A 39 ans, Brennan Huff n’a toujours pas de job sérieux et vit chez sa mère, Nancy. De son côté, Dale Doback est un éternel chômeur de 40 ans qui vit encore avec son père, Robert. Lorsque Robert et Nancy se marient et emménagent sous le même toit, Brennan et Dale deviennent frères malgré eux et se retrouvent à vivre ensemble. Quand leurs querelles infantiles et leur incorrigible paresse menacent de faire exploser leur toute nouvelle famille, ces deux quarantenaires immatures imaginent un plan insensé pour réconcilier leurs parents. Mais pour y parvenir, ils vont devoir faire équipe, et peut-être même quitter la maison… (Allociné)
S’il fallait résumer le concept de neo-comédie à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, sachant évidemment que celle-ci désigne finalement quelque chose d’assez vague et qu’elle rassemble des acteurs/auteur/réalisateurs très hétéroclites, je dirais sans doute que ses films racontent essentiellement des histoires d’hommes qui essaient tant bien que mal de concilier leur vie d’adulte et leur nature profondément adolescente (oui cette phrase est beaucoup trop longue mais je suis crevé). Et s’il fallait choisir un film et un seul pour illustrer cette idée, ça serait Frangins malgré eux puisqu’il applique ce théorème à la lettre : Will Ferrell et John C. Reilly ont 40 ans mais agissent et réagissent comme les adolescents d’une famille recomposée. Et ils vont devoir non seulement apprendre à cohabiter mais surtout à évoluer : le changement sans le reniement, LE grand sujet de la neo-comédie, conséquence de son axiome de base.
Que ça soit d’une drôlerie sans nom, c’est une chose (le premier repas de famille au cours duquel Ferrell finit par craquer sous les moqueries de Reilly, un seul exemple parmi tant d’autres), que le film se permette par la suite de viser juste dans un registre plus émouvant le hisse au niveau des meilleurs films des Farrelly. A vrai dire, je considère Frangins malgré eux comme le chef d’œuvre de la comédie de ces 10-15 dernières années.
J’en dis pas plus parce que je suis crevé je te dis. Mais sache que même crevé, si tu l’as toujours pas vu, je te juge.
Dans le même registre, je recommande :
I Love You, Man : épitomé de la bromance cinématographique, il n’est pas du même niveau que le film d’Adam MacKay mais très réussi quand même. De toute façon, Paul Rudd, on peut pas lutter.
Charlie Baileygates est un policier souffrant de troubles de la personnalite. Apres avoir suivi un traitement medical, il se voit confier la mission d’escorter Irene Waters dans un autre Etat, ou elle est recherchee pour une grave violation au code de la route. Mais Charlie entame ce voyage en oubliant ses medicaments, permettant par la-meme a son alter ego derange, Hank, de refaire surface. Et lorsque les deux personnalites commencent a se disputer l’amour de leur belle prisonniere, Irene se rend compte qu’elle est finalement attiree… par les deux. (Allociné)
Souvenir d’une séance parfaite, similaire à celle vécue quelques années plus tard pour l’Amour Extra-Large.
A ce moment-là, au tournant de l’année 2000, les Farrelly ont vraiment la magic touch, ils sont les Beatles de la comédie. Tout ce qu’ils font est osé, drôle, intelligent et couronné de succès. Le début du film, qui constitue le préambule à la véritable intrigue purée… Le premier pétage de plomb de Jim Carrey… Idée de génie absolu : ses enfants sont noirs, mastoc ET tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le génie drolatique et humaniste des Farrelly dans cette seule idée. Ils reproduiront d’ailleurs le même schéma dans Deux en un, leur possible chef d’œuvre : Matt Damon et Greg Kinnear sont siamois mais ils vivent comme 2 personnes totalement distinctes sans que ça soit jamais bizarre ou incongru.
Une pensée enfin pour Renée Zellweger qui est ici à croquer et qui est désormais à pleurer.
