#46 Very Bad Trip

Au réveil d’un enterrement de vie de garçon bien arrosé, les trois amis du fiancé se rendent compte qu’il a disparu 40 heures avant la cérémonie de mariage. Ils vont alors devoir faire fi de leur gueule de bois et rassembler leurs bribes de souvenirs pour comprendre ce qui s’est passé. (Allociné)

Judd Apatow, qui est LE comedy maker le plus important et influent à Hollywood depuis une bonne dizaine d’années, n’aime pas ce film. Du tout. A tel point, l’histoire est désormais connue, qu’il lui en a inspiré un en réaction (le génial Mes meilleures amies).

En gros, Apatow reproche à Very Bad Trip sinon son machisme (ça serait de la mauvaise foi) du moins son apologie d’une camaraderie un peu trop virile, émanation des frat houses, ces immondes fraternités étudiantes remplies de garçons de bonnes famille testostéronés. Le côte « bros before hoes » en gros.

Quoiqu’il en soit, je ne vois rien de tout cela dans Very Bad Trip. Effectivement, les personnages féminins sont réduits à la portion congrue, mais ils ne sont pas rabaissés, moqués ou ridiculisés pour autant. Effectivement, les 2 gars déjà en couple dans la bande (Bradley Cooper et Ed Helms) ne sont pas les plus épanouis, voire se sentent piégés dans leur relation. Effectivement, c’est entre mecs qu’ils vont passer un weekend d’enterrement de vie de garçon mémorable à Las Vegas. Mais pas de misogynie manifeste dans Very Bad Trip, en tout cas c’est mon sentiment. Après, évidemment, le concept d’enterrement de vie de garçon à Vegas, c’est sûr, c’est pas ce qu’il y a de plus féministe…

En revanche ce que je vois, indépendamment de la drôlerie ou non de la chose qui dépendra de la subjectivité de chacun, c’est un film à la mécanique impeccablement huilée dans le genre « effet boule de neige » (un gag/une situation critique en entraîne une autre, qui en entraîne une autre etc etc). Avec, comme dans tout bon film de bande qui se respecte, une super alchimie entre les 3 acteurs, et comme dans toute bonne comédie qui se respecte, le second-voire-troisième-rôle-inattendu-qui-casse-la-baraque-à-chacune-de-ses-apparitions : ici le génial Ken Jeong qui a un peu capitalisé sur son personnage de tyran imprévisible notamment dans Community mais qui a pas mal disparu des radars ces derniers temps.

Enfin, puisque j’ai cité tous les rôles principaux (ça tombe bien que le futur marié disparaisse très rapidement et jusqu’à la fin car l’acteur est d’une grande fadeur. D’ailleurs 1. je me souviens pas de son nom 2. j’ai aucune envie d’aller chercher cette information), un mot quand même sur LA star du film, qui s’est révélée au grand public grâce à ce rôle, Zach Galifianakis. Jusque là, il a quelques petits rôles dans des sitcoms, quelques films et il fait du stand up: complètement barré, déjà, il se situe dans un registre à part, invectivant le public de façon très inconfortable et citant aussi bien Belle and Sebastian que Noam Chomsky. Il rôde le personnage de doux-dingue borderline et parfois franchement inquiétant qui fera sa renommée. La suite (Moi, Député avec Will Ferrell, la géniale série rétro-bobo Bored to Death ou encore l’OVNI Baskets) démontrera qu’il sait varier les registres. Génie, bien sûr.

Ce qui nous lie – avant-première Gaumont Toulouse

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.(Allociné)

Motivé par une première expérience concluante pour l’avant-première de Marie-Francine, le nouveau film de Valérie Lemercier, je me suis donc rendu à celle de Ce qui nous lie, le nouveau film de Cédric Klapisch. Un cinéaste pour lequel j’ai une estime toute relative : hormis Le péril jeune, pour lequel je garde une affection et une tendresse intactes, et, à un degré moindre, le sympathique Riens du tout, je n’aime aucun de ses films. Pour rester poli.

