Juliette Armanet – Le Bikini, Toulouse

2ème passage à Toulouse en moins de 4 mois à peine pour la nouvelle Petite amie de la chanson française. Après le Metronum (salle moyenne) et le Bikini (salle moyenne + ), prochaine étape le Zenith sans doute. Elle aurait d’ailleurs très bien pu y jouer je pense : le Bikini affichait complet une semaine avant le concert et il a été malgré tout décidé de mettre quelques places supplémentaires en vente le jour même. Inédit en ce qui me concerne… Inédit aussi, de mémoire, les portes de la salle ont été laissées ouvertes pour qu’un maximum de personnes puissent assister au spectacle : de fait, pas mal se tenaient dans le sas séparant la salle du hall d’entrée… Tout ça pour dire que les Victoires de la Musique ont évidemment boosté le succès d’un album qui se portait déjà très bien.

Alors c’est pas du tout pour me justifier parce que j’aime vraiment beaucoup certains titres de l’album et que je comprends pas trop le backlash snobinard dont Juliette Armanet fait l’objet depuis quelques mois mais si j’ai choisi d’aller à ce concert, c’est aussi voire surtout parce que j’espérais y voir Ricky Hollywood en 1ère partie. Ricky Hollywood aka Stéphane Bellity, ma révélation française et un de mes albums favoris de l’an dernier, est batteur sur sa tournée et il en assure parfois la 1ère partie.

Mais pas ce soir à mon grand dam : apparemment un concours a été organisé et c’est un gus seul avec sa guitare et quelques effets qui apparaît sous mes yeux lorsque je pénètre dans un Bikini déjà bondé. De loin je trouve qu’il ressemble à Amir et c’est évidemment pas de bon augure. D’ailleurs le type reprend Dormir dehors de Daran et les chaises, c’est dire si on s’en cogne. Il remercie ensuite les organisateurs, Armanet, le Bikini, « surtout après l’explosion d’AZF, c’était pas facile de repartir sur un nouveau projet, c’est pas facile de reconstruire de la chaleur humaine ». Non, c’est pas facile. Un autre truc qui est pas facile : se produire sur scène.

L’entracte dure pratiquement trois quarts d’heure… C’est pourtant pas le genre de concert au cours duquel le bar va pouvoir écouler moult fûts : le public est plutôt jus de pomme. Très féminin évidemment, ça (me) change. Très Grazia. Ca n’empêche pas des odeurs corporelles pas très Petite amie de parvenir à mes narines pourtant pas très sensibles : quelqu’un profite de la forte densité et de la promiscuité pour se laisser aller. A plusieurs reprises. « I can taste it. On my tongue. »

Après quasiment 45 mns donc, le noir se fait et un morceau de Prince retentit (j’ignore lequel, je maîtrise mal le dossier) : le groupe entre en scène et se lance dans un instrumental funky/soft rock des plus moelleux. Les silhouettes des 4 musiciens se découpent sur un beau rideau lamé qui prendra des couleurs tantôt rouges, tantôt bleutées ou dorées : c’est tout simple et très réussi.

La védette les rejoint au bout de quelques mesures, en costume lamé elle aussi, sous une belle ovation. Après avoir salué, elle s’assied derrière son piano et se lance dans Manque d’amour, un de mes morceaux favoris de l’album. Balance approximative (ça sera vite corrigé) mais ça l’effectue. Le groupe est très compétent (euphémisme), bien rôdé (itou) et Juliette Armanet chante parfaitement dès les premières notes.

Ca restera sur ce mode pendant pratiquement 1h30 : incroyable qu’elle joue aussi longtemps avec un répertoire composé d’un seul album, plutôt court qui plus est. C’est bien. C’est tout ? Oui… C’est un peu le problème : c’est bien mais c’est seulement bien. Pas transcendant… Je suis sans doute pas assez fan pour être véritablement transporté j’imagine.

Sur Alexandre, elle fait monter sur scène un type prénommé Alexandre.

Bon, y a un petit truc qui me tient un peu à distance : c’est la distance précisément, qu’elle met parfois lors de sa prestation. Je ne parle pas de son stage banter, qui joue régulièrement sur l’auto-dérision mais de la dérision, du second degré qu’elle introduit dans son interprétation de certains morceaux: sur le superbe Star triste ou sur Samedi soir dans l’histoire, c’est comme si elle se sentait obligée d’en rajouter dans la gestuelle, les attitudes, les intonations, le jeu avec le public pour signifier que oui-ok-c’est-un-peu-cheesy-mais-c’est-un-peu-pour-rire-hein-attention.

C’est dommage selon moi. Sur l’album, on n’a pas cette distance justement, et pour cause, et c’est en partie ce qui fait sa réussite: les plans les plus retro, les morceaux les plus disco et les moins intimes a priori ne s’excusent jamais de l’être et c’est précisément parce qu’ils sont eux aussi exécutés avec la plus grande sincérité qu’ils fonctionnent. Je pinaille et c’est peut-être un sentiment tout personnel mais ça m’a empêché d’être pleinement « dedans » à plusieurs reprises.

Le groupe a quitté la scène sur une belle reprise du I feel it coming de The WeekndDaft Punk, francisée en « Je te sens venir (en moi) » (ça je suis moins sûr). La soirée s’est définitivement close sur une belle version piano-voix de A la folie, autre moment fort de Petite amie. Et c’était une belle soirée malgré tout.

Red Oaks – critique

Durant l’été 1985, David Myers, 20 ans, décroche un emploi saisonnier dans un country club du New Jersey majoritairement fréquenté par des juifs. Entre des clients pas toujours faciles et des employés pas toujours sympathiques, le jeune homme tente de découvrir quelle direction donner à sa vie. (Allociné)

Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé séries. J’imagine qu’aucune ne m’a vraiment marqué ces derniers mois mais le fait est que j’en vois relativement peu désormais : je trie davantage, je ne me rue pas sur la dernière nouveauté qui fait l’événement comme ça a pu être le cas à une époque. Et malgré ça, je suis pas à l’abri d’une déception, comme avec l’over-hypée The End of the Fucking World qui ressemble davantage à un véhicule pour b.o. cool qu’à la série trop-géniale-coup-de-poing-dans-ta-gueule que beaucoup ont décrite.

Et parfois, LA bonne surprise, LA série qui tombe au bon moment: Red Oaks donc.

