En vrac

Dans ma rue : un mec se tient sur le perron de son immeuble, dans l’attente du livreur Uber Eats, ou autre. Je le sais car je vois ce dernier arriver, à vélo donc. Ils se checkent, « salut, ça va ? ouais tranquille » blablabla. Je me suis dit que soit ça lui faisait rien de se faire livrer sa bouffe par un pote, soit il se faisait livrer tellement souvent qu’il avait développé une certaine familiarité, voire même une familiarité certaine à ce niveau là, avec « son » livreur. Je me suis dit que quoi qu’il en soit, ce mec devait être un sacré connard.

 

Il est grand.
Il est blond.
Il a les cheveux longs.
Il est beau (lui).
Il joue de la guitare.
Il vient au bureau en skate.
Il donne du « yes », du « ouais gros » à tout le monde dès son 1er jour.
Le nouveau stagiaire, c’est Hansel.

 

 

Les filles : quand vous pourriez vous envelopper de la tête aux pieds dans le foulard que vous portez au cou, ça s’appelle plus un foulard mais un plaid.
Les garçons : quand vous avez fait tellement de revers au bas de votre chino/slim que vous avez obtenu un pantacourt, c’est que vous avez fait beaucoup trop de revers au bas de votre chino/slim.

 

Depuis plusieurs séances ciné, je me tape l’horrible bande-annonce d’Un homme pressé, le nouveau film de Fabrice Luchini. Et les gens rient, ce qui me désole. Mais ce qui m’attriste encore plus, me met en colère même, c’est que le cinéma français puisse encore produire un tel film (un grand patron insensible retrouve les vraies valeurs suite à un AVC). Quel cynisme, quelle paresse…
Le « gag » final de la bande-annonce symbolise le monde de 2018 à merveille, hélas: Luchini a donc fait un AVC, et se retrouve avec des difficultés de langage (je ne connais pas les termes techniques mais il est dyslexique, il utilise un mot pour un autre etc etc.). Dans cette fameuse scène, il est à la terrasse d’un café et commande « un thé… et un féca ». Le serveur noir marque une pause, un peu interloqué, puis croyant que Luchini utilise un terme de verlan, lui répond en souriant « OK frère ».

Ca, cette scène là en particulier, me paraît absolument ignoble dans sa volonté de créer l’illusion d’un rapprochement, mieux, d’une connivence entre le grand patron issu des beaux quartiers et le modeste serveur noir, issu des quartiers tout court. Illusion qui repose sur un malentendu (le serveur croit que Luchini parle en verlan alors que c’est sa dyslexie qui se manifeste), malentendu qui naît d’un accident (l’AVC de Luchini). MAIS NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE, QUEL CYNISME.

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Le Grand bain – critique

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie… (Allociné)

Plus d’1,5 millions d’entrées en 1ère semaine, ça faisait bien longtemps que c’était pas arrivé pour un film français. Et c’est donc sur Le Grand bain que c’est tombé. Enfin, « tombé »: c’est pas vraiment une surprise car si j’ai bien compris (je ne regarde que le sport et quelques films à la télé) mais c’est pas bien difficile à concevoir, l’équipe du film a squatté les plateaux de Laurent Delahousse, Yann Barthes et autres durant les jours voire semaines précédant sa sortie. Mais une promo en béton et le bourrage de crâne ne suffisent pas (ou plus) à garantir la venue des spectateurs en salle. Le Grand bain a également bénéficié d’un savant travail de teasing depuis plusieurs mois. A cela s’ajoute un accueil critique plutôt favorable, y compris dans des pages qui auraient dû le snober.

Et donc ? Et bah je dirais que si le succès s’explique aisément (facteurs suscités), il n’en est pas moins mérité. OK, Le Grand bain n’est pas la comédie de l’année (Guy et En liberté ! sont des candidats autrement plus consistants) mais c’est un film sympathique, voire attachant et plus subtil qu’il n’y paraît. Que ce film là remplisse les salles là où auparavant il fallait se cogner Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu?, La famille Bélier ou une danyboonerie de merde, ça fait plaisir.

