Rencontre avec Riad Sattouf

La rencontre-dédicace avec le public toulousain avait lieu dans l’excellent librairie Ombres blanches.
Alors que la modératrice  s’apprête à véritablement lancer la discussion après une présentation d’usage, Riad Sattouf l’interrompt: « Ah y a une question là devant… Oui, monsieur? »

Un type un peu âgé prend la parole:

– Alors moi je voyage un peu partout dans le monde et comme vous, l’un de mes premiers souvenirs de bd, c’est la lecture de Tintin quand j’étais enfant. Et une des choses que je fais tout le temps, comme je voyage dans tous les pays, c’est que je ramène à mes enfants un exemplaire traduit dans la langue du pays dans lequel je suis allé. Comme j’ai fait le tour du monde voyez-vous, j’ai pu accumuler tous les exemplaires traduits. Et donc je voulais savoir si LArabe du futur était également traduit dans d’autres langues.

Sattouf répond poliment que oui, les 3 premiers tomes ont été traduits dans 18 pays. « Poliment » car en réalité, la modératrice nous avait donné l’information 3 minutes avant lors de sa présentation de l’auteur. Il explique ensuite que c’est une petite fierté pour lui que de faire figurer en page de garde la liste des pays/traductions de son ouvrage, tout comme le faisait Hergé.

– Mais je pourrai donc ramener un exemplaire dans chaque langue? relance le type
– Oui c’est ça, ils sont traduits.
– Et ils sont traduits dans quelle langue?
– Ah ben ça vous le verrez par vous-mêmes dans la bd…
– Ah très bien, je vais regarder ça.

« D’accord, faisons comme ça. »

Ca démarrait donc assez fort.

Trêve de raillerie(s), c’était super. Je tiens Riad Sattouf pour l’un des esprits les plus drôles, brillants et sensibles de sa génération, et il s’avère qu’ « à l’oral », il est égal à ce qu’il transmet dans ses œuvres : intelligent, fin, drôle, accessible. Il est très à l’aise, répond avec précision et exhaustivité aux questions qui lui sont posées, se répand volontiers en anecdotes très drôles/touchantes.

Preuve qu’il a désormais franchi un palier et atteint une dimension de all star de la bande dessinée, la salle était pleine comme un œuf : quelques geeks, quelques quadragénaires dans mon genre (lequel? à toi de voir), beaucoup de personnes relativement âgées qui l’ont manifestement connu grâce à L’Arabe du futur.

Le tome 3 est sorti il y a déjà plusieurs mois (le tome 4 est prévu pour Novembre), cette rencontre avait lieu à l’occasion du 2ème tome des Cahiers d’Esther, son recueil de planches réalisées chaque semaine pour L’Obs

Il a donc expliqué comment il procédait, comment « Esther » (ça n’est évidemment pas son vrai prénom) accueillait sa captation et son interprétation des histoires qu’elle lui raconte (spoiler : elle s’en fout) etc etc.

Super moment. En revanche, et à mon grand regret, son retour au cinéma n’a pas vraiment l’air d’actualité : il a été plus qu’échaudé par l’insuccès du pourtant génial Jacky au royaume des filles.

Mon rêve 4

Il s’est passé des trucs avant ce qui suit mais c’était personnel.

Toujours est-il que je déboule tout à coup sur un large trottoir assez peu fréquenté d’une ville qui ressemble à la mienne (Toulouse) mais qui ne l’est pas exactement non plus (un côté Bordeaux). Je porte un large sweat à capuche gris et je tiens un ballon de basket dans les mains. N’importe quoi.

Je marche et je réalise que je suis suivi par 2 types qui sont en fait des jumeaux : Dwayne « The Rock » Johnson, x2.

Fast And Furious 6J’accélère un peu mais ils me collent au cul et finissent par m’interpeler de manière virulente en me traitant de chav. « Chav », c’est le mot que les anglais utilisent pour désigner ceux que nous nommons « racailles » ou « lascars ». Le personnage principal de Kingsman par exemple, c’est un chav.

