Séduis-moi si tu peux ! – critique

Fred, un journaliste au chômage, a été embauché pour écrire les discours de campagne de Charlotte Field, en course pour devenir la prochaine présidente des Etats-Unis et qui n’est autre… que son ancienne baby-sitter ! Avec son allure débraillée, son humour et son franc-parler, Fred fait tâche dans l’entourage ultra codifié de Charlotte. Tout les sépare et pourtant leur complicité est évidente. Mais une femme promise à un si grand avenir peut-elle se laisser séduire par un homme maladroit et touchant ? (Allociné)

En 2005 sortait The 40-year-old virgin/40 ans toujours puceau qui peut légitimement être considéré comme l’acte de naissance symbolique du courant dit de la « néo-comédie ». Ce dernier allait s’étendre sur près de 10 ans et nous valoir une palanquée de films mémorables (voir mon top comédies, il en est truffé). Dans le prolongement des films des frères Farrelly, une véritable nouvelle vague d’auteurs-acteurs-réalisateurs-producteurs gravitant autour de l’astre Judd Apatow a sinon révolutionné, du moins apporté un énorme vent de fraîcheur sur la comédie américaine. Redéfinition d’une masculinité sensible et enfantine, apologie de la bromance (l’amour-amitié entre 2 hommes), love stories à la fois ludiques et ouvertement sentimentales en furent les piliers. Paradoxalement pour un genre aussi attaché à la description des préoccupations masculines, son sommet en fut probablement Mes meilleures amies.

En 2013, le génial et bien nommé This is the end marquait la fin, symboliquement là aussi, de cette bacchanale de la marrade. Sur fond d’apocalypse planétaire, Seth Rogen et son binôme d’écriture/production Evan Goldberg réunissaient leurs potes et acteurs les plus emblématiques de la néo-comédie (Jonah Hill, James Franco, Danny McBride, Craig Robinson etc) pour raconter une énième histoire de bromance mais surtout pour signifier que tout ce beau monde allait désormais passer à autre chose.
De fait, Rogen et Goldberg se sont essayé au film grand public (le sous-estimé et très chouette Green Hornet), à l’animation (Sausage Party), James Franco s’est recentré sur ses projets perso vaguement auteuristes, Jonah Hill est devenu un acteur reconnu et a réalisé son 1er film (dans un registre auteuriste lui aussi), les plus âgés membres du Frat Pack (Will Ferrell, Ben Stiller etc) se sont clairement mis en pré-retraite etc etc. Judd Apatow lui-même a fait une pause, retournant sur les planches et produisant « seulement » l’une des meilleures sitcoms de ces dernières années, la très tendre et douce-amère Love.

Devant Séduis-moi si tu peux !, on se dit que tout ce petit monde a gagné la partie : la bromance, les adultes-geeks, le sentimentalisme trash et assumé sont devenus la norme. Mais on se dit aussi que là où auparavant, dans les comédies les plus réussies, les personnages accomplissaient une trajectoire, on a ici le sentiment que passé les postulats énumérés ci-dessus (bromance etc), les personnages n’évoluent pas. Les geeks gavés de pop culture ont gagné, on les retrouve dans toutes les strates de la société, jusqu’à la Maison Blanche. Sans véritable évolution pour ses personnages, le film ne rime plus à grand-chose : il n’est plus que « simple » comédie.

Il y a en outre quelque chose de triste à voir Seth Rogen, 37 ans désormais, se grimer ainsi, sans la moindre ironie, en hipster-brooklynite à la garde-robe adolescente. Si je voulais être méchant, je dirais que Séduis-moi si tu peux ! ressemble à ces comédies françaises qui s’inspirent de la néo-comédie… Il faut donc se contenter de gags/situations vaguement trash et d’une love story des plus conventionnelles, qu’on pourrait croire issue d’une rom-com des années 90.