Je me souviens de la 1ère fois où j’ai entendu Comme Jeannie Longo de Katerine un soir de 1992 chez Bernard Lenoir sur France Inter. Quelle trajectoire…

Déjà, même si ça peut paraître paradoxal au vu du casting cérémonie-des-Césars-ils-sont-venus-ils-sont-tous-là et de la promo maousse donc, il faut saluer une certaine humilité liminaire de la part de Gilles Lellouche : il est ici réalisateur, co-auteur du scénario, auteur des dialogues… mais « c’est tout »: il a eu la modestie de ne pas se caster, pas même un cameo, rien. Ca peut paraître anecdotique mais pour un acteur (populaire qui plus est, et dans la force de l’âge si on peut dire) qui passe derrière la caméra pour la 1ère fois, c’est plutôt rare. Voire extrêmement rare : il faudrait vérifier mais je n’ai pas d’exemple qui me vienne spontanément.

Ca ne l’empêche pas d’être ambitieux : c’est ce qu’on lit et entend partout, Le Grand bain essaie de réconcilier le cinéma populaire et le cinéma d’auteur. Lellouche n’est évidemment pas le premier à tenter le crossover ultime mais c’est de plus en plus rare là aussi, et de moins en moins réussi (c’était quand la dernière fois ?). Surtout, et c’est en partie ce qui rend Le Grand bain intéressant selon moi, cette volonté semble avoir présidé aux décisions les plus visibles, comme si la victoire de l’une des 2 chapelles devait aussitôt être compensée par un succès du camp d’en face.

Almaric aura le premier rôle ? OK, on prend aussi Poelvoorde. Philippe Katerine dans un film grand public, plutôt risqué non? En effet, on va aussi prendre Guillaume Canet. Le Grand bain, un Full Monty à la française, un vrai feelgood movie ? Oui, peut-être mais les héros se coltinent tous une dépression carabinée, et on ne rit pas tant que ça au final. Etc etc, jusqu’à la bande originale : premier morceau entendu, le Marquee Moon de Television (merde, dans une comédie française grand public ! On entend d’ailleurs le morceau à 2 reprises), suivi du Everybody Wants to Rule the World de Tears for Fears. On entendra également le génial Half full glass of wine de Tame Impala, et c’est l’élégant et excellent Jon Brion qui a composé la bande originale (Jon Brion! Pour une comédie française grand public!)… Mais 2 scènes importantes se jouent sur du Phil Collins ou du Imagination.

Attention: Lellouche ne dit pas que tout se vaut, il ne mélange pas tout en dépit du bon sens. En revanche, il y a chez lui la volonté, sincère semble-t-il, d’abattre certaines barrières du bon goût, de partager des références nobles et d’autres censées l’être un peu moins, et de les faire se rejoindre et dialoguer dans un même mouvement généreux. J’insiste mais donner le premier rôle à Mathieu Amalric dans ce genre de film, c’est dire quelque part que Desplechin et Podium peuvent co-exister sans que ça soit une aberration.

Tout n’est pas parfait pour autant : acteur, Gilles Lellouche joue souvent les mecs un peu lourds, un peu grande gueule, et ça ne vient peut-être pas de nulle part. Comprendre: il doit réellement être un peu bourrin, ce qui expliquerait sa tendance à un peu trop charger la mule dans un versant (comédie), comme dans l’autre (le drame). Dans le premier, il fait surjouer à Katerine le rôle du freak de service, du type lunaire aux réactions imprévisibles. Son écriture est parfois un peu prévisible aussi (le personnage du beauf interprété par Jonathan Zaccaï, hyper cliché), ou tout simplement pas drôle (le gag de l’arnaque à l’assurance montée par Poelvoorde, qui tombe lamentablement à plat, et l’arnaque, et le gag; ou le coup du hold up au supermarché). Dans l’aspect dramatique, certains détails paraissent superflus (non content de se faire larguer par sa femme, Guillaume Canet se voit affublé d’une mère… atteinte du syndrôme de la Tourette? On ne sait pas très bien mais ça fait partie des scènes un peu embarrassantes).

C’est d’autant plus dommage car Le Grand bain fait rire certes, mais il dégage également une vraie mélancolie, et une vraie compassion pour des personnages en marge, malheureux, dépressifs donc, qu’il regarde toujours avec bienveillance.
Au final, malgré les lourdeurs ou les maladresses, c’est ce que je retiendrai: un film humble, sincère, touchant, attachant même, qui dans sa catégorie (la comédie française populaire), m’a bien plus convaincu que le volontariste et macroniste Le Sens de la fête.
Un film au message simple, voire simpliste peut-être diront certains (nul homme n’est une île, « on a tous besoin d’une médaille » comme l’énonce à un moment le personnage interprété par Virginie Efira etc.) mais c’est réconfortant, en 2018, dans la France de Macron, de voir un film qui au fond, dit posément qu’on a tous le droit d’avoir des passages à vide et qui ne juge pas les faiblesses de ses personnages. C’est simple, voire simpliste peut-être mais ça n’est pas si fréquent que ça.