Elle a été créée par Joe Gangemi et Gregory Jacobs: ce dernier est notamment un fidèle de Steven Soderbergh (en tant que producteur) et il a également réalisé Magic Mike XXL.
Red Oaks a pourtant souvent été présentée comme la série de David Gordon Green qui est de fait crédité en tant qu’executive producer (LE crédit à surveiller au générique d’une série après l’évident « created by ») et a réalisé plusieurs épisodes. On retrouve également derrière la caméra des pointures telles que Gregg Araki, Amy Heckerling ou Hal Hartley (!!!). Elle s’est achevée fin 2017 après 3 saisons et 26 épisodes de 25 minutes (en moyenne). Voilà pour les faits.

On pourrait dire en synthétisant à l’extrême que Red Oaks est l’équivalent pour la comédie des années 80 de ce que Stranger Things est au cinéma fantastique de ces mêmes années. Alors qu’est ce qui fait que je me sois autant régalé, que je vois ici de l’hommage, de la fraîcheur, de la mélancolie et aucune nostalgie alors que je n’ai vu dans Stranger Things que pastiche, fétichisme et cynisme (à tel point que je n’ai pas vu et que je n’ai aucune envie de voir la saison 2) ? Difficile à dire…

C’est sans doute dû, en partie, à des raisons purement subjectives. UNE raison en vérité: les teen movies et notamment le coup du dernier-été-insouciant-avant-la-vie-adulte, du genre dit « coming of age » comme disant les anglo-saxons et qu’on pourrait traduire par « récit d’apprentissage », je marche à fond. Le coup du héros un peu terne, un peu effacé, sans trop de relief mais plein de ressources, auquel le public peut d’autant mieux s’identifier, idem. Celui du geek moche et maladroit mais brillant qui emballe la belle du lycée, itou.

Oui, Red Oaks est bourrée de personnages archétypaux, vus et revus mille fois déjà, notamment dans les comédies de John Hughes (The Breakfast Club, Pretty in Pink etc), référence évidente. Mais elle parvient à la fois à dérouler un récit balisé et à surprendre par petites touches subtiles : David, le héros, pro de tennis l’été mais aspirant réalisateur, est obsédé par Truffaut et Rohmer. Wheeler, le geek fumeur de beuh (et improbable fusion Guillaume Gallienne+Jonah Hill), de Roxy Music. De même dans le parcours de certains personnages: sans vouloir trop spoiler, Barry, le photographe queutard, fera sans doute un mari parfait, Karen, la gentille bimbo aspirante infirmière, rêve d’une vie rangée et conventionnelle mais  n’est pas moins assaillie de doutes que l’adolescent(e) le plus torturé, etc.
Parfois encore, certaines scènes ne semblent rimer à rien: pas vraiment de gag ni de punchline, on montre simplement le personnage dans son quotidien, personnel ou professionnel, ou alors on coupe 2-3 secondes plus tard que ce à quoi on pourrait s’attendre, simplement pour rester avec lui/elle, ses doutes, sa joie ou sa tristesse. Et si la série prend pour cadre les années reaganiennes et le country-club d’une banlieue cossue du New Jersey, elle ne verse jamais dans la fétichisation des accessoires et donc la nostalgie alors qu’il serait facile d’accentuer, relever, moquer, telle ou telle coupe de cheveu ou tenue aujourd’hui improbable.

L’épisode 7 de la saison 1 est l’un des plus étonnants et résume bien la tonalité et l’équilibre atteint par Red Oaks à partir de sensibilités et d’approches diamétralement opposées: l’intrigue reprend celle de Freaky Friday, avec cette fois David, le jeune homme, qui se retrouve dans la peau de son père et inversement. C’est touchant bien sûr puisqu’une fois les choses rentrées dans l’ordre, chacun sera parvenu à entrer en empathie avec l’autre, mais c’est avant tout drôle et cocasse évidemment. Et là, bim, l’épisode se clôt sur le Marquee Moon de Television… Quel grand écart ! Mais c’est précisément ça le truc : Red Oaks est une série grand public, avec des ressorts grands publics mais écrite/réalisée par des personnes (David Gordon Green, Hal Hartley, Gregg Araki) à la forte sensibilité d’auteur. De même, la bo mêlera aussi bien pop/rock FM lourdingue (putain, Billy OceanLoverboy, fallait la ressortir celle là) que choix plus exigeants (OMD, New Order, Aztec Camera, Woodentops, Talking Heads, Love and Rockets pour n’en citer que quelques uns). Les 2 pôles (l’un populaire, l’autre plus pointu) s’équilibrent à merveille: aucune distance ou ironie ici, pas plus que de facilité ni de concession, simplement l’envie de raconter une histoire éternelle, celle d’un jeune homme qui doit trouver sa place dans le vaste monde.

Cette sincérité, cette justesse constantes, se retrouvent également dans les choix de caractérisation des divers personnages: certes, Red Oaks a pour cadre principal un country club (tennis, golf, piscine, cours d’aerobic, bronzette, mimosas et salades caesar) pour riches résidents d’une banlieue du New Jersey et on s’intéresse à certains de ses clients mais les vrais héros sont les adolescents employés pendant l’été et qui n’ont rien de show biz kids eux: David, le héros, dont le père a subi une crise cardiaque et a dû fermer son cabinet comptable et la mère au foyer a dû reprendre un travail, Wheeler, qui s’occupe seul (?) de ses petits frères et soeurs et de sa grand-mère grabataire, Misty, qui fait tout son possible pour fuir Red, le nouveau mec envahissant de sa mère, qui est du genre à toujours entrer « par accident » dans la salle de bains lorsqu’elle sort de la douche etc. Les années Reagan n’ont pas été fastes pour tout le monde, loin s’en faut, et même si son regard est toujours tendre, Red Oaks est loin de les glorifier .

Si l’équilibre et l’alchimie atteints par la série sont aussi remarquables, c’est aussi en grande partie grâce à son impeccable casting. Il mélange jeunes acteurs plus ou moins novices (Craig Roberts, interprète du héros, jouait par exemple dans Submarine, jolie wesandersonerie anglaise de 2011) et vieux briscards: Richard Kind, notamment vu dans Spin City, Paul Reiser, que j’avais pas revu depuis la sitcom Dingue de toi et Jennifer Grey, oui LA Jennifer Grey de Dirty Dancing. Tous dans des rôles à la fois bien caractérisés et archétypaux là aussi mais toujours subtilement esquissés. A noter également Gina Gershon, jamais aussi à l’aise que dans les rôles d’uber-pétasse.

Red Oaks n’est pas une grande série. C’est pas les Sopranos, c’est pas The Wire. Mais c’est encore mieux en un sens puisque c’est une belle série: drôle, émouvante, attachante. Elle laisse en bouche une sensation douce-amère, un goût sucré teinté de mélancolie, celui des étés parfaits dont on sait qu’ils ne reviendront pas:

« Every time I see your face
It reminds me of the places we used to go
But all I’ve got is a photograph
And I realize you’re not coming back anymore »

Hostiles – critique

Véritable Gilbert Seldman de la blogosphère, je continue donc à faire la pluie et le beau temps sur le box office français avec quelques mots sur un film peu mis en lumière me semble-t-il.

