#58 Roger Nichols and the Small Circle of Friends

59 Roger Nichols and the Small Circle of Friends
J’ai jamais compris le pourquoi du comment de cette pochette immonde qui m’évoque immanquablement une compilation pourratche de tubes woodstockiens. C’est quand même dingue qu’un directeur artistique ait un jour validé un visuel aussi cheap pour un disque aussi raffiné… La pochette de leur album suivant (pas du même niveau mais quand même assez chouette)  me paraît plus adéquate:

51evw-lcc9l

Sunshine pop encore, mais dans un registre plus vocal que The Millennium si je peux dire, comme si ces derniers avaient fusionné avec The Free Design. Je dis « sunshine pop encore » mais je vais faire mon pinailleur car on serait davantage du côté de la soft pop ici selon moi : un peu moins psychédélique, un peu moins ornementée ou en tout cas un peu moins « fantaisiste », un peu plus « chansons ». Roger Nichols est ensuite devenu compositeur à succès, notamment pour les Carpenters, il a collaboré avec Paul Williams, y a pas de hasard.

Bon, sunshine ou soft pop, on s’en fout évidemment. Ce qui compte c’est que ce disque est un petit miracle d’orfèvrerie pop tout court, léger comme une brise marine, truffé de mélodies et arrangements à se pâmer. L’amorce, notamment, est terrible, avec une reprise sublime de With a little help from my friends et une autre, d’une grâce un peu insensée, du Don’t go breaking my heart de Burt Bacharach/Hal David, très supérieure à l’originale. C’est à dire qu’on est ici dans le très haut du panier de la variété américaine, une musique d’un raffinement délicieux, qui a notamment parfaitement intégré l’influence de Jobim.

Roger Nichols and the Small Circle of Friends est LE disque estival par excellence en ce qui me concerne : j’y reviens toujours instinctivement vers mai-juin chaque année, dès que le soleil s’installe et qu’on peut ressortir les espadrilles. Gros coming out vestimentaire là.

La séance de psy

Durant ma pause déjeuner, dans le jardin public attenant à l’immeuble de mon bureau. Sur le banc en face du mien, une jeune femme (autour de 25 ans), raconte un peu tout et n’importe quoi à sa collègue plus âgée (autour de 45 ans). Je sais, enfin, je me doute qu’elles sont collègues car je les croise régulièrement durant mes pauses, généralement au sein d’un petit groupe très hétérogène quoi qu’exclusivement féminin : je les vois bien bosser dans une administration quelconque, elles pullulent dans le quartier. Mais c’était la première fois que je les voyais déjeuner toutes les 2.

Y avait trop de choses, trop d’informations, trop de punchlines pour un compte-rendu live de leur discussion, d’autant que cette dernière a duré plus d’1h (elles étaient déjà là quand je me suis installé, et je suis parti avant elles).
La plus jeune, la Candide, enchaînait manifestement les aventures foireuses avec des gars sûrs (« mais là tu vois, j’ai plus eu de nouvelles du jour au lendemain parce qu’il était parti s’engager dans l’armée » ou « un jour il m’a dit « je tiens à toi mais j’ai pas de sentiments pour toi » « ). Aventures foireuses que la plus âgée, la Sage, écoutait goulûment avant de livrer un diagnostic définitif et plein d’assurance (« mais ça tu vois c’est parce sa mère a pas été assez attentive à lui quand il était dans son ventre » ou « ah mais ça c’est les gémeaux ça, il est gémeaux non? c’est compliqué les gémeaux, ça c’est sûr »).

Je regrette vraiment de pas avoir eu le temps ni l’opportunité de noter quoique ce soit car c’était une mine cette discussion. Mais la Candide était sur ses gardes, elle arrêtait pas de me jeter des regards en coin. J’avais pourtant adopté mon attitude la plus détachée derrière mes lunettes de soleil, mettant un point d’honneur à prouver à ma salade composée qu’elle et elle seule était l’objet de mon attention.

Au bout de la 4ème histoire de merde, la Sage avait quand même l’air d’en avoir un tout petit peu ras le cul :

– C’est un mec qui faisait du basket mais tu vois, il m’en avait jamais parlé tu vois, c’est comme s’il était…

– Non mais tu sais, je vais te dire une chose (en lui prenant le bras) : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais ?

