Brillantissime – critique

J’en vois des merdes chaque année. J’avoue sans mal que j’y prends parfois un certain plaisir (pervers ou masochiste, peu importe comment on le qualifie). Et sans vouloir me dédouaner ni me justifier, j’y trouve un intérêt : à choisir, vaut mieux voir uniquement des bons films évidemment mais je pense que c’est important de voir des bouses de temps à autre, pas trop souvent non plus, faut doser, mais il faut en voir pour pleinement réaliser, ou se souvenir, à quel point c’est difficile de réaliser un film. Avoir quelque chose à raconter, quelque chose de léger ou de grave, de divertissant, d’intime etc., écrire des scènes, des situations, des personnages, des dialogues, choisir toute une équipe autour de soi, des comédiens, les diriger, utiliser (ou pas) de la musique/des chansons etc etc. C’est difficile de tout réussir, et quand on y parvient, ou plutôt quand on constate que le réalisateur ou l’équipe du film, y est parvenue, c’est merveilleux bien sûr, et c’est la raison pour laquelle on continue à aller au cinéma et à aimer certains films avec passion.

Des merdes, j’en vois donc, notamment dans ce genre à part entière qu’est devenu «la comédie française grand public ». Un genre hier régulièrement noble et enthousiasmant, qui l’est de moins en moins malheureusement pour plein de raisons qu’il serait intéressant d’analyser ou de lister mais c’est pas l’objet (perso, je pense que ça a commencé à sérieusement merder lorsque le moindre comicaillon issu de Canal Plus s’est senti pousser des ailes et s’est cru légitime sur  le grand écran).

Toujours est-il que « la comédie française grand public » est devenue tellement merdique dans sa globalité que nombre de papiers ont tenté d’analyser le phénomène. On peut même dire qu’il s’agit désormais d’une des marottes perverses des cinéphiles et cinéphages : jusqu’où peut-on descendre plus bas ? Quand est-ce qu’on va arrêter de prendre les gens pour des cons ? Pourquoi Franck Dubosc n’a-t-il pas les rôles qu’il mérite ? etc etc. Voir notamment l’excellent top réalisé chaque année par les gens de Slate (clique ici), qui permet à la fois de bien choisir les merdes qu’on va s’infliger avec une délectation masochiste, ou à l’inverse qui permet de mettre en lumière des films noyés au milieu du flot de sorties hebdomadaires et/ou qu’on aurait négligé pour délit de sale affiche. C’est par exemple grâce à ce top que je suis allé voir le génial Le Nouveau, une des plus belles réussites de ces dernières années, ou le très sympathique La Colle sorti l’an dernier).

Tout ça pour dire que j’ai eu beau me taper une palanquée de daubasses innommables, j’étais pas préparé à ça : Brillantissime, le 1er film écrit et réalisé par Michèle Laroque.

Honnêtement, j’ai halluciné. Sérieux ! Pour 2 raisons essentiellement.

Tout d’abord, l’ego trip : honnêtement là encore, on peut arrêter de se foutre de la gueule de Tom Cruise, Kanye West, Mariah Carey ou Cristiano Ronaldo parce que c’est des petits joueurs à côté de Mme Baroin. Brillantissime, c’est tout simplement une ode à Michèle Laroque, par Michèle Laroque. Elle est de tous les plans : cheveux attachés, lâchés, robe décolletée, robe de soirée, talons hauts, plats, manteau pied de poule, pyjama etc etc. Tout y passe. D’ailleurs on a droit à une séquence d’essayage de fringues à la Pretty Woman  (ça situe le niveau d’originalité du truc déjà). En outre, ses amis, les gens qu’elle croise dans la rue (à Nice, ville où elle est née et a grandi), les commerçants, tout le monde lui répète combien elle est belle, fraîche, séduisante (je mens pas, c’est dans le film !). Hallucinant. Et du coup le titre prend une dimension intéressante puisqu’il s’agit manifestement de premier degré.

Là par exemple, elle se balade avec des fleurs offertes par les commerçants parce que « tchi’est trop belle ma chériiiiiiie! » Very Dick. Rivers, un niçois lui aussi. Putain de boucle bouclée.

L’autre raison c’est… comment dire… Y a rien dans Brillantissime. Mais quand je dis « rien » c’est vraiment RIEN : je parle pas de tension dramatique ou d’enjeux de quelque nature que ce soit évidemment, on en est pas là, mais pas de gags, pas de répliques, pas de séquence qui fasse non pas mouche, on en est pas là du tout non plus, mais qui suscite un tant soit peu d’intérêt. Rien. Nib. Nada. Ca se résume à une succession de scènes mal écrites, mal filmées, mal jouées (putain, les mecs, les acteurs je veux dire, Kad Merad, Gérard Darmon et Pascal Elbé, ne font AUCUN effort, c’est dingue) qui tombent irrémédiablement à plat. A tel point que c’est ce qui m’a tenu en éveil: « ah c’est fini là, c’était la chute? » « Non mais c’est pas le climax de la scène ça quand même?!  » etc etc.
A un moment, sur les conseils de sa gynéco, ou de sa sexologue, je sais plus, j’ai commencé à plier mon linge à ce moment là parce que faut quand même pas déconner même si ça dure seulement 1h20, elle va s’acheter des sex toys dans un sex shop. Cocasse ! Elle a honte évidemment, alors elle porte un imper avec le col relevé, des lunettes de soleil pour passer inaperçue. Et quand elle arrive à la caisse, elle dit que c’est pour faire une blague à une collègue. Voilà, c’est une scène du film et c’est le gag de cette scène.

