#31 OSS 117, Rio ne répond plus

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Douze ans après Le Caire, OSS 117 est de retour pour une nouvelle mission à l’autre bout du monde. Lancé sur les traces d’un microfilm compromettant pour l’Etat français, le plus célèbre de nos agents va devoir faire équipe avec la plus séduisante des lieutenants-colonels du Mossad pour capturer un nazi maître chanteur. Des plages ensoleillées de Rio aux luxuriantes forêts amazoniennes, des plus profondes grottes secrètes au sommet du Christ du Corcovado, c’est une nouvelle aventure qui commence. Quel que soit le danger, quel que soit l’enjeu, on peut toujours compter sur Hubert Bonisseur de la Bath pour s’en sortir…(Allociné)

Sans doute ma comédie française favorite sur ces 10 dernières années. Je l’ai déjà vue une bonne dizaine de fois, je la connais par cœur. Film labellisé « irruption inopinée de répliques » au même titre que La chèvre ou Papy fait de la résistance, pour la situer dans mon Panthéon personnel (« quelle poutain chaleur !», « très bien, faisons comme si c’était normal », « non merci, j’ai les miennes », « j’ai besoin de VITAMINES » etc etc).

Au-delà de l’intelligence de l’approche et de la qualité de l’écriture (sans oublier l’interprétation de Jean Dujardin bien sûr), 2 éléments concourent selon moi à la formidable réussite des 2 volets d’OSS 117 :

– La direction artistique est remarquable : costumes, accessoires et décors précis-pointus (Brasilia, la maison des Canoas d’Oscar Nimeyer)

– Il a beau être ignorant, raciste, misogyne, OSS reste un vrai héros, doué dans l’action et qui l’emporte à la fin (et qui emporte la fille)… parce qu’il est le héros. C’est le côte premier degré, old school et classique du film, qui le fait davantage lorgner du côté du pastiche que de la parodie.

Dans le même registre, je recommande :

OSS 117, le Caire, nid d’espions évidemment

Les Aventures de Philibert, capitaine puceau, qui est aux films de cape et d’épée ce qu’OSS est aux films d’espionnage. Egalement co-écrit par Jean-François Halin (ex Guignols de l’info et Groland de la grande époque), c’est logique.

Au service de la France, la super série écrite par Jean-François Halin encore, et diffusée sur Arte, qui semble prendre son point de départ dans cette scène absolument géniale, peut-être ma préférée d’OSS :

« J’crois même qu’y avait Franquard… C’est pour te dire ! »

#76 The Sleepy Jackson – Lovers

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Voici ce que j’avais écrit sur cet album à sa sortie:

 » Luke Steele, leader et seul membre permanent de The Sleepy Jackson est de ses personnages dont on fait (peut être?) les légendes, ou tout du moins les chroniques. Discographiques s’entend, mais aussi psychiatriques si on en croit les rumeurs diffusées sur sa personnalité pour le moins tourmentée. Fort heureusement pour lui, et pour nous, sa musique dissipe toute velléité voyeuriste. Oubliez les 2 EPs déjà parus (Caffeine in the Morning Sun et Let your Love Be Love), ils ne sont qu’aimable divertissement en comparaison de ce premier album : beaucoup moins brouillon, plus direct, Steele privilégie une forme de country-pop dont la sincérité exacerbe encore les sentiments évoqués, et parvient à fondre dans un même moule kaléidoscopique George Harrison, les Flaming Lips ou Sparklehorse. A la fois déchirantes et radieuses, ces chansons à la proverbiale générosité constituent tout bonnement un des meilleurs recueils de pop-songs entendues ces dernières années. Magique. »

14 ans plus tard, je ne dirai pas les choses de la même manière mais je serais tout aussi dithyrambique: ce disque est un classique pour moi, tout simplement. J’y reviens très régulièrement et je ne m’en lasse pas. Je trouve même qu’il se bonifie avec le temps.

Un 2ème album a suivi (Personality), un poil en dessous mais très recommandable également, puis Luke Steele s’est lancé dans l’aventure Empire of the Sun avec le succès qu’on sait (non?) : c’est pas inintéressant mais bon…

Top 10 cinéma 2016

Un top 10 encore plus difficile à établir que d’habitude compte tenu du grand nombre de très bons films vus cette année. Et un top 10 assez raccord avec tous ceux que j’ai pu voir ici ou là, c’est bien la 1ère fois que ça m’arrive : Grande remise, le blog de la gauchiasse boboïsante.
1ère partie de mon top 2016 ici. Les flops ici. Le top 10, c’est juste en dessous et c’est très long : j’avaie pas envie de parler de tous les films que j’avais vus cette année mais je me suis un peu lâché sur ceux dont j’avais envie de parler.

10 Paterson

Beau film, très caractéristique de la veine la plus zen de Jarmusch : le dispositif fonctionne à merveille, le fond et la forme s’emboîtent hyper harmonieusement. Après… je suis un poil gêné par les petites touches de moquerie, les petites piques de Jarmusch, sa condescendance parfois, si je dis les choses, à l’encontre notamment du personnage de Laura (Golshifteh Farahani). Condescendance ou tendresse amusée ? Je ne sais pas trop mais quoi qu’il en soit, l’ambiguïté quant au regard porté me semble un peu en contradiction avec les sentiments purs et francs, la bienveillance totale véhiculée par ailleurs. Bon, c’est un détail mais ça m’a un peu gêné. Et ça me gêne d’être gêné car j’aurais aimé aimer ce film sans aucune réticence, parce qu’on s’y sent bien, que c’est un film généreux et sensible et surtout que c’est un film profondément heureux, si tant est qu’une telle chose soit possible, qui montre en tout cas le bonheur de manière assez inédite il me semble, c’est à dire avec les habits de la routine, de la répétition. Et qui utilise lui aussi la routine, la répétition pour ce faire (le fond/la forme, tout ça). En y repensant et en tapant ces quelques lignes, c’est quand même un très beau film et j’ai déjà envie de le revoir… Adam Driver y est fabuleux.

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9 Gaz de France

Wikiremise : Benoît Forgeard est un auteur et cinéaste aujourd’hui surtout connu pour ses chroniques de film à sortir dans 10 ans dans le magazine So Film. Chroniques compilées dans un super bouquin paru récemment, L’année du cinéma 2027. Super bouquin à (s’)offrir. Il a réalisé pas mal de courts-métrages et il a été aux manettes en compagnie de Bertrand Burgalat de 4 épisodes du Ben & Bertie Show, « OVNI télévisuel » comme on dit, mêlant intrigue loufoque entrecoupée de lives impeccables, diffusé à pas d’heure sur Paris Première. Je suis hyper fan des 3 premiers volets (L’année bissexuelle, Ceux de Port-Alpha, L’homme à la chemise de cuir), un peu moins du 4ème, L’incruste. Je suis sûr qu’ils sont trouvables ailleurs que sur le DD de ma Bbox, dans le monde merveilleux de l’Internet et je conseille plus que vivement leur visionnage.
Gaz de France est dans la droite ligne du Ben & Bertie Show, avec un registre humoristique qui n’appartient qu’à lui (minimaliste voire inerte, fantasque, absurde, pince-sans-rire… j’allais dire « décalé » faute de mieux mais à ce stade là c’est carrément « hors cadre ») et un style visuel très fort : l’utilisation quasi systématique d’écrans verts permet à Forgeard de déployer beaucoup d’aplats de couleurs, ce qui donne un résultat à la fois très beau et très étrange, unique en tout cas. Gaz de France est un OVNI là aussi, une critique élégante et jamais appuyée du monde de la communication et du storytelling politiques dans lequel Philippe Katerine incarne le président de la République. Je vais pas te mentir : ce registre humoristique n’est pas fait pour tout le monde. Je pense pour ma part qu’il s’agit, de très loin, de la meilleure comédie française de l’année avec La loi de la jungle.

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8 Le Voyage au Groenland

Second film de Sébastien Betbeder cette année, seconde réussite. Je préfère nettement celui-ci à Marie et les naufragés (que j’ai néanmoins beaucoup aimé), car il me semble plus intime, plus mélancolique et drôle à la fois, plus maîtrisé aussi. Ici, le besoin de fuite des 2 héros s’explique et se matérialise de façon plus naturelle selon moi. Sans oublier l’aspect ethnographique du film, avec cette immersion dans ce village du Groënland et dans cette vie si différente. Un film très doux dont j’aurais bien aimé qu’il se prolonge mais qui s’arrête pile au bon moment, en écho à son ouverture, formant ainsi comme une parenthèse hors du monde, littéralement.