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent. (Allocine)

Amis de la jovialité, de la mignoncité et de la rigoulade, passez votre chemin (et n’allez pas voir La belle et la belle non plus : c’est nullach) : Hostiles est lourd, grave, sérieux. Parfois trop à mon goût (on est à la limite du dolorisme) mais c’est un beau film et il a de nombreuses qualités.

En premier lieu, son pitch. Tension et enjeux clairement définis d’entrée, rien à dire. Son pitch et son scénario : un bon pitch c’est bieng, un bon pitch bien développé sur la longueur du scénario, c’est mieuxg. Là-dessus, Hostiles me paraît assez irréprochable : le convoi improbable va devoir traverser les Etats-Unis du Sud au Nord, en gros (de l’Arizona jusqu’au Montana) et va souffrir diverses avaries et bricoles durant son voyage. A mesure qu’il progresse, des leçons seront apprises, des personnalités modifiées, des personnages transformés. Du classique certes voire du confortable voire du minimum quand l’histoire épouse la forme du road trip, puisque ça revient à ça, mais c’est vraiment bien écrit et bien développé. Le film est long, plutôt lent, prend le temps de se poser dans les différents (et magnifiques évidemment) paysages traversés ce qui renforce l’atmosphère de voyage initiatique voire de roman d’apprentissage qui se dégage au final.

Quand on te dit que t’es devenu le sosie d’Arnaud Tsamère

Car la grosse affaire d’Hostiles, c’est son fond et le message de tolérance et de compassion qu’il entend délivrer : soldat impitoyable, sans états d’âme voire sanguinaire, Christian Bale va peu à peu contenir sa haine et sa colère pour entrer en empathie avec ses prisonniers et par extension, le peuple indien. Idem pour le personnage interprété par Rosamund Pike qui a pourtant quelques raisons d’être un peu vénère : c’est le côté Cheyenne Autumn du film, qui adopte clairement le point de vue des Indiens et leurs revendications. On peut aussi légitimement penser à Josey Wales, hors la loi, cet autre film au cours duquel les personnages n’ont de cesse de fuir une violence qui ne veut pas les lâcher.

Tout n’est pas parfait : c’est un peu trop long, un peu trop lent, un peu trop pompeux parfois (les jump cuts sur Christian Bale qui hurle sa douleur dans le désert au couchant, sans déconner…) mais Hostiles est un beau western qui prend le temps, et réussit, à la fois à sonder le caractère de ses principaux protagonistes et à délivrer un message plus universel (le côté Fordien du film, encore). En plus y a Rosamund Pike (coucou les beaufs) et Timothée Chalamet (coucou les beaufettes). A voir donc.

Franz Ferdinand – Le Zénith, Toulouse

Une première en concert pour ce groupe que j’ai, non pas découvert évidemment, mais apprécié sur le tard, à l’occasion de son précédent album, Right Thoughts, Right Words, Right Actions (le 4ème).

Jusque là j’aimais bien mais sans plus. Les tubes quoi, viteuf.
En me penchant d’un peu plus près sur leur discographie (je suis tombé raide dingue du morceau Evil Eye, et de l’album qui l’accompagnait Right Thoughts etc donc), j’ai réalisé que des tubes, ils savaient faire que ça justement. Une efficacité redoutable, une science du riff et de la compo accrocheuse, accompagnés d’un sens visuel vraiment terrible : clips, pochettes, les mecs savent clairement ce qu’ils font, ils ont beaucoup de goût (un détour au stand de merchandising le confirme: tous les t-shirts et posters arborent de superbes visuels/graphismes). J’en suis arrivé à la conclusion que c’était un groupe assez sous-estimé, dont le seul tort est d’avoir obtenu 2-3 gros succès qui lui ont valu de se voir méprisé par les branchagas. Enfin, rien de nouveau.

La première partie est assurée par les excellents François and the Atlas Mountains. J’arrive 15 mns après qu’ils sont montés sur scène, ils la quittent 15 mns plus tard : 30 minutes de concert ?!?!? Putain, vive les grosses affiches dans les grandes salles… Heureusement je les avais déjà vus il y a quelques années (ici) mais j’en aurais bien repris une 2ème fois.

Et donc voilà le « problème »: le concert a lieu au Zenith et tout est calibré au possible. Ca se ressent également dans le public: très sage, limite familial, même si je suis agréablement surpris de voir beaucoup de jeunes, pas simplement des 30-40 ans (pas mal de très jeunes accompagnés par leurs parents aussi). Mais après la 1ère partie, 45 minutes d’attente : faut bien écouler bière et goodies… Et le public qui attend sagement (une majorité est installée dans les gradins), ne s’impatiente jamais, ne réclame pas l’arrivée de ses favoris. C’est pas un concert des Cramps mais merde… D’ailleurs y a des publicités RTL2 un peu partout.

J’arrête de faire mon connard, rien de nouveau là non plus. Je sais bien que c’est la règle du jeu et au fond je suis ravi qu’un groupe aussi créatif et intègre touche un si large public, très hétéroclite: la salle est vraiment bien garnie, je pensais pourtant le groupe un peu moins populaire depuis quelques années. Mais voilà, je suis pas trop habitué aux gros concerts dans les grandes salles, tout ce que ça implique me refroidit toujours un peu.

Après 45 minutes d’entracte donc, Alex Kapranos (cheveux peroxydés bof bof, costume noir cintré/chemise noire/bolo tie très classe) et ses acolytes arrivent enfin. D’entrée, le light show et le dispositif scénique sont superbes.

Ils sont 5: les 3 membres originaux (Kapranos et la section rythmique) plus 2 nouveaux censés remplacer le guitariste-lâcheur Nick McCarthy (parti peu après la tournée avec les Sparks).

Premier morceau: Always Ascending, ouverture impeccable et meilleur titre du nouvel album. Suivent The Dark of the Matinee et Do you want to ? histoire d’enfoncer le clou et de bien faire monter la sauce d’entrée : c’est peine perdue, le public est vraiment très sage… Puis 2 titres du nouvel album (-1 et -1) et le tubesque No You Girls (+3).

C’est un peu le schéma et le problème du concert : c’est terrible sur les tous les morceaux les plus anciens, assez plat sur les titres du nouvel album, leur moins bon. Pas mauvais non mais un peu plat, manque de mordant et d’inspiration. Et sur scène ça pardonne pas évidemment.