Je suis un peu sévère : la narration est fluide, le scenario malin et la conclusion délivre un message féministe à la fois nécessaire, vivifiant et subtil. Je n’ai pas trouvé ça extrêmement drôle (défaut de 95% des comédies actuelles : repousser coûte que coûte les limites de la bienséance + aligner les analogies situations du quotidien/pop culture, de préférence le cinéma des années 90) mais c’est rythmé, bien écrit et surtout, le duo Charlize TheronSeth Rogen fonctionne très bien (soit dit en passant, Charlize Theron nom de Dieu de bordel de merde… Elle a jamais été aussi belle). Mais on a plus que jamais le sentiment devant Séduis-moi si tu peux ! que la comédie américaine a besoin d’une nouvelle (r)évolution.

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Douleur et gloire – critique

Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner. (Allociné)

Je vais tâcher de faire court car tout a déjà été dit depuis une semaine, et même plus (le film est sorti depuis quelques temps déjà en Espagne) : « chef d’œuvre »… blablabla… « autoportrait »… blablabla… « Palme d’or »… blablabla… « testamentaire »… blablabla… Tout ça est vrai.

Attends… « Chef d’œuvre » ? C’est là que le bât blesse (un peu) pour moi.

Faut dire que je suis un inconditionnel du cinéma d’Almodovar dont je tiens au minimum 4 ou 5 oeuvres pour des films de chevets. Mes attentes sont donc toujours très élevées en ce qui le concerne: outre ce qu’il raconte et la façon dont il le raconte, son propos résonne en moi comme une véritable madeleine de Proust, via les souvenirs d’enfance qu’il distille régulièrement, des clichés de la vie populaire et familiale espagnole qui font écho aux miens, à ce qu’ont vécu mes parents, ma famille, à ce que j’observe encore régulièrement quand je me rends de l’autre côté des Pyrénées.

Sur un strict plan cinématographique, il est pour moi ce maître absolu de la fiction rocambolesque, le chantre d’un « baroque narratif » digne des telenovelas les plus extravagantes, qu’il parvient à sublimer grâce à un style, un talent et une sensibilité uniques.

Je suis donc un peu resté sur ma faim car Douleur et Gloire est sans doute, auto-portrait et introspection exacerbée obligent, son film le plus « sage ».

Bien sûr, cette façon qu’il a de circonscrire son (in)action et sa mise en scène à l’appartement de Salvador (qui rappelle un peu la chambre-prison du génial La piel que habito), et à son esprit, là où il a plutôt tendance à multiplier les décors et les lieux, est remarquable. Cette manière de faire affleurer l’émotion, cette pudeur relativement nouvelle, là où il a coutume d’ouvrir les vannes avec flamboyance, mérite le respect, sinon plus. Salvador/Banderas explique d’ailleurs à son ami acteur que les plus grands interprètes ne sont pas ceux qui savent pleurer mais ceux qui, au contraire, parviennent à faire monter les larmes sans jamais les faire couler.
En résumé, « sagesse » n’est pas synonyme de « paresse » et le classicisme a évidemment ses vertus : je renvoie pour cela au beau papier publié par les belles plumes de So Film.

Malgré tout, il m’a manqué, ce lyrisme décomplexé : tout dans Douleur et Gloire respire la maîtrise… du Maître, d’un cinéaste au sommet de son art, quand ce que j’aime par-dessus tout chez lui c’est le sens du mélo pur et dur, les torrents de larmes tout autant qu’une certaine impureté.

Le climax du film, en tout cas son aboutissement et la conclusion des ruminations de Salvador (que je ne dévoilerai évidemment pas) incarne très bien cela selon moi. Extrêmement osée (voire choquante je suppose pour certains spectateurs), la séquence se déploie le plus sereinement du monde, avec une audace aussi folle que tranquille, parée d’évidence. C’est remarquable…

C’est remarquable mais it’s not you, it’s me, ou plutôt, no es tu culpa, sino la mía : ça n’est tout simplement pas cet Almodovar là qui me bouleverse.

