Red Sparrow – critique

Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents.
Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux. (Allociné)

Ca fait, ou ça va faire 40 ans que je vais très régulièrement au cinéma: mon tout premier film en salles était Bernard et Bianca et je n’ai pas la date exacte mais c’était en 1978 donc voilà. Et depuis 40 ans donc, si je n’ai pas le chiffre ni la moyenne exacte là non plus, je pense que je vais au cinéma au moins 1 fois par semaine. L’arrivée des cartes illimitées, auxquelles j’ai souscrit dès leur apparition, a évidemment contribué à compenser les semaines de disette mais enfin, j’ai le souvenir d’y être toujours allé très régulièrement.

Et depuis 40 ans donc, ou plutôt devrais-je dire « malgré ces 40 ans », j’ai toujours un petit pincement de plaisir lorsque je rentre dans une salle. C’est pas grand chose, et je le vis pas toujours de manière consciente mais même lorsque je ne le réalise pas pleinement sur le moment, je sais que c’est là. Et que c’est bon: ce moment où tu ouvres la porte de la salle et que tu te retrouves dans une sorte de sas de quelques mètres à peine qui te sépare des rangées de sièges, de l’écran, comme une capsule à la fois sombre et silencieuse qui te permet d’opérer la transition entre la vraie vie et ce monde de fiction qui contribue à la rendre plus intense, plus triste, plus joyeuse, plus drôle. Plus belle. Et ça, que j’aille voir Mulholland Drive, Bienvenue chez les Ch’tis ou Red Sparrow, ça ne change pas.

Moins souvent, je me retrouve dans la rue après une séance, je marche, pour rentrer chez moi en général, je pense à mille choses et aucune en particulier, mais  pas au film que je viens de voir. Puis j’ai comme un flash très bref : « ah mais je sors du ciné là en fait ». C’est tout juste si je ne dois pas faire un effort pour me souvenir du titre du film qui vient pourtant à peine de s’achever. Ca, ça m’est arrivé hier soir en sortant de Red Sparrow.

Formulé autrement, mes derniers films vus en salle sont Taxi 5, Place Publique et Red Sparrow donc et ils seront tous les 3 dans mon flop de l’année.

Alors c’est pas horrible, contrairement aux 2 autres, on s’ennuie pas malgré les 2h20 mais un film d’espionnage centré sur la manipulation, la déception, les faux-semblants etc. aussi dépourvu de tension psychologique, sexuelle (malgré la multiplication de ridicules scènes Sopalin autour de Jennifer Lawrence), de suspense, de surprise etc. c’est un genre d’exploit. Un film nul et con, tout simplement.

Only Lovers Left Alive – critique

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ? (Allociné)

Only Lovers Left Alive
Attaqué à reculons: je ne déteste pas Jarmusch, j’aime bien voire beaucoup certains de ses films (Dead Man, Ghost Dog essentiellement) mais je n’aime pas son côté « cinéaste rock », « urbain » « new-yorkais », « errance nocturne ». Vu que j’aime pas le rock. Normal.

C’est en tout cas ainsi que j’avais identifié ce film (un « film rock » donc, pour faire court et si tant est que ça veuille dire quelque chose) sur la foi de quelques images sans doute. Et j’avais, en partie, tort. En partie car oui, le film se veut cool, nonchalant, « rock » et il l’est sans mal, il faut bien l’avouer.

Mais l’essentiel est ailleurs et cet essentiel pourrait carrément être un manifeste granderemisque en réalité… En même qu’il constitue une sorte d’adaptation/variation sur le A rebours de Huysmans (bon, de loin, mais quand même).

Là où Jarmusch est très fin, très intelligent et très sensible, c’est que le point de vue d’Adam (interprété par Tom Hiddleston), vampire fétichiste et passéiste qui vit dans sa maison-musée entouré des sublimes vestiges matériels et immatériels des siècles passés, point de vue qu’on imagine bien être le sien (et le mien par la même occasion…), est très vite contre balancé, ou plutôt complété, par celui d’Eve (interprétée par Tilda Swinton) et de son besoin d’humain, de légèreté, de joie, de vie. C’était bien avant, mais c’est bien aussi maintenant si on veut bien s’en donner la peine : c’est ce que nous dit le film et ça c’est une putain de leçon de vie tu vois.

Non mais blague et cynisme à part, c’est très beau, très intelligent (limpide sans être didactique pour autant) et très émouvant à la fois, c’est donc un grand film. Sinon plus.

Taxi 5 – critique

J’ai honte. J’ai rapidement quitté la salle (au bout de 30 minutes quand même…) mais j’ai honte.

Qu’est-ce qui m’a pris bon sang ? Il faisait beau en plus, j’aurais pu faire 1000 choses plus intéressantes comme, je sais pas, aller manger une glace, m’aérer, aller manger une glace, attaquer l’un des 12 bouquins empilés près de mon lit et qui attendent d’être ouverts depuis plusieurs années pour certains, aller manger une glace ou même boire un litre de Destop. Ou aller manger une glace. Mais non, je me suis dit que ça serait une bonne idée d’aller voir ce truc. Sans doute parce que j’avais été agréablement surpris par le ton et l’énergie des Kaïra, parce que j’avais lu 2-3 avis positifs qui m’ont laissé croire que, peut-être, éventuellement, je pourrais, qui sait, passer un moment pas trop dégueulasse. Tu parles…

Déjà faut partir du principe que dépoussiérage de la franchise, mon cul oui : Taxi, que ça soit réalisé par Besson, Gastambide ou Tarkovski, c’est fondamentalement un truc pour fans de voiture qui font tut-tut, vroum-vroum et qui se rentrent dedans sur fond de musique débile. Déjà.