Cette scène est particulièrement embarrassante. En vérité, j’ai absolument rien compris à ce qu’elle avait essayé d’y faire.

Je passe sur les incroyables facilités scénaristiques ou les largesses prises avec la vraisemblance: j’en suis pas un forcené et je m’accommode aisément de la convention du grand-appart-sur-l’île-Saint-Louis-payé-avec-un-salaire-de-prof dans les comédies, d’autant plus lorsqu’elles sont réussies. Mais là, non seulement la nana vit dans un T56 à Nice avec vue sur la Méditerranée mais lorsque son mari la quitte (c’est ça le pitch du film: elle se fait larguer à 50 ans, elle doit se reconstruire)… ben rien,  tranquilou, elle a pas besoin de bosser, ou de se remettre à bosser, ou à trouver du pognon, tout roule sans qu’il soit jamais fait la moindre mention des contraintes matérielles. OK, à ce niveau de nullité, c’est un détail mais à ce niveau de nullité, c’est aussi une circonstance aggravante.

Sa fille, qui joue le rôle de sa fille. Auto-fiction ! Et un joli pyjama qu’elle porte A MERVEILLE.

Taxi 5, que j’ai trouvé absolument immonde et devant lequel j’ai rapidement jeté l’éponge, je peux comprendre: y a des nains, des gros, du caca, Gastambide touille tout ça a minima, pour flatter les plus bas instincts de son public mais y a au moins quelques ingrédients, des gags/répliques clairement identifiables, dont on voit bien qu’ils sont censés êtres drôles. Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu ? je ne comprends que trop bien… Mais ici: rien, encore une fois. J’insiste: le néant total ! Bordel, à qui s’adresse ce film ? Qui peut bien trouver ça sympa, mignon, drôle (puisque c’est manifestement ce que cherche à atteindre Laroque)? Qui a aimé ce film ? Sérieusement, à ce stade là, ça m’intéresse. En même temps, après ce que je viens de dire, je comprendrais que vous vous manifestiez pas. Mais si, svp, prenez un pseudo et confiez-vous, racontez-moi ce que vous avez aimé dans ce film. Vous verrez, vous vous sentirez beaucoup mieux après vous être libérés de ce poids.

Françoise Fabian. Ma nuit chez Maud (soupir).

Cerise sur le gâteau: alors que j’étais déjà scandalisé, révolté que des producteurs aient pu accepter de financer un truc pareil (non mais sans déconner hein, ça m’a mis hors de moi !), j’apprends que le film a été (en partie) crowdfundé
Mais putain les gens, merde quoi ! Vous avez filé du pognon à Laroque pour qu’elle puisse monter son ego trip de merde puis vous raquez à nouveau pour aller voir le film ? (puisqu’en contrepartie, y a juste le nom des contributeurs au générique du film). « J’avais envie de créer une communauté de gens qui ne font pas ce métier et les embarquer sur la planète cinéma. J’avais envie de partager ça » a déclaré Michèle Laroque. « La planète cinéma »… Putain, les gens…

Sa fille joue dans un groupe de rock qui ferait passer Calogero pour Iggy Pop. D’ailleurs les gens sont assis dans la salle de concert (véridique).

Avec tout ça, c’est un des films que je retiendrai cette année, avec Phantom Thread, Under the Silver Lake, Mes Provinciales. Mieux : c’est sans doute le pire truc que j’ai vu depuis des années.
Il est possible que j’ai piqué ta curiosité et que tu aies envie de le voir maintenant mais il faut pas : c’est pas Taxi 5 ou Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu (pour citer à nouveau 2 exemples de comédies édifiantes selon moi), 2 films qu’on peut juger intéressants pour ce qu’ils révèlent de notre époque, de l’humour actuel, de la société française même, pourquoi pas. C’est juste terriblement nul et triste, un long spot d’auto-promo vide et complaisant.

Top 50 comédies

Et hop, la liste complète et les liens ci-dessous.

Petit break estival pour Grande remise, bonnes vacances à toutes et à tous.

#1 40 ans, toujours puceau – The 40-year old virgin

#2 American Pie

#3 L’Amour Extra-Large – Shallow Hal

#4 Anchorman – Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy

#5 Austin Powers 2, l’espion qui m’a tirée – The Spy Who Shagged Me

#6 Les Beaux Gosses

#7 The Big Lebowski

#8 Les Bronzés font du ski

#9 Bienvenue au gîte

#10 La Chèvre

#11 La Cité de la Peur

#12 …Comme la lune

#13 Cuisine et Dépendances

#14 Didier

#15 La Dilettante

#16 Dodgeball

#17 Dumb and Dumber

#18 La Fille du 14 Juillet

#19 Fou(s) d’Irène

#20 Frangins malgré eux

#21 Les Gamins

#22 Harold et Kumar chassent le burger

#23 Jacky au royaume des filles

#24 Un jour sans fin

#25 Liberté-Oléron

#26 Mars Attacks!

#27 Mary à tout prix

#28 Mes meilleures amies

#29 Mes meilleurs copains

#30 Mon beau-père et moi

#31 OSS 117, Rio ne répond plus

#32 Palais Royal!

#33 Papy fait de la résistance

#34 Un poisson nommé Wanda

#35 Pour un garçon

#36 Les Randonneurs à Saint-Tropez

#37 Retour à la fac

#38 Rushmore

#39 Monty Python : Sacré Graal !