The Dead Don’t Die – critique

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville. (Allociné)

Mon impatience et ma grosse attente liées à la sortie de ce film ayant vite été douchées par des retours désastreux (et quasiment unanimes), je ne pouvais, au final, qu’avoir droit à une bonne surprise. C’est LE gros problème de The Dead Don’t Die : il a créé une attente démesurée. Film de zombies, par Jim Jarmusch, avec un casting précis-pointu-cool : c’était trop beau non pas pour être vrai mais réussi.

Alors non, The Dead Don’t Die n’est pas un bon film. C’est peut-être même le plus mauvais de son réalisateur. La question se pose en tout cas. Mais ça n’est certainement pas la catastrophe absolue annoncée dans la majorité des billets qui lui sont consacrés : je vais me répéter mais les mecs devraient voir de vrais mauvais films de temps en temps, ça leur éviterait de formuler d’aussi grosses conneries.

Il s’agit en réalité d’un pamphlet potache et nonchalant voire désinvolte. C’est ce qui agace principalement, et je peux le comprendre : Jarmusch se conforme un peu trop à son image de cinéaste indolent, laid back, à l’humour pince-sans-rire. C’est too much oui : voir par exemple l’arrivée sur la scène de crime du diner, durant laquelle le comique ( ?) de répétition ( ?) ne fonctionne pas du tout. Dommage également que la désinvolture ait poussé Jarmusch à des clins d’œil meta aussi inutiles que paresseux (le porte-clés Star Wars d’Adam Driver ou surtout le coup du script) car j’ai souri assez régulièrement grâce notamment à l’impeccable trio d’acteurs/flics (Chloé Sevigny, Adam Driver et Bill Murray).

En outre, Jarmusch se montre davantage tendre que réellement moqueur ou condescendant : voir le regard qu’il pose sur le trio de « hipsters from the big city » qui débarque dans cette paisible et bucolique bourgade perdue ou encore sur le personnage de pompiste-geek campé par Caleb Landry Jones. C’est mignon.

Le volet pamphlétaire du film, certes trop didactique (on reproche également beaucoup à The Dead Don’t Die sa conclusion trop littérale), a au moins le mérite de faire un pas de côté par rapport aux autres films de zombie : ce n’est pas tant la surconsommation qui est ici pointée du doigt que le mépris pour la planète et pour les lois de la Nature. A cause d’une recherche effrénée du profit, ce qui ne diffère pas tant que ça mais bon. OK, c’est asséné de manière assez lourde et maladroite mais ça va, c’est pas scandaleux non plus… Et on a sans doute pas conscience nous, Européens, que dans l’Amérique de Trump, des fake news et de l’ultra-libéralisme décomplexé, ce type de discours est plus que nécessaire…

A voir donc, malgré tout, et surtout, à prendre pour ce que c’est : une récréation légère, sans doute vite écrite et vite tournée, qui n’a pas la prétention d’aspirer à davantage.

L’Adieu à la nuit – critique

Ca va bientôt faire 3 semaines que je suis pas allé au ciné, ça faisait très très longtemps que je n’avais pas vécu une telle période de disette… Evidemment, la traditionnelle et mollassonne programmation pré-Cannes n’y est pas pour rien. Gloria Bell ? Mouif… mais non. Mais vous êtes fous ? Oooooooooh non.
En lieu et place, je regarde et me passionne pour Game of Thrones évidemment… Et je me suis lancé dans le visionnage de 30 Rock, j’y consacrerai peut-être un billet.

Le seul film que j’avais vraiment envie de voir (Les Oiseaux de passage), je l’ai raté because life.
La franchise me pousse à avouer que je me suis tâté à aller conchier Nous finirons ensemble, juste pour le plaisir de m’énerver et d’en faire un billet mais je m’en tiens à ma résolution cinéma de 2019 : voir moins de merdes. Pas toujours facile, il me démange un peu celui-là… Heureusement, les sorties cannoises auront vite fait d’éloigner la tentation : Jarmusch ! Almodovar ! Les Dardenne ! Et je parle même pas de tout ce qui suivra (Tarantino, Dupieux, Mendonça Filho, Kechiche, Dumont, Bonello etc) et qui fait de cette édition 2019 une édition particulièrement excitante.

