#84 Stereolab – Dots and Loops

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Jusqu’à Emperor Tomato Ketchup, son album précédent celui-ci, Stereolab est presque considéré comme une incongruité, une excentricité à la monomanie (la fixette sur les claviers analogiques) tantôt amusante tantôt agaçante. Un groupe pas vraiment pris au sérieux en tout cas, sauf par quelques auditeurs hardcore de Bernard Lenoir sur France Inter.

Mais à partir d’Emperor… donc, Stereolab rééquilibre un peu son krautrock minimaliste et yéyé teinté d’exotica au profit de cette dernière, tout en conservant son penchant pour les aphorismes situationnistes et les mélodies atones. Il s’assouplit, ralentit le tempo, qu’il varie d’ailleurs de plus en plus souvent, parfois au sein d’un même morceau. Surtout, il fait de plus en plus de place à Sean O’Hagan (High Llamas) qui devient quasiment membre du groupe à part entière pendant plusieurs années (John McEntire de Tortoise est également du virage pris alors, en tant que producteur). Pour synthétiser : Stereolab ouvre un peu la fenêtre et accède à l’âge adulte.

Cette nouvelle manière trouve selon moi son épanouissement sur Dots and Loops, qui ressemble à s’y m’éprendre au résultat d’une fusion StereolabHigh Llamas (les albums de la même époque de ces derniers, Cold and Bouncy et Snowbug sont en retour pas mal influencés par le son de Stereolab).

Avec un titre indépassable, les 17 minutes de Refractions in the Plastic Pulse et son mantra metaphysique (« Ce qui est n’est pas clos, du point de vue le plus essentiel »).

Immense chef d’œuvre absolu de tous les temps.

#83 Steely Dan – Can’t Buy a Thrill

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J’ignore ce qu’il en est maintenant mais pour les gens de ma génération, et peut-être la suivante, lorsqu’on commençait à s’intéresser de près à l’indie-pop ou qu’on faisait partie de la génération Inrockuptibles pour faire court (aujourd’hui on dirait plutôt la « génération Pitchfork » j’imagine), Steely Dan comptait parmi les énormes fautes de goût, les groupes absolument tabous. Steely Dan c’était le rock FM dans toute sa vulgarité dégoulinante, des mecs cokés jusqu’à la moelle qui passaient 4 ans en studio pour peaufiner un son de caisse claire, des frères d’armes des Doobie BrothersToto, Asia ou autres formations de la même engeance (quitte à tout mélanger). Donc on y jette même pas une oreille.

Et puis on vieillit, on s’assouplit, on retire peu à peu ses œillères. On élargit son univers musical. On lit des articles, des groupes ou artistes qu’on apprécie parlent de Steely Dan et on découvre que… ben c’est pas vraiment ce qu’on avait imaginé. C’est même un truc assez précis, un truc de connaisseur, d’esthète. Et on écoute, finalement.

J’y suis venu via les High Llamas des 3 premiers albums (jusqu’à Gideon Gaye inclus). Sean O’Hagan citait le groupe comme une influence diffuse mais importante, j’ai donc jeté une oreille. Et ça m’a bien plu; j’ai compris (je crois) en quoi le groupe avait été une influence pour mes favoris et j’ai peu à peu apprécié le groupe, ça a été progressif, il a fallu appréhender cette musique totalement nouvelle pour moi. Et puis j’ai commencé à écouter les paroles, terribles ! mais c’est fou ça, cette musique hyper léchée et ses paroles hyper subversives, ça devrait pas aller ensemble mais si, et c’est ça qui est génial dans Steely Dan bien sûr (entre autres).

