Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au « miracle sur l’Hudson » accompli par le commandant « Sully » Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l’opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l’histoire de l’aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière. (Allociné)
Je suis un peu déçu. C’est bien, mais c’est seulement bien, alors qu’au lu des critiques et retours ici ou là, on me vendait un des meilleurs Eastwood. Mais c’est déjà très bien d’être bien et encore une fois avec Clint, sous les apparences légères ou plutôt « mineures », c’est un film qui trouve sa petite musique l’air de pas y toucher et surtout qui ne ressemble à aucun autre actuellement.
Et puis Sully est un film intéressant parce qu’il synthétise à merveille ce qui fait la spécificité du cinéma de Clint. Et il le fait évidemment l’air de rien là aussi, de la même manière que le film parvient à toucher sans crier gare, sans qu’on s’y attende, et sans doute pour des raisons et à des moments différents selon les spectateurs.
Un rôle qui semble avoir été écrit pour Tom Hanks. Excellent Aaron Eckhart aussi.
Sully, le personnage et Sully, le film, apparaissent donc comme des auto-portraits d’Eastwood, qui nous ressert, un peu comme dans le sous-estimé Space Cowboys (un autre film à gros budget comprenant pas mal d’effets spéciaux numériques…) les thèmes qui lui sont chers depuis… ben depuis Space Cowboys et la fin des années 90 en gros. Le héros et son statut, ses doutes et questionnements intérieurs, refrain connu évidemment, mais également la prime à l’instinct, au savoir-faire, à l’expérience.
Même si avant ça la séquence du crash impressionne par sa modestie, sa franchise, son efficacité sans fioritures (et qu’elle peut être vue à elle seule comme une mise en abyme, avec d’un côté un pilote en fin de carrière qui gère la situation comme un champion et de l’autre un réalisateur plus que vieillissant qui en remontre à beaucoup sur la gestion d’une telle séquence), c’est le côté hawksien du film qui m’a le plus touché : Sully sait avoir bien agi mais l’enquête et ses conclusions à mi-parcours finissent par instiller le doute dans son esprit. A-t-il réellement fait le bon choix (se poser en catastrophe sur l’Hudson et pas retourner à l’aéroport) ?
La conviction il ne l’obtiendra pas via les journalistes, l’opinion publique, les enquêteurs, sa femme ni même les tests de simulation effectués et qui finissent par lui donner raison sans ambiguïté mais en se replongeant, au sens propre, dans l’action, via les enregistrements de la boîte noire : de là la fierté, absolue, légitime, d’avoir opéré un véritable miracle. Et cette phrase toute bête, qui pourrait sonner comme un cliché mais qui dans ce film-ci revêt plutôt les atours de l’évidence tranquille et qui résume à elle seule la philosophie du personnage autant que celle d’Eastwood, plus que jamais artisan à l’ancienne et en voie de disparition : « we did our job ».
Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire. (Allociné)
L’an dernier, j’ai fait ce que tous les gens qui s’intéressent ne serait-ce qu’un tout petit chouïa à la saga Star Wars ont fait: je suis allé voir l’épisode VII, le Réveil de la Force. J’ignore ce qu’il en est des fans de la saga mais j’ai été extrêmement déçu, j’en dis quelques mots ici.
Je m’étais juré qu’on ne m’y reprendrait plus mais j’ai eu de bons échos et j’ai appris que Gareth Edwards (Monsters, Godzilla) était aux manettes donc bon, Rogue One, pourquoi pas après tout (et puis j’ai une carte illimitée évidemment).
Eh bé je suis bien content de l’avoir vu parce que c’est non seulement mille fois supérieur au film de bébé d’Abrams, mais c’est même carrément le meilleur de la saga avec l’Empire Contre-Attaque.
Sombre (y compris au sens propre : on se croirait dans un Eastwood des années 80 tellement les scènes dans la pénombre se multiplient), sale, violent, il bénéficie clairement d’une approche plus adulte et moins « universaliste » : c’est terriblement dur de faire un film qui plaise aussi bien aux bébés qu’aux adultes les plus exigeants, c’est là que l’épisode VII s’est ramassé dans les grandes largeurs pour moi. Rogue One possède également une identité plus européenne : Gareth Edwards est britannique, tout comme une bonne partie de la distribution, ça se sent. Diego Luna fait figure d’exception mais on ne peut pas vraiment le qualifier d’hollywoodien lui non plus.
