#40 Steak

En 2016, la mode et les critères de beauté ont beaucoup changé. Une nouvelle tendance fait des ravages chez les jeunes : le lifting du visage. Georges, un jeune diplômé récemment lifté, profite des vacances d’été pour s’intégrer aux « Chivers », une bande de caïds liftés à l’extrême. Blaise, un loser rejeté et ex ami d’enfance de Georges, aimerait lui aussi faire parti de la bande… (Allociné)

Et là, en lisant le résumé d’Allociné, je réalise avec stupeur que le film est censé se dérouler en 2016…
Son aspect « dystopique » est un des trucs qui me fascine le plus : c’est le futur, clairement (plus maintenant donc…), c’est une société occidentale, clairement aussi, mais si ça ressemble à une France hyper américanisée, ça ne l’est peut-être pas non plus. En réalité le film a été tourné au Canada.

Je déteste utiliser cette expression souvent galvaudée mais je n’en vois pas d’autres : Steak est un véritable OVNI cinématographique, un truc rarement vu sur un écran en France, encore moins dans le registre de la comédie. Difficile même avec du recul de situer le film ou de le rattacher à des références bien précises : ça commence par une scène qui pourrait être tirée de La 7ème compagnie et tout de suite… ça dévie. Finalement, et c’est ce qui fait de Steak une aussi belle réussite évidemment et un film aussi génial, on s’en fout : il est suffisamment fort pour qu’il soit inutile de devoir le rattacher à quoi que ce soit.

Gros, gros bide évidemment, mais on est quand même un certain nombre à avoir été durablement conquis et marqués par ce qui reste le meilleur film de Quentin Dupieux et une des meilleures comédies françaises de ces 10-15 dernières années: la discussion sur le nouvel humour, les Chivers, « le dernier arrivé est fan de Phil Collins« , cette scène incroyable au cours de laquelle les Chivers s’adonnent à une activité aussi absurde que mystérieuse mêlant base-ball et calcul mental… Pour utiliser à nouveau un qualificatif galvaudé, Steak est le prototype du film culte.

Ceux, nombreux, qui n’ont pas accroché, n’y vont pas non plus de main morte. Extraits (via Allociné encore; je cite pas les auteurs, ils peuvent aisément être retrouvés sur la fiche du film):

« J’ai rarement vu un film aussi mauvais ! Mettons de côté le profond ennui qu’il a provoqué chez moi. Le scénario est mauvais, l’interprétation également, bref, une horreur ! Je le déconseille à tous, sans exception ! »

« Ce film marque vraiment à vie,pas pour son succès,bien au contraire,pour sa qualité qui en un mot se résume à : CATASTROPHIQUE. J’ai eu la malchance d’aller voir ce film étant petite,je n’ai absolument rien compris ni du sens du film ni de son scénario ( s’il y’en a vraiment un…).Ce film fait penser,aux nombreux films surréalistes que l’on peut nous montrer en cours d’art,à la différence qu’ici il n’y a rien d’artistique.On devrait nominé ce film comme un des pires de l’histoire du film français,c’est une honte à l’histoire du cinéma.On se demande si le réalisateur n’aurait pas été sous l’emprise d’alcool ou de drogues fortes lors de sa réalisation tellement c’est absurde.Je m’étonne même de voir comment certains ont pu donner plus de une étoile à ce film. En quelques mots: A VRAIMENT EVITER! »

« faut-il avoir un QI de 20 pour aimé ce film ? ou peut être juste avoir 5 ans et demi… c’est nul et sans intérêt destiné a un publique de débile profond ,on dit que les meilleurs blagues sont les plus courtes et bien dans le genre ce film en est une vraiment trop longue qui fait perdre sont temps au spectateurs.Un navet ,je dirais même un concombre…pour faire dans le style du film,si vous avez de l’argent a jeter par les fenêtres,jetez- le par les fenêtres sa vaudra toujours mieux que de regarder ce genre d’insulte au cinéma comique français. »

« Oh mon dieu, j’adore ces 2 la, je suis fan de leurs films mais la… Cause indefandable, peut etre le pire film que j’ai jamais vu, incroyable ! Je recommanderais meme aux gens d’aller le voir, car c’est hallucination, sans doute un film pour extra terrestre, je ne vois pas d’autre explication. »

Ce dernier a raison : il faut voir Steak, un film « extra-terrestre ».

Logan – critique

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui. (Allociné)

Pas grand chose à en dire sinon que les critiques (que je n’ai pas lues mais je me fie à ce qui s’en dégage) ont absolument raison : tchurie. De la 1ère à la dernière seconde (mais vraiment) Logan a tout bon et rend enfin justice à l’un des X-Men les plus emblématiques et sans doute les plus appréciés des lecteurs.