The Crown – saison 1 – critique

La série se concentre sur la Reine Elizabeth II, alors âgée de 25 ans et confrontée à la tâche démesurée de diriger la plus célèbre monarchie du monde tout en nouant des relations avec le légendaire premier ministre Sir Winston Churchill. L’empire britannique est en déclin, le monde politique en désarroi… une jeune femme monte alors sur le trône, à l’aube d’une nouvelle ère. (Allociné)


The Crown
raconte donc, sur plusieurs périodes, et de l’intérieur, l’histoire de la famille royale britannique. 8 saisons ont été prévues par son créateur, Peter Morgan, chacune dédiée à une décennie ou une période spécifique.
La saison 1, la seule que j’ai vue à ce jour (il y en a 2, la 3 va bientôt être diffusée il me semble), est centrée sur l’arrivée sur le trône d’Elizabeth Windsor aka Elizabeth II, et sur ses 1ères années d’exercice, avec Winston Churchill comme premier ministre. La série démarre en 1947 et s’achève en 1956, avec quelques brefs flash-backs, principalement consacrés à l’enfance d’Elizabeth.

Dire que The Crown est académique serait un euphémisme : c’est une grosse meringue bien ripolinée comme il faut. Mais attention ! Une grosse meringue de bon goût. C’est donc académique mais pas pompier. 10 épisodes d’1h chacun, qui avancent au rythme sénatorial d’une parade royale dans les rues de Londres. C’est lent. C’est grave. C’est beau (TRES beau, j’y reviendrai).

Sur le fond, rien que de très prévisible voire de convenu : la sempiternelle lutte et les frictions entre les devoirs de la fonction et les aspirations personnelles, entre ce qu’exige la couronne et ce que la femme derrière la Reine voudrait pour elle-même, pour son couple, pour sa famille. Sans surprise, et malgré les mini-simili-suspenses ménagés, c’est toujours la fonction qui l’emporte (bâillements).

Je ne spoile pas : tout ce que The Crown raconte est évidemment basé sur des faits réels puisqu’il s’agit, encore une fois, de l’histoire d’Elizabeth II et de son entourage. Et cette histoire, on la connaît si on s’intéresse un minimum à l’Histoire du Royaume-Uni : c’est l’histoire d’une famille d’aristocrates complètement hors sol et hors tout, entretenant les rites de plus en plus anachroniques de la monarchie la plus puissante du monde et vivant dans sa bulle: la série a beau la romancer, la dramatiser, c’est pas Breaking Bad. Comment le prince Philip (le prince consort i.e. le mari de la reine) va-t-il prendre le fait d’être envoyé seul en Australie pour inaugurer les Jeux Olympiques ?! La princesse Margaret (la sœur d’Elizabeth) sera-t-elle autorisée à épouser son amoureux, un officier de l’armée, UN ROTURIER ?!?! Bloody hell, la reine pourra-t-elle choisir le secrétaire personnel qui a sa préférence et ne pas se voir imposer celui que l’étiquette exige ? C’est palpitant (bâillements).

D’aucuns trouveront peut-être également que la série cède parfois à la fascination. Peut-être… Mais cette saison 1 se déroule durant une période (1947-1956) où la monarchie britannique jouissait encore d’une énorme puissance, d’une aura intacte: elle a gardé le cap durant la guerre, toutes les colonies n’ont pas encore acquis leur indépendance, les scandales ne surviendront que plus tard. Ca la série le montre bien mais je conçois qu’on puisse trouver ça un peu trop complaisant parfois.

Mais alors bon sang de bonsoir, qu’est-ce qui fait que je me sois régalé à ce point et que j’aie hâte d’enchaîner avec la saison 2 au juste ?