Dwayne Johnson x2 m’interpellent disais-je, ils me bousculent un peu donc bon, je suis face à 2 molosses, je suis pas complètement téméraire, j’accélère un peu ma cadence. Problème, ils me lâchent pas : ils cherchent manifestement à en découdre. Donc là, ni une ni 2, je me retourne et je balance mon ballon de basket sur la tête de l’un d’eux. Ca l’assomme suffisamment et ça surprend suffisamment son jumeau pour que je puisse m’enfuir et leur échapper en sautant dans un genre de tramway qui passait opportunément (le côté Bordeaux de la ville dans laquelle ça se déroule).

Dwayne, t’es qu’une grosse flipette.

42 réflexions pendant la 42ème cérémonie des Césars

Comme l’an dernier, et l’année précédente, n’importe quoi, n’importe comment sur la 42ème Cérémonie des Césars.

cesars
C’est donc à l’horrible Jérôme Commandeur qu’on a inexplicablement confié la présentation de la soirée cette année. Humoriste ringard (et de droite), acteur dans des comédies lamentables (et de droite), il a comme je le craignais complètement plombé ma soirée.

– Comme on pouvait s’y attendre, ça démarre avec un numéro chanté/dansé : j’ai beaucoup aimé le film mais le succès de La La Land va faire beaucoup de mal pendant très longtemps. Beaucoup. Longtemps. Très.

– Et hop une vanne pourrie sur les politiques-qui-branlent-rien-et-qui-viennent-se-montrer-aux-Césars.

– Ok, ok, c’est vrai, je l’aime pas. Du tout. Mais merde, c’est pas QUE moi, il est vraiment mauvais non ?

– Premier César de la soirée (meilleur espoir féminin) attribué à un film que je déteste sans l’avoir vu, Divines. Contre toute attente, discours assez émouvant.

Aïssa Maïga quand même… Wow.

Gérard Jugnot, « un monument du cinéma français », qui entre sur la b.o. de Reservoir Dogs. Tout va bien.

– Encore un sketch embarrassant.

– « Y en a qu’un mais vous en aurez un chacun hein » glisse Jugnot en tendant le trophée aux lauréats : j’aime bien ces petits moments de vérité, presque triviaux au milieu de tout ce cérémonial, qui nous parviennent chaque année.

– Putain le numéro « parler d’une seule bouche » de Klapisch et Girardot, AU SECOURS. Premier frisson de la honte de la soirée.

– Je suis mitigé sur Merci patron mais discours percutant de François Ruffin, il faut bien l’admettre.

– Je dis rien sur les sketches qui s’enchaînent, j’aurais l’impression de tirer sur une ambulance. Mais c’est dur.

– Ah, j’ai souri : le coup du paiement par CB avec Nathalie Baye. Faute de grives…

– Le César du premier film pour Divines, c’est la crainte l’assurance l’espoir, on va pas se mentir, de LE moment gênant de la soirée.

– Eh non. Cette cérémonie est donc définitivement placée sous le signe de la déception.

– Même Xavier Dolan est sobre, concis, pas détestable. MAIS C’EST QUOI CETTE SOIREE DE MERDE ?!?!

– Bim, une parodie de La La Land. On a beau s’y attendre, ça n’en est pas moins douloureux. Deuxième frisson de la honte de la soirée.

– « Ma’ame Maguyyyyyy ». Bon, au moins maintenant on sait qu’elle est toujours en forme.

– « Elle voit souvent rouge. Avec elle ça bouge. Maguy soleil ou bien Maguy larmes. On est sous le charme ». Je suis parti là.

– Meilleur film d’animation pour Ma vie de courgette, mérité. Le film toutes-les-larmes-de-mon-corps de Grande remise en 2016.

– Et le César du frisson de la honte est attribué au sketch de Julie Ferrier.

– Encore une récompense pour Ma vie de courgette, c’est con mais ça me fait plaisir. Magnifique discours de Céline Sciamma. Un vrai beau moment, enfin.

– Merde, il m’a cueilli avec son « pour décerner le César du meilleur film étranger, j’appelle Florian Philippot »

– Bon, c’est mesquin, méchant, je sais que je devrais pas dire ça mais il faut que ça sorte : je trouve Commandeur hideux et horriblement mal foutu avec son corps en forme de bouteille d’Orangina et ses toutes petites mains. Il me fait penser à Danny Devito en pingouin dans le Batman de Tim Burton.