Artisan humble mais rarement génial (jamais si tu veux mon avis), James Mangold (dont je retiendrai surtout Copland, super polar avec un Stallone épuisé; il a également signé le biopic de Johnny Cash, Walk the Line) trouve ici l’angle parfait pour traiter à la fois l’image et la nature profonde de son personnage, ainsi que sa trajectoire à la fois « générale » et au sein du film lui-même. J’ai pas envie d’en dire plus, il faut découvrir Logan en en sachant le minimum pour ressentir au mieux son caractère viscéral.

C’est ce qui m’a le plus plu dans ce film : on peut évidemment y voir une métaphore de la fin d’un monde ou une allégorie de ce qui attend les Etats-Unis à court terme blablabla mais bordel, on s’en fout! Logan tabasse, méchamment, violemment, ne s’embarrasse pas de circonvolutions inutiles (y compris dans ses passages les plus émouvants) et c’est ça qui est bon putain. Même s’ils sont évidemment (très) présents, les effets spéciaux paraissent presque… inexistant en réalité, tant le film prend le contre-pied des films Marvel habituels : Logan ressemble mille fois plus à un western qu’aux X-Men de Bryan Singer (que j’aime bien, voire beaucoup en ce qui concerne le 1, c’est pas le problème).

C’est sans doute parce que j’ai vu les films récemment et qu’ils sont encore frais dans ma tête mais ça m’a fait penser à John Wick en fait : des coups qui font mal et surtout, qu’on voit à l’écran, sans qu’ils soient découpés en 15000 plans tremblotants. Désolé de la légèreté de l’analyse mais putain, ça fait du bien ! 2 films qui traitent la violence graphique, le filmage et le découpage des scènes d’action un peu de la même manière, j’espère que c’est une tendance.

A noter enfin que si sa présence physique, son charisme et sa cinégénie n’ont jamais été remises en question, Hugh Jackman se hisse au niveau des enjeux et délivre une prestation absolument impeccable.

« So this is what it feels like… » ❤

#39 Monty Python : Sacré Graal !

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Le roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde se lancent à la conquête du Graal, chevauchant de fantômatiques montures dans un bruitage de noix de coco cognées. La petite troupe va devoir passer mille épreuves, dont un chevalier à trois têtes, des jouvencelles en chaleur, voire même un terrible lapin tueur. (Allociné)

Je parlais au sujet de La cité de la peur du fil des influences qu’on remonte lorsqu’on se prend de passion pour un groupe, un acteur, un réalisateur ou autre : avec les Nuls, j’en suis logiquement et très vite venu aux Monty Pythons. Parce qu’évidemment, en termes de parodies et d’humour absurde, ils sont non seulement aux sources mais sans doute les meilleurs.

Et Sacré Graal ! parce que c’est celui qui me fait le plus rire, tout simplement, et parce qu’avec le recul, et même si ça n’était évidemment pas son objectif principal, sa vision et description du Moyen-Age, tout en grisaille, boue, végétation anarchique, est d’une étonnante vraisemblance. C’est pas le Nom de la Rose mais ça l’effectue je trouve.

Aussi parce que c’est un super souvenir de découverte en salles. Je m’étais exceptionnellement rendu « à la ville » (Bayonne en l’occurrence) pour d’autres raisons, j’ignorais que le film y jouait. Première bonne surprise. Et alors que j’étais tout seul dans la salle, voilà-t-y pas que débarque mon meilleur pote de l’époque. On savait pas qu’on s’y retrouverait, il savait même pas que j’étais dans sa ville : pas de portables évidemment à l’époque, et il avait pas le téléphone chez lui donc c’était un peu compliqué pour caler une rencontre. On a donc découvert le film ensemble et absolument seuls dans une grande salle, c’était un super moment.

20th Century Women – critique

Santa Barbara, été 1979. L’époque est marquée par la contestation et d’importants changements culturels. Dorothea Fields, la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle décide de faire appel à deux jeunes femmes pour que le garçon, aujourd’hui adolescent, s’ouvre à d’autres regards sur le monde : Abbie, artiste punk à l’esprit frondeur qui habite chez Dorothea, et sa voisine Julie, 17 ans, aussi futée qu’insoumise…(Allociné)

Mike Mills est un réalisateur et illustrateur californien déjà auteur de 2 longs métrages (Thumbsucker et Beginners). Il est surtout connu pour avoir réalisé la pochette du Moon Safari de Air

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Air qui lui a également consacré un titre sur Talkie Walkie.