Ceci étant, c’est progressif comme je disais : on vient généralement à Steely Dan par Pretzel Logic, leur album le plus accessible, ou par celui-ci, puis on avance pas à pas, tranquillement, on n’arrive pas tout de suite à Gaucho ou Aja.
Mais une fois qu’on est mordu… Quel délice… Avec toujours cette sensation de goûter à quelque chose d’un peu sale, d’un peu déviant. Et maintenant, quand on entend quelqu’un dire que Steely Dan « c’est nul, c’est du rock californien de merde », on répond pas toujours parce que ça serait trop compliqué. On se contente d’un petit sourire en coin : ça viendra, tôt ou tard, et toi aussi tu sauras.

#82 Spiritualized – Let It Come Down

 

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Le chef d’oeuvre de Spiritualized, c’est évidemment Ladies and Gentlemen, We Are Floating in Space, . Un album très identifiable à sa pochette, façon boîte de médicaments, qu’on retrouve souvent dans les classements des meilleurs albums de tous les temps:

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Mais Let It Come Down, l’album qui le suit dans la discographie du groupe, est celui via lequel je suis venu à lui donc voilà.

C’est à peu près le même puisque Spiritualized est ce genre de groupe qui enregistre pratiquement le même album à chaque fois, avec quelques petites variations. Ici, LA variation, c’est que Jason Pierce aka Jason Spaceman (ex Spacemen 3 faut il le rappeler), était manifestement en pleine crise de mégalomanie car Let It Come Down n’est pas un album mais un péplum. Comprendre : c’est HENAAAAAAAAAAAUUUUUUUUUUURME. Cordes, cuivres, choristes : c’est pas des musiciens qui ont été embauchés mais des villages entiers. Énorme.

Et c’est parfait : s’il y a bien un groupe et une musique qui s’accommodent parfaitement d’un certain gigantisme, c’est le space-rock de Spiritualized. Let It Come Down est donc son album le plus spectorien (j’ai du mal à dire « leur album » tellement le groupe est le prolongement de son leader; il a beau s’entourer de 346 personnes, il reste le seul maître à bord), via par exemple le quasi-pastiche Do It All Over Again. Une de ses chansons les plus ouvertement positives aussi, c’est suffisamment rare pour être souligné (« I gotta hope for the best and the best looks good now baby »).

Mais c’est sans doute sur Out of Sight et ses paroles pleines de jeux de mots et marabout-bouts de ficelles (« If I am good I could add years to my life / I would rather add some life to my years ») que le gigantisme de Let It Come Down se fait le mieux entendre. Sans doute le titre le plus impressionnant de l’album, et celui que je préfère:

Raaaaaaah cet harmonica qui brise le mur de cuivres à la fin… Un péplum je te dis.

Sinon, que dire ? Spiritualized c’est une musique souvent maximaliste donc, comme ici, mais finalement très simple et pure : inspiration biblique, parallèles constants entre les Saintes Ecritures, la toxicomanie et le sentiment amoureux, sur fond de soul-pop-gospel-space-rock. Une musique spiritualisée.

Et comme toujours, le packaging de cet album était très soigné, avec une édition limitée, genre de boîtier en relief, très réussie :

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Le compact-disque lui-même est doré, c’est super classe.

#81 The Sneetches – Sometimes That’s All We Have

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Je sais plus à propos de que album/artiste je disais que l’ère de l’Internet avait permis d’innombrables exhumations et réhabilitations, laissant de moins en moins de poches de confidentialité : les Sneetches en font partie. Il faut croire que la pure pop, celle en droite ligne des plus grand orfèvres de la seconde moitié des années 60 (les Zombies, The Left Banke, que le groupe a d’ailleurs tous 2 repris avec brio sinon génie), est condamnée à rester l’apanage de quelques esthètes monomaniaques.

Les Sneetches sont donc un groupe culte, un vrai, à savoir confidentiel et objet de dévotion de la part de ses fans. Sometimes That’s All We Have est leur premier et meilleur album, sans conteste, même si tout ce qu’il ont enregistré est, au minimum, bon. L’écouter c’est l’adopter, je ne sais pas dire mieux : un classique pop immédiat, dans la lignée de ses glorieuses influences donc, mais qui a su coller à son époque (la fin des années 80) via une subtile patine Paisley Underground (ce mouvement de retour aux années 60 ayant pris place en Californie durant les années 80), power pop et new wave.