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A partir de là, le classement ne veut plus trop rien dire, enfin, encore moins qu’auparavant :  les 7 films suivants se distinguent vraiment des autres, je les ai tous énormément appréciés et ils font de 2016 une année de très haut niveau moi. Après, leur ordre…

7 La loi de la jungle

Antonin Peretjako était récemment l’invité de la Carte blanche de Marie Richeux sur France Culture. Il devait sélectionner 5 films illustrant ce qu’était pour lui « le jeu » chez un comédien. Ses choix : Le grand restaurant, Bocacce 70 (le sketch réalisé par Fellini), Nouvelle Vague, Fitzcarraldo, Othello. Il parlait de tous ces films et de tous ces comédiens (Louis De Funès, Klaus Kinski, Orson Welles etc) avec générosité, érudition et simplicité, faisant l’éloge du rire de Jean Dujardin, expliquant ensuite qu’un acteur doit pouvoir/savoir changer de voix suivant le rôle qu’il interprète (comme le faisait Orson Welles) etc.
Bon, tout ça pour dire que si ses films sont aussi géniaux, c’est précisément parce qu’il connait aussi bien la filmographie de Louis de Funès que de Werner Herzog, qu’il a été autant influencé par Claude Zidi que par Godard.
Tout ça pour dire, bis, que malgré un plus gros budget, un plus « gros » casting et certainement de plus grosses contraintes, La loi de la jungle est un film aussi libre, loufoque, original et drôle que La fille du 14 juillet. Un petit surcroît d’émotion en prime.

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6 Aquarius

Un peu comme dans The Strangers, il y a plusieurs films dans Aquarius. Chacun d’eux est d’une excellence et d’une subtilité infinie (la chronique familiale, le film social, le portrait de femme) mais à l’inverse du film de Na Hong-jin, qui joue en permanence sur la confrontation directe et virulente (des personnages mais aussi des genres), sur une certaine violence aussi bien graphique que stylistique, le film de Kléber Mendoça Filho les fond dans un ensemble doux et harmonieux : un flot d’images, d’idées, de paroles, de sentiments et d’histoires dans lequel il fait bon se plonger, comme il fait bon se plonger dans les disques de variété brésilienne que chérit Clara, l’héroïne du film. Ca n’exclue évidemment pas la violence non plus mais de la même manière, celle-ci prend les atours du beau gosse promoteur immobilier aussi charmant et bien éduqué qu’ambitieux et sans scrupules. Le film le plus ouvertement politique et partisan de 2016 est ainsi le plus élégant et raffiné. Sublime.

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5 Rester vertical

J’avais déjà beaucoup aimé L’inconnu du lac, précédent film d’Alain Guiraudie mais je l’avais trouvé un peu trop parfait, un peu trop sage presque. Et ses précédents films, je les trouvais au contraire trop bordéliques, trop foutraques. Là j’ai eu l’impression d’une synthèse parfaite : un truc bordélique maîtrisé de A à Z. De la même manière, j’ai rarement vu un film aussi en prise avec la France de 2016 (les SDFs, les jeunes qui veulent tous partir en Australie) et en même temps aussi hors de tout (de tout contexte géographique, historique, événementiel). On est en Lozère et le plan suivant, le plus naturellement du monde, au bord de la mer (Le Havre ?). On va consulter une mystérieuse guérisseuse au fond des bois. On sodomise un vieillard mourant. Le plus naturellement, le plus doucement du monde : aucune provocation ici, les actes les plus incongrus semblent aussi les plus logiques. S’agit-il d’un rêve, d’un cauchemar, d’une « vraie » histoire ? On s’en fout. En tout cas je m’en fous : ce que j’ai vu était suffisamment puissant et beau pour que je ne cherche pas à en savoir davantage. Rester vertical est tellement unique que j’ai rarement eu autant le sentiment que c’est un poète qui tenait la caméra.

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4 Julieta

Il y a dans Julieta ce qui est peut-être LA scène de 2016. Une idée de cinéma au sens pur, d’une limpidité dans ses intentions et dans son exécution qu’elle aura marqué aussi bien les spectateurs occasionnels que les cinéphiles les plus aguerris : je parle bien sûr de la séquence dans laquelle Julieta (interprétée par Adriana Ugarte) sort du bain aidée de sa fille et de l’amie de celle-ci. Elles l’installent sur une chaise et entreprennent de lui sécher les cheveux avec une serviette rouge qui fait écho au rideau rouge qui ouvre le film. Lorsque la serviette/rideau est soulevée, c’est le visage de l’actrice Emma Suarez, interprète de la Julieta plus âgée du film, qui apparaît.
Par ce simple plan génial, par ce raccord aussi évident qu’inattendu, Almodovar dit, montre et incarne tout : ce qu’est le cinéma (transmettre une idée par les images), ce qu’est un réalisateur de cinéma (quelqu’un qui est capable d’avoir une idée transmissible par les images), ce qu’est Julieta : une mère raconte son histoire à sa fille, de sa jeunesse à l’âge mûr, avec ce qu’elle comporte de douleurs et de souffrances sur la durée. Ce plan et cette idée spectaculaires, aussi impressionnants qu’émouvants, résument également à eux seuls le registre du film dans son ensemble : un mélo flamboyant et rocambolesque qui touchent en plein cœur. D’aucun l’ont d’ailleurs jugé trop rocambolesque, je ne suis pas d’accord : Almodovar essaie simplement de se mettre au niveau de la réalité qui, on le sait bien, sera toujours plus incroyable que la fiction.

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3 Les 8 salopards

Que dire qui n’ait déjà été dit ? Il s’agit en effet du Tarantino le plus « politique », tout en préservant le côté ludique et jouissif propre à son cinéma. C’est toujours aussi énergique et vivant quoi, avec en plus une forme de maturité, dans la droite lignée de Django Unchained. En fait, le mec a atteint une telle maîtrise que pour moi la question de savoir si Tarantino est un grand ou pas ne se pose plus et si je pouvais parfois comprendre les réserves des détracteurs, je les considère désormais comme des pisse-froids. Alors comme ça on peut piocher dans le passé et faire des « mash up » ou des collages (je résume) en musique, en art contemporain, en cuisine, que sais-je encore, dans d’autres films même, mais PAS Tarantino, lui il a pas le droit, beurk, c’est un voleur, c’est paresseux, c’est caca. Allons allons, un peu de cohérence et d’honnêteté…
A part ça, cette séance était un énoooooooooorme kif (à tel point que j’ai dit « énorme kif », t’as vu), une séance parfaite modèle : j’adore les westerns, alors aller voir un western au ciné, en VO, dans une grande salle, un western de Tarantino, avec un tel casting, pendant 3h, quel pied bordel ! J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir assisté à une Séance de Cinéma avec un grand S et un grand C, telle qu’on n’en vit pas assez souvent.

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2 The Strangers

Séance parfaite encore, minorée de l’aspect « grande salle » mais avec bonus j-ai-l-impression-que-je-suis-pas-tout-seul-dans-ma-chambre-c-est-quoi-ce-bruit-putain ? au moment d’aller se coucher. Il y a plusieurs films en 1 dans The Strangers (polar, chronique familiale, sociale, rurale, film d’horreur, film fantastique, métaphysique, que sais-je encore) et chacun d’eux figurerait dans les meilleurs de l’année, mais ce qui en fait une si grosse claque, c’est le « en 1 » bien sûr puisqu’on voit rarement « ça » sur un écran. Avec en prime, encore, ce sentiment de se faire trimbaler avec délectation par un réalisateur qui n’aime rien tant que varier les atmosphères et les registres donc mais aussi les retournements de situation. Le film nom-de-Dieu-de-bordel-de-merde de l’année.

