Happy Birthdead – critique

Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ? (Allociné)

Mais mais mais… c’est vachement bien ça !

J’ai pas trop le temps mais je tiens à bafouiller quelques mots pour parler de ce film à côté duquel il est facile de passer en raison d’un titre aberrant (c’est vrai que Happy Birthdead c’est vachement plus compréhensible et vendeur que le titre original, Happy Death Day…), et d’un positionnement slasher/teen movie prompt à n’attirer que les ados tout en faisant fuir les cinéphiles.

Et de fait, ils sont bien là les teens quand je rentre dans la salle: ça sent cette inimitable odeur qui n’appartient qu’à eux, mélange d’hormones, de fluides corporels et de Mac Do. Plus le pop corn qu’ils s’envoient à une vitesse et dans des quantités hallucinantes. Bilan, je suis le plus âgé de la salle, de loin.

Si Happy Birthdead se révèle davantage qu’un teen movie, il en remplit néanmoins le cahier des charges: le campus, les sorority houses, les grosses soirées, les bimbos, les biatchs, les nerds, y a tout ce qu’il faut, pas de problème. Mais ça va au-delà. Et cet au-delà, c’est bien sûr le pitch qui lui permet d’y accéder.

« Se lever. Vivre sa journée. Se faire tuer. Recommencer. » dit l’affiche. Ca te rappelle Edge of Tomorrow qui lui même te rappelait Un jour sans fin? C’est normal car c’est exactement ça, avec un soupçon de Destination finale pour l’inventivité/l’inéluctabilité des conclusions intermédiaires et successives.

De rigolo/fun, Happy Birthdead passe très vite à malin/stimulant, d’autant qu’il ne cherche jamais à louvoyer et à finasser par rapport à son modèle, bien au contraire. Tree, l’héroïne du film, passera ainsi par exactement les mêmes étapes que Phil Connors (Bill Murray dans Un jour sans fin): l’incrédulité puis la sidération, la panique, l’exaltation, l’euphorie pour enfin accéder à la sagesse. Et elle le fera de la même manière, en apprenant à s’oublier pour s’ouvrir aux autres.

De la même manière, son actrice principale (Jessica Rothe, que je découvrais), est à la fois la quintessence de l’héroïne de teen movie et son dépassement: parfaite fusion Britney Spears / Blake Lively / Eliza Dushku (ça a dû Sopaliner sévère dans les chambrées après le film), elle révèle au fur et à mesure que le film avance et se densifie, une palette nettement plus intéressante que ce à quoi les premières minutes nous ont préparé, avec notamment un sens de la dérision des plus réjouissants.

Bilan, encore: un vrai bon moment, une Séance Parfaite en vérité, pour un film nettement plus intéressant qu’il ‘y paraît et qui parlera tout autant aux geeks fans de slashers, qu’aux cinéphiles amateurs de théories sur le film d’horreur ou aux ados en quête de comédie romantique.
A voir sans restriction donc.

Santa & Cie – Avant-Première Gaumont Toulouse

Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël. (Allocine)

Au bout du compte, et même si tout ce qu’il a fait ne restera pas dans les annales, je réalise qu’Alain Chabat fait partie des membres de la périlleuse catégorie « héros de mes jeunes années » qui ont très bien vieilli. Peut-être pas aussi bien que Clint Eastwood mais mieux que Morrissey par exemple.

Même si on comprend bien qu’il s’agit d’un « film pour enfants », j’avoue, j’ai ri en voyant la bande-annonce de son nouveau film, Santa & Cie. Du coup, j’ai pas hésité quand j’ai vu qu’il venait le présenter à Toulouse en compagnie de son interprète principal, Pio Marmaï, un type/acteur que j’apprécie également beaucoup. Le type qui vous parle lui, est quand même un type qui fait partie des premiers téléspectateurs/fans d’Objectif: Nul et qui tire encore une fierté un peu conne du souvenir de sa participation en tant que candidat au dernier projet collectif des Nuls, le Zouzouk, sur Europe 1. Les Nuls et moi, j’en ai parlé ici.