Un disque de chevet en ce qui me concerne, qui synthétise parfaitement tout ce que j’aime, et un probable album top 10 si je devais me plier à l’exercice. Idem pour la chanson-titre, un de mes morceaux favoris de tous les temps.

Je conseille également tout particulièrement la compilation 1985-1991, qui réunit leur premier EP, Lights Out with the Sneetches! plus quelques inédits et reprises (les Raspberries, le Monochrome Set, si c’est pas la classe absolue ça).

#80 Smog – A River Ain’t Too Much to Love

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Alors que je n’écoutais pratiquement plus que ça, depuis 3-4 ans j’ai quasiment là aussi laissé tomber l’americana, pour faire court (tout ce qui est folk ou country, alt-country, passé ou contemporain), au profit d’un recentrage pop et continental (France et Angleterre pour faire court là aussi). L’impression sans doute très présomptueuse d’avoir un peu fait le tour de la chose (pour ce qui est des contemporains en tout cas) mais le sentiment aussi que l’argument de l’authenticité ne tient pas vraiment sachant qu’il y a autant d’artificialité dans la musique de Hiss Golden Messenger que dans celle de Franz Ferdinand (pour prendre 2 exemples totalement au hasard). Bref.

Dans le rôle de l’exception qui confirme la règle, Bill Callahan. Il est devenu pour moi un genre d’icône américaine absolue, une sorte d’équivalent underground à Johnny Cash ou Clint Eastwood. Un type qui impose sa présence quand il débarque, dans une pièce ou entre tes 2 oreilles. Il devient de plus en plus beau en vieillissant en plus, ça ajoute une couche supplémentaire à son charisme de dingue.

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Cet album est selon moi son chef d’œuvre, clôturant à la fois la vie de Smog et amorçant celle qui le voit se produire sous son nom. Ce disque aurait d’ailleurs dû être signé « Bill Callahan » mais il n’a pas pu l’être pour des raisons contractuelles (il devait encore un album sous le nom de Smog).
Toujours est-il qu’à ce moment-là, Bill Callahan n’est pas seulement désireux de donner un nouveau souffle à sa carrière, il change également de vie. Il quitte la grisaille de Chicago pour la douceur d’Austin au Texas et découvre par la même occasion qu’au-delà des limites de la ville, il n’y a pas encore la ville mais la nature, les arbres, les animaux, les rivières (ces dernières forment une métaphore centrale, essentielle sur bon nombre de ses chansons à partir de cet album). Ca s’entend très nettement, l’atmosphère générale est plus chaude qu’auparavant. C’est aussi le moment où il entame une idylle avec Joanna Newsom : elle constituera le cœur de son premier album sous le nom de Bill Callahan (Woke on a whale heart) mais ça s’entend déjà ici. En somme, le misanthrope désabusé de toujours commence à s’ouvrir au monde en même temps qu’à l’amour : quand on a le talent pour retranscrire ce bouleversement et ce nouvel état d’esprit, ça donne un album de ce calibre, un chef d’oeuvre encore une fois.

#79 The Smiths – Strangeways, Here We Come

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J’ai découvert ce disque en 1989, à 16 ans. J’écoutais déjà pas mal de musique : du classic rock comme on pourrait dire aujourd’hui (les Stones, Pink Floyd etc). J’étais surtout un énorme fan de U2. Bon.
En 89 donc, je suis entré en 1ère littéraire dans un internat (1ère A2 comme on disait à l’époque : lettres et langues). C’était un tout petit lycée du Pays Basque profond, on était pas nombreux, l’ambiance était très familiale. On a rapidement créé des liens forts : je me suis notamment lié d’amitié avec une fille très extravertie, du genre qu’on qualifiait à l’époque d’ « un peu fofolle » (j’ignore si on dit ça encore aujourd’hui de ce type de personnes). Très vite et très logiquement là aussi on s’est mis à partager nos goûts musicaux (« t’écoutes quoi comme musique ? ») : elle connaissait déjà par cœur tout ce que j’écoutais, je connaissais parfois à peine ce qu’elle aimait (Cure, ok, c’était le générique des Enfants du rock, mais XTC, Chameleons, Lloyd Cole etc, j’en avais tout bonnement jamais entendu parler).

