Tonnerre – critique

Un rocker trop sentimental, une jeune femme indécise, un vieux père fantasque. Dans la petite ville de Tonnerre, les joies de l’amour ne durent qu’un temps. Une disparition aussi soudaine qu’inexpliquée et voici que la passion cède place à l’obsession. (Allociné.fr)

tonnerre
J’attendais ce film avec grande impatience depuis la découverte du magnifique moyen-métrage Un monde sans femmes.

Tonnerre appartient à une veine dont j’ai peu parlé jusqu’à présent sur Grande remise mais qui n’en est pas moins granderemisque que les comédies de Jonah Hill, l’americana ou la pop de Bertrand Burgalat. Sans doute le genre se fait-il plus rare, c’est tout. Je nommerai ça le FF, le Film Français. Les coquillettes, la Fille du 14 juillet ou 2 automnes, 3 hivers, films granderemisques s’il en est (et films de nationalité française comme il ne t’aura pas échappé), n’appartiennent pourtant pas au genre.

Le FF est plus conventionnel, plus immédiatement accessible. Voire même plus bourgeois parfois (ça n’est pas du tout un reproche : j’aime l’argent). Il se déroule généralement en province, dans un lieu où l’on se sent bien d’emblée. Un lieu très français (ici la Bourgogne par exemple). Le ton est réaliste ou plutôt vraisemblable. Des gens proches de nous, un univers familier, des dialogues vrais même si indéniablement très écrits. Province est ici un mot clé. Le FF est souvent une comédie dramatique, il brouille un peu les pistes.

Tonnerre a ceci de particulier qu’il est un FF irrigué par cette nouvelle vague de films français cités plus hauts, via la présence de Vincent Macaigne.

vincent macaigne
Evidemment, il marque encore plus de points du coup.
Toujours aussi touchant et générationnel (j’ai rarement vu un acteur aussi en adéquation avec son époque), Macaigne y montre davantage sa folie et la violence sourde décelable sous son regard de gros ours touchant et maladroit. Il est génial encore une fois.

Car le film de Guillaume Brac opère un changement de ton brutal en son milieu : confortable, chaleureux, voire débonnaire (les scènes avec Bernard Menez, avec le « viticulteur farceur » comme il est désigné dans le générique de fin), il vire subitement au drame (géniale scène avec le frère du « viticulteur farceur » justement, qui annonce la suite). Tonnerre creuse une veine romantique très franco-française (décidément) : un poème d’Alfred de Musset est récité dès les premières minutes. Tonnerre creuse beaucoup de veines en vérité, ce qui n’est pas la moindre de ces qualités : on songe ici aussi bien et aussi légitimement à Rohmer qu’à Chabrol, Pialat, Lang voire même Lynch.

Polar, film  noir, comédie, drame, chronique provinciale, familiale etc, Tonnerre est donc un peu tout cela à la fois. On pourrait dire de lui qu’il est une version expressionniste d’Un monde sans femmes, tant il semble en reprendre les motifs pour les exacerber et pousser certaines situations jusqu’à l’extrême.
Il appartient également à un genre que j’affectionne tout particulièrement et que je nommerai « film du retour aux sources ». J’entends par là un film où le héros, exilé dans la grande métropole, revient dans la ville ou le village qui l’a vu grandir. J’adore ça. Les américains s’en sont fait les spécialistes, c’est un genre prolifique là bas. Ici, Macaigne arrive de Paris avec ses habits de rocker, blouson de cuir et santiags. Une fois à Tonnerre, il les abandonne graduellement au profit de grosses chaussures de travail et d’une parka.

Je n’en dirai pas plus, j’ai d’ailleurs l’impression d’en avoir déjà trop dévoilé. Mais contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser à la lecture de ces lignes, le film ne se perd jamais dans ses diverses influences et dans les nombreuses pistes qu’il aborde : de la première à la dernière seconde, Tonnerre fait preuve de la même justesse, maîtrise et audace. C’est brillant sans être ostentatoire, ça dit et montre des choses bouleversantes sans avoir l’air d’y toucher, sous un vernis faussement téléfilmesque (une caractéristique essentielle du FF). Avec en prime la meilleure interprétation animale depuis un bail.

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Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu un aussi beau FF : le Larrieu était beaucoup plus fantaisiste et inégal (ce qui fait d’ailleurs son intérêt). Y a même du foot, avec des caméos d’Olivier Kapo et Cédric Hengbart de l’AJA, ce qui confère au film un petit côté Coup de tête (pas vraiment de rapport mais bon, c’était pour citer un exemple parfait de FF).
Pour conclure, 2 détails granderemisques de la mort qui ont fini de m’achever : Macaigne porte un t-shirt Superbad (MacLovin entouré des 2 flics, le moment où ils l’ont « cockblocked ») et Bernard Ménez regarde sur Internet la finale LendlMcEnroe de Roland-Garros en 1984.

Je n’en dirai pas plus, il faut simplement aller voir ce très beau film. Allez file.

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