Flop cinéma 2018

J’ai vu plus de merdes que d’habitude cette année… Mais j’ai également vu plus de films: ça sera donc un looooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooong

bilan ciné.

 

Brillantissime

Le choc de l’année quelque part. Ici.

 

Les municipaux

Moins horrible car 1. au moins les gags sont (un peu) construits et clairement identifiés 2. le film n’a pas été crowdfundé. Mais c’est triste putain… Le plus triste c’est qu’ils sont pas méchants Les Chevaliers du Fiel (puisqu’il s’agit de leur film), ils sont même plutôt bienveillants je pense mais leur film est tellement et caricaturalement anti-fonctionnaires qu’il en devient un véritable objet de propagande réactionnaire, pour ne pas dire pire. Sans compter qu’en purs termes d’humour, le film a 50 ans de retard, c’est dingue. Fernand Raynaud, ne revient pas, ils sont devenus toi !

Le 2 a déjà été tourné, avant le mouvement des gilets jaunes. C’est con, on aurait pu avoir droit à une farandole de bonnes blagues sur le sujet.

 

L’Homme qui tua Don Quichotte

Une horreur. Séance très éprouvante, je regrette encore de pas être sorti au bout de 20 minutes. Ici.

 

Le Retour du héros

Le film fonctionne, en gros, sur le principe de l’anachronisme ou du décalage langagier : les personnages s’expriment comme en 2018 alors que l’action se déroule début XIXème. J’ai trouvé ça affreusement paresseux et ringard, comme souvent avec Laurent Tirard. Et puis Mélanie Laurent. Bilan, pour la 4ème fois seulement en près de 40 ans de fréquentation des salles de cinéma, je me suis barré avant la fin (au bout de 45 minutes).

Fausse moustache et faux sourire de toutes beautés.

 

Moi, Tonya

Il y avait sans doute de quoi faire un film autour de la bêtise ordinaire, de la misère intellectuelle, des ravages de l’ambition excessive, et des tas d’autres sujets ou questions soulevées par « l’affaire Tonya Harding » mais le réal a préférer opter pour une sous-Scorseserie cynique et pseudo-cool. Dès lors, comparer ce film au cinéma des frères Coen comme j’ai pu le lire à plusieurs reprises/endroits, c’est vraiment ne rien avoir compris à ce dernier tant Moi, Tonya est dépourvu du moindre sens de l’absurde ou de la moindre empathie. Séance très éprouvante par conséquent, que j’aurais dû abréger dès le premier quart d’heure là aussi tant les premières (mauvaises) impressions n’ont fait que se confirmer.

 

Climax

« Ouais alors le pitch c’est un groupe de danseurs tu vois. Y a des ckeblas, des reubeus, des pédés, des gouines, et ils font une grosse teuf de fin d’atelier. Y a des bonnes vibes et tout mais y a quelqu’un, on sé pa cé ki, ki met du LSD dans la sangria et là mais truc de ouf quoi ça part en couille mais genre vraiment quoi. Le gros, GROS bad trip. » Gaspar, 15 ans 55 ans. AU SECOURS.

C’est plus ce que c’était les chorégraphies de Kamel Ouali

 

Beast

Elle est frustrée, bridée par une mère castratrice et un milieu conservateur. Elle tombe donc rapidement sous le charme de cet homme des bois qui vit en marge de la société et de sa petite communauté de l’île de Wight (« qu’est-ce que tu lui trouves ? » lui demande sa sœur, « il sent la bête »  qu’elle lui répond. Vraiment.). Donc ils s’aiment : sur des falaises, sous la pluie, au ralenti, avec passion. Elle pleure, elle souffre, au ralenti, toujours. Ca clashe, pas au ralenti cette fois mais le film a l’air de défiler au ralenti lui tellement il est lourd et pénible. L’homme des bois,, évidemment très séduisant, vit en marge : parce qu’il est indomptâble mais surtout parce qu’il est soupçonné d’avoir violé et tué plusieurs adolescentes. Alors, c’est lui le coupable ? C’est pas lui ? Quand le film finit par trancher, on se dit c’est le truc le plus moralement et cinématographiquement douteux qu’on ait vu depuis un bail.