Évidemment, il ne suffit pas de sous éclairer ses scènes, de caster des acteurs anglais et de dézinguer à tout va pour réussir son volet de Star Wars : les enjeux psychologiques et politiques sont d’un tout autre niveau et Edwards parvient, malgré la grosse machinerie, à insuffler son sens du romantisme, son lyrisme triste. Moins que dans Monsters mais nettement plus que dans Godzilla si tu veux mon avis. Et même si tu le veux pas d’ailleurs.
Suicide squad
OK, ça met un peu de temps à se mettre en place mais la dernière séquence, le morceau de bravoure du film (l’attaque kamikaze par les rebelles d’une base de l’Empire) rattrape bien le coup. Comme le dirait Ludwig Von Apfelstrudel, « on ne recrette bas sa soirée! »
Après, malgré plein de qualités purement cinématographiques, je vois Rogue One comme un film-symptôme de ce qui ne va pas à Hollywood, voire dans ce bas monde. Tcharrément, et je m’essplique: l’an dernier, évènement inter-planétaire donc avec la sortie de l’épisode VII et l’amorce d’une nouvelle trilogie. On a BOUFFE Star Wars pendant 2 bons mois : magazines spécialisés ou pas, journaux télévisés, produits dérivés ou simplement estampillés Star Wars dans les supermarchés. Dans la rue, dans le métro, sur Internet, partout, tout le temps: Star Wars. Bilan, pas loin de 4 miyons d’entrées en 1ère semaine d’exploitation, plus de 10 au total. J’imagine que pas mal de personnes ne sont allé au cinéma qu’une seule fois en 2015 et c’était pour voir ce film.
Pour Rogue One, la promo est beaucoup plus légère: je me balade dans la rue, au supermarché, je vois pas les personnages de la saga s’afficher partout et surtout n’importe où. J’ai pas vu 60 sujets dans tous les JT de toutes les chaînes. Le film n’est même pas vendu comme un nouvel épisode de la saga mais comme une sorte de spin-off, alors que son intrigue se situe très clairement entre les épisodes III et IV. En outre, pas mal de personnages emblématiques sont bien présents : C-3PO, R2D2, les storm troopers (qui parlent avec l’accent anglais, c’est marrant), même Carrie Fisher, RIP. Des cameos tu me diras, ok, mais ils sont là. Darth Vador lui a 2 « vraies » scènes marquantes : la seconde est même sacrément excitante, beaucoup ne retiendront qu’elle du film, et c’est compréhensible. Y a même l’Etoile de la Mort, et pas qu’un peu puisque toute l’intrigue tourne autour d’elle. Mais cette année on est pas matraqué, c’est un fait, et ça semble tout à fait volontaire de la part de Disney (devenu producteur et détenteur des droits de la saga je le rappelle). Bilan : 1,7 millions d’entrées en 1ère semaine, ce qui est évidemment énorme mais plus de 2 fois moins que pour le Réveil de la Force. J’ai fait un petit sondage autour de moi : les mêmes personnes qui se sont ruées en salle l’an dernier n’étaient parfois pas au courant qu’un « nouveau Star Wars » était sorti. Putain, c’est quand même dingue non ?
J’ai bien conscience d’enfoncer une porte grande ouverte et je ne découvre pas les pouvoirs du marketing. Mais l’exemple du Réveil de la Force et de Rogue One, à seulement 1 an d’intervalle me paraît des plus frappants. Et ça me dégoûte un petit peu. « Marketing… salope » comme disait Léo Ferré.
Pour la 1ère partie du top, c’est ici que ça se passe.
10 Max Jury
L’album doudou de 2016. Des chansons entendues mille fois, une production chaude, une atmosphère tantôt feelgood, tantôt mélancolique, voire même feelgood PARCE QUE mélancolique : c’est plus un album, c’est un plaid. Mais dans le genre (soul-country-pop), c’est assez irrésistible.
9 Italian Boyfriend – Facing the Waves
Je mettais en valeur la simplicité biblique du dernier album de Teenage Fanclub mais alors que dire du premier album des Belges d’Italian Boyfriend ? Ca va encore plus loin dans le dépouillement indie-pop, la seule fantaisie consistant en une alternance garçon-fille au chant. Et pourtant, c’est sublime, d’une pureté et d’une évidence… On songe au Velvet de Loaded, au Belle and Sebastian des débuts ou à ce groupe aujourd’hui oublié, les Papas Fritas, qui avait si bien su faire revivre l’enthousiasme et l’innocence pop au milieu des années 90. C’est enfin la plus belle et la plus évidente combinaison pochette/musique de l’année.