Pour m’initier, elle m’a fait une K7 d’un de ses groupes préférés, les Smiths. Face A, Rank, l’album live posthume, face B, Strangeways, here we come, le dernier album. Je mis beaucoup de temps à entrer dedans : c’était du rock sans en être, ça ressemblait pas du tout à ce que j’avais l’habitude d’écouter. Je savais vaguement que ça appartenait à un genre précis (l’indie pop) et qu’il y avait même un magazine français dédié. Je ne comprenais pas bien. Et puis cette voix…
En fait le déclic eut lieu avec une autre K7 achetée d’occase quelques semaines plus tard (Hatful of Hollow), sur l’intro carillonnante de This Charming Man et son beat Motown.
A partir de là, tout a changé. Mais vraiment tout. « Les Smiths ont changé ma vie » comme on dit. C’est-à-dire qu’à partir de ce moment là, j’écoute plus du tout de classic rock (j’y reviendrai bien sûr plus tard), mais c’est aussi ma perception du monde et des autres qui changent en profondeur et celui que je suis au moment où je tape ces lignes est encore hautement redevable de cette découverte, pour le pire et pour le meilleur. Et je suis donc devenu un énorme fan des Smiths et de Morrissey en solo.
J’aurais pu choisir n’importe lequel de leurs autres albums, y compris les super compilations Louder than bombs et The World won’t listen mais celui-ci est le plus varié, le plus délicat, le plus touchant, le plus complexe.

Aujourd’hui, mon amie est toujours mon amie. On a des vies différentes et on habite à 800 kms l’un de l’autre donc on se voit beaucoup moins : une fois par an au mieux mais on garde le contact et on a toujours l’un pour l’autre une grande affection. Je sais que je peux compter sur elle et réciproquement. C’est pareil pour les Smiths.

#78 Elliott Smith – Figure 8

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J’ai déjà parlé d’Elliott Smith ici et ici, lorsque je me suis remémoré ses 2 concerts auxquels j’ai eu la chance d’assister.
Évidemment, j’aurais pu opter pour Either/Or (qui est en général celui qui est choisi dans les classements de ce type) ou XO mais pour être honnête, même si je les adore, j’ai une nette préférence pour celui-ci : j’aime beaucoup quand un artiste se voit enfin confier les moyens de son ambition, et qu’il se montre à la hauteur. Et Figure 8 est selon moi l’exemple type de ce cas de figure (arf) car c’est l’album sur lequel Elliott Smith peut commencer à donner chair à ses fantasmes beatlesiens en termes de production.
Il avait semble-t-il pour objectif d’aller encore plus loin sur son album suivant (From a basement on the hill) mais évidemment, même si le résultat est intéressant, il est également inabouti et on ne saura donc jamais ce que ça aurait réellement pu donner. Lire à ce sujet, et au sujet d’Elliott Smith en général, l’excellent article que Pitchfork lui a consacré à l’occasion du 10ème anniversaire de sa mort.

#77 Sloan – Between the Bridges

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J’ai longuement hésité avec leur album précédent, Navy blues, que voici :

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Parce que c’est une petite usine à tubes, tout simplement. Mais faut faire des choix là, c’est bientôt la fin, ça devient chaud.