Déjà, pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la famille royale britannique (c’est mon cas)… bah, c’est intéressant, tout connement. C’est très personnel mais il se trouve que j’ai pas mal étudié la période de l’après-guerre au Royaume-Uni (jusqu’aux années 70 en gros) donc ça m’intéresse. Certains événements connus sont illustrés, de l’intérieur encore une fois, d’autres dévoilés et dans un cas comme dans l’autre, on entre dans l’intimité de Buckingham Palace ou de Clarence House (la demeure privée du couple royal) mais aussi, quoique moins souvent, du 10, Downing Street (domicile du Premier ministre britannique). On découvre leurs rouages, leurs fonctionnements singuliers. J’aime ça.

Surtout, si les enjeux sont convenus (exigences de la fonction vs aspirations personnelles donc), The Crown bénéficie d’une écriture certes sans surprises mais comme je dis toujours, ça signifie aussi sans mauvaise surprise : c’est solide. Sans génie certes mais solide. La série décrit très bien les tiraillements vécus par cette jeune femme de 25 ans, élevée dans le seul but de succéder à son père (George VI, celui du Discours d’un Roi, pour situer), mais évidemment désemparée une fois sur le trône. 25 ans, 2 enfants (Charles a déjà de grandes oreilles), un époux souffrant de vivre à jamais dans son ombre: c’est aussi le rôle et la place des femmes dans la société d’après-guerre que The Crown dépeint, et elle le fait bien.

Mais la vraie bonne idée de Peter Morgan sur cette première saison selon moi, c’est d’avoir convoqué le personnage d’Edouard VIII à mi-saison et d’en avoir fait une sorte de figure un peu évanescente, à la fois témoin détaché et éminence grise par défaut, un personnage à la fois détestable et touchant, humain bien sûr : Edouard VIII c’est le roi sans trône et sans royaume, celui qui a abdiqué en 1936, avant même son couronnement, par amour pour l’américaine Wallis Simpson. Et qui a pour cela été condamné à vivre en exil (Etats-Unis, France mais ça va, ils vivaient bien, merci pour eux). Exigences de la fonction vs aspirations personnelles, évidemment, ça le connait…

 

Enfin, et c’est l’argument ultime qui m’a fait adhérer à la série : c’est sublime. Mais vraiment : la direction artistique est à tomber. Là encore, rien qu’on ne connaisse déjà : il existe profusion de photos et films datant de l’époque qui permettent de se rendre compte du luxe, de l’élégance et du raffinement suprêmes qui présidaient au quotidien non seulement des Windsor mais de tout l’appareil d’état britannique (Chartwell House, la demeure privée de Churchill, quelle merveille ! Et que dire du château de Balmoral, résidence d’été de la famille royale en Ecosse). Les fastes de la couronne donc mais aussi l’élégance masculine, le style anglais, à leur apogée.

 

En tant qu’anglophile, c’est tout un décorum ou en tout cas une esthétique à laquelle je suis très sensible, un genre de fantasme même dirais-je (idéologiquement très à gauche mais esthétiquement royaliste : mon drame) mais je pense que même si on ne l’est pas (sensible), le travail de reconstitution, le soin apporté au moindre costume, au moindre accessoire dans le décor, forcent le respect. J’ai appris que The Crown était la production Netflix la plus coûteuse et qu’elle avait été imaginée pour devenir le joyau de sa couronne de séries. On peut dire qu’elle remplit sa mission.

Enfin (sûr cette fois) bonus argument-ultra-subjectif-et-non-soumis-à-débat :

 

Claire Foy, interprète d’Elizabeth II. Remarquable dans le rôle de cette jeune femme à qui on demande une tâche démesurée pour son jeune âge, je la trouve hyper choucarde avec ses trois-rangs (ou 2, ou un seul, suivant les circonstances. L’Etiquette.) et ses petits cardigans en cachemire.

Mon rêve 20

Aujourd’hui, l’âne voit l’ange (?).

Je dois passer un examen d’anglais. Fastoche normalement (j’ai fait des études d’anglais) mais là, je sais pas, je le sens pas trop. A cause de la difficulté de l’épreuve ou de son importance pour la suite de ma carrière ? Difficile à dire mais je suis fébrile.

Je commence à discuter avec les autres candidats et remarque très vite une certaine nervosité. L’atmosphère est carrément électrique, n’ayons pas peur des mots: « l’an dernier, personne a été reçu », « il paraît qu’IL a déjà frappé un candidat » ou « vous croyez qu’IL choisit lui-même les sujets ? ». Ca se précise: c’est donc l’examinateur qui est la cause de la fébrilité ambiante. Je stresse encore plus et ça n’est pas la présence de mon amie X qui est faite pour me rassurer : elle m’adresse à peine la parole, elle est là pour la gagne. Bon.

