Revenge – critique

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme… (Allociné)

Pas trop le temps donc juste quelques mots viteuf pour, je l’espère, t’encourager à aller voir ce film distribué dans les grands circuits mais qui ne restera sans doute pas très longtemps en salles.

Revenge appartient au genre rape and revenge: une fille se fait violer, elle se venge. Il sort évidemment à point nommé si je puis dire, d’autant qu’il est écrit et réalisé par une femme (Coralie Fargeat). Mais c’est presque anecdotique au vu de ce qu’il propose: franche série B avec quelques ponctuations carrément Z, Revenge s’adresse à un public averti. C’est violent. Très violent. Gore, au sens propre. J’avais un petit creux en entrant dans la salle, je prévoyais une bonne petite viennoiserie à la sortie: nope. Nope nope nope. Ah ça m’a bien retourné le bide…

Mais Revenge vaut davantage que son étiquette gore-attrape-geeks-déviants: objet pop et contemporain, film féministe bien sûr, mais surtout extrêmement chiadé dans sa mise en scène, il tire à merveille parti à la fois de ses sublimes décors naturels extérieurs (le désert) et intérieurs (cette magnifique villa de luxe perdue au milieu… du désert). C’est vraiment super bien découpé et monté.

Revenge n’est pas exempt de défauts: les scènes de dialogue notamment, ne sont pas les plus convaincantes, de même que la direction d’acteurs. Ni les acteurs eux-mêmes…
Mais il faut le voir car c’est un vrai film de genre bien crade qui ne verse ni dans la complaisance, ni à l’inverse dans l’auteurisme Femis. Un sens visuel et un sens du cinéma tout simplement, déjà bien affirmés, celui de la réalisatrice Coralie Fargeat donc, clairement à suivre.
Mais attention encore une fois: c’est vraiment gore.

Boomerang – critique

Boomerang : nom masculin, arme de jet capable en tournant sur elle-même de revenir à son point de départ… En revenant avec sa sœur Agathe sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine ne soupçonnait pas combien le passé, tel un boomerang, se rappellerait à son souvenir. Secrets, non-dits, mensonges : et si toute l’histoire de cette famille était en fait à réécrire ? Face à la disparition mystérieuse de sa mère, un père adepte du silence et une sœur qui ne veut rien voir, une inconnue séduisante va heureusement bousculer la vie d’Antoine… (Allociné)

Quand j’étais jeune, il existait ce qu’on appelait les « sagas de l’été », sur TF1 la plupart du temps (celles de France 2 étaient moins putassières donc évidemment moins jouissives et moins successful), avec:
– des vieilles gloires de l’époque, souvent des femmes (je vois Mireille Darc, je vois Nicole Calfan)
– voire carrément des ancêtres, dans le rôle de l’ancêtre de la famille (je crois me souvenir de Jacques Dufilho par exemple)
– des familles donc, souvent 2, super liées par le passé mais super ennemies désormais, souvent à cause d’une histoire de cul mal digérée ou d’un lopin de terre abusivement labouré et cultivé (on déconne pas avec ça en Vendée/Dordogne/Provence, le lopin de terre abusivement labouré étant parfois la métaphore, voire le prolongement, d’un cul abusivement besogné).
– des régions télégéniques (Vendée/Dordogne/Provence donc, plutôt que Limousin/Lozère/Moselle)
– des autochtones tellement authentiques, tellement plein de bon sens. Et tellement englués en bas de l’échelle sociale, soyons sérieux: les héros de ces sagas, les personnages principaux, étaient toujours de grands bourgeois sinon des aristocrates.
– un ou des secrets bien enfouis qui ne demande(nt) qu’à resurgir pour déclencher la tempête du tourbillon des sentiments de la vie bouleversée par la passion. Des sentiments.

Tournage Boomerang
Image chopée sur le site de Challenges. Y a pas de hasard, jamais.

Boomerang, c’est un peu une saga de l’été condensée en un peu moins de 2h.
On y retrouve donc la majorité des ingrédients énumérés ci-dessus : l’île de Noirmoutier pour la cinégénie et l’ancrage Reflets de France, un couple d’autochtones (des domestiques bien sûr), Bulle Ogier pour la case « ancêtre » doublée d’une caution « cinéma d’auteur » (Bulle Ogier nom de Dieu… ça fait mal de la voir là), un accident de voiture pour le déclenchement de l’histoire, un secret enfoui crès crès profond qui va être peu à peu dévoilé, un drame familial de la passion du tourbillon des sentiments de la vie. Et Mélanie Laurent, un drame tout court. Encore que, c’est tellement mauvais que finalement, elle est supportable (j’en reviens pas d’avoir écrit ça: je l’ai vue très récemment dans l’excellent Les Derniers parisiens, elle m’a presque flingué le film cette andouille).

C’est bien simple, on pourrait croire le film produit par Paris Match ou Télé 7 jours: qu’est-ce que c’est mauvais nom de Dieu… Bourgeois, prévisible, clicheteux, conformiste, y compris dans son « plaidoyer » pour la tolérance. Ca aimerait bien faire revivre Rebecca (retour sur les lieux du drame avec la maison familiale en centre névralgique du trauma du protagoniste principal, en l’occurrence Laurent Lafitte qui, parenthèse dans la parenthèse, serait bien inspiré de commencer à mieux choisir ses rôles) mais on est définitivement du côté des Coeurs brûlés.

Enfin, ça se regarde et c’est mauvais-rigolo, pas mauvais-énervant : c’est donc davantage un nanard qu’un navet, c’est déjà ça.