#40 Steak

#41 Les sous-doués passent le bac

#42 SuperGrave

#43 Top secret!

#44 Vampires en toute intimité

#45 La vérité si je mens! 2

#46 Very Bad Trip

#47 Wayne’s World 2

#48 Rien que pour vos cheveux

#49 Comédies dramatiques

#50 Séries

#36 Les Randonneurs à Saint-Tropez

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Nous avons quitté Cora, Nadine, Mathieu et son frère Louis, ceux que nous appelons dorénavant  » Les randonneurs « , il y a dix ans en Corse. Aujourd’hui, ils ont la quarantaine. Ils sont toujours très liés et ont décidé de repartir une nouvelle fois en vacances ensemble, juste tous les quatre, comme avant. La randonnée, il faut bien l’avouer, ça n’était pas vraiment leur truc. Mais à l’époque, c’était la mode des vacances sportives. Alors, ils avaient essayé. Cet été, c’est décidé, ce sera Saint-Tropez. Après tout, qui n’y va pas une fois dans sa vie ? Mais c’était sans compter qu’à Saint-Tropez, tout peut arriver. Même retrouver Eric, leur guide sur le GR20 Corse. Celui qu’ils s’étaient jurés de ne plus jamais fréquenter… Sauf qu’Eric a évolué ; il a même beaucoup changé. Et il a des arguments de poids pour endosser à nouveau le rôle du guide… (Allociné)

J’ai l’impression que Les Randonneurs est un film un peu culte. J’aime bien voire beaucoup mais, sans aucun snobisme, je préfère celui-ci qui est semble-t-il aussi, nettement moins apprécié.
Je le préfère car il fonctionne à plusieurs niveaux : comédie de vacances au premier degré, comme le 1er volet, avec cette fois l’enfer de la Côte d’Azur qui se substitue à celui du GR 20 ; comédie « suite », avec des gags, répliques, développements qui répondent au film précédent ; relecture à la fois amusée et tendre des nanars de Max Pécas même si ils sont davantage évoqués (à travers notamment le personnage interprétée par Cyrielle Claire, habituée des comédies françaises 70s-80s, par exemple) que réellement réinterprétés.

Et ça c’est valable pour le 1er volet également et c’est un élément crucial dans ce type de film qui fonctionne énormément sur l’énergie et la dynamique de groupe, je trouve que le groupe justement, d’acteurs, fait preuve d’une super complicité. Difficile dans ces cas-là de savoir si elle est réelle ou si les gars/filles sont vraiment de très bons acteurs et qu’ils la simulent totalement mais je trouve qu’on croit vraiment aux relations et interactions qui se nouent au sein de ce groupe d’amis de longues dates interprétés par Karin Viard, Géraldine Pailhas, Vincent Elbaz et Philippe Harrel. Et Poelvoorde évidemment, dans le rôle de l’élément extérieur/perturbateur.

J’ai vraiment beaucoup de tendresse pour ce film qui me fait beaucoup rire et que j’ai déjà vu à plusieurs reprises sans aucun sentiment de lassitude. J’ai l’impression encore une fois qu’il est non seulement totalement méprisé mais également rejeté par les fans des Randonneurs et je ne comprends pas pourquoi.

Enfin, vu la manière dont il s’achève, on est en droit d’attendre un 3ème volet, ça me ferait très plaisir.

#32 Palais Royal!

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Une orthophoniste toute simple, mais mariée au fils cadet du roi, devient reine malgré elle à la mort du monarque… Et ça rigole pas tous les jours sous les couronnes… Ou alors si. (Allociné)

L’histoire c’est évidemment celle de Diana Spencer / Lady Di. On s’amuse à chercher les similitudes mais plus que leur catalogue, c’est leur transposition et leur réinterprétation qui crée les gags et situations comiques. Avec un super casting: Lemercier évidemment, aussi effacée puis progressivement agaçante et enfin insupportable que son alter ego, Lambert Wilson, d’une impeccable vulgarité d’aristo, dans le rôle du prince Charles, la reine Catherine (Deneuve) dans celui de la reine Elisabeth, et j’en passe (Mathilde Seigner, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Michel Aumont). Et, trouvaille géniale, Maurane dans le rôle d’Elton John,  soit l’amie, confidente et interprète de la chanson-hommage lors des funérailles de la princesse.

Valérie Lemercier est une grande bourgeoise : elle seule sans doute pouvait  s’attaquer à la satire d’une monarchie d’opérette (c’est l’histoire de Lady Di mais on trouve aussi dans Palais royal! de gros morceaux de Principauté de Monaco) avec la bonne distance : vacharde mais pas vulgaire (c’est les personnages qui le sont), avec élégance voire une certaine bienveillance mais sans concession.

Bon après… Je trouve tout simplement ce film extrêmement drôle et bien fichu, bien monté, bien rythmé et dégageant, enfin, une joie et un enthousiasme communicatifs.

Dans le même registre je recommande:

Le derrière, premier film réalisé par Valérie Lemercier, avec un super Claude Rich dans le rôle d’un insupportable mandarin mitterandien, et un génial, comme toujours, Dieudonné, dans le rôle de son petit ami, gobeur compulsif de minis Babybel en période de stress.