– Mais oui, je t’assure : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais… Ouais ouais non mais t’as raison en fait, c’est ça, ils sont lâches.

Bon tout ça pour ça quoi. Elle m’aurait posé la question, je lui aurais donné la réponse direct.

#57 The Moog Cookbook – Ye Olde Space Band

The Moog Cookbook - Ye Olde Space Band

Une fois n’est pas coutume, je vais un peu faire mon Wikipedia car c’est important.

The Moog Cookbook est composé de Brian Kehew et Roger Joseph Manning Jr. Le premier est ce qu’on a coutume de nommer un “”sorcier de studio”, collectionneur compulsif de claviers et synthétiseurs vintage et rares, à tel point qu’il est devenu consultant pour des fabricants et professionnels du secteur. Il est aussi un producteur, arrangeur et technicien éclectique capable de travailler aussi bien pour Beck, Air ou Fiona Apple, que Eels, les Talking Heads, Alice Cooper, j’en passe des tonnes. Il a également signé un ouvrage de référence sur les techniques d’enregistrement des Beatles et tourné avec les Who. En résumé : le mec n’est pas là pour beurrer les tartines.
Roger Joseph Manning Jr quant à lui, était claviériste chez les dandys pop de Jellyfish, merveilleuse incongruité fantaisiste et beatlesienne dans la Californie du début des années 90. Il a ensuite et notamment fait 2 tournées avec Air (les 2 premières, Moon Safari et 10 000 Hz Legend), été membre à part entière du groupe de Beck lors de son apogée (OdelayMutationsMidnite Vultures) et sorti 3 albums solo popissimes et très recommandables qui n’ont bien évidemment trouvé un certain écho qu’au Japon.

Si je dis tout ça, c’est que je veux que tu comprennes bien qu’au-delà de la marrade, inévitable et intentionnelle, il y a derrière The Moog Cookbook un vrai projet, musicalement très stimulant, mené par 2 vrais musiciens, inspirés et talentueux. On a tendance à les circonscrire à la blague potache, à ce que les anglo-saxons nomment « novelty band », autrement dit un groupe « rigolo », un peu couillon et ça m’énerve. Sweet Home Alabama sans déconner… Quelle inventivité ! L’outro qui n’en finit pas… Les mecs ont une imagination débordante et les moyens, à la fois techniques et artistiques de la concrétiser. Whole Lotta Love, QUI peut résister à ça sérieusement ? Et leur chef d’oeuvre bien sûr, Hotel California, une épopée, une saga électronique de plus de 6 minutes qui va de la mélopée andine à l’air de fête foraine en passant par un hommage à Stevie Wonder et au gothique victorien, pour s’achever sur une reprise du thème de Runaway de Del Shannon (que tu connais sans doute mieux sous sa forme Vanina par Dave). Tout ça UNIQUEMENT avec des claviers analogiques hein, je le rappelle ! Complètement fou.

Leur premier album (The Moog Cookbook) est consacré à des reprises de tubes grunge et il est tout aussi délicieux. Sans doute plus homogène que celui-ci en vérité mais les 3 reprises que j’ai citées ci-dessus sont de tels sommets… Indispensable également, leur remix du Kelly Watch the Stars de Air, l’une des machines à remuer son cucul les plus efficaces que je connaisse.

War Dogs – critique

Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé d’un film sorti cette année. Ca tombe sur War Dogs car je me rends compte qu’il m’a bien agacé en fait (je suis sorti de la salle en trouvant ça nul et con, ni plus, ni moins).