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On a pu lire un peu partout à quel point le film était subversif, voire transgressif, provocateur, méchamment drôle etc. à quel point il filait un bon coup de pied au cul du cinéma français. C’est très juste mais je pense que c’est encore en deçà de la réalité : ce film est le truc le plus punk vu depuis des années. Mais d’une punkitude en gants de velours, fine et intelligente, jamais gratuite ou adolescente : une punkitude de vieux grigou qui en a vu d’autres (et qui m’a renvoyé au radicalisme de William Friedkin et de son Killer Joe il y a quelques années). Plus punk en tout cas que les blaireaux grolandais et auto-proclamés Kervern et Delepine pourront jamais envisager de l’être, la classe en prime.
Quelques mois plus tard, j’ai revu Black Book, le précédent film de Paul Verhoeven : chef d’œuvre là aussi, tout aussi libre, drôle, intelligent, choquant parfois. S’ensuivait (c’était sur Arte) un reportage retraçant la vie et la carrière de Paul Verhoeven. De voir tout ça résumé en 1h à peine, ça m’a sauté aux yeux : quelle filmographie bordel, c’est vraiment un des plus grands, on ne le souligne pas assez… Trop subversif peut-être, y compris pour la critique et la cinéphilie ?
Ce que j’aime particulièrement dans ses 2 derniers films (Elle et Black Book donc), mais qui parcourt également bon nombre de ses œuvres précédentes, c’est cette énergie dingue, cette pulsion de vie qui les traverse et anime tous ses personnages principaux, malgré l’omniprésence du drame et de la Mort autour d’eux. Rachel dans Black Book ou Michèle dans Elle (magnifiques Carice Van Houten et Isabelle Huppert), sont des forces qui vont et que rien ne semble pouvoir arrêter, jamais. Grand cinéaste féministe, Verhoeven leur dresse un autel parfois paillard, les célèbre avec enthousiasme, gourmandise et intelligence en même temps qu’il célèbre la Vie. Grand film donc et grand réalisateur.

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Top cinéma 2016 – 1ère partie

J’ai raté quelques films qui, d’après ce que j’en ai lu, avaient tout pour figurer dans mon best of (Toni Erdmann, Nocturama, Le fils de Joseph notamment) mais c’est comme ça. En l’état, il s’agit sans doute de la meilleure année ciné depuis que je fais ce type de bilans. Le seul truc qui me manque, c’est une vraie bonne comédie américaine : ça fait 2-3 ans que la galaxie Apatow se repose un peu sur ses lauriers je trouve (j’ai beaucoup aimé Sausage Party mais je la mettrai pas au même niveau que Supergrave, 40 ans, toujours puceau ou 22 Jump Street pour citer un film plus récent).

Avant le top 10, les films que je retiendrai, dans le désordre:

Carol

Un des films les plus plébiscités de l’année, et c’est mérité mais… C’est un peu exagéré je trouve. Oui, c’est beau, c’est fort, c’est excellemment interprété et mis en scène mais je trouve que Todd Haynes a déjà réalisé le même film, en mieux, avec Loin du paradis. Mais c’est évidemment un beau et bon film, assez irréprochable sur la forme autant que sur le fond.

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La Tour 2 contrôle infernale

Ca fait plaisir de retrouver Eric et Ramzy ensemble déjà, et en mode débilos, pour une suite largement à la hauteur du premier volet. Mais ce qu’on retient de ce film, c’est évidemment Philippe Katerine dans le rôle du bad guy de service, à la tête des Moustachious : on sait qu’il est très bon comédien, mais jusque là, c’était des films qui lui correspondaient, cohérents avec son univers (Gaz de France par exemple cette année). Là c’est un registre très différent, et il crève littéralement l’écran.

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La folle histoire de Max et Léon

Ca a les défauts de ses qualités comme on dit (trop, trop vite, en gros), c’est l’archétype du film de keumiques de télé qui alignent des gags/scènes plutôt que de construire un vrai film et qui invitent tous leurs potes keumiques à la fête (Thomas VDB, Jonathan Cohen, Kyan Kojandhi, Mr Poulpe etc etc) mais ça a aussi les qualités de ses défauts : c’est généreux et ça va vite, ce qui signifie qu’un bon gag succède immédiatement à un mauvais, annulant de facto ce dernier. Et les bons gags sont parfois très bons (ok, les mauvais aussi). C’est, pour conclure, un film qui réclame de l’indulgence et qui l’obtient sans forcer tant il crée enthousiasme et sympathie.

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L’économie du couple

A partir de tous les ingrédients utilisés par les keumiques de tout poils (dont les 2 gars ci-dessus) pour leurs parodies de film français (le couple bourgeois, les longues scènes de dialogues, les engueulades, la morosité etc.), Joachim Lafosse fait de L’économie du couple un film (français) modèle, beau, âpre et humain, fuyant tout manichéisme. Les 2 acteurs principaux sont géniaux mais je saluerai évidemment la performance de Cédric Khan, aussi animal et naturel devant que derrière la caméra. Aussi incroyable que ça puisse paraître, il joue également dans l’horrible Un homme à la hauteur, et il en est le seul point positif, de très loin.

leconomie-du-couple leconomie-du-couple2Bon, évidemment, quand on voit ces 2 photogrammes tirés de 2 scènes différentes…

L’avenir

Un peu à l’image de L’économie du couple, ça pourrait être une caricature de film français, ou en tout cas, ça pourrait prêter le flanc à la caricature mais c’est fin, sensible, dur aussi par moments, en tout cas très réussi. Et l’air de rien, tout comme le film de Lafosse, c’est assez original car si on considère la séparation du couple comme LE sujet du cinéma d’auteur français (ex-aequo avec la naissance du couple), je ne l’avais jamais vu traité sous ces 2 angles respectifs (concret, pragmatique et prosaïque dans l’Economie du couple, vécu par un couple de seniors ici).

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Le fils de Richard Kolinka si j’ai bien compris ?

Spotlight

Ici

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Page 26 du catalogue prêt-à-porter de L’homme moderne

Marie et les Naufragés

Chouette film, moins ouvertement en prise avec une certaine réalité que 2 automnes, 3 hivers (celle des trentenaires parisiens branchés, pour faire court), moins corseté sans doute, plus libre, plus léger aussi, et qui parvient à prendre le large au sens propre comme figuré. Un regret cependant, que Sébastien Tellier n’ait pas accepté de jouer le rôle qui lui était destiné : André Wilms est excellent mais ce rôle, c’est tellement Tellier qu’on ne peut pas se défaire de cette idée, d’autant qu’il signe l’excellente musique du film. Et une réflexion : même en étant un acteur pitoyable, Eric Cantona possède une présence incroyable. Et il est bon, finalement.

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Donner un semblant d’épaisseur à Pierre Rochefort, c’était pourtant pas gagné…

Ave, Cesar !

Un Coen mineur, certes, une petite récréation après le chef d’œuvre Inside Llewyn Davis, mais si y a bien un truc qu’on peut pas leur enlever, c’est leur amour de l’âge d’or d’Hollywood, et leur talent pour le recréer. OK, ça fait 2 choses qu’on peut pas leur enlever. Et même 3 : quand ils décident de s’amuser, ils le font avec un enthousiasme et une légèreté communicatives et communiquées à la fois à l’ensemble de leur casting (Clooney, Brolin et Tatum, pour ne citer qu’eux, s’amusent comme des petits fous, ça paraît évident) et aux spectateurs. Ca fait déjà pas mal de choses qu’on peut pas leur enlever non ? Les Coen sont grands, même quand ils font un petit film, je ne le dirai jamais assez.

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L’homme le plus fort du monde

Captain Fantastic

C’est un joli film là encore, à la fois naïf et plus subtil qu’il n’y parait (en ce sens, il est l’opposé du cynique et médiocre Little Miss Sunshine dont on est tenté de le rapprocher), qui, au-delà de la touchante intrigue familiale, dit avec conviction et sincérité des choses dont on a pris l’habitude de se moquer ou au mieux, de constater avec résignation. En corollaire à ce discours radical pour un film américain, Captain Fantastic montre sur la forme et au détour d’un plan ou d’une séquence fugace comment ce pays est passé, en un clin d’œil lui aussi, de paradis sur terre à enfer aseptisé.

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Frantz

Le film était vendu, sa bande-annonce le vendait ainsi en tout cas, comme un film sur le mensonge, la manipulation, la tromperie. Ca n’est pas entièrement faux mais c’est très réducteur : c’est avant tout un film sur le deuil et le retour à la vie, et comme souvent dans ces cas-là (Sous le sable, Ricky, Une nouvelle amie pour ne citer qu’eux), Ozon vise juste. Ca n’est pas du tout un film de petit malin en tout cas, au contraire : c’est à la fois simple, beau et touchant, je ne sais pas quoi dire de plus.