#31 OSS 117, Rio ne répond plus

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Douze ans après Le Caire, OSS 117 est de retour pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde. Lancé sur les traces d’un microfilm compromettant pour l’Etat français, le plus célèbre de nos agents va devoir faire équipe avec la plus séduisante des lieutenants-colonels du Mossad pour capturer un nazi maître chanteur. Des plages ensoleillées de Rio aux luxuriantes forêts amazoniennes, des plus profondes grottes secrètes au sommet du Christ du Corcovado, c’est une nouvelle aventure qui commence. Quel que soit le danger, quel que soit l’enjeu, on peut toujours compter sur Hubert Bonisseur de la Bath pour s’en sortir…(Allociné)

Sans doute ma comédie française favorite sur ces 10 dernières années. Je l’ai déjà vue une bonne dizaine de fois, je la connais par cœur. Film labellisé « irruption inopinée de répliques » au même titre que La chèvre ou Papy fait de la résistance, pour la situer dans mon Panthéon personnel (« quelle poutain chaleur !», « très bien, faisons comme si c’était normal », « non merci, j’ai les miennes », « j’ai besoin de VITAMINES » etc etc).

Au-delà de l’intelligence de l’approche et de la qualité de l’écriture (sans oublier l’interprétation de Jean Dujardin bien sûr), 2 éléments concourent selon moi à la formidable réussite des 2 volets d’OSS 117 :

– La direction artistique est remarquable : costumes, accessoires et décors précis-pointus (Brasilia, la maison des Canoas d’Oscar Nimeyer)

– Il a beau être ignorant, raciste, misogyne, OSS reste un vrai héros, doué dans l’action et qui l’emporte à la fin (et qui emporte la fille)… parce qu’il est le héros. C’est le côte premier degré, old school et classique du film, qui le fait davantage lorgner du côté du pastiche que de la parodie.

Dans le même registre, je recommande :

OSS 117, le Caire, nid d’espions évidemment

Les Aventures de Philibert, capitaine puceau, qui est aux films de cape et d’épée ce qu’OSS est aux films d’espionnage. Egalement co-écrit par Jean-François Halin (ex Guignols de l’info et Groland de la grande époque), c’est logique.

Au service de la France, la super série écrite par Jean-François Halin encore, et diffusée sur Arte, qui semble prendre son point de départ dans cette scène absolument géniale, peut-être ma préférée d’OSS :

« J’crois même qu’y avait Franquard… C’est pour te dire ! »

Top 10 cinéma 2016

Un top 10 encore plus difficile à établir que d’habitude compte tenu du grand nombre de très bons films vus cette année. Et un top 10 assez raccord avec tous ceux que j’ai pu voir ici ou là, c’est bien la 1ère fois que ça m’arrive : Grande remise, le blog de la gauchiasse boboïsante.
1ère partie de mon top 2016 ici. Les flops ici. Le top 10, c’est juste en dessous et c’est très long : j’avaie pas envie de parler de tous les films que j’avais vus cette année mais je me suis un peu lâché sur ceux dont j’avais envie de parler.

10 Paterson

Beau film, très caractéristique de la veine la plus zen de Jarmusch : le dispositif fonctionne à merveille, le fond et la forme s’emboîtent hyper harmonieusement. Après… je suis un poil gêné par les petites touches de moquerie, les petites piques de Jarmusch, sa condescendance parfois, si je dis les choses, à l’encontre notamment du personnage de Laura (Golshifteh Farahani). Condescendance ou tendresse amusée ? Je ne sais pas trop mais quoi qu’il en soit, l’ambiguïté quant au regard porté me semble un peu en contradiction avec les sentiments purs et francs, la bienveillance totale véhiculée par ailleurs. Bon, c’est un détail mais ça m’a un peu gêné. Et ça me gêne d’être gêné car j’aurais aimé aimer ce film sans aucune réticence, parce qu’on s’y sent bien, que c’est un film généreux et sensible et surtout que c’est un film profondément heureux, si tant est qu’une telle chose soit possible, qui montre en tout cas le bonheur de manière assez inédite il me semble, c’est à dire avec les habits de la routine, de la répétition. Et qui utilise lui aussi la routine, la répétition pour ce faire (le fond/la forme, tout ça). En y repensant et en tapant ces quelques lignes, c’est quand même un très beau film et j’ai déjà envie de le revoir… Adam Driver y est fabuleux.

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9 Gaz de France

Wikiremise : Benoît Forgeard est un auteur et cinéaste aujourd’hui surtout connu pour ses chroniques de film à sortir dans 10 ans dans le magazine So Film. Chroniques compilées dans un super bouquin paru récemment, L’année du cinéma 2027. Super bouquin à (s’)offrir. Il a réalisé pas mal de courts-métrages et il a été aux manettes en compagnie de Bertrand Burgalat de 4 épisodes du Ben & Bertie Show, « OVNI télévisuel » comme on dit, mêlant intrigue loufoque entrecoupée de lives impeccables, diffusé à pas d’heure sur Paris Première. Je suis hyper fan des 3 premiers volets (L’année bissexuelle, Ceux de Port-Alpha, L’homme à la chemise de cuir), un peu moins du 4ème, L’incruste. Je suis sûr qu’ils sont trouvables ailleurs que sur le DD de ma Bbox, dans le monde merveilleux de l’Internet et je conseille plus que vivement leur visionnage.
Gaz de France est dans la droite ligne du Ben & Bertie Show, avec un registre humoristique qui n’appartient qu’à lui (minimaliste voire inerte, fantasque, absurde, pince-sans-rire… j’allais dire « décalé » faute de mieux mais à ce stade là c’est carrément « hors cadre ») et un style visuel très fort : l’utilisation quasi systématique d’écrans verts permet à Forgeard de déployer beaucoup d’aplats de couleurs, ce qui donne un résultat à la fois très beau et très étrange, unique en tout cas. Gaz de France est un OVNI là aussi, une critique élégante et jamais appuyée du monde de la communication et du storytelling politiques dans lequel Philippe Katerine incarne le président de la République. Je vais pas te mentir : ce registre humoristique n’est pas fait pour tout le monde. Je pense pour ma part qu’il s’agit, de très loin, de la meilleure comédie française de l’année avec La loi de la jungle.