Ce que j’aime dans Between the Bridges, c’est qu’il est varié : y a de la power pop évidemment, puisque Sloan est l’un des prototypes des groupes du genre, y a les MacCartneyrades de Jay Ferguson, y a du rock AM 70s, y a un petit mid-tempo countrysant. Tout ça en 12 titres et 45 minutes : c’est pas un album, c’est un cahier des charges parfaitement rempli.
J’aime bien aussi le côté « boucle » de l’album : tous les titres s’enchaînent les uns aux autres et le dernier reprend le riff du premier ce qui fait que lorsqu’il s’achève et qu’on rappuie sur « play », on obtient une sorte de boucle musicale parfaite. Bon, c’est un détail évidemment, un gadget, mais j’aime bien.
Comme tout ce qu’a fait Sloan entre 1994 et 1999 en vérité et qui me semble sinon irréprochable, au minimum digne d’intérêt. Sloan est un peu l’exception qui confirme l’adage qui veut que « nul n’est prophète en son pays » : très populaire au Canada (son pays donc), il reste relativement méconnu en dehors, sinon pour quelques obsessionnels des riffs nerveux et mélodies accroche-coeur. C’est dommage.

#76 The Sleepy Jackson – Lovers

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Voici ce que j’avais écrit sur cet album à sa sortie:

 » Luke Steele, leader et seul membre permanent de The Sleepy Jackson est de ses personnages dont on fait (peut être?) les légendes, ou tout du moins les chroniques. Discographiques s’entend, mais aussi psychiatriques si on en croit les rumeurs diffusées sur sa personnalité pour le moins tourmentée. Fort heureusement pour lui, et pour nous, sa musique dissipe toute velléité voyeuriste. Oubliez les 2 EPs déjà parus (Caffeine in the Morning Sun et Let your Love Be Love), ils ne sont qu’aimable divertissement en comparaison de ce premier album : beaucoup moins brouillon, plus direct, Steele privilégie une forme de country-pop dont la sincérité exacerbe encore les sentiments évoqués, et parvient à fondre dans un même moule kaléidoscopique George Harrison, les Flaming Lips ou Sparklehorse. A la fois déchirantes et radieuses, ces chansons à la proverbiale générosité constituent tout bonnement un des meilleurs recueils de pop-songs entendues ces dernières années. Magique. »

14 ans plus tard, je ne dirai pas les choses de la même manière mais je serais tout aussi dithyrambique: ce disque est un classique pour moi, tout simplement. J’y reviens très régulièrement et je ne m’en lasse pas. Je trouve même qu’il se bonifie avec le temps.

Un 2ème album a suivi (Personality), un poil en dessous mais très recommandable également, puis Luke Steele s’est lancé dans l’aventure Empire of the Sun avec le succès qu’on sait (non?) : c’est pas inintéressant mais bon…

Top albums 2016 – 2ème partie

Pour la 1ère partie du top, c’est ici que ça se passe.

10 Max Jury

71qdofews0l-_sl1200_L’album doudou de 2016. Des chansons entendues mille fois, une production chaude, une atmosphère tantôt feelgood, tantôt mélancolique, voire même feelgood PARCE QUE mélancolique : c’est plus un album, c’est un plaid. Mais dans le genre (soul-country-pop), c’est assez irrésistible.

9 Italian Boyfriend – Facing the Waves

italian-boyfriend-facing-the-wavesJe mettais en valeur la simplicité biblique du dernier album de Teenage Fanclub mais alors que dire du premier album des Belges d’Italian Boyfriend ? Ca va encore plus loin dans le dépouillement indie-pop, la seule fantaisie consistant en une alternance garçon-fille au chant. Et pourtant, c’est sublime, d’une pureté et d’une évidence… On songe au Velvet de Loaded, au Belle and Sebastian des débuts ou à ce groupe aujourd’hui oublié, les Papas Fritas, qui avait si bien su faire revivre l’enthousiasme et l’innocence pop au milieu des années 90. C’est enfin la plus belle et la plus évidente combinaison pochette/musique de l’année.