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Zootopie

La critique a mis des années, si c’est pas des décennies, à prendre au sérieux l’animation des grands studios mais c’est Pixar qui a décroché le jackpot : tout ce qui sort de chez eux est désormais labellisé « auteur », décrypté avec la plus grande rigueur, topé dans les bilans de fin d’année les plus exigeants et même sélectionné à Cannes. Y compris quand c’est super moyenasse (le très sur-estimé Vice-Versa), ou qu’ils se contentent de recycler leurs plus belles réussites (Monstres Academy, le très paresseux Monde de Dory cette année). Mais Ceux Qui Savent savent que les derniers DA les plus marquants, audacieux et intelligents sortent de chez Disney (RaiponceLa reine des neiges). Zootopie va encore plus loin : en revenant aux basiques (des animaux qui parlent et se comportent comme des humains), en remontant même jusqu’au moralisme de La Fontaine, Zootopie est le film le plus anti-raciste, anti-sexiste, anti-essentialiste de l’année. Y a même un personnage quasi-ouvertement gay (le léopard de l’accueil du commissariat) ! Dans un Disney bordel ! Avec en prime une inventivité visuelle folle, un rythme effréné, un humour irrésistible. J’ai pas fait de classement pour cette liste mais celui-ci frôle le top 10.

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Flop cinéma 2016

J’ai réalisé, en essayant de faire un bilan de tous les films que j’avais vus en 2016, que je n’avais pas grand chose à dire sur le ventre mou de mon top, à savoir les films que j’avais plutôt apprécié, ou pas trop, que je n’avais ni détesté ni beaucoup aimé. Elvis & Nixon, Quand on a 17 ans, Premier contact, Café Society, Grimsby, Jason Bourne, The Witch, Victoria (titres pris totalement au hasard et auxquels il faut en rajouter une trentaine) sont des films qui m’ont procuré plus ou moins de plaisir, que j’ai trouvés plus ou moins intéressants ou plaisants mais quelques mois/semaines après les avoir vus, je n’ai rien ou presque à en dire. Rien qui me semble digne d’intérêt en tout cas.

Donc cette année, je vais me contenter de parler dans un premier temps des films que j’ai trouvé très mauvais puis de ceux que j’ai beaucoup aimé : y en a beaucoup, c’est une très bonne année pour moi. C’est pas à moi de me prononcer sur l’intérêt de ce que j’ai à en dire mais eux ont en tout cas suscité des commentaires, réflexions, réactions que j’ai envie de partager. Le livre de la jungle, Money Monster ou Tout pour être heureux, en revanche et pour citer d’autres films du ventre mou, je me souviens parfois à peine que je les ai vus…

Brrrrrreeeeeeeeeeeeef.

Je commence donc par les films que j’ai trouvés vraiment à chier et/ou que j’ai détestés, pour des raisons diverses et variés et qui n’appartiennent souvent qu’à moi. Dans le désordre.

Pattaya

C’est presqu’une déception : je pensais pas voir un fleuron de la comédie contemporaine mais j’avais été agréablement surpris par les Kaira, plus fin et enlevé que ce à quoi je m’attendais. Pattaya n’est pas une suite mais c’est le deuxième film de Franck Gastambide et il est lui aussi fortement marqué « banlieue », avec encore un duo de cailleras en vedette. Le film fonce allègrement dans tous les écueils et chausses-trappes du sequel : trop de pognon / mal dépensé (ici dans un tournage exotique et une multiplication inutile de décors) / public brossé dans le sens du poil (l’esprit caillera, pour faire court et stigmatisant) / des guests (Ramzy, Gad Elmaleh) / surenchère d’effets (plus crade, plus choquant) etc etc. Du coup c’est vulgaire, à tous les niveaux, sur le fond et sur la forme. Rien ne fonctionne pour moi, j’ai eu beaucoup de mal à aller jusqu’au bout. Peu après, on a appris que Gastambide serait aux manettes d’un nouveau volet de Taxi : y a pas de hasard, jamais.

Quand Ricky Gervais fait Life's too short, nous on fait Pattaya ou Un homme à la hauteur. Bon.
Quand Ricky Gervais fait Life’s too short, nous on fait Pattaya ou Un homme à la hauteur. Bon.

Encore heureux

Sur le papier, un beau casting (Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Bulle Ogier). Sur l’écran, une véritable catastrophe: ça se veut subversif ou « décalé », c’est d’un conformisme affligeant. Surtout, les acteurs, tous excellents en général, provoquent l’embarras. Parce que mal dirigés, mauvais dialogues. Quand j’ai vu que Nicolas Bedos était crédité au scenario (ou aux dialogues, je sais plus et j’ai la flemme de vérifier), je me suis dit que bon-sang-mais-c’est-bien-sûr-c’est-logique et que le monde avait beau élire Trump et nous enlever Bowie, Cohen et Prince la même année, il tournait encore un tout petit peu rond. Ce mec, Nicolas Bedos, n’a aucun talent, je comprends pas comment il peut continuer à exister… Enfin si, je comprends mais ça va finir par se voir à un moment non, tout fils de qu’il est ? C’est vraiment une plaie, je le déteste. Et par « plaie » j’entends « grosse merde ».

Saint Amour

Que ça soit du cinéma par et pour les punks à chiens, c’est une chose : comme on dit quand on veut pas dévoiler le fond de sa pensée afin de ne pas froisser son interlocuteur, « tous les goûts sont dans la nature ». Ce qui me rend Saint Amour profondément détestable, c’est son incroyable prétention : ça y est, c’est acté apparemment (ils étaient même invité sur France Culture), Kervern et Délépine font de l’Art. Ils sont des Auteurs. Donc ils auteurisent méchamment. C’est plus seulement de la comédie, ça a du sens, ça offre une vision du monde. A travers les yeux d’un punk à chiens donc.

Des nouvelles de la planète Mars

Remake à peine déguisé du 1er film de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), avec François Damiens dans le rôle du salaryman/père de famille terne et mort à l’intérieur (à la place de Laurent Lucas), et Vincent Macaigne dans le rôle du trublion borderline qui vient faire péter tout ça (à la place de Sergi Lopez). Cette fois ça ne fonctionne pas du tout : c’est pas un navet, c’est pas un nanard, c’est pas détestable, c’est simplement très mauvais. Tout est surligné, sur-signifié, paraît forcé, artificiel. Le film est court mais j’ai eu beaucoup, beaucoup de mal à aller jusqu’au bout : un signe qui ne trompe pas.

Lui-même semble se demander pendant tout le film ce qu’il fout là

The Neon Demon

Pendant 1h30, je trouvais ça juste chiant mais ça allait à peu près. Joliment nul quoi même si cette esthétique ne me touche absolument pas. Et puis quand Elle Fanning va chercher refuge chez son amie maquilleuse (l’hétéro-beauferie du truc mon Dieu…), ça bascule dans le grotesque et le ridicule. Pourquoi pas là encore : un film esthétisant et « ambient » qui change brusquement de tonalité et vire au gore sans crier gare, je suis pas contre. Ce qui me gêne c’est le caractère profondément basique de ce que dit le film. Comment peut-on en être encore à ce niveau de pseudo-subversion en 2016 ? Comment peut-on créer un objet aussi signifiant pour délivrer un message aussi ras les pâquerettes (« la mode, ben c’est un univers vraiment méchant méchant qui se repaît de chair fraîche ») ? The Neon Demon figure dans plein de tops de fin d’année de très bonne tenue, pour moi c’est LA baudruche de l’année.

La chute de Londres

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Un homme à la hauteur

Au bout d’un quart d’heure environ, je me suis mis à penser à un précédent calvaire de séance, un des pires films vus dans ma vie: La confusion des sentiments. Bon, ça n’a absolument rien à voir et ça n’a pas été aussi pénible à regarder mais c’est révélateur… Laurent Tirard n’est pas un mauvais bougre en plus, on sent qu’il sent que c’est hyper casse-gueule mais qu’il a quand même envie de relever ce gros défi et c’est tout à son honneur. Mais très vite on pense à ce que les Farrelly par exemple auraient fait d’un tel pitch parce que lui rate à peu près tout. Tout le temps. Et pas qu’un peu encore… Frissons de la honte et de la gêne, tout le temps. Et la bo putain, c’est chaud : Antony and the Johnsons, Cat Power. Cat Power bordel, The Greatest, en 2016, après qu’on l’a déjà entendu dans 4587 films et 36595 émissions de télé auparavant. Non mais sans déconner les mecs, bossez un peu, merde !