8 The Coral – Distance Inbetween
Un des groupes fétiches de Grande remise. Come back un peu inespéré et doublé d’une ré-invention assez notable du groupe, avec un son un peu plus dur, une tonalité plus sombre, sans pour autant qu’elle constitue une redite par rapport à certains albums des débuts (The Invisible Invasion notamment) : on décèle par exemple d’évidentes influences krautrock. Mais ça reste du pur The Coral, à savoir ce croisement improbable et qui pourtant semble couler de source grâce à leur talent mélodique et leur talent tout court, entre le romantisme anglais d’Echo & the Bunnymen et la coolitude californienne des Byrds.
7 Andy Shauf – The Party
Modeste dans ses intentions et son exécution (ce piano et cette voix faméliques), The Party est pourtant de ses disques qui peuvent provoquer des séismes esthétiques et émotionnels. Je m’enflamme peut-être un peu et il faut de toutes façons attendre la confirmation sur 3-4 albums supplémentaires mais on tient peut être là le nouveau one-man-Beatles à la place d’Elliott Smith.
6 The Divine Comedy – Foreverland
A l’instar du Wilco qui le suit (ou qui le précède dans mon classement), un album modeste, « pantouflard » diront les pisse-froids, un album de vieux briscards, de vieux tout courts diront les mêmes détracteurs. J’y vois plutôt dans les 2 cas une preuve supplémentaire du talent supérieur de ses 2 têtes pensantes, Neil Hannon et Jeff Tweedy pour Wilco, qui « se contentent », peut-être oui, de mettre en avant leurs compositions, sans en faire des caisses. Mais quand on est capable d’écrire des chansons d’un tel acabit, pas besoin d’en rajouter. Je prends même le problème à l’envers : quand on voit le niveau d’excellence d’un tel album « modeste » donc, ça laisse vraiment songeur quand au niveau de la concurrence et à celui, impérial, de Neil Hannon / Jeff Tweedy. Très beau concert toulousain par ailleurs, dont je dis quelques mots ici. Et To the rescue, chanson de l’année :
5 Wilco – Schmilco
Je parle de Wilco en général au sujet leur récent et sublime concert parisien ici. Schmilco, en plus d’être un album absolument impeccable en soi, universel et fédérateur (il pourrait aussi bien constituer une porte d’entrée à l’oeuvre du groupe, que plaire à ses fans ou à ses détracteurs), apparaît avec un peu de recul comme le parfait pendant du Star Wars sorti l’an dernier: électrique et mélodique d’un côté, acoustique et harmonique de l’autre
4 Barbagallo – Grand chien
Chaque année, un album bénéficie du bonus « sorti en fin d’exercice »: il est très frais dans la tête au moment de boucler les tops. En 2016, c’est l’album de Barbagallo qui y a droit puisqu’il est sorti début novembre. Note que ça ne signifie pas que je suis élogieux uniquement parce que c’est l’album que j’écoute le plus en ce moment : je pense que c’est un excellent album tout court et je l’aurais classé très haut même s’il était sorti en février. Dans un genre très différent (plus folk pour faire court), il est un peu comme l’album de Lafayette une synthèse de ce qui peut se faire de mieux en France à l’heure actuelle : un peu hype, un peu pop, un peu variété, à égales mesures. Julien Barbagallo est toulousain (albigeois pour être tout à fait précis) et avant qu’il ne fasse le tour du monde en tant que batteur de Tame Impala, il faisait partie des visages croisés régulièrement dans les salles de concert de la ville, dans le public ou sur la scène (notamment avec Aquaserge). Je me souviens par exemple l’avoir vu en première partie des High Llamas, ça devait être en 2007. Il avait joué un set acoustique solo très americana sous son pseudo de l’époque (Le cube), reprenant notamment Townes Van Zandt (me souviens plus quel titre). J’avais trouvé ça chiant et poseur. Grand chien atteste du chemin parcouru, à la fois sur le fond et sur la forme. C’est vraiment un très bel album : riche, ambitieux dans ses objectifs, humble dans sa démarche et enfin très touchant. A noter qu’il a été mixé par mon grand chouchou Rob. Et que dans la même famille toulousaine, les albums de Laure Briard (Sur la piste de danse) et de Julien Gasc (Kiss Me You Fool!) sont plus que recommandables eux aussi.