Deux copains âgés d’une vingtaine d’années vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain… (Allociné)

Adam Mc Kay, binôme de Will Ferrell et réalisateur entre autres d’Anchorman, Frangins malgré eux, The Other Guys etc., a franchi le Rubicon l’an dernier avec son moyenasse mais digne Le casse du siècle, cette année, c’est au tour de Todd Phillips. Lui aussi réalisateur de quelques unes des (très) bonnes comédies US de ces dernières années (Old School, Starsky et Hutch, Very Bad Trip), il signe donc là son premier film « sérieux » : l’histoire de 2 jeunes mecs qui se lancent dans le commerce d’armes, réussissent, flambent, se font berner, déconnent, se trahissent, sont sur écoute, FBI, procès, condamnation etc etc. Classic shit.

war dogs
2 problèmes majeurs selon moi : le premier c’est que Todd Phillips, à l’inverse d’Adam McKay qui est sans doute tout simplement un type plus intelligent et plus fin, affectionne une certaine vulgarité : ça ressortait déjà dans certaines de ses comédies (c’est ce qu’on lui reproche dans Very Bad Trip par exemple). On sent bien que la coke, les biatchs, la thune, les armes, Miami Beach, tout ça ça l’excite, et pas qu’un peu. Voir par exemple le cameo de cette grosse merde de Dan Bilzerian, sans doute le pipole le plus vulgaire et méprisable à l’heure actuelle, et à côté duquel Donald Trump passerait pour Oscar Wilde. Tu vérifieras par toi-même mais le mec est vraiment champion du monde de la dégueulasserie, avec un goût très prononcé pour l’étalage le plus ostentatoire et agressif de sa fortune, avec bonus homophobe et misogyne.

Pour en revenir aux personnages principaux, ces 2 crétins qui font n’importe quoi et n’importe comment mais qui dans un premier temps flambent et se paient des lofts à 3 millions de dollar dans des immeubles high tech avec vue sur Miami, il aimerait bien être à leur place Phillips, ça se sent. A l’inverse d’un Scorsese dans Le Loup de Wall Street par exemple dont la position par rapport à son héros ne souffre aucune ambiguïté.

Ce qui m’amène à mon 2ème gros problème : War Dogs arrive après Le Loup de Wall Street, film dont il se rapproche énormément (avec ici Jonah Hill dans le rôle de Di Caprio et du personnage charismatique, de la force qui va et qui va entraîner dans son sillage un Miles Teller un peu paumé) et dont il a évidemment beaucoup, beaucoup de mal à soutenir la comparaison. A vrai dire, les similitudes et rapprochements potentiels sont tellement nombreux que je comprends même pas que quelqu’un (scénariste, réalisateur, producteur) ait pu considérer que monter un tel film serait une bonne idée. Le Loup de Wall Street est sorti il y a 2 ans à peine, il est encore dans toutes les mémoires, on ne peut tout bonnement pas ne pas y penser en regardant War Dogs. A la limite, les multiples références à Scarface sont moins maladroites puisqu’elles sont intradiégétiques : le film de Brian De Palma constitue une référence pour le réalisateur mais aussi pour ses personnages qui le citent à plusieurs reprises.
Mais merde, je sais pas comment on peut encore utiliser un procédé aussi profondément estampillé « Scorsese » que l’arrêt sur images inopiné doublé d’une voix off. Comprends pas.
Alors on s’ennuie pas, c’est très correctement fichu, équilibré etc mais c’est totalement inutile et moralement discutable. A éviter donc.

#56 Mogwai – Government Commissions

Mogwai - Government Commissions
Ca fait partie des quelques gros intrus dans ma discothèque : je ne suis pas (du tout) fan de post-rock, encore moins de hardcore, slowcore ou tout autre core, mais je suis fan de Mogwai. Certes, avec le temps, le son du groupe et ses albums se sont sensiblement popisés mais quand bien même : Mogwai, ça devrait vraiment pas être pour moi.

Je ne saurai pas expliquer le pourquoi du comment… J’aime cette musique pour les mêmes raisons que tout le monde je suppose : parce qu’elle est parfois d’une beauté sidérante, parfois d’une violence saisissante, parfois les deux à la fois. Il est là le paradoxe je pense : qu’on apprécie des morceaux tels que Cody c’est une chose, mais qu’on aime tout autant des bastons sonores comme Glasgow Mega Snake ou Batcat, c’en est une autre (et inversement d’ailleurs)… C’est sans doute ce qui rend ce groupe si unique. « Glasgow Mega Snake » sans déconner, ça c’est un titre qui claque autant quand on le prononce que quand on l’écoute !

