent pour tout embrasser dans un même élan?

XIXème toujours, Mes provinciales a tout du bildungsroman parfait: le héros qui monte à Paris depuis sa province pour s’y construire une nouvelle vie, plus grande et plus belle que celle à laquelle il était censé aspirer (Etienne, interprété avec le recul et la fausse passivité adéquates par l’excellent Andranic Manet, sorte de fusion Carl Barat/Julian Casablancas), ses amours, ses amis, ses rencontres, sa formation etc. Cette année que l’on passe à ces côtés (le film dure 2h15, indispensable, pas un plan, pas une seconde de trop) va tout lui faire appréhender et bouleverser: les idéaux auxquels on s’accroche coûte que coûte puis les petits arrangements avec soi-même, l’espoir, l’exaltation, l’amour, l’amitié, la Vie, la Mort. Et les illusions perdues, encore.


Si le film est pétri de références, il n’en garde pas moins comme je le disais en préambule, une fraîcheur incroyable: ça n’est évidemment pas dû au seul ancrage contemporain du film (on skype, on visionne les classiques du cinéma russe sur son PC portable), plutôt à l’association de cet ancrage avec un classicisme voire un universalisme évident et assumé, puisque Mes provinciales raconte rien moins que la grâce et le malheur de la jeunesse. Il faut donc aussi évoquer la mise en scène, faite de blocs plus ou moins étirés, qui s’attache toujours à coller au plus près des visages et du texte avec fièvre et douceur à la fois.

Il faut aller voir ce film ultra-romantique, au sens premier et noble du terme là encore, traversé de fulgurances sublimes, porteur d’une ferveur, d’une incandescence dingues (« Chaque jour je vis de foi, de courage et meurs chaque nuit aux feux de l’extase » pour reprendre la citation de Novalis sur l’affiche), et, c’est presque accessoire finalement alors que c’est son point de départ, d’un immense amour du cinéma. Je dis « un des plus beaux films de l’année » mais c’est sans doute un peu plus que ça en vérité.

Mon rêve 18

Aujourd’hui, classe.

Je triche un peu car c’est pas mon rêve de la nuit dernière mais de la précédente. Je venais de friser l’arrêt cardiaque devant la qualification aux forceps de mi Madrid contre les sales rouges du Bayern. D’où le pourquoi du comment, en partie.

Et donc me voilà dans l’équipe de tournage de Nouvelle Star, wahou ! Je sais pas très bien quel est mon rôle au juste mais je suis là, avec les éclairagistes, preneurs de son etc.

Sauf qu’au même moment se jouent les demies-finales de la Ligue des Champions : d’un côté LiverpoolRoma, comme IRL, et de l’autre, mi Madrid affronte non pas les wurst de Munich mais les ex-Yougos d’Hajduk Split. Des demies à la saveur bien 80s donc. Et à chaque fois que je regarde mon téléphone pour suivre l’évolution du score (je bosse au moment où le Real joue un match de cette importance, preuve ultime que je suis vraiment dans un rêve sinon en plein délire), c’est comme si je me retrouvais sur le terrain, en plein match, au milieu de l’action. Sensation assez cool je dois l’avouer.

Mais faut bien bosser et je m’en retourne donc à l’ « épisode » de Nouvelle Star qu’on est censé tourner : un casting qui se déroule à la campagne, dans une belle demeure bourgeoise. Dédé Manoukian est de la partie évidemment, il traîne dans les coulisses. Parmi les membres du jury, il y a aussi cette ancienne candidate de l’émission dont je ne souvenais que du visage:

Je te dis pas comme j’ai galéré pour la resituer afin de choper une photo. Elle est très volubile, c’est un peu la chef des jurés.

Sauf qu’arrivé à la dernière candidate, qui soit dit en passant se fait littéralement massacrer par le jury, elle s’est transformée en

Mais genre transformation lynchienne, substitution, à la Lost Highway: c’est telle personne et puis pouf, c’est la même personne mais incarnée par une personne différente, tu vois ? Qui, elle, était candidate de la Star Academy et qui m’a bien fait galérer itou car je ne connaissais là aussi que son visage (Carine en fait; la première c’est Myriam).

C’est la fin du tournage. Ni une ni deux, les journalistes accrédités sur le plateau se ruent sur la dite Carine qui a manifestement des choses à leur raconter. D’ailleurs tout le monde s’est comme figé dans l’attente des paroles de l’Oracle: « Ouais en fait je voulais annoncer qu’une page se tourne pour moi, c’est fini Nouvelle Star. J’ai de nouveaux projets, des projets d’envergure ».

C’est manifestement un énorme scoop, tout le monde est sur le cul (dans mon rêve Carine est donc une méga-star. Dans mon rêve et dans les siens j’imagine, vu sa « carrière » post-Star Academy). Un journaliste la relance donc, normal:
« – Et qu’allez-vous faire maintenant ?
– Je vais devenir animatrice sur la nouvelle chaîne Cuisine & Foot « .