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8 Le Voyage au Groenland

Second film de Sébastien Betbeder cette année, seconde réussite. Je préfère nettement celui-ci à Marie et les naufragés (que j’ai néanmoins beaucoup aimé), car il me semble plus intime, plus mélancolique et drôle à la fois, plus maîtrisé aussi. Ici, le besoin de fuite des 2 héros s’explique et se matérialise de façon plus naturelle selon moi. Sans oublier l’aspect ethnographique du film, avec cette immersion dans ce village du Groënland et dans cette vie si différente. Un film très doux dont j’aurais bien aimé qu’il se prolonge mais qui s’arrête pile au bon moment, en écho à son ouverture, formant ainsi comme une parenthèse hors du monde, littéralement.

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A partir de là, le classement ne veut plus trop rien dire, enfin, encore moins qu’auparavant :  les 7 films suivants se distinguent vraiment des autres, je les ai tous énormément appréciés et ils font de 2016 une année de très haut niveau moi. Après, leur ordre…

7 La loi de la jungle

Antonin Peretjako était récemment l’invité de la Carte blanche de Marie Richeux sur France Culture. Il devait sélectionner 5 films illustrant ce qu’était pour lui « le jeu » chez un comédien. Ses choix : Le grand restaurant, Bocacce 70 (le sketch réalisé par Fellini), Nouvelle Vague, Fitzcarraldo, Othello. Il parlait de tous ces films et de tous ces comédiens (Louis De Funès, Klaus Kinski, Orson Welles etc) avec générosité, érudition et simplicité, faisant l’éloge du rire de Jean Dujardin, expliquant ensuite qu’un acteur doit pouvoir/savoir changer de voix suivant le rôle qu’il interprète (comme le faisait Orson Welles) etc.
Bon, tout ça pour dire que si ses films sont aussi géniaux, c’est précisément parce qu’il connait aussi bien la filmographie de Louis de Funès que de Werner Herzog, qu’il a été autant influencé par Claude Zidi que par Godard.
Tout ça pour dire, bis, que malgré un plus gros budget, un plus « gros » casting et certainement de plus grosses contraintes, La loi de la jungle est un film aussi libre, loufoque, original et drôle que La fille du 14 juillet. Un petit surcroît d’émotion en prime.

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6 Aquarius

Un peu comme dans The Strangers, il y a plusieurs films dans Aquarius. Chacun d’eux est d’une excellence et d’une subtilité infinie (la chronique familiale, le film social, le portrait de femme) mais à l’inverse du film de Na Hong-jin, qui joue en permanence sur la confrontation directe et virulente (des personnages mais aussi des genres), sur une certaine violence aussi bien graphique que stylistique, le film de Kléber Mendoça Filho les fond dans un ensemble doux et harmonieux : un flot d’images, d’idées, de paroles, de sentiments et d’histoires dans lequel il fait bon se plonger, comme il fait bon se plonger dans les disques de variété brésilienne que chérit Clara, l’héroïne du film. Ca n’exclue évidemment pas la violence non plus mais de la même manière, celle-ci prend les atours du beau gosse promoteur immobilier aussi charmant et bien éduqué qu’ambitieux et sans scrupules. Le film le plus ouvertement politique et partisan de 2016 est ainsi le plus élégant et raffiné. Sublime.

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5 Rester vertical

J’avais déjà beaucoup aimé L’inconnu du lac, précédent film d’Alain Guiraudie mais je l’avais trouvé un peu trop parfait, un peu trop sage presque. Et ses précédents films, je les trouvais au contraire trop bordéliques, trop foutraques. Là j’ai eu l’impression d’une synthèse parfaite : un truc bordélique maîtrisé de A à Z. De la même manière, j’ai rarement vu un film aussi en prise avec la France de 2016 (les SDFs, les jeunes qui veulent tous partir en Australie) et en même temps aussi hors de tout (de tout contexte géographique, historique, événementiel). On est en Lozère et le plan suivant, le plus naturellement du monde, au bord de la mer (Le Havre ?). On va consulter une mystérieuse guérisseuse au fond des bois. On sodomise un vieillard mourant. Le plus naturellement, le plus doucement du monde : aucune provocation ici, les actes les plus incongrus semblent aussi les plus logiques. S’agit-il d’un rêve, d’un cauchemar, d’une « vraie » histoire ? On s’en fout. En tout cas je m’en fous : ce que j’ai vu était suffisamment puissant et beau pour que je ne cherche pas à en savoir davantage. Rester vertical est tellement unique que j’ai rarement eu autant le sentiment que c’est un poète qui tenait la caméra.

