Première année – avant-première Gaumont Toulouse

Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, avec des journées de cours ardues et des nuits dédiées aux révisions plutôt qu’à la fête, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain. (Allociné)

William Leghbil, 28 ans, joue un gars qui sort tout juste du lycée. OK. C’est un peu moins choquant pour Vincent Lacoste, 25 ans « seulement », qui en outre interprète un triplant.

Véritable avant-première pour le coup puisque Première année ne sort que le 12 septembre. En salle 2, soit la 2ème plus grande du ciné, qui affiche complet: je pensais pas que les 2 comédiens, certes sur la pente ascendante pour l’un (Leghbil) et déjà confirmé pour l’autre (Lacoste) étaient aussi populaires.
Et de fait, ils ne le sont peut-être pas, en tout cas la réponse est en suspens : on apprend assez rapidement qu’une grande partie de la salle est constituée d' »invités », des 1ère, 2ème, 3ème années de médecine qui se sont vus offerts des places.

Le film: sympathique. Dans la lignée d’Hippocrate, dont il pourrait être le prequel, il narre donc les aventures de Benjamin (William Leghbil) et Antoine (Vincent Lacoste), étudiants en 1ère année de médecine (ou « P1 »), qui se mettent en binôme pour tenter de la surmonter voire d’y survivre. Et accessoirement de la réussir.

Car ça rigole pas la 1ère année de médecine, et c’est là que Lilti (médecin lui-même faut-il le rappeler) veut en venir: il se demande même, et nous avec à l’issue du film, si cette véritable épreuve physique, psychologique et nerveuse au sens propre, ne friserait pas l’absurde voire ne serait pas inadaptée à la formation de médecins et personnel soignant digne de ce nom (= sujet de société).

Plus en surface, Première année est une belle histoire d’amitié, un roman d’apprentissage, une réflexion (soft, certes, mais quand même) sur l’inné, l’acquis, le conditionnement social, familial: Antoine (Lacoste) a la médecine dans le sang mais c’est un besogneux et il n’est pas du sérail alors que Benjamin (Leghbil), qui a baigné dans un contexte favorable depuis sa naissance (son père est chirurgien) a des facilités mais pas la vocation. D’ailleurs Bourdieu est cité à un moment et s’il n’est certes « que » cité, c’est bien vu.

Tout ça est propre, bien pensé, bien incarné (les 2 interprètes sont excellents), limpide dans ses intention autant que dans son exécution. Un peu trop même, et c’est la limite du film: aucune ambiguïté ni mystère dans Première année dont le message est univoque. Tout le monde recevra le film de la même manière.
Mais c’est bieng, c’est du cinéma français populaire et intelligent(= petit bonhomme content dans le Télérama de la semaine), soit un truc en voie de disparition depuis des années donc comme pour Hippocrate, on aurait tort de bouder son plaisir.

Le problème ce soir, c’est que la discussion avec Thomas Lilti à l’issue de la projection (Lacoste n’est pas là, ça a été dit d’emblée mais, surprise, Leghbil qui a pourtant été annoncé par le présentateur du Gaumont, n’est finalement pas là lui non plus), ne revêt pas un immense intérêt: il est volubile, passionné et sympathique mais il a déjà tout dit dans son film.

Thomas Lilti est à droite

2ème problème: c’est pas qu’y ait pas mal d’étudiants en médecine dans la salle, c’est qu’ils la composent à 90% (voire plus). Du coup, toutes les questions sont orientées sur la filière, les études, le concours, l’expérience de Lilti en la matière blablabla.
Bon, c’est bien pour eux, j’dis pas mais c’est un peu trop corpo à mon goût et surtout ça cause pas beaucoup cinéma.
Les étudiants semblaient en tout cas unanimes: ils se sont tous parfaitement retrouvés dans le film. Mais, je me répète, je regrette qu’on ne se soit attardé que sur l’aspect documentaire du film en quelque sorte et non son volet fictionnel, voire romanesque, bien présent, et qui lui donne également sa valeur.

A part ça, au 1er rang, un type à la chevelure invraisemblable, entre footballeur ukrainien des années 80 et Jean-Pierre François. Ca m’a fait ma soirée.