Dans ce quasi-marasme précèdent le Festival de Cannes surnage le film parfois maladroit mais touchant d’une valeur sûre du cinéma français : L’Adieu à la nuit d’André Téchiné.

Il y avait pourtant de quoi avoir peur : « Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada.  Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite… » (Allociné)

Alerte « sujet de société » : cette « autre vie » à laquelle Alex se prépare, c’est celle de combattant de Daesh puisque lui et sa petite amie prévoient de se rendre non pas au Canada comme ils l’ont annoncé à leur entourage, mais en Syrie.

Flippant sur le papier… Et de fait, L’Adieu à la nuit n’échappe pas à un didactisme très Envoyé Spécial dans la description de la jeunesse radicalisée.  Téchiné contextualise, filme avec le plus de frontalité et le moins de subjectivité possible, on sent qu’il veut éviter les facilités et considérations à l’emporte-pièce mais il n’évite pas une certaine lourdeur. La palme revenant sans mal à cet embarrassant montage alterné entre d’un côté, une séquence de repas joyeux et de l’autre, une réunion austère de salafistes hypnotisés par un imam radical.

Heureusement, en réalisateur sensible, Téchiné recentre rapidement son propos sur la relation entre le petit-fils et sa grand-mère et plus précisément sur la véritable lutte que celle-ci va mener pour prévenir le drame. D’abord incrédule puis combative et enfin désemparée (pour dire le moins), sa trajectoire permet au film de surnager et de finalement emporter la mise. Tout comme la Reine Catherine, bien plus convaincante et émouvante en mamie débordante d’amour que Kacey Mottet-Klein en jeune adulte déterminé.

L’Adieu à la nuit va bientôt disparaître des salles, supplanté par les sorties cannoises mais si vous en avez l’opportunité et le temps, pourquoi pas…

Avengers : Endgame – critique

Thanos ayant anéanti la moitié de l’univers, les Avengers restants resserrent les rangs dans ce vingt-deuxième film des Studios Marvel, grande conclusion d’un des chapitres de l’Univers Cinématographique Marvel. (Allocine)

Wow, le pitch officiel est carrément la feuille de route du studio… Flippant mais rien de plus logique finalement puisque les Avengers et les films Marvel sont devenus des produits à part entière, réduisant l’aspect cinéma à la portion congrue.

Ça y est j’enfonce une porte ouverte. Et je fais que commencer… Mais bon, que dire qui n’ait déjà été dit au sujet de LE film événement du moment ? Et que dire que je n’aie déjà dit dans mon billet sur Infinity War ?

Donc, oui, tout ce que vous avez pu lire ou entendre sur Endgame est vrai: ça dure 3h (un peu moins en vrai), c’est une forme de conclusion des 21 films MCU précédents, y a pas de petite pastille post générique (vous pouvez donc vous barrer dès que les lumières se rallument et gagner 10 minutes sur le soulagement de votre vessie) et Brie Larson/Captain Marvel change de coiffure en cours de route (un bon vieux look de soccer mom aussi incompréhensible qu’indéfendable).

J’aurais également pu mentionner la coupe de footballeur de Jérémy Renner, à l’extrême gauche.

Et puis comme je le disais il y a 2 ans, c’est pas vraiment du cinéma, c’est un assemblage de scènes très inégales, parfois drôles (merci Thor et Chris Hemsworth, vite, une bonne comédie pour lui svp), parfois pénibles voire embarrassantes (ces longues scènes de dialogues à la fois mal écrites et platement filmées qui sont autant la signature de la franchise que les scènes d’action spectaculaires).

Allez, effectivement, je veux bien concéder, comme on peut le lire assez souvent encore une fois, que la nature conclusive de cet opus lui confère une certaine majesté, une certaine ampleur, à défaut de réelle émotion.