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4 Julieta

Il y a dans Julieta ce qui est peut-être LA scène de 2016. Une idée de cinéma au sens pur, d’une limpidité dans ses intentions et dans son exécution qu’elle aura marqué aussi bien les spectateurs occasionnels que les cinéphiles les plus aguerris : je parle bien sûr de la séquence dans laquelle Julieta (interprétée par Adriana Ugarte) sort du bain aidée de sa fille et de l’amie de celle-ci. Elles l’installent sur une chaise et entreprennent de lui sécher les cheveux avec une serviette rouge qui fait écho au rideau rouge qui ouvre le film. Lorsque la serviette/rideau est soulevée, c’est le visage de l’actrice Emma Suarez, interprète de la Julieta plus âgée du film, qui apparaît.
Par ce simple plan génial, par ce raccord aussi évident qu’inattendu, Almodovar dit, montre et incarne tout : ce qu’est le cinéma (transmettre une idée par les images), ce qu’est un réalisateur de cinéma (quelqu’un qui est capable d’avoir une idée transmissible par les images), ce qu’est Julieta : une mère raconte son histoire à sa fille, de sa jeunesse à l’âge mûr, avec ce qu’elle comporte de douleurs et de souffrances sur la durée. Ce plan et cette idée spectaculaires, aussi impressionnants qu’émouvants, résument également à eux seuls le registre du film dans son ensemble : un mélo flamboyant et rocambolesque qui touchent en plein cœur. D’aucun l’ont d’ailleurs jugé trop rocambolesque, je ne suis pas d’accord : Almodovar essaie simplement de se mettre au niveau de la réalité qui, on le sait bien, sera toujours plus incroyable que la fiction.

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3 Les 8 salopards

Que dire qui n’ait déjà été dit ? Il s’agit en effet du Tarantino le plus « politique », tout en préservant le côté ludique et jouissif propre à son cinéma. C’est toujours aussi énergique et vivant quoi, avec en plus une forme de maturité, dans la droite lignée de Django Unchained. En fait, le mec a atteint une telle maîtrise que pour moi la question de savoir si Tarantino est un grand ou pas ne se pose plus et si je pouvais parfois comprendre les réserves des détracteurs, je les considère désormais comme des pisse-froids. Alors comme ça on peut piocher dans le passé et faire des « mash up » ou des collages (je résume) en musique, en art contemporain, en cuisine, que sais-je encore, dans d’autres films même, mais PAS Tarantino, lui il a pas le droit, beurk, c’est un voleur, c’est paresseux, c’est caca. Allons allons, un peu de cohérence et d’honnêteté…
A part ça, cette séance était un énoooooooooorme kif (à tel point que j’ai dit « énorme kif », t’as vu), une séance parfaite modèle : j’adore les westerns, alors aller voir un western au ciné, en VO, dans une grande salle, un western de Tarantino, avec un tel casting, pendant 3h, quel pied bordel ! J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir assisté à une Séance de Cinéma avec un grand S et un grand C, telle qu’on n’en vit pas assez souvent.

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2 The Strangers

Séance parfaite encore, minorée de l’aspect « grande salle » mais avec bonus j-ai-l-impression-que-je-suis-pas-tout-seul-dans-ma-chambre-c-est-quoi-ce-bruit-putain ? au moment d’aller se coucher. Il y a plusieurs films en 1 dans The Strangers (polar, chronique familiale, sociale, rurale, film d’horreur, film fantastique, métaphysique, que sais-je encore) et chacun d’eux figurerait dans les meilleurs de l’année, mais ce qui en fait une si grosse claque, c’est le « en 1 » bien sûr puisqu’on voit rarement « ça » sur un écran. Avec en prime, encore, ce sentiment de se faire trimbaler avec délectation par un réalisateur qui n’aime rien tant que varier les atmosphères et les registres donc mais aussi les retournements de situation. Le film nom-de-Dieu-de-bordel-de-merde de l’année.

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1 Elle

On a pu lire un peu partout à quel point le film était subversif, voire transgressif, provocateur, méchamment drôle etc. à quel point il filait un bon coup de pied au cul du cinéma français. C’est très juste mais je pense que c’est encore en deçà de la réalité : ce film est le truc le plus punk vu depuis des années. Mais d’une punkitude en gants de velours, fine et intelligente, jamais gratuite ou adolescente : une punkitude de vieux grigou qui en a vu d’autres (et qui m’a renvoyé au radicalisme de William Friedkin et de son Killer Joe il y a quelques années). Plus punk en tout cas que les blaireaux grolandais et auto-proclamés Kervern et Delepine pourront jamais envisager de l’être, la classe en prime.
Quelques mois plus tard, j’ai revu Black Book, le précédent film de Paul Verhoeven : chef d’œuvre là aussi, tout aussi libre, drôle, intelligent, choquant parfois. S’ensuivait (c’était sur Arte) un reportage retraçant la vie et la carrière de Paul Verhoeven. De voir tout ça résumé en 1h à peine, ça m’a sauté aux yeux : quelle filmographie bordel, c’est vraiment un des plus grands, on ne le souligne pas assez… Trop subversif peut-être, y compris pour la critique et la cinéphilie ?
Ce que j’aime particulièrement dans ses 2 derniers films (Elle et Black Book donc), mais qui parcourt également bon nombre de ses œuvres précédentes, c’est cette énergie dingue, cette pulsion de vie qui les traverse et anime tous ses personnages principaux, malgré l’omniprésence du drame et de la Mort autour d’eux. Rachel dans Black Book ou Michèle dans Elle (magnifiques Carice Van Houten et Isabelle Huppert), sont des forces qui vont et que rien ne semble pouvoir arrêter, jamais. Grand cinéaste féministe, Verhoeven leur dresse un autel parfois paillard, les célèbre avec enthousiasme, gourmandise et intelligence en même temps qu’il célèbre la Vie. Grand film donc et grand réalisateur.