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Money – critique

Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement. (Allociné)

Tiens si je parlais d’un film que j’ai aimé ? Oh ça va, pour une fois…

J’en parle parce qu’il m’a plu mais aussi parce qu’il est facile de passer à côté : parce que moins bien distribué que Blade Runner 2049 par exemple, parce que son titre hyper générique (mauvais titre, vraiment, même s’il prend son sens quand on voit le film), et parce que son affiche pas très lisible (là aussi, elle s’éclaire après visionnage mais pour les spectateurs qui choisissent quel film aller voir devant la façade du cinéma… Un truc qui m’a toujours interpellé d’ailleurs mais bon, apparemment y a plein de gens qui se disent « tiens si on allait au cinéma? » et qui décident de ce qu’ils vont aller voir une fois sur place).

C’est dommage parce que c’est vraiment bien. Je suis pas super convaincu par tout mais les réserves que je peux avoir participent en fait de la réussite du film: un trop plein scénaristique par exemple, qui frise la surchauffe mais se révèle surtout généreux, ajoutant à la frénésie et à l’absurde de cette nuit de folie; une direction d’acteurs un peu lâche qui donne en fait un côté série B. Et… c’est tout en fait. Money déroule par ailleurs sa mécanique de film (très) noir avec une science, une énergie, et forcément, une inéluctabilité qui forcent le respect et emportent l’adhésion.

On peut penser à plein de monde : les Coen pour l’enchaînement parfois improbable et absurde d’avanies, pour le côté effet boule de neige infernale et inarrêtable, De Palma pour un certain sens du baroque (le tableau final dans la maison de Louis-Do de Lencquesaing) mais, et ça n’est pas le moindre de ses charmes et de ses qualités, il renvoie surtout aux drames sociaux dont le cinéma français d’avant-guerre s’était fait une spécialité: l’action se déroule au Havre, riante cité s’il en est, et les 3 personnages principaux dont on peut dire sans trop s’avancer qu’ils sont en galère, voient simplement une opportunité de s’inventer des jours meilleurs.

On peut penser à plein de films et de réalisateurs mais à aucun en particulier, c’est aussi ça qui est chouette: Money est un genre de one shot, une grosse décharge d’adrénaline qui fonctionne de manière autonome et ne ressemble à rien de ce que le cinéma français produit en ce moment (y compris les productions à la marge type Rester vertical ou Petit paysan).

Y a vraiment un chouette côté série B au sens le plus noble du terme, dans le sens où le film investit un genre (le polar ou le film noir)  qui lui autorise des choses, visuellement et dans le propos, un peu transgressives, qu’on n’imaginerait en tout cas jamais dans un film plus « huppé ». Je pense par exemple à la scène du bébé dans le train ou à la conclusion… j’allais la qualifier mais je voudrais pas spoiler.

Je m’arrête là: j’ai rédigé ce billet à la va-vite avant tout pour t’inciter à aller le voir ce weekend car il ne va pas jouer encore bien longtemps je suppose (il n’est resté qu’une semaine dans « mon » Gaumont). C’est bon, t’iras voir Blade Runner plus tard, il va rester à l’affiche pendant 2 mois.

Une mention quand même pour le casting wtf et impeccable (Anouk Grinberg ?!?!?!) et donc pour un Benoît Magimel à l’apparence physique complètement folle: le corps de son Paul Lederman dans Cloclo, la tête de Johnny Halliday. Je sais toujours pas s’il est génial ou s’il fait n’importe quoi mais je pourrais revoir le film rien que pour lui.

Un beau soleil intérieur – critique

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.
(Allociné)

Je sais pas pourquoi je suis allé voir ce truc alors qu’en tombant sur l’affiche dans la rue, le titre, la tronche de Binoche et la longue liste d’acteurs autour d’elle je me suis dit « popopopo c’est quoi cette horreur? »

Et en fait c’est pas si terrible que ça. C’est à la fois insupportable et juste, parfois drôle, volontairement et involontairement, parfois touchant, parfois gênant.

A un moment, la Binoche est dans son lit, elle a manifestement pleuré. Elle se redresse un peu, suffisamment pour dévoiler son oreiller taché de larmes et de bave-du-coin-des-lèvres.

A un autre moment, elle et quelques confrères du monde de l’art contemporain (elle est artiste) se rendent dans la Creuse pour un festival. Ils se baladent dans la nature et commencent à pérorer à tour de rôle sur la vraie campagne, ses paysages de rien pourtant magnifiques etc etc (parmi les pédants,  Bruno Podalydès et Bertrand Burgalat notamment). La Binoche explose alors, excédée et les renvoie à leur vanité / fatuité.