J’arrive 20 bonnes minutes avant le début de la séance et la salle est déjà quasiment pleine. Mais les organisateurs ont triché: d’abord prévue dans la plus grande salle du complexe, la séance a été transférée dans une autre nettement plus modeste.

Santa & Cie, le film d’abord : tout à fait conforme à ce que suggère la bande-annonce, c’est une chouette comédie familiale, plutôt destinée aux enfants/jeunes ados, mais avec un quota de bonnes vannes suffisant pour que les parents/fans historiques des Nuls y trouvent leur compte.

J’avoue, encore, j’ai eu très peur au début : chez le Père Noël (interprété par Chabat donc), dans des décors très Grinch/Elf/Charlie et la Chocolaterie, on a droit à un festival de répliques/jeu de mots un peu bébé sur le thème de Noël, du genre « faut se sortir les doigts de la hotte », « t’es beau comme un traîneau », « vous me faites tous skier!! », « lutin! » à la place de « putain » etc. J’avais du mal d’autant que la salle surjouait l’enthousiasme (un peu la règle dans les avants-premières) : une salle qui rit fort lorsque s’affiche « D’après une histoire vraie » après le générique d’intro, elle surjoue, y a pas débat.

Et puis suite à une tuile susceptible de remettre en cause la livraison de jouets à tous les nenfants, le Père Noël se retrouve à Paris, rencontre le personnage de Thomas (Pio Marmaï) et sa petite famille, et là le film décolle. Il est bien fichu, bien rythmé, malin, mignon et surtout, ne s’adresse plus qu’aux seuls enfants.
Toujours aussi généreux, Chabat laisse beaucoup de place à ses comparses (Marmai mais aussi Golshifteh Farahani, interprète de son épouse, ou Johann Dionnet, qui joue son frère) et à des cameos ou seconds rôles plus que sympathiques: le fidèle Jean-Pierre Bacri, Patrick TimsitThomas VDB mais surtout David Marsais et Grégoire Ludig aka le Palmashow, qui, non contents de voler toutes les scènes dans lesquelles ils apparaissent, volent quasiment le film.
Chouette comédie donc, qui devrait faire un petit carton.

Santa & Cie, la rencontre ensuite : à l’issue de la projection, Alain Chabat et Pio Marmaï se sont donc prêté au petit jeu des questions-réponses avec le public. Accueillis très chaleureusement, ils ont assuré le spectacle avec un professionnalisme jamais visible et une bonne humeur manifeste, notamment Pio Marmaï, très en verve et très drôle.

Alain Chabat nous a ainsi appris que le film que nous venions de voir n’était en réalité pas la version définitive (il l’a estimée à 95%), en raison de petits ajustements nécessaires sur les effets spéciaux (rien remarqué) et le mixage (là en revanche oui, mais rien de gênant). Il a l’air vraiment cool ce mec, il m’a fait la même impression que lorsque je l’avais rencontré pour l’émission de radio des Nuls: doux et attentif. En plus d’être naturellement drôle évidemment.

Pio Marmaï lui nous a confessé, à ma grande surprise et déception je dois bien l’avouer, que Cédric Klapisch faisait partie de son top 3 des meilleurs réalisateurs avec lesquels il avait travaillé (en compagnie de Chabat, évidemment, il allait pas le laisser de côté, et de Pierre Salvadori, pour un film à sortir en mars 2018). Il s’est vraiment mis le public dans la poche (si tant est que ça fut nécessaire) avec des interventions très drôles et pleines d’à propos. Il est un peu râblé mais beau et charmant, il doit choper le salaud: y avait gros moyen avec ma voisine qui a fait tout son possible pour se faire remarquer (on était plein centre au 2ème rang), qui en a fait des caisses quand elle a posé une question et qui s’est ruée sur lui pour une photo à l’issue de la rencontre.

Sinon, il faut croire que le public de l’AP de Marie-Francine faisait exception car comme pour le film de Klapisch, on a eu droit à des questions pertinentes et/ou sympathiques pendant une généreuse demie-heure.