L’AP avait lieu dans la même salle et, grosse surprise, beaucoup plus de monde : Klapisch fait donc davantage recette que Lemercier. Ca me troue un peu le cul pour être honnête. Beaucoup plus de jeunes adultes aussi, le public de Lemercier était nettement plus âgé : sans doute des fans de L’Auberge espagnole qui ont découvert le film et son réalisateur adolescents ou jeunes étudiants.

Bon, le film. Horrible, ou pas loin. Je veux bien accorder un truc à Klapisch : c’est un excellent directeur d’acteurs, doublé d’un dialoguiste parfois brillant. Les 2 ensemble, ça donne quelques scènes au naturel confondant, et qui font mouche. Pio Marmaï prend ainsi avantageusement le relais de Romain Duris, comédien fétiche de Klapisch (trop vieux pour le rôle), Ana Girardot et François Civil sont également très bons. Mais le reste bordel…

Comme il l’expliquera lui-même par la suite, il voulait rompre avec sa routine, quitter la ville. Mais tel ces neo-ruraux qui cherchent coûte que coûte à retrouver le parfum et leurs réflexes citadins une fois installés à la campagne, Klapisch greffe ses tics de cinéaste urbain sur un cadre viticole : jump cuts de merde, time lapses de merde, pseudo-trip hop de merde pour la bo. Il en résulte un genre de pub Herta 2.0, dans laquelle le pinot se substituerait au jambon.

C’est l’aspect le plus désagréable du film : sous des atours généreux, altruistes, sympathiques, Ce qui nous lie loue en réalité les valeurs éternelles de la terre, du patrimoine, du labeur patient, de la famille. Et qué s’appellério Klapisch s’y révèle en Valls ou Cazeneuve du cinéma français, des types qui se disent de gauche mais tendent méchamment vers le centre, voire plus. A base d’aphorismes tiédasses du type « L’amour c’est comme le vin, ça demande du temps » ou « C’est au moment où la terre nous appartient qu’on réalise qu’en fait, c’est nous qui lui appartenons » (c’est réellement ce que dit le personnage de Jean, interprété par Pio Marmaï). Il aurait pu ajouter que « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse », on y aurait vu que du feu.

Et le pire c’est qu’il a réussi à me faire monter les larmes à un moment ce con : les histoires de relation père-fils contrariées (Marmaï a quitté le domaine familial pendant 10 ans et revient à la demande de son père sur son lit d’hôpital), les histoires de fratrie compliquées, ça me touche toujours beaucoup. Mais purée, les gros sabots… Jusqu’à l’impardonnable, LE truc démago et putassier par excellence : le coup du personnage adulte qui dialogue avec son personnage enfant. Frisson de la honte. Là c’est carrément du Marc Lévy ou du Guillaume Musso (je crois d’ailleurs que c’est le pitch de l’un de ses romans).
Allez j’arrête là : Klapisch et ses réflexes de clippeur des années 90 à la campagne, c’est un gros beurk.

Le réalisateur était donc présent à l’issue de la projection pour répondre aux questions du public.

Sortie le 12.

Public évidemment très enthousiaste : un film bon comme le bon pain, pétri de bons sentiments et de bon mobilier en chêne massif, ça marche toujours. Contrairement à l’avant-première du film de Lemercier, aucune question ou intervention embarrassante, au contraire : des réflexions pertinentes, sur les personnages, le scenario, la mise en scène. Et un Cédric Klapisch conforme à l’image qu’on se fait de lui : un type foncièrement sympathique qui répond avec précision et exhaustivité, s’explique en détail sur sa démarche et ses intentions. Un peu un robinet d’eau tiède à l’image de son film mais ça serait faire preuve de malhonnêteté que de ne pas lui accorder sincérité et générosité.

Marie-Francine – avant-première Gaumont Toulouse

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question… (Allociné)

Le film n’est pas parfait, inégal comme souvent chez Valérie Lemercier, mais traversé de gags, répliques et détails fulgurants. On y évolue dans un contexte grand bourgeois qu’elle affectionne et connaît bien, sa zone de confort pourrait-on dire.