Après, la prestation est irréprochable : le groupe donne le change, avec notamment une belle énergie des 2 nouveaux, Kapranos fait le show et chante superbement et, je me répète, le dispositif scénique est vraiment superbe.

 

Sur le très énergique Michael, le public se réveille enfin et ça fait clairement décoller le concert même si l’excitation retombe encore sur les nouveaux morceaux. Take me out hystérique et superbe final sur le doublé Love Illumination/Ulysses. En rappel, le groupe joue Jacqueline qui n’était manifestement pas prévu mais réclamé par des fans. Sympâ. Il nous laisse, définitivement cette fois, sur This Fire.

Au final, c’était bieng. Pas génial, pas mémorable, conforme à ce à quoi je m’attendais pour un tel groupe dans une telle configuration mais bieng et c’est déjà pas mal.

La Nuit a dévoré le monde – critique

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ? (Allociné)

Quelques mots rapido, comme j’en prends l’habitude, pour conseiller d’aller voir un film qui ne restera pas longtemps à l’affiche. Un film de zombies. Un film français de zombies.

Tout est là évidemment: c’est clairement pas The Walking Dead. Mais si La Nuit a dévoré le monde ne mise pas tout sur la carte horrifique/suspense/gore, cet aspect là est quand même bien traité. Comprendre: le film n’est pas seulement une rumination minimaliste parisianisto-Femis, il est également crédible dans ses quelques séquences/passages obligés du genre (les zombies eux-mêmes, un Paris vidé de ses habitants et livré à ces mêmes zombies, les attaques de zombies, le dégommage de zombies etc).

Cependant, j’y viens, le véritable intérêt du film est ailleurs : Sam est « bloqué » dans un appartement parisien et on va passer 1h30 en sa seule compagnie, ou presque. Parti-pris minimaliste donc, intimiste, voire austère, fort quoiqu’il en soit, qui fait de La Nuit a dévoré le monde un drame psychologique davantage qu’un survival.

Quand t’as bien l’intention de te faire la personne qui a choisi les rideaux

S’il fait le pari de ne pas singer ni marcher dans les pas d’Hollywood, une gageure mine de rien lorsqu’on réalise un film de genre, c’est pourtant bien à 2 films américains que La Nuit a dévoré le monde fait le plus penser. En premier lieu Seul au monde : les enjeux sont exactement les mêmes pour les personnages interprétés par Tom Hanks et Anders Danielsen Lie. Une fois la panique et la sidération sinon évacués, du moins sous contrôle, il faut survivre et surtout, organiser sa survie (trouver la nourriture, la rationner, s’aménager un cocon, se laver, s’occuper, tâcher de ne pas devenir fou, envisager un futur peut-être? etc). Mais comme on est en France et qu’on est pas des forcenés du placement de produit, c’est Denis Lavant, The Actor, qui interprète Wilson.

On pense aussi à cet autre beau film post-apocalypse, Je suis une légende, qui est quasiment cité par le personnage de Sam (avec cette fois un chat à la place du chien).
On peut penser à pas mal d’autres œuvres je suppose mais aucune ne s’impose comme une influence ou une référence majeure et ça c’est toujours une bonne chose: La Nuit a dévoré le monde se révèle peu à peu comme un film singulier, à la fois film de zombies donc, méditation existentielle, étude de caractère, parabole sur le protectionnisme et la peur de l’Autre, que sais-je encore.

Il vaut mieux le savoir avant d’aller voir le film: vu leurs réactions pendant et après la séance, pas mal de personnes dans la salle ont manifestement été surprises par la lenteur, la dimension contemplative et relativement anti-spectaculaire du film. Mais sachant cela, il faut aller voir La Nuit a dévoré le monde car il offre une vraie proposition de cinéma, qui se déploie sur la longueur, avec cohérence et conviction.

43 réflexions pendant la 43ème cérémonie des César

C’est devenu une coutume sur Grande remise, à tel point que presque 3 personnes me l’ont pour ainsi dire réclamé dans la semaine : le débrief de la Cérémonie des César.
Donc , comme l’an dernierl’année précédente et encore celle d’avant, n’importe quoi, n’importe comment sur la 43ème Cérémonie des César.

cesars

Le sympathique Manu Payet (prononcer « payett », comme Dimitri) succède donc à l’immonde Jérôme Commandeur.  C’est bieng.

Allez boum, comme d’hab’ ou presque, on attaque par un numéro chanté-dansé. Ambiance OscarsHollywood donc pour commencer. Bon.

Ambiance « Hollywood » qui cède vite la place à une ambiance « spectacle de fin d’année »: la cheaperie des costumes en carton-pâte… On dirait des Curly géants.

Ambiance « spectacle de fin d’année » qui cède tout aussi rapidement la place à une ambiance « c’est à chier ».

Isabelle Huppert est donc la bonne élève de l’année qui a gagné le droit d’être assise à côté de la Ministre de la Culture.

Après un numéro musical calamiteux, Payet rattrape bien le coup, malgré un stress évident. Bonnes vannes, bien senties, ça aide.

TRES bonne vanne sur l’égocentrisme de Nicolas Bedos, validée par la salle. Vas-y Manu, c’est bon.

Très bon passage sur Petit paysan également.

Wow Penelope Cruz quand même… Et puis y a pas à dire, ils forment un beau couple avec Javier Bardem.

Premier hommage de la soirée, consacré à Jeanne Moreau. Suis je un traître à la Nation si je dis que sa disparition ne m’a pas vraiment touché? Grande dame, grande actrice bien sûr mais bon… Je ne retiens vraiment que le Journal d’une femme de chambre en fait…

Evidemment, extrait de son duo avec Vaness sur Le Tourbillon de la vie. Du coup je crains un retour plateau avec sa reprise en version slam par Grand Corps Malade et la Cotillard.

Hein??? Vanessa Paradis présidente de la soirée??? Madame Benchetrit? Un amour de sorcière? Sous les jupes des filles? Putain… Loi travail,  statut des cheminots et maintenant ça??? Merci Macron.

La sublime plastique de Juliette Binoche dans Un beau soleil intérieur m’avait fait oublier à quel point cette femme, et cette actrice, était irrémédiablement chiante.

C’est (vraiment) parti, première récompense de la soirée pour 120 Bpm: Nahuel Perez Biscayart, hyper prévisible. J’avais pas remarqué jusqu’à ce soir qu’il avait un très léger accent sud-américain (il est argentin).

C’est nouveau la musique qui est lancée pour couper la chique aux discours trop longs non? On va pas se mentir: comme Michel, je suis pour même si à 2 reprises elle se lancera à des moments plutôt inopportuns.