L’inévitable fun fact de la soirée est survenu en conclusion lorsqu’un spectateur s’est tcharrément levé pour poser sa question, puis s’est tcharrément invité sur scène, puis a tcharrément pris Chabat dans ses bras, puis tcharrément Pio Marmaï, dans ce qui était tcharrément (?) une espèce de sketch très gênant et très pas drôle destiné à le mettre en valeur (il a dit être comédien). Personne savait trop où se foutre et là encore, Marmaï, qui en menait pas large devant une stage invasion manifestement pas prévue, a fait preuve de ses qualités de showman pour désamorcer la situation.

Très bonne et sympathique soirée donc, je pense qu’on est pas nombreux à avoir pensé le contraire. Y a même moyen que j’aille revoir le film à sa sortie le 6 décembre. Tcharrément.

 

Le râteau

Au cinéma, avant le début de la séance, un couple juste derrière moi:

Thor, le dernier, c’est pas du grand cinéma mais dans une grande salle comme la grande salle à côté là, c’est terrible…
– Ah tu vois, un film que j’attends pour l’an prochain c’est Jurassic Park.
– …
– Oui le nouveau là, ils en refont un, ça a l’air super.
– J’en ai pas entendu parler du tout.
– Ah mais si on a vu l’affiche dans le hall en arrivant !
Jumanji, pas Jurassic Park.
– Ah oui voilà, Jumanji Park !
Jumanji.
– Ca aussi, les Jumanji Park, c’est du grand cinéma…
– …
– Oh en plus j’imagine qu’ils vont faire un hommage à l’acteur décédé là, Robbie Williams.
Ro-BIN Williams.
– Grand acteur, grand acteur…
– …
– Et les enfants du film, ils sont devenus célèbres non ?
– Oui, le gamin je sais pas mais la petite c’est Kirsten Dunst.
– Ah oui voilà, Christine Dust.
Kirsten… Bon, ils sont à la bourre non? Ils avaient dit 20h30.

Vu leur façon de se comporter et de se parler, ça m’avait tout l’air d’un premier rencard Tinder ou Meetic. Et je pense également pouvoir affirmer qu’y en aura pas un deuxième.

Thor: Ragnarok – critique

Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk… (Allociné)

Quelle étrange expérience… L’impression à la fois d’avoir assisté à la mort du cinéma tout en ayant pris un énorme pied devant un truc un peu dingue.

Y aurait beaucoup de choses à dire, par où commencer ? Par le plus important: le film est réalisé par Taika Waititi, auteur-réalisateur néo-zélandais débutant à Hollywood mais collaborateur des géniaux Flight of the Conchords et réalisateur du non moins génial Vampires en toute intimité. Je l’ignorais avant de voir le film, ça aurait pu un peu m’y préparer.

Car très vite (tout de suite en réalité), on est surpris par le ton adopté. Ca vanne sec. Et ça vanne bien: dérision, second degré, Thor : Ragnarok est davantage une comédie qu’un film de super-héros en réalité. Et une bonne comédie, donc.

Comment les fans, les lecteurs du comics s’entend, le prennent-ils? On est en droit de se poser la question (en tout cas je me la suis posée) tant la tonalité n’est pas celle à laquelle on s’attend a priori. Thor (excellent Chris Hemsworth décidément doué pour la comédie) n’est plus seulement inadapté à la vie sur Terre (de toutes façons le film ne s’y déroule pas donc exit toutes les vannes du registre « fish out of water »), il est surtout à la fois maladroit et ironique, il perd son gros marteau bien dur, se fait couper les tifs etc. C’est toujours un héros, pas de doutes là dessus et on est ni dans l’iconoclasme ni dans la parodie mais j’imagine que ce genre de libertés prises avec le personnage et sa mythologie doivent chagriner les gardiens du temple.

Après…
Bon, je vais enfoncer une porte grande ouverte et dont les gonds ont été arrachés depuis longtemps mais j’ai rarement eu autant l’impression de me trouver devant une sorte de non-film, de négation de ce qu’un cinéphile est supposé attendre d’une oeuvre cinématographique, de caricature de méchant-blockbuster-hypertrophié-que-y-a-rien-de-bio-et-de-bon-dedans. C’est la norme hollywoodienne désormais, je le sais bien mais là ça m’a vraiment… choqué. Les acteurs évoluent sur des fonds verts majoritairement (enfin, je suppose), et quand ça n’est pas le cas, il s’agit de décors complètement abracadabrantesques et probablement dispendieux.  Y a de quoi financer 30 ans de cinéma français avec ce truc sans déconner…
Et malgré ça, c’est réconfortant de se dire que ce qu’on retiendra de Thor : Ragnarok, ce sont les dialogues, répliques et punchlines qui se succèdent avec brio, avec une science et un rythme réellement bluffants. Autrement dit, ce qu’on retiendra de ce film, malgré les millions de brouzoufs déboursés et balancés sur l’écran, c’est le texte et sa mise en scène.