Tout ça pour dire qu’Un beau soleil intérieur prête souvent le flanc à la caricature mais qu’il semble en avoir conscience et c’est ce qui le rend intéressant: on a l’impression d’une tension et d’une recherche permanentes du ton juste, de la distance juste, difficile mais tenace, de la même manière qu’Isabelle, le personnage interprété par Juliette Binoche, cherche l’amour, le vrai.

« On a ri mais on a ri ! »

C’est assez courageux quelque part de réaliser un film aussi français, c’est à dire qui place la parole et les atermoiements amoureux au centre des enjeux (je synthétise), tout en en ayant conscience et en essayant donc de proposer quelque chose d’un peu nouveau ou, au moins, d’un peu différent. Pas toujours facile de trouver des variations autour du champ-contre champ, Claire Denis y parvient en scrutant les visages de très près, notamment celui de son actrice principale dont le film pourrait être un portrait en réalité (ce que tendrait à confirmer l’amorce de l’étonnant générique de fin).

Un beau soleil intérieur se termine nettement mieux qu’il n’a débuté, avec un enchaînement de scènes remarquables: d’abord drôle grâce au toujours génial Bruno Podalydès puis touchante avec l’énième confrontation d’Isabelle avec l’un de ses amants et enfin quasiment mythique grâce au gros Gégé, le seul, l’unique, ici dans le rôle pas du tout innocent du révélateur.

A voir donc je pense.
Après évidemment, il faut être capable
1. de se cogner un film qui s’intitule « un beau soleil intérieur ». C’est pas donné à tout le monde.
2. aussi belle soit-elle, et elle est vraiment très belle, de supporter des scènes où la Binoche pleurniche sur fond de jazz chiant. Ca aussi c’est costaud.
Parenthèse: le jazz chiant est signé, comme quasiment toujours chez Claire Denis, Stuart Staples des Tindersticks ici en mode non-mais-sans-déconner : j’ai toujours tenu les Tindersticks pour un des groupes les plus surestimés qui soient mais alors là le mec se surpasse dans l’indigence.

Et c’était pas vraiment une parenthèse car j’ai fini.

La session de rattrapage 9

J’ai encore été malade quelques jours, voici donc une nouvelle salve de films vus ou revus à la maison:

Blue Jasmine

Parmi les derniers Woody, c’est sans doute celui que j’avais le plus envie de voir. C’est chose faite depuis sa diffusion télé il y a peu (un dimanche soir, juste après Anaïs Baydemir).
Bon, c’est pas mal, voire pas mal du tout. Néanmoins j’ai le même sentiment qu’avec son dernier en date, L’Homme Irrationnel : c’est un peu bâclé, pas assez fouillé. C’est pas mal mais ça aurait pu être super. C’est très noir sur le fond mais on a le sentiment qu’il n’ose pas y aller à fond et c’est dommage. Ceci étant, la conclusion est vraiment glaçante mais sa noirceur irrémédiable tombe de manière un peu trop abrupte. Enfin, je trouve.

BLUE-JASMINE
Une qui ne fait pas les choses à moitié en revanche, c’est la Blanchett. Je ne compte pas spécialement parmi ses admirateurs, ni parmi ses détracteurs d’ailleurs, elle m’indiffère plutôt à vrai dire, mais là, elle force le respect. J’ai toujours une certaine admiration pour les acteurs qui n’ont peur ni du ridicule, ni de s’enlaidir ou en tout cas de se montrer sous leur meilleur jour, y compris physiquement (c’est peut-être un peu idiot mais ça n’est pas si fréquent que ça lorsqu’on y regarde de plus près) et là, on peut dire qu’elle y va à fond.

Le Monde de Charlie

Ca c’est vraiment pas terrible, alors que le film bénéficie d’une réputation assez flatteuse. Je dirais même que tant sur le fond que sur la forme, c’est pas gégéne.
Le Monde de Charlie serait donc un teen movie osé et sensible, une réussite du genre. Alors oui, bien sûr, le film fait le portrait des outcasts ou des freaks du lycée, peu importe comment on les désigne, de ceux qui ne sont ni dans l’équipe de football ni dans celle des cheerleaders, qui sont homosexuels et/ou excentriques et/ou fan des Smiths et/ou trop sensibles etc etc. Déjà vu à maintes reprises mais pourquoi pas. C’est sans relief et hyper clicheteux dans la description du malaise adolescent (description à tendance esthétisante) mais bon, passons. Sauf qu’ici, point d’aspiration à la singularité et à la différence, tout ce petit monde aspire au conformisme le plus absolu : une bonne fac, un bon boulot, une bonne maison avec un beau drapeau étoilé planté devant, emballé c’est pesé. Et sur la forme donc, le scenario révèle en bout de course et de manière très putassière le pourquoi du mal-être du héros. Cette manière de ménager le suspense, d’y aller crescendo sur les flashbacks et les indices tout au long du film, de suggérer, enfin, qu’il y a forcément un terrible trauma derrière son inadaptation, et de montrer, au final, en quoi consiste ce trauma, m’est apparu comme un renoncement un peu dégueulasse en même temps qu’une facilité de scenario peu glorieuse.