Dans ma rue

(C’est « dans mon quartier » en réalité mais c’était pour reprendre le titre d’une chanson.)

J’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté un quartier plutôt populaire quoiqu’en forte voie de gentrification (enfin, comme partout), vivant, avec beaucoup de bars, restaurants, étudiants (le quartier Saint-Aubin) pour un quartier beaucoup plus tranquille, résidentiel et bourgeois (Les Chalets). Pour résumer ça en termes d’accessoires, je suis passé du djembé au trois rangs.

Historiquement, Les Chalets est le quartier de la Résistance à Toulouse: les noms de rues et plaques disséminées ici et là le rappellent encore aujourd’hui. C’est aussi un des quartiers qui a la plus préservé son esprit « village ». Cette singularité pour un quartier situé en plein centre-ville, et l’attachement de ses habitants à son égard est renforcé par le fait que les commerces bénéficient d’une certaine exclusivité: on trouve UN bar, UN restaurant, UNE supérette, UNE pharmacie, UN boulanger (quand j’en comptais 5 par exemple à maximum 200m de mon ancien domicile…).

Peu de commerces, beaucoup d’habitations = peu de monde dans les rues. Je croise quand même quelques personnes intéressantes :

Il y a Yoann Huget

Il joue au Stade Toulousain et en équipe de France (de rugby donc). Il est pas super grand ni super costaud (en même temps il joue arrière ou ailier) mais tu sens le mec bien tonique quand même. C’est pas Chabal mais t’as pas trop envie de le faire chier quoi. Il vit dans ma rue lui, à 2 ou 3 numéros de mon immeuble. Faut que je lui demande une photo un jour, ça fera plaisir à mon frère qui supporte le ST.

Il y a cette vieille dame qui se trimballe toujours 2-3 sacs à main bien remplis, je me demande ce qu’elle peut bien y fourrer. Un jour que je déjeunais avec une amie et son enfant à la boulangerie du quartier (la boulangerie fait aussi des salades, tartes, plat du jour le midi), elle a engagé la conversation au sujet du petit, « et comme il est mignon, et comme il est bien élevé » etc etc. Elle a insisté pour lui offrir le gâteau de son choix au dessert, j’ai trouvé ça incroyablement généreux. J’y repense à chaque fois que je la croise.

Il y a Clément Poitrenaud

Ancien joueur du Stade Toulousain et de l’équipe de France (de rugby aussi). Beau mec : il a gardé la ligne et avec les années, ses traits adolescents se sont un peu estompés, il a gagné en masculinité si je puis dire. Je crois qu’il « fait de la photo » maintenant. Comme c’est original.

Il y a ce grand type toujours tiré à 4 épingles que je croisais parfois dans le quartier où je travaille ou ailleurs en ville. Il a les cheveux très longs, très bien peignés (toujours lâchés), un style vaguement sartorial, il ne passe pas inaperçu avec sa taille et sa démarche caractéristiques (il fait de très grands pas). J’ai été bêtement et inexplicablement content de découvrir qu’il habitait dans ma rue. Et tout aussi bêtement et inexplicablement déçu quand je l’ai croisé il y a quelques semaines: il s’était fait couper les cheveux.

Il y a ces 2 soeurs (jumelles?) un peu hirsutes et au physique un peu ingrat qui me font penser aux 2 soeurs un peu hirsutes et au physique un peu ingrat de Marge Simpson (elles ont quand même l’air un peu plus aimable).

Il y a Jean-Pierre Mader

A la terrasse du bar du quartier

Oui, LE Jean-Pierre Mader. La soixantaine fringante, il est plutôt beau mec. Un jour, à la terrasse du restaurant du quartier, il déjeunait avec le type de Cookie Dingler qui lui disait, très sérieux: « Sabrina, c’est Sabrina« . Lui aussi faut que je lui demande une photo un jour.

Il y a un jeune type toujours à la terrasse du café du quartier (parenthèse: un des plus vieux cafés de Toulouse, une institution). Les premières fois que je le croisais, il était très propre sur lui, cheveux courts, tiré à quatre épingles etc. Et quelques mois plus tard, la métamorphose: les cheveux longs, grisonnants, parfois retenus dans un catogan filasse, un vieux manteau fatigué sur le dos, des chaussures pourraves etc. Il est pas en voie de clochardisation (enfin, je pense et l’espère en tout cas pour lui), il a davantage une allure d’intellectuel/littéreux de l’extrême, qui écrirait ou chercherait l’inspiration au café. Il en est pas à boire de l’absinthe ceci dit, il a toujours une tasse de café devant lui et il vapote. Je le vois en terrasse A CHAQUE FOIS que je passe devant, c’est à dire quasiment tous les jours, été comme hiver, matin, midi ou soir.

Il y a un Chevalier du Fiel

Eric Carrière de son nom. La soixantaine moins fringante lui. En plus il s’habille comme un ado, avec des slims et des t-shirts hyper échancrés en été, il est un peu ridicule. Un jour que je marchais une dizaine de mètres derrière lui, j’ai entendu ce qu’a dit un mec à sa copine juste après qu’il est passé devant eux: « si si je t’assure, je sais plus lequel des 2 c’est mais c’est Chevallier ou Laspalès, l’un ou l’autre ». Faut pas que je lui demande une photo à lui.