Et qui a-t-on casté pour évoluer devant ces décors ridicules, devant ses fonds verts? Des bons (Mark Ruffalo, Tom HiddlestonJeff Goldblum) voire des grands acteurs (Idris Elba, toujours aussi beau et bon même dans un rôle de Moïse super cheap, Cate Blanchett, magnifique en super villain super badass, mi-égérie emo, mi-reine maléfique).

Je trouve ça dingue et génial à la fois qu’on se soit pas contenté de prendre des acteurs bankable et à belle gueule ou fort potentiel physique si je puis dire, mais plutôt des acteurs aussi flamboyants et/ou subtils.

Quoiqu’il en soit, tout ça m’a donné le sentiment de me trouver devant un film assez unique, en son genre déjà (le « film Marvel« , un genre à part entière désormais), mais aussi tout court. Je me suis marré, souvent et beaucoup (putain l’accent australien de Korg, quelle trouvaille !) mais je me suis surtout interrogé, dans le meilleur sens du terme, sur la nature exacte de cet objet à la fois hyper formaté (ça reste un blockbuster avec son quota obligatoire de boum-boum et de grand 8 visuel) et presque subversif (dans son refus de pencher vers le blockbuster boum-boum justement).

Je vais aller plus loin et faire preuve de mon habituel sens de la mesure: l’an dernier j’avais été scotché par la forme de Rester Vertical, un film qui ne ressemblait (et ne ressemble d’ailleurs toujours) à aucun autre, eh ben cette année ça sera Thor: Ragnarok soit un film américain, au budget indécent et à l’horrible plan marketing, son exact opposé. Bim.

Jeune femme – critique

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache. (Allociné)

La scène de danse (avec malus réhabilitation-de-chanson-populaire-pourrie) est devenue un passage obligé de tout 1er film français et/ou de tout film français plus ou moins d’auteur (voir tout récemment encore dans Un beau soleil intérieur). Jeune femme échappe à la règle: il en compte 3 (la 1ère survient au bout de 10 petites minutes). C’est dire si le film est caricatural.

Jurisprudence Nick Hornby: elle danse LES YEUX FERMES

Et caricatural, il l’est, énormément, pendant sa première heure, alignant avec une rigueur quasi scientifique tous les clichés, toutes les scories du premier film d’obédience pialato-cassavetienne: personnage principal borderline censé être attachant (spoiler: elle est juste insupportable), interprété par une jeune actrice qui monte (Laetitia Dosch, dont on voit mal comment elle pourra échapper au César du meilleur espoir féminin), ancrage naturaliste, filmage au-plus-près-des-corps etc etc.

Bon, c’est un premier film, il est caricatural encore une fois, et même s’il est pas mignon et pas sympa, il a l’air sincère donc je veux bien être indulgent. Je suis bien luné, je suis au ciné au lieu d’être au bureau, confortablement installé et je mentirais si je disais que j’ai pas souri à 2-3 reprises.

Mais durant la dernière demie-heure, soit durant le money time, celui où il faut tout donner pour emporter la mise, il aligne tout aussi consciencieusement 3 moments de bravoure à l’envers, comprendre 3 gros frissons de la honte (que je ne dévoilerai évidemment pas) qui le font passer de « caricatural » à « embarrassant ». Le fragile équilibre (selon moi) qui a jusque là fait tenir Jeune femme, se brise irrémédiablement et je ne vois plus qu’un film prévisible, conformiste (conforme à ce qu’on attend d’un premier film français en 2017 s’entend), pénible, j’en passe. Il refuse certaines conventions certes (celles du feelgood movie girly pour faire court) mais seulement pour en adopter d’autres.