Cette tonalité (relativement) mélancolique, est présente d’emblée puisque un bon quart du film (le premier donc) est consacré au deuil, à l’acceptation de l’inacceptable, au fait que la moitié de la population a disparu, comme ça, en un claquement de doigts, y z’étaient là et puis pouf, y sont plus là. Soit dit en passant, la moitié qu’il a supprimé le Thanos, m’est avis que c’est la moitié laborieuse, les immigrés et le lumpenproletariat parce que 5 ans après le drame, c’est encore le gros bordel on dirait : y a des épaves de bagnoles partout dans les rues, des décombres et des pelouses mal entretenues en veux-tu en-voilà. Bravo les WASPs, bon esprit.

Comme toujours, un visuel DE TOUTE BEAUTÉ.

A part ça ? Pffff… J’ai trouvé ça aussi vain et chiant que plaisant, tout en même temps, ce qui peut être vu comme un genre de prouesse j’imagine. On les sent bien passer les 3h quand même…

A ce sujet, et puisque j’ai rien d’autre à dire, j’ai lu un article qui expliquait quand exactement i.e. à quel(s) moment(s) on pouvait s’éclipser pour aller pisser si on avait une trop petite vessie pour un film de 3h. Ça m’a fait sourire. Encore plus quand j’ai vu le film parce qu’en vérité, on peut sortir à n’importe quel moment tant toutes les scènes se valent, nivelées par cette écriture et cette réalisation sans âme qui ont auparavant nivelé les 21 épisodes précédents (ok, quelques jolies exceptions mais si peu).

C’est tout ?

C’est tout.
De toutes façons, même si on vous disait que c’est nul à chier (et ça ne l’est pas), vous iriez quand même le voir.

El Reino – critique

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal… (Allociné)

El Reino fait partie de ces films tellement limpides et transparents, qu’ils n’offrent que peu de prise à la critique ou à l’analyse. Ca pourrait être une critique justement, mais non : j’aime bien quand un film est clair dans ses intentions, dans son exécution, son discours et quand celui-ci est digne d’intérêt, eh bien bravo tout simplement.
Donc, et comme on peut le lire dans tous les papiers au sujet du film, El Reino raconte, façon thriller, la chute d’un secrétaire de parti avec le vent en poupe, dont le rôle dans une affaire de corruption va révéler une gangrène endémique et nationale.

Avec sa tronche de mec lambda un peu faux-derche qu’on sent prêt à vendre sa famille pour 3 churros et 2 chorizos, Antonio de la Torre est parfait dans ce rôle.

La chute de Manuel López-Vidal, sa course contre la montre pour, d’abord passer entre les gouttes puis, devant l’ampleur de ce à quoi il s’expose, ne pas tomber tout seul, est traitée précisément comme telle : une course contre la montre, effrénée, haletante. Personnages/caméra en mouvement perpétuel, montage cut, musique proto-techno omniprésente (un peu trop à mon goût mais c’est un vrai choix de mise en scène, parfaitement justifié). C’est d’une cohérence et d’une rigueur scientifiques.

2 points ont particulièrement attiré mon attention : on ne sait jamais ni de quel parti il s’agit, ni dans quelle ville/région l’action se situe (même si une scène dans le dernier quart laisse penser qu’il s’agit de Saragosse et de l’Aragon) : le but de Rodrigo Sorogoyen (déjà réalisateur du très bon polar Que dios nos perdone en 2017) est de dénoncer la Corruption avec un grand C, dans quelque parti que ce soit, à quelque niveau que ce soit. Non parce qu’évidemment, tout cela est basé sur des faits réels : ces dernières années, les scandales de corruption ont éclaboussé la vie politique espagnole presque quotidiennement.

Le personnage/acteur à droite est génial aussi, une tronche et une gouaille de malade.