3 John Cunningham – Fell
One-man Beatles, deuxième. La formule est facile, peut-être même évidente mais c’est un raccourci. Dans le cas de John Cunningham, comme dans celui d’Andy Shauf, il ne s’agit en aucun cas de revivalisme ou, pire, de pastiche. Chacun d’eux possède une identité sonore et mélodique très forte qui suffit à les exonérer de tels reproches. Cunningham davantage encore bien sûr, lui qui écrit et enregistre depuis 25 ans. Fell est un retour inespéré, miraculeux, dû au remarquable travail des gens de Microcultures, déjà responsables du retour des Apartments l’an dernier. L’album est achetable ici. Que dire d’autre? Un retour miraculeux oui, moi (et quelques autres) qui croyais Cunningham coulant des jours paisibles dans sa maison du Lake District dans le Nord de l’Angleterre : son précédent album était sorti en 2002.
Après… on peut lire un peu partout (enfin… là où on en parle) que ce garçon figure parmi les plus grands songwriters anglais, qu’il n’a pas la notoriété qu’il mérite etc etc. C’est très vrai. Mais honnêtement, qui ça intéresse encore en 2016, à part quelques vieux cons dans mon genre ? Quand on voit dans quel univers sonore on vit et on évolue quotidiennement, la confidentialité d’une musique pourtant si accessible, authentique et honnête (comme les anglais disent de quelqu’un qu’il s’agit d’un honest man) est-elle si surprenante ? Evidemment la réponse est dans la question. On peut le déplorer avec toute la véhémence du monde et pester contre l’injustice, ça ne changera rien à l’affaire. Mieux vaut se dire qu’on a de la chance de pouvoir, en 2016, écouter les chansons d’un garçon aussi sensible et talentueux.
2 The Lemon Twigs – Do Hollywood
Ca en revanche, c’est très 2016, dans le sens ou malgré de multiples références à de glorieux aînés, on garde en bouche la sensation d’une grande modernité, et d’une oeuvre qui n’aurait pas pu voir le jour à un autre moment. Do Hollywood est donc un énoooooooooooorme juke box rétro (Beatles, Kinks, un peu de glam, beaucoup de Todd Rundgren) transcendé par des compositions très supérieures à la moyenne et une énergie, une décomplexion à toute épreuve : les 2 membres du groupe, 2 frères, ont 17 et 19 ans et ça se sent à chaque instant. L’album est par ailleurs produit par Jonathan Rado de Foxygen, pas vraiment un vieux routard de studios lui non plus. Pas grand chose à dire de plus : ça part dans tous les sens tout en étant tenu par des chansons extra et c’est rempli de gimmicks et de hooks à craquer (et croquer).
1 Lafayette – Les dessous féminins
J’ai déjà abondamment parlé de Lafayette sur ce blog, je vais pas insister : Lafayette avant l’album c’est ici, l’album en lui-même, ici. C’est selon moi une synthèse parfaite à la fois de ce que j’aime et de ce que la France sait créer de mieux en terme de chansons, entre pop et variété.
Je ne vais pas répéter non plus ce que j’ai déjà dit dans mes précédents billets mais Les dessous féminins s’achève sur ce qui est sans doute ma chanson préférée de ces 5 dernières années, La glanda, dont je milite pour qu’elle devienne l’hymne officiel de la République. C’est l’année ou jamais, le nouveau président élu aura des priorités à gérer. Le bien-être de la Nation en dépend.
Vive La glanda, vive Lafayette et vive la pop française.
Le SuperHomard – Maple key / The High Llamas – Here come the rattling trees / Mehdi Zannad – L’architecte de Saint-Gaudens
Ce ne sont pas des albums à proprement parler mais je tenais à les faire figurer dans mon récapitulatif car ils font partie de ce que j’ai entendu de mieux cette année. Je les préfère même à bon nombre des albums de la sélection qui suit.
C’est un album celui-ci en réalité mais il est tellement court (8 morceaux, 23 minutes) que j’ai du mal à l’envisager comme tel. Il s’agit d’un groupe français qu’on pourrait qualifier de rétro-futuristico-sunshine pop, marchant ouvertement sur les talons plein de sable californien des High Llamas. On songe aussi à Stereolab, à Mehdi Zannad / Fugu, au projet Discover d’Olivier Brion il y a quelques années. C’est donc la bo de l’endless summer, c’est granderemisesque à mort, c’est superbe et j’attends impatiemment la suite.