La nouveauté, c’est que Marie-Francine bifurque assez rapidement de la comédie pure vers la comédie romantique, lorsqu’au bout de 20 minutes, le personnage de Miguel, interprété par Patrick Timsit, fait son apparition. Là non plus, tout n’est pas parfait (un petit côté Au théâtre ce soir dans la résolution toute en quiproquos et portes closes qui pourrait être charmant mais se révèle surtout désuet) mais leur couple fonctionne très bien (à la fois leurs personnages et, plus étrangement, les 2 acteurs ensemble). C’est touchant et c’est en grande partie ce qui permet au film de laisser une bonne impression (sans oublier la bo très Schnocko-pompidolienne à base de Michel Legrand/Nana Mouskouri, Moustaki, Aznavour).

La séance était donc suivie d’une rencontre-débat avec Lemercier, Timsit et le producteur du film, Edouard Weil. Une petite demie-heure un peu brusquement écourtée: j’ignore si c’est ce qui était prévu au départ ou si ça a été décidé sur le moment. Parce que bon… Complètement hallucinantes les interventions/questions du public.

Ca démarre avec une personne en chaise roulante et s’exprimant avec difficulté. Elle tient à rendre hommage à Timsit pour ses gags sur les handicapés. Bon. S’en est suivi l’hommage d’une vieille dame à Valérie Lemercier pour sa représentation des retraités dans le film (ses parents, interprétés par les excellents Hélène Vincent et Philippe Laudenbach). C’est peut-être pas très parlant là comme ça mais honnêtement, une telle entrée en matière, sur le coup, j’ai cru à un sketch.

3ème intervention, un type situé à 3 places de moi demande la parole: « Alors Patrick, est-ce que Valérie est bonne au plumard ? » Avèque l’accent cassoulet bien sûr. Grosse gêne chez les principaux intéressés qui se montrent néanmoins de très bonne composition. Quant à moi je suis atterré.

Et ça continue : y a le type qui trouve Timsit (à qu’il il s’adresse d’ailleurs en l’appelant « Timsit » genre « Bonsoir Timsit« ) super en tant qu’acteur mais qui aimerait bien qu’il refasse des one mans shows, il aimerait bien le revoir sur scène, c’est dommage d’avoir arrêté. Bonne pâte là encore, mais un tantinet agacé quand même (on le serait à moins), le comédien lui rappelle gentiment qu’il vient de finir la tournée de son dernier spectacle et qu’il a justement joué à Toulouse en novembre dernier.

Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Edouard Weil et un type du Gaumont (le directeur?)

Y a ensuite le gars qui demande à Valérie Lemercier si elle pourrait pas lui faire une petite imitation de son personnage des Visiteurs, vraiment ça lui ferait super plaisir. Fort aimable là aussi malgré un agacement bien légitime, Lemercier esquive élégamment en rappelant que Les Visiteurs c’était quand même il y a 25 ans, qu’elle était seulement actrice et encore, uniquement dans le premier volet. Sans compter que dans le film qu’on venait de voir, un des personnages justement… (je spoile pas).

Y a aussi le gars qui a trouvé le film super et qui aimerait bien savoir quand le DVD sera disponible. Très patiente là aussi, Valérie Lemercier lui fait remarquer qu’il faut quand même que le film sorte d’abord en salles (le 31 mai). Un autre rebondit :

– Avez-vous d’autres projets de film?
– Ben déjà, on va laisser sortir celui là mais sinon, non, j’ai juste l’intention de passer mon permis de conduire.

Bim, un autre prend le micro:

– Alors moi Valérie, j’ai une SUPER idée de film pour la suite, c’est tout simplement « Je passe le permis ».
– Ha ha, oui, pourquoi pas, c’est vrai que ça s’annonce compliqué…
– Non mais vraiment, je crois que ça serait un SUPER film, vous devriez y réfléchir.

Là tu te dis peut-être que j’avais qu’à poser une question plus intelligente puisque je suis si malin que ça mais je laisserai le grand George Costanza te répondre:

Non mais sur le coup, je suis atterré voire embarrassé, de constater à quel point les gens n’ont pas de filtre et prennent la parole n’importe comment pour dire n’importe quoi (non mais sans déconner, le mec qui demande si Lemercier est « bonne au plumard », merde quoi !) mais avec le recul je trouve ça presque touchant quelque part. C’est touchant de les entendre parler avec autant de franchise et de se rendre compte qu’ils ont toujours le réflexe de se raccrocher à ce qui les concerne en premier lieu, de tout ramener à eux (paraît même que certains créent des genres de sites internet où ils racontent ce qu’ils font, ce qu’ils ont vu, rêvé, que sais-je encore).