– Après avoir inélégamment tiré la couverture à lui sur le César d’honneur attribué à Clooney, Dujardin se rattrape avec un très beau discours hommage à Belmondo.

– Un poil longuet le magnéto consacré à sa carrière mais il rappelle, alors qu’on a tendance à toujours saluer les filmographies de Delon, Deneuve ou Piccoli, que celle de Belmondo est pas trop dégueulasse non plus. Celle des 3 autres est sans doute plus « internationale » et plus exigeante.

– Vraiment long ce magnéto, j’appréhende un peu de voir Bébel sur la scène quand il sera terminé…

– Putain Bébel

– Pfffff… Dur là…

– Bon… Rien à dire, la présence sur scène de Bébel, c’est LE moment de la soirée. Dur d’enchaîner, Commandeur s’en sort bien en restant très sobre.

– J’aime beaucoup Pierre Richard et c’est toujours un plaisir de le revoir mais il faut dire les choses : ses cheveux lisses, c’est pas possible.

– Je découvre que Judith Chemla est nommée au César de la meilleure actrice.

– Oui Isabelle ❤ C’était hautement prévisible mais tout aussi mérité. Content là !

– Elle est magnifique.

– Elle souligne l’audace, l’intelligence et la malice de Verhoeven, elle explique comment dans Elle le rôle l’emporte sur l’interprète, combien il est important aussi de relever l’excellence du roman de Philippe Djian. La classe.

– Ah elle peut pas s’empêcher de tirer la couverture à elle à le fin de son discours quand même la coquine. C’est mignon. Evidemment si c’était Cotillard qui nous avait fait la même, j’aurais lancé une pétition sur Avaaz pour son extradition immédiate.

– Eh voilà, comme toujours, les récompenses les plus importantes sont expédiées en 12 minutes à la toute fin alors qu’on s’est traîné pendant 5h jusque là.

– Donc Xavier Dolan est un meilleur réalisateur que Paul Verhoeven. OK.

– Merde il fait un beau discours le con…

– Très beau discours même. Bravo mec, même si ton film est à chier (film frisson-de-la-honte de Grande remise en 2016)

– Sublime robe rouge pour Valérie Lemercier qui en une seule vanne (sur les acteurs pendus à ses lèvres du haut) réduit à néant tous les efforts déployés par Commandeur ce soir.

– Pffffffffff Ulliel meilleur acteur, sans déconner… J’avais pas vraiment de préférence mais une nouvelle récompense majeure pour un film aussi médiocre…

– Ouf, meilleur film pour Elle, l’honneur est sauf. Mais je comprendrai jamais comment on peut dissocier les récompenses du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Bon… Sur les récompenses, pas grand chose à dire, on est jamais vraiment satisfait. Elle, mon favori et film préféré de 2016 récolte 2 récompenses majeures mais je suis un peu déçu pour l’immense Paul Verhoeven.
En termes d’animation et de sketches en revanche, le sentiment d’avoir assisté à la plus mauvaise cérémonie aussi loin que je me souvienne. C’est quoi la prochaine étape, Hanouna ?

Mon rêve 3

Au milieu d’un genre de zone industrielle, à l’extérieur d’entrepôts lambda, une party improvisée mais luxueuse : on y trouve plein de super bagnoles type Rolls Royce, Porsche etc. ainsi que Mick Jagger et Jerry Hall (va falloir que je me mette à jour niveau beautiful people on dirait). Tout le monde s’amuse bien jusqu’à ce qu’à un moment, Jerry Hall se mette à crier : « viiiiite, Dean s’en va !!! ». Je comprends qu’elle parle de Dean Martin, qui manifestement se trouve à l’intérieur et quitte les lieux donc.

