Spotlight – critique

Je m’étais dit que je posterai désormais, ne serait-ce que quelques lignes, sur tous les films que je verrai en 2016 mais évidemment, 5 février, j’ai déjà baissé les bras. Jusqu’ici j’ai vu The Hateful Eight, grandiose, Gaz de France, hilarant, Carol, très beau et Encore Heureux, à chier.

Et Spotlight donc. Le film raconte comment des journalistes hyper mal sapés mettent à jour, à force d’acharnement et d’un travail de fourmi, un énorme scandale de pédophilie au sein de l’Eglise catholique à Boston. Leur enquête a duré 12 mois et elle a été récompensée par le prestigieux prix Pulitzer (le film se base sur une histoire vraie).

Spotlight
Une farandole de pantalons à pinces, manches retroussées et couleurs fadasses.

L’enquête est passionnante, le scandale édifiant. Spotlight, le film, fait preuve de la même rigueur que les protagonistes de Spotlight, la division du Boston Globe dévolue aux enquêtes au long cours dont il tire son titre : de la première à la dernière seconde, il ne digresse jamais, reste concentré sur son objectif, de la même manière que Rachel McAdams ou Mark Ruffalo ne semblent vivre que pour leur travail. Leur vie personnelle est à peine dévoilée (McAdams) ou évoquée (Ruffalo). Celle de Michael Keaton restera un mystère entier.

C’est un peu regrettable, on aimerait parfois en savoir davantage sur ses héros de l’ombre mais la fidélité à l’histoire, le respect aussi des victimes, est sans doute à ce prix. Pas de putasserie ou de sensiblerie ici, l’émotion vient uniquement des faits réels, elle n’est jamais mise en scène.
Du coup, forcément, on songe à ces films, typiquement américains, qui retracent eux aussi le combat de journalistes pour faire éclater la vérité, ébranler les institutions, se faire la voix des plus démunis face aux plus puissants (les Hommes du Président, Révélations).

Mais s’il raconte une histoire de 2001, Spotlight a été réalisé en 2015, à une époque où les chaînes infos sont omniprésentes avec leur robinets à news sans aucune hiérarchie, leur zapping permanent et un Internet qui dévoile et nous fait ingurgiter ces mêmes infos en temps direct. Un monde de l’immédiateté, de l’absence de recul et de réflexion, de l’impatience et de la superficialité. Je ne t’apprends rien.

Spotlight raconte donc une histoire survenue dans ce monde d’avant. Un monde dans lequel une enquête pouvait se dérouler sur 12 mois, où il fallait impérativement être à l’heure si on voulait consulter des documents à la bibliothèque, où il fallait photocopier ces mêmes documents, puis les éplucher un par un, à la main, prendre des notes sur un calepin lorsqu’on interrogeait quelqu’un etc etc. Le papier est omniprésent sur les bureaux des journalistes et à l’écran.

Ce monde d’avant Internet nous est signifié via un plan large dévoilant un énorme panneau publicitaire pour AOL, comme un avant-goût de la révolution qui s’apprête à se dérouler. Mais cette révolution a 2 détonateurs nous dit le film, le second étant le 11 septembre 2001. L’évènement, qui nous surprend autant que les protagonistes pour le coup, est hyper bien traité par le réalisateur, Tom Mac Carthy : événement d’importance cruciale pour l’intrigue (il va obliger la section Spotlight à mettre son enquête entre parenthèses pendant quelques temps), il revêt également une grande importance symbolique puisque c’est sans doute le 1er évènement de l’époque moderne qui a été traité par les chaînes info de la manière dont elles traitent aujourd’hui tous les événements. L’année écoulée ne nous l’a que trop démontré.

Spotlight est un film adulte, sérieux, grave même parfois mais jamais pontifiant, jamais donneur de leçons. Il fait juste un constat en rendant hommage à une catégorie d’hommes et de femmes, les journalistes d’investigation, un peu en voie de disparition. Il devrait récolter quelques Oscars et pour une fois, ça sera pas immérité.

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