Les maîtres donc, et modèles du SuperHomard, pour ce qui n’est pas véritablement un nouvel album puisqu’il s’agit de petites pièces enregistrées pour soutenir une performance théâtrale. Très court lui aussi (à peine 25 minutes), il voit le groupe effectuer un étonnant virage à 180° vers ce qui ressemble parfois à s’y méprendre à du death metal. Hihi, c’est rigolo non? (« Non. »). OK, c’est évidemment du pur High Llamas, c’est à dire une fragile petite bulle de délicatesse et de raffinement.
Encore plus court (5 titres, 15 minutes), la bo du film L’architecte de Saint Gaudens confirme ce que l’on sait depuis les séminaux Fugu 1, As Found ou Fugue : Mehdi Zannad aka Fugu plane très très haut au dessus de la mêlée pop française, se permettant même une petite embardée glitter aussi étonnante que réjouissante. 5 titres de plus et c’était la première place direct, sans même y réfléchir. Mehdi Zannad semble aujourd’hui et de plus en plus se consacrer à son activité d’architecte et dessinateur; j’espère sincèrement qu’il continuera à jouer et enregistrer, ça serait un crève-coeur qu’il laisse la musique de côté et qu’un tel talent reste inexploité. A noter que cet objet-ci réuni ses 2 talents justement (la musique et le dessin) puisqu’au verso du vinyle figure une gravure de la fascinante et odorante usine de papier de Saint Gaudens ornant la pochette.
20 La Femme – Mystère
C’est bancal, inégal, beaucoup trop long, prévisible dans ses postures provoc (Mycose, sans déconner…) mais y a une poignée de chansons formidables et une énergie assez réjouissante. Bien drivé/produit, La Femme pourrait devenir excellent. En l’état, ça frise quand même la crise d’adolescence permanente. C’est (aussi) ce qui fait leur charme mais ça peut légitimement fatiguer.
19 Car Seat Headrest – Teens of Denial
L’album d’indie guitar pop de l’année. Pas grand chose à dire de plus, ça n’invente rien, ça évoque plein de trucs (Pixies, Strokes, toute la power pop la plus musclée des années 90) mais c’est très bien écrit, hyper énergique et hyper accrocheur.
18 King Gizzard and the Lizard Wizard – Nonagon Infinity
Garage rock fou furieux venu d’Australie. Dès le premier morceau, on comprend que les mecs sont pas là pour beurrer les tartines : y en a 9 comme ça, qui s’enchaînent sans temps mort ni transition, durant 41 minutes furibardes, aussi punk que droguées. Hyper jouissif.
17 Steve Gunn – Eyes on the lines
Alors c’est évidemment très bien, et Steve Gunn (qui, déjà, s’appelle « Steve Gunn » et ça vous pose un homme) parvient à créer, à partir d’une base folk (pour faire court) un flot guitaristique et une pâte psychédélique hyper séduisants (un peu dans la veine d’un Kurt Vile, pour faire court là aussi). Mais si la dynamique est belle et efficace, je trouve qu’elle vire un peu trop au systématisme, voire à la formule. Mais c’est très bien, très subtil, à la fois cérébral, intuitif.
16 Cate Le Bon – Crab Day
L’une des marottes de Grande remise. Après son album le plus accessible (Mug Museum), Cate Le Bon livre son disque le plus mal-aimable : le même que les précédents mais moins immédiat, moins « joli ». Je me répète mais cette fille a un talent et une voix (au sens propre comme au sens figuré) vraiment singuliers, il faut l’écouter !
15 M83 – Junk
Allez hop, fini les guitares, tout à fait autre chose. Junk c’est parfois/souvent n’importe quoi, et d’un mauvais goût réjouissant/insupportable suivant où l’on situe le curseur de son seuil de tolérance. Moi-même, qui suis pourtant pas une flipette je te prie de croire, j’ai du mal à aller jusqu’au bout. Mais y a quelques morceaux vraiment formidables et je salue la démarche qui va bien au-delà du ouais-trop-cool-c’est-hyper-kitchos. Ca me rappelle cette scène au début de Ghost World, un de mes films de chevet : un orchestre ultra-ringard, caricature de soft rock 80s, joue pour le bal du lycée. Scarlett Johnasson les trouve tellement nuls que selon elle, ils en deviennent bons. Thora Birch, toujours plus clairvoyante, rétorque qu’ils sont mauvais au point d’être presque cool mais qu’ils n’ont pas su s’arrêter au bon moment donc ils sont juste mauvais. M83 lui, serait ce groupe et Junk cet album allant encore plus loin dans le radicalisme cheesy et qui serait donc parfois sublime. Parfois à côté de la plaque aussi, il faut bien l’avouer mais ça par exemple, c’est parmi les trucs les plus émouvants que j’ai entendu cette année :
Pour être honnête, ça aurait même plutôt tendance à me bouleverser.