C’était donc une bonne soirée, je crois que je vais désormais me rendre plus souvent à ce type d’avant-premières.

 

#45 La vérité si je mens! 2

Dans le quartier du Sentier, Eddie Vuibert, Dov et Yvan sont confrontés aux procédés pour le moins expéditifs de leur nouveau client, Eurodiscount, une chaîne européenne d’hypermarchés. Karine, lasse des turpitudes de son volage époux, Dov, le chasse du foyer. La bande de copains se disloque. Dov et Patrick partent tenter leur chance sous le soleil de Californie, tandis qu’Eddie et Yvan font les marchés. Entre temps, Serge, devenu livreur, noue une idylle avec Chochana Boutboul, une jeune fille de bonne famille à qui il fait croire qu’il est très fortuné. C’est alors qu’Eddie découvre que sa faillite dépasse le simple échec commercial et qu’il a été victime d’une scandaleuse escroquerie. Dès lors, il décide de se venger et conçoit un plan qui va réunir et mobiliser tous ses amis. (Allociné)

Là je sais pas trop quoi dire en fait… C’est pas mon registre humoristique de prédilection (c’est quoi comme registre d’ailleurs ?), c’est pas une comédie subversive, transgressive, novatrice, loufoque, absurde etc. Y a même pas tant de gags que ça en réalité. Et puis c’est casse-gueule, potentiellement très caricatural, voire pire. Mais le regard porté est plus tendre que réellement moqueur et ça me fait beaucoup rire, tout simplement.

Et « ça », c’est évidemment José Garcia qui trouve ici son meilleur rôle et bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Il bouffe en tout cas Richard Anconina qui n’est le rôle principal que sur le papier. Le génie du mec dans ce rôle de shalala loser… La vérité si je mens! 2, c’est José Garcia / Serge Benamou, point barre ! L’inverse est également vrai parce que bon, au final, il a fait quoi le José ? Ses prestations dans Nulle Part Ailleurs s’apparentaient davantage à de la bouffonnerie, c’était sympathique mais bon … Au cinéma ensuite, rien de bien significatif, et rien tout court depuis pas mal d’années maintenant.

Corporate – critique

Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une « killeuse ». Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ? (Allociné)

Je n’ai pas vraiment aimé, ni détesté d’ailleurs, et j’ai trouvé ça plutôt raté dans l’ensemble. Mais Corporate me paraît intéressant pour ce qu’il révèle d’un certain cinéma français actuel : ce cinéma « du milieu », qui ne produit pas des films à gros budget (comprendre : pas d’acteur bankable au casting) mais pas non plus de véritables films à petit budget. Il ne caresse pas dans le sens du poil comme le premier, et n’a pas la potentielle radicalité du second. C’est cette position le cul entre 2 budgets qui  génère ses 2 plus gros problèmes selon moi.

Tout d’abord, le scenario : comme dans Pris de court et La mécanique de l’ombre, mais de manière nettement plus flagrante et préjudiciable, ça manque… de travail j’ai envie de dire. C’est cousu de fil blanc, sans déconner… J’ai craint ce dénouement, ultra-prévisible, vu et revu, tout en espérant y échapper, mais non malheureusement. Quelle paresse… Difficile d’en dire davantage sans spoiler mais en gros, « Le cinéma français et le manque de considération pour le scenario », épisode 3256.