C’est donc une déception car je le sentais plutôt bien. Et j’insiste pas car le film a été très bien reçu, la critique est plus qu’élogieuse. « C’est pas toi, c’est moi » on va dire.

Mon rêve 13

Aujourd’hui, l’Apocalypse.

Je suis chez moi. Je regarde les infos à la télé et je vois un type qui s’avance sur une vaste plage, à dos de cheval, pour découvrir, sidéré, le haut de la Statue de la Liberté qui dépasse de sous le sable. Le type ressemble comme deux gouttes d’eau à Charlton Heston mais c’est pas une rediff de La Planète des Singes, c’est bien les infos et elles sont sans ambiguïté : c’est la fin du monde.

C’est la fin du monde mais c’est manifestement pas une grosse surprise: tout le monde prépare gentiment ses bagages pour se barrer sur une autre planète. Bisous les rageux, on avait tout prévu lol.

Bon, je prépare donc mes bagages et je me rends au point de rendez-vous qui se trouve être un stand d’auto-tamponneuses.

Lorsque j’arrive, plusieurs personnes sont déjà présentes et attendent sagement à côté d’une pile de sacs et valises divers: les membres du casting de The Office (UK bien sûr). Y a donc Ricky Gervais, Martin Freeman, Lucy Davis (la réceptionniste blonde) etc. Y a aussi Dylan Moran, un acteur anglais qui jouait pas dans The Office mais tenait le rôle principal d’une autre sitcom, Black Books. J’aime pas des masses cette série ni ce mec mais c’est pas grave, je me dis chouette, le voyage va être cool. Je pose mes bagages avec tous les autres, me présente, on commence à discuter etc. C’est cool. (Putain, c’est cool en fait la fin du monde!)

Là dessus débarquent Noel et Liam Gallagher. Inquiétude: ils vont se foutre sur la gueule et nous gâcher le voyage-pour-échapper-à-la-fin-du-monde ces cons.

En effet, ça sent pas bon: ils débarquent séparément et de 2 endroits différents, avançant l’un vers l’autre comme dans un western, au milieu de la piste d’auto-tamponneuses (elles sont toutes rangées dans un coin). Noel est tranquille, sûr de lui mais déterminé. Liam a sa démarche bravache habituelle (et une grosse parka zippée jusqu’en haut, comme il se doit).

Ni une ni 2, l’une des personnes présentes se rue sur Noel pour lui faire entendre raison (me souvient pas qui), je fais de même avec Liam.

Je sais pas ce que je lui dis exactement mais je parviens à le calmer et à le raisonner sur le mode mais c’est ton frère quand même, c’est évident que vous vous aimez malgré tout ce que vous vous balancez blablabla. Du coup il baisse la garde et s’avance vers son frère façon main tendue, on efface tout et on repart à zéro etc.
Ils se serrent la main et commencent à rigoler, tout va bien. Soulagement dans les rangs, et surtout chez Liam qui craque un peu: « mais tu te rends compte, on a été trop cons, t’es mon frère, je t’aime » etc.

Il craque même complètement et se met à pleurnicher. Noel le prend alors dans ses bras et là il ouvre les vannes le Liam: il sanglote, exprime ses regrets, serre fort son frère etc. Tout le monde est un peu ému quand même et se regarde en souriant comme dans les grandes scènes de happy end des films américains… Merde, on a pas résolu le conflit israelo-palestinien mais on a œuvré à la réconciliation des frères Gallagher, c’est pas rien!
C’est à ce moment là que Noel, qui a toujours son frère dans ses bras, me fait signe en se marrant, l’air de dire « non mais regarde le ce con, c’est vraiment une mauviette. »

Et je me réveille.

Mon rêve 12

Aujourd’hui, une prophétie auto-réalisatrice.

J’ai rêvé que je me baladais dans Toulouse. Il faisait beau, j’étais bien, d’autant mieux que j’étais pas en vacances, comme si j’avais séché le bureau. « Il faisait bon et c’était cool » aurait dit Katerine même si j’avais pas spécialement envie de baiser et là, bim, place Capitole, devant la Fondation Ecureuil pour être précis et pour ceux qui connaîtraient l’endroit, je tombe sur Carice Van Houten.