Hector qui a rencontré Truquette au Louvre le 14 juillet, n’a qu’une préoccupation : séduire cette fille qui l’obsède. Le meilleur moyen c’est encore de foncer l’emmener voir la mer et Pator ne saurait lui donner tort, surtout si elle est accompagnée de sa copine Charlotte… Flanqués de l’inévitable Bertier, ils empruntent les petites routes de France dont les caisses sont vides. Car c’est la crise ! Il faut remettre la France au boulot et, en plein été, le gouvernement décide d’avancer la rentrée d’un mois. Un chamboule-tout et quelques liasses de billets plus tard, le groupe se disloque à l’image d’une France coupée en deux, entre juillettistes et aoûtiens jaloux. Mais rouler en sens inverse du travail n’effraie pas le trio restant, bien décidé à retrouver La Fille du 14 juillet et à vivre un été débraillé. (Allociné)
Là normalement, j’aurais dû mettre La famille Tenembaum. Je n’ai pas remis en cause ses qualités ni l’affection que je lui porte, ça s’est joué sur la définition du top que je suis en train d’établir : jusqu’ici, même si certains films sont plus ou moins subtils, c’est quand même de la grosse rigolade. Les films de Wes Anderson peuvent être estampillés « comédies »: on y rit parfois, même si on y sourit plutôt, on est touché, ému, attendri, que sais-je encore et surtout, ils se terminent de manière positive pour le ou les personnages principaux, ce sont donc bien des comédies au sens étymologique du terme. Mais c’est pas les Farrelly quoi. C’est même pas Cuisine et Dépendances, dont l’humour est sans doute plus nuancé mais assez franc.
Dans ce registre de comédies plus douces-amères disons, La famille Tenenbaum et les films de Wes Anderson en général sont des modèles. Mais j’ai pris le parti de la rigoulade donc exit ce type de films, tant pis (enfin, presque…). Parce qu’à ce moment là, faut que je mette aussi des Wylder (au moins un : La garçonnière), les Resnais écrits par Bacri–Jaoui, Rozier, que sais-je encore… Quel pataquès !
La fille du 14 juillet est un film-coup de foudre, un truc auquel je ne m’attendais pas du tout et qui m’a totalement emporté. Je ne savais rien de l’intrigue, du style, du registre, des acteurs même, je l’ai donc découvert dans des conditions optimales, vierge de tout a priori (je savais simplement qu’il avait de très bonnes critiques). Pas en salle malheureusement mais c’est dire si le film m’a marqué. J’ai trouvé ça totalement fou, neuf, vivant, libre. J’avais tout simplement jamais vu ça dans un film : le côté libertaire ok, le côté Zidi ok, le côté Nouvelle Vague ok, mais alors les 3 ensemble, j’avais jamais vu ça. Dans le cas contraire, merci de vite me rencarder parce que ça m’intéresse. En tout cas j’avais pas autant ri devant un film français depuis très très longtemps. La Loi de la Jungle a ô combien confirmé le talent d’Antonin Peratjatko dans un registre détonnant ZAZ meets Pécas meets Rozier mais c’est La Fille du 14 juillet que je retiens, parce que j’ai un petit peu plus de recul sur lui et parce qu’il m’a fait l’effet d’une déflagration, d’un single fulgurant de punk rock.
Après un malentendu à l’aéroport, deux amis, Lloyd et Harry, spécialistes de l’élevage de lombrics, partent à la recherche de Mary qui semble y avoir oubliée sa valise. Mais, ils se retrouvent au centre d’un complot.(Allocine)
« Spécialistes de l’élevage de lombrics » : le génie des types, déjà.
J’ai évoqué le choc, le mot n’est pas trop fort, qu’a constitué pour moi la découverte de ce film, lorsque j’ai parlé de sa suite, Dumb et Dumber De. J’ai pas grand-chose à ajouter : c’est un moment équivalent à la découverte de l’intro de This Charming Man des Smiths par exemple, une sorte d’épiphanie et de point de non retour à partir duquel tu prends perpète. Avec du ketchup/moutarde et du caca à la place des fleurs.
