Le sens de la fête – critique

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. (Allociné)

J’en attendais rien de particulier. En tout cas j’y suis pas allé le couteau entre les dents: j’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et Vincent Macaigne et si je me doutais bien que je les verrai pas dans un film du calibre de Cherchez Hortense ou Tonnerre, j’avais suffisamment confiance en eux pour avoir choisi de tourner dans un film correc.

Et de fait, ça va, c’est pas insupportable. C’est très prévisible, très balisé, très propre (trop, beaucoup trop) mais pas insupportable. Chacun récite sa partition avec savoir-faire sinon conviction, chacun est bien dans son rôle: Bacri le râleur au grand coeur, Macaigne le dépressif balbutiant et sentimental, Gilles Lellouche la grande gueule rigolote etc etc. Chacun dit bien proprement et intelligiblement ses répliques sans que l’agitation ambiante se fasse sentir: ça m’a toujours fait marrer ça, les films où ça s’agite dans tout les sens, avec 40 personnages qui courent tout le temps de partout, des engueulades, des marrades mais ça va, on comprend bien tous les dialogues, chacun attend que l’autre ait fini pour balancer sa réplique. Bref: pendant 1h30 (ça dure quand même 2h cette plaisanterie…), Le sens de la fête est une honnête comédie populaire. J’ai dû sourire 2 fois et lever les yeux au ciel 56 fois mais c’est pas toi, c’est moi on va dire.

Seulement, dans son dernier quart, y a un truc qui m’a vraiment agacé là pour le coup et fait basculer le film du mauvais côté de la barrière.

Le sens de la fête raconte donc la préparation et le déroulement d’un mariage du point de vue de la brigade de traiteurs embauchée pour l’occasion, et dirigée par Jean-Pierre Bacri. Evidemment, y a plein d’imprévus, de bras cassés dans l’équipe (l’un d’eux d’ailleurs… c’est gros putain mais c’est gros… le mec qui arrive à la dernière minute là, sans déconner, comment on peut écrire des trucs aussi énormes? Enfin bref), donc il faut s’adapter (le maître mot de Bacri pendant tout le film).

Le personnage du moustachu là: pas possible.

Mais lorsqu’une énième boulette est commise au moment qui devait constituer le point d’orgue du mariage, il pète les plombs le Bacri. Le patron. Et il engueule ses employés. Le patron. Pire: il les fait culpabiliser. Non parce que merde, lui il est là pour tout le monde, il colmate les brèches, il est accommodant, il rend service mais kiki pense à lui, le sale patron hein? Qui? Je caricature pas, c’est ce qui est dit, sans ambiguïté: le gentil patron à bouts de nerfs vs les employés ingrats. Et je parle même pas du parallèle pas bien difficile à dresser entre Bacri, chef d’orchestre de la soirée et Nakache/Toledano, chefs d’orchestre de l’équipe de tournage.

Mieux: cette scène un peu dingue en suit une autre au cours de laquelle, croyant qu’un type rôdant autour de la salle de mariage est un inspecteur de l’URSSAF, Bacri nous sort le couplet sur les petites entreprises obligées d’employer les gens au noir, vous comprenez, nous on y arrive pas sinon, on y arrive pas nom de Dieu (là encore, je caricature pas, c’est dit quasiment comme ça mot pour mot).

Ca c’est pas possible. On passe de gentille comédie sans conséquence à véritable tract pour la Macronie. J’ai rien contre Nakache et Toledano, dont je n’avais d’ailleurs vu aucun film jusque là, je les avais même plutôt à la bonne: ils ont l’air sympa, humbles et après les 20 millions d’entrées d’Intouchables, ils filment l’histoire d’amour d’une travailleuse sociale et d’un sans-papiers (Samba), c’est pas anodin quand même. Mais ce plaidoyer pour le petit patron volontaire qui se débat alors qu’il est pilonné par les charges salariales et emmerdé par des collaborateurs pas cools, c’est… Bah c’est la France de 2017.

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