J’aime bien leur simplicité aussi, on comprend très vite qu’ils ne se prennent pas au sérieux : c’est-à-dire que c’est leur musique qu’ils prennent au sérieux, alors qu’eux apparaissent toujours très cools et souriants, post-adolescents éternels, fans de foot et de jeux videos autant que de cinéma expérimental, donnant des titres profonds et signifiants à leurs morceaux (Like Herod, May Nothing But Happinnes Come Through Your Door) mais capables dans le même temps d’intituler l’une de leurs plus belles compositions You’re Lionel Richie simplement parce qu’ils ont croisé un jour dans un aéroport un type qui était le sosie du célèbre chanteur plafonnier (tu l’as ?).

Disons, je vais cracher ma Valda, qu’ils ne sont pas ces pitoyables plagiaires éhontés d’Explosions in the Sky : j’ai eu l’occasion de voir ces derniers sur scène lors du festival This Is Not A Love Song et comment dire… Quand Mogwai signe la bo du film de Douglas Gordon et Philippe Parreno sur Zidane (Zidane, A 21st Century Portrait), Explosions in the Sky semble composer celle des Frères Scott. Avec une affectation, une emphase, pffff… Mogwai is the real shit.
Et Government Commissions est une bonne porte d’entrée pour qui ne connaîtrait pas, ou peu le groupe : c’est un genre de best-of live réunissant leurs enregistrements pour John Peel et la BBC.

#10 La Chèvre

21021480_20130722081621607
La fille du Grand PDG Bens est tellement malchanceuse qu’elle se fait enlever alors qu’elle est en vacances au Mexique. Pour la retrouver, son père engage le détective privé Campana qu’il associe à un gaffeur invétéré dans l’espoir qu’il le rapproche de sa fille…(Allocine)

Je pourrais faire à peu près les mêmes commentaires que pour Les Bronzés font du ski. Et un peu de la même manière, je retiens celui-ci plutôt que Les Compères ou Les Fugitifs parce que dans ces 2 derniers, il y a une volonté un peu maladroite de faire davantage que de la comédie en créant de l’émotion cette fois, qui ne fonctionne pas toujours sur moi. Bon, après, quand la gamine des Fugitifs prononce ses premières paroles, (« t’en va pas »), de sa toute petite voix minuscule de moinillon malingre, évidemment…
La Chèvre c’est vraiment un modèle de comédie pure selon moi, qui fonctionne à merveille en utilisant des ressorts éprouvés mais éternels (le duo dissemblable et incompatible, la plongée dans un monde qu’ils ne maîtrisent pas etc.) que Francis Veber a part la suite usé jusqu’à la corde.

Le film est sorti en 1981, j’avais 8 ans. Pour une raison que j’ignore et qui était peut-être tout simplement due aux horaires des séances (enfin, le singulier, « horaire de la séance », serait plus juste je pense : le Pays Basque rural… 1981.. y avait pas 4 séances par jour quoi), incompatibles avec ceux d’un enfant de cet âge, je ne suis pas allé le voir au cinéma. Alors qu’à cet âge là, j’avais déjà vu Le bon, la brute et le truand par exemple. Et j’avais vraiment les boules, j’étais vert : tout le monde en parlait, mes frères et sœurs plus âgés qui l’avaient vu, les émissions de télé, même le journal de M. Yves Mourousi ! J’étais dégoûté, j’avais l’impression qu’on me privait d’un truc inestimable (même topo avec les Sous-doués passent le bac quelques mois plus tard). Du coup j’attendais le film comme un dingue, beaucoup plus que… Star Wars par exemple, pour citer un film qui aurait dû me passionner davantage.
Quand je l’ai finalement vu à la télé quelques années plus tard, j’ai vraiment pas été déçu (même topo pour les Sous-Doués passent le bac). Et je le suis toujours pas : rien que d’avoir posté l’affiche là, j’ai envie de le revoir !

#55 The Millennium – Begin

The Millennium - Begin
La sunshine pop est sans doute le genre que j’ai le plus creusé, sur la période la plus longue. Je ne dirais pas que j’en suis devenu un spécialiste (y a vraiment des psychopathes complètement obsessionnels voire flippants sur le sujet) mais bon, je me débrouille.