8 The Coral – Distance Inbetween

the_coral_-_distance_inbetweenUn des groupes fétiches de Grande remise. Come back un peu inespéré et doublé d’une ré-invention assez notable du groupe, avec un son un peu plus dur, une tonalité plus sombre, sans pour autant qu’elle constitue une redite par rapport à certains albums des débuts (The Invisible Invasion notamment) : on décèle par exemple d’évidentes influences krautrock. Mais ça reste du pur The Coral, à savoir ce croisement improbable et qui pourtant semble couler de source grâce à leur talent mélodique et leur talent tout court, entre le romantisme anglais d’Echo & the Bunnymen et la coolitude californienne des Byrds.

7 Andy Shauf – The Party

a0278585314_10Modeste dans ses intentions et son exécution (ce piano et cette voix faméliques), The Party est pourtant de ses disques qui peuvent provoquer des séismes esthétiques et émotionnels. Je m’enflamme peut-être un peu et il faut de toutes façons attendre la confirmation sur 3-4 albums supplémentaires mais on tient peut être là le nouveau one-man-Beatles à la place d’Elliott Smith.

6 The Divine Comedy – Foreverland

the-divine-comedy-foreverlandA l’instar du Wilco qui le suit (ou qui le précède dans mon classement), un album modeste, « pantouflard » diront les pisse-froids, un album de vieux briscards, de vieux tout courts diront les mêmes détracteurs. J’y vois plutôt dans les 2 cas une preuve supplémentaire du talent supérieur de ses 2 têtes pensantes, Neil Hannon et Jeff Tweedy pour Wilco, qui « se contentent », peut-être oui, de mettre en avant leurs compositions, sans en faire des caisses. Mais quand on est capable d’écrire des chansons d’un tel acabit, pas besoin d’en rajouter. Je prends même le problème à l’envers : quand on voit le niveau d’excellence d’un tel album « modeste » donc, ça laisse vraiment songeur quand au niveau de la concurrence et à celui, impérial, de Neil Hannon / Jeff Tweedy. Très beau concert toulousain par ailleurs, dont je dis quelques mots ici. Et To the rescue, chanson de l’année :

5 Wilco – Schmilco

schmilcoJe parle de Wilco en général au sujet leur récent et sublime concert parisien ici. Schmilco, en plus d’être un album absolument impeccable en soi, universel et fédérateur (il pourrait aussi bien constituer une porte d’entrée à l’oeuvre du groupe, que plaire à ses fans ou à ses détracteurs), apparaît avec un peu de recul comme le parfait pendant du Star Wars sorti l’an dernier: électrique et mélodique d’un côté, acoustique et harmonique de l’autre

4 Barbagallo – Grand chien

Chaque année, un album bénéficie du bonus « sorti en fin d’exercice »: il est très frais dans la tête au moment de boucler les tops. En 2016, c’est l’album de Barbagallo qui y a droit puisqu’il est sorti début novembre. Note que ça ne signifie pas que je suis élogieux uniquement parce que c’est l’album que j’écoute le plus en ce moment : je pense que c’est un excellent album tout court et je l’aurais classé très haut même s’il était sorti en février. Dans un genre très différent (plus folk pour faire court), il est un peu comme l’album de Lafayette une synthèse de ce qui peut se faire de mieux en France à l’heure actuelle : un peu hype, un peu pop, un peu variété, à égales mesures.
Julien Barbagallo est toulousain (albigeois pour être tout à fait précis) et avant qu’il ne fasse le tour du monde en tant que batteur de Tame Impala, il faisait partie des visages croisés régulièrement dans les salles de concert de la ville, dans le public ou sur la scène (notamment avec Aquaserge). Je me souviens par exemple l’avoir vu en première partie des High Llamas, ça devait être en 2007. Il avait joué un set acoustique solo très americana sous son pseudo de l’époque (Le cube), reprenant notamment Townes Van Zandt (me souviens plus quel titre). J’avais trouvé ça chiant et poseur.
Grand chien atteste du chemin parcouru, à la fois sur le fond et sur la forme. C’est vraiment un très bel album : riche, ambitieux dans ses objectifs, humble dans sa démarche et enfin très touchant. A noter qu’il a été mixé par mon grand chouchou Rob. Et que dans la même famille toulousaine, les albums de Laure Briard (Sur la piste de danse) et de Julien Gasc (Kiss Me You Fool!) sont plus que recommandables eux aussi.