Mike Mills est donc un type très cool et son 3ème film commence très mal : entre Sofia Coppola, Spike Jonze et Noah Baumbach, 20th Century Women déroule avec coolitude toute l’imagerie cool de la Californie cool des cool seventies. Skate boarding nonchalant, omniprésence diffuse de l’océan, soleil tamisé, tons pastels, personnages cérébraux et extravertis à la fois, rien ne manque.
C’est insupportable. C’est insupportable parce que c’est très exactement ce qu’on attend d’un type qui a le CV de Mike Mills et parce qu’on a déjà vu ça mille fois chez lui, chez ses potes, dans des clips, des publicités, sur des pochettes de disques etc etc.

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Heureusement, Mills n’a pas que de belles images à produire, il a aussi de belles choses à dire, et il les dit joliment. Ainsi, le film trouve petit à petit une belle respiration, réalisant l’air de rien une chronique intimiste très réussie centrée autour de pas moins de 5 personnages qui sont tous traités avec la même attention, intelligence et sensibilité.

Parmi ces 5 personnages se dégage néanmoins celui de la mère, interprétée par une superbe Annette Benning. J’ai toujours bien aimé cette actrice et la bienveillance qui se dégage de ses traits mais elle trouve incontestablement son plus beau rôle dans ce personnage de femme mûre doucement mais fermement affranchie qui se retrouve pourtant désemparée face à une époque (et un fils) qui lui échappe(nt) subrepticement (il se passionne pour la scène punk).

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Mieux, le film trouve même une ampleur insoupçonnée qui finit de le rendre aussi émouvant qu’intéressant lorsqu’il décide de faire raconter aux personnages de 1979 ce qu’ils deviendront des années plus tard. Intelligence narrative et sensibilité, c’est très réussi.

20th Century Women est de ses films dont on ne sort peut-être pas chamboulé (d’autant, encore une fois, qu’il m’a fallu du temps pour y entrer) mais qui restent avec nous longtemps après la séance et que le recul bonifie. Il ne va sans doute pas rester très longtemps à l’affiche donc bon…

Dernier point : même si on pouvait s’y attendre de la part d’un type aussi cool que Mike Mills, la bo est terrible (Talking Heads, Germs, Raincoats, Devo, Buzzcocks).

T2 Trainspotting – critique

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse… (Allociné)

Étrangement, c’est le film que j’attendais le plus en ce début d’année. Étrangement car je ne suis pas spécialement fan du 1er, sorti il y a un peu plus de 20 ans (1996), et encore moins de Danny Boyle, cinéaste pénible et puéril dont le seul mérite est de ne pas se prendre trop au sérieux.

Étrangement encore, car j’ignorais qu’une suite était prévue, je l’ai revu il a quelques mois ce 1er volet, et sans avoir totalement changé d’avis, j’ai été agréablement surpris par sa tonalité sombre et son décorum assez glauque voire sordide (alors que le film est considérée comme une comédie énergique, voire sympa), ainsi que par sa relative sagesse visuelle. Mais ce dernier point est à pondérer : vu les standards actuels, ce qui était considéré comme clippesque en 1996, semble relativement soft à nos yeux de 2017.

En tout cas, je saurais pas expliquer exactement pourquoi mais j’avais envie de retrouver ces acteurs, ces personnages, leur accent écossais à couper au couteau, 20 ans après.
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Et donc, alors que les personnages et le public du premier film ont entre 35 et 50 ans (Mark Renton dit à un moment qu’il a 46 ans), T2 Trainspotting se révèle un objet bien curieux, qui laisse un goût amer dans la bouche. Film boylien jusqu’à la caricature, donc film pénible et puéril, et dont l’intrigue n’a finalement que peu d’intérêt (Renton revient sur les lieux de son « crime » et doit donc affronter ses amis de toujours, qui l’attendent évidemment de pied ferme) il exploite brillamment, sur le fond, son image de film générationnel.

Car s’il se montre comme toujours cinématographiquement handicapé, Boyle n’est pas un imbécile pour autant : il a compris ce qu’était LA grande affaire des quarantenaires, autrement dit des membres de la « génération Trainspotting » (dont je fais partie). Les quarantenaires de 2017, coincés entre la génération X et la génération Y, forment en effet une génération sans nom, sans caractéristique majeure, sans aspiration précise. Phagocytée par les 68ards, elle a patiemment attendu son tour mais s’est faite doubler par la génération suivante (et je ne parle même pas des millenials).
Qu’est ce qu’il lui reste ? La nostalgie. Nostalgie des années indie pop, nostalgie du foot d’avant la manne financière illimitée. Nostalgie de sa jeunesse, tout simplement. Une nostalgie, et c’est là que le phénomène est notable puisque nouveau par rapport aux générations précédentes, que nous affichons (oui, « nous ») tous les jours même si de manière et à des degrés différents sur les réseaux sociaux, les blogs, les t-shirt cool que nous portons etc. Dans nos choix de sortie ciné, lorsque nous allons voir la suite de Trainspotting.