Le second gros problème est directement lié au budget : un manque de vraisemblance, d’ « épaisseur » j’ai envie de dire. On a donc pour contexte une (très) grande entreprise, type Orange ou EDF (ou Engie, peu importe). L’action se déroule au siège de la boîte, 900 employés nous dit-on. Des locaux qu’on imagine gigantesques sinon pharaoniques, et beaucoup (beaucoup) d’employés de partout donc. Sauf que non : à l’écran, les 2-3 mêmes décors (le bureau de Céline Sallette, celui de Lambert Wilson, la salle de réunion) et les mêmes 10-15 acteurs/figurants. On le sait, ces derniers coûtent cher. Tourner dans Paris côute cher également, et c’est vite compliqué. Et c’est bien là le problème car du coup, on a l’impression d’évoluer dans une grosse start up alors qu’on est quand même censés toucher du doigt les rouages de la très grande entreprise, comme il en existe à tout casser une dizaine en France. Ca dessert clairement le film selon moi, ça nuit à sa vraisemblance, à son incarnation presque. Ca se regarde mais on a l’impression de voir un téléfilm en salles quoi…

Et c’est dommage car Corporate dit évidemment des choses essentielles et effrayantes. Des choses qu’on ne découvre malheureusement pas mais qu’il est bon de rappeler et que le cinéma aborde frontalement pour la 1ère fois autant que je sache. On pense aux films d’Yves Boisset pour cette volonté, sinon cette manière, de prendre à bras-le-corps et dénoncer les dérives de la société contemporaine et on a sans doute pas complètement tort.

Bon, après, je ne peux pas ne pas parler du 3ème gros défaut du film pour moi, mais pour moi seul peut-être : Céline Sallette. Y a pas, je peux pas cette fille. Et là, son physique de travelleuse et ses yeux qui disent « fais tourner » pour un rôle de DRH dans une très grande entreprise… Encore une fois, c’est très personnel mais j’ai eu beaucoup de mal.

Pris de court – critique

Nathalie est joaillère et vient de s’installer à Paris pour un nouveau travail et une nouvelle vie avec ses deux fils. Mais la direction de la bijouterie change soudainement d’avis et lui annonce que le poste ne sera pas pour elle. Nathalie veut protéger ses enfants et décide de ne rien leur dire. De ce mensonge vont naître d’autres mensonges de part et d’autre. L’engrenage commence…(Allociné)

C’est pas parfait mais j’ai beaucoup aimé.

La 1ère moitié est vraiment formidable : après une courte introduction, bam, Pris de court nous plonge tout de suite dans… la merde j’allais dire, donc je le dis, tant on épouse le point de vue et le coup de bambou essuyé par Nathalie (impeccable, et même un peu plus, Virginie Efira) : elle démarre une nouvelle vie avec ses 2 enfants grâce à un nouveau boulot, sauf que non, l’employeur change d’avis au dernier moment, la mettant dans la panade. Et elle le cache à ses enfants. Je spoile pas: c’est le pitch du film et ça se produit dans les toutes premières minutes.

Là le film, et sa réalisatrice Emmanuelle Cuau, sont très forts car ils nous plongent donc directement dans le vif du sujet après avoir néanmoins eu le temps de camper et de rendre crédibles en quelques plans et quelques échanges ce trio soudé et humain composé d’une mère courage et de ses 2 enfants. Ca tient à rien, à la façon dont Efira fait répéter une question anodine posée par son fils par exemple, mais c’est là et c’est bon.

Pendant une bonne moitié donc, le film reste sur cette ligne : économe, voire sèche, tendue. Il m’a mis la boule au ventre, littéralement, tant je ne voyais pas d’issue à l’engrenage dans lequel Nathalie et Paul, son aîné (un ado de 15 ans) ont mis le doigt. Là aussi la réalisation fait superbement son boulot : un plan qui s’attarde un peu trop, un figurant suspect (?) en arrière plan, un silence un peu trop prolongé, la catastrophe menace.

Et puis… Et puis logiquement, il se passe un truc, UN truc, énorme, qui fait basculer l’intrigue et l’accélère, et doit permettre au personnage interprété par Efira de prendre les devants. C’est là que ça coince un peu selon moi. C’est un problème de scenario et d’écriture: ça manque de vraisemblance, d’inventivité, d’audace même peut-être dans le développement de cet événement et la résolution qu’il nécessite sur un plan narratif. Oh, c’est pas honteux, loin de là et ça m’a pas gâché le film mais ça nous fait rester au niveau d’un bon film français alors qu’on aurait pu avoir droit à un coup de maître.