Après… bah après, c’est tout simplement le truc le plus bête, laid et vulgaire que j’ai vu depuis très, très longtemps. Mal écrit, mal joué, mal branlé. Jamais drôle. Insupportable. Après, si du vomi sur une voiture, du vomi DANS une voiture (variante !), de la merde de chien balancée sur des élus ça te fait rire (tout ça brut bien sûr, sans prendre la peine de construire un gag ou une situation, pourquoi se faire chier?), fonce. Et qu’on me sorte pas l’argument du politiquement incorrect : les nains, les gros(ses), très bien, pourquoi pas, mais Gastambide est juste un bourrin qui flatte les plus bas instincts de son public et citer les Farrelly dans ce billet, même pour le remettre à sa place, serait lui faire trop d’honneur. En même temps, un type qui a une tronche d’acteur porno, on aurait dû se méfier.

30 minutes m’ont donc suffi mais c’était déjà 30 minutes de trop évidemment.
En sortant j’ai fait pénitence : 4 Godard, 3 Straub, 8 Dreyer. Mais j’ai toujours honte : je vais me retirer quelques jours dans un monastère tibétain pour faire le point avec moi-même et me reconstruire.

Hostiles – critique

Véritable Gilbert Seldman de la blogosphère, je continue donc à faire la pluie et le beau temps sur le box office français avec quelques mots sur un film peu mis en lumière me semble-t-il.

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent. (Allocine)

Amis de la jovialité, de la mignoncité et de la rigoulade, passez votre chemin (et n’allez pas voir La belle et la belle non plus : c’est nullach) : Hostiles est lourd, grave, sérieux. Parfois trop à mon goût (on est à la limite du dolorisme) mais c’est un beau film et il a de nombreuses qualités.

En premier lieu, son pitch. Tension et enjeux clairement définis d’entrée, rien à dire. Son pitch et son scénario : un bon pitch c’est bieng, un bon pitch bien développé sur la longueur du scénario, c’est mieuxg. Là-dessus, Hostiles me paraît assez irréprochable : le convoi improbable va devoir traverser les Etats-Unis du Sud au Nord, en gros (de l’Arizona jusqu’au Montana) et va souffrir diverses avaries et bricoles durant son voyage. A mesure qu’il progresse, des leçons seront apprises, des personnalités modifiées, des personnages transformés. Du classique certes voire du confortable voire du minimum quand l’histoire épouse la forme du road trip, puisque ça revient à ça, mais c’est vraiment bien écrit et bien développé. Le film est long, plutôt lent, prend le temps de se poser dans les différents (et magnifiques évidemment) paysages traversés ce qui renforce l’atmosphère de voyage initiatique voire de roman d’apprentissage qui se dégage au final.

Quand on te dit que t’es devenu le sosie d’Arnaud Tsamère

Car la grosse affaire d’Hostiles, c’est son fond et le message de tolérance et de compassion qu’il entend délivrer : soldat impitoyable, sans états d’âme voire sanguinaire, Christian Bale va peu à peu contenir sa haine et sa colère pour entrer en empathie avec ses prisonniers et par extension, le peuple indien. Idem pour le personnage interprété par Rosamund Pike qui a pourtant quelques raisons d’être un peu vénère : c’est le côté Cheyenne Autumn du film, qui adopte clairement le point de vue des Indiens et leurs revendications. On peut aussi légitimement penser à Josey Wales, hors la loi, cet autre film au cours duquel les personnages n’ont de cesse de fuir une violence qui ne veut pas les lâcher.

Tout n’est pas parfait : c’est un peu trop long, un peu trop lent, un peu trop pompeux parfois (les jump cuts sur Christian Bale qui hurle sa douleur dans le désert au couchant, sans déconner…) mais Hostiles est un beau western qui prend le temps, et réussit, à la fois à sonder le caractère de ses principaux protagonistes et à délivrer un message plus universel (le côté Fordien du film, encore). En plus y a Rosamund Pike (coucou les beaufs) et Timothée Chalamet (coucou les beaufettes). A voir donc.

La Nuit a dévoré le monde – critique

En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ? (Allociné)

Quelques mots rapido, comme j’en prends l’habitude, pour conseiller d’aller voir un film qui ne restera pas longtemps à l’affiche. Un film de zombies. Un film français de zombies.

Tout est là évidemment: c’est clairement pas The Walking Dead. Mais si La Nuit a dévoré le monde ne mise pas tout sur la carte horrifique/suspense/gore, cet aspect là est quand même bien traité. Comprendre: le film n’est pas seulement une rumination minimaliste parisianisto-Femis, il est également crédible dans ses quelques séquences/passages obligés du genre (les zombies eux-mêmes, un Paris vidé de ses habitants et livré à ces mêmes zombies, les attaques de zombies, le dégommage de zombies etc).