C’est à dire que lorsque j’ai découvert ce genre totalement nouveau pour moi (à travers l’album de Sagittarius, Present Tense) ça a été une épiphanie : je pouvais plus écouter autre chose. J’avais pour la première (et unique) fois l’impression que c’est tout un pan de la musique populaire, et pas seulement un artiste ou un groupe, qui me parlait intimement, qui semblait répondre à absolument tout ce qui me plait et que je recherche dans la musique. Et c’est toujours le cas: j’écoute encore les fleurons du genre avec la même passion et le même émerveillement.

Pour resituer rapidement et en quelques mots, la sunshine pop est un genre majoritairement californien (mais pas que), né dans le sillage du Pet Sounds des Beach Boys, et qui mêle donc pop, easy-listening et psychédélisme. Un soupçon de bossa et de soft samba aussi.
Ces détracteurs le disqualifient pour cause d’inconséquence, d’angélisme, d’excès de sucre et de mignoncité. A la même époque, Dylan et compagnie écrivaient la bande-son de la contre-culture, de la lutte pour les droits civiques etc. A contrario, la sunshine pop était perçue comme une manifestation de ce que les anglo-saxons nomment escapism et qu’on pourrait traduire par « volonté d’évasion » au sens de volonté de ne pas se confronter à la réalité. Évidemment, les groupes de sunshine n’ont jamais commenté l’actualité mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils étaient inconséquents: je pense même que c’est un genre assez violent émotionnellement, dans le sens où il a conscience de sa propre finitude. La sunshine pop est la bande-son idéalisée d’un endless summer dont on sait pertinemment qu’il est impossible. Ainsi, son apparente euphorie (bien réelle) cache souvent une profonde mélancolie. C’est sur le premier album de Sagittarius que s’incarne le mieux ce sentiment à mon sens mais sur Begin par exemple, je trouve que 5 A.M synthétise tout ça à merveille : la béatitude absolue, la drogue, la mélancolie.

« Five o’clock in the morning
Life doesn’t seem to be the same
It’s beautiful – beautiful
So remember – remember »

A l’époque où la contestation était en train de devenir une norme, bientôt récupérée par « le système », ces véritables dandys faisaient un pas de côté, ni vraiment dans le mainstream, ni vraiment dans la contre-culture : elle est là la véritable subversion selon moi, chez des gens comme Curt Boettcher, Harper’s Bizarre, Harry Nilsson ou encore Van Dyke Parks mais c’est une autre histoire.
Enfin, si on s’en tient à la forme uniquement, c’est d’une fantaisie et d’une inventivité folles: les maisons de disques avaient du fric à dépenser à l’époque, les musiciens et producteurs avaient les moyens de donner libre court à leur imagination et à leur inspiration en studio.

D’ailleurs, cet album-ci était l’album le plus cher jamais enregistré par Columbia à l’époque. Autre petite précision à son sujet : Begin est un des classiques et des indispensables du genre, ça se discute difficilement il me semble. Je conseillerais néanmoins si tu as envie de t’en porter acquéreur, de te reporter sur le magnifique coffret 3 CDs sorti en 2001 par les indispensables esthètes du label américain Sundazed . Il inclut également l’album de The Ballroom, le groupe qui a donné naissance à The Millennium, ainsi que les premiers enregistrements de Sagittarius (avant leur chef d’oeuvre, Present Tense, sur lequel je reviendrai) le groupe qui a suivi. S’ajoutent enfin quelques morceaux de Curt Boettcher, personnage clé de la scène sunshine pop.

#9 Bienvenue au gîte

Bienvenue_au_gite_affiche
Couple en proie au stress de la vie urbaine, Caroline et Bertrand décident de tout quitter et de partir reprendre le gîte de leur amie Sophie en Provence. Une nouvelle vie commence : le soleil, les cigales, les oliviers, les clients et les villageois. Ils découvrent la joie d’avoir tourné une page, mais ne l’auraient-ils pas tournée trop vite ? (Allocine)

Personnage atypique dans le monde du cinéma français (auquel on ne peut pas dire qu’il appartienne vraiment de toutes façons), Claude Duty a réalisé son premier long-métrage à… 56 ans ! C’est celui pour lequel il a gagné une certaine notoriété, et sans doute celui pour lequel on se souviendra de lui : Filles perdues, cheveux gras, premier « grand » rôle au cinéma de Marina Foïs, jusque là uniquement connue comme membre des Robins des Bois. Avant ça, il avait essentiellement réalisé des courts-métrages, ce qui l’a amené à prendre en charge le département des programmes courts de Canal Plus dans la seconde moitié des années 90.