3 John Cunningham – Fell

fell-coverOne-man Beatles, deuxième. La formule est facile, peut-être même évidente mais c’est un raccourci. Dans le cas de John Cunningham, comme dans celui d’Andy Shauf, il ne s’agit en aucun cas de revivalisme ou, pire, de pastiche. Chacun d’eux possède une identité sonore et mélodique très forte qui suffit à les exonérer de tels reproches. Cunningham davantage encore bien sûr, lui qui écrit et enregistre depuis 25 ans.
Fell est un retour inespéré, miraculeux, dû au remarquable travail des gens de Microcultures, déjà responsables du retour des Apartments l’an dernier. L’album  est achetable ici. Que dire d’autre? Un retour miraculeux oui, moi (et quelques autres) qui croyais Cunningham coulant des jours paisibles dans sa maison du Lake District dans le Nord de l’Angleterre : son précédent album était sorti en 2002.
Après… on peut lire un peu partout (enfin… là où on en parle) que ce garçon figure parmi les plus grands songwriters anglais, qu’il n’a pas la notoriété qu’il mérite etc etc. C’est très vrai. Mais honnêtement, qui ça intéresse encore en 2016, à part quelques vieux cons dans mon genre ? Quand on voit dans quel univers sonore on vit et on évolue quotidiennement, la confidentialité d’une musique pourtant si accessible, authentique et honnête (comme les anglais disent de quelqu’un qu’il s’agit d’un honest man) est-elle si surprenante ? Evidemment la réponse est dans la question. On peut le déplorer avec toute la véhémence du monde et pester contre l’injustice, ça ne changera rien à l’affaire. Mieux vaut se dire qu’on a de la chance de pouvoir, en 2016, écouter les chansons d’un garçon aussi sensible et talentueux.

2 The Lemon Twigs – Do Hollywood

the-lemon-twigs-do-hollywoodCa en revanche, c’est très 2016, dans le sens ou malgré de multiples références à de glorieux aînés, on garde en bouche la sensation d’une grande modernité, et d’une oeuvre qui n’aurait pas pu voir le jour à un autre moment.
Do Hollywood est donc un énoooooooooooorme juke box rétro (Beatles, Kinks, un peu de glam, beaucoup de Todd Rundgren) transcendé par des compositions très supérieures à la moyenne et une énergie, une décomplexion à toute épreuve : les 2 membres du groupe, 2 frères, ont 17 et 19 ans et ça se sent à chaque instant. L’album est par ailleurs produit par Jonathan Rado de Foxygen, pas vraiment un vieux routard de studios lui non plus. Pas grand chose à dire de plus : ça part dans tous les sens tout en étant tenu par des chansons extra et c’est rempli de gimmicks et de hooks à craquer (et croquer).

1 Lafayette – Les dessous féminins

static1-squarespace-comJ’ai déjà abondamment parlé de Lafayette sur ce blog, je vais pas insister : Lafayette avant l’album c’est ici, l’album en lui-même, ici. C’est selon moi une synthèse parfaite à la fois de ce que j’aime et de ce que la France sait créer de mieux en terme de chansons, entre pop et variété.
Je ne vais pas répéter non plus ce que j’ai déjà dit dans mes précédents billets mais Les dessous féminins s’achève sur ce qui est sans doute ma chanson préférée de ces 5 dernières années, La glanda, dont je milite pour qu’elle devienne l’hymne officiel de la République. C’est l’année ou jamais, le nouveau président élu aura des priorités à gérer. Le bien-être de la Nation en dépend.

Vive La glanda, vive Lafayette et vive la pop française.