Là, branle bas de combat: tout le monde court jusqu’aux bagnoles, dans la plus grande cacaphonie, et se barre dans le sillage d’une énorme et rutilante Rolls Royce dans laquelle se trouve probablement Dean Martin. Moi je me retrouve un peu comme un con au milieu de toute cette agitation et je sais pas trop quoi faire vu que j’ai pas de voiture. C’est à ce moment là que je repère Jagger, seul au volant d’une espèce de cabriolet type Aston Martin (c’était un modèle bien précis mais j’y connais rien en bagnoles, désolé). Ni une ni deux, je cours vers elle et comme il est déjà en train de démarrer, j’y grimpe à la sauvette, en sautant sur l’arrière de la caisse puis sur le siège passager. Jagger a l’air de pas trop apprécier que j’ai sauté sur sa bagnole mais ça va, il dit rien et décolle aussi sec.

On se retrouve ensuite à la campagne, dans un endroit assez idyllique, genre la Comté dans le Seigneur des Anneaux : très vert, joliment boisé, petit ruisseau qui serpente. On doit traverser un genre de pont un peu bizarre, davantage un gué en fait : faut pas se rater sous peine de mettre la bagnole dans le ruisseau (c’est pas un précipice non plus). Une fois passé, on se rend compte qu’il n’y a plus de place pour se garer. Là Jagger me demande de retourner de l’autre côté pour essayer de trouver un endroit où laisser la voiture. On  s’est pas adressé la parole de tout le trajet et je suis pas rassuré à l’idée de traverser ce putain de gué mais ok, je prends le volant pendant qu’il va rejoindre la fête.

En traversant le gué, je merde un peu et j’accroche l’avant de la voiture. Je me retourne et je vois Jagger qui me jette le même regard accusateur que lorsque j’ai sauté sur le siège passager. Je l’ignore, je vais me garer et je descends de la voiture.

Là, nouveau changement complet mais d’atmosphère cette fois puisque fini la party des beautiful people, fini ce con de Mick Jagger et ses froncements de sourcils, je me retrouve entouré de gens proches et aimés, dans une atmosphère cotonneuse et au son de l’une des plus belles chansons du monde :

Les Beatles ont supplanté les Stones, tout va bien , je peux me réveiller en douceur.

Ps: la version originale de Here Comes the Sun est apparemment introuvable sur le net pour des questions de droits.

Avertissement 3

La traditionnelle mise à jour des expressions dont l’utilisation me donne envie d’énucléer des chatons orphelins. Il va sans dire que tout lecteur qui en serait utilisateur, même régulier, est exempté de mon courroux.

Belle personne : la jurisprudence Les petits mouchoirs n’a eu aucun impact sur cette expression désormais utilisée aussi bien par Les anges de la télé-réalité, que ta mère ou ton collègue d’open space. A noter que son contraire (« individu de merde« ) est lui tout à fait acceptable.

Sortir de sa zone de confort : surtout quand ça s’applique à des domaines aussi essentiels que la culture, la mode ou l’alimentation (« je t’assure, tu devrais sortir de ta zone de confort et te mettre au lait de soja »). Variante : se mettre en danger (« et quand j’ai dû choisir une nouvelle écharpe, j’ai senti que c’était le moment de me mettre en danger : je l’ai prise en gris »).

Pousser une info/un mail : à chaque fois, je visualise mon interlocuteur en train de déféquer la dite info/le dit mail.

Proactif : un des innombrables et insupportables vocables du monde de l’entreprise ayant malheureusement dépassé les limites de l’espace photocopieuse. L’honnêteté me pousse à avouer que je l’ai un jour utilisé sans m’en rendre compte et que je le vis très mal.

Valider : idem. Et idem je l’ai déjà utilisé instinctivement, la hchouma.

La hchouma. Et merde…

Ca, c’était avant

J’dis ça, j’dis rien

Continuons à être vigilants.

Mon rêve 2

Avant-hier j’ai rêvé que je rendais visite à Michael Stipe (le chanteur de REM).

J’ignore ce qui a pu susciter ce rêve : je n’aime pas REM, je n’aime pas Michael Stipe non plus, je ne les ai ni vu ni entendus, ils ne sont pas « apparus » dans mon quotidien au cours des jours qui ont précédé. Mystère absolu de l’inconscient.

Bon, je me rends donc chez Michael Stipe, pour une raison que j’ignore : je sais juste que je suis chez lui. Il vit dans un genre d’ancienne plantation sudiste comprenant plusieurs bâtiments dont une résidence principale similaire à celle des grands propriétaires terriens de l’époque, type le Monticello de Thomas Jefferson (colonnes ioniques et tout le tintouin).