Le tunnel des César techniques récompense bien sûr majoritairement le Dupontel. Incompréhensible que Caroline Champetier n’ait pas eu le César de la meilleure photo pour les Gardiennes.

Laurence Ferrari fait partie des invités. Ok.

Drôle, provocante et subversive (rire de la cause tout en la soutenant), Blanche Gardin au-dessus du lot.

Révélation féminine, Camelia Jordana. J’aurais préféré Iris Bry mais c’est mérité. Nous on méritait pas qu’elle nous inflige ce look de merde en revanche.

« C’est le moment #balancetonporc. Les nommés sont… » Bien Manu, bien. Il est de plus en plus à l’aise, toujours aussi drôle sans jamais tirer la couverture à lui, impeccable le type.

Et Pascal Elbé qui vient comme chaque année remettre son trophée, pepouze. Il couche avec Terzian ou quoi? J’ai vérifié du coup: en 2017 il est apparu dans Knock et dans L’Araignée rouge (??): suuuuuuuupeeeeeeeer.

Aaaah, bien le sketch Bureau des légendes, très bien même.

Et le sketch qui suit avec Eddy Mitchell!

Quelle émotion Arnaud Rebotini… (meilleure musique). Ca fait plaisir à voir. Et puis quelle allure ! Allez les hipsters, soyez gentils, rasez vos 3 pauvres poils au-dessus de la lèvre et laissez les moustaches aux hommes.

Fidèle à sa réputation, Louis Garrel a donc choisi de porter en col roulé noir. Il cherche un peu non ? Enfin, il est quand même beau ce salaud.

Encore un très bon passage de Manu Payet (La saucisse)

Nouveau prix: le César du public. La liste des nommés fait mal aux yeux (Valérian, Alibi.com). L’extrait de Raid Dingue, le lauréat, est fascinant de nullité: merci, j’ai hyper envie de le voir maintenant. César remis par Line Renaud.

D’ailleurs c’est quoi sa position à Line dans l’affaire de l’héritage de Johnny? Les Français ont le droit de savoir.

Je me souviens qu’au tout tout début, je l’aimais bien Dany Boon. Je le trouvais (un peu) original, (un peu) drôle. Je me souviens de ça et j’ai honte de moi.

OK, c’est donc maintenant, là, tout de suite: Dany BoonLine Renaud, LE passage très gênant et interminable de la soirée. Le plan de coupe sur Manu Payet, drôle, vif, pertinent lui, fait mal.

Quand tu te demandes si c’est la robe qui est à chier ou si elle est enceinte

Oh Penelope… Quel beau discours, simple, naturel ❤ Sa maman, son mari, le grand Pedro (Almodovar) dont j’aime tant les films… Ils font venir le roi Juan Carlos ou Iker Casillas et je décède d’émotion.

Petit paysan, meilleur premier film ! Ca veut dire qu’il aura pas le César du Meilleur film mais ça fait plaisir quand même.

Beau discours d’Hubert Charruel, simple et naturel lui aussi.

Olga Kurylenko, sublime beauté slave. Présence un peu surprenante d’ailleurs non ? D’autant qu’elle est arrivée par surprise, sans applaudissements ni rien… Enfin, elle est sublime. A noter un sens de la mode très slave lui aussi avec une robe Desigual bien dégueulasse.

Et on continue dans l’hommage aux années 80 avec le duo Pierre RichardSophie Marceau. Cohérents jusqu’au bout, ils nous gratifient d’un petit numéro bien daté lui aussi, bien pas-drôle-du-tout.

Manu Payet dans le prochain NakacheToledano, on parie ? Il est bon putain. Et les plans de coupe les montre toujours morts de rire.

LAETITIA PARTOUT JUSTICE NULLE PART: oui, j’ai un faible pour Laura Smet.

C’est une évidence, mais c’est quand même incroyable comme Sara Giraudeau est la fusion parfaite des ses 2 parents.

Pascal Elbé a son pendant féminin: Elsa Zylberstein. Quasiment disparue des radars, toujours remettante d’un prix. Comprends pas.

Comme souvent, j’ai rien à dire sur les derniers César, les plus importants, qui s’enchaînent très vite alors qu’on a pris 3 heures pour en décerner 4 et demi.

Qu’est-ce qu’elle est menue Isabelle (Huppert) quand même… Tiens ça me fait penser que j’ai revu La Ritournelle l’autre soir: c’est vraiment un chouette film et elle y est à croquer.

Et c’est fini, avec le discours aussi irréprochable et inattaquable qu’ennuyeux de l’équipe de 120 Bpm.

Bon ben c’était cool ! 120 Bpm grand vainqueur, suivi de près par Au Revoir là-haut mais de belles récompenses pour Petit paysan, mon préféré, ça fait plaisir. Et un excellent Manu Payet, à la fois drôle, vif, moqueur et bienveillant, qui, surtout, n’a jamais vampirisé la cérémonie (coucou Florence Foresti). J’ignore comment il a été reçu par les décideurs et le public mais si ça tenait qu’à moi, il remettrait ça l’an prochain.

Pronostics César 2018

Cette année, j’ai décidé non pas de dissoudre l’Assemblée Nationale mais de livrer mes pronostics sur les nominations aux César dont la cérémonie aura lieu demain soir. Débrief de la cérémonie (présentée cette année par le sympathique Manu Payet, déjà un bon point par rapport à l’an dernier) si j’ai le temps pendant le weekend.
J’ai pas vu tous les films (Patients? Le film de Grand Corps Malade? Sans déconner?) mais le jour où on pourra pas critiquer sans savoir, ça sera le début de la fin.

  • Meilleur film :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Le Brio
    Patients
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

Souhait: Petit paysan, haut la main. Un film très « cinéma français 2018 » en plus, qui colle vraiment à son époque je trouve. Ce qui peut-être perçu comme un défaut aussi, je te l’accorde.
Vainqueur probable: 120 Bpm. Sans appel je suppose.

 

  • Meilleure actrice :
    Jeanne Balibar (Barbara)
    Juliette Binoche (Un beau soleil intérieur)
    Emmanuelle Devos (Numéro Un)
    Marina Foïs (L’Atelier)
    Charlotte Gainsbourg (La Promesse de l’Aube)
    Doria Tillier (Monsieur & Madame Adelman)
    Karine Viard (Jalouse)

Souhait: que Doria Tillier ne soit pas nommée (non mais sans déconner… direct « meilleure actrice », sans passer par la case « meilleur espoir féminin »? En vertu de quoi? J’ai rien contre elle mais c’est n’importe quoi) et que Nicolas Bedos n’ait jamais existé. Mais c’est pas la question. Je dirais donc Juliette Binoche, sur des critères purement hetero-beaufs.
Vainqueur probable: Balibar l’a pas déjà eu? Si oui, Binoche, sinon ça sera Balibarbara. Biopic, biopic d’auteur, faux-biopic d’auteur, faux biopic d’auteur d’artiste inattaquable, faux biopic d’auteur d’artiste inattaquable réalisé par son ex, n’en jetez plus.