Cependant, j’y viens, le véritable intérêt du film est ailleurs : Sam est « bloqué » dans un appartement parisien et on va passer 1h30 en sa seule compagnie, ou presque. Parti-pris minimaliste donc, intimiste, voire austère, fort quoiqu’il en soit, qui fait de La Nuit a dévoré le monde un drame psychologique davantage qu’un survival.

Quand t’as bien l’intention de te faire la personne qui a choisi les rideaux

S’il fait le pari de ne pas singer ni marcher dans les pas d’Hollywood, une gageure mine de rien lorsqu’on réalise un film de genre, c’est pourtant bien à 2 films américains que La Nuit a dévoré le monde fait le plus penser. En premier lieu Seul au monde : les enjeux sont exactement les mêmes pour les personnages interprétés par Tom Hanks et Anders Danielsen Lie. Une fois la panique et la sidération sinon évacués, du moins sous contrôle, il faut survivre et surtout, organiser sa survie (trouver la nourriture, la rationner, s’aménager un cocon, se laver, s’occuper, tâcher de ne pas devenir fou, envisager un futur peut-être? etc). Mais comme on est en France et qu’on est pas des forcenés du placement de produit, c’est Denis Lavant, The Actor, qui interprète Wilson.

On pense aussi à cet autre beau film post-apocalypse, Je suis une légende, qui est quasiment cité par le personnage de Sam (avec cette fois un chat à la place du chien).
On peut penser à pas mal d’autres œuvres je suppose mais aucune ne s’impose comme une influence ou une référence majeure et ça c’est toujours une bonne chose: La Nuit a dévoré le monde se révèle peu à peu comme un film singulier, à la fois film de zombies donc, méditation existentielle, étude de caractère, parabole sur le protectionnisme et la peur de l’Autre, que sais-je encore.

Il vaut mieux le savoir avant d’aller voir le film: vu leurs réactions pendant et après la séance, pas mal de personnes dans la salle ont manifestement été surprises par la lenteur, la dimension contemplative et relativement anti-spectaculaire du film. Mais sachant cela, il faut aller voir La Nuit a dévoré le monde car il offre une vraie proposition de cinéma, qui se déploie sur la longueur, avec cohérence et conviction.

43 réflexions pendant la 43ème cérémonie des César

C’est devenu une coutume sur Grande remise, à tel point que presque 3 personnes me l’ont pour ainsi dire réclamé dans la semaine : le débrief de la Cérémonie des César.
Donc , comme l’an dernierl’année précédente et encore celle d’avant, n’importe quoi, n’importe comment sur la 43ème Cérémonie des César.

cesars

Le sympathique Manu Payet (prononcer « payett », comme Dimitri) succède donc à l’immonde Jérôme Commandeur.  C’est bieng.

Allez boum, comme d’hab’ ou presque, on attaque par un numéro chanté-dansé. Ambiance OscarsHollywood donc pour commencer. Bon.

Ambiance « Hollywood » qui cède vite la place à une ambiance « spectacle de fin d’année »: la cheaperie des costumes en carton-pâte… On dirait des Curly géants.

Ambiance « spectacle de fin d’année » qui cède tout aussi rapidement la place à une ambiance « c’est à chier ».

Isabelle Huppert est donc la bonne élève de l’année qui a gagné le droit d’être assise à côté de la Ministre de la Culture.

Après un numéro musical calamiteux, Payet rattrape bien le coup, malgré un stress évident. Bonnes vannes, bien senties, ça aide.

TRES bonne vanne sur l’égocentrisme de Nicolas Bedos, validée par la salle. Vas-y Manu, c’est bon.

Très bon passage sur Petit paysan également.

Wow Penelope Cruz quand même… Et puis y a pas à dire, ils forment un beau couple avec Javier Bardem.

Premier hommage de la soirée, consacré à Jeanne Moreau. Suis je un traître à la Nation si je dis que sa disparition ne m’a pas vraiment touché? Grande dame, grande actrice bien sûr mais bon… Je ne retiens vraiment que le Journal d’une femme de chambre en fait…

Evidemment, extrait de son duo avec Vaness sur Le Tourbillon de la vie. Du coup je crains un retour plateau avec sa reprise en version slam par Grand Corps Malade et la Cotillard.

Hein??? Vanessa Paradis présidente de la soirée??? Madame Benchetrit? Un amour de sorcière? Sous les jupes des filles? Putain… Loi travail,  statut des cheminots et maintenant ça??? Merci Macron.

La sublime plastique de Juliette Binoche dans Un beau soleil intérieur m’avait fait oublier à quel point cette femme, et cette actrice, était irrémédiablement chiante.

C’est (vraiment) parti, première récompense de la soirée pour 120 Bpm: Nahuel Perez Biscayart, hyper prévisible. J’avais pas remarqué jusqu’à ce soir qu’il avait un très léger accent sud-américain (il est argentin).

C’est nouveau la musique qui est lancée pour couper la chique aux discours trop longs non? On va pas se mentir: comme Michel, je suis pour même si à 2 reprises elle se lancera à des moments plutôt inopportuns.