Il y a les employées de la boulangerie (que j’adore. La boulangerie. Le pain, les viennoiseries, les tartes, les gâteaux, les sandwiches même, j’aime tout là bas): le boulanger, qui a une bonne tête de boulanger qui aime son métier malgré l’épuisement, les traits tirés et les épaules voûtées; les vendeuses, que ça soit la cagole toulousaine (« quatrevingdjicengtchimes sivouplaieu ») ou la entre-deux-âges (elle pourrait tout aussi bien avoir 32 ans que 46), efficace, toujours aimable sans obséquiosité, pro.
Et puis il y a la petite nouvelle : boulotte, lunettes rondes, incroyablement molle, elle me fait penser à Christophe Bourseiller dans Un éléphant ça trompe énormément. Elle a évidemment et immédiatement gagné toute ma sympathie.

Jack Reacher – critique

Un homme armé fait retentir six coups de feu. Cinq personnes sont tuées. Toutes les preuves accusent l’homme qui a été arrêté. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : « Trouvez Jack Reacher. » 
Commence alors une haletante course pour découvrir la vérité, qui va conduire Jack Reacher à affronter un ennemi inattendu mais redoutable, qui garde un lourd secret.(Allociné)

Il y a du Cristiano Ronaldo chez Tom Cruise. Ou l’inverse, peu importe. Outre une vague ressemblance physique (ce côté cyborg sans âge, surtout chez Cruise là pour le coup mais il y a fort à parier que CR7 vieillira de la même manière), il y a chez eux une même obsession de la performance, de la perfection physique là aussi (cet insupportable côté la-mienne-est-plus-grosse-que-la-tienne); l’ego surdimensionné qui en découle bien sûr, ou qui en est à l’origine, on ne sait plus très bien; suite logique, une nécessité d’être toujours le centre d’attention numéro 1 de leur équipe/film; une part d’ombre qui les rend aussi fascinants qu’inquiétants (scientologie chez l’un/mais c’est quoi au juste le fin mot de l’histoire avec ce gamin « acheté »? chez l’autre); un parcours sans faute enfin, quoiqu’on pense d’eux et pourtant une côte d’impopularité assez remarquable chez d’aussi puissantes (et talentueuses) mega-stars.

jack-reacher-tom-cruise
Bon, sinon, le film est quand même assez génial. Il est surtout d’une exhaustivité bluffante, cumulant avec fluidité tous les bons points du film d’action jouissif :  des scènes de dialogue brillantissimes (la scène du bar et ses punchlines débiles/irrésistibles à la Last Action Hero), des scènes muettes et de pure mise en scène à couper le souffle, avec un génial sens du découpage et de l’espace (la scène d’ouverture, la poursuite en bagnole; revoir à ce sujet l’excellent premier film de Christopher Mac Quarrie, The Way of the Gun), un scenario malin comme tout (à la Columbo i.e. on connait l’assassin dès le départ).

Si je fais le bilan, on a donc de la comédie, de l’action, du polar, de la mise en scène, Werner Herzog dans le rôle du bad guy (idée géniale !) et un poil de romance. ET des gros seins. Bilan TRES positif, donc.

Le Grand Jeu – critique

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux… (Allocine)

Je vais spoiler le billet d’entrée: c’est nul et très dispensable même si plutôt agréable.

Le Grand Jeu est signé Aaron Sorkin, « éminent » scénariste notamment de The Social Network et créateur de The West Wing (qui me gonflent tous les 2 prodigieusement, d’où les guillemets à éminent).
Le truc c’est qu’il anime également des masterclass/séminaires d’écriture de scenario:

Un scenario clé en mains.

Et le truc, bis, c’est que son film ressemble très exactement à l’idée qu’on se fait du travail issu d’un atelier d’écriture: tout est extrêmement bien pensé, agencé, rythmé, enchaîné. Programmatique. Chiant. Tu SAIS que ce conflit-originel-évoqué-au-début va refaire surface dans le dernier quart et qu’il faudra le résoudre; tu SAIS aussi que, le film débutant par un gros flash back, on va y revenir en conclusion afin de boucler la boucle etc etc.
Le film se déroulant dans le milieu du jeu (poker pour être plus précis), il nous gave également d’infos ultra précises, de jargon, de détails pour initiés censés en mettre plein la vue au néophyte et prouver qu’il a bossé, qu’il s’est documenté, qu’il a fait des recherches. Si ça se trouve il est même allé en immersion dans des soirées poker le mec, attention, il se donne tout entier à son art.

Tout ces procédés narratifs, toutes ces recettes j’allais dire, Aaron Sorkin les maîtrise sur le bout des doigts. C’est ce qu’il doit enseigner à ses étudiants.

Tout ça pour dire que Le Grand Jeu est extrêmement professionnel, carré, irréprochable en un sens, mais surtout prévisible, froid, désincarné. Chiant, encore. On ne s’ennuie pas vraiment, c’est même relativement haletant si tant est qu’on est un minimum dedans mais rien ne dépasse, jamais, ni en bien, ni en mal. Je n’y ai pas vu l’once d’une idée originale, d’une voix personnelle (alors que le film est basé sur une histoire vraie, un comble).

Le fond ? Rien que de très classique là encore, de très hollywoodien en tout cas avec ce sentiment de fascination/répulsion pour l’argent facile qu’exhalait également The Big Short récemment. L’argent facile, c’est mal, mais on montre sans trop de distance tout ce qu’il permet de se payer. Super. En tout cas j’attends encore le 1er bon film de 2018.