Peter LaFleur est le charismatique et sous-estimé propriétaire d’un club de gym, pompeusement appelé Average Joe’s. Mais l’endroit attire les convoitises de White Goodman, une puissante figure du monde du sport, propriétaire du rutilant Globo Gym. Une banque commissionne une experte, Kate Veatch, pour s’infiltrer dans les rouages directionnels de l’Average Joe’s afin de finaliser l’OPA de la petite salle de gym par le géant complexe de fitness. Mais c’était sans compter sur les charmes enfantins de Peter qui, rapidement, acquiert à sa cause la belle Kate. Une alternative se présente à eux pour sauver l’Average Joe’s : se lancer dans une compétition de dodgeball avec pour adversaires les gros bras du Globo Gym. (Allocine)
Dans la catégorie « néo-comédie », Dodgeball appartient à la famille « Frat pack« : allusion plus qu’évidente au Rat Pack de Sinatra, Dean Martin and co, ce « nom » inventé par le quotidien USA Today désigne le groupe de comédiens/comiques à succès apparu fin des années 90/début des années 2000 et réunissant notamment Ben Stiller, Vince Vaughn, Owen Wilson, ou Will Ferrell. Dodgeball est un modèle car il allie à merveille comédie débridée et message ultra kawai très caractéristique du genre : les supposés winners (incarnés par Ben Stiller et ses sbires) sont immondes , les supposés losers (menés par un Vince Vaughn des plus charmants) hyper attachants. Ils prendront bien évidemment leur revanche de manière maligne et subtile. D’ailleurs le sous-titre du film est « a true underdog story », c’est très explicite.
Ce que j’apprécie par ailleurs particulièrement dans ce film, c’est qu’il décline à la perfection le cahier des charges du « film de compétition » (je vois pas comment appeler ça autrement): objectif apparemment irréaliste > motivation/formation de l’équipe > entraînement > compétition. Et chaque étape est brillamment traitée, avec ses moments forts, et sur un tempo qui va crescendo : le dernier acte, celui de la compétition donc, est bien l’apothéose qu’on est en droit d’attendre, entre les matches en eux-mêmes (je rappelle qu’on parle ici d’un tournoi de ballon prisonnier avec des équipes nommées « She-Mullets », « MILFS » ou « Clown Punchers »), les a côtés et surtout, les commentaires, tous mémorables, de la paire Gary Cole–Jason Bateman.
Pour conclure, je singerai les publicitaires et communicants chargés de promouvoir le film: Dodgeball, c’est de la balle !
Dans le même registre, je recommande:
Les Miller, une famille en herbe : alors c’est pas tout à fait le même registre mais c’est le même réalisateur, Rawson Marshall Thurber, et c’est là aussi une super comédie que j’ai justement revue la semaine dernière avec beaucoup de plaisir.
Pierrette Dumortier, femme de caractère mais velléitaire et sans défense contre l’ennui, décide un beau jour de tout quitter, amant, relations, fortune et Neuchatel pour retourner à Paris. Elle s’installe dans le studio de son fils, plus surpris que ravi, quelque part en banlieue. Comment cette femme indépendante va-t-elle s’y prendre pour trouver une nouvelle vie, entre une passion subite pour un prêtre médiatique et une liaison avec un antiquaire qui la mènera en prison? (Allociné)
Grosse série de films français là.
Bon, je t’essplique : ça a pas l’air comme ça mais ça représente un petit peu de boulot quand même. C’est à dire que depuis quelques semaines, j’essaie de revoir un max de comédies marquantes (marquantes pour moi ou dans l’Histoire du cinéma) : les 3/4 des films de mon top sont des évidences, je les connais par cœur (j’ai pas eu besoin de revoir The Big Lebowski ou Les Bronzés font du ski par exemple…); pour le quart restant, j’ai parfois des doutes, des hésitations. Donc je revois certains films. Et je me rends compte que j’arrive pas à m’enflammer pour la très grande majorité des grands classiques du genre. Je les apprécie, j’arrive à reconnaître leurs qualités, leur importance mais… je leur préfère dans la très grande majorité des cas des comédies plus récentes. Peut-être parce que j’ai découvert ces dernières en salle : une comédie, c’est souvent meilleur dans une salle pleine de spectateurs qui se bidonnent autant que toi, ou avec des gens que tu aimes. Je sais pas…
L’impossible Monsieur Bébé, The Philadelphia Story, To Be or Not to Be, tout ça c’est super, génial même parfois (je pense au Lubitsch par exemple) mais pour moi une comédie fait avant tout appel à quelque chose de l’ordre de l’instinct : je ris, instinctivement, ou je ris pas. Et ces films là, me font tout simplement moins rire que tous ceux que j’ai retenu.
Par exemple, j’ai revu The Party, un film quasi unanimement salué comme une des meilleurs comédies de tous les temps. Bon, j’ai pas ri une seule fois. J’étais content de le revoir: en termes de mise en scène, c’est magistral, vraiment. Et puis c’est un film hyper pop et très touchant. Mais côté « émotion », je ne retiens que la relation Peter Sellers/Claudine Longet. Parce que je n’ai pas ri une seule fois, tout au plus souri.