Malgré une scène de danse AVEC LES YEUX FERMES

 

  • Meilleur acteur :
    Swann Arlaud (Petit Paysan)
    Daniel Auteuil (Le Brio)
    Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la fête)
    Albert Dupontel (Au Revoir là-haut)
    Guillaume Canet (Rock’n’Roll)
    Louis Garrel (Le Redoutable)
    Reda Kateb (Django)

Souhait: Swann Arlaud, à la fois charismatique, naturel et interprète. Prestation de haut vol.
Vainqueur probable: Bacri, pour une forme de consécration. En plus il sera pas là, donc les réacs diront encore « et voilà, bravo la France, les mecs sont payés des fortunes et ils font la gueule, pas foutus de se déplacer » et blablabla. Et tout le monde est content.

L’Homme qui a vu la bête

 

  • Meilleure actrice dans un second rôle :
    Laure Calamy (Ava)
    Anaïs Demoustier (La Villa)
    Sara Giraudeau (Petit Paysan)
    Adèle Haenel (120 Battements par minute)
    Mélanie Thierry (Au Revoir là-haut)

Souhait: Laure Calamy, assez insupportable en mère borderline mais ça serait une belle reconnaissance pour cette actrice toujours impeccable chez tout le monde.
Vainqueur probable: les yeux grands ouverts d’Adèle Haenel.

 

  • Meilleur acteur dans un second rôle :
    Niels Arestrup (Au Revoir là-haut)
    Laurent Lafitte (Au Revoir là-haut)
    Gilles Lellouche (Le Sens de la fête)
    Vincent Macaigne (Le Sens de la fête)
    Antoine Reinartz (120 Battements par minute)

Souhait: Macaigne, même s’il macaignise à mort dans ce rôle (et film) paresseux.
Vainqueur probable: Macaigne, en mode adoubement-par-l’establishment-du-chien-fou-longtemps-underground.

 

  • Meilleur espoir féminin :
    Iris Bry (Les Gardiennes)
    Laetitita Dosch (Jeune Femme)
    Eye Haidara (Le Sens de la fête)
    Camélia Jordana (Le Brio)
    Garance Marillier (Grave)

Souhait: Iris Bry, une vraie révélation pour le coup, bluffante dans un rôle super grave qu’elle endosse avec une innocence et un aplomb remarquables.
Vainqueur probable: Laetitia Dosch pour ce que je pressens être LE grand moment de gêne de la soirée lors de son discours de remerciement (à moins bien sûr qu’on ait droit à la présence de Marion Cotillard pour une raison x ou y). Sinon Camelia Jordana, qui le mériterait tant elle est remarquable dans un rôle pas facile qui prêtait le flanc à la caricature.

Et pas de nomination pour Laura Smet… LAETITIA SALOPE !!!

 

  • Meilleur espoir masculin :
    Benjamin Lavernhe (Le Sens de la fête)
    Finnegan Oldfield (Marvin ou la belle éducation)
    Pablo Pauly (Patients)
    Nauel Pérez Biscayart (120 battements par minute)
    Arnaud Valois (120 battements par minute)

Souhait: aucun.
Vainqueur probable: Nauel Pérez Biscayart, vainqueur quasi annoncé; les autres, inutile de vous déplacer.

 

  • Meilleure réalisation :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Grave
    Petit Paysan
    Le Redoutable
    Le Sens de la fête

Souhait: Je vais pas tout attribuer à Petit paysan… Grave est un peu trop Femis à mon goût et je n’ai pas aimé Barbara mais je salue le vrai parti-pris de ce dernier. Alors va pour Amalric.
Vainqueur probable: 120 Bpm (baîllements)

 

  • Meilleur film étranger :
    Le Caire Confidentiel
    Dunkerque
    L’échange des princesses
    Faute d’amour
    La La Land
    Noces
    The Square

Souhait: La La Land… Ah non pardon, je m’ai trompé, Dunkerque.
Vainqueur probable: La La Land. Ah non pardon, je m’ai trompé, The Square.

 

  • Meilleur premier film :
    Grave
    Jeune femme
    Monsieur & Madame Adelman
    Patients
    Petit Paysan

Souhait: qu’on fasse monter Nicolas Bedos sur scène pour lui faire croire qu’il a gagné puis qu’on lui dise « haha mais va crever grosse merde! » et qu’on l’éjecte à grands coups de pieds au cul. Sinon, Petit Paysan, qui d’autre sans déconner?
Vainqueur probable: Grave, pour montrer qu’on sait s’encanailler dans l’establishment.

Ce type me rend violent.

 

  • Meilleur scénario original :
    120 Battements par minute
    Barbara
    Grave
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

Souhait: dois-je vraiment le préciser?
Vainqueur probable: Le sens de la fête, pour montrer qu’on sait être populaire dans l’establishment. Et qu’on soutient l’effort national.

 

  • Meilleure adaptation :
    Au Revoir là-haut
    Les Gardiennes
    Patients
    La Promesse de l’aube
    Le Redoutable

J’ai lu aucun des bouquins donc je me prononcerai pas. C’est le Dupontel qui l’aura j’imagine.

 

  • Meilleur musique originale :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Grave
    Petit Paysan
    Visages Villages

Souhait et vainqueur probable: 120 Bpm, Arnaud Rebotini, irréprochable.

 

  • Meilleur son :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Grave
    Le Sens de la fête

Pas d’avis sur celui là.

 

  • Meilleur film d’animation :
    Le Grand méchant renard et autres contes
    Sahara
    Zombillénium

Je n’ai vu que Le Grand méchant renard qui est plutôt original et mignon.

 

  • Meilleur court-métrage d’animation :
    Le futur sera chauve
    I want Pluto to be a planet again
    Le jardin de minuit
    Pépé le Morse

J’en ai vu aucun

 

  • Meilleur film documentaire :
    12 jours
    A voix haute, la force de la parole
    Carré 35
    I am no your negro
    Visages Villages

Idem

 

  • Meilleur film de court-métrage :
    Les Bigorneaux
    Le Bleu blanc rouge de mes cheveux
    Debout Kinshasa
    Marlon
    Les Misérables

Pareil que Miguel

 

  • Meilleur montage :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

M’en cogne un peu mais celui du Sens de la fête donne au film son rythme assez impeccable.