En cela, Pris de court m’a beaucoup fait penser à cet autre bon film français, genre de « thriller social » lui aussi, sorti en début d’année, La mécanique de l’ombre : la même simplicité, frontalité, la même tension et bim, lorsque le héros doit entrer dans la lumière comme un insecte fou, ça s’étiole un peu, on y croit moins, et le film reste au stade du « bon film » alors qu’il était parti sur des bases très élevées. Problème d’écriture là aussi : la gestion de l’action m’avait semblé à la fois trop sage, peu vraisemblable, pas très excitante.

Ceci étant, je vais encore me répéter mais Pris de court m’a beaucoup plu, c’est une très bonne surprise. Je me répète à dessein car j’imagine qu’il ne va pas rester longtemps à l’affiche, il faut aller le voir.

#44 Vampires en toute intimité

Comment fait-on quand on est vampires depuis des siècles et qu’on doit discrètement vivre en coloc en 2015 dans la banlieue de Limoges ?
C’est ce que nous propose de découvrir une équipe de documentaire, en partageant l’intimité d’une bande de potes suceurs de sang ! Geoffroy, Miguel, Aymeric et
Bernard nous ouvrent les portes de leur cœur et celle de leur quotidien un tout petit peu complexe. Comment organiser les tours de vaisselles sur 5 siècles ? Comment rentrer en boîte de nuit en redingote et chemise à jabot ? La vie éternelle, est-ce vraiment si cool ? Doit-on forcément traiter son esclave comme un esclave ? Un humain peut-il aussi être un ami et pas un diner ? Comment éteindre un pote vampire qui a pris feu sans extincteur ? Comment dévorer une fille sans lui faire passer une trop mauvaise soirée quand même ? Comment se retenir de casser la figure à JC, apprenti vampire super sympa mais super pas discret ?Autant de questions auxquelles ils n’ont pas forcément les bonnes réponses ! (Allociné)

Vampires en toute intimité est une comédie néo-zélandaise. Provenance incongrue a priori pour une comédie sauf que derrière ce film on trouve le génial Jemaine Clement, moitié placide des non moins géniaux Flight of the Conchords. Il est ici à nouveau en binôme mais pas avec Brett McKenzie, son comparse habituel au sein du groupe et de la série, mais avec qui Taika Waititi qui a co-écrit le film avec lui et y interprète le rôle principal.

Vampires en toute intimité (What we do in the shadows en vo) est un faux-documentaire, forme pas mal utilisée ces dernières années suite au succès de The Office. Il suit le quotidien d’un groupe de vampires à Auckland. Evidemment, le mode de vie qu’on imagine être celui de vampires, et qui plus est de vampires dont certains ont plusieurs centaines d’années, confrontés au monde de 2015 est source inépuisable de gags et situations comiques.

Si le procédé peut sembler facile, voire paresseux, le film est réellement très drôle, tirant à chaque fois le meilleur parti de problématiques qui paraissent cocasses mais partent toujours d’un questionnement plein de bon sens: on va où concrètement quand on est un vampire et qu’on veut sortir sans se faire repérer ? Qu’est-ce qui se passe quand on « convertit » accidentellement un humain en ne le saignant pas complètement ? Ou au contraire quand on le saigne à mort : on fait quoi de son corps au juste ? Qu’est ce qui se passe quand un crew de vampires croise son crew ennemi, celui des loups garous ? Cf le résumé du film ci-dessus, que j’avais pas lu avant de rédiger mon billet, désolé pour la redondance. Encore une fois, c’est vraiment très drôle, constamment malin et surprenant. Gros potentiel culte.

A noter enfin que le film est adapté en vf et doublé par les excellents Nicolas Charlet et Bruno Lavaine du Message à caractère informatif (on reconnaît également les voix de Fred Testot, Bruno Salomone, Alexandre Astier). Ils n’ont manifestement pas pris le boulot à la légère car c’est vraiment très réussi (ça explique aussi le choix des prénoms très Cogip ou celui de Limoges pour Auckland). Du coup le film peut être vu en VO ou en VF, au choix mais aussi dans les 2 versions si on en est fan, c’est suffisamment rare pour être souligné.