Et je me réveille.

Mon rêve 11

Aujourd’hui, les sous-doués au festival de Cannes.

Je suis donc sur la Croisette, même si ça ressemble beaucoup plus à la campagne qu’à la Croisette mais passons, et je dois interviewer Nicolas Winding Refn, réalisateur de Drive et Neon Demon (entre autres).

Je m’installe dans un fauteuil. Refn débarque assez rapidement. Il est un peu froid, un peu meloneux, exactement comme je l’imagine mais c’est pas grave, I’m a professional.

Je sors un genre de carnet de notes que je fais semblant de consulter car en réalité j’ai aucune question: j’arrive sans avoir rien préparé du tout, en roue libre, sur le modèle d’une rubrique de feu Technikart (?) qui s’intitulait « une interview mal préparée donne toujours un mauvais papier ».

Je continue à faire semblant quelques instants. Je fronce les sourcils, fais mine de cocher ou rayer des trucs mais il est pas con, il flaire un truc pas net. Je décide de jouer franc-jeu : « alors voilà, pour être honnête j’ai rien préparé, je me suis dit que ça serait plus intéressant d’improviser et d’avoir une discussion plutôt qu’une véritable interview » blablabla. Là le mec monte dans les tours comme une balle. Il est scandalisé « mais qu’est ce que c’est que cette mascarade, c’est une plaisanterie, je vais pas en rester là croyez-moi, vous retravaillerez plus jamais » etc etc. Pas content.

Il se lève (mais il me bouscule pas) et entre dans la maison sous le porche de laquelle on était installés mais sans fermer la porte (un détail qui aura son importance).

Moi je bouge pas, je me la joue casual, rilax. Je fais comme si tout ça était normal et que ça me perturbait pas du tout, j’en ai vu d’autres. Je consulte mes fausses notes, mon téléphone etc. Je me retourne quand même discrétos de temps en temps pour voir ce qui se passe et je vois Refn qui s’agite dans l’entrée, expliquant probablement ce qui vient de se passer avec force gestes emphatiques. Je bouge pas.

Là dessus débarque Jean-Marc Barr.

Il me salue et s’installe sur le fauteuil en face de moi même si je suis pas censé l’interviewer, lui. Il est très cool, très souriant, on discute tranquillement. Je me retourne encore une fois pour vérifier où ça en est avec le Refn (il continue à palabrer avec une attachée de presse ou autre) et là je vois Jean-Marc Barr qui s’était donc levé sans que je m’en rende compte, en train de déposer ou ramasser un truc sur le paillasson de la villa, je comprends pas très bien.

Je le regarde et il me fait un petit signe de la main comme pour dire au revoir et se barre précipitamment, presque en courant. Je suis un peu interdit, je rejette donc un oeil au paillasson pour tâcher de comprendre: je constate que Barr vient d’y déposer une boule puante sur le point d’exploser alors que Refn se dirige vers la sortie.

Ni une ni deux, je me lève et je me barre moi aussi en courant, dans le sillage de Jean-Marc.

Et je me réveille.

Logan Lucky – critique

Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison… (Allocine)

Alors oui, L’Atelier, oui, Detroit, et ça fait du bien de voir de vrais bons films parce que je vais être honnête, je me fais un petit peu chier au ciné cette année. Enfin, j’exagère, disons que je trouve cette année très en-deçà de la précédente.
Mais OUI Logan Lucky parce que ça fait BEAUCOUP de bien de voir un vrai bon film qui en plus d’être intelligent et moins léger qu’il n’en a l’air, te colle le sourire de la première à la dernière seconde.

La bande-annonce est transparente, les premiers échos le confirment et on le constate soi-même très vite: Logan Lucky est bien un Ocean’s Eleven chez les rednecks. Le film a quasiment le même pitch, adopte la même structure et on pourrait s’amuser à lister les clins d’oeil voire les redites (la scène de l’explosion « clé », celle censée faire sauter la banque au sens propre par exemple). Mais Soderbergh est évidemment trop intelligent pour s’en tenir à ça : il y fait non seulement référence directement, s’exonérant par là même et avec malice de toute accusation de paresse ou de manque d’inspiration mais son film est une sorte de remake-reboot un peu différent, un peu à côté.