Apparemment la farandole de bonnes blagues s'est poursuivie pendant la promo du film
Apparemment la farandole de bonnes blagues s’est poursuivie pendant la promo du film.

War Dogs

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Médecin de campagne

Une pub Herta améliorée, déguisée pour plaire aux lecteurs de Télérama ( = avec des morceaux de gauche dedans). Peux pas en dire beaucoup plus, je m’y suis tellement fait chier que je l’ai totalement rayé de ma mémoire. Je sais juste que j’ai trouvé ça très mauvais et très loin du bienveillant, énergique et stimulant Hippocrate, précédent film du réalisateur.

Bridget Jones Baby

C’est vraiment à chier. Mais genre, vraiment. Le pire truc vu cette année je pense. Pire encore que le film lui-même : une salle bien garnie de personnes de tous âges qui riaient de bon cœur apparemment. Autant je peux comprendre le succès des comédies droitisantes à la Camping, autant là c’est la perplexité la plus absolue.

Et sans aucun commentaire sur Renee Zellweger, j'en suis pas peu fier.
Et sans aucun commentaire sur Renee Zellwegger, j’en suis pas peu fier.

The Revenant

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Green Room

Un survival mettant en scène un groupe de punk rock pris pour cible par des neo-nazis. Déjà faut passer outre le fait que le groupe, manifestement composé d’anars, accepte d’aller jouer en toute connaissance de cause dans une salle tenue et fréquentée par des fachos. Pas par provocation ou nihilisme, non : le plus sérieusement du monde, parce qu’ils ont besoin d’argent. Après faut passer outre le filtre photo verdâtre permanent (ça s’appelle Green room, T’AS COMPRIS ?!?!). Enfin, faut passer outre le fait que c’est morne, plat, atone, ni fait, ni à faire, ni tout à fait gore, ni tout à faire sérieux, ni tout à fait série B, encore moins subversif évidemment : ça fait un peu beaucoup.

Retour chez ma mère / Camping 3

Quand on me demande pourquoi et comment je peux me taper des trucs dont je sais d’avance qu’ils sont horribles, je réponds invariablement que c’est important de voir des mauvais films de temps en temps car c’est très dur de réaliser un bon film. Du coup, non seulement les mauvais mettent en valeur les bons mais ils permettent aussi de voir ce qu’il ne faut pas faire/ce qu’il faut faire pour que ça fonctionne.
Et parmi les mauvais films, je privilégie les comédies françaises à succès par rapport à des blockbusters américains par exemple car outre mon attachement au genre, et l’espoir, malgré tout, de tomber sur une bonne surprise, ils sont souvent un bon indicateur sociétal : là par exemple, et comme avec Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? il y a 2 ans, ou encore l’immmmmmoooooonde Barbecue du même Eric Lavaine (le réalisateur de Retour chez ma mère), on est face à 2 bons gros téléfilms de droite, bien pantouflards, bien démagos, bien France 2016. C’est triste et ça fait flipper en même temps. Triste aussi de constater que le génie comique de Franck Dubosc (je répète: Le. Génie. Comique. De. Franck. Dubosc), l’un des rares acteurs comiques français à se donner sans calcul et sans songer aux possibles répercussions sur son fan club, n’ait encore à ce jour jamais été exploité. Le mec mérite un bon rôle dans un bon film.

Ceci étant, 2017 promet à la comédie décomplexée de franchir un nouveau palier grâce au nouveau film de Philippe de Chauveron, véritable petit maître du genre:

Ca devait s’appeler Si vo plé (sans déconner…), ça sera finalement A bras ouverts. Les miens en tombent.
Dernière précision, mais non des moindres : ça sort 2 semaines avant le 1er tour des présidentielles. Et après on dit que j’exagère…

Sully – critique

Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au « miracle sur l’Hudson » accompli par le commandant « Sully » Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l’opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l’histoire de l’aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière. (Allociné)

Je suis un peu déçu. C’est bien, mais c’est seulement bien, alors qu’au lu des critiques et retours ici ou là, on me vendait un des meilleurs Eastwood. Mais c’est déjà très bien d’être bien et encore une fois avec Clint, sous les apparences légères ou plutôt « mineures », c’est un film qui trouve sa petite musique l’air de pas y toucher et surtout qui ne ressemble à aucun autre actuellement.

Et puis Sully est un film intéressant parce qu’il synthétise à merveille ce qui fait la spécificité du cinéma de Clint. Et il le fait évidemment l’air de rien là aussi, de la même manière que le film parvient à toucher sans crier gare, sans qu’on s’y attende, et sans doute pour des raisons et à des moments différents selon les spectateurs.

Un rôle qui semble avoir été écrit pour Tom Hanks. Excellent Aaron Eckhart aussi. Et quelle moustache !
Un rôle qui semble avoir été écrit pour Tom Hanks. Excellent Aaron Eckhart aussi.

Sully, le personnage et Sully, le film, apparaissent donc comme des auto-portraits d’Eastwood, qui nous ressert, un peu comme dans le sous-estimé Space Cowboys (un autre film à gros budget comprenant pas mal d’effets spéciaux numériques…) les thèmes qui lui sont chers depuis… ben depuis Space Cowboys et la fin des années 90 en gros. Le héros et son statut, ses doutes et questionnements intérieurs, refrain connu évidemment, mais également la prime à l’instinct, au savoir-faire, à l’expérience.

Même si avant ça la séquence du crash impressionne par sa modestie, sa franchise, son efficacité sans fioritures (et qu’elle peut être vue à elle seule comme une mise en abyme, avec d’un côté un pilote en fin de carrière qui gère la situation comme un champion et de l’autre un réalisateur plus que vieillissant qui en remontre à beaucoup sur la gestion d’une telle séquence), c’est le côté hawksien du film qui m’a le plus touché : Sully sait avoir bien agi mais l’enquête et ses conclusions à mi-parcours finissent par instiller le doute dans son esprit. A-t-il réellement fait le bon choix (se poser en catastrophe sur l’Hudson et pas retourner à l’aéroport) ?

La conviction il ne l’obtiendra pas via les journalistes, l’opinion publique, les enquêteurs, sa femme ni même les tests de simulation effectués et qui finissent par lui donner raison sans ambiguïté mais en se replongeant, au sens propre, dans l’action, via les enregistrements de la boîte noire : de là la fierté, absolue, légitime, d’avoir opéré un véritable miracle. Et cette phrase toute bête, qui pourrait sonner comme un cliché mais qui dans ce film-ci revêt plutôt les atours de l’évidence tranquille et qui résume à elle seule la philosophie du personnage autant que celle d’Eastwood, plus que jamais artisan à l’ancienne et en voie de disparition : « we did our job ».

Rogue One – critique

Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire. (Allociné)

L’an dernier, j’ai fait ce que tous les gens qui s’intéressent ne serait-ce qu’un tout petit chouïa à la saga Star Wars ont fait: je suis allé voir l’épisode VII, le Réveil de la Force. J’ignore ce qu’il en est des fans de la saga mais j’ai été extrêmement déçu, j’en dis quelques mots ici.

Je m’étais juré qu’on ne m’y reprendrait plus mais j’ai eu de bons échos et j’ai appris que Gareth Edwards (Monsters, Godzilla) était aux manettes donc bon, Rogue One, pourquoi pas après tout (et puis j’ai une carte illimitée évidemment).

Eh bé je suis bien content de l’avoir vu parce que c’est non seulement mille fois supérieur au film de bébé d’Abrams, mais c’est même carrément le meilleur de la saga avec l’Empire Contre-Attaque.
Sombre (y compris au sens propre : on se croirait dans un Eastwood des années 80 tellement les scènes dans la pénombre se multiplient), sale, violent, il bénéficie clairement d’une approche plus adulte et moins « universaliste » : c’est terriblement dur de faire un film qui plaise aussi bien aux bébés qu’aux adultes les plus exigeants, c’est là que l’épisode VII s’est ramassé dans les grandes largeurs pour moi. Rogue One possède également une identité plus européenne : Gareth Edwards est britannique, tout comme une bonne partie de la distribution, ça se sent. Diego Luna fait figure d’exception mais on ne peut pas vraiment le qualifier d’hollywoodien lui non plus.