 

  • Meilleure photographie :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Les Gardiennes
    Le Redoutable

Souhait: Les Gardiennes, qui parvient à évoquer L’Angelus de Millet et à s’en affranchir en même temps. Superbe travail de la grande Caroline Champetier.
Vainqueur probable: Au Revoir là-haut

 

  • Meilleurs décors :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut, Barbara
    La Promesse de l’aube
    Le Redoutable

Souhait: Le Redoutable, parce que la reconstitution est impeccable et parce que ça ferait chier pas mal de monde que le film reparte malgré tout avec une récompense.
Vainqueur probable: Au Revoir là-haut. La rédaction (et la lecture peut-être) de ce billet ressemble au visionnage de la cérémonie: tu démarres plein d’enthousiasme, assez rapidement tu trouves le temps long et tu finis en expédiant les dernières catégories.

 

  • Meilleurs costumes :
    120 Battements par minutes
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Les Gardiennes
    La promesse de l’aube

C’est une blague d’avoir nommé 120 Bpm? M’en fous un peu sinon. C’est le Dupontel qui l’aura évidemment.

Phantom Thread – critique

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Sans spoilers.

Paul Thomas Anderson fait partie avec Christopher Nolan et David Fincher des réalisateurs contemporains bénéficiant d’une quasi-unanimité à la fois chez les critiques et chez les cinéphiles. Perplexité granderemisque mais je n’en dis pas plus, j’aurais l’impression de me répéter. Il est quand même celui que je déteste le moins : je peux même dire que j’aime beaucoup 2 de ses films (Boogie Nights et Punch Drunk Love) alors que j’avais été agréablement surpris par The Master. Ses 2 films les plus plébiscités en revanche (Magnolia et There Will Be Blood) ont été des calvaires.

Tout ça pour dire que c’est quand même un type dont je continue à voir les films car je les trouve toujours un minimum intéressants et en tout cas moins prétentieux que ceux des 2 couillons cités en ouverture. Je pense qu’il a du talent, qu’il choisit toujours très bien ses interprètes et les dirige parfaitement.

Je restais sur une grosse déception (Inherent Vice, adaptation du polar trancoolos de Thomas Pynchon, une purge) et malgré ça, je le sentais hyper bien ce Phantom Thread : le cadre (Angleterre, années 50), la promesse d’une belle direction artistique (Daniel Day-Lewis y interprète donc un couturier dans la haute-société londonienne), une bande-annonce bien fichue qui, c’est de plus en plus rare, se contente d’intriguer, de créer un certain mystère, sans dévoiler tout le film.

Et malgré ça, bis, j’ai quand même été agréablement surpris. Je dirais même qu’il s’agit du meilleur film d’Anderson : à la fois le plus cohérent, le plus exhaustif, le plus maîtrisé et le plus humain.

Le réalisateur y aborde à nouveau sa thématique favorite, celle du maître et de l’élève, et des rapports ambigus qui peuvent s’instaurer entre les 2 partis. Mais cette fois, le contexte choisi s’y prête merveilleusement (contrairement à There Will Be Blood ou même The Master) : un couturier démiurge et maniaque prend sous son aile une « pauvre » serveuse qu’il va faire entrer dans son monde, personnel et professionnel. Ce thème de prédilection, il le déplace en outre légèrement, ce qui lui permet à la fois d’approfondir et de renouveler son propos: le maître Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) et l’élève, Alma (Vicky Krieps) tombent amoureux l’un de l’autre, sous l’oeil tour à tour perplexe, protecteur, hostile, désabusé de la soeur de Reynolds, Cyril (Lesley Manville).

Sans vouloir trop en dévoiler, PTA me semble cette fois aller au bout de sa logique, de manière à la fois sensée et sensible. Il le fait avec intelligence donc mais également avec humour : voir les quelques ponctuations franchement comiques, qui peuvent paraître un peu too much mais qui permettent de désamorcer un peu la gravité du récit, d’y ouvrir une petite fenêtre en quelque sorte, de la même manière que cette belle demeure londonienne bénéficierait d’un petit courant d’air ponctuel et salutaire.
Voir, surtout, le « twist » (à défaut d’un terme plus approprié) par le biais duquel le film finit de trouver son sujet, en même temps que le couple son essence. C’est tout aussi beau, émouvant et tordu que grotesque et ça finit de révéler que le cinéaste est capable de ne pas se prendre trop au sérieux (même si ce qu’il dit de sa vision d’un couple est avant tout surprenant, fin et profond, qu’on soit d’accord).

Il n’est pas bien difficile par ailleurs de voir dans ce portrait de créateur total, tout entier dévoué à son art (qui est aussi un artisanat : belle place ménagée à l’écran aux couturières et petites mains, c’est très élégant de la part du réalisateur), un auto-portrait de PTA en cinéaste perfectionniste, maniaque encore, voire control-freak, incarné par un acteur perfectionniste, maniaque et control-freak lui aussi, Daniel Day-Lewis (magistral, évidemment). Pas difficile de voir non plus qu’il y évoque son propre couple, lui aussi improbable, puisqu’il vit depuis de nombreuses années maintenant avec Maya Rudolph, ex-pensionnaire loufoque du Saturday Night Live (la mariée dans Mes meilleures amies pour situer encore mieux). Un cinéaste qui nous dit donc en creux qu’il a appris à lâcher prise, pour son bien-être sans doute mais aussi pour celui de son art. On est loin de l’auto-célébration adolescente et complaisante de Mother !

Un mot enfin sur la direction artistique, à tomber, d’un raffinement exquis : les années 50 représentent probablement avec les années 60 une sorte d’apogée en termes de style et d’élégance, PTA se hisse à la hauteur de la reconstitution. Et là aussi, il est incroyablement cohérent : pas un hasard s’il choisit cette époque (la révolution du New Look n’a pas encore eu lieu) et ce couturier-là, désuet et visiblement très attaché à l’Ancien Monde, qui habille surtout les aristocrates, et dont la carrière est probablement sur le déclin : voir le passage, hilarant, durant lequel sa soeur annonce à Reynolds Woodcock qu’une cliente a décidé de s’habiller ailleurs et qu’il s’emporte à l’évocation du terme « chic ». C’est remarquable.

Quelques beaux photogrammes pour clore ce billet donc puisque outre la qualité du film en termes d’écriture, de mise en scène, d’interprétation, Phantom Thread est le plus beau film (au sens purement esthétique tu terme) que j’ai vu depuis Le Grand Hôtel Budapest.

Mon rêve 16

Aujourd’hui, je reçois Michel Polnareff.