Un Homme très recherché – critique

Plus de dix ans après les attentats du 11 Septembre 2001, la ville de Hambourg a du mal à se remettre d’avoir abrité une importante cellule terroriste à l’origine des attaques contre le World Trade Center. Lorsqu’un immigré d’origine russo-tchétchène, ayant subi de terribles sévices, débarque dans la communauté musulmane de Hambourg pour récupérer la fortune mal acquise de son père, les services secrets allemands et américains sont en alerte. Une course contre la montre s’engage alors pour identifier cet homme très recherché : s’agit-il d’une victime ou d’un extrémiste aux intentions destructrices ? (Allocine)

Entre son 1er film consacré à Ian Curtis de Joy Division (le beau mais âpre Control) et son dernier, l’excellent Life, qui revenait sur la relation entre James Dean et le photographe Dennis Stock, Anton Corbjin, ancien photographe « rock » réputé, a réalisé 2 beaux films d’espionnage.
Je lui préfère The American, le premier, également adapté d’un roman de John le Carré, pour son caractère plus intimiste voire minimaliste, pour le côté « italiano » du film, pour les Abruzzes, pour George Clooney. Et bien sûr pour la sublime Violante « bonjour madame » Placido.

Le deuxième, Un Homme très recherché – A Most Wanted Man, est un film plus « global », plus « mondialisé », plus manifestement ambitieux : son propos est de tenter de cerner en quoi, pour les services d’espionnage des plus grandes puissances occidentales, le 11 septembre 2001 a irrémédiablement changé la donne. Il le fait de très belle manière, très élégante, sans maniérisme ni manichéisme, avec beaucoup de justesse, de sensibilité, d’intelligence et d’à propos.

Anton Corbijn choisit encore un cadre inhabituel et relativement peu utilisé au cinéma auparavant, la ville de Hambourg, après le petit village de Castelvecchio dans les Abruzzes donc. Et une nouvelle fois, il choisit d’aborder son histoire, aussi potentiellement lourde et ambitieuse soit-elle, sous l’angle de l’histoire d’un homme, seul, de son caractère trop humain justement et de son drame personnel.

Ca fait d’Un Homme très recherché un portrait mélancolique d’un homme qui n’a plus rien à perdre mais certainement plus rien à gagner non plus, tout autant qu’un film d’espionnage « traditionnel » et haletant. Que ce beau personnage romanesque soit interprété pour sa dernière apparition à l’écran il me semble, par l’excellent et regretté Philip Seymour Hoffman, le rend bien évidemment encore plus émouvant.

RIP

Mon rêve 15

Aujourd’hui, Faites entrer l’accusé.

Je suis dans la maison familiale (celle dans laquelle j’ai grandi) et l’ambiance est lourde: un meurtre a été commis. J’ignore qui a été tué mais je mène l’enquête en compagnie de l’immense Riad Sattouf, un de mes héros.

J’ignore s’il est mon supérieur hiérarchique, ou l’inverse, j’ai plutôt l’impression qu’on est coéquipiers et que la répartition des rôles du jour veut qu’il interroge le suspect pendant que je passe la maison au peigne fin.

Car il y a un suspect ! Il s’agit du minuscule Samuel Benchetrit, une de mes têtes de turc.

Ouh que je peux pas le saquer lui… Bon, c’est pas la question. Enfin, si, un peu: pas un hasard j’imagine si c’est lui le suspect et pas Sattouf.

Benchetrit est donc le suspect numéro 1. Et il est particulièrement tête à claques là: il n’a pas son habituel regard triste de poète maudit de la life trop déglingos, il est au contraire très sûr de lui, tout en arrogance et petit sourire en coin. Il porte une sorte de costume en cuir marron, façon peau de serpent mais marron clair, particulièrement ridicule.

Riad Sattouf (en costume sobre, sans cravate) et lui s’installent sur 2 chaises face à face, et Riad me fait signe d’aller voir ailleurs : je suis super énervé, j’ai envie de casser la gueule à Benchetrit. Déjà que j’ai envie de le tarter tout court, si en plus il s’avère qu’il a commis un meurtre, tu m’as compris.

Je m’exécute donc pendant qu’ils se lancent dans une sorte de joute verbale, façon Garde à vue. Je n’entends pas ce qu’ils se disent mais j’ai vraiment le sentiment d’assister à un combat à fleurets mouchetés, tout en bons mots et petites piques, alors que personne n’est dupe, surtout pas Sattouf.

De mon côté, je commence donc à fouiller la maison à la recherche d’indices. Je passe d’une pièce à l’autre et au moment d’entrer dans mon ancienne chambre, mon téléphone se met à sonner: je ne l’ai pas sur moi, il est posé sur le bureau (mon bureau à moi que j’utilisais quand j’étais enfant/ado).
Je m’en saisis donc et me mets à hurler lorsque je découvre que mon fond d’écran a (été) changé: en lieu et place des magnifiques armoiries du Royaume-Uni, mon fonds d’écran actuel (je suis esthétiquement royaliste), une cheminée. Une pauvre cheminée sans feu, vide, sale, comme celle-ci:

Je continue à hurler comme un possédé: la faim dans le monde, les enfants-soldats, Marion Cotillard, la loi Travail, un meurtre dans la maison familiale passe encore mais pas mon téléphone, merde !

Et je me réveille.

Top 10 cinéma 2017

Une petite année cinéma pour moi, notamment par rapport à l’an dernier, avec un ratio « films que j’ai pas aimés »/ »films que j’ai aimés », très légèrement en faveur de ces derniers (42 vs 47). Mais c’est la règle quand on voit beaucoup de nouveautés: la majorité de ce qui sort est loin d’être impérissable.
J’ai raté et pas pu rattraper des trucs potentiellement topables, tant pis (Le Jour d’après, Faute d’Amour, Bad Buzz, Certaines femmes entre autres)… Rien qu’hier, j’ai vu le magnifique Florida Project qui aurait eu tout sa place ici mais bon, comme je dis toujours, je vais pas faire mon top en mars non plus.
Le numéro 1 écrase la concurrence, pour les autres le classement ne veut trop rien dire mais ce sont les 9 films qui m’ont le plus ému, convaincu, fait rire, stimulé etc.