#43 Top secret!

Nick Rivers, une star américaine du rock and roll, participe à Berlin-Est à un festival culturel international. Ce rassemblement est en fait l’instrument d’un complot fomenté par un groupe de néo-nazis nostalgiques. Nick participe, à sa façon, à la résistance qui s’organise. (Allociné)

Comme avec les Monty Pythons, c’est via les Nuls que j’en suis arrivé aux films des ZAZ (d’après les initiales des co-créateurs des films, David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker), tels qu’on a pris coutume de les nommer tant les dits films sont tous issus du même moule humoristique mêlant parodie, références diverses, absurde, jeux de mots visuels.

J’aurais pu choisir les Hot Shots (surtout le 2), Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, ou encore Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (pour le génial Leslie Nielsen) mais j’ai préféré retenir Top Secret! qui est sans doute moins connu que ceux que j’ai cités et qui m’avait fait très forte impression. Un gag notamment, m’avait vraiment marqué. Un téléphone sonne dans un bureau. Le téléphone est au premier plan,  et avec la profondeur de champ, il semble donc énorme. Un officier allemand s’en approche puis décroche : on réalise que le téléphone EST énorme, que ça n’était pas une question de perspective.

J’avais trouvé ça véritablement génial (au sens propre : la manifestation du génie intellectuel) et avec le recul c’est un bon exemple du registre humoristique des ZAZ (attention à l’orthographe là : « le registre humoristique de Zaz », c’est pas la même chose et je veux pas savoir à quoi ça ressemble en fait).

Dans le même registre, je conseille aussi :

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?

Y a-t-il un flic pour sauver le président ? (le 3, Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? est moins bon)

Hot Shots II , parodie de Top Gun, avec Charlie Sheen et Valeria « Ciao Signora » Golino

#42 SuperGrave

Evan et Seth sont deux amis pas très futés qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. Pourtant, il va bien falloir qu’ils apprennent, parce que cette année, ils sont inscrits dans deux universités différentes ! Evan est craquant, plutôt intelligent et constamment terrifié par la vie – et les filles en particulier. De son côté, Seth parle trop, ne tient pas en place et s’intéresse vraiment beaucoup à tous les aspects de la reproduction humaine… Pour ces deux-là, il est temps d’affronter l’existence, les filles et leur destin, mais pour cela, ils doivent d’abord survivre à cette nuit fatidique, leur première nuit, celle qui vous excite, vous terrifie et dont vous vous souviendrez toute votre vie ! (Allociné)

Il y a souvent 2 films dans les meilleures comédies contemporaines, qui à la fois dialoguent et pourraient faire l’objet de 2 films séparés. C’est un schéma somme toute assez classique (celui de l’arc narratif principal et de l’arc narratif secondaire) mais il est souvent utilisé par Judd Apatow et ses acolytes.

Dans 40 ans toujours puceau, il y a tout ce qui tourne autour du magasin et de ses employés (interprétés par Seth Rogen, Paul Rudd etc) dont Steve Carrell, le héros du film, fait partie. Et il y a sa propre histoire à lui, à partir du moment où il rencontre Catherine Keener. Dans Mes meilleures amies, il y  a d’un côté la préparation du mariage, et de l’autre l’histoire naissante entre Kristen Wiig et Chris O’Dowd. Dans le génial Sans Sarah, rien ne va ! (qui a longtemps fait partie de mon top et que j’ai éjecté in extremis faute de « place »), il y a d’un côté tout ce qui a trait aux vacances et à la vie de l’hôtel hawaiien dans lequel se rend Jason Segel, le héros, (Paul Rudd, encore lui, en prof de surf complètement débile, Jonah Hill en serveur intrusif, le couple de jeunes mariés etc), et de l’autre la trajectoire de Jason Segel à proprement parler (le deuil de son couple avec Kirsten Bell, la naissance de son histoire avec Mila Kunis).