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Flop cinéma 2016

J’ai réalisé, en essayant de faire un bilan de tous les films que j’avais vus en 2016, que je n’avais pas grand chose à dire sur le ventre mou de mon top, à savoir les films que j’avais plutôt apprécié, ou pas trop, que je n’avais ni détesté ni beaucoup aimé. Elvis & Nixon, Quand on a 17 ans, Premier contact, Café Society, Grimsby, Jason Bourne, The Witch, Victoria (titres pris totalement au hasard et auxquels il faut en rajouter une trentaine) sont des films qui m’ont procuré plus ou moins de plaisir, que j’ai trouvés plus ou moins intéressants ou plaisants mais quelques mois/semaines après les avoir vus, je n’ai rien ou presque à en dire. Rien qui me semble digne d’intérêt en tout cas.

Donc cette année, je vais me contenter de parler dans un premier temps des films que j’ai trouvé très mauvais puis de ceux que j’ai beaucoup aimé : y en a beaucoup, c’est une très bonne année pour moi. C’est pas à moi de me prononcer sur l’intérêt de ce que j’ai à en dire mais eux ont en tout cas suscité des commentaires, réflexions, réactions que j’ai envie de partager. Le livre de la jungle, Money Monster ou Tout pour être heureux, en revanche et pour citer d’autres films du ventre mou, je me souviens parfois à peine que je les ai vus…

Brrrrrreeeeeeeeeeeeef.

Je commence donc par les films que j’ai trouvés vraiment à chier et/ou que j’ai détestés, pour des raisons diverses et variés et qui n’appartiennent souvent qu’à moi. Dans le désordre.

Pattaya

C’est presqu’une déception : je pensais pas voir un fleuron de la comédie contemporaine mais j’avais été agréablement surpris par les Kaira, plus fin et enlevé que ce à quoi je m’attendais. Pattaya n’est pas une suite mais c’est le deuxième film de Franck Gastambide et il est lui aussi fortement marqué « banlieue », avec encore un duo de cailleras en vedette. Le film fonce allègrement dans tous les écueils et chausses-trappes du sequel : trop de pognon / mal dépensé (ici dans un tournage exotique et une multiplication inutile de décors) / public brossé dans le sens du poil (l’esprit caillera, pour faire court et stigmatisant) / des guests (Ramzy, Gad Elmaleh) / surenchère d’effets (plus crade, plus choquant) etc etc. Du coup c’est vulgaire, à tous les niveaux, sur le fond et sur la forme. Rien ne fonctionne pour moi, j’ai eu beaucoup de mal à aller jusqu’au bout. Peu après, on a appris que Gastambide serait aux manettes d’un nouveau volet de Taxi : y a pas de hasard, jamais.

Quand Ricky Gervais fait Life's too short, nous on fait Pattaya ou Un homme à la hauteur. Bon.
Quand Ricky Gervais fait Life’s too short, nous on fait Pattaya ou Un homme à la hauteur. Bon.

Encore heureux

Sur le papier, un beau casting (Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Bulle Ogier). Sur l’écran, une véritable catastrophe: ça se veut subversif ou « décalé », c’est d’un conformisme affligeant. Surtout, les acteurs, tous excellents en général, provoquent l’embarras. Parce que mal dirigés, mauvais dialogues. Quand j’ai vu que Nicolas Bedos était crédité au scenario (ou aux dialogues, je sais plus et j’ai la flemme de vérifier), je me suis dit que bon-sang-mais-c’est-bien-sûr-c’est-logique et que le monde avait beau élire Trump et nous enlever Bowie, Cohen et Prince la même année, il tournait encore un tout petit peu rond. Ce mec, Nicolas Bedos, n’a aucun talent, je comprends pas comment il peut continuer à exister… Enfin si, je comprends mais ça va finir par se voir à un moment non, tout fils de qu’il est ? C’est vraiment une plaie, je le déteste. Et par « plaie » j’entends « grosse merde ».

Saint Amour

Que ça soit du cinéma par et pour les punks à chiens, c’est une chose : comme on dit quand on veut pas dévoiler le fond de sa pensée afin de ne pas froisser son interlocuteur, « tous les goûts sont dans la nature ». Ce qui me rend Saint Amour profondément détestable, c’est son incroyable prétention : ça y est, c’est acté apparemment (ils étaient même invité sur France Culture), Kervern et Délépine font de l’Art. Ils sont des Auteurs. Donc ils auteurisent méchamment. C’est plus seulement de la comédie, ça a du sens, ça offre une vision du monde. A travers les yeux d’un punk à chiens donc.

Des nouvelles de la planète Mars

Remake à peine déguisé du 1er film de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), avec François Damiens dans le rôle du salaryman/père de famille terne et mort à l’intérieur (à la place de Laurent Lucas), et Vincent Macaigne dans le rôle du trublion borderline qui vient faire péter tout ça (à la place de Sergi Lopez). Cette fois ça ne fonctionne pas du tout : c’est pas un navet, c’est pas un nanard, c’est pas détestable, c’est simplement très mauvais. Tout est surligné, sur-signifié, paraît forcé, artificiel. Le film est court mais j’ai eu beaucoup, beaucoup de mal à aller jusqu’au bout : un signe qui ne trompe pas.