Après quelques minutes de discussions paranoïaques, on s’installe tous en silence dans la salle de classe (c’est davantage une salle de classe qu’une salle d’examen; d’ailleurs on est tous assis derrière des pupitres en bois individuels, à l’ancienne).
Et IL déboule enfin : Nick Cave nom de Dieu !

C’est donc lui qui va nous faire passer l’examen…

Un Nick Cave plus nickcavien que nature : costume noir, chemise blanche largement ouverte, chaussures vernies. Dire qu’il « ne sourit pas » ou qu’il « fait la gueule » serait un euphémisme : il a l’œil noir et le sourcil froncé. Il dit même pas bonjour le type, il attaque direct : une dictée, en anglais. Un texte issu de sa production personnelle, peut-être de son roman Et l’âne vit l’ang: tortueux, abscons, faulknerien, plein de constructions alambiquées à la ponctuation incertaine et de mots de vocabulaire rares et/ou désuets.

Bilan, on pane rien à ce qu’il raconte mais surtout, il marque à peine des pauses et ne répète absolument rien, ne nous permettant pas de tout noter, encore moins de souffler : c’est pas les dictées de quand on était petits et c’est la panique. Tout le monde essaie de grattouiller tant bien que mal et à la va-vite ce qu’il croit comprendre, en échangeant des regards plein de douleur et d’incompréhension. Je finis même par me dire que je ferais peut-être mieux de tout prendre en dactylo et de le retranscrire dans les quelques minutes imparties à la relecture mais c’est évidemment une très mauvaise idée.

On approche de la fin. Son texte ressemble de plus en plus à une incantation ou à un prêche un peu possédé. Nick Cave quoi. Il finit en répétant en boucle « mercy wife mercy wife mercy wife » : merde, il le dit combien de fois ? Tout le monde essaie de compter mais il va de plus en plus vite, il est en transe. Mais putain, ça fait combien de « mercy wife » tout ça ?!?! Panique totale, tout le monde s’échange le regard du lapin pris dans les phares d’une voiture.

En désespoir de cause, je tente un coup de poker : il n’y a en réalité qu’un seul « mercy wife » dans le texte, c’est son interprétation qui fait le reste.
Je note donc « mercy wife » sur ma copie, ajoute un point final, effectue une relecture rapide et me lève pour la lui rendre.

J’avance d’un pas mal assuré vers l’interprète de Loverman, qui ne m’a jamais paru aussi intimidant. Les autres candidats sont encore assis derrière leur pupitre, ils attendent de voir ce qui va se passer.
Arrivé devant Cave, je lui tends ma copie d’une main tremblante. Il s’en saisit et y jette un œil, puis plante son regard dans le mien. Il lève alors lentement sa main droite, sa red right hand rouge sang et la pose sur mon épaule, en signe d’adoubement… ou de condamnation ?

Je le saurai jamais car là, je me réveille.

Le Bureau des légendes – critique

J’arrive après la bataille, et après que tout a été dit mais mon enthousiasme est tel que je tiens quand même à livrer quelques réflexions sur celle qui est donc considérée comme la meilleure série française actuellement. J’ai lu pratiquement aucun papier dessus donc désolé pour les éventuelles redites ou enfonçages de portes ouvertes.

Les Patriotes

C’est évidemment là qu’il faut aller chercher la genèse de la série puisqu’après quelques ratés (coucou Anna Oz, coucou Total Western) et un gros passage à vide consécutif à ces 2 échecs, Eric Rochant est revenu sur le devant de la scène en créant une sorte de spin off, 20 ans après, de ce qui restera sans doute comme son meilleur film. Avec la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure, le pendant français de la CIA ou du MI6, en gros) à la place du Mossad, et Mathieu Kassovitz à la place d’Yvan Attal (avant ça, il avait quand même réalisé l’excellent Mobius, preuve que l’espionnage et lui, c’est une affaire qui roule). En tout cas, il est intéressant de relever les similitudes, points de divergences, récurrences entre les 2 œuvres. Et, bien sûr, il faut absolument voir Les Patriotes si on aime Le Bureau des légendes.


