The Divine Comedy – Le Bikini, Toulouse

Quelques mots sur le très beau concert donné par Neil Hannon et The Divine Comedy hier soir à Toulouse.

La première partie était assurée par Lisa O’Neill. Rien vu, ou presque, je m’abstiendrai donc de tout commentaire. Elle a ensuite joliment donné la réplique à Neil Hannon sur le charmant Funny Peculiar.

J’ai vu The Divine Comedy en concert l’an dernier au festival This Is Not a Love Song. C’était un grand moment, un moment très émouvant en tout cas, j’en parle ici.

Avant ça, je l’avais vu il y a presque 20 ans, en mars 1997 pour être précis, dans l’ancien Bikini, avec le Brunel Ensemble, impressionnant orchestre symphonique qui accompagnait à l’époque ses ambitions bigger than life (précision : « l’ancien Bikini » c’est le Bikini, le vrai, l’unique, qui a été détruit par l’explosion de l’usine AZF en 2001. Il a été entièrement reconstruit sur un autre site: c’est l’actuel Bikini).

Bon, c’était super, vraiment. Très proche de son set à Nîmes (même formation, mêmes arrangements), seule la setlist différait sensiblement : à Nîmes, il était en dehors de toute promo, son concert était une sorte de best of. Hier, forte représentation du dernier et excellent album Foreverland, et surtout du précédent, le sous estimé Bang Goes the Knighthood (6 titres). Aucun titre en revanche des 2 premiers albums, Liberation et Promenade.

Ouverture en uniforme napoléonien !
Ouverture en uniforme napoléonien !

Sur une sublime version de Charmed Life
Sur une sublime version de Charmed Life

Quelques réserves sur les passages les plus Breliens et Scott Walkeriens (Sweden, Bang Goes The Knighthood) mais c’est un détail: Neil Hannon est un personnage tellement fin, chaleureux, humble, spirituel et attachant, qu’il finit toujours par emporter le morceau. Sa carrière n’intéresse plus grand monde sinon les personnes de ma génération qui l’ont découvert dans les années 90 j’ai l’impression, et c’est bien dommage : A Lady of a Certain Age, Down on the Street Below, The Complete Banker ou Our Mutual Friend, titres relativement récents, sont des merveilles de songwriting au sens propre du terme, avec un sens du détail et de la narration assez bluffants et qui devraient interpeler quiconque s’intéresse à cet art désuet qui est celui de la chanson.

Et alors qu’on avait déjà passé un très beau moment, il met la salle définitivement à genoux avec un final des plus enlevés dont je retiendrai notamment un superbe Becoming More Like Alfie, qu’il a dédié à celles et ceux qui étaient là il y a 20 ans (reprazent!!) et un euphorisant I Like. Le véritable final (du 2ème rappel) se fera évidemment sur son hymne, sans doute la chanson qui restera à l’heure du grand bilan, Tonight We Fly, lyrique et émouvante à souhait.

Très beau concert donc encore une fois.

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 2

Giant Sand, Ariel Pink, Sun Kil Moon et Divine Comedy en têtes d’affiche de la 2ème journée de This Is Not A Love Song à Nîmes : difficile de faire plus éclectique. Une programmation des plus roboratives. Tinals met les bouchées doubles pour cette nouvelle édition.

Merde, j’ai planté, je me crois dans Télérama.

Hipster, nul à chier, dément, n’importe quoi, sans déconner, DTC, Zooey Deschanel, Wes Anderson, Real Madrid.
Voilà, ça va mieux.

Aquaserge dans la grande salle pour débuter la journée.
Aquaserge est un groupe toulousain, je les ai vus en concert à de nombreuses reprises. J’étais très curieux de les revoir pour la 1ère fois depuis un an, après la sortie de leur 1er album (A l’amitié), après, surtout, leur 1ère véritable tournée. Et comme je m’y attendais, ils ont énormément progressé : tout le monde est hyper bien en place, les enchaînements absolument déments, et par conséquent, servie pas l’excellente acoustique d’une véritable salle de concert, leur pop hybride mêlant influences retro, prog et jazz rock (on peut aussi bien songer à Stereolab, pour qui ils avaient d’ailleurs ouvert il y a quelques années, qu’à Gong, pour situer) prend littéralement forme sous nos yeux. Une forme ronde, élastique et mouvante, en constante évolution. Excellent concert donc, l’un de ceux que je retiendrai sur ces 3 jours.

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Je vais faire un saut à l’extérieur pour jeter un oeil à Twerps : c’est mignon, c’est bien fichu mais je m’attarde pas trop, j’en ai un peu marre de ce revival indie pop 90s, guitares graciles et mélodies un peu floues. Et puis Giant Sand à suivre.