Évidemment, il ne suffit pas de sous éclairer ses scènes, de caster des acteurs anglais et de dézinguer à tout va pour réussir son volet de Star Wars : les enjeux psychologiques et politiques sont d’un tout autre niveau et Edwards parvient, malgré la grosse machinerie, à insuffler son sens du romantisme, son lyrisme triste. Moins que dans Monsters mais nettement plus que dans Godzilla si tu veux mon avis. Et même si tu le veux pas d’ailleurs.

Suicide squad

OK, ça met un peu de temps à se mettre en place mais la dernière séquence, le morceau de bravoure du film (l’attaque kamikaze par les rebelles d’une base de l’Empire) rattrape bien le coup. Comme le dirait Ludwig Von Apfelstrudel, « on ne recrette bas sa soirée! »

Après, malgré plein de qualités purement cinématographiques, je vois Rogue One comme un film-symptôme de ce qui ne va pas à Hollywood, voire dans ce bas monde. Tcharrément, et je m’essplique: l’an dernier, évènement inter-planétaire donc avec la sortie de l’épisode VII et l’amorce d’une nouvelle trilogie. On a BOUFFE Star Wars pendant 2 bons mois : magazines spécialisés ou pas, journaux télévisés, produits dérivés ou simplement estampillés Star Wars dans les supermarchés. Dans la rue, dans le métro, sur Internet, partout, tout le temps: Star Wars. Bilan, pas loin de 4 miyons d’entrées en 1ère semaine d’exploitation, plus de 10 au total. J’imagine que pas mal de personnes ne sont allé au cinéma qu’une seule fois en 2015 et c’était pour voir ce film.
Pour Rogue One, la promo est beaucoup plus légère: je me balade dans la rue, au supermarché, je vois pas les personnages de la saga s’afficher partout et surtout n’importe où. J’ai pas vu 60 sujets dans tous les JT de toutes les chaînes. Le film n’est même pas vendu comme un nouvel épisode de la saga mais comme une sorte de spin-off, alors que son intrigue se situe très clairement entre les épisodes III et IV. En outre, pas mal de personnages emblématiques sont bien présents :  C-3PO, R2D2, les storm troopers (qui parlent avec l’accent anglais, c’est marrant), même Carrie Fisher, RIP. Des cameos tu me diras, ok, mais ils sont là. Darth Vador lui a 2 « vraies » scènes marquantes : la seconde est même sacrément excitante, beaucoup ne retiendront qu’elle du film, et c’est compréhensible. Y a même l’Etoile de la Mort, et pas qu’un peu puisque toute l’intrigue tourne autour d’elle. Mais cette année on est pas matraqué, c’est un fait, et ça semble tout à fait volontaire de la part de Disney (devenu producteur et détenteur des droits de la saga je le rappelle). Bilan : 1,7 millions d’entrées en 1ère semaine, ce qui est évidemment énorme mais plus de 2 fois moins que pour le Réveil de la Force. J’ai fait un petit sondage autour de moi : les mêmes personnes qui se sont ruées en salle l’an dernier n’étaient parfois pas au courant qu’un « nouveau Star Wars » était sorti. Putain, c’est quand même dingue non ?

J’ai bien conscience d’enfoncer une porte grande ouverte et je ne découvre pas les pouvoirs du marketing. Mais l’exemple du Réveil de la Force et de Rogue One, à seulement 1 an d’intervalle me paraît des plus frappants. Et ça me dégoûte un petit peu. « Marketing… salope » comme disait Léo Ferré.

Top albums 2016 – 2ème partie

Pour la 1ère partie du top, c’est ici que ça se passe.

10 Max Jury

71qdofews0l-_sl1200_L’album doudou de 2016. Des chansons entendues mille fois, une production chaude, une atmosphère tantôt feelgood, tantôt mélancolique, voire même feelgood PARCE QUE mélancolique : c’est plus un album, c’est un plaid. Mais dans le genre (soul-country-pop), c’est assez irrésistible.

9 Italian Boyfriend – Facing the Waves

italian-boyfriend-facing-the-wavesJe mettais en valeur la simplicité biblique du dernier album de Teenage Fanclub mais alors que dire du premier album des Belges d’Italian Boyfriend ? Ca va encore plus loin dans le dépouillement indie-pop, la seule fantaisie consistant en une alternance garçon-fille au chant. Et pourtant, c’est sublime, d’une pureté et d’une évidence… On songe au Velvet de Loaded, au Belle and Sebastian des débuts ou à ce groupe aujourd’hui oublié, les Papas Fritas, qui avait si bien su faire revivre l’enthousiasme et l’innocence pop au milieu des années 90. C’est enfin la plus belle et la plus évidente combinaison pochette/musique de l’année.

8 The Coral – Distance Inbetween

the_coral_-_distance_inbetweenUn des groupes fétiches de Grande remise. Come back un peu inespéré et doublé d’une ré-invention assez notable du groupe, avec un son un peu plus dur, une tonalité plus sombre, sans pour autant qu’elle constitue une redite par rapport à certains albums des débuts (The Invisible Invasion notamment) : on décèle par exemple d’évidentes influences krautrock. Mais ça reste du pur The Coral, à savoir ce croisement improbable et qui pourtant semble couler de source grâce à leur talent mélodique et leur talent tout court, entre le romantisme anglais d’Echo & the Bunnymen et la coolitude californienne des Byrds.

7 Andy Shauf – The Party

a0278585314_10Modeste dans ses intentions et son exécution (ce piano et cette voix faméliques), The Party est pourtant de ses disques qui peuvent provoquer des séismes esthétiques et émotionnels. Je m’enflamme peut-être un peu et il faut de toutes façons attendre la confirmation sur 3-4 albums supplémentaires mais on tient peut être là le nouveau one-man-Beatles à la place d’Elliott Smith.

6 The Divine Comedy – Foreverland

the-divine-comedy-foreverlandA l’instar du Wilco qui le suit (ou qui le précède dans mon classement), un album modeste, « pantouflard » diront les pisse-froids, un album de vieux briscards, de vieux tout courts diront les mêmes détracteurs. J’y vois plutôt dans les 2 cas une preuve supplémentaire du talent supérieur de ses 2 têtes pensantes, Neil Hannon et Jeff Tweedy pour Wilco, qui « se contentent », peut-être oui, de mettre en avant leurs compositions, sans en faire des caisses. Mais quand on est capable d’écrire des chansons d’un tel acabit, pas besoin d’en rajouter. Je prends même le problème à l’envers : quand on voit le niveau d’excellence d’un tel album « modeste » donc, ça laisse vraiment songeur quand au niveau de la concurrence et à celui, impérial, de Neil Hannon / Jeff Tweedy. Très beau concert toulousain par ailleurs, dont je dis quelques mots ici. Et To the rescue, chanson de l’année :

5 Wilco – Schmilco

schmilcoJe parle de Wilco en général au sujet leur récent et sublime concert parisien ici. Schmilco, en plus d’être un album absolument impeccable en soi, universel et fédérateur (il pourrait aussi bien constituer une porte d’entrée à l’oeuvre du groupe, que plaire à ses fans ou à ses détracteurs), apparaît avec un peu de recul comme le parfait pendant du Star Wars sorti l’an dernier: électrique et mélodique d’un côté, acoustique et harmonique de l’autre

4 Barbagallo – Grand chien

Chaque année, un album bénéficie du bonus « sorti en fin d’exercice »: il est très frais dans la tête au moment de boucler les tops. En 2016, c’est l’album de Barbagallo qui y a droit puisqu’il est sorti début novembre. Note que ça ne signifie pas que je suis élogieux uniquement parce que c’est l’album que j’écoute le plus en ce moment : je pense que c’est un excellent album tout court et je l’aurais classé très haut même s’il était sorti en février. Dans un genre très différent (plus folk pour faire court), il est un peu comme l’album de Lafayette une synthèse de ce qui peut se faire de mieux en France à l’heure actuelle : un peu hype, un peu pop, un peu variété, à égales mesures.
Julien Barbagallo est toulousain (albigeois pour être tout à fait précis) et avant qu’il ne fasse le tour du monde en tant que batteur de Tame Impala, il faisait partie des visages croisés régulièrement dans les salles de concert de la ville, dans le public ou sur la scène (notamment avec Aquaserge). Je me souviens par exemple l’avoir vu en première partie des High Llamas, ça devait être en 2007. Il avait joué un set acoustique solo très americana sous son pseudo de l’époque (Le cube), reprenant notamment Townes Van Zandt (me souviens plus quel titre). J’avais trouvé ça chiant et poseur.
Grand chien atteste du chemin parcouru, à la fois sur le fond et sur la forme. C’est vraiment un très bel album : riche, ambitieux dans ses objectifs, humble dans sa démarche et enfin très touchant. A noter qu’il a été mixé par mon grand chouchou Rob. Et que dans la même famille toulousaine, les albums de Laure Briard (Sur la piste de danse) et de Julien Gasc (Kiss Me You Fool!) sont plus que recommandables eux aussi.