 

3 Billboards

« Ils sont cons ces ricains » épisode 45879. Non mais sans déconner, c’est ça le film audacieux-politiquement-incorrect-coup-de-poing de l’année ? Pfffff… C’est d’une laideur en plus. Aucun intérêt.

Rien compris en plus: c’est « les gilets jaunes », pas « les bleus de travail ».

Taxi 5

Ici.

 

Sale Temps à l’hôtel El Royale

Vu pour des raisons essentiellement extra-cinématographiques voire exclusivement liées au p’tit cul de Dakota Johnson. 2h20 quand même cette plaisanterie: si c’est pas de l’abnégation… Bon, autant je m’attendais pas à un chef d’oeuvre autant on a affaire à une vraie grosse bouse: une espèce de Tarantinade d’une ringardise absolue qu’on croirait issue du pire des années 90. Violence gratuite censément cool,  personnages marionnettes, vacuité absolue du propos (d’ailleurs je le cherche encore), rien ne manque. Le pire : de longs, interminables tunnels de dialogues d’une platitude hallucinante. On fustige souvent, et à raison, la paresse doublée de cynisme des argentiers du cinéma français qui dépensent un pognon-de-dingue dans des projets inutiles uniquement montés autour d’une ou plusieurs stars bankables mais ce film se pose là dans le genre.

Second Petit chou 2018

 

How to talk to girls at parties

J’en ai parlé brièvement dans un de mes comptes-rendus pour la coupe du monde de foot. C’est dire si ça m’a passionné. Ici.

 

En guerre

Le film qui m’a le plus énervé cette année. D’abord simplement nul (« Les Dardenne pour les nuls » pour être plus précis, comme dans le précédent La loi du marché) puis franchement scandaleux dans son épilogue. J’en dis pas plus pour pas spoiler mais je trouve ce film dégueulasse en vérité.

« Le cinéma français, c’est moi !!! »

 

24h Limit

Peut-on faire confiance à un réalisateur dont le nom ne comporte aucune voyelle ? Manifestement non puisque 24h Limit, réalisé par le dénommé Brian Smrz (j’ai décidé de le prononcer « Schmurtz »), un ancien cascadeur (déjà…), part d’énormes clichés pour dérouler une intrigue cousue de fil blanc qui s’achève très exactement comme on l’avait deviné 10 mns après le début du film. Costaud. A un moment, juste avant LE moment de vérité, le bad guy avance vers le bar pour se servir un verre, genre goûtons-une-dernière-fois-à-la-liqueur-des-Dieux-avant-que-la-foudre-ne-s’abatte-sur-nous. Un bar luxueux, qu’on imagine bien fourni. Il scanne du regard les nombreuses bouteilles à sa disposition (gin, whisky, cognac, y a vraiment de tout) marque un temps d’hésitation et finit par saisir… une bouteille de Johnny Walker. Ca résume parfaitement la cheaperie de ce film.

 

Place Publique

Comédie de vieux, par des vieux, pour des vieux. Tristesse absolue. A côté, Le Sens de la fête, dont il se rapproche énormément, c’est chef d’oeuvre.

Bah oui, désolé, c’est une merde.

 

La Belle et la belle

Une certaine tendance du cinéma français ces dernières années : la comédie d’auteur. Pour le meilleur (Victoria par exemple, même si c’est paaaaaaaaaas non pluuuuuuuuuuuus) et plus souvent pour le pire, comme avec ce film horripilant, ni fait, ni fait à faire, qui n’a même pas le plus élémentaire souci de cohérence, puisque on s’en fout de la cohérence n’est-ce pas lorsqu’on des choses plus importantes à dire sur la Vie, l’Amour blablabla. Tu parles… Ni drôle ni touchant ni pertinent, La Belle et la belle est un pauvre téléfilm cheap et nul qui ne dit pas son nom.

 

Fleuve Noir

Je me suis un peu laissé prendre par l’intrigue dans un premier temps : un adolescent qui disparaît, une enquête, un flic à la dérive. Du classique, allons y. Rapidement, 2 gros problèmes: la complaisance, qui confine à la fascination, avec laquelle Erik Zoncka déroule et filme une trame, des personnages, qu’on découvre peu à peu glauquissimes, jusqu’à un final plus que douteux. Beurk. 2ème problème: Vincent Cassel, absolument grotesque en flic aux penchants auto-destructeur (nouveau: l’alcoolique aux abdos de capoieriste). A ce niveau là, c’est pas « en faire de caisses » ou « surjouer », faut trouver autre chose. En vérité, le film serait pas aussi pénible sur la longueur, il mériterait presque un visionnage pour la pire performance d’acteur que j’ai vue depuis très longtemps: un genre de catastrophe industrielle, une sortie de piste hallucinante. Un modèle du genre.