La grande salle est bien pleine pour accueillir un des groupes phares et cultes de l’americana, avec un public plus âgé et très masculin. Un mec dans l’assistance gueule « Teuksone ! » lorsque le groupe débarque. Howe Gelb, très charismatique, présente d’emblée chacun de ses musiciens et rappelle ainsi à tout le monde que Tucson se prononce « toussonn ».
Et c’est parti pour une grosse heure de country-folk-rock racé et classieux qui rappelle à chacun que Giant Sand fait bien partie des pionniers et des tous meilleurs représentants de ce genre aujourd’hui fermement établi. A mi-concert, Gelb s’assied au piano, seulement accompagné de sa section rythmique, pour un passage limite piano bar qui me convainc modérément. Le reste du groupe le rejoint pour un final plus rock qui finit de mettre l’assistance à genoux. Ca sera pour beaucoup le meilleur concert du festival. Pas pour moi : c’est excellent, mais surtout dans la 1ère partie en fait, après ça se délite un peu. Et Howe Gelb a beau avoir une présence phénoménale, avec des interventions toujours très drôles, pertinentes, spirituelles, je reste un peu sur ma faim. Disons que ça ne m’a pas totalement bouleversé. Mais ça restera un des moments forts du festival, et c’est une grande chance que d’avoir pu assister à un concert de ce groupe.

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Allez hop, je traîne pas, je veux absolument voir Ariel Pink sur la grande scène extérieure.
Compliqué Ariel Pink évidemment, très compliqué… Insupportable personnage la plupart du temps (gros poseur ? véritable dingo ? Mystère…) mais du talent, c’est indéniable, et des fulgurances créatives qui le rendent, au minimum, intrigant. Ils sont super nombreux sur scène (7 ou 8, je sais plus ezactement) et mettent énormément de temps à se mettre en place :  je crains le pire. D’autant qu’ils jouent fort, TRES fort : les bouchons d’oreille sont de sortie dans une large proportion du public. Mais très vite, ça se met en place : ça passe constamment du coq à l’âne, de la pop déviante au hair metal en passant par le punk rock ou l’electro vicieuse mais ça tient étonnamment bien la route, ça prend du sens au fur et à mesure. Je ne m’y suis à mon grand regret encore jamais rendu mais pour moi, Ariel Pink, c’est la bande son du Los Angeles des années 2010 : une ville hybride, à la fois crade, glamour et complètement tordue. Il en est en tout cas un excellent ambassadeur.

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Je tente ensuite de me rendre au set de Wand dans la petite salle mais c’est peine perdue, la file d’attente pour entrer est à nouveau décourageante. Dommage, j’aurais bien aimé assister au concert de ces protégés de Ty Segall.

Je me rapatrie donc vers la grande salle où le concert de Sun Kil Moon a déjà débuté. Je comptais pas y assister, ça me gonfle Sun Kil Moon… C’est du folk hyper narratif et plombant, c’est pas pour moi. Surprise : Mark Kozelek, l’homme derrière ce nom primesautier (et derrière feu Red House Painters), est accompagné de 2 guitaristes et d’un batteur. Je pensais qu’il se produirait seul, en musicien qui fait jouer ses mains sur un morceau de bois. Il arpente la scène comme un lion en cage, déclamant ses textes décrivant essentiellement, le deuil, le sentiment de perte et autres joyeusetés, de manière hyper agressive. Intrigant… Entre chaque morceau, il invective le public, lui demandant constamment de se taire (« stop whispering »). Il cherche la confrontation, c’est évident, il s’en amuse. On songe par moments à un Springsteen minimaliste et janséniste, aussi austère et « malaimable » que Bruce est généreux et exubérant. Je peux pas dire que ça me plaît mais je suis curieusement comme hypnotisé, je n’arrive pas à m’arracher de mon siège (oui, je suis au balcon, confortablement assis, comme au cinéma, et comme le vieux que je suis). C’est un moment fort finalement, l’un de ceux que je retiendrai…

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Je sors néanmoins un peu avant la fin, je ne veux absolument pas manquer une seconde du concert de Divine Comedy sur la grande scène extérieure.
J’ai déjà expliqué ici l’importance qu’à ce groupe pour moi, l’affection que je porte à Neil Hannon. Divine Comedy, c’est aussi un sublime concert de 1996 au Bikini, à l’époque où le groupe se produisait avec une formation classique complète (une trentaine de musiciens de mémoire) : je ne peux pas nier la dimension nostalgique que revêt la prestation de ce soir même si je continue à suivre, et à trouver excellente, une carrière qui a connu quelques bas, mais qui est à nouveau très intéressante sur les derniers albums.
Ce soir c’est formation réduite : basse, batterie, clavier, Neil Hannon à la guitare (acoustique le plus souvent) et… un accordéoniste pour les parties de corde. J’ai peur mais ça l’effectue parfaitement en réalité, je suis rassuré d’entrée : Absent Friends, cavalcade-ode à l’amitié qui me touche énormément. Sur les titres les plus cabarets, où Neil Hannon nous rejoue son numéro de petit Brel irlandais, je trouve ça un peu too much mais c’est beau.
Et puis c’est con mais y a une très belle ambiance dans le public : essentiellement des fans de la 1ère heure, des trente-quarantenaires donc, tranquilles, un sourire un peu couillon aux lèvres (j’arbore le même air de ravi de la crèche), simplement heureux d’être là (je le suis moi aussi). La setlist s’apparente à un best of (Songs of Love, Becoming More Like Alfie, Your Daddy’s Car, Generation Sex, Bang Goes the Knighthood). Il annonce The Summerhouse, je sens que je vais craquer. Ah non, finalement, il s’est planté, elle arrive un peu plus tard. Mais il finit par la jouer, elle est sublime… Cette chanson me touche énormément, elle me met immanquablement les larmes : c’est dire si j’ai l’air con ce soir.
Entre chaque morceau, Neil Hannon (qui boit évidemment du vin rouge dans, évidemment, un très joli verre à pied) s’adresse au public : il est drôle, fin, spirituel, élégant et proche à la fois. Nous sommes entre gens de bonne tenue mais ça n’est jamais corseté ou trop sage, ça ressemble plutôt à une réunion de vieux amis. Sur Alfie, il rate le solo final, s’en amuse, s’en excuse, et en conclut que ça serait le moment idéal pour crasher sa guitare sur son ampli. « But not me : I was brought up well ». Voilà : de l’humour, de l’auto-dérision, une musique exquise, des refrains à reprendre en choeur, c’est un très beau moment. Qui se conclut pas un Tonight We Fly, chanson d’amour absolue s’il en est dans un répertoire qui en compte un bon paquet, des plus approprié et célébré comme il se doit.

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J’aimerais bien voir Bagarre dans l’absolu, The Juan Mc Lean aussi, mais non, j’ai envie de rester là dessus (et puis je suis un peu fatigué aussi, faut dire ce qui est).
Ca fait beaucoup de groupes, de bons groupes, de très bons groupes même, c’est à la fois très grisant et frustrant, j’ai l’impression de courir, de ne pas en profiter comme il se doit : comme quand on se tape Alison Brie et Charlize Theron 3 ou 4 super films dans la même journée.

Alors ciao, bonne nuit, à demain. Et merci Neil

#27 The Divine Comedy – Liberation

Liberation+The+Divine+Comedy
Il y a 20 ans, Neil Hannon incarnaitt un peu le messie. En période post-grunge et pré-Britpop, avec donc une « pop » pure et dure un peu en berne, l’apparition d’un petit mec qui prétendait vouloir se mesurer à Burt Bacharach ou Scott Walker, et qui semblait en mesure de s’élever au niveau de son ambition, ça faisait du bien.

Aujourd’hui Neil Hannon n’intéresse plus grand monde (c’est dommage mais c’est pas le sujet) : il faut pourtant retourner à ses premiers disques, et notamment à celui-ci, magistral condensé de pop ambitieuse, sophistiquée et classieuse.

Liberation donc. Un titre presque trop évident pour un premier album en forme de déclaration d’intention mais surtout de jaillissement. Avant un final d’un lyrisme tout anglo-saxon, rentré et frémissant, le feu sous la glace. Et toutes guitares dehors ! C’est le beau paradoxe de Liberation que de s’achever sur une forme plutôt « traditionnelle » (comprendre : on y entend beaucoup les guitares) alors qu’il n’aura été jusque là qu’un vibrant plaidoyer pour cordes, cuivres, hautbois, harpe, clavecin. La doublette Queen of the South / Victoria  Falls notamment, ne cesse de me fasciner.

Le deuxième album de Divine Comedy, Promenade, enfonce le clou d’une pop de chambre précieuse et snob, loin, très loin des canons traditionnels de l’époque. Un album que j’adore également et que j’ai failli substituer à celui-ci pour la seule Summerhouse, très très haut dans le top des chansons qui me laissent en lambeaux à chaque écoute.

Le suivant, Casanova, est plus outré, plus léger, plus grand-guignolesque mais tout aussi virtuose, avec notamment la meilleure imitation de Scott Walker imitant Jacques Brel jamais enregistrée (The Dogs and the Horses).

Ensuite, mis à part sur le EP A Short Story About Love, parfois terrassant, Neil Hannon s’est perdu dans ses fantasmes symphoniques (le pénible Fin de Siècle). Il a tenté de se réinventer sous la férule du tout aussi pénible Nigel Godrich mais ça ne fonctionnait pas.
Il est finalement revenu à ce qu’il sait faire de mieux, tout en ne cédant plus aux sirènes de la grandiloquence et en gardant constamment une certaine légèreté : ces 2 derniers albums, passés inaperçus, démontrent toujours un savoir-faire assez bluffant.