C’est LA grande affaire de ma génération et de celle de Mark Renton (Ewan Mac Gregor), le personnage principal du film ainsi que de son sidekick Sick Boy (Jonny Lee Miller). Ce dernier lui lance un définitif « you’re a tourist in your own youth », quand sa petite amie (?) étend sa sentence à tout le monde occidental : chez elle dit-elle (elle vient de Bulgarie), on ne regarde que vers l’avenir, jamais vers le passé.

Tout ça est sous-jacent, sous un film… banal dirais-je, une suite des plus classiques à laquelle on prendra plus ou moins de plaisir : j’ai trouvé ça tantôt chouette, tantôt naze, tantôt longuet. Mais c’est là, bien présent et ça fait de T2 Trainspotting un genre de suite modèle : un film qui revisite son prédécesseur sans vergogne, ne se privant pas même de carrément utiliser des inserts quand ça l’arrange, tout en ayant conscience de la vacuité de l’entreprise : lorsqu’ils rendent hommage à leur camarade mort trop jeune d’une overdose (le photogramme ci dessous), Sick Boy avouera faire de son mieux pour avoir l’air ému mais ne rien ressentir.

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Le film aura également quelques petites annotations fugaces, jamais des commentaires pompeux, sur la mondialisation parfois absurde, la marchandisation des êtres, la gentrification galopante qui est la même qu’on vive à Paris, Lisbonne, Toulouse ou Édimbourg: Renton revient dans sa ville après une absence de 20 ans et il est accueilli à sa descente d’avion par des hôtesses en habits traditionnels écossais distribuant cartes et prospectus de l’office du tourisme. Il s’en étonne un peu, demande à l’une d’elles d’où elle vient : « Slovénie » répond elle.

Des évidences tout ça, peut-être, quant au libéralisme normatif, à l’immobilisme du monde occidental, l’infantilisation consentie de ma génération mais qui ont au moins le mérite de ne pas être assénées par un type qui se croit plus malin que son audience. On ressort de T2 – Trainspotting avec un goût un peu amer comme je disais en préambule, le sentiment dont l’évidence là aussi n’atténue pas la pertinence, que le temps est un bien précieux qui nous échappe tous les jours un peu plus.

#38 Rushmore

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Les mésaventures de Max Fischer, élève de la Rushmore Academy. Personnage hors normes, génie fougueux et brouillon, Max ne peut fournir qu’un minimum d’efforts à ses études et s’est résigné à devenir l’un des pires cancres de son établissement. En dépit de ses échecs scolaires et des admonestations répétées de son directeur, Rushmore n’en reste pas moins à ses yeux un paradis et un sanctuaire idéal pour exercer en toute liberté son inlassable créativité. (Allociné)

Si tous les films de Wes Anderson sont généralement considérés comme des comédies, on ne peut évidemment pas les mettre sur le même plan que Mary à tout prix ou Anchorman. Ils tirent davantage vers ce que Télé 7 jours désignait sous les termes de « comédies dramatiques » (j’utilise l’imparfait car ça fait des années que j’ai pas lu Télé 7 jours donc j’ignore s’ils utilisent encore ce qualificatif). Rushmore est sans doute celui qui se rapproche le plus d’une comédie au sens où on l’entend généralement : c’est son film le plus drôle avec Le Grand Hôtel Budapest.

Comme tous ses autres films, je l’ai vu un grand nombre de fois (une petite dizaine je dirais) mais je me souviens parfaitement de la toute première au cinéma (un samedi gris d’automne : parfait) : je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, j’ai trouvé le pitch génial (un garçon brillant mais élève médiocre veut passer sa vie dans son école) et j’ai été tout de suite cueilli par l’originalité du ton, de la caractérisation des personnages, de la forme. J’avais là un film auquel je pouvais immédiatement m’identifier et m’attacher pour plein de raisons (la bo et la direction artistique très pop et anglophiles, la thématique de la recherche du père, la romance contrariée, la mélancolie) et qui était en même temps suffisamment fuyant pour créer du mystère, donner envie de creuser : si rien ne ressemble plus à un film de Wes Anderson qu’un autre film de Wes Anderson, bien malin celui qui peut citer ses influences profondes ou les références directes derrière chacun de ses films.

Ainsi, le film derrière Rushmore et notamment derrière le personnage principal interprété par Jason Schwartzman c’est Les 400 coups et donc le très jeune Antoine Doinel. Ca me paraît évident maintenant et pourtant, même si je connais bien le film de Truffaut, je ne l’avais pas du tout perçu avant qu’Anderson lui-même l’explique dans l’excellent livre d’entretiens avec l’excellent Matt Zoller Sein, The Wes Anderson Collection.
Ou alors c’est juste moi qui suis un peu con de pas l’avoir compris avant, c’est possible aussi.