3 John Cunningham – Fell

fell-coverOne-man Beatles, deuxième. La formule est facile, peut-être même évidente mais c’est un raccourci. Dans le cas de John Cunningham, comme dans celui d’Andy Shauf, il ne s’agit en aucun cas de revivalisme ou, pire, de pastiche. Chacun d’eux possède une identité sonore et mélodique très forte qui suffit à les exonérer de tels reproches. Cunningham davantage encore bien sûr, lui qui écrit et enregistre depuis 25 ans.
Fell est un retour inespéré, miraculeux, dû au remarquable travail des gens de Microcultures, déjà responsables du retour des Apartments l’an dernier. L’album  est achetable ici. Que dire d’autre? Un retour miraculeux oui, moi (et quelques autres) qui croyais Cunningham coulant des jours paisibles dans sa maison du Lake District dans le Nord de l’Angleterre : son précédent album était sorti en 2002.
Après… on peut lire un peu partout (enfin… là où on en parle) que ce garçon figure parmi les plus grands songwriters anglais, qu’il n’a pas la notoriété qu’il mérite etc etc. C’est très vrai. Mais honnêtement, qui ça intéresse encore en 2016, à part quelques vieux cons dans mon genre ? Quand on voit dans quel univers sonore on vit et on évolue quotidiennement, la confidentialité d’une musique pourtant si accessible, authentique et honnête (comme les anglais disent de quelqu’un qu’il s’agit d’un honest man) est-elle si surprenante ? Evidemment la réponse est dans la question. On peut le déplorer avec toute la véhémence du monde et pester contre l’injustice, ça ne changera rien à l’affaire. Mieux vaut se dire qu’on a de la chance de pouvoir, en 2016, écouter les chansons d’un garçon aussi sensible et talentueux.

2 The Lemon Twigs – Do Hollywood

the-lemon-twigs-do-hollywoodCa en revanche, c’est très 2016, dans le sens ou malgré de multiples références à de glorieux aînés, on garde en bouche la sensation d’une grande modernité, et d’une oeuvre qui n’aurait pas pu voir le jour à un autre moment.
Do Hollywood est donc un énoooooooooooorme juke box rétro (Beatles, Kinks, un peu de glam, beaucoup de Todd Rundgren) transcendé par des compositions très supérieures à la moyenne et une énergie, une décomplexion à toute épreuve : les 2 membres du groupe, 2 frères, ont 17 et 19 ans et ça se sent à chaque instant. L’album est par ailleurs produit par Jonathan Rado de Foxygen, pas vraiment un vieux routard de studios lui non plus. Pas grand chose à dire de plus : ça part dans tous les sens tout en étant tenu par des chansons extra et c’est rempli de gimmicks et de hooks à craquer (et croquer).

1 Lafayette – Les dessous féminins

static1-squarespace-comJ’ai déjà abondamment parlé de Lafayette sur ce blog, je vais pas insister : Lafayette avant l’album c’est ici, l’album en lui-même, ici. C’est selon moi une synthèse parfaite à la fois de ce que j’aime et de ce que la France sait créer de mieux en terme de chansons, entre pop et variété.
Je ne vais pas répéter non plus ce que j’ai déjà dit dans mes précédents billets mais Les dessous féminins s’achève sur ce qui est sans doute ma chanson préférée de ces 5 dernières années, La glanda, dont je milite pour qu’elle devienne l’hymne officiel de la République. C’est l’année ou jamais, le nouveau président élu aura des priorités à gérer. Le bien-être de la Nation en dépend.

Vive La glanda, vive Lafayette et vive la pop française.

Top albums 2016 – 1ère partie

Le SuperHomard – Maple key / The High Llamas – Here come the rattling trees / Mehdi Zannad – L’architecte de Saint-Gaudens

Ce ne sont pas des albums à proprement parler mais je tenais à les faire figurer dans mon récapitulatif car ils font partie de ce que j’ai entendu de mieux cette année. Je les préfère même à bon nombre des albums de la sélection qui suit.

le-super-homard-maple-keyC’est un album celui-ci en réalité mais il est tellement court (8 morceaux, 23 minutes) que j’ai du mal à l’envisager comme tel. Il s’agit d’un groupe français qu’on pourrait qualifier de rétro-futuristico-sunshine pop, marchant ouvertement sur les talons plein de sable californien des High Llamas. On songe aussi à Stereolab, à Mehdi Zannad / Fugu, au projet Discover d’Olivier Brion il y a quelques années. C’est donc la bo de l’endless summer, c’est granderemisesque à mort, c’est superbe et j’attends impatiemment la suite.

 

the-high-llamas-here-comeLes maîtres donc, et modèles du SuperHomard, pour ce qui n’est pas véritablement un nouvel album puisqu’il s’agit de petites pièces enregistrées pour soutenir une performance théâtrale. Très court lui aussi (à peine 25 minutes), il voit le groupe effectuer un étonnant virage à 180° vers ce qui ressemble parfois à s’y méprendre à du death metal. Hihi, c’est rigolo non? (« Non. »). OK, c’est évidemment du pur High Llamas, c’est à dire une fragile petite bulle de délicatesse et de raffinement.

 

a0476706980_10Encore plus court (5 titres, 15 minutes), la bo du film L’architecte de Saint Gaudens confirme ce que l’on sait depuis les séminaux Fugu 1, As Found ou Fugue : Mehdi Zannad aka Fugu plane très très haut au dessus de la mêlée pop française, se permettant même une petite embardée glitter aussi étonnante que réjouissante. 5 titres de plus et c’était la première place direct, sans même y réfléchir. Mehdi Zannad semble aujourd’hui et de plus en plus se consacrer à son activité d’architecte et dessinateur; j’espère sincèrement qu’il continuera à jouer et enregistrer, ça serait un crève-coeur qu’il laisse la musique de côté et qu’un tel talent reste inexploité. A noter que cet objet-ci réuni ses 2 talents justement (la musique et le dessin) puisqu’au verso du vinyle figure une gravure de la fascinante et odorante usine de papier de Saint Gaudens ornant la pochette.

20 La Femme – Mystère

lafemme1mystC’est bancal, inégal, beaucoup trop long, prévisible dans ses postures provoc (Mycose, sans déconner…) mais y a une poignée de chansons formidables et une énergie assez réjouissante. Bien drivé/produit, La Femme pourrait devenir excellent. En l’état, ça frise quand même la crise d’adolescence permanente. C’est (aussi) ce qui fait leur charme mais ça peut légitimement fatiguer.

19 Car Seat Headrest – Teens of Denial

a2165492760_10L’album d’indie guitar pop de l’année. Pas grand chose à dire de plus, ça n’invente rien, ça évoque plein de trucs (Pixies, Strokes, toute la power pop la plus musclée des années 90) mais c’est très bien écrit, hyper énergique et hyper accrocheur.

18 King Gizzard and the Lizard Wizard – Nonagon Infinity

a1566708845_16Garage rock fou furieux venu d’Australie. Dès le premier morceau, on comprend que les mecs sont pas là pour beurrer les tartines : y en a 9 comme ça, qui s’enchaînent sans temps mort ni transition, durant 41 minutes furibardes, aussi punk que droguées. Hyper jouissif.