Filles perdues, cheveux gras a donc eu pas mal de succès en 2002 dans un registre souvent qualifié de « comédie musicale décalée ». En fait les personnages y interprètent simplement des chansons, ça n’est pas vraiment une comédie musicale. Je ne l’aime pas beaucoup : je le trouve trop volontariste dans sa volonté justement de se démarquer, et un peu trop cynique.

Il a dans la foulée réalisé un 2ème film, Bienvenue au gîte, plus traditionnel mais également nettement plus réussi selon moi.
Plus traditionnel car il est dans la lignée de ces comédies « sociologiques » ou « sociologisantes » françaises à la Bronzés, avec ici, comme cas d’école, les trentenaires urbains et aisés en quête d’authenticité et de quiétude rurales. Les bobos néo-urbains quoi, sauf qu’à l’époque on ne les désignait pas de cette manière. Plus concrètement, le couple Marina Foïs/Philippe Harrel qui décide de quitter Paris pour reprendre un gîte rural dans le Lubéron. Traditionnel également (et pas uniquement propre aux comédies françaises évidemment), le procédé qui consiste à plonger des personnages dans un univers qui leur est totalement étranger: ce que les anglo-saxons nomment « fish out of water », mot à mot « le poisson hors de l’eau » i.e. le héros hors de son milieu habituel. Les exemples sont légion mais pour situer, le film se rapproche pas mal des Randonneurs si on veut (citadins vs ruralité, pour faire court).

Bon, tout ça pour dire que Bienvenue au gîte n’invente absolument rien mais que ce qu’il fait, il le fait très bien. La préparation de la fête médiévale du village par une Marina Foïs trop heureuse d’endosser à nouveau son costume de working girl ultra-compétitive après des semaines de frustration par exemple, est un grand moment. Quant à l’indispensable petit plus, celui qui me fait choisir ce film plutôt qu’un autre, c’est sans doute son traitement, dépourvu de manichéisme (elle a du mal à s’adapter mais lui se sent au contraire comme un poisson dans l’eau) et sa conclusion, à la fois maline et touchante. J’ai beaucoup de tendresse pour ce film, je ne peux pas expliquer pourquoi exactement mais ça explique en tout cas sa présence dans mon classement.

Duty a par la suite réalisé un 3ème long-métrage, Chez nous c’est trois (pas vu)… 10 ans après celui-ci. Il a aujourd’hui 76 ans et tient un blog où il parle semble-t-il de tout et de rien: http://www.claudeduty.com/. Un personnage atypique oui, et attachant.

#54 Mercury Rev – Deserter’s Song

Mercury_Rev_Lo_Res_Album_Art
Là j’étais à deux doigts de faire mon petit snobinard de merde et de plutôt choisir leur album précédent, See You on the Other Side.

mercury rev see you on the other side
Parce que c’est un super album, que je devais le chroniquer à contrecœur (je n’aimais pas du tout les premiers albums du groupe) et que j’en avais par conséquent été d’autant plus agréablement surpris, et surtout parce qu’il contient en germe tout ce qui séduit tant dans Deserter’s Song : le groupe ne s’était pas encore totalement débarrassé de ses scories bruitistes et on sentait en même temps qu’ils avaient envie d’aller voir ailleurs (on the other side par exemple). En tout cas, je conseille vivement d’écouter cet album si on est fan du Mercury Rev de la doublette Deserter’s Song / All Is Dream.

Mais faut pas déconner, leur chef d’oeuvre, c’est celui-ci. Et puis c’est une belle histoire: See You on the Other Side s’était très très peu vendu, le groupe était à deux doigts de jeter l’éponge et puis voilà, alignement de planètes, inspiration divine, good karma. Presque 20 ans plus tard, Goddess on a Highway reste un des tubes underground des 90s, Holes un pur instant de grâce, une des plus belles et spectaculaires ouvertures d’albums qui soient. A vrai dire, j’estime que ce seul titre suffit à justifier que cet album soit devenu un classique.