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En fait, Le Monde de Charlie est la version cinéma édulcorée, mainstream et ratée de la géniale série Freaks and Geeks. Mieux vaut (re)visionner celle-ci donc.

Made in France

Le film maudit. Je rappelle son pitch, qui lui a valu une sortie repoussée puis un direct-to-VOD: « Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris. » (Allociné)

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Nicolas Boukhrief est un réalisateur-cinéphile intéressant. Ami d’enfance de Christophe Gans, il a été comme lui membre de l’aventure Starfix au milieu des années 80. Moins porté sur la SF et le fantastique sans doute, moins geek en somme, il a une certaine prédilection pour le polar, en phase avec « les enjeux de société » comme on dit. Il semblait être la personne indiquée pour s’attaquer à un sujet aussi casse-gueule. Et en effet, c’est pas mal. Pas manichéen, pas psychologisant, carré, sans fioritures, il applique le traitement qu’il fallait. Maintenant… Difficile de savoir si ces problèmes étaient là dès le départ ou si le film a été remanié dans un second, voire un troisième temps (il a été tourné avant les attentats de Charlie Hebdo et sa sortie en salles était prévue 5 jours après les attentas de novembre) mais il manque sans doute un peu… d' »épaisseur » : longueur, budget, figurants, décors (bon, budget quoi en gros puisque ce dernier induit tout le reste, ou presque). C’est un peu léger. Mais c’est pas mal et c’est à voir malgré tout, davantage en tout cas qu’Un Français, l’autre film polémique de 2015

A Most Violent Year

Ce film à la fois violent, documenté et austère, raconte les déboires d’un jeune chef d’entreprise new-yorkais (impeccable Oscar Isaac même s’il est sans doute un peu trop jeune pour le rôle) pour faire croître son affaire tout en gardant les mains propres : il dirige une entreprise de transport de carburant et voit ses projets d’expansion mis en péril à la fois par le vol régulier de ses camions et de leur chargement et par des autorités judiciaires qui ont décidé d’examiner ses comptes de plus près. Mais lui ne veut rien lâcher, il s’obstine et tient à continuer d’avancer sans pour autant franchir la ligne jaune : on comprend que le père de son épouse (excellente Jessica Chastain, qui vaut décidément mieux que les rôles de beauté diaphane et virginales qu’on lui a longtemps attribués) est membre de la Mafia et il se refuse à ce que ses chauffeurs soient armés pour se défendre.

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L’histoire d’Abel Morales, le personnage interprété par Isaac, c’est celle que tout immigré s’est racontée avant de poser le pied à Staten Island. Le sacro-saint rêve américain, toutes ces histoires glorifiant les self-made men créées par le romancier Horatio Alger au XIXème siècle, imprègnent encore très fortement l’inconscient collectif de ceux qui vivent ou souhaitent aller vivre aux Etats-UnisJC Chandor, le réalisateur, raconte une autre de ces histoires avec ce qu’il faut de sécheresse et d’ampleur à la fois pour en faire une histoire universelle. Si l’écueil scorcesien est habilement contourné grâce au traitement rigoureux, moyennement fun, d’un scenario que le maître aurait très bien pu réaliser, A Most Violent Year n’est pas sans rappeler The Wire : ici aussi, on ausculte l’Histoire de l’Amérique sans jugement et sans encore moins de détours. Et c’est le même constat et goût amer que la conclusion apportent. Ca calme. Excellent film, vraiment.

Tonnerre – critique

Un rocker trop sentimental, une jeune femme indécise, un vieux père fantasque. Dans la petite ville de Tonnerre, les joies de l’amour ne durent qu’un temps. Une disparition aussi soudaine qu’inexpliquée et voici que la passion cède place à l’obsession. (Allociné.fr)

tonnerre
J’attendais ce film avec grande impatience depuis la découverte du magnifique moyen-métrage Un monde sans femmes.