17 Steve Gunn – Eyes on the lines

ole-1090_stevegunn_eyesonthelines_copy_2_1466070967Alors c’est évidemment très bien, et Steve Gunn (qui, déjà, s’appelle « Steve Gunn » et ça vous pose un homme) parvient à créer, à partir d’une base folk (pour faire court) un flot guitaristique et une pâte psychédélique hyper séduisants (un peu dans la veine d’un Kurt Vile, pour faire court là aussi). Mais si la dynamique est belle et efficace, je trouve qu’elle vire un peu trop au systématisme, voire à la formule. Mais c’est très bien, très subtil, à la fois cérébral, intuitif.

16 Cate Le Bon – Crab Day

cate_le_bonL’une des marottes de Grande remise. Après son album le plus accessible (Mug Museum), Cate Le Bon livre son disque le plus mal-aimable : le même que les précédents mais moins immédiat, moins « joli ». Je me répète mais cette fille a un talent et une voix (au sens propre comme au sens figuré) vraiment singuliers, il faut l’écouter !

15 M83 – Junk

5ed0c785Allez hop, fini les guitares, tout à fait autre chose. Junk c’est parfois/souvent n’importe quoi, et d’un mauvais goût réjouissant/insupportable suivant où l’on situe le curseur de son seuil de tolérance. Moi-même, qui suis pourtant pas une flipette je te prie de croire, j’ai du mal à aller jusqu’au bout. Mais y a quelques morceaux vraiment formidables et je salue la démarche qui va bien au-delà du ouais-trop-cool-c’est-hyper-kitchos. Ca me rappelle cette scène au début de Ghost World, un de mes films de chevet : un orchestre ultra-ringard, caricature de soft rock 80s, joue pour le bal du lycée. Scarlett Johnasson les trouve tellement nuls que selon elle, ils en deviennent bons. Thora Birch, toujours plus clairvoyante, rétorque qu’ils sont mauvais au point d’être presque cool mais qu’ils n’ont pas su s’arrêter au bon moment donc ils sont juste mauvais. M83 lui, serait ce groupe et Junk cet album allant encore plus loin dans le radicalisme cheesy et qui serait donc parfois sublime. Parfois à côté de la plaque aussi, il faut bien l’avouer mais ça par exemple, c’est parmi les trucs les plus émouvants que j’ai entendu cette année :

Pour être honnête, ça aurait même plutôt tendance à me bouleverser.

14 Sébastien Tellier – BOF Marie et les naufragés

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L’un des héros de Grande remise. Il semble avoir sa petite routine le Séb : un album, une tournée, une bo, un album, une tournée, une bo etc. Ces dernières sont souvent tout aussi passionnantes car s’il aime à se renouveler sur ses « véritables » albums, sur les bo, il donne à entendre du pur Tellier, ou en tout cas ce qu’on s’imagine être du pur Tellier (sur la bo de Narco ou sur Confections). C’est donc le cas ici également, dans un registre plus electro et plus modeste. Le film est très chouette également, j’y reviendrai dans mon récap cinéma.

13 The Last Shadow Puppets – Everything You’ve Come to Expect

the_last_shadow_puppets_-_everything_youve_come_to_expectEn termes de production, de compositions, d’arrangements, c’est superbe. Soyeux, luxuriant, superbe. Surtout, les 2 gars (Alex Turner des Arctic Monkeys et Miles Kane de… Miles Kane), ont eu l’intelligence de ne pas photocopier le pourtant merveilleux premier album, en déportant cette fois son centre de gravité dans les 70s soul, substituant également l’esprit de la Californie à celui du Vieux continent. Après, y a quand même un truc qui me gêne beaucoup dans cet album et dont je n’arrive pas à faire abstraction. Je vais citer la chronique de Pitchfork qui le résume très bien à mon sens : « it makes very clear that frontmen Alex Turner and Miles Kane are sexy men with sexy lives having lots of sexy sex with their sexy girlfriends ». En d’autres termes : le côté lascif-tombeur de ces dames, n’est pas qu’une posture, une mise en scène, un jeu auquel ils jouent, les mecs y croient vraiment. Ce qui vaut des paroles au mieux maladroites, au pire d’un sexisme assez dérangeant. Qui me dérange en tout cas. ExcÛse moi de savoir parler anglais. Mais si on met ça de côté, c’est assez magistral évidemment.

12 Paul Winslow – Tears behind the stars

a3643006391_10J’ai pas très bien compris la genèse de cet album : il me semble qu’il a d’abord vu le jour sur Bandcamp dans une version extended, puis qu’il a été raccourci pour la sortie physique sur Gonzaï records cet automne, alors que dans l’intervalle sortait, toujours sur Bandcamp, un nouvel album intitulé Sueño Playa. Bon, OSEF, ce qui compte c’est évidemment le résultat et son excellence. Sorte de Jim Noir parisien, Paul Winslow compose, joue, interprète et enregistre seul des vignettes pop réminiscentes des années fastes (66-73, en gros). Le genre de type à vénérer Harry Nilsson, Curt Boettcher et à s’évanouir lorsqu’on lui présente Todd Rundgren. Le genre de type que Grande remise accueille à bras ouverts.

11 Teenage Fanclub – Here

teenage-fanclub-hereEncore des héros de ce blog. 45 minutes, 12 titres, autour de 4 minutes chacun, couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain, basse-batterie-2 guitares, un petit clavier ici ou là, des mélodies, des harmonies, des solos concis : Here est un petit manuel de survie pop à l’usage des jeunes générations. Ah ça évidemment, ça n’invente pas grand-chose… Mais des titres tels que The darkest part of the night ou The first sight font encore mieux : ils aident à mieux supporter une sale journée ou une sale nouvelle. A mieux vivre. Ca fait 25 ans que les chansons de Teenage Fanclub m’aident à mieux vivre alors bon, le renouvellement hein…
J’allais dire que c’est leur meilleur album depuis Songs from Northern Britain mais on s’en fout un peu : à un tel niveau d’excellence et de régularité (de régularité dans l’excellence), on peut dire qu’il s’agit du meilleur Teenage Fanclub depuis le dernier, et jusqu’au prochain.

#30 Mon beau-père et moi

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Greg Focker, un modeste infirmier de Chicago, vit depuis deux mois avec la charmante Pam Byrnes et rêve d’officialiser leur union. Ravie de sa proposition, la jeune femme insiste pour un strict respect des règles bourgeoises : Greg devra obtenir l’accord de son père, Jack. Deux semaines plus tard, le couple fait son apparition dans la luxueuse résidence des Byrnes. Accueilli à bras ouverts par la mère de Pam, Dina, Greg décèle d’emblée une certaine froideur chez Jack. Ce dernier ne compte pas « céder » sa fille chérie au premier venu. Bien décidé à emporter la mise, Greg, nerveux, se met en quatre pour s’attirer la sympathie et le respect de son beau-père, ancien agent de la CIA, mais toutes ses amabilités, toutes ses plaisanteries tombent à plat face à cet homme crispé, possessif et paranoïaque. (Allociné)

On ne cite jamais son nom parmi les meilleurs comedy makers contemporains mais Jay Roach est derrière la trilogie Austin Powers, derrière celle-ci (réalisateur des 2 premiers volets, producteur du 3ème), et il a également réalisé le génial The Campaign (Moi, Député) avec Will Ferrell et Zach Galifianakis. C’est pas rien. D’aucuns (moi par exemple) diraient même que c’est beaucoup.

Bon, tout le monde le connait par coeur celui-là aussi non? Je l’ai encore revu y a 3 semaines, je me suis toujours autant marré. Un classique instantané, un vrai best of, constitué uniquement de temps forts.

Sa particularité en ce qui me concerne, c’est que contrairement à toutes les comédies américaines contemporaines de la même veine (pour faire court : je veux dire les films des Farrelly, d’Apatow, du Frat Pack) qui ne sont regardables qu’en VO, je continue à regarder celui-ci en VF. Je l’ai regardé en VO une fois et… c’était moins bien tout simplement. « Focker », le nom du personnage interprété par Ben Stiller passe mieux que « Furniquer » évidemment mais c’est bien tout… « La guigne » bordel !

"Oh! Pardon..."
« Oh! Pardon… »