Et ce « à côté » c’est évidemment le « chez les rednecks » qui permet d’y accéder en offrant non seulement un cadre et une tonalité différents (plus cocasse) mais surtout en substituant au glamour de l’original une tendresse de tous les instants.

Pas de démagogie ni de condescendance : là encore Soderbergh est trop intelligent, trop fin pour ça et s’il ne cède pas à la tentation de la « glamourisation » des couches populaires (la proverbiale coolitude de l’Americana dont on a soupé), il ne se fout pas de leur gueule non plus. Oui, certains sont un peu limités (les 2 frangins de Daniel Craig) mais on en sourit plus qu’on s’en moque et ils ont toute leur place dans le plan élaboré par Jimmy Logan, le personnage interprété par Channing Tatum.
Voir également la façon dont le réalisateur traite le concours de mini miss auquel la gamine participe: ça serait tellement évident de pointer du doigt ce truc horrible et qui prête tellement le flanc à la moquerie mais non, pas ici. La gamine participe à un concours de mini miss, point, inutile d’en faire des caisses et de juger de plus haut.

D’ailleurs, petite digression, c’est fou ce que le résumé du film posté ci-dessus peut-être révélateur d’un mépris de classe : pourquoi les 2 frangins seraient « pas très futés »? Parce qu’ils sont issus de l’Amérique des trailers parks, celle qui est envoyée se faire flinguer en Afghanistan ou en Irak? Parce que Tatum interprète un ouvrier, au chômage qui plus est, et Adam Driver un modeste serveur? Parce qu’ils ont toute la panoplie et le background pour incarner l’Amérique qui a voté pour Trump? On comprend très vite qu’il n’en est rien, bien au contraire, et c’est encore à mettre au crédit de Steven Soderbergh, à la fois dans son écriture et dans sa mise en scène.

Quoiqu’il en soit, c’est là que Logan Lucky gagne ses lettres de noblesse et se démarque définitivement d’Ocean’s Eleven: dans le regard porté par Soderbergh sur ses personnages et en particulier sur le rapport touchant entretenu par celui de Jimmy avec sa fille. Là encore, Soderbergh se montre très fin, très sensible. Un autre que lui aurait bien mis l’accent sur LA motivation de Jimmy (sa fille donc) mais pas lui. Il se « contente » de suggérer la relation qu’ils entretiennent, leur complicité, l’importance qu’elle a pour lui etc. J’utilise des guillemets car évidemment, toute la difficulté réside dans cette distance parfaite, dans ce ni-trop-peu-ni-pas-assez si difficile à définir et à trouver.

Soderbergh porte le même regard sur les 2 frères dont on devine encore toute la complicité mais également les non-dits, les épreuves traversées etc. Il y a véritablement quelque chose de Fordien (John, pas Henry ni Tom) dans cette attention jamais putassière, cette empathie pour des personnages issus de ce qu’on désigne parfois en tant que heartland America, soit l’Amérique profonde des prolétaires, bons chrétiens ok mais bons galériens du quotidien surtout, qu’on retrouve également dans les chansons de Springsteen ou de John Denver, chanteur favori de Jimmy Logan.

Tout cela apporte une épaisseur inattendue à ce qu’on imaginait être, et qui le reste d’ailleurs, un vrai feelgood movie dans lequel on se marre beaucoup.
Logan Lucky permet enfin de vérifier que Soderbergh n’a rien perdu de sa coolitude: en témoigne notamment une bo à tomber, entre les petites vignettes composées par le fidèle David Holmes et le choix des titres, en parfaite adéquation avec le cadre, les personnages et l’atmosphère dans son ensemble (John Denver, Loretta Lynn, The Monks, Creedence Clearwater Revival etc.)

Super film, vraiment, et label Séance Parfaite Grande remise obtenu haut la main.