14 Sébastien Tellier – BOF Marie et les naufragés
L’un des héros de Grande remise. Il semble avoir sa petite routine le Séb : un album, une tournée, une bo, un album, une tournée, une bo etc. Ces dernières sont souvent tout aussi passionnantes car s’il aime à se renouveler sur ses « véritables » albums, sur les bo, il donne à entendre du pur Tellier, ou en tout cas ce qu’on s’imagine être du pur Tellier (sur la bo de Narco ou sur Confections). C’est donc le cas ici également, dans un registre plus electro et plus modeste. Le film est très chouette également, j’y reviendrai dans mon récap cinéma.
13 The Last Shadow Puppets – Everything You’ve Come to Expect
En termes de production, de compositions, d’arrangements, c’est superbe. Soyeux, luxuriant, superbe. Surtout, les 2 gars (Alex Turner des Arctic Monkeys et Miles Kane de… Miles Kane), ont eu l’intelligence de ne pas photocopier le pourtant merveilleux premier album, en déportant cette fois son centre de gravité dans les 70s soul, substituant également l’esprit de la Californie à celui du Vieux continent. Après, y a quand même un truc qui me gêne beaucoup dans cet album et dont je n’arrive pas à faire abstraction. Je vais citer la chronique de Pitchfork qui le résume très bien à mon sens : « it makes very clear that frontmen Alex Turner and Miles Kane are sexy men with sexy lives having lots of sexy sex with their sexy girlfriends ». En d’autres termes : le côté lascif-tombeur de ces dames, n’est pas qu’une posture, une mise en scène, un jeu auquel ils jouent, les mecs y croient vraiment. Ce qui vaut des paroles au mieux maladroites, au pire d’un sexisme assez dérangeant. Qui me dérange en tout cas. ExcÛse moi de savoir parler anglais. Mais si on met ça de côté, c’est assez magistral évidemment.
12 Paul Winslow – Tears behind the stars
J’ai pas très bien compris la genèse de cet album : il me semble qu’il a d’abord vu le jour sur Bandcamp dans une version extended, puis qu’il a été raccourci pour la sortie physique sur Gonzaï records cet automne, alors que dans l’intervalle sortait, toujours sur Bandcamp, un nouvel album intitulé Sueño Playa. Bon, OSEF, ce qui compte c’est évidemment le résultat et son excellence. Sorte de Jim Noir parisien, Paul Winslow compose, joue, interprète et enregistre seul des vignettes pop réminiscentes des années fastes (66-73, en gros). Le genre de type à vénérer Harry Nilsson, Curt Boettcher et à s’évanouir lorsqu’on lui présente Todd Rundgren. Le genre de type que Grande remise accueille à bras ouverts.
11 Teenage Fanclub – Here
Encore des héros de ce blog. 45 minutes, 12 titres, autour de 4 minutes chacun, couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain, basse-batterie-2 guitares, un petit clavier ici ou là, des mélodies, des harmonies, des solos concis : Here est un petit manuel de survie pop à l’usage des jeunes générations. Ah ça évidemment, ça n’invente pas grand-chose… Mais des titres tels que The darkest part of the night ou The first sight font encore mieux : ils aident à mieux supporter une sale journée ou une sale nouvelle. A mieux vivre. Ca fait 25 ans que les chansons de Teenage Fanclub m’aident à mieux vivre alors bon, le renouvellement hein…
J’allais dire que c’est leur meilleur album depuis Songs from Northern Britain mais on s’en fout un peu : à un tel niveau d’excellence et de régularité (de régularité dans l’excellence), on peut dire qu’il s’agit du meilleur Teenage Fanclub depuis le dernier, et jusqu’au prochain.