Je sonne à la porte, ding dong, il m’ouvre. Il est cool mais sans plus, un peu distant. Il a exactement la tête qu’il a actuellement, visible sur la photo ci-dessous.

michael-stipe_0

Il propose de me faire faire le tour du propriétaire : c’est là que je me rends compte que le domaine est immense, qu’il y a plein de dépendances avec tout un tas de gens qui s’affairent de partout dans tous les sens, en plus des visiteurs. Je pense très fort « eh bah putain mon salaud » : il me demande de répéter ce que je viens de dire alors que je suis persuadé de ne pas l’avoir prononcé à voix haute. Je me sens un peu con.

Là on arrive devant un genre de boutique souvenirs/cafétéria et ça me scie de trouver ce truc à cet endroit donc j’en peux plus, je lui pose la question : « mais putain, c’est à vous tout ça ?!?! ». Je suis vraiment virulent, limite agressif : même dans mes rêves manifestement, je n’aime pas du tout REM. Il me répond le plus calmement et naturellement du monde que oui, avec tous les fans de REM qui viennent visiter le domaine tous les jours, il lui a semblé que c’était une bonne idée d’ouvrir une cafète. OK.
Du coup il propose de s’installer en terrasse pour boire un verre. Sur la carte, que des trucs bio/vegan (je crois avoir lu un jour qu’il l’était). Bon, on est bien là, rilax, il commence à se détendre mais moi je suis toujours aussi abasourdi donc je lui repose la question : mais bordel, vous vous êtes hyper bien démerdés quand même, je pensais pas que vous étiez aussi blindés. Et là le mec me répond « Yeah… It escalated quickly ». Citant presque mot pour mot l’une des répliques cultes prononcée par Will Ferrell dans Anchorman.

Du coup on se marre comme des baleines. Et je me réveille.

J’aime beaucoup Bulgari mais c’est un peu cher

Dans le wagon IDTGV Toulouse-Paris (IDTGV dans lesquels les employés du wagon restaurant sont désormais des « baristas »). A Agen, deux grandes bourgeoises s’installent juste devant moi. L’une d’elles a carrément fait péter le trois rangs : je me demande même ce qu’elles foutent là au milieu de la plèbe.

– Cette fois j’ai pris Marie-Claire, ça ne t’ennuie pas?
– Non c’est parfait
Elle aussi j’aime bien, y a des recettes de cuisine
– Oui, Elle ça va. Ce que je supporte pas c’est Biba. C’est mal écrit, c’est… vulgaire.
– Oui, Elle tu sens quand même une certaine ligne éditoriale
Elle Décoration est très joli aussi
– Oui, très joli, Elle Cuisine aussi, je vais m’abonner je crois.

Bon, elles s’installent après moult atermoiements liés au rangement des valises, manteaux, écharpes etc, « et j’ai pris des fruits, tiens, je me suis dit, c’est bien les fruits, je vais les sortir ».
Ensuite elles lisent donc le Marie-Claire ensemble, en roue libre, commentant tout et n’importe quoi, ne s’écoutant pas toujours.

– Oh c’est joli ça!
– J’ai acheté une très jolie veste. Parce que bon je…
– Ce que j’aimerais faire rapidement c’est aller à Londres pour aller à la Tate tu vois…
– Ah ça c’est des très bons chocolats mais un peu acides.
– Oui comme le café qu’on avait pris tu sais…
– Oui non mais je comprends qu’il y ait des gens qui aiment d’autres saveurs hein.
– C’est une belle femme ça…
– Et une belle personne me suis-je laissé dire!
– Tiens ça me rappelle une séance photo qu’avait faite Marion. Elle avait mis des talons vernis, un peu hauts, un peu… sexy tu vois, et son talon était enfoncé dans un éclair haha
– Ah oui ouh la c’était un peu… Un peu… quand même…
– Tu vois, j’aime beaucoup Bulgari mais c’est un peu cher
– Oh la la Trump… J’en ai ras la casquette de cette histoire !