Les daubes, ici. Les films que j’ai pas aimés, ici. Les « oui », ici et les « OUI! » ici.

#10 L’Atelier

Avec le recul, je me dis que c’est bien mais que c’est presque trop bien. J’entends par là qu’il me manque quelque chose d’un peu déstabilisant sur la forme, quelque chose d’inattendu ou de sale ou d’imparfait, je sais pas, pour me convaincre totalement ou plutôt pour m’emporter totalement. Parce que convaincu je le suis : c’est d’une subtilité, d’une sensibilité et d’une intelligence remarquables.

 

#9 Thor : Ragnarok

Voilà, ça c’est sûr que c’est moins parfait… Mais justement ! J’en parle ici.

 

#8 Coco

Le film Toutes Les Larmes de Mon Corps de l’année. Au-delà de la manière et de l’intensité dont le film peut toucher la sensibilité de tout un chacun (entre nous: si ça te touche pas, je considère que t’es un nazi. Voilà, c’est dit, bisous), au-delà de l’inévitable aspect « film pour enfants » avec des gags plus ou moins drôles, de l’action, des courses poursuites, des seconds rôles cocasses etc (aspect brillamment traité d’ailleurs), c’est quand même dingue de voir un « film pour enfants » précisément, aborder de manière aussi frontale (j’allais écrire « brutale ») et subtile à la fois les questions du deuil, de la mémoire, de l’héritage, de la « trace » etc. Et puis j’ai trouvé ça visuellement splendide. Je crois que c’est la 1ère fois que je place un DA dans mes films de l’année, j’en suis le premier surpris, surtout après la déception de l’over-hypé et surestimé Vice Versa.

 

#7 Logan

Brutalité toujours. Hurt de Johnny Cash était utilisé dans la bande annonce et ça tombe sous le sens : c’est comme si le traitement appliqué par Rick Rubin à la musique du maître avait été également adopté pour le personnage de Wolverine. J’en parle ici.

 

#6 Une vie violente

Pas très aimable, des personnages pas vraiment sympathiques, des acteurs inconnus ou presque, des dialogues parfois peu audibles et des scènes parfois peu compréhensibles : Une vie violente se donne moins les moyens de trouver son public que Le sens de la fête. C’est cette rudesse qui m’a plu (insérer ici une comparaison avec le peuple et le paysage corses), cette intransigeance, tout autant que cette volonté de ne jamais juger les actes ou les paroles des personnages. Avec tout ça, c’est sûr que c’est pas le film le plus fun de l’année mais c’est remarquable.

 

#5 Logan Lucky

Le feelgood movie de l’année, mais pas que. J’en parle ici.

 

#4 Petit paysan

C’est un film qui me touche beaucoup parce qu’étant issu du milieu agricole et ayant grandi à la ferme, tous les films qui prennent ce cadre et abordent ses problématiques me touchent. Mais au-delà de ça, je trouve ce film excellent car ces problématiques précisément (le poids de la famille, le poids des normes d’hygiène, la pression financière, l’attachement aux animaux qu’on élève, le célibat etc.), il les aborde à travers un récit parfois étonnant et avec un ton à la fois grave et fantasque, drôle, émouvant, parfois un peu effrayant même. Y a un côté « premier film français » type qui est sans doute trop prévisible voire caricatural pour certains mais je sais pas, ça fonctionne ici pour moi. Sans doute parce qu’on est plus près de la fausse légèreté des Combattants que de la fausse gravité d’Ava (exemples pris un peu au hasard).

 

#3 Good Time

Plan large sur la ville. La caméra se rapproche d’un immeuble, et se rapproche encore, et encore, à tel point qu’elle finit par pénétrer dans une pièce (le bureau d’un expert-médecin). C’est ça Good Time: on accède dans les 1ères secondes au coeur de la ville, au coeur des personnages et de leurs actions et on restera à leur côté jusqu’à la toute fin, jusqu’aux toutes dernières secondes là aussi. Cette proximité, cette énergie dingue, cet enthousiasme à filmer, à raconter (le génial flashback du non moins génial Buddy Duress), et à le faire dans la rue avant tout, rappelle évidemment beaucoup le Nouvel Hollywood : mais il faudrait alors parler de « nouveau Nouvel Hollywood » tant le genre semble s’inventer sous nos yeux, indifférent à tout ce qui s’est fait précédemment. Sans doute le film de mon top 10 que j’ai déjà le plus envie de revoir.

 

#2 L’autre côté de l’espoir

Les films sortis en début d’année sont toujours les grands perdants des bilans de fin d’année et c’est parfois injuste : L’autre côté de l’espoir est un très beau Kaurismaki, peut-être pas son meilleur mais une belle prolongation de son oeuvre sur le fond et sur la forme (ces beaux aplats de couleur, cette lumière caractéristiques, sans compter le jeu atone, bressonien, des acteurs évidemment). Il y prolonge avec une vigueur étonnante son plaidoyer pour une Europe ouverte et bienveillante à l’égard des migrants et des laissés pour compte comme dans Le Havre, son précédent film. C’est drôle, c’est beau, c’est émouvant, c’est du grand Cinéma.