Belle technique de camouflage en revanche

 

Sans un bruit

Le film court interminable de l’année: ça dure 1h20 seulement mais qu’est ce que je me suis fait chier nom de Dieu ! Surtout, la confirmation qu’un bon pitch est le meilleur ennemi d’un bon film. « Dans un monde décimé par des créatures meurtrières venues d’on ne sait où, la survie passe par le silence complet, les créatures, aveugles, étant attirées par le bruit ». Plutôt cool hein ? Ouais, sauf que concrètement, ça signifie pas de dialogues, ok, normal, mais aussi des personnages qui prennent 45 minutes pour dresser la table ou enlever leur pull. Puisqu’il faut pas faire le MOINDRE bruit on t’a dit nom de Dieu. Super. Sans oublier l’idée la plus conne de l’année, haut la main, (enfin, après la décision de généraliser l’utilisation de l’arbitrage video dans le foot je veux dire) : c’est la fin du monde, la population est décimée, chacun se débrouille comme il peut dans son coin, SANS UN BRUIT, mais notre couple de héros décide de faire un gosse. Tkl.

C’est ça, ta gueule.

Le sens de la fête – critique

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. (Allociné)

J’en attendais rien de particulier. En tout cas j’y suis pas allé le couteau entre les dents: j’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et Vincent Macaigne et si je me doutais bien que je les verrai pas dans un film du calibre de Cherchez Hortense ou Tonnerre, j’avais suffisamment confiance en eux pour avoir choisi de tourner dans un film correc.

Et de fait, ça va, c’est pas insupportable. C’est très prévisible, très balisé, très propre (trop, beaucoup trop) mais pas insupportable. Chacun récite sa partition avec savoir-faire sinon conviction, chacun est bien dans son rôle: Bacri le râleur au grand coeur, Macaigne le dépressif balbutiant et sentimental, Gilles Lellouche la grande gueule rigolote etc etc. Chacun dit bien proprement et intelligiblement ses répliques sans que l’agitation ambiante se fasse sentir: ça m’a toujours fait marrer ça, les films où ça s’agite dans tout les sens, avec 40 personnages qui courent tout le temps de partout, des engueulades, des marrades mais ça va, on comprend bien tous les dialogues, chacun attend que l’autre ait fini pour balancer sa réplique. Bref: pendant 1h30 (ça dure quand même 2h cette plaisanterie…), Le sens de la fête est une honnête comédie populaire. J’ai dû sourire 2 fois et lever les yeux au ciel 56 fois mais c’est pas toi, c’est moi on va dire.

Seulement, dans son dernier quart, y a un truc qui m’a vraiment agacé là pour le coup et fait basculer le film du mauvais côté de la barrière.

Le sens de la fête raconte donc la préparation et le déroulement d’un mariage du point de vue de la brigade de traiteurs embauchée pour l’occasion, et dirigée par Jean-Pierre Bacri. Evidemment, y a plein d’imprévus, de bras cassés dans l’équipe (l’un d’eux d’ailleurs… c’est gros putain mais c’est gros… le mec qui arrive à la dernière minute là, sans déconner, comment on peut écrire des trucs aussi énormes? Enfin bref), donc il faut s’adapter (le maître mot de Bacri pendant tout le film).

Le personnage du moustachu là: pas possible.

Mais lorsqu’une énième boulette est commise au moment qui devait constituer le point d’orgue du mariage, il pète les plombs le Bacri. Le patron. Et il engueule ses employés. Le patron. Pire: il les fait culpabiliser. Non parce que merde, lui il est là pour tout le monde, il colmate les brèches, il est accommodant, il rend service mais kiki pense à lui, le sale patron hein? Qui? Je caricature pas, c’est ce qui est dit, sans ambiguïté: le gentil patron à bouts de nerfs vs les employés ingrats. Et je parle même pas du parallèle pas bien difficile à dresser entre Bacri, chef d’orchestre de la soirée et Nakache/Toledano, chefs d’orchestre de l’équipe de tournage.