John Wick 1 et 2 – critique

Le 1 :

Depuis la mort de sa femme bien-aimée, John Wick passe ses journées à retaper sa Ford Mustang de 1969, avec pour seule compagnie sa chienne Daisy. Il mène une vie sans histoire, jusqu’à ce qu’un malfrat sadique nommé Iosef Tarasof remarque sa voiture. John refuse de la lui vendre. Iosef n’acceptant pas qu’on lui résiste, s’introduit chez John avec deux complices pour voler la Mustang, et tuer sauvagement Daisy…
John remonte la piste de Iosef jusqu’à New York. Un ancien contact, Aurelio, lui apprend que le malfrat est le fils unique d’un grand patron de la pègre, Viggo Tarasof. La rumeur se répand rapidement dans le milieu : le légendaire tueur cherche Iosef. Viggo met à prix la tête de John : quiconque l’abattra touchera une énorme récompense. John a désormais tous les assassins de New York aux trousses.
(Allocine)

Le 2 :

John Wick est forcé de sortir de sa retraite volontaire par un de ses ex-associés qui cherche à prendre le contrôle d’une mystérieuse confrérie de tueurs internationaux. Parce qu’il est lié à cet homme par un serment, John se rend à Rome, où il va devoir affronter certains des tueurs les plus dangereux du monde. (Allociné)

Avant d’aller voir le 2 en salle, j’ai regardé ce weekend le 1er volet qui, aussi incroyable que ça puisse paraître, s’intitule très sobrement John Wick.

John Wick, c’est pas bien compliqué. Une classique histoire de hit man rangé de la ferraille qui reprend du service parce qu’un petit con a osé toucher à ce qu’il avait de plus précieux : sa voiture (une sublime Ford Mustang 1969) et surtout son chien, cadeau posthume de sa femme décédée. Le petit con en question c’est Alfie « Theon Greyjoy » Allen, qui a décidément le chic pour interpréter les têtes à claques expiatoires.

John Wick excelle à 2 niveaux selon moi : il parvient tout d’abord en quelques minutes, si ce n’est quelques plans, à créer toute une mythologie non seulement autour de son principal protagoniste (qui, aussi étonnant cela soit-il, se nomme John Wick), tueur à gages légendaire et invincible dont les bad guys se racontent les prouesses pour se faire peur, mais également sur tout cet univers de malfrats, mafieux, tueurs en tout genres etc, qui semblent vivre dans un véritable univers parallèle : ils ont leur hôtel/bar/restaurant/night club au coeur de New-York, leur monnaie (de mystérieuses et magnifiques pièces d’or), leurs « gens » (garagiste, nettoyeurs), leurs règles et code d’honneur etc. C’est dans la création et la mise en place de cette réalité alternative que le film rappelle un poil Matrix (ce sont 2 anciens de la franchise qui l’ont créé) mais ça s’arrête heureusement là. Ce monde souterrain est tellement bien évoqué en vérité, il a une telle épaisseur, que j’avais la certitude que le film était l’adaptation d’une bd : pas du tout, il s’agit d’une création pure pour le cinéma, ce qui soit dit en passant, à l’heure où quasiment tous les films d’action et blockbusters sont des remakes, suites ou prequels, est déjà notable.

Si j’avais le sentiment que le film était adapté d’une bd, c’est qu’il est également très codifié graphiquement et formellement : un fort parfum de série B, avec des bad guys qui évoluent dans tout le décorum tape à l’œil qu’on leur prête volontiers, et en face, un tueur repenti et classieux, taciturne, méthodique, qui vit en ermite dans une maison elle-même classieuse et méthodique (une maison très contemporaine, type maison d’architecte).
C’est ici qu’il faut évoquer l’interprète du rôle-titre : acteur limité au visage étrangement lisse voire lissé, Keanu Reeves dégage également une indéniable coolitude qui sied parfaitement au personnage de John Wick. Il a très peu de dialogues et s’exprime essentiellement à travers ses flingues, sans pour autant singer l’Homme Sans Nom de Sergio Leone (puisqu’il en a un de nom: John Wick. C’est aussi le titre du film). Je n’irai pas jusqu’à dire que Reeves incarne avec brio un nouveau type de héros, puisque ce dernier est extrêmement archétypal, mais il s’acquitte parfaitement de la tâche qu’on lui demande d’accomplir. Contre toute attente suis-je tenté d’ajouter puisque je l’aurais jamais imaginé dans ce rôle (ni dans aucun autre en fait mais c’est un autre problème).