 

#1 Twin Peaks, the Return

Je sais pas si c’est 1 film de 18h, 18 films d’1h, une série traditionnelle, ce débat ne m’intéresse pas. Enfin, si je le classe dans mon top films (comme Les cahiers du cinéma notamment), c’est que je dois avoir ma petite idée je suppose.
Je sais surtout que si j’ai trouvé l’année cinéma relativement pauvre, c’est essentiellement parce que cette 3ème saison de Twin Peaks m’a complètement niqué une grande partie de ce que j’ai vu en salle: je n’ai rien vu qui arrive à la cheville de l’invention et de la puissance formelle de ce que David Lynch a créé cette année. Sans jamais laisser les sentiments (humour, effroi ou émotion) de côté. Avec en outre, et outre toutes les (multiples) fascinantes zones d’ombre qui subsistent encore, quelque chose d’un peu surnaturel, d’un peu magique et d’indéfinissable propre à cette merveilleuse forme d’art et contenu parfois dans une simple séquence, une simple apparition, une simple image qui fait que « le cinéma c’est ce qui rend la vie plus belle (mais aussi plus effrayante et plus joyeuse) que le cinéma ».

Top cinéma 2017 – OUI !

Juste en dessous du top 10. Les daubes ici, les quasi daubes ici, les ok-ça-passe ici.

Problemos

Je sais plus où j’ai eu l’info, une interview télé ou sur le net, mais il faut remercier Quentin Dupieux d’avoir fait découvrir The Office (UK évidemment) à Eric Judor: sans ça, pas de Platane, sa géniale série inspirée d’Extras, autre création de Ricky Gervais, et pas de Problemos. Il faut aussi saluer le travail d’écriture et l’interprétation de l’excellente Blanche Gardin, sympathisante Nuit Debout suffisamment lucide et intelligente pour porter un regard acerbe sur les zadistes, alters et gauchos de tout poils. Il faut enfin noter la présence de plusieurs autres keumiques de talents: Monsieur Fraize, une totale découverte pour moi, Bun Hay Mean dans le rôle du chamane-SDF et surtout l’immense Youssef Hajdi, déjà génial dans Platane. Tout ça fait de Problemos la comédie de l’année, haut la main.

« L’enfant »

Money

Ici.

Life: Origine Inconnue

Pas vu le (catastrophique il semblerait) volet d’Alien sorti cette année mais ce film donne parfaitement le change: ça n’invente absolument rien (puisque c’est quasiment un remake du tout premier Alien) mais c’est fait avec énergie et enthousiasme, c’est ramassé, bien interprété, maling. Que demander de plus ?

« Oh qu’il est meugnooooon »

Lala Land

Ici

Detroit

C’est fort quand un film parvient à combiner pamphlet et mise en scène. Message / cinéma. C’est pas facile pour un réalisateur de ne pas se laisser submerger par ce qu’il/elle veut transmettre, et de ne pas faire que les spectateurs soient submergés eux aussi, par l’émotion, en l’occurrence un sentiment de rage et de révolte. C’est ce que réussissent, ô combien Detroit et Kathryn Bigelow. Rien à dire de plus, ce film est peut-être la plus grande évidence de 2017, sur les 2 plans là encore, le pamphlet et la mise en scène. En gros: ça calme.

FDP de l’année

 

Happy Birth Dead

Ici

 

La confession

Un remake de Léon Morin, prêtre avec Romain Duris dans le rôle titre, on était en droit de flipper. Mais avec le subtil, quoiqu’inconstant, Nicolas Boukhrief aux manettes, on pouvait légitimement être rassuré. Et de fait c’est plus que correct puisque c’est même un beau film Qualité Française, qui n’apporte peut-être pas grand chose à l’original mais ne le déshonore absolument pas, au contraire. Excellente Marina Vacth également, comme toujours.

Il en a fait du chemin, le Tomasi du Péril jeune…

John Wick 2

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Dunkerque

C’est le 1er film signé Christopher Nolan que j’apprécie quasiment sans réserves: 1. cette « musique » là, omniprésente, m’a presque gâché certaines séquences et 2. conclusion trop patriotique. Ca va qu’il est Anglais et au-delà de tout soupçon le gars (?) parce que si un Français ou un Américain fait ça… Mais c’est bien prenant, bien mis en scène et régulièrement impressionnant. Comme quoi, il est capable de faire du travail correc lorsqu’il s’est pas mis en tête de nous expliquer la Vie, La Mort, le Cosmos et les toupies.

Quand ça presse vraiment beaucoup beaucoup

 

20th century woman

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Que Dios nos perdone

Polar madrileño. Un peu cliché parfois (le flic psycho-rigide et bégayant, son appartement clinique) mais super efficace. Supers acteurs aussi globalement, avec une mention pour Roberto Alamo, aussi drôle et subtil qu’animal. Et puis s’il y a bien un truc que les Espagnols savent utiliser dans une fiction, c’est 2 des piliers de l’espagnolité, à savoir les vieux et la religion. Les 2 ensemble ça donne droit à des moments bien glauques.

Quand tu supportes le Real et ton collègue l’Atletico.

 

La colère d’un homme patient

Un peu comme ci-dessus, en plus sec, plus minimaliste. Belle galerie de personnages et de gueules, notamment lorsque le scenario va faire un détour par un Madrid moins carte postale et plus populo.

 

Cessez-le-feu

Encore une belle interprétation de Romain Duris: je pouvais pas le supporter mais depuis 4-5 ans, il enchaîne, rien à dire, et il me convainc à chaque fois. Curieux film que ce Cessez-le-feu: à la fois film d’aventures méditatif inspiré par l’expérience africaine de Rimbaud (je grossis bien évidemment le trait hein), et film Qualité Française (la reconstitution historique, la romance) mais nouvelle manière (la romance… contrariée on va dire, la sécheresse du ton, le refus du sentimentalisme, du manichéisme). Beau film, vraiment, un peu passé inaperçu et qui mérite une seconde chance en DVD. Ou à gratos évidemment, je vais pas te faire un dessin.