Pareil : suite au décès de Gene Wylder, j’ai revu Young Frankenstein et Le Shérif est en prison. Ils sont tous les 2 super, et leur importance est cruciale pour la création et la diffusion d’un registre humoristique franchement absurde dans la comédie américaine, bien avant que les ZAZ par exemple en deviennent les maîtres incontestés. Mais bon… Passée la reconnaissance de l’importance « historique », c’est paaaaaaaaas super drôle quoi. Enfin, ça me fait pas super rire en tout cas.
Tout ça pour dire que de Pascal Thomas, beaucoup retiendront ses réussites des années 70, et ils auront sans doute raison. Mais pour moi c’est La Dilettante car c’est un film qui me fait davantage rire que les Zozos ou Le Chaud Lapin, c’est aussi con que ça.
Après, j’y mets une dimension supplémentaire que le simple « hihi c’est rigolo » évidemment: le personnage de Catherine Frot, sorte de dandy au féminin, pour qui l’élégance et la légèreté priment sur tout et surtout sur ce qui peut lui tomber sur le coin de la gueule, est un personnage qui me touche énormément.
Ce n’est vraiment pas le moment pour Jean-Pierre, agent sportif, de garder le labrador d’une amie pendant une semaine alors qu’il est empêtré dans de sombres affaires. Et pourtant, cette corvée va l’entraîner dans la plus hallucinante des aventures, où son pire cauchemar risque bien d’être la chance de sa vie. (Allocine)
Bon, celui-là en revanche, c’est pas un film de Les Nuls mais j’en suis vraiment fan pour le coup.
Ca s’explique difficilement, je le concède… J’imagine que lorsque je dis qu’il n’y a rien de plus subjectif que l’humour et la peur, puisqu’ils appellent tous 2 des réactions instinctives et pas toujours intellectualisées, je pourrais prendre Didier comme exemple : voir Chabat faire le chien, déchirer un coussin en jouant, tourner 2 fois sur lui-même avant de se poser, renifler l’arrière-train des autres chiens ou des passantes (« on ne sent pas le cul!! ») ça s’explique pas, ça me fait rire, tout simplement. Observer Bacri en train de montrer au même Chabat comment enfiler un pantalon (« tu prends une gambas, voiiiiiilààààààààà »), comment utiliser les toilettes et comment ne pas « sentir le cul » donc, ça me fait BEAUCOUP rire.
Jean-Pierre Bacri : elle est là surtout la raison de mon affection pour ce film. Le mec a beau jouer toujours le même rôle, toujours de la même manière, je le concède là aussi, je suis fan. Et, c’est sans doute à mettre au crédit de Chabat, dans Didier il est certes toujours dans le même registre mais avec un certain recul, un petit sens de l’auto-dérision des plus sympathiques. Il me fait rire et il m’attendrit, je peux pas dire plus/mieux.
Deuxième raison : alors que le film subit objectivement un petit coup de mou dans sa seconde moitié, paf, il retrouve un second souffle grâce à Dieudonné. A l’époque, Dieudonné était l’homme le plus drôle de France, y avait pas débat, comme son tout petit rôle dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre l’a démontré quelques années plus tard (je cite ce film pour prendre l’exemple le plus visible, je pourrais évidemment citer ses premiers spectacles). Dans Didier il est vraiment génial dans le rôle du commentateur de foot. Bon évidemment dire que Dieudonné est un génie de l’humour et de la comédie maintenant, en 2016… Ca parait totalement dérisoire. Mais avant de péter les plombs, il était intouchable le mec.
Jacques et Martine s’apprêtent à recevoir une ribambelle d’amis à dîner. Tous ne se sont pas revus depuis dix ans et entre temps, certains ont réussi quand d’autres ont eu moins de succès. L’invité d’honneur est l’ex de Martine, devenu un écrivain très prisé des médias, accompagné de son épouse, une talentueuse journaliste. (Allociné)
D’un point de vue cinématographique, y a rien, ou pas grand chose: c’est le prototype du film dont on dit qu’il s’agit de « théâtre filmé ». Qui est une forme de cinéma en soi comme l’ont prouvé aussi bien Hitchcock que Resnais, mais là n’est pas le débat que je n’ai ni le courage ni les compétences d’affronter. Disons que la réalisation est très fonctionnelle.
