Red Oaks – critique

Durant l’été 1985, David Myers, 20 ans, décroche un emploi saisonnier dans un country club du New Jersey majoritairement fréquenté par des juifs. Entre des clients pas toujours faciles et des employés pas toujours sympathiques, le jeune homme tente de découvrir quelle direction donner à sa vie. (Allociné)

Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé séries. J’imagine qu’aucune ne m’a vraiment marqué ces derniers mois mais le fait est que j’en vois relativement peu désormais : je trie davantage, je ne me rue pas sur la dernière nouveauté qui fait l’événement comme ça a pu être le cas à une époque. Et malgré ça, je suis pas à l’abri d’une déception, comme avec l’over-hypée The End of the Fucking World qui ressemble davantage à un véhicule pour b.o. cool qu’à la série trop-géniale-coup-de-poing-dans-ta-gueule que beaucoup ont décrite.

Et parfois, LA bonne surprise, LA série qui tombe au bon moment: Red Oaks donc.

Elle a été créée par Joe Gangemi et Gregory Jacobs: ce dernier est notamment un fidèle de Steven Soderbergh (en tant que producteur) et il a également réalisé Magic Mike XXL.
Red Oaks a pourtant souvent été présentée comme la série de David Gordon Green qui est de fait crédité en tant qu’executive producer (LE crédit à surveiller au générique d’une série après l’évident « created by ») et a réalisé plusieurs épisodes. On retrouve également derrière la caméra des pointures telles que Gregg Araki, Amy Heckerling ou Hal Hartley (!!!). Elle s’est achevée fin 2017 après 3 saisons et 26 épisodes de 25 minutes (en moyenne). Voilà pour les faits.

On pourrait dire en synthétisant à l’extrême que Red Oaks est l’équivalent pour la comédie des années 80 de ce que Stranger Things est au cinéma fantastique de ces mêmes années. Alors qu’est ce qui fait que je me sois autant régalé, que je vois ici de l’hommage, de la fraîcheur, de la mélancolie et aucune nostalgie alors que je n’ai vu dans Stranger Things que pastiche, fétichisme et cynisme (à tel point que je n’ai pas vu et que je n’ai aucune envie de voir la saison 2) ? Difficile à dire…

C’est sans doute dû, en partie, à des raisons purement subjectives. UNE raison en vérité: les teen movies et notamment le coup du dernier-été-insouciant-avant-la-vie-adulte, du genre dit « coming of age » comme disant les anglo-saxons et qu’on pourrait traduire par « récit d’apprentissage », je marche à fond. Le coup du héros un peu terne, un peu effacé, sans trop de relief mais plein de ressources, auquel le public peut d’autant mieux s’identifier, idem. Celui du geek moche et maladroit mais brillant qui emballe la belle du lycée, itou.

Oui, Red Oaks est bourrée de personnages archétypaux, vus et revus mille fois déjà, notamment dans les comédies de John Hughes (The Breakfast Club, Pretty in Pink etc), référence évidente. Mais elle parvient à la fois à dérouler un récit balisé et à surprendre par petites touches subtiles : David, le héros, pro de tennis l’été mais aspirant réalisateur, est obsédé par Truffaut et Rohmer. Wheeler, le geek fumeur de beuh (et improbable fusion Guillaume Gallienne+Jonah Hill), de Roxy Music. De même dans le parcours de certains personnages: sans vouloir trop spoiler, Barry, le photographe queutard, fera sans doute un mari parfait, Karen, la gentille bimbo aspirante infirmière, rêve d’une vie rangée et conventionnelle mais  n’est pas moins assaillie de doutes que l’adolescent(e) le plus torturé, etc.
Parfois encore, certaines scènes ne semblent rimer à rien: pas vraiment de gag ni de punchline, on montre simplement le personnage dans son quotidien, personnel ou professionnel, ou alors on coupe 2-3 secondes plus tard que ce à quoi on pourrait s’attendre, simplement pour rester avec lui/elle, ses doutes, sa joie ou sa tristesse. Et si la série prend pour cadre les années reaganiennes et le country-club d’une banlieue cossue du New Jersey, elle ne verse jamais dans la fétichisation des accessoires et donc la nostalgie alors qu’il serait facile d’accentuer, relever, moquer, telle ou telle coupe de cheveu ou tenue aujourd’hui improbable.