Ceci n’est pas un cigare

 

Un jour dans la vie de Billy Lynn

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Les Gardiennes

Après les moines de Des dieux et des hommes, Xavier Beauvois s’intéresse au quotidien d’une autre communauté, celui des femmes vivant dans une ferme du Nord de la France pendant la Première Guerre Mondiale, pendant que les hommes (enfants et pères) sont partis combattre. On y retrouve sa rigueur quasi-documentaire mais cette fois la fiction est plus présente, à travers la trajectoire de la véritable héroïne du film, Francine (formidable Iris Bry), une orpheline embauchée par le personnage interprété par Nathalie Baye. Ca rigole pas beaucoup (je me suis laissé dire que ça rigolait pas des masses à l’époque) mais c’est beau, à la fois sur le fond et sur la forme: on pense évidemment à l’Angelus de Millet mais le film parvient heureusement à s’en détacher. C’est parfois maladroit mais sans concession et j’aime bien l’utilisation de la musique (signée Michel Legrand), à la fois très parcimonieuse et dramatique, qui fait à chacune de ses interventions basculer le film de la fiction documentaire à l’aventure romanesque. La famille Smet s’en sort très bien, notamment Nathalie Baye dans un rôle pas vraiment à son avantage. Ca sent les multiples nominations aux Césars pour tout dire, et ça sera pas volé.

Il est génial le papy en arrière-plan

Pris de court

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Split

The Visit l’annonçait, Split le confirme: retour en forme pour l’ex-wonder boy des années 2000. On est pas encore revenu au niveau des Incassable, Signes ou The Village mais certaines séquences impressionnent à la fois par ce qu’elles montrent et/ou par la seule puissance de leur mise en scène. Rien que la scène somme tout assez banale sur le papier de l’apparition du personnage interprété par James McAvoy au tout début, sur le parking, pfiou… Et puis évidemment, cet épilogue qui m’a mis le kiki tout dur je l’avoue. Welcome back M. Night.

James McAvoy, plus régulier dans la performance que son sosie Mesut Ozil

 

La Villa

J’y vois des défauts et des choses qui ne me plaisent pas (c’est trop didactique et les personnages s’expriment parfois un peu trop comme s’ils se trouvaient sur une scène de théâtre ou dans une AG de Lutte ouvrière) mais c’est un film qui défie foncièrement tout jugement objectif de ma part: j’ai pleuré quasiment du début jusqu’à la fin.

 

Paddington 2

Tu me juges. Je sais que tu me juges. Tu juges de plus haut. Et pourtant… Les auteurs de Paddington (les mêmes pour les 2 volets) réussissent une chose rare et bluffante dont on a perdu la recette: le film de bébé pour adultes. UN film universel quoi, autant appréciable par les enfants, petits, moyens, grands (bon, OK, les ados auront peut-être un peu de mal devant un tel étalage de mignoncité), que par les adultes, si tant est que ces derniers veuillent bien se donner la peine de le voir. Mais ceux qui savent, savent. Après, et après la grande Nicole (Kidman) dans le premier volet, c’est le grand Hugh Grant qui endosse avec délectation le costume du méchant. Et il en endosse justement des costumes dans le film, illustrant à merveille ce concept purement anglais, intraduisible et très subtil du camp qui englobe à la fois l’extravagance, l’entertainment, le style etc.
Un mot enfin sur la direction artistique, à tomber, comme si le Village Green des Kinks était revisité par Wes Anderson.

The Grand Budapest Hotel

Top cinéma 2017 – Oui

Certains n’ont été repêchés que par la peau des fesses, certains autres pourraient figurer dans la catégorie supérieure mais j’ai aimé les films ci-dessous. Les daubes, ici, les films que j’ai pas aimés, ici.

Moonlight

C’est un tout petit oui. C’est mignon. C’est un peu « le cinéma d’auteur pour les nuls » quand même mais c’est mignon. Evidemment ils sont pas trop habitués aux Oscars alors si en plus c’est une histoire de garçons pas blancs qui se font des guilis au kiki, ça les défrise complètement. M’enfin, ça se regarde. Dernier plan à la fois prévisibe et inadmissibe en revanche.

 

Le Brio

Là aussi c’est un tout petit oui, un tout petit moui même car c’est d’un conformisme dans ses grandes lignes… M’enfin, Yvan Attal les gère avec une certaine malice, une certaine distance, une certaine justesse aussi, il faut bien l’avouer, qui font que c’est pas dégueulasse alors qu’on pouvait s’attendre au pire. Disons que c’est un téléfilm qui se regarde bien.

Camelia Jordana joue tellement bien qu’on l’oublie complètement et qu’on se dit jamais « dis donc, elle joue super bien en fait Camelia Jordana« . Si tu me suis.

 

My Cousin Rachel

Petite meringue anglaise pour lesquelles j’ai un faible, type Confident royal. Du coup, cf ci-dessous.

 

Confident royal

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The Young Lady

Ca pourrait entrer dans la même catégorie que les 2 films précédents car c’est aussi un genre de period piece comme disent les anglo-saxons (un « film historique ») mais c’est moins pittoresque, moins aimable. Moins meringue. Il s’agit en réalité d’une sorte de conte froid et cruel qui à ce titre mériterait d’être scandinave. C’est pas mal. Pas dingue mais pas mal. Comme un film scandinave.