Là je peux pas m’empêcher de pouffer et de lâcher « ah ouais, classe ». Tout le monde se fige à nouveau mais vers moi cette fois, en me lançant des regards désapprobateurs sinon vindicatifs.

Et je me réveille.

Red Sparrow – critique

Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents.
Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux. (Allociné)

Ca fait, ou ça va faire 40 ans que je vais très régulièrement au cinéma: mon tout premier film en salles était Bernard et Bianca et je n’ai pas la date exacte mais c’était en 1978 donc voilà. Et depuis 40 ans donc, si je n’ai pas le chiffre ni la moyenne exacte là non plus, je pense que je vais au cinéma au moins 1 fois par semaine. L’arrivée des cartes illimitées, auxquelles j’ai souscrit dès leur apparition, a évidemment contribué à compenser les semaines de disette mais enfin, j’ai le souvenir d’y être toujours allé très régulièrement.

Et depuis 40 ans donc, ou plutôt devrais-je dire « malgré ces 40 ans », j’ai toujours un petit pincement de plaisir lorsque je rentre dans une salle. C’est pas grand chose, et je le vis pas toujours de manière consciente mais même lorsque je ne le réalise pas pleinement sur le moment, je sais que c’est là. Et que c’est bon: ce moment où tu ouvres la porte de la salle et que tu te retrouves dans une sorte de sas de quelques mètres à peine qui te sépare des rangées de sièges, de l’écran, comme une capsule à la fois sombre et silencieuse qui te permet d’opérer la transition entre la vraie vie et ce monde de fiction qui contribue à la rendre plus intense, plus triste, plus joyeuse, plus drôle. Plus belle. Et ça, que j’aille voir Mulholland Drive, Bienvenue chez les Ch’tis ou Red Sparrow, ça ne change pas.

Moins souvent, je me retrouve dans la rue après une séance, je marche, pour rentrer chez moi en général, je pense à mille choses et aucune en particulier, mais  pas au film que je viens de voir. Puis j’ai comme un flash très bref : « ah mais je sors du ciné là en fait ». C’est tout juste si je ne dois pas faire un effort pour me souvenir du titre du film qui vient pourtant à peine de s’achever. Ca, ça m’est arrivé hier soir en sortant de Red Sparrow.

Formulé autrement, mes derniers films vus en salle sont Taxi 5, Place Publique et Red Sparrow donc et ils seront tous les 3 dans mon flop de l’année.

Alors c’est pas horrible, contrairement aux 2 autres, on s’ennuie pas malgré les 2h20 mais un film d’espionnage centré sur la manipulation, la déception, les faux-semblants etc. aussi dépourvu de tension psychologique, sexuelle (malgré la multiplication de ridicules scènes Sopalin autour de Jennifer Lawrence), de suspense, de surprise etc. c’est un genre d’exploit. Un film nul et con, tout simplement.

Only Lovers Left Alive – critique

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ? (Allociné)

Only Lovers Left Alive
Attaqué à reculons: je ne déteste pas Jarmusch, j’aime bien voire beaucoup certains de ses films (Dead Man, Ghost Dog essentiellement) mais je n’aime pas son côté « cinéaste rock », « urbain » « new-yorkais », « errance nocturne ». Vu que j’aime pas le rock. Normal.

C’est en tout cas ainsi que j’avais identifié ce film (un « film rock » donc, pour faire court et si tant est que ça veuille dire quelque chose) sur la foi de quelques images sans doute. Et j’avais, en partie, tort. En partie car oui, le film se veut cool, nonchalant, « rock » et il l’est sans mal, il faut bien l’avouer.

Mais l’essentiel est ailleurs et cet essentiel pourrait carrément être un manifeste granderemisque en réalité… En même qu’il constitue une sorte d’adaptation/variation sur le A rebours de Huysmans (bon, de loin, mais quand même).

Là où Jarmusch est très fin, très intelligent et très sensible, c’est que le point de vue d’Adam (interprété par Tom Hiddleston), vampire fétichiste et passéiste qui vit dans sa maison-musée entouré des sublimes vestiges matériels et immatériels des siècles passés, point de vue qu’on imagine bien être le sien (et le mien par la même occasion…), est très vite contre balancé, ou plutôt complété, par celui d’Eve (interprétée par Tilda Swinton) et de son besoin d’humain, de légèreté, de joie, de vie. C’était bien avant, mais c’est bien aussi maintenant si on veut bien s’en donner la peine : c’est ce que nous dit le film et ça c’est une putain de leçon de vie tu vois.

Non mais blague et cynisme à part, c’est très beau, très intelligent (limpide sans être didactique pour autant) et très émouvant à la fois, c’est donc un grand film. Sinon plus.