« Les patriotes », ce sont aussi les membres de la DGSE, héros de la série. Enfin… peut-être : si on entre petit à petit, et à des degrés divers, dans l’intimité de chacun.e, on ne saura jamais pourquoi ils travaillent là. Simples compétences techniques et/ou psychologiques, goût du risque, besoin d’un défi, de se prouver ou de fuir quelque chose ou véritable dévouement patriotique, envie d’être utile à son pays ? Pas de réponse, même si on peut parfois les deviner. Ce mystère sert la série, la mythologie qu’elle crée autour du BDL (la salle de crise, les pseudos, le jargon) et de ses principaux protagonistes.
Ne pas entrer sur ce terrain-là, celui de la motivation profonde des personnages, permet à Rochant et aux scénaristes de ne jamais verser du mauvais côté du drapeau : Le Bureau des légendes est une fiction qui met en scène des probables patriotes, sans qu’on puisse l’accuser elle-même d’un excès de patriotisme. Ces gens là font leur travail, quelle que soit leur motivation, et c’est ce que la série s’attache à nous montrer. Point. Je trouve ainsi le pseudo- débat ou la pseudo-polémique sur une trop grande allégeance de la série vis à vis de la véritable DGSE, qui y collabore et lui donne son aval, non-avenue. Ce qui résulte de cette « collaboration » (dont apparemment on ne sait pas grand chose non plus) est à la fois excellent et irréprochable d’un point de vue éthique (c’est ce que je pense en tout cas), c’est tout ce qui importe.

La France

C’est LE gros point positif de la série pour moi, en dehors de sa trame et de sa caractérisation évidemment, qui en font une si belle réussite : la France, partout, tout le temps. La DGSE donc, qui traite des affaires et met en place des missions relatives à la sécurité nationale et aux activités françaises à travers le monde (le monde étant quasiment réduit au Moyen-Orient bien sûr, années 2010 oblige) mais surtout, la francité : les locaux de la DGSE, Paris, sa grisaille, les filatures en Peugeot ou Toyota Yaris, les pots de départ des employés, leur pause clope etc. La cantine. LA CANTINE BORDEL ! Mes scènes préférées de la série je pense, qui voient aussi bien la « petite main » du bureau des légendes que le directeur des opérations sur le terrain ou le grand patron se trimbaler avec leur petit plateau, leurs carottes râpées et leur colin meunière/jardinière de légumes (Sisteron, il prend des frites lui, évidemment). La série opte pour un espionnage à visage humain, fuyant (ou presque, j’y reviens) le sensationnalisme, choisissant John Le Carré dont Rochant est très fan plutôt que James Bond, et ça passe donc aussi par des petits détails de la vie de bureau, sans ironie, qui feraient presque se rejoindre la DGSE et la COGIP. Et qui ancrent en tout cas Le Bureau des légendes dans un quotidien très français.

La suite

Avec tout ça (avec tout ce qui précède je veux dire), j’ai une préférence pour les saisons 1 et 2. Voire pour la saison 1, dont on dit certainement qu’elle pâtit d’un manque de moyens (encore une fois : j’en sais rien, j’ai presque rien lu sur la série). Peut-être mais selon moi, c’est là que se matérialise le mieux ce qui fait le prix du Bureau des légendes : la francité donc, mais aussi une économie de tous les instants (dans l’exécution, plus que dans les moyens eux-mêmes), la primauté aux personnages et à leur psychologie etc. Je vais pas (re)faire l’article, quand on a vu et qu’on aime la série, on est d’accord sur ce qui fait son charme et son intérêt.


C’est pour ça que la saison 3… Entendons-nous bien : j’étais à bloc, assis sur le bord de mon fauteuil quand la rencontre entre BIP et BIP a eu lieu, quand BIP s’est cru libre et puis finalement non etc etc. Mais avec le succès, critique et populaire, des 2 premières saisons, la série a logiquement obtenu plus de moyens, encore, multipliant les lieux de tournage et donc les potentiels théâtres d’opération, intrigues, rebondissements etc. Et en son cœur, même si, encore une fois, c’est très excitant, je vais pas jouer les faux-culs, j’ai eu un peu peur que cette 3ème saison fasse basculer la série de 24 à la française i.e. cérébrale et minimaliste, à 24 à la française i.e. rocambolesque et cheap, avec un Malotru qui se mue définitivement en Jack Bauer de la Porte des Lilas.
« J’ai eu » simplement, car les 2 derniers épisodes de la saison 3, magistraux, reviennent aux fondamentaux de la série (manipulation, cache-cache, espionnage au sens propre du terme), avec une mélancolie de tous les instants qui saisit véritablement aux tripes.