Le 2ème point concerne la distance de l’auteur vis à vis de son personnage principal : trop éloigné, Sorogoyen (réalisateur et auteur du scénario) le condamnerait sans ambages et ça serait pas très intéressant (puisqu’on sait dès le début que le mec est un ripou, pas la peine d’insister); trop proche, il l’humaniserait, il nous ferait entrer en empathie avec lui, avec un sale type. Or, ici, il me semble qu’on est toujours à bonne distance: bien sûr, on ressent de l’excitation lorsque López-Vidal cherche les preuves, les bonnes personnes etc, que le temps presse, mais uniquement parce que nous sommes emportés par le maelstrom de ses actions et par le mouvement de la mise en scène, pas parce qu’il est le héros auquel on s’identifie.

J’ai d’abord eu une grosse réserve sur la toute fin. Difficile d’en parler sans spoiler mais j’ai pensé que Sorogoyen avait dépassé les bornes, franchi le Rubicon de la démagogie. Mais non, je ne crois pas : dans une séquence aussi virtuose que prenante (difficile d’en parler etc), il finit par abattre le 4ème mur pour nous donner son opinion sur le sujet qu’il a traité, tout en donnant une voix à ses spectateurs.

J’ai également vu Simetierre dont je vais dire quelques mots rapido car ça mérite pas un billet à part entière : c’est pas impérissable mais ça remplit son office et même un peu plus. Intrigue bien ramassée, rythme soutenu sans frénésie et surtout un petit goût de transgression (les enfants…) qui fait bien plaisir ma foi. Quelques jump scares superflus, c’est dommage. C’est vraiment LE fléau des films d’horreur contemporains les jump scares.

Blanche comme neige – critique

Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants… Un, deux, et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme ! Pour elle, c’est le début d’une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale… (Allociné)

Il s’agit donc d’une d’une adaptation, ou d’une mise à jour, d’une réinterprétation, appelle ça comme tu veux, du conte de Blanche Neige. On y retrouve par conséquent une version contemporaine de la nanophile la plus célèbre du monde (Lou de Laâge), de la reine (Isabelle Huppert) et des 7 nains (Damien Bonnard x 2, il interprète des jumeaux, Jonathan Cohen, Vincent Macaigne, Benoît Poelvoorde, Pablo Pauly et Richard Fréchette). Certaines situations rappellent celles du conte, en plus de la trame principale. Voilà. C’est nul.

Enfin, « c’est nul »… Ca se regarde, en faisant preuve d’indulgence, essentiellement parce que
1. Lou de Laâge est très régulièrement à poil
2. les acteurs, notamment les 3 plus extravertis (Cohen, Poelvoorde et Macaigne) font leur petit numéro habituel et qu’ils le font bien
3. Lou de Laâge est très régulièrement à poil.

« Tchi es uneu gourmandeu toi hein »

Désolé mais bon, c’est d’une paresse… Ca se veut probablement un peu transgressif, j’ai par exemple lu quelque part qu’il s’agissait d’une version érotique du conte des frères Grimm, ou encore d’une « comédie coquine » (AU SECOURS) mais purée que c’est clicheteux, prévisible et bourgeois…
C’est pas désagréable ceci dit : j’ai une faiblesse coupable pour le cinéma français un peu bourgeois et pantouflard, pour ces films qui flirtent avec le cinéma de Chabrol sans arriver à la cheville de sa maîtrise, de son intelligence et encore moins de son caractère subversif et transgressif et qui ressemblent donc davantage à des téléfilms de luxe. J’ai l’impression que c’est le terrain sur lequel évolue souvent Anne Fontaine.

Qu’est ce qu’elle a fait de bien finalement, de vraiment bien je veux dire ? Nettoyage à sec ? Ca a plus de 20 ans… Mon pire cauchemar, avec, déjà, Poelvoorde et Huppert était pas mal… En faisant preuve d’une certaine indulgence là encore. Anne Fontaine tourne des films qui pourraient être des films du milieu (des films d’auteur populaires) mais dont le résultat n’aboutit qu’à des films au milieu, qui obtiennent tout juste la moyenne, parfois un peu plus, parfois un peu moins. Blanche comme Neige ne déroge pas à sa règle.