Quand t’a choisi le Klövall 2 places et que tu regrettes de pas avoir pris le Stygruld 3 places.

 

T2 Trainspotting

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Un beau soleil intérieur

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Get out

L’un des films plébiscités cette année : faut pas déconner quand même… Mais c’est bien foutu oui, à la fois plaisant et édifiant, efficace dans son versant pamphlétaire. Utilisation un peu trop systématique et paresseuse des jump scares dans les scènes de suspens/horrifiques en revanche.

Quand tu regardes Coco.

 

Ouvert la nuit

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The Meyerowitz Stories

Celui-là il était vraiment à ça d’aller dans la catégorie inférieure, voire dans le Flop 2017: insupportable caricature de cinéma new-yorkais bourgeois, avec d’insupportables personnages bourgeois qui s’écoutent parler de leurs insupportables préoccupations bourgeoises d’insupportables bourgeois new-yorkais. Mais en se recentrant in extremis sur le personnage le plus humain et touchant (celui interprété par un excellent Adam Sandler), le film finit par toucher in extremis là aussi. Mais j’ai beaucoup de mal avec le cinéma de Noah Baumbach

Ben Stiller est vraiment le sosie de Claude Puel dans ce film

 

Santa & Cie

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KO

Ca démarre comme une satyre féroce, brutale même, du milieu de la télévision (Fabrice Gobert est le créateur de la série Les Revenants, sympa l’image qu’il donne de ce milieu qu’il connait donc bien…) puis ça bascule sans crier gare vers du Lynch soft. Dommage que la fin, un peu édulcorée, dilue ce qui a été mis en place précédemment mais KO mérite une 2ème chance si t’en as l’occasion.

Elle a pris Chiara.

 

Marie-Francine

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La Mécanique de l’ombre

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La colle

Chaque année, j’attends avec une certaine impatience l’article/bilan/top de Slate sur les comédies françaises de l’année. Je suis souvent en phase et il me fait découvrir des films négligés ou que je n’ai pas eu le temps de voir. Cette année par exemple, La colle, chouette teen movie plus que comédie en réalité, énième mais efficace variation sur Un jour sans fin. J’en dis pas plus, l’article en parle très bien. Après, son problème (à l’article en question), c’est qu’il donne aussi très envie de voir les daubasses de l’année…

L’un des couples de l’année

 

The Lost City of Z

Je pensais le mettre dans la catégorie supérieure parce que c’est quand même beau, c’est parfois fort et la conclusion est superbe. Mais il m’en reste quasiment rien sinon un gros sentiment de frustration : je trouve que ça manque d’ampleur, que c’est trop court, que ça va trop vite. C’est paradoxal pour un film aussi long et probablement assez cher mais j’ai vraiment eu le sentiment d’un film un peu tronqué, un peu inabouti. Pas hyper convaincu par l’acteur principal non plus (Charlie Hunnam), qui se donne pourtant beaucoup de mal et se donne tout court. Sienna Miller est excellente en revanche.

 

L’Echange des princesses

En littérature, il y a Didier Van Cauwelaert, Erik Orsenna, Jean-Claude Ruffin (ou Marc Dugain, réalisateur du film également auteur), des écrivains que je qualifierais de « patrimoniaux », sérieux, dignes, français et un peu chiants (j’en ai évidemment lu aucun, c’est un jugement gratuit). L’Echange des princesses est à l’image de cette littérature confortable et bourgeoise : y a pas beaucoup de cinéma mais c’est pas scandaleux non plus, ça se regarde assez bien. En réalité, le film tient uniquement grâce à son intérêt historique (il narre un épisode relativement méconnu mais passionnant) et si je n’en avais aucun à son égard (d’intérêt. Pour l’intérêt historique), j’aurais trouvé ça chiant comme la pluie.

« Retrouvez Secrets d’Histoire avec Stéphane Bern tout de suite après la météo d’Anaïs Baydemir« 

 

Spider-Man: Homecoming

Si j’ai bien compris, l’AMN (Amicale des Marveliens Nazis) conchie ce film. Mais bon, si j’ai bien compris aussi, ils sont jamais contents ces gens-là. Moi qui ne suis ni marvelien, ni amical, ni nazi, je me fous un peu de leurs débats: j’ai passé un bon moment. Ok, c’est scandaleux que Peter Parker n’ait visiblement pas été génétiquement modifié et qu’il doive se ravitailler en fluide comme on va faire le plein d’essence, Michael Keaton reprend son rôle, voire son costume de Birdman, et c’est beaucoup trop long, comme tous les Marvels. Mais l’acteur qui interprète Peter Parker est vraiment super, son pote side-geek est super, la petite nana est super, les vannes sont super (drôles). Que demander de plus ?

 

Numéro une

Marrant comme certains films donnent l’impression d’avoir été tournés dans l’ordre chronologique: ça démarre très bien, ça s’essouffle un peu jusqu’à un gros coup de mou au début du dernier tiers et puis c’est comme s’ils s’étaient rendu compte que ça partait en couille, hop, ça remet un bon coup de collier et ça se termine bien. En tout cas c’est globalement de la belle ouvrage comme on dit. Un sujet très 2017, forcément, et puis réalisé par une femme, parfait… Enfin, mais ça c’est très perso, j’aime beaucoup les films qui se déroulent dans le milieu des grandes entreprises (cf Corporate aussi par exemple, que j’ai nettement moins aimé mais que j’ai quand même aimé pour cette raison. Oui j’ai plus rien à dire et je m’enlise, à demain pour la suite).

Il a pris Zoukim Batchiary Bey.