On est donc en droit d’être optimiste pour la saison 4,  dont la diffusion démarre très prochainement, puisque Le Bureau des légendes semble vouloir rester sur ces rails là, en affirmant encore davantage son caractère de « série d’action auteuriste » : Mathieu Amalric a rejoint la fine équipe devant la caméra, Pascale Ferran, camarade de promo de Rochant à l’IDHEC, derrière. J’ai hâte de voir ça !

Mon rêve 19

Aujourd’hui, vous avez le droit d’en connaître.

En ce moment, je suis A FOND dans Le Bureau des légendes. Et quand je dis « A FOND », en lettres majuscules, je suis en deçà de la réalité. Je trouve d’ailleurs que mes collègues me regardent bizarre, m’étonnerait pas qu’y en ait 1 ou 2 qui travaillent pour le Mossad ou le FSB (d’ailleurs je me dis que je prends des risques inconsidérés à écrire « Mossad » ou « FSB » dans un billet, putain je viens de le refaire, ça va être hyper suspect).

J’ai une tendresse particulière, comme beaucoup de fans de la série j’imagine, pour le personnage de Raymond Sisteron, interprété par Jonathan Zaccaï. Sacré Raymond.

Et là donc, je me trouve avec lui, dans un lieu public, genre restaurant d’hôtel  cossu et feutré comme il arrive d’en voir dans la série. Il est accompagné de sa nana/collègue : pas la petite jeune avec qui il finit par baisouiller dans la saison 3, une autre, non identifiée.

Et ils sont en train de me former, un peu comme dans la 1ère leçon reçue par le personnage de Marina Loiseau (Sara Giraudeau) au cours de la saison 1, lorsque Malotru (Kassovitz) lui demande de choper des infos sur 2 mecs au comptoir d’un café en 15 minutes chrono. Y a plein de gens partout et Zaccaï aka Sisteron, pointe une personne, j’y vais, puis je reviens vers lui et sa collègue, il me débriefe, puis il me dit ce qui va pas, ce que j’ai bien fait, puis m’assigne une autre mission etc. Faut rester discret donc je lui refile les infos de manière détournée et non conventionnelle. Genre à un moment, je me mets à faire des grimaces et à baver mais pas de panique, c’est un code. Enfin, c’est ce que je croyais car en fait il capte rien, il me prend pour un débile.* Bon.

Et là, paf, sans transition, je me retrouve dans un bus du 3ème âge, genre voyage touristique… du 3ème âge. Je suis la seule personne en dessous de 70 ans quoi, à part peut-être le chauffeur. Suis-je leur accompagnateur? J’en sais rien mais je dois avoir une couverture quelconque puisque je comprends qu’il s’agit de ma 1ère véritable mission: je dois ramener des infos. Infiltré dans un groupe d’une soixantaine de vieux… Ils représentent une menace pour la sécurité nationale? Pire que ça: je reconnais en 2 ou 3 d’entre eux des membres actifs, et donc dangereux, du mythique « complot des vieux » de Groland.

Je suis donc aux aguets, gonflé à bloc. Ils vont pas s’en tirer comme ça ces salopards.

Et là je me réveille.

 

 

*je tiens à rassurer mon lectorat féminin: non, je ne me suis pas réveillé avec de la bave au coin des lèvres.

L’Amour est une fête – avant-première Gaumont Wilson

Paris, 1982. Patrons d’un peep show, Le Mirodrome, criblés de dettes, Franck et Serge ont l’idée de produire des petits films pornographiques avec leurs danseuses pour relancer leur établissement. Le succès est au rendez-vous et ne tarde pas à attirer l’attention de leurs concurrents. Un soir, des hommes cagoulés détruisent le Mirodrome. Ruinés, Franck et Serge sont contraints de faire affaire avec leurs rivaux. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que nos deux « entrepreneurs » sont des enquêteurs chargés de procéder à un coup de filet dans le business du « X » parisien. C’est le début d’une aventure dans le cinéma pornographique du début des années quatre-vingt qui va les entraîner loin. Très loin…(Allociné)