Lui-même semble se demander pendant tout le film ce qu’il fout là

The Neon Demon

Pendant 1h30, je trouvais ça juste chiant mais ça allait à peu près. Joliment nul quoi même si cette esthétique ne me touche absolument pas. Et puis quand Elle Fanning va chercher refuge chez son amie maquilleuse (l’hétéro-beauferie du truc mon Dieu…), ça bascule dans le grotesque et le ridicule. Pourquoi pas là encore : un film esthétisant et « ambient » qui change brusquement de tonalité et vire au gore sans crier gare, je suis pas contre. Ce qui me gêne c’est le caractère profondément basique de ce que dit le film. Comment peut-on en être encore à ce niveau de pseudo-subversion en 2016 ? Comment peut-on créer un objet aussi signifiant pour délivrer un message aussi ras les pâquerettes (« la mode, ben c’est un univers vraiment méchant méchant qui se repaît de chair fraîche ») ? The Neon Demon figure dans plein de tops de fin d’année de très bonne tenue, pour moi c’est LA baudruche de l’année.

La chute de Londres

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Un homme à la hauteur

Au bout d’un quart d’heure environ, je me suis mis à penser à un précédent calvaire de séance, un des pires films vus dans ma vie: La confusion des sentiments. Bon, ça n’a absolument rien à voir et ça n’a pas été aussi pénible à regarder mais c’est révélateur… Laurent Tirard n’est pas un mauvais bougre en plus, on sent qu’il sent que c’est hyper casse-gueule mais qu’il a quand même envie de relever ce gros défi et c’est tout à son honneur. Mais très vite on pense à ce que les Farrelly par exemple auraient fait d’un tel pitch parce que lui rate à peu près tout. Tout le temps. Et pas qu’un peu encore… Frissons de la honte et de la gêne, tout le temps. Et la bo putain, c’est chaud : Antony and the Johnsons, Cat Power. Cat Power bordel, The Greatest, en 2016, après qu’on l’a déjà entendu dans 4587 films et 36595 émissions de télé auparavant. Non mais sans déconner les mecs, bossez un peu, merde !

Apparemment la farandole de bonnes blagues s'est poursuivie pendant la promo du film
Apparemment la farandole de bonnes blagues s’est poursuivie pendant la promo du film.

War Dogs

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Médecin de campagne

Une pub Herta améliorée, déguisée pour plaire aux lecteurs de Télérama ( = avec des morceaux de gauche dedans). Peux pas en dire beaucoup plus, je m’y suis tellement fait chier que je l’ai totalement rayé de ma mémoire. Je sais juste que j’ai trouvé ça très mauvais et très loin du bienveillant, énergique et stimulant Hippocrate, précédent film du réalisateur.

Bridget Jones Baby

C’est vraiment à chier. Mais genre, vraiment. Le pire truc vu cette année je pense. Pire encore que le film lui-même : une salle bien garnie de personnes de tous âges qui riaient de bon cœur apparemment. Autant je peux comprendre le succès des comédies droitisantes à la Camping, autant là c’est la perplexité la plus absolue.

Et sans aucun commentaire sur Renee Zellweger, j'en suis pas peu fier.
Et sans aucun commentaire sur Renee Zellwegger, j’en suis pas peu fier.

The Revenant

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Green Room

Un survival mettant en scène un groupe de punk rock pris pour cible par des neo-nazis. Déjà faut passer outre le fait que le groupe, manifestement composé d’anars, accepte d’aller jouer en toute connaissance de cause dans une salle tenue et fréquentée par des fachos. Pas par provocation ou nihilisme, non : le plus sérieusement du monde, parce qu’ils ont besoin d’argent. Après faut passer outre le filtre photo verdâtre permanent (ça s’appelle Green room, T’AS COMPRIS ?!?!). Enfin, faut passer outre le fait que c’est morne, plat, atone, ni fait, ni à faire, ni tout à fait gore, ni tout à faire sérieux, ni tout à fait série B, encore moins subversif évidemment : ça fait un peu beaucoup.

Retour chez ma mère / Camping 3

Quand on me demande pourquoi et comment je peux me taper des trucs dont je sais d’avance qu’ils sont horribles, je réponds invariablement que c’est important de voir des mauvais films de temps en temps car c’est très dur de réaliser un bon film. Du coup, non seulement les mauvais mettent en valeur les bons mais ils permettent aussi de voir ce qu’il ne faut pas faire/ce qu’il faut faire pour que ça fonctionne.
Et parmi les mauvais films, je privilégie les comédies françaises à succès par rapport à des blockbusters américains par exemple car outre mon attachement au genre, et l’espoir, malgré tout, de tomber sur une bonne surprise, ils sont souvent un bon indicateur sociétal : là par exemple, et comme avec Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? il y a 2 ans, ou encore l’immmmmmoooooonde Barbecue du même Eric Lavaine (le réalisateur de Retour chez ma mère), on est face à 2 bons gros téléfilms de droite, bien pantouflards, bien démagos, bien France 2016. C’est triste et ça fait flipper en même temps. Triste aussi de constater que le génie comique de Franck Dubosc (je répète: Le. Génie. Comique. De. Franck. Dubosc), l’un des rares acteurs comiques français à se donner sans calcul et sans songer aux possibles répercussions sur son fan club, n’ait encore à ce jour jamais été exploité. Le mec mérite un bon rôle dans un bon film.

Ceci étant, 2017 promet à la comédie décomplexée de franchir un nouveau palier grâce au nouveau film de Philippe de Chauveron, véritable petit maître du genre:

Ca devait s’appeler Si vo plé (sans déconner…), ça sera finalement A bras ouverts. Les miens en tombent.
Dernière précision, mais non des moindres : ça sort 2 semaines avant le 1er tour des présidentielles. Et après on dit que j’exagère…