Mieux: cette scène un peu dingue en suit une autre au cours de laquelle, croyant qu’un type rôdant autour de la salle de mariage est un inspecteur de l’URSSAF, Bacri nous sort le couplet sur les petites entreprises obligées d’employer les gens au noir, vous comprenez, nous on y arrive pas sinon, on y arrive pas nom de Dieu (là encore, je caricature pas, c’est dit quasiment comme ça mot pour mot).

Ca c’est pas possible. On passe de gentille comédie sans conséquence à véritable tract pour la Macronie. J’ai rien contre Nakache et Toledano, dont je n’avais d’ailleurs vu aucun film jusque là, je les avais même plutôt à la bonne: ils ont l’air sympa, humbles et après les 20 millions d’entrées d’Intouchables, ils filment l’histoire d’amour d’une travailleuse sociale et d’un sans-papiers (Samba), c’est pas anodin quand même. Mais ce plaidoyer pour le petit patron volontaire qui se débat alors qu’il est pilonné par les charges salariales et emmerdé par des collaborateurs pas cools, c’est… Bah c’est la France de 2017.

Au bout du conte – critique

Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.
Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu.
Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire. (Allociné)

Möbius n’était plus à l’affiche, 40 ans mode d’emploi non plus (il passait de toutes façons en VF, ça sera donc un visionnage tranquille à la maison dans les prochains jours) et le Malick merci mais non merci. Le Dumont m’intrigue pas mal mais j’ai pas envie de ça en ce moment.
J’ai donc opté pour ce film middle of the road et NQF (nouvelle qualité française). A ce sujet, j’ai  eu droit juste avant à la bande annonce de sa version UMP, Des gens qui s’embrassent, le nouveau chef d’oeuvre de Danièle Thompson.

Au bout du conte donc. Un film tout en couches, tout en superpositions : de la même façon que les personnages féminins de middle-aged gauchistes soft, genre instits ou assistantes sociales un peu fatiguées qu’il met en scène, rajoutent un jupon sur des collants en laine, un foulard puis un pashmina sur leur châle, et enfin un boa et un chapeau pour couronner le tout, le film empile les personnages, les histoires, les symboles, les uns sur les autres, au petit bonheur la chance, un peu en dépit de toute logique, dans un simple souci d’accumulation généreuse et bienveillante.

Comme il fait bon vivre dans cette cuisine... Note les mugs quand même.
Comme il fait bon vivre dans cette cuisine… Note les mugs quand même. Qui contiennent probablement un excellent thé vert issu du commerce équitable.

En tout cas, les lecteurs de Télérama et auditeurs de France Inter doivent adorer. Ils avaient bien sûr massivement investi la salle : lunettes rondes et barbe grisonnante pour monsieur, imprimés pseudo-ethniques, cheveux courts ou ramassées en chignon négligé pour madame.

Les sympathisants de droite doivent quant à eux passer un sale moment devant cet étalage de tolérance, de leçon de vie, de culture. C’est toujours ça de pris.
Sur le public enfin, on ne sait plus très bien si ce sont les films du couple BacriJaoui qui finissent par lui ressembler ou l’inverse : ça se drape dans son idéologie de gauche mais ça n’ira pas jusqu’à voter Poutoux ou même Mélenchon, ça glissera docilement son bulletin PS dans l’urne. Ca pourrait être méprisable mais c’est attendrissant quelque part cette tiédeur.

Et puis au fond, le film est un peu foireux dans sa tentative de faire dialoguer contes de fée/réalité, il manque un peu de subtilité et/ou de profondeur, il est très plan-plan mais il se suit agréablement. Les BacriJaoui ne sont pas des metteurs en scène de génie mais on oublie un peu trop souvent qu’ils ont écrit Smoking/No Smoking et On connait la chanson. C’est pas rien quand même. Ca déroule donc gentiment, Bacri bacrise avec un systématisme un peu lassant mais c’est aussi, voire surtout pour ça qu’on l’aime et la conclusion, aussi inattendue que logique, est assez jolie.

On passe donc un bon moment pour peu qu’on fasse preuve d’indulgence.