La jeunesse

Hier midi, et comme souvent aux beaux jours, j’ai déjeuné dans le parc qui jouxte mon lieu de travail. J’étais d’humeur un peu mélancolique, avec en tête le superbe thème du film CQ composé par Mellow. J’avais à peine commencé à manger, deux adolescents se sont assis sur le banc à côté du mien. Ils ressemblaient en tous points à ce qu’on a pris coutume de désigner par les mots « geeks » ou « nerds »: grands et très minces, dans un style davantage dégingandé que longiligne, pas très beaux, pas de coupe de cheveux cool, des fringues (bermudas/t-shirts/baskets) pas très cools non plus. Ils avaient vraiment l’air de deux enfants grandis trop vite et d’un seul coup.

Après le débrief amusé d’un épisode survenu lors d’un des cours de la mâtinée et auquel je n’ai pas prêté attention, ils se sont lancés dans une discussion intense dont j’ai mis du temps à comprendre le sujet. J’avais un peu l’impression de me trouver à nouveau devant la magnifique scène de Gerry durant laquelle, à la lumière de leur feu de camp, Casey Affleck explique à Matt Damon qu’il est devenu roi : on déduit au bout d’un long moment seulement qu’il parle en réalité d’un jeu video.

Là c’était un peu pareil: il m’a fallu du temps avant de comprendre que mes jeunes voisins parlaient en réalité de ce qui les attendait au cours de leur année scolaire. Ca discutait avec virulence « modules », « pourcentages », « nomenclatures », « addition » mais ça n’est que lorsque les mots « admission » et « rattrapage » ont été introduits que j’ai pu tout mettre dans le bon sens. Ca avait vraiment l’air très compliqué pour eux d’avoir leur année (j’ai compris en même temps que contrairement aux apparences, ils n’étaient pas lycéens mais étudiants, en 1ère année j’imagine), il allait falloir jongler savamment entre les différents modules et coefficients pour ne pas se planter et redoubler. Ils en sont sans doute seulement à leur 2ème semaine de cours, au mieux, mais ils apparaissaient déjà très soucieux. Il faisait très chaud, comme quasiment tous les jours depuis plusieurs semaines et plein de jolies filles/femmes légèrement vêtues passaient devant nous mais ils n’y prêtaient absolument aucune attention (eux) : apparemment ça déconne pas trop dans le cursus qu’ils ont choisi, faut pas perdre l’objectif de vue une seule seconde.

Ils ont ensuite un peu discuté basket (« moi j’ai un pote il fait 2m10 mais il en met pas une, la taille ça a rien à voir avec l’adresse » vs « moi j’ai un pote il fait 1m80, eh ben il sait dunker »).
Alors que leur discussion touchait à sa fin, un petit groupe de jeunes garçons du même âge avançait dans notre direction. « Du même âge » mais ceux là étaient mieux gaulés, mieux habillés, plus beaux, certainement plus confiants. Alors qu’ils passaient devant le banc des deux geeks, l’un d’eux s’est un peu écarté du groupe pour serrer la main de celui qu’il venait manifestement de reconnaître.

– Salut.

– Salut.

– Eh, c’est à 2 heures la réunion hein !

– Ouais, ouais, c’est bon, on fait une petite balade là.

Il a prononcé ces mots alors qu’il s’éloignait déjà et sans se retourner. C’est à dire qu’il s’est écarté du groupe pour serrer la main du geek mais n’a jamais daigné lui jeter un seul regard. Il l’a simplement salué par obligation, mécaniquement, en souvenir, sans doute, d’une complicité ou en tout cas d’une relation, passée. Les deux geeks sont ensuite restés silencieux un long moment. Celui qui avait été salué par le « beau gosse » avait l’air triste : si ça se trouve ils avaient été très proches par le passé. Ou ils faisaient partie de la même famille (cousins par exemple) ? C’est ce que j’en ai déduit en tout cas et ça m’a fait de la peine pour lui.

Au bout de quelques instants, ils se sont enfin levés pour partir: 14h approchait, c’était l’heure de « la réunion ».

C’est dur, parfois, la jeunesse.