Greg Focker, un modeste infirmier de Chicago, vit depuis deux mois avec la charmante Pam Byrnes et rêve d’officialiser leur union. Ravie de sa proposition, la jeune femme insiste pour un strict respect des règles bourgeoises : Greg devra obtenir l’accord de son père, Jack. Deux semaines plus tard, le couple fait son apparition dans la luxueuse résidence des Byrnes. Accueilli à bras ouverts par la mère de Pam, Dina, Greg décèle d’emblée une certaine froideur chez Jack. Ce dernier ne compte pas « céder » sa fille chérie au premier venu. Bien décidé à emporter la mise, Greg, nerveux, se met en quatre pour s’attirer la sympathie et le respect de son beau-père, ancien agent de la CIA, mais toutes ses amabilités, toutes ses plaisanteries tombent à plat face à cet homme crispé, possessif et paranoïaque. (Allociné)
On ne cite jamais son nom parmi les meilleurs comedy makers contemporains mais Jay Roach est derrière la trilogie Austin Powers, derrière celle-ci (réalisateur des 2 premiers volets, producteur du 3ème), et il a également réalisé le génial The Campaign (Moi, Député) avec Will Ferrell et Zach Galifianakis. C’est pas rien. D’aucuns (moi par exemple) diraient même que c’est beaucoup.
Bon, tout le monde le connait par coeur celui-là aussi non? Je l’ai encore revu y a 3 semaines, je me suis toujours autant marré. Un classique instantané, un vrai best of, constitué uniquement de temps forts.
Sa particularité en ce qui me concerne, c’est que contrairement à toutes les comédies américaines contemporaines de la même veine (pour faire court : je veux dire les films des Farrelly, d’Apatow, du Frat Pack) qui ne sont regardables qu’en VO, je continue à regarder celui-ci en VF. Je l’ai regardé en VO une fois et… c’était moins bien tout simplement. « Focker », le nom du personnage interprété par Ben Stiller passe mieux que « Furniquer » évidemment mais c’est bien tout… « La guigne » bordel !
Present Tense est avec Begin LE disque de sunshine pop ultime. Oui, je suis péremptoire mais c’est pas comme si c’était la 1ère fois et (cette fois) je suis sûr de mon assertion. Je vais donc te renvoyer à l’article que j’ai consacré à l’album de The Millenium pour plus de détails.
Cet album est celui par lequel j’ai découvert le genre, ça a été un véritable choc. Aujourd’hui encore, l’enchaînement des 3 premiers titres (Another time / Song to the magic frog / You Know I’ve Found a Way) représente pour moi une source inépuisable de fascination, d’émerveillement et de bien –être, ce qui se rapproche sans doute le plus d’un idéal de plénitude.
Quelques amis de jeunesse approchant de la quarantaine se retrouvent à l’occasion de la venue à Paris d’une rock star québécoise, Bernadette Legranbois, qu’ils ont connu durant leur jeunesse. C’est l’occasion pour Jean-Michel, Richard, Guido, Antoine et Dany de régler quelques vieux comptes et de faire un bilan mi-doux, mi-amer de ce qui reste de leurs rêves d’adolescents. (Allocine)
Il y a aurait 1000 pages à écrire sur Todd Rundgren, l’un des personnages les plus intrigants et extravagants de la pop, ainsi que sur son oeuvre foisonnante. Présent partout sans que souvent on le sache (« on » incarnant pourtant ici les amateurs de musique), il a aussi bien joué que composé, interprété ou produit quelques uns des disques majeurs des 45 dernières années. Il est celui, par exemple, qui peut produire aussi bien les New York Dolls qu’XTC sans que ça paraisse incongru. Il est également de ceux pour qui l’utilisation de l’adjectif « culte » semble le plus approprié, à la fois parce qu’il reste, malgré une certaine omniprésence/permanence donc, un artiste relativement confidentiel et un plaisir de connaisseur, et parce que ceux qui l’apprécient lui vouent une indéfectible dévotion (« Todd is God » qu’ils disaient à la grande époque).
Something/Anything? est son album le plus fréquemment cité (avec le plus expérimental A wizard, a true star) et ça me parait normal: il est à la fois le plus accessible, le plus diversifié et le plus abouti. C’est en tout cas mon favori même si j’aurais également pu citer A wizard…, ou The Ballad of Todd Rundgren.
Je sais pas ce que j’ai en ce moment, je ne lis QUE des bouquins de foot.
J’avoue, j’ai souvent pas une grosse disponibilité intellectuelle en fin de journée donc ça fait très bien l’affaire évidemment mais y a pas que ça : je me suis rendu compte qu’il y avait une vraie littérature du foot, avec des ouvrages vraiment intéressants et stimulants, écrits par de vrais auteurs (i.e. pas des journalistes sportifs un peu « limités » pour parler cruellement).
