Wonder Wheel – critique

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses. (Allociné)

Peut-on continuer à aller voir les films de Woody Allen ou doit-on les boycotter ?

Non, je déconne.

A moitié: j’avoue avoir été (un peu) plus sérieusement interpelé à la lumière des récents éclairages apportés par Dylan Farrow. Je pense également à cet article paru dans le Nouvel Obs.
Éclairages sur un personnage et des films qu’on ne découvre pas, évidemment : pour ne parler que de son oeuvre, j’ai toujours trouvé hallucinant qu’un film aussi… limite on va dire, sur le fond, que Manhattan, soit unanimement salué sans ciller. M’enfin, c’est pas le débat. Pas ici en tout cas si tu connais un peu le blog.

Wonder Wheel donc, livraison allenienne (quasi) annuelle.

J’ai aimé.
Dans la lignée des précédents sur le fond (sombre donc), sensiblement différent sur la forme: le personnage (très bien) interprété par Justin Timberlake, aspirant écrivain/dramaturge admire Eugene O’Neill, dramaturge dont Allen s’est manifestement et ouvertement inspiré. Ainsi, le personnage de femme déçue (par la vie, par les hommes) interprété par Kate Winslet (très bien aussi) qui continue à entretenir l’espoir coûte que coûte avant de se résoudre au désespoir pourrait figurer dans les pièces d’O’Neill. On pense également à Tennessee Williams et on a sans doute raison de le faire.

L’affiche de Winchester 73 en arrière-plan

Le théâtre inspire également la mise en scène de Wonder Wheel, avec ces personnages qu’on enferme constamment (dans un appartement, une voiture, un jardin même, qui paraît étrangement clôt) et qui se voient contraints dans leurs actions et leurs déplacements par les décors, par les limites de la scène.

C’est aussi pour moi la limite du film et de son propos : la théâtralité de Wonder Wheel, drame situé dans le Coney Island des années 50 + les références appuyées à Eugene O’Neill + la lumière évoquée dans quasiment toutes les critiques et qui est effectivement superbe, telle des poursuites de différentes couleurs et tonalités dirigées sur les personnages, en font un objet extrêmement cohérent certes mais presque redondant.

J’ai la même réserve concernant le personnage et l’interprétation de Kate Winslet. Dans Blue Jasmine, le film dont le propos se rapproche sans doute le plus de Wonder Wheel, l’héroïne se comporte constamment comme si elle était en position de force (en réalité elle se raconte des mensonges), ce qui rend le regard du cinéaste très ironique. Jasmine n’a jamais conscience du drame qui l’attend et c’est ainsi que Cate Blanchett l’interprète à merveille: la conclusion en devient d’autant plus abrupte et violente à mon sens.

Légende hétéro-beauf à insérer soi-même dans sa tête

Ici, on est dans la  tragédie pure, au sens tragédie antique du terme s’entend : le personnage de Ginny (interprété par Kate Winslet donc) se sait perdu d’avance, le désespoir de la conclusion saisissent moins (me saisit moins en tout cas) puisqu’elle portait le drame en elle mais ne faisait que tenter de le repousser.

Enfin, ces réserves sont probablement dues à ma sensibilité personnelle. L’effet de (bonne) surprise joue également : je n’attendais rien de Blue Jasmine alors que Wonder Wheel partait gagnant à l’avance, jouant sur un decorum et une direction artistique (les années 50 pour faire court) auxquels je suis sensible. Bonne surprise d’un côté, (toute) petite déception de l’autre.
Car ça reste un bon, voire très bon Woody Allen, avec un quatuor d’interprètes principaux assez remarquable pour ne pas dire plus (Winslet et Timberlake auxquels s’ajoutent Juno Temple et un James Belushi en plein retour de hype après son rôle dans la saison 3 de Twin Peaks), et l’un des films à voir dans un début d’année assez mollasson qui semble enfin se réveiller (l’excellent Revenge et le saisissant Jusqu’à la garde dont je toucherai 2 mots si j’ai le temps).

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