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Ce qui distingue également et surtout le film du tout venant shoot them up, c’est sa mise en scène : si le scenario est, encore une fois, d’une simplicité biblique (plusieurs scènes de canardage qui vont crescendo et où il convient de liquider tout le monde avant d’affronter le boss de fin), le filmage est franc, élégant. Si sur le fond on pense à un immense jeu video, sur la forme ne répond pas vraiment aux canons aujourd’hui en vigueur du 15 plans/15 angles différents à la seconde (coucou Paul Greengrass).
Il n’est ainsi pas rare que la plus spectaculaire scène d’action soit uniquement découpée en 3 plans, voire 2 voire même en plan séquence. Et ça c’est évidemment un énooooooooooooooorme kif : malgré la profusion de coups portés et d’hommes de main à abattre (tous extrêmement expendables, ça va de soi) tout est extrêmement lisible, limpide (on peut légitimement parler de chorégraphie), ce qui en outre ajoute au réalisme de la violence graphique. John Wick en hommage à John Woo? Pas impossible.

Tout ça est valable pour le 1er volet (je rappelle ici qu’il s’intitule John Wick) mais également pour le second (souviens toi : John Wick 2) qui constitue une suite modèle. A savoir plus de moyens, plus de décors, plus de bad guys, plus de second degré : le film est construit sur des archétypes et des clichés, il en a constamment conscience et il en joue intelligemment, sans jamais verser dans l’auto-dérision forcenée ou pire, dans la parodie.

Je ne suis pas toujours convaincu par le besoin, bien compréhensible, d’apporter un souffle nouveau à la recette du 1 : John Wick 2 prend le risque de faire pencher son héros du côté de James Bond et ça n’est pas très utile, le film n’étant jamais aussi jouissif et intéressant que lorsqu’il colle au plus près à son cahier des charges minimaliste.

Mais peu importe, ce sont des détails : dans une grande salle, sur un grand écran, c’est un film d’action popcorn et un plaisir même pas coupable comme je n’en avais pas connu depuis très longtemps. A tel point que je suis impatient de voir le 3ème volet. Les coquinous ont décidé de faire les foufous et de ne pas l’intituler John Wick 3. mais John Wick Parabellum.

#37 Retour à la fac

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Mitch, Frank et Bernard, trois adultes mécontents de leur vie personnelle, décident de retrouver l’ambiance de leurs années de fac en reformant une confrérie. Délaissant leurs compagnes respectives, ils renouent avec les joies du campus. (Allociné)

Comme je le disais à propose de Frangins malgré eux, le concept un peu fourre-tout de neo-comédie pourrait se résumer par le questionnement suivant : comment concilier âge adulte, voire mûr (les protagonistes sont souvent des trentenaires voire quarantenaires) et aspirations adolescentes ?

Avant le génial film d’Adam McKay, Retour à la fac, Old School en vo, se posait la même question et tentait d’y répondre sur un mode plus potache, voire même plus bourrin voire même un peu hétéro-beauf sur les bords (c’est le problème avec Todd Phillips, j’y reviendrai). Mais putain que c’est drôle !

Le film réunit en outre un trio de Frat Packers de haute volée avec Luke Wilson, Vince Vaughn et bien sûr Will Ferrell dans un de ses rôles les plus mémorables. Du coup:

Dans le même registre je recommande :

Starsky & Hutch, autre comédie signée Todd Philips, avec le duo Ben Stiller et Owen Wilson (Vince Vaughn dans le rôle du méchant). Vraiment chouette, à la fois drôle, malin, respectueux de l’original et le remettant bien au goût du jour, c’est un film rarement cité comme une réussite et je ne comprends pas pourquoi. Génial petit rôle pour Will Ferrell en taulard-indic pervers.

Ce qui m’amène à

Les Rois du patin et Semi-pro : pas dans les plus grandes réussites du genre mais rendus indispensables par les interprétations totalement dingues de Will Ferrell.

Ce qui m’amène à

Serial Noceurs : film que je trouve assez moyen pour ne pas dire plus (ou moins en l’occurrence) mais dans lequel Ferrell vole la vedette en quelques minutes:

A la limite, là, t’as vu tout ce qu’il y a à voir dans ce film.

42 réflexions pendant la 42ème cérémonie des Césars

Comme l’an dernier, et l’année précédente, n’importe quoi, n’importe comment sur la 42ème Cérémonie des Césars.

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C’est donc à l’horrible Jérôme Commandeur qu’on a inexplicablement confié la présentation de la soirée cette année. Humoriste ringard (et de droite), acteur dans des comédies lamentables (et de droite), il a comme je le craignais complètement plombé ma soirée.

– Comme on pouvait s’y attendre, ça démarre avec un numéro chanté/dansé : j’ai beaucoup aimé le film mais le succès de La La Land va faire beaucoup de mal pendant très longtemps. Beaucoup. Longtemps. Très.