Restent donc le texte et les acteurs. Et l’air de rien, rétrospectivement, on se rend compte que Cuisine et Dépendances constitue un petit jalon de la comédie française : il s’agit du premier film co-écrit par le tandem Bacri–Jaoui, dont l’influence sur le cinéma français des années fin 90-début 2000, aux résultats certes variables, me paraît indéniable.
Leurs films à eux (Le Goût des Autres, Au bout du conte, le-truc-avec-Marilou-Berry-et-la-nana-de-Premiers-Baisers-qui-vit-à-Toulouse-et-que-je-croisais-régulièrement-à-une-époque) mettent en valeur leurs moralisme, voire leur côté donneur de leçons assez désagréable. Les films qu’ils ont écrit pour Resnais en revanche (Smoking, No Smoking, On connaît la chanson) font ressortir ce qu’ils ont de meilleur : le talent pour la dissection des relations humaines, leur côté entomologiste. Disons pour schématiser que leurs propres films explicitent un peu trop là où ceux de Resnais suggèrent avec subtilité.
Cuisine et Dépendances penche du bon côté avec la mise en scène sobre (« fonctionnelle » même) d’un petit théâtre de la lâcheté, de la flagornerie et des illusions perdues à la fois réjouissant et touchant. Le couple Zabou Breitman – Sam Karmann, elle dans la bonhomie surjouée et borderline, lui dans la rondeur confinant à la veulerie, est irrésistible. Bacri interprète pour la première fois (que je sache en tout cas), LE personnage auquel il est désormais pour toujours associé, celui du râleur-bougon au grand coeur. A noter également l’un des premiers rôles importants de Jean-Claude Darroussin, excellent lui aussi (on est en 1993 là l’air de rien, il y a 23 ans donc…).
J’aime ce film un peu facile de manière un peu facile aussi, parce qu’il renvoie avec justesse tout un chacun à des situations vécues, aux petits ou grands travers des relations humaines auxquelles on peut au minimum s’identifier.
Roger Pouplard, réparateur de réfrigérateurs en Normandie, multiplie les conquêtes féminines. Marié et père d’un enfant, il n’est pas attiré par sa femme Jeanine, la pâtissière du village. En revanche, il passe beaucoup de temps avec Nadia, la bouchère du coin. Lorsqu’il part en week-end à Deauville avec sa maîtresse, il croise un vieil ami de l’armée, Chanteau, qui semble fort s’intéresser à Nadia… (Allociné)
Indissociable des Galettes de Pont Aven dans mon Panthéon personnel, j’ai choisi ce film-ci au détriment des Galettes… pour des raisons de cohérence topienne (j’y reviendrai dans un autre billet).
Je parle des 2 films ici. Et je ne résiste pas à l’envie de poster la meilleure scène du film, qui vaut tous les discours et arguments du monde pour convaincre les pauvres âmes qui ne connaîtraient pas encore ce chef d’oeuvre :
Je suis pas un inconditionnel de ce film, il devrait pas être dans ce classement. Je le trouve drôle, parfois très, mais paaaaaaaaaaas non pluuuuuuuuuuuuus… La Carioca, « prenez un chewing gum Emile », tout ça, bon…
J’ai quand même été agréablement surpris quand je l’ai revu y a pas si longtemps : ça n’avait pas trop vieilli et j’ai été sensible à de nouveaux petits trucs qui m’ont bien fait marrer. Le « Vous avez pensé à l’amener à l’Aquasplash? » lancé par le flic à Chabat par exemple, m’a davantage fait rire que ce qui suit immédiatement (Farrugia qui vomit parce qu’il est « hyper content »). Bon, de l’écrire (« Farrugia vomit parce qu’il est hyper content »), ça me fait sourire quand même.
Brrrrrrrrrreeeeeeeeef.
Je le mets dans ce classement parce que les Nuls. Et les Nuls, ça a vraiment été une révolution pour moi et je pense pas mal de gens de ma génération.
J’ai fait partie, enfin, ma famille, des premiers abonnés de Canal Plus; ça devait être début 1985 (la chaîne ayant été lancée fin 1984). Ca n’a l’air de rien maintenant, encore moins depuis que la chaîne ne ressemble plus qu’à l’ombre du pipi de son chien, mais à l’époque, c’était un événement et j’avais réellement le sentiment de faire partie d’une caste de privilégiés : des films en exclusivité (des films sortis au ciné il y a A PEINE 1 an t’imagines??), le championnat de France de football, la NBA (gros choc la NBA aussi, avec les matches de la triplette Michael Jordan – Larry Bird – Magic Johnson), Canal Plus, c’était vraiment la télé telle qu’on l’avait jamais vue. Là je rappelle pour enfoncer le clou que jusqu’à ce qu’elle débarque, on n’avait droit qu’à 3 chaînes.
