#10 Beck – Odelay

Beck - Odelay

A une époque, à la fois pas très lointaine et qui semble appartenir à un monde parallèle, Beck était « l’homme le plus fort du monde » comme l’avait titré Technikart (qu’à ce moment là je lisais aussi passionnément que So Foot ou Uncut aujourd’hui). Et je trouvais qu’ils avaient sacrément raison. Le mec était en train d’enchaîner, comme ça, peinard, Odelay, Mutations et Midnight Vultures en l’espace de 4 ans. Boum, boum et boum.

En ce qui me concerne c’est couasiment une révolution : lorsque sort Mellow Gold, je suis VRAIMENT un connard d’indie-popeux arrogant, méprisant et surtout, très logiquement, assez chiant. T’écoutes de l’indie-pop essentiellement britannique, tu rêves de grisaille mancunienne : t’es chiant, y a pas débat. L’éclectisme était beaucoup moins de mise il y a 20 ans… Le mec qui se justifie, tsé.
Bon, quoiqu’il en soit, là-dessus débarque un petit blondinet californien qui t’explique que le folk c’est super cool, que la country c’est hype et que tiens, tu peux même rajouter un peu de soul et de hip-hop par-dessus, tu vas voir comme c’est bon.
Et en effet, c’est bon. C’est même TRES bon. Je m’en rends pas compte tout de suite, note : j’achète Mellow Gold, j’aime bien mais ça me fait pas sauter au plafond non plus. Même Odelay, j’accroche pas tout de suite. J’attends d’ailleurs un peu avant de l’acheter, je suis méfiant tu vois.

Cet été là je pars bosser en Irlande et on y entend Devil’s Haircut un peu partout : c’est ma porte d’entrée pour un album absolument génial qui pour moi synthétise à merveille la décomplexion (la bonne), l’ironie (avec malgré tout la capacité d’émerveillement), le second degré qui en fait n’en est pas vraiment (je viendrai d’ailleurs à Ween grâce à Beck qui soit-dit en passant, peut leur dire merci), le post-modernisme quoi, caractéristiques de l’époque. J’irai même plus loin : tout ce que je viens de décrire, les 90’s, sont dans le clip de Where It’s At, un des clips les plus cools de tous les temps.

Et puis la joie. La Joie! « Beck » suivi d’un point d’exclamation, ce chien totalement fou qui saute gaiment un obstacle… Si t’as l’occasion de choper ce show dans son intégralité par exemple, ou un show de la tournée Odelay, tu comprendras.

Beck, à ce moment là, c’est l’Amérique éternelle, celle de Steinbeck, John Ford, Dylan, Gram Parsons ou Prince mais à notre époque. Vivant. The Golden Age putain…. Il est logiquement devenu un compagnon, un de mes artistes fétiches jusqu’à la première moitié des années 2000.

Et puis plus rien, ou presque. Ses disques sont toujours intéressants mais je les trouve trop calculés, trop froids. Quand il essaie de réamorcer la pompe Odelay (sur Guero ou The Information), ça sonne faux, ça manque de spontanéité, de joie. Quand il se fait plus grave, ça ne marche pas non plus, il n’atteint pas les accents douloureux de Sea Change ou la mélancolie pop de Mutations. Modern Guilt est un bon album, c’est certain, mais je le trouve mortifère, sur le fond et surtout, sur la forme, ce qui me gêne davantage.

Aujourd’hui Beck est devenu un peu chiant en somme, un peu triste. Il est scientologue, il a les cheveux longs et ressemble à un bobo californien. Il produit (plutôt bien d’ailleurs) et n’a plus l’air très intéressé par sa propre carrière; il a l’air un peu perdu mais ça c’est sans doute mon interprétation…
Quoiqu’il en soit je reviens toujours aussi naturellement à Odelay. Et à ses 3 successeurs donc, qui auraient pu figurer dans ce classement. Mais non.

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