Là je me dis qu’on en a encore pour 4h et que c’est trop beau, que ça va être la grosse régalade. Que c’est pas un billet que je vais pouvoir écrire mais une saga.
C’est alors que déboule un contrôleur qui leur demande de la mettre en veilleuse parce que nous sommes dans le wagon IDTGV qui est « réservé au calme et aux voyageurs qui souhaitent préserver une atmosphère tranquille ».

Salaud.

OKLM

Toujours dans le parc à côté du bureau. Je marche derrière un lycéen qui parle au téléphone :

– T’es où?

– blablablablablabla

– Mais vas y, on devait se retrouver au jardin japonais hhhhhheeeeeeeeurrrrrrh (là il faut entendre ce son à la fois fluet, rauque et incertain qui chez l’adolescent en phase de mue fait office d’éclat de rire)

– blablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablablabla

– hhhhhheeeeeeeeurrrrrrh ça te fait marrer toi

– blablablablablablablablabla

– Mais elle dit quoi la prof ?

– blablabla

– Vas y dis lui que j’arrive alors

– blablablablablabla

– Dis lui je suis au jardin japonais. J’arrive, dis lui que je suis au jardin japonais

– blablablablablablablablablablablabla

– Tu veux dire elle s’en bat les couilles?

– blablabla

– Ah elle s’en bat les couilles alors hhhhhheeeeeeeeurrrrrrh

– blablablablablabla

– Bah vas y dis lui j’ai eu un problème, je vais au Mac Do

– blablabla

– J’ai trop la dalle, je vais au Mac Do

– blablabla

– Ouais à plus

Là il fait demi-tour pour aller au Mac Do. Et donc, si j’ai bien compris, son pote répond au téléphone alors qu’il est déjà dans la salle et en présence de la prof.
C’est dur parfois la jeunesse mais pas tout le temps quand même.

La séance de psy

Durant ma pause déjeuner, dans le jardin public attenant à l’immeuble de mon bureau. Sur le banc en face du mien, une jeune femme (autour de 25 ans), raconte un peu tout et n’importe quoi à sa collègue plus âgée (autour de 45 ans). Je sais, enfin, je me doute qu’elles sont collègues car je les croise régulièrement durant mes pauses, généralement au sein d’un petit groupe très hétérogène quoi qu’exclusivement féminin : je les vois bien bosser dans une administration quelconque, elles pullulent dans le quartier. Mais c’était la première fois que je les voyais déjeuner toutes les 2.

Y avait trop de choses, trop d’informations, trop de punchlines pour un compte-rendu live de leur discussion, d’autant que cette dernière a duré plus d’1h (elles étaient déjà là quand je me suis installé, et je suis parti avant elles).
La plus jeune, la Candide, enchaînait manifestement les aventures foireuses avec des gars sûrs (« mais là tu vois, j’ai plus eu de nouvelles du jour au lendemain parce qu’il était parti s’engager dans l’armée » ou « un jour il m’a dit « je tiens à toi mais j’ai pas de sentiments pour toi » « ). Aventures foireuses que la plus âgée, la Sage, écoutait goulûment avant de livrer un diagnostic définitif et plein d’assurance (« mais ça tu vois c’est parce sa mère a pas été assez attentive à lui quand il était dans son ventre » ou « ah mais ça c’est les gémeaux ça, il est gémeaux non? c’est compliqué les gémeaux, ça c’est sûr »).

Je regrette vraiment de pas avoir eu le temps ni l’opportunité de noter quoique ce soit car c’était une mine cette discussion. Mais la Candide était sur ses gardes, elle arrêtait pas de me jeter des regards en coin. J’avais pourtant adopté mon attitude la plus détachée derrière mes lunettes de soleil, mettant un point d’honneur à prouver à ma salade composée qu’elle et elle seule était l’objet de mon attention.

Au bout de la 4ème histoire de merde, la Sage avait quand même l’air d’en avoir un tout petit peu ras le cul :

– C’est un mec qui faisait du basket mais tu vois, il m’en avait jamais parlé tu vois, c’est comme s’il était…

– Non mais tu sais, je vais te dire une chose (en lui prenant le bras) : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais ?

– Mais oui, je t’assure : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais… Ouais ouais non mais t’as raison en fait, c’est ça, ils sont lâches.

Bon tout ça pour ça quoi. Elle m’aurait posé la question, je lui aurais donné la réponse direct.

La jeunesse

Hier midi, et comme souvent aux beaux jours, j’ai déjeuné dans le parc qui jouxte mon lieu de travail. J’étais d’humeur un peu mélancolique, avec en tête le superbe thème du film CQ composé par Mellow. J’avais à peine commencé à manger, deux adolescents se sont assis sur le banc à côté du mien. Ils ressemblaient en tous points à ce qu’on a pris coutume de désigner par les mots « geeks » ou « nerds »: grands et très minces, dans un style davantage dégingandé que longiligne, pas très beaux, pas de coupe de cheveux cool, des fringues (bermudas/t-shirts/baskets) pas très cools non plus. Ils avaient vraiment l’air de deux enfants grandis trop vite et d’un seul coup.

Après le débrief amusé d’un épisode survenu lors d’un des cours de la mâtinée et auquel je n’ai pas prêté attention, ils se sont lancés dans une discussion intense dont j’ai mis du temps à comprendre le sujet. J’avais un peu l’impression de me trouver à nouveau devant la magnifique scène de Gerry durant laquelle, à la lumière de leur feu de camp, Casey Affleck explique à Matt Damon qu’il est devenu roi : on déduit au bout d’un long moment seulement qu’il parle en réalité d’un jeu video.

Là c’était un peu pareil: il m’a fallu du temps avant de comprendre que mes jeunes voisins parlaient en réalité de ce qui les attendait au cours de leur année scolaire. Ca discutait avec virulence « modules », « pourcentages », « nomenclatures », « addition » mais ça n’est que lorsque les mots « admission » et « rattrapage » ont été introduits que j’ai pu tout mettre dans le bon sens. Ca avait vraiment l’air très compliqué pour eux d’avoir leur année (j’ai compris en même temps que contrairement aux apparences, ils n’étaient pas lycéens mais étudiants, en 1ère année j’imagine), il allait falloir jongler savamment entre les différents modules et coefficients pour ne pas se planter et redoubler. Ils en sont sans doute seulement à leur 2ème semaine de cours, au mieux, mais ils apparaissaient déjà très soucieux. Il faisait très chaud, comme quasiment tous les jours depuis plusieurs semaines et plein de jolies filles/femmes légèrement vêtues passaient devant nous mais ils n’y prêtaient absolument aucune attention (eux) : apparemment ça déconne pas trop dans le cursus qu’ils ont choisi, faut pas perdre l’objectif de vue une seule seconde.

Ils ont ensuite un peu discuté basket (« moi j’ai un pote il fait 2m10 mais il en met pas une, la taille ça a rien à voir avec l’adresse » vs « moi j’ai un pote il fait 1m80, eh ben il sait dunker »).
Alors que leur discussion touchait à sa fin, un petit groupe de jeunes garçons du même âge avançait dans notre direction. « Du même âge » mais ceux là étaient mieux gaulés, mieux habillés, plus beaux, certainement plus confiants. Alors qu’ils passaient devant le banc des deux geeks, l’un d’eux s’est un peu écarté du groupe pour serrer la main de celui qu’il venait manifestement de reconnaître.

– Salut.

– Salut.

– Eh, c’est à 2 heures la réunion hein !

– Ouais, ouais, c’est bon, on fait une petite balade là.

Il a prononcé ces mots alors qu’il s’éloignait déjà et sans se retourner. C’est à dire qu’il s’est écarté du groupe pour serrer la main du geek mais n’a jamais daigné lui jeter un seul regard. Il l’a simplement salué par obligation, mécaniquement, en souvenir, sans doute, d’une complicité ou en tout cas d’une relation, passée. Les deux geeks sont ensuite restés silencieux un long moment. Celui qui avait été salué par le « beau gosse » avait l’air triste : si ça se trouve ils avaient été très proches par le passé. Ou ils faisaient partie de la même famille (cousins par exemple) ? C’est ce que j’en ai déduit en tout cas et ça m’a fait de la peine pour lui.

Au bout de quelques instants, ils se sont enfin levés pour partir: 14h approchait, c’était l’heure de « la réunion ».

C’est dur, parfois, la jeunesse.