– Et hop une vanne pourrie sur les politiques-qui-branlent-rien-et-qui-viennent-se-montrer-aux-Césars.

– Ok, ok, c’est vrai, je l’aime pas. Du tout. Mais merde, c’est pas QUE moi, il est vraiment mauvais non ?

– Premier César de la soirée (meilleur espoir féminin) attribué à un film que je déteste sans l’avoir vu, Divines. Contre toute attente, discours assez émouvant.

Aïssa Maïga quand même… Wow.

Gérard Jugnot, « un monument du cinéma français », qui entre sur la b.o. de Reservoir Dogs. Tout va bien.

– Encore un sketch embarrassant.

– « Y en a qu’un mais vous en aurez un chacun hein » glisse Jugnot en tendant le trophée aux lauréats : j’aime bien ces petits moments de vérité, presque triviaux au milieu de tout ce cérémonial, qui nous parviennent chaque année.

– Putain le numéro « parler d’une seule bouche » de Klapisch et Girardot, AU SECOURS. Premier frisson de la honte de la soirée.

– Je suis mitigé sur Merci patron mais discours percutant de François Ruffin, il faut bien l’admettre.

– Je dis rien sur les sketches qui s’enchaînent, j’aurais l’impression de tirer sur une ambulance. Mais c’est dur.

– Ah, j’ai souri : le coup du paiement par CB avec Nathalie Baye. Faute de grives…

– Le César du premier film pour Divines, c’est la crainte l’assurance l’espoir, on va pas se mentir, de LE moment gênant de la soirée.

– Eh non. Cette cérémonie est donc définitivement placée sous le signe de la déception.

– Même Xavier Dolan est sobre, concis, pas détestable. MAIS C’EST QUOI CETTE SOIREE DE MERDE ?!?!

– Bim, une parodie de La La Land. On a beau s’y attendre, ça n’en est pas moins douloureux. Deuxième frisson de la honte de la soirée.

– « Ma’ame Maguyyyyyy ». Bon, au moins maintenant on sait qu’elle est toujours en forme.

– « Elle voit souvent rouge. Avec elle ça bouge. Maguy soleil ou bien Maguy larmes. On est sous le charme ». Je suis parti là.

– Meilleur film d’animation pour Ma vie de courgette, mérité. Le film toutes-les-larmes-de-mon-corps de Grande remise en 2016.

– Et le César du frisson de la honte est attribué au sketch de Julie Ferrier.

– Encore une récompense pour Ma vie de courgette, c’est con mais ça me fait plaisir. Magnifique discours de Céline Sciamma. Un vrai beau moment, enfin.

– Merde, il m’a cueilli avec son « pour décerner le César du meilleur film étranger, j’appelle Florian Philippot »

– Bon, c’est mesquin, méchant, je sais que je devrais pas dire ça mais il faut que ça sorte : je trouve Commandeur hideux et horriblement mal foutu avec son corps en forme de bouteille d’Orangina et ses toutes petites mains. Il me fait penser à Danny Devito en pingouin dans le Batman de Tim Burton.

– Après avoir inélégamment tiré la couverture à lui sur le César d’honneur attribué à Clooney, Dujardin se rattrape avec un très beau discours hommage à Belmondo.

– Un poil longuet le magnéto consacré à sa carrière mais il rappelle, alors qu’on a tendance à toujours saluer les filmographies de Delon, Deneuve ou Piccoli, que celle de Belmondo est pas trop dégueulasse non plus. Celle des 3 autres est sans doute plus « internationale » et plus exigeante.

– Vraiment long ce magnéto, j’appréhende un peu de voir Bébel sur la scène quand il sera terminé…

– Putain Bébel

– Pfffff… Dur là…

– Bon… Rien à dire, la présence sur scène de Bébel, c’est LE moment de la soirée. Dur d’enchaîner, Commandeur s’en sort bien en restant très sobre.

– J’aime beaucoup Pierre Richard et c’est toujours un plaisir de le revoir mais il faut dire les choses : ses cheveux lisses, c’est pas possible.

– Je découvre que Judith Chemla est nommée au César de la meilleure actrice.

– Oui Isabelle ❤ C’était hautement prévisible mais tout aussi mérité. Content là !

– Elle est magnifique.

– Elle souligne l’audace, l’intelligence et la malice de Verhoeven, elle explique comment dans Elle le rôle l’emporte sur l’interprète, combien il est important aussi de relever l’excellence du roman de Philippe Djian. La classe.

– Ah elle peut pas s’empêcher de tirer la couverture à elle à le fin de son discours quand même la coquine. C’est mignon. Evidemment si c’était Cotillard qui nous avait fait la même, j’aurais lancé une pétition sur Avaaz pour son extradition immédiate.