Le tunnel des César techniques récompense bien sûr majoritairement le Dupontel. Incompréhensible que Caroline Champetier n’ait pas eu le César de la meilleure photo pour les Gardiennes.

Laurence Ferrari fait partie des invités. Ok.

Drôle, provocante et subversive (rire de la cause tout en la soutenant), Blanche Gardin au-dessus du lot.

Révélation féminine, Camelia Jordana. J’aurais préféré Iris Bry mais c’est mérité. Nous on méritait pas qu’elle nous inflige ce look de merde en revanche.

« C’est le moment #balancetonporc. Les nommés sont… » Bien Manu, bien. Il est de plus en plus à l’aise, toujours aussi drôle sans jamais tirer la couverture à lui, impeccable le type.

Et Pascal Elbé qui vient comme chaque année remettre son trophée, pepouze. Il couche avec Terzian ou quoi? J’ai vérifié du coup: en 2017 il est apparu dans Knock et dans L’Araignée rouge (??): suuuuuuuupeeeeeeeer.

Aaaah, bien le sketch Bureau des légendes, très bien même.

Et le sketch qui suit avec Eddy Mitchell!

Quelle émotion Arnaud Rebotini… (meilleure musique). Ca fait plaisir à voir. Et puis quelle allure ! Allez les hipsters, soyez gentils, rasez vos 3 pauvres poils au-dessus de la lèvre et laissez les moustaches aux hommes.

Fidèle à sa réputation, Louis Garrel a donc choisi de porter en col roulé noir. Il cherche un peu non ? Enfin, il est quand même beau ce salaud.

Encore un très bon passage de Manu Payet (La saucisse)

Nouveau prix: le César du public. La liste des nommés fait mal aux yeux (Valérian, Alibi.com). L’extrait de Raid Dingue, le lauréat, est fascinant de nullité: merci, j’ai hyper envie de le voir maintenant. César remis par Line Renaud.

D’ailleurs c’est quoi sa position à Line dans l’affaire de l’héritage de Johnny? Les Français ont le droit de savoir.

Je me souviens qu’au tout tout début, je l’aimais bien Dany Boon. Je le trouvais (un peu) original, (un peu) drôle. Je me souviens de ça et j’ai honte de moi.

OK, c’est donc maintenant, là, tout de suite: Dany BoonLine Renaud, LE passage très gênant et interminable de la soirée. Le plan de coupe sur Manu Payet, drôle, vif, pertinent lui, fait mal.

Quand tu te demandes si c’est la robe qui est à chier ou si elle est enceinte

Oh Penelope… Quel beau discours, simple, naturel ❤ Sa maman, son mari, le grand Pedro (Almodovar) dont j’aime tant les films… Ils font venir le roi Juan Carlos ou Iker Casillas et je décède d’émotion.

Petit paysan, meilleur premier film ! Ca veut dire qu’il aura pas le César du Meilleur film mais ça fait plaisir quand même.

Beau discours d’Hubert Charruel, simple et naturel lui aussi.

Olga Kurylenko, sublime beauté slave. Présence un peu surprenante d’ailleurs non ? D’autant qu’elle est arrivée par surprise, sans applaudissements ni rien… Enfin, elle est sublime. A noter un sens de la mode très slave lui aussi avec une robe Desigual bien dégueulasse.

Et on continue dans l’hommage aux années 80 avec le duo Pierre RichardSophie Marceau. Cohérents jusqu’au bout, ils nous gratifient d’un petit numéro bien daté lui aussi, bien pas-drôle-du-tout.

Manu Payet dans le prochain NakacheToledano, on parie ? Il est bon putain. Et les plans de coupe les montre toujours morts de rire.

LAETITIA PARTOUT JUSTICE NULLE PART: oui, j’ai un faible pour Laura Smet.

C’est une évidence, mais c’est quand même incroyable comme Sara Giraudeau est la fusion parfaite des ses 2 parents.

Pascal Elbé a son pendant féminin: Elsa Zylberstein. Quasiment disparue des radars, toujours remettante d’un prix. Comprends pas.

Comme souvent, j’ai rien à dire sur les derniers César, les plus importants, qui s’enchaînent très vite alors qu’on a pris 3 heures pour en décerner 4 et demi.

Qu’est-ce qu’elle est menue Isabelle (Huppert) quand même… Tiens ça me fait penser que j’ai revu La Ritournelle l’autre soir: c’est vraiment un chouette film et elle y est à croquer.

Et c’est fini, avec le discours aussi irréprochable et inattaquable qu’ennuyeux de l’équipe de 120 Bpm.

Bon ben c’était cool ! 120 Bpm grand vainqueur, suivi de près par Au Revoir là-haut mais de belles récompenses pour Petit paysan, mon préféré, ça fait plaisir. Et un excellent Manu Payet, à la fois drôle, vif, moqueur et bienveillant, qui, surtout, n’a jamais vampirisé la cérémonie (coucou Florence Foresti). J’ignore comment il a été reçu par les décideurs et le public mais si ça tenait qu’à moi, il remettrait ça l’an prochain.