On le sait, les films sont rarement tournés dans l’ordre de leur scenario. Et il est encore plus rare que ce dernier se développe ou soit modifié au cours du tournage. Pourtant, j’ai eu cette sensation (complètement erronée donc, surtout connaissant un type aussi expérimenté et rompu aux règles cinématographiques que Cédric Anger) lors de la projection de L’Amour est une fête.
D’abord un peu entre 2 eaux, ou plutôt entre 2 genres (polar et comédie) et entre 2 humeurs (morose et débonnaire), le film choisit peu à peu son camp, comme s’il se laissait contaminer par les ondes positives qu’il diffuse, pour avancer franchement vers la lumière (au sens propre, tu comprendras quand tu auras vu le film). C’est tout le talent du réalisateur bien sûr, également auteur du scénario comme toujours, que d’avoir su mettre en place une telle progression et ménager une forme de suspense quant à nos attentes et à notre réception de son film : on peut légitimement penser au terme de son 1er tiers que le film va s’engager sur un chemin tortueux, en tout cas plus sombre que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et puis pas du tout, donc.

Virage à 180° donc, ou presque, pour Cédric Anger, après 3 premiers films graves et notamment un précédent, La prochaine fois je viserai le cœur, très étouffant : L’Amour est une fête est une comédie, au sens propre.

Sur le fond, c’est un très joli et touchant hommage au monde du cinéma porno d’antan, comprendre d’avant le numérique, internet et les scènes tournées à la chaîne dans des chambres d’hôtel de Budapest. Un monde dans lequel il était, c’est ce qu’on dit en tout cas, et qu’on nous raconte volontiers, encore possible de s’amuser et d’apporter un certain soin, un certain savoir-faire aux films produits (réalisateurs cinéphiles, scénarios un peu écrits, utilisation de la pellicule, acteurs et actrices nourrissant encore l’espoir de passer du X au cinéma traditionnel). Hommage aussi touchant que sincère, également incarné via le caméo de 2 des stars de l’époque, Alban Ceray et Marylin Jess (les Vrais savent). Voir, aussi, la belle affiche du film, sensuelle et 70s. C’est le côté Boogie Nights du film (mais ça s’arrête là pour les similitudes, Anger s’en expliquera d’ailleurs très bien).

J’ai des réserves, notamment sur l’aspect purement comique du film (j’ai pas toujours trouvé ça très drôle, et le fait d’avoir vu le film dans une salle pleine et très enthousiaste dès les toutes 1ères secondes, un contexte très « avant-première » donc, se révèle souvent encore plus trompeur ; je pense notamment à toute la séquence du retour de Gilles Lellouche auprès de sa famille que j’ai trouvée franchement embarrassante), mais c’est un film tendre et touchant, nourri d’une certaine mélancolie et d’une petite dose de nostalgie, sans pour autant verser dans le passéisme, infusant une douce euphorie, un sentiment positif. A ranger dans la catégorie film-sourire-aux-lèvres.

L’équipe du film s’est déplacée en nombre pour le défendre : sur la photo ci-dessous, et de gauche à droite, les actrices Camille Razat, Elisa Bachir Bey et… Valeria Nicov ? j’ai oublié de qui il s’agissait…; le réalisateur Cédric Anger; et les acteurs Xavier Alcan et Gilles Lellouche. Mention spéciale d’ailleurs pour tout le casting féminin, très sexy, et filmé de façon appropriée par Anger, sans une once de vulgarité ou de putasserie.

Guillaume Canet n’était pas du voyage, au grand dam d’une large partie féminine et trentenaire du public, manifestement en attente. Elles se sont consolées avec Lellouche, aussi sympathique et vanneur qu’on l’imagine.
Marrant d’avoir enchaîné 2 AP en 3 jours : sur le coup, j’ai trouvé Mathieu Sapin confus et plat pour parler de son film (Le Poulain), avec le recul, les prises de parole de Cédric Anger se s’ont révélées encore plus cruelles pour lui. D’abord critique aux Cahiers du cinéma, puis scénariste (notamment pour Xavier Beauvois, acteur dans L’Amour est fête et génial dans le rôle d’un réalisateur de films porno), Anger a beaucoup de recul sur son métier, son film et il en parle très bien.
Séance de questions-réponses un peu courte faute, étrangement, de questions de la part du public d’autant que la salle était pleine, c’est dommage de pas en avoir profité : j’ai évidemment pensé à plein de questions SUPER intéressantes à peine sorti de la salle. Mais chouette soirée donc, et un film que je conseille.