Et puis il y avait les émissions en clair. Du costaud là aussi car elles devaient être suffisamment pertinentes, impertinentes, drôles, uniques pour inciter les gens à en demander plus, et donc, à s’abonner. Et la locomotive des premières années, avant que Nulle Part Ailleurs ne devienne ce fleuron de la télévision française, cette machine de guerre, à innovations, à séquences cultes et à emmagasiner les nouveaux abonnés, c’était les Nuls. Et les Nuls, à la télévision française, en 1987, année de la création d’Objectif Nul, étaient uniques. En tout cas ça me faisait marrer comme rien d’autre auparavant : j’avais l’impression de voir un truc vraiment neuf et qui appuyait toujours sur mes bons boutons (l’absurde, le référentiel, le pipi-caca etc). Ok, ok, Coluche, Desproges, le Petit rapporteur que sais-je, j’en passe et des meilleurs mais
1. ce mélange d’humour absurde anglo-saxon à la Monty Pythons, d’humour scato, de parodies ciné/télé, je pense pas que ça existait auparavant en France, et en tout cas, en 1987, ça n’existait pas
et 2. peut-être plus important encore, les Nuls, étant neufs, je pouvais donc me les approprier. De la même manière que les ados des 70s ce sont appropriés T-Rex et pas Eddie Cochran ou ceux des 90s Oasis ou Blur et non les Beatles. Parce que c’était des artistes de leur génération, pas celle de leurs parents ou de leurs grand frères ou grandes soeurs. C’est hyper important ça dans le processus d’identification et d’appropriation d’un style, d’un groupe ou d’artistes qui aident à se forger et à se construire.
J’ai donc immédiatement accroché à Objectif Nul. Et j’ai aimé les Nuls comme j’ai pu aimer un groupe de rock qui me parlait intimement. J’avais vraiment l’impression de voir des mecs (et une nana) complètements fous et libres, osant et réussissant absolument tout et, je me répète, qui me parlaient comme personne. Évidemment par la suite, on remonte le fil des influences : on remonte aux Monty Pythons, aux ZAZ, au Saturday Night Live, comme je suis remonté à Gainsbourg, à Jean-Claude Vannier, à François de Roubaix grâce à Air par exemple.
Mais j’avais 14 ans et les Nuls c’était là, tout de suite. J’aimais Chabat ou Carette comme mes chanteurs favoris, la seule différence, par rapport aux Smiths par exemple, c’est qu’eux me faisaient marrer (oui on peut dire ça je crois : les Nuls m’ont davantage fait marrer que les Smiths).
A partir d’Objectif Nul j’ai donc tout, absolument tout suivi avec passion et assiduité, jusqu’à participer, en tant qu’invité-concurrent, à leur dernier véritable projet collectif, leur émission de radio sur Europe 1 (le Zouzouk, au cours de la saison 1994-1995). Je parle même pas des expressions ou sketchs connus par cœur, que je citais absolument tout le temps à tort et à travers avec tout le monde, et que je peux encore citer encore aujourd’hui. Je crois que le moment est venu de faire des excuses à ma famille et à mes proches pour ces plus de 25 ans de « l’a pô compris », de « je suis pas un enculeur de maman » ou de « dans les rizières de Saïgon, y a le nuoc-mâm qui sent la merrrrrrrrde, oui » par exemple.
Je garde toujours beaucoup de tendresse pour Dominique Farrugia malgré son droitisme rampant, pour Chantal Lauby, malgré son penchant pour les gros navets, pour Alain Chabat malgré son jeu d’acteur désastreux (y a du mieux quand même ces dernières années, cf Les gamins ou Réalité). Et pour Bruno Carette dont je ne sais pas quoi dire de plus intelligent que le convenu et sempiternel « il est parti trop vite » tellement la formule lui semble malheureusement destinée. Jean Meyrand putain, LA RUE LEPIC.
Quel putain de génie…
Donc voilà, La cité de la peur, c’est pas ma comédie française préférée, c’est même pas ce que les Nuls ont fait de mieux selon moi (L’Emission quand même, quel pied nom de Dieu !) mais les Nuls + moi = AESD.