Cantona, le rebelle qui voulut être roi entre ô combien dans cette catégorie. Il est d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une biographie et que les biographies de sportifs en général, et de footballeurs en particulier, sont d’un conformisme et d’une platitude désespérantes.
Un mot sur l’auteur tout d’abord : Philippe Auclair est aujourd’hui bien connu des amateurs de foot en tant que correspondant Premier League pour France Football et RMC Info.
Mais pour quelques personnes dont je fais partie, Philippe Auclair est et sera toujours Louis Philippe, songwriter dandy et délicat, membre régulier de l’écurie Tricatel et auteur de quelques albums remarquables (notamment Delta Kiss).
Même si sa carrière musicale a été mise entre parenthèses au profit de sa carrière de journaliste, elle est évidemment d’une grande importance puisqu’il apporte la même délicatesse, sensibilité et intelligence à ses analyses qu’à ses compositions.
Autre détail d’importance : Philippe Auclair vit en Angleterre depuis près de 30 ans (il me semble). Son ouvrage a donc été rédigé en anglais, pour le public britannique et il fait preuve de la rigueur et de la sobriété dont les journalistes anglo-saxons sont coutumiers : il digresse peu, ne se regarde pas écrire, a effectué un travail de fourmi (pour revoir les matches, éplucher la presse), apporte une grande importance à la vérification des faits. Pas de rumeurs ici, pas de ragots, de détails croustillants (même si 2 gros « scoops », j’y reviendrai), tout a été vérifié, revérifié, confirmé par les principaux acteurs et témoins. Un travail et une rigueur d’autant plus remarquables que si les exploits de Cantona sont encore relativement frais dans la mémoire de pas mal de personnes, ils appartiennent à une époque pré-Youtube et pré-Internet en général qui rend ce travail de recherche, consultation, vérification véritablement fastidieux. On ne juge pas la qualité d’un ouvrage à la seule quantité d’heures que son auteur a passé dessus mais quand cette quantité atteint de telles proportions, c’est à souligner je pense.
Il s’attache ainsi uniquement à la carrière de footballeur de Cantona, laissant de côté sa vie privée (même si elle est évidemment parfois évoquée puisqu’elle éclaire ou explique aussi certains choix de carrière). C’est par exemple l’occasion de revenir sur des épisodes qu’on connait finalement peu puisqu’à l’époque, il fallait donc se contenter de quelques images 1 ou 2 fois par semaine dans Téléfoot et/ou l’Equipe du Dimanche. Son passage à Bordeaux par exemple, je l’avais complètement zappé. Ou son départ houleux de Leeds pour Manchester United. Auclair s’attache également à décrire avec beaucoup de précision quelques prestations voire des actions bien précises : encore une fois, difficile de trouver toutes les images, il fait donc autant appel à sa mémoire qu’à un véritable travail de fourmi pour retrouver les archives de l’époque.
Et 2 scoops donc, ou en tout cas, 2 épisodes clés de la carrière de Canto, auxquels il apporte un éclairage nouveau.
Tout d’abord sa non-sélection pour l’Euro 1996.
Cet épisode est hyper important car il marque sa rupture définitive et irrévocable avec une équipe de France à laquelle il a été jusque là d’une loyauté sans failles (coucou Henri Michel), au moment où celle-ci s’apprête à vivre ses plus belles heures en compagnie d’une nouvelle génération (celle qui remportera la coupe du monde 2 ans plus tard). Il est acquis pour tout le monde que c’est Aimé Jacquet, saint Aimé priez pour nous, qui, sévère mais juste, inflexible, a décidé de se passer de Cantona (et Ginola), alors au meilleur de sa (leur) forme, pour laisser la place au duo émergeant Zidane–Djorkaeff. Or la vérité est sensiblement différente : en février (1996 donc, quelques moins avant l’Euro qui se tiendra en Angleterre), Jacquet se rend à Manchester pour tenter de convaincre Cantona de revenir en équipe de France. Et celui-ci refuse. Auclair raconte que ni lui ni Jacquet ne reviendront jamais sur cet épisode qui fait un peu figure de trou noir : Cantona a refusé de manière instinctive, sans donner d’explications et Jacquet, qui accuse le coup sur le moment, n’est pas allé plus avant et n’évoquera plus jamais ce moment lui non plus. C’est Henