T2 Trainspotting – critique

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse… (Allociné)

Étrangement, c’est le film que j’attendais le plus en ce début d’année. Étrangement car je ne suis pas spécialement fan du 1er, sorti il y a un peu plus de 20 ans (1996), et encore moins de Danny Boyle, cinéaste pénible et puéril dont le seul mérite est de ne pas se prendre trop au sérieux.

Étrangement encore, car j’ignorais qu’une suite était prévue, je l’ai revu il a quelques mois ce 1er volet, et sans avoir totalement changé d’avis, j’ai été agréablement surpris par sa tonalité sombre et son décorum assez glauque voire sordide (alors que le film est considérée comme une comédie énergique, voire sympa), ainsi que par sa relative sagesse visuelle. Mais ce dernier point est à pondérer : vu les standards actuels, ce qui était considéré comme clippesque en 1996, semble relativement soft à nos yeux de 2017.

En tout cas, je saurais pas expliquer exactement pourquoi mais j’avais envie de retrouver ces acteurs, ces personnages, leur accent écossais à couper au couteau, 20 ans après.
file-trainspotting-2

Et donc, alors que les personnages et le public du premier film ont entre 35 et 50 ans (Mark Renton dit à un moment qu’il a 46 ans), T2 Trainspotting se révèle un objet bien curieux, qui laisse un goût amer dans la bouche. Film boylien jusqu’à la caricature, donc film pénible et puéril, et dont l’intrigue n’a finalement que peu d’intérêt (Renton revient sur les lieux de son « crime » et doit donc affronter ses amis de toujours, qui l’attendent évidemment de pied ferme) il exploite brillamment, sur le fond, son image de film générationnel.

Car s’il se montre comme toujours cinématographiquement handicapé, Boyle n’est pas un imbécile pour autant : il a compris ce qu’était LA grande affaire des quarantenaires, autrement dit des membres de la « génération Trainspotting » (dont je fais partie). Les quarantenaires de 2017, coincés entre la génération X et la génération Y, forment en effet une génération sans nom, sans caractéristique majeure, sans aspiration précise. Phagocytée par les 68ards, elle a patiemment attendu son tour mais s’est faite doubler par la génération suivante (et je ne parle même pas des millenials).
Qu’est ce qu’il lui reste ? La nostalgie. Nostalgie des années indie pop, nostalgie du foot d’avant la manne financière illimitée. Nostalgie de sa jeunesse, tout simplement. Une nostalgie, et c’est là que le phénomène est notable puisque nouveau par rapport aux générations précédentes, que nous affichons (oui, « nous ») tous les jours même si de manière et à des degrés différents sur les réseaux sociaux, les blogs, les t-shirt cool que nous portons etc. Dans nos choix de sortie ciné, lorsque nous allons voir la suite de Trainspotting.

C’est LA grande affaire de ma génération et de celle de Mark Renton (Ewan Mac Gregor), le personnage principal du film ainsi que de son sidekick Sick Boy (Jonny Lee Miller). Ce dernier lui lance un définitif « you’re a tourist in your own youth », quand sa petite amie (?) étend sa sentence à tout le monde occidental : chez elle dit-elle (elle vient de Bulgarie), on ne regarde que vers l’avenir, jamais vers le passé.

Tout ça est sous-jacent, sous un film… banal dirais-je, une suite des plus classiques à laquelle on prendra plus ou moins de plaisir : j’ai trouvé ça tantôt chouette, tantôt naze, tantôt longuet. Mais c’est là, bien présent et ça fait de T2 Trainspotting un genre de suite modèle : un film qui revisite son prédécesseur sans vergogne, ne se privant pas même de carrément utiliser des inserts quand ça l’arrange, tout en ayant conscience de la vacuité de l’entreprise : lorsqu’ils rendent hommage à leur camarade mort trop jeune d’une overdose (le photogramme ci dessous), Sick Boy avouera faire de son mieux pour avoir l’air ému mais ne rien ressentir.

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Le film aura également quelques petites annotations fugaces, jamais des commentaires pompeux, sur la mondialisation parfois absurde, la marchandisation des êtres, la gentrification galopante qui est la même qu’on vive à Paris, Lisbonne, Toulouse ou Édimbourg: Renton revient dans sa ville après une absence de 20 ans et il est accueilli à sa descente d’avion par des hôtesses en habits traditionnels écossais distribuant cartes et prospectus de l’office du tourisme. Il s’en étonne un peu, demande à l’une d’elles d’où elle vient : « Slovénie » répond elle.

Des évidences tout ça, peut-être, quant au libéralisme normatif, à l’immobilisme du monde occidental, l’infantilisation consentie de ma génération mais qui ont au moins le mérite de ne pas être assénées par un type qui se croit plus malin que son audience. On ressort de T2 – Trainspotting avec un goût un peu amer comme je disais en préambule, le sentiment dont l’évidence là aussi n’atténue pas la pertinence, que le temps est un bien précieux qui nous échappe tous les jours un peu plus.

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