Je le reçois dans mon vrai chez moi actuel. Je crois bien que c’est la 1ère fois que je rêve de mon nouvel appart (j’y suis depuis 7 mois), c’est une date !

C’est le Polnareff actuel: âgé et pas en grande forme. Il est assis tout penaud sur mon canapé, il dit rien, comme shooté aux medocs ou comme un enfant qui aurait peur de se faire engueuler s’il ne se tient pas bien.

Car il est pas venu seul Michel: il est accompagné de son assistante, une caricature d’assistante comme je n’en ai vu/lu que dans les fictions puisque je ne fais pas partie du chobizenesse. Elle arrête pas de déblatérer sur tout et rien, elle répond à sa place, elle se la raconte, elle raconte Michel, elle est affectée, désagréable. En un mot, elle est insupportable.

Bon, je prends sur moi parce que je suis quand même dans mes petits souliers: même s’il me fait aujourd’hui plus de peine qu’autre chose, Polnareff, merde, c’est quelqu’un dont j’affectionne, admire même, beaucoup de titres. Je fais ce qu’on fait en 2018 quand on reçoit quelqu’un : je lui propose un Nespresso.

J’en propose pas à son assistante note, et elle m’en demande pas non plus. Bon. « Un court ou un long? » C’est évidemment elle qui répond: elle me sort tout un laïus imbitable (et dont je ne me souviens pas vraiment) sur les mérites de tel ou tel arôme blablabla. Du coup, faut qu’à mon tour je lui fasse l’article et lui détaille tout ce que je peux lui proposer en court, en long, en fort, en moins fort etc etc, j’en peux plus.

« Un long », finalement. OK, je prépare un long. Je l’apporte sans trop de cérémonial: je vais pas non plus sortir toute l’argenterie familiale que je ne possède de toutes façons pas. Je tends la tasse à Michel, toujours catatonique le pauvre. Son assistante intercepte: « vous permettez? » Elle veut goûter avant que Son Altesse Le Roi des Fourmis n’y trempe ses lèvres siliconées. Elle goûte donc et recrache illico. « Non mais j’hallucine trop, c’est une blague?!?! » Elle est inarrêtable: et c’est vraiment dégueulasse, mais ça va pas de servir un truc comme ça, c’est Monsieur Polnareff quand même etc etc.

Ni une ni deux, je lui prends la tasse des mains pour verser le café sur ses chaussures de créateur à 4000 boules. Elle bronche pas. Et pour cause: quand je baisse les yeux pour constater les dégâts, je vois que ce ne sont pas ses pompes qui sont souillées mais les mocassins blancs de Polnareff. Toujours stoïque et silencieux, il se lève et sort de l’appartement.

Et je me réveille.

Wonder Wheel – critique

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses. (Allociné)

Peut-on continuer à aller voir les films de Woody Allen ou doit-on les boycotter ?

Non, je déconne.

A moitié: j’avoue avoir été (un peu) plus sérieusement interpelé à la lumière des récents éclairages apportés par Dylan Farrow. Je pense également à cet article paru dans le Nouvel Obs.
Éclairages sur un personnage et des films qu’on ne découvre pas, évidemment : pour ne parler que de son oeuvre, j’ai toujours trouvé hallucinant qu’un film aussi… limite on va dire, sur le fond, que Manhattan, soit unanimement salué sans ciller. M’enfin, c’est pas le débat. Pas ici en tout cas si tu connais un peu le blog.

Wonder Wheel donc, livraison allenienne (quasi) annuelle.

J’ai aimé.
Dans la lignée des précédents sur le fond (sombre donc), sensiblement différent sur la forme: le personnage (très bien) interprété par Justin Timberlake, aspirant écrivain/dramaturge admire Eugene O’Neill, dramaturge dont Allen s’est manifestement et ouvertement inspiré. Ainsi, le personnage de femme déçue (par la vie, par les hommes) interprété par Kate Winslet (très bien aussi) qui continue à entretenir l’espoir coûte que coûte avant de se résoudre au désespoir pourrait figurer dans les pièces d’O’Neill. On pense également à Tennessee Williams et on a sans doute raison de le faire.

L’affiche de Winchester 73 en arrière-plan

Le théâtre inspire également la mise en scène de Wonder Wheel, avec ces personnages qu’on enferme constamment (dans un appartement, une voiture, un jardin même, qui paraît étrangement clôt) et qui se voient contraints dans leurs actions et leurs déplacements par les décors, par les limites de la scène.

C’est aussi pour moi la limite du film et de son propos : la théâtralité de Wonder Wheel, drame situé dans le Coney Island des années 50 + les références appuyées à Eugene O’Neill + la lumière évoquée dans quasiment toutes les critiques et qui est effectivement superbe, telle des poursuites de différentes couleurs et tonalités dirigées sur les personnages, en font un objet extrêmement cohérent certes mais presque redondant.

J’ai la même réserve concernant le personnage et l’interprétation de Kate Winslet. Dans Blue Jasmine, le film dont le propos se rapproche sans doute le plus de Wonder Wheel, l’héroïne se comporte constamment comme si elle était en position de force (en réalité elle se raconte des mensonges), ce qui rend le regard du cinéaste très ironique. Jasmine n’a jamais conscience du drame qui l’attend et c’est ainsi que Cate Blanchett l’interprète à merveille: la conclusion en devient d’autant plus abrupte et violente à mon sens.

Légende hétéro-beauf à insérer soi-même dans sa tête

Ici, on est dans la  tragédie pure, au sens tragédie antique du terme s’entend : le personnage de Ginny (interprété par Kate Winslet donc) se sait perdu d’avance, le désespoir de la conclusion saisissent moins (me saisit moins en tout cas) puisqu’elle portait le drame en elle mais ne faisait que tenter de le repousser.

Enfin, ces réserves sont probablement dues à ma sensibilité personnelle. L’effet de (bonne) surprise joue également : je n’attendais rien de Blue Jasmine alors que Wonder Wheel partait gagnant à l’avance, jouant sur un decorum et une direction artistique (les années 50 pour faire court) auxquels je suis sensible. Bonne surprise d’un côté, (toute) petite déception de l’autre.
Car ça reste un bon, voire très bon Woody Allen, avec un quatuor d’interprètes principaux assez remarquable pour ne pas dire plus (Winslet et Timberlake auxquels s’ajoutent Juno Temple et un James Belushi en plein retour de hype après son rôle dans la saison 3 de Twin Peaks), et l’un des films à voir dans un début d’année assez mollasson qui semble enfin se réveiller (l’excellent Revenge et le saisissant Jusqu’à la garde dont je toucherai 2 mots si j’ai le temps).