Dans SuperGrave, Superbad en vo (pas mal le titre français, c’est suffisamment rare pour une comédie américaine pour être signalé), on a pas vraiment le même schéma : le film est vraiment centré sur la relation des 2 héros, Mac Lovin/Christopher Mintz-Plasse interprètant le classique sidekick. Et pourtant on a, de fait, pendant une bonne moitié du film, 2 arcs narratifs quasiment indépendants l’un de l’autre, quasiment 2 films séparés en vérité: Seth/Jonah Hill et Evan/Michael Cera d’un côté, Mac Lovin de l’autre. Ils se retrouvent bien à un moment pendant leur folle nuit mais seront à nouveau séparés, jusqu’à la fin. Et ça mine de rien c’est un parti pris fort et un choix de scénario assez risqué. Ca demande une intelligence d’écriture et une science du montage remarquables pour arriver à les gérer et à donner une cohérence à l’ensemble.

Bon, ça n’est qu’une des nombreuses qualités de ce film absolument génial, celle qui m’a sauté aux yeux lors de mon dernier visionnage. SuperGrave, c’est LA comédie définitive sur l’adolescence et l’adieu à l’enfance, traduit à l’écran par cette géniale idée de mise en scène (la caméra embarquée avec Jonah Hill sur l’escalator qui descend et fait petit à petit disparaître l’image de Michael Cera). Ca honnêtement, c’est du même niveau que le bruit du train à la fin de Pet Sounds, c’est aussi juste et poignant…

Seth Rogen et son binôme Evan Goldberg, co-auteurs du scénario, ont évidemment beaucoup mis de leur propre relation et de leurs propres souvenirs dans ce film (les 2 héros se prénomment Seth et Evan faut-il le rappeler), c’est leur création la plus personnelle et la plus aboutie. Mais il faut aussi saluer le travail du subtil Greg Mottola , réalisateur par ailleurs du très mélancolique Adventureland, autre teenage film remarquable, et du chouette Paul avec Simon Pegg et Nick Frost, qui a su traduire leurs partis-pris (les 2 films séparés dont je parlais plus haut) et trouver de brillantes idées de mise en scène (l’escalator).

Même si le film est absolument culte et désormais reconnu comme une réussite majeure de la neo-comédie, je suis sûr que vous êtes encore nombreux à vous arrêter à cette vilaine tag line « On veut du cul ! » sur l’affiche.
C’est dommage car même si elle n’est pas complètement erronée (les héros veulent bien du cul au cours de l’une de leurs dernières soirées de lycéens), elle est réductrice: encore une fois, SuperGrave est l’un des plus beaux films qui soient sur l’amitié et le passage à l’âge adulte. Un film intelligent qui contourne les clichés du teen movie, notamment ceux de la sacro-sainte scène de la première fois, à la quelle il se confronte non pas une mais deux fois, de manière totalement différente dans les deux cas, mais avec la même honnêteté et sensibilité.

Avec, comme dans Les beaux gosses, des adolescents qui ressemblent à de vrais adolescents : capables de parler de cul de manière totalement désinhibée en public (la géniale scène du supermarché au début), absolument terrifiés, au sens propre, lorsqu’ils sont confrontés à l’objet de leur obsession ainsi qu’au monde des adultes (la fête dans laquelle Seth et Evan se retrouvent).
Accessoirement, s’il ne fallait en garder qu’une (comédie), ça serait peut-être celle-là…

#41 Les sous-doués passent le bac


Bébel et ses petits camarades du Cours Louis XIV, sont réputés pour être des fainéants et d’invétérés farceurs. Leur lycée est même dernier du classement au baccalauréat avec 100% de recalés à l’examen! Après une plaisanterie qui tourne mal, les trublions se retrouvent obligés d’obtenir leur bac à tout prix, tout en rusant et trichant, s’ils ne veulent pas finir en prison…
(Allociné)

Comme La Chèvre, Les Bronzés font du ski ou Papy fait de la résistance, un film-de-quand-j-étais-petit qui, à ce titre, défie et rend inutile toute analyse critique ou objective : je l’ai vu un nombre incalculable de fois et je le revois encore à chaque diffusion télé, je m’en lasse pas. Je rappelle que Daniel Auteuil avait 30 ans quand le film est sorti : 12 ans de différence entre le rôle et l’interprète, ça doit être un genre de record du monde de foutage de gueule dans le genre.