So Foot n°150

Pour son numéro 150, So Foot a décidé de sortir un thématique dont il a le secret (après le spécial « n°10 » pour les 10 ans du magazine par exemple), en posant la même question à 150 joueurs, artistes, écrivains, personnalités diverses (la liste, non exhaustive, est sur la couve ci-dessus): « pourquoi aimez-vous le football? » Quelques surprises parmi les témoignages: qui aurait cru que Tonie Marshall ou Anna Karina (Anna Karina!) se retrouveraient un jour, et de manière tout à fait légitime, dans So Foot ?

Les réponses vont de la punchline à la réflexion plus ou moins élaborée/étendue en passant par la mini-interview ou la tribune libre (pour Katerine ou François Bégaudeau par exemple).
On réalise assez vite qu’on pourrait les classer en 3-4  grandes catégories:

Il y a les un-peu-bateau-mais-en-même-temps-c-est-vrai qui expliquent que le foot c’est un condensé d’émotions multiples, un raccourci de la vie en 90 minutes, blablabla. On connait bien cet argument: « aucune oeuvre de fiction n’est capable de recréer le scenario ou l’ascenseur émotionnel du match de foot le plus dingue! » dixit n’importe quel réalisateur/écrivain un peu concon type Lelouch ou Besson. A la fois, c’est pas faux.

Il y a ceux, touchants, qui expliquent qu’ils aiment le foot parce que ça leur a sauvé la vie ou offert une existence, ni plus ni moins.

Il y a les consensuels comme Platoche (« le foot c’est un jeu simple où les hommes sont égaux » blablabla).

Et il y a les réponses qui paraissent simplistes mais tapent dans le mille: « Pour continuer à aimer le football, il suffit de le regarder » (Clarence Seedorf) ou « Ce que j’aime dans le foot, c’est le foot justement » (Raul).
J’aime particulièrement ces 2 là, pas seulement parce que l’une d’elles est prononcée par un de mes joueurs préférés de tout l’étang mais parce qu’elles sont chaque jour plus juste: ce qui nous lave des affaires, de la corruption, des sponsors omniprésents, du marketing roi, des sommes délirantes, des enjeux-qui-tuent-le-jeu, c’est précisément le jeu. C’est d’ailleurs peu ou prou ce que dit l’édito.

En un mot, ce numéro se lit tout seul.
Et surtout, lire ce numéro, c’est en arriver, inévitablement, à se poser la même question: mais bordel, pourquoi j’aime autant le foot finalement ?

Une question à laquelle nombre de personnalités interrogées se disent incapables de répondre tant ça remonte à loin et la passion est désormais ancrée en eux.
Ca remonte tellement loin dit Guy Roux (et je sais plus qui, Menotti peut-être? Tu vérifieras) que si on aime le foot, c’est parce que le ballon, une sphère, renvoie au soleil, à la lune, à la Terre, au 1er habitat de l’être humain, le ventre de la mère et que notre 1er geste, dans ce ventre justement, fut de donner des coups de pied.

C’est peut-être un peu con, ou très, je sais pas, mais j’aime bien. Cette « explication » renvoie de manière plus générale à l’enfance, un thème souvent évoqué et que j’aurais tendance moi aussi à convoquer tant je suis intimement persuadé que c’est là que ça se joue. Quand j’ai découvert le foot et que je me suis mis à sérieusement m’y intéresser et à y jouer, tout d’un coup il n’y avait plus que ça et rien d’autre. Continuer à aimer le foot, près de 40 ans après, c’est évidemment un moyen de se reconnecter à cet état d’esprit là, fait d’abandon total et d’émotions pures et brutes qu’on a probablement du mal à trouver par ailleurs. Tu vas me répondre qu’il y a l’amour, évidemment… Mais c’est précisément de ça dont on est en train de parler non?

Alors pourquoi on aime le foot, oui, c’est une bonne question et c’est pas évident d’y répondre… C’es d’autant moins évident selon moi que lorsqu’on aime passionnément le foot, on finit tôt ou tard par devenir supporter. Dès lors, on aime passionnément son équipe et on peut être amené à perdre de vue ce qui est à l’origine de tout le bordel. Déjà que c’est pas toujours évident de savoir pourquoi on est devenu supporter de telle équipe plutôt que de telle autre…

Et toi alors, pourquoi t’aimes le foot ?