L’épisode 7 de la saison 1 est l’un des plus étonnants et résume bien la tonalité et l’équilibre atteint par Red Oaks à partir de sensibilités et d’approches diamétralement opposées: l’intrigue reprend celle de Freaky Friday, avec cette fois David, le jeune homme, qui se retrouve dans la peau de son père et inversement. C’est touchant bien sûr puisqu’une fois les choses rentrées dans l’ordre, chacun sera parvenu à entrer en empathie avec l’autre, mais c’est avant tout drôle et cocasse évidemment. Et là, bim, l’épisode se clôt sur le Marquee Moon de Television… Quel grand écart ! Mais c’est précisément ça le truc : Red Oaks est une série grand public, avec des ressorts grands publics mais écrite/réalisée par des personnes (David Gordon Green, Hal Hartley, Gregg Araki) à la forte sensibilité d’auteur. De même, la bo mêlera aussi bien pop/rock FM lourdingue (putain, Billy OceanLoverboy, fallait la ressortir celle là) que choix plus exigeants (OMD, New Order, Aztec Camera, Woodentops, Talking Heads, Love and Rockets pour n’en citer que quelques uns). Les 2 pôles (l’un populaire, l’autre plus pointu) s’équilibrent à merveille: aucune distance ou ironie ici, pas plus que de facilité ni de concession, simplement l’envie de raconter une histoire éternelle, celle d’un jeune homme qui doit trouver sa place dans le vaste monde.

Cette sincérité, cette justesse constantes, se retrouvent également dans les choix de caractérisation des divers personnages: certes, Red Oaks a pour cadre principal un country club (tennis, golf, piscine, cours d’aerobic, bronzette, mimosas et salades caesar) pour riches résidents d’une banlieue du New Jersey et on s’intéresse à certains de ses clients mais les vrais héros sont les adolescents employés pendant l’été et qui n’ont rien de show biz kids eux: David, le héros, dont le père a subi une crise cardiaque et a dû fermer son cabinet comptable et la mère au foyer a dû reprendre un travail, Wheeler, qui s’occupe seul (?) de ses petits frères et soeurs et de sa grand-mère grabataire, Misty, qui fait tout son possible pour fuir Red, le nouveau mec envahissant de sa mère, qui est du genre à toujours entrer « par accident » dans la salle de bains lorsqu’elle sort de la douche etc. Les années Reagan n’ont pas été fastes pour tout le monde, loin s’en faut, et même si son regard est toujours tendre, Red Oaks est loin de les glorifier .

Si l’équilibre et l’alchimie atteints par la série sont aussi remarquables, c’est aussi en grande partie grâce à son impeccable casting. Il mélange jeunes acteurs plus ou moins novices (Craig Roberts, interprète du héros, jouait par exemple dans Submarine, jolie wesandersonerie anglaise de 2011) et vieux briscards: Richard Kind, notamment vu dans Spin City, Paul Reiser, que j’avais pas revu depuis la sitcom Dingue de toi et Jennifer Grey, oui LA Jennifer Grey de Dirty Dancing. Tous dans des rôles à la fois bien caractérisés et archétypaux là aussi mais toujours subtilement esquissés. A noter également Gina Gershon, jamais aussi à l’aise que dans les rôles d’uber-pétasse.

Red Oaks n’est pas une grande série. C’est pas les Sopranos, c’est pas The Wire. Mais c’est encore mieux en un sens puisque c’est une belle série: drôle, émouvante, attachante. Elle laisse en bouche une sensation douce-amère, un goût sucré teinté de mélancolie, celui des étés parfaits dont on sait qu’ils ne reviendront pas:

« Every time I see your face
It reminds me of the places we used to go
But all I’ve got is a photograph
And I realize you’re not coming back anymore »

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