Pronostics César 2018

Cette année, j’ai décidé non pas de dissoudre l’Assemblée Nationale mais de livrer mes pronostics sur les nominations aux César dont la cérémonie aura lieu demain soir. Débrief de la cérémonie (présentée cette année par le sympathique Manu Payet, déjà un bon point par rapport à l’an dernier) si j’ai le temps pendant le weekend.
J’ai pas vu tous les films (Patients? Le film de Grand Corps Malade? Sans déconner?) mais le jour où on pourra pas critiquer sans savoir, ça sera le début de la fin.

  • Meilleur film :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Le Brio
    Patients
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

Souhait: Petit paysan, haut la main. Un film très « cinéma français 2018 » en plus, qui colle vraiment à son époque je trouve. Ce qui peut-être perçu comme un défaut aussi, je te l’accorde.
Vainqueur probable: 120 Bpm. Sans appel je suppose.

 

  • Meilleure actrice :
    Jeanne Balibar (Barbara)
    Juliette Binoche (Un beau soleil intérieur)
    Emmanuelle Devos (Numéro Un)
    Marina Foïs (L’Atelier)
    Charlotte Gainsbourg (La Promesse de l’Aube)
    Doria Tillier (Monsieur & Madame Adelman)
    Karine Viard (Jalouse)

Souhait: que Doria Tillier ne soit pas nommée (non mais sans déconner… direct « meilleure actrice », sans passer par la case « meilleur espoir féminin »? En vertu de quoi? J’ai rien contre elle mais c’est n’importe quoi) et que Nicolas Bedos n’ait jamais existé. Mais c’est pas la question. Je dirais donc Juliette Binoche, sur des critères purement hetero-beaufs.
Vainqueur probable: Balibar l’a pas déjà eu? Si oui, Binoche, sinon ça sera Balibarbara. Biopic, biopic d’auteur, faux-biopic d’auteur, faux biopic d’auteur d’artiste inattaquable, faux biopic d’auteur d’artiste inattaquable réalisé par son ex, n’en jetez plus.

Malgré une scène de danse AVEC LES YEUX FERMES

 

  • Meilleur acteur :
    Swann Arlaud (Petit Paysan)
    Daniel Auteuil (Le Brio)
    Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la fête)
    Albert Dupontel (Au Revoir là-haut)
    Guillaume Canet (Rock’n’Roll)
    Louis Garrel (Le Redoutable)
    Reda Kateb (Django)

Souhait: Swann Arlaud, à la fois charismatique, naturel et interprète. Prestation de haut vol.
Vainqueur probable: Bacri, pour une forme de consécration. En plus il sera pas là, donc les réacs diront encore « et voilà, bravo la France, les mecs sont payés des fortunes et ils font la gueule, pas foutus de se déplacer » et blablabla. Et tout le monde est content.

L’Homme qui a vu la bête

 

  • Meilleure actrice dans un second rôle :
    Laure Calamy (Ava)
    Anaïs Demoustier (La Villa)
    Sara Giraudeau (Petit Paysan)
    Adèle Haenel (120 Battements par minute)
    Mélanie Thierry (Au Revoir là-haut)

Souhait: Laure Calamy, assez insupportable en mère borderline mais ça serait une belle reconnaissance pour cette actrice toujours impeccable chez tout le monde.
Vainqueur probable: les yeux grands ouverts d’Adèle Haenel.

 

  • Meilleur acteur dans un second rôle :
    Niels Arestrup (Au Revoir là-haut)
    Laurent Lafitte (Au Revoir là-haut)
    Gilles Lellouche (Le Sens de la fête)
    Vincent Macaigne (Le Sens de la fête)
    Antoine Reinartz (120 Battements par minute)

Souhait: Macaigne, même s’il macaignise à mort dans ce rôle (et film) paresseux.
Vainqueur probable: Macaigne, en mode adoubement-par-l’establishment-du-chien-fou-longtemps-underground.

 

  • Meilleur espoir féminin :
    Iris Bry (Les Gardiennes)
    Laetitita Dosch (Jeune Femme)
    Eye Haidara (Le Sens de la fête)
    Camélia Jordana (Le Brio)
    Garance Marillier (Grave)

Souhait: Iris Bry, une vraie révélation pour le coup, bluffante dans un rôle super grave qu’elle endosse avec une innocence et un aplomb remarquables.
Vainqueur probable: Laetitia Dosch pour ce que je pressens être LE grand moment de gêne de la soirée lors de son discours de remerciement (à moins bien sûr qu’on ait droit à la présence de Marion Cotillard pour une raison x ou y). Sinon Camelia Jordana, qui le mériterait tant elle est remarquable dans un rôle pas facile qui prêtait le flanc à la caricature.

Et pas de nomination pour Laura Smet… LAETITIA SALOPE !!!

 

  • Meilleur espoir masculin :
    Benjamin Lavernhe (Le Sens de la fête)
    Finnegan Oldfield (Marvin ou la belle éducation)
    Pablo Pauly (Patients)
    Nauel Pérez Biscayart (120 battements par minute)
    Arnaud Valois (120 battements par minute)

Souhait: aucun.
Vainqueur probable: Nauel Pérez Biscayart, vainqueur quasi annoncé; les autres, inutile de vous déplacer.

 

  • Meilleure réalisation :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Grave
    Petit Paysan
    Le Redoutable
    Le Sens de la fête

Souhait: Je vais pas tout attribuer à Petit paysan… Grave est un peu trop Femis à mon goût et je n’ai pas aimé Barbara mais je salue le vrai parti-pris de ce dernier. Alors va pour Amalric.
Vainqueur probable: 120 Bpm (baîllements)

 

  • Meilleur film étranger :
    Le Caire Confidentiel
    Dunkerque
    L’échange des princesses
    Faute d’amour
    La La Land
    Noces
    The Square

Souhait: La La Land… Ah non pardon, je m’ai trompé, Dunkerque.
Vainqueur probable: La La Land. Ah non pardon, je m’ai trompé, The Square.

 

  • Meilleur premier film :
    Grave
    Jeune femme
    Monsieur & Madame Adelman
    Patients
    Petit Paysan

Souhait: qu’on fasse monter Nicolas Bedos sur scène pour lui faire croire qu’il a gagné puis qu’on lui dise « haha mais va crever grosse merde! » et qu’on l’éjecte à grands coups de pieds au cul. Sinon, Petit Paysan, qui d’autre sans déconner?
Vainqueur probable: Grave, pour montrer qu’on sait s’encanailler dans l’establishment.

Ce type me rend violent.

 

  • Meilleur scénario original :
    120 Battements par minute
    Barbara
    Grave
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

Souhait: dois-je vraiment le préciser?
Vainqueur probable: Le sens de la fête, pour montrer qu’on sait être populaire dans l’establishment. Et qu’on soutient l’effort national.

 

  • Meilleure adaptation :
    Au Revoir là-haut
    Les Gardiennes
    Patients
    La Promesse de l’aube
    Le Redoutable

J’ai lu aucun des bouquins donc je me prononcerai pas. C’est le Dupontel qui l’aura j’imagine.

 

  • Meilleur musique originale :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Grave
    Petit Paysan
    Visages Villages

Souhait et vainqueur probable: 120 Bpm, Arnaud Rebotini, irréprochable.

 

  • Meilleur son :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Grave
    Le Sens de la fête

Pas d’avis sur celui là.

 

  • Meilleur film d’animation :
    Le Grand méchant renard et autres contes
    Sahara
    Zombillénium

Je n’ai vu que Le Grand méchant renard qui est plutôt original et mignon.

 

  • Meilleur court-métrage d’animation :
    Le futur sera chauve
    I want Pluto to be a planet again
    Le jardin de minuit
    Pépé le Morse

J’en ai vu aucun

 

  • Meilleur film documentaire :
    12 jours
    A voix haute, la force de la parole
    Carré 35
    I am no your negro
    Visages Villages

Idem

 

  • Meilleur film de court-métrage :
    Les Bigorneaux
    Le Bleu blanc rouge de mes cheveux
    Debout Kinshasa
    Marlon
    Les Misérables

Pareil que Miguel

 

  • Meilleur montage :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Petit Paysan
    Le Sens de la fête

M’en cogne un peu mais celui du Sens de la fête donne au film son rythme assez impeccable.

 

  • Meilleure photographie :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Les Gardiennes
    Le Redoutable

Souhait: Les Gardiennes, qui parvient à évoquer L’Angelus de Millet et à s’en affranchir en même temps. Superbe travail de la grande Caroline Champetier.
Vainqueur probable: Au Revoir là-haut

 

  • Meilleurs décors :
    120 Battements par minute
    Au Revoir là-haut, Barbara
    La Promesse de l’aube
    Le Redoutable

Souhait: Le Redoutable, parce que la reconstitution est impeccable et parce que ça ferait chier pas mal de monde que le film reparte malgré tout avec une récompense.
Vainqueur probable: Au Revoir là-haut. La rédaction (et la lecture peut-être) de ce billet ressemble au visionnage de la cérémonie: tu démarres plein d’enthousiasme, assez rapidement tu trouves le temps long et tu finis en expédiant les dernières catégories.

 

  • Meilleurs costumes :
    120 Battements par minutes
    Au Revoir là-haut
    Barbara
    Les Gardiennes
    La promesse de l’aube

C’est une blague d’avoir nommé 120 Bpm? M’en fous un peu sinon. C’est le Dupontel qui l’aura évidemment.

Phantom Thread – critique

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près. (Allociné)

Sans spoilers.

Paul Thomas Anderson fait partie avec Christopher Nolan et David Fincher des réalisateurs contemporains bénéficiant d’une quasi-unanimité à la fois chez les critiques et chez les cinéphiles. Perplexité granderemisque mais je n’en dis pas plus, j’aurais l’impression de me répéter. Il est quand même celui que je déteste le moins : je peux même dire que j’aime beaucoup 2 de ses films (Boogie Nights et Punch Drunk Love) alors que j’avais été agréablement surpris par The Master. Ses 2 films les plus plébiscités en revanche (Magnolia et There Will Be Blood) ont été des calvaires.

Tout ça pour dire que c’est quand même un type dont je continue à voir les films car je les trouve toujours un minimum intéressants et en tout cas moins prétentieux que ceux des 2 couillons cités en ouverture. Je pense qu’il a du talent, qu’il choisit toujours très bien ses interprètes et les dirige parfaitement.

Je restais sur une grosse déception (Inherent Vice, adaptation du polar trancoolos de Thomas Pynchon, une purge) et malgré ça, je le sentais hyper bien ce Phantom Thread : le cadre (Angleterre, années 50), la promesse d’une belle direction artistique (Daniel Day-Lewis y interprète donc un couturier dans la haute-société londonienne), une bande-annonce bien fichue qui, c’est de plus en plus rare, se contente d’intriguer, de créer un certain mystère, sans dévoiler tout le film.

Et malgré ça, bis, j’ai quand même été agréablement surpris. Je dirais même qu’il s’agit du meilleur film d’Anderson : à la fois le plus cohérent, le plus exhaustif, le plus maîtrisé et le plus humain.

Le réalisateur y aborde à nouveau sa thématique favorite, celle du maître et de l’élève, et des rapports ambigus qui peuvent s’instaurer entre les 2 partis. Mais cette fois, le contexte choisi s’y prête merveilleusement (contrairement à There Will Be Blood ou même The Master) : un couturier démiurge et maniaque prend sous son aile une « pauvre » serveuse qu’il va faire entrer dans son monde, personnel et professionnel. Ce thème de prédilection, il le déplace en outre légèrement, ce qui lui permet à la fois d’approfondir et de renouveler son propos: le maître Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) et l’élève, Alma (Vicky Krieps) tombent amoureux l’un de l’autre, sous l’oeil tour à tour perplexe, protecteur, hostile, désabusé de la soeur de Reynolds, Cyril (Lesley Manville).

Sans vouloir trop en dévoiler, PTA me semble cette fois aller au bout de sa logique, de manière à la fois sensée et sensible. Il le fait avec intelligence donc mais également avec humour : voir les quelques ponctuations franchement comiques, qui peuvent paraître un peu too much mais qui permettent de désamorcer un peu la gravité du récit, d’y ouvrir une petite fenêtre en quelque sorte, de la même manière que cette belle demeure londonienne bénéficierait d’un petit courant d’air ponctuel et salutaire.
Voir, surtout, le « twist » (à défaut d’un terme plus approprié) par le biais duquel le film finit de trouver son sujet, en même temps que le couple son essence. C’est tout aussi beau, émouvant et tordu que grotesque et ça finit de révéler que le cinéaste est capable de ne pas se prendre trop au sérieux (même si ce qu’il dit de sa vision d’un couple est avant tout surprenant, fin et profond, qu’on soit d’accord).

Il n’est pas bien difficile par ailleurs de voir dans ce portrait de créateur total, tout entier dévoué à son art (qui est aussi un artisanat : belle place ménagée à l’écran aux couturières et petites mains, c’est très élégant de la part du réalisateur), un auto-portrait de PTA en cinéaste perfectionniste, maniaque encore, voire control-freak, incarné par un acteur perfectionniste, maniaque et control-freak lui aussi, Daniel Day-Lewis (magistral, évidemment). Pas difficile de voir non plus qu’il y évoque son propre couple, lui aussi improbable, puisqu’il vit depuis de nombreuses années maintenant avec Maya Rudolph, ex-pensionnaire loufoque du Saturday Night Live (la mariée dans Mes meilleures amies pour situer encore mieux). Un cinéaste qui nous dit donc en creux qu’il a appris à lâcher prise, pour son bien-être sans doute mais aussi pour celui de son art. On est loin de l’auto-célébration adolescente et complaisante de Mother !

Un mot enfin sur la direction artistique, à tomber, d’un raffinement exquis : les années 50 représentent probablement avec les années 60 une sorte d’apogée en termes de style et d’élégance, PTA se hisse à la hauteur de la reconstitution. Et là aussi, il est incroyablement cohérent : pas un hasard s’il choisit cette époque (la révolution du New Look n’a pas encore eu lieu) et ce couturier-là, désuet et visiblement très attaché à l’Ancien Monde, qui habille surtout les aristocrates, et dont la carrière est probablement sur le déclin : voir le passage, hilarant, durant lequel sa soeur annonce à Reynolds Woodcock qu’une cliente a décidé de s’habiller ailleurs et qu’il s’emporte à l’évocation du terme « chic ». C’est remarquable.

Quelques beaux photogrammes pour clore ce billet donc puisque outre la qualité du film en termes d’écriture, de mise en scène, d’interprétation, Phantom Thread est le plus beau film (au sens purement esthétique tu terme) que j’ai vu depuis Le Grand Hôtel Budapest.

Wonder Wheel – critique

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses. (Allociné)

Peut-on continuer à aller voir les films de Woody Allen ou doit-on les boycotter ?

Non, je déconne.

A moitié: j’avoue avoir été (un peu) plus sérieusement interpelé à la lumière des récents éclairages apportés par Dylan Farrow. Je pense également à cet article paru dans le Nouvel Obs.
Éclairages sur un personnage et des films qu’on ne découvre pas, évidemment : pour ne parler que de son oeuvre, j’ai toujours trouvé hallucinant qu’un film aussi… limite on va dire, sur le fond, que Manhattan, soit unanimement salué sans ciller. M’enfin, c’est pas le débat. Pas ici en tout cas si tu connais un peu le blog.