Tonnerre appartient à une veine dont j’ai peu parlé jusqu’à présent sur Grande remise mais qui n’en est pas moins granderemisque que les comédies de Jonah Hill, l’americana ou la pop de Bertrand Burgalat. Sans doute le genre se fait-il plus rare, c’est tout. Je nommerai ça le FF, le Film Français. Les coquillettes, la Fille du 14 juillet ou 2 automnes, 3 hivers, films granderemisques s’il en est (et films de nationalité française comme il ne t’aura pas échappé), n’appartiennent pourtant pas au genre.

Le FF est plus conventionnel, plus immédiatement accessible. Voire même plus bourgeois parfois (ça n’est pas du tout un reproche : j’aime l’argent). Il se déroule généralement en province, dans un lieu où l’on se sent bien d’emblée. Un lieu très français (ici la Bourgogne par exemple). Le ton est réaliste ou plutôt vraisemblable. Des gens proches de nous, un univers familier, des dialogues vrais même si indéniablement très écrits. Province est ici un mot clé. Le FF est souvent une comédie dramatique, il brouille un peu les pistes.

Tonnerre a ceci de particulier qu’il est un FF irrigué par cette nouvelle vague de films français cités plus hauts, via la présence de Vincent Macaigne.

vincent macaigne
Evidemment, il marque encore plus de points du coup.
Toujours aussi touchant et générationnel (j’ai rarement vu un acteur aussi en adéquation avec son époque), Macaigne y montre davantage sa folie et la violence sourde décelable sous son regard de gros ours touchant et maladroit. Il est génial encore une fois.

Car le film de Guillaume Brac opère un changement de ton brutal en son milieu : confortable, chaleureux, voire débonnaire (les scènes avec Bernard Menez, avec le « viticulteur farceur » comme il est désigné dans le générique de fin), il vire subitement au drame (géniale scène avec le frère du « viticulteur farceur » justement, qui annonce la suite). Tonnerre creuse une veine romantique très franco-française (décidément) : un poème d’Alfred de Musset est récité dès les premières minutes. Tonnerre creuse beaucoup de veines en vérité, ce qui n’est pas la moindre de ces qualités : on songe ici aussi bien et aussi légitimement à Rohmer qu’à Chabrol, Pialat, Lang voire même Lynch.

Polar, film  noir, comédie, drame, chronique provinciale, familiale etc, Tonnerre est donc un peu tout cela à la fois. On pourrait dire de lui qu’il est une version expressionniste d’Un monde sans femmes, tant il semble en reprendre les motifs pour les exacerber et pousser certaines situations jusqu’à l’extrême.
Il appartient également à un genre que j’affectionne tout particulièrement et que je nommerai « film du retour aux sources ». J’entends par là un film où le héros, exilé dans la grande métropole, revient dans la ville ou le village qui l’a vu grandir. J’adore ça. Les américains s’en sont fait les spécialistes, c’est un genre prolifique là bas. Ici, Macaigne arrive de Paris avec ses habits de rocker, blouson de cuir et santiags. Une fois à Tonnerre, il les abandonne graduellement au profit de grosses chaussures de travail et d’une parka.

Je n’en dirai pas plus, j’ai d’ailleurs l’impression d’en avoir déjà trop dévoilé. Mais contrairement à ce qu’on pourrait peut-être penser à la lecture de ces lignes, le film ne se perd jamais dans ses diverses influences et dans les nombreuses pistes qu’il aborde : de la première à la dernière seconde, Tonnerre fait preuve de la même justesse, maîtrise et audace. C’est brillant sans être ostentatoire, ça dit et montre des choses bouleversantes sans avoir l’air d’y toucher, sous un vernis faussement téléfilmesque (une caractéristique essentielle du FF). Avec en prime la meilleure interprétation animale depuis un bail.

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Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu un aussi beau FF : le Larrieu était beaucoup plus fantaisiste et inégal (ce qui fait d’ailleurs son intérêt). Y a même du foot, avec des caméos d’Olivier Kapo et Cédric Hengbart de l’AJA, ce qui confère au film un petit côté Coup de tête (pas vraiment de rapport mais bon, c’était pour citer un exemple parfait de FF).
Pour conclure, 2 détails granderemisques de la mort qui ont fini de m’achever : Macaigne porte un t-shirt Superbad (MacLovin entouré des 2 flics, le moment où ils l’ont « cockblocked ») et Bernard Ménez regarde sur Internet la finale LendlMcEnroe de Roland-Garros en 1984.

Je n’en dirai pas plus, il faut simplement aller voir ce très beau film. Allez file.