– Eh voilà, comme toujours, les récompenses les plus importantes sont expédiées en 12 minutes à la toute fin alors qu’on s’est traîné pendant 5h jusque là.

– Donc Xavier Dolan est un meilleur réalisateur que Paul Verhoeven. OK.

– Merde il fait un beau discours le con…

– Très beau discours même. Bravo mec, même si ton film est à chier (film frisson-de-la-honte de Grande remise en 2016)

– Sublime robe rouge pour Valérie Lemercier qui en une seule vanne (sur les acteurs pendus à ses lèvres du haut) réduit à néant tous les efforts déployés par Commandeur ce soir.

– Pffffffffff Ulliel meilleur acteur, sans déconner… J’avais pas vraiment de préférence mais une nouvelle récompense majeure pour un film aussi médiocre…

– Ouf, meilleur film pour Elle, l’honneur est sauf. Mais je comprendrai jamais comment on peut dissocier les récompenses du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Bon… Sur les récompenses, pas grand chose à dire, on est jamais vraiment satisfait. Elle, mon favori et film préféré de 2016 récolte 2 récompenses majeures mais je suis un peu déçu pour l’immense Paul Verhoeven.
En termes d’animation et de sketches en revanche, le sentiment d’avoir assisté à la plus mauvaise cérémonie aussi loin que je me souvienne. C’est quoi la prochaine étape, Hanouna ?

Loving – critique

Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine. (Allociné)

Pour un tel sujet et un tel pitch, 2 approches s’affrontent en règle générale : 1. le mélo flamboyant, expressionniste, avec interprétations extraverties, violons, mouvements de caméra, coups de force scénaristiques etc. tout le tintouin. 2. la chronique sensible et intimiste, pudique, avec ses ellipses et son filmage à distance.

Coqueluche du cinéma d’auteur américain, Jeff Nichols opte évidemment pour la seconde option et ça ne fonctionne pas pour moi. Du tout.

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Less is more, c’est bien connu. Mais very very less… bah il reste plus grand chose : Nichols semble avoir tellement les jetons de verser dans le pathos qu’il reste terriblement à distance non seulement de l’émotion mais également de son film, voire de son sujet. A tel point, et je te jure que je caricature à peine, qu’on finit par croire que le problème de ce couple, c’est qu’on leur interdit de vivre à la campagne.
OK, il choisit de centrer son récit sur eux, sur leur amour inconditionnel mais à un point tel que la ségrégation apparaît étrangement absente de leur quotidien alors que merde, en 1958, en Virginie, ça devait pas rigoler tous les jours pour un couple mixte… Mais là ça va finalement (en dehors de la décision de la justice évidemment): 2 regards réprobateurs (un de la part d’un groupe de blancs, l’autre de la part d’une caissière noire), un avertissement adressé à Richard Loving sur son lieu de travail et… c’est tout.

Et ça dure comme ça pendant 2h d’un récit tellement pudique, tellement retenu, tellement digne, qu’il en devient insupportable. Ceci étant, quand Nichols décide d’y aller un minimum (l’accident du gamin par exemple, coup scénaristique d’une facilité incroyable), c’est tellement maladroit, sur le fond et sur la forme, qu’on se demande s’il aurait vraiment mieux valu choisir une approche plus flamboyante (je vais te dire ce qu’il aurait mieux valu : que ça soit Eastwood qui s’empare de cette histoire).

2 exemples précis parmi tant d’autres qui résument tout selon moi:

– Le couple est dans l’attente de la décision de la Cour Suprême. Le téléphone sonne au domicile familial, c’est l’avocat qui délivre la sentence : « Mme Loving ? / Oui / C’est Bernard Cohen« . La connexion est pas top et il y a manifestement une grande agitation autour de l’avocat, on ne l’entend pas très bien : c’est pratique, ça permet à Nichols de couper le son, carrément (on n’entend plus ce que dit l’avocat) et d’esquiver encore une fois le cœur de sa scène, comme il esquive en permanence et finit par ne rien montrer.

– Le film est tiré d’une histoire vraie et repose sur de vrais personnages. A la fin, on a donc droit à l’inévitable photo du vrai couple Loving, qui nous le montre dans une scène que le film a recréée un peu avant (une vraie belle scène pour le coup, peut-être même la seule de tout le film). Sur cette photo, Mildred Loving tient une cigarette entre ses doigts. Or dans le film on ne la voit jamais en train de fumer. Au contraire de son mari…

Ca ça a vraiment été la goutte d’eau.
Je me demande si je ne vais pas arrêter les frais avec ce cinéaste dont je n’aime vraiment qu’un seul film, Mud.