Wonder Wheel donc, livraison allenienne (quasi) annuelle.

J’ai aimé.
Dans la lignée des précédents sur le fond (sombre donc), sensiblement différent sur la forme: le personnage (très bien) interprété par Justin Timberlake, aspirant écrivain/dramaturge admire Eugene O’Neill, dramaturge dont Allen s’est manifestement et ouvertement inspiré. Ainsi, le personnage de femme déçue (par la vie, par les hommes) interprété par Kate Winslet (très bien aussi) qui continue à entretenir l’espoir coûte que coûte avant de se résoudre au désespoir pourrait figurer dans les pièces d’O’Neill. On pense également à Tennessee Williams et on a sans doute raison de le faire.

L’affiche de Winchester 73 en arrière-plan

Le théâtre inspire également la mise en scène de Wonder Wheel, avec ces personnages qu’on enferme constamment (dans un appartement, une voiture, un jardin même, qui paraît étrangement clôt) et qui se voient contraints dans leurs actions et leurs déplacements par les décors, par les limites de la scène.

C’est aussi pour moi la limite du film et de son propos : la théâtralité de Wonder Wheel, drame situé dans le Coney Island des années 50 + les références appuyées à Eugene O’Neill + la lumière évoquée dans quasiment toutes les critiques et qui est effectivement superbe, telle des poursuites de différentes couleurs et tonalités dirigées sur les personnages, en font un objet extrêmement cohérent certes mais presque redondant.

J’ai la même réserve concernant le personnage et l’interprétation de Kate Winslet. Dans Blue Jasmine, le film dont le propos se rapproche sans doute le plus de Wonder Wheel, l’héroïne se comporte constamment comme si elle était en position de force (en réalité elle se raconte des mensonges), ce qui rend le regard du cinéaste très ironique. Jasmine n’a jamais conscience du drame qui l’attend et c’est ainsi que Cate Blanchett l’interprète à merveille: la conclusion en devient d’autant plus abrupte et violente à mon sens.

Légende hétéro-beauf à insérer soi-même dans sa tête

Ici, on est dans la  tragédie pure, au sens tragédie antique du terme s’entend : le personnage de Ginny (interprété par Kate Winslet donc) se sait perdu d’avance, le désespoir de la conclusion saisissent moins (me saisit moins en tout cas) puisqu’elle portait le drame en elle mais ne faisait que tenter de le repousser.

Enfin, ces réserves sont probablement dues à ma sensibilité personnelle. L’effet de (bonne) surprise joue également : je n’attendais rien de Blue Jasmine alors que Wonder Wheel partait gagnant à l’avance, jouant sur un decorum et une direction artistique (les années 50 pour faire court) auxquels je suis sensible. Bonne surprise d’un côté, (toute) petite déception de l’autre.
Car ça reste un bon, voire très bon Woody Allen, avec un quatuor d’interprètes principaux assez remarquable pour ne pas dire plus (Winslet et Timberlake auxquels s’ajoutent Juno Temple et un James Belushi en plein retour de hype après son rôle dans la saison 3 de Twin Peaks), et l’un des films à voir dans un début d’année assez mollasson qui semble enfin se réveiller (l’excellent Revenge et le saisissant Jusqu’à la garde dont je toucherai 2 mots si j’ai le temps).

Revenge – critique

Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme… (Allociné)

Pas trop le temps donc juste quelques mots viteuf pour, je l’espère, t’encourager à aller voir ce film distribué dans les grands circuits mais qui ne restera sans doute pas très longtemps en salles.

Revenge appartient au genre rape and revenge: une fille se fait violer, elle se venge. Il sort évidemment à point nommé si je puis dire, d’autant qu’il est écrit et réalisé par une femme (Coralie Fargeat). Mais c’est presque anecdotique au vu de ce qu’il propose: franche série B avec quelques ponctuations carrément Z, Revenge s’adresse à un public averti. C’est violent. Très violent. Gore, au sens propre. J’avais un petit creux en entrant dans la salle, je prévoyais une bonne petite viennoiserie à la sortie: nope. Nope nope nope. Ah ça m’a bien retourné le bide…

Mais Revenge vaut davantage que son étiquette gore-attrape-geeks-déviants: objet pop et contemporain, film féministe bien sûr, mais surtout extrêmement chiadé dans sa mise en scène, il tire à merveille parti à la fois de ses sublimes décors naturels extérieurs (le désert) et intérieurs (cette magnifique villa de luxe perdue au milieu… du désert). C’est vraiment super bien découpé et monté.

Revenge n’est pas exempt de défauts: les scènes de dialogue notamment, ne sont pas les plus convaincantes, de même que la direction d’acteurs. Ni les acteurs eux-mêmes…
Mais il faut le voir car c’est un vrai film de genre bien crade qui ne verse ni dans la complaisance, ni à l’inverse dans l’auteurisme Femis. Un sens visuel et un sens du cinéma tout simplement, déjà bien affirmés, celui de la réalisatrice Coralie Fargeat donc, clairement à suivre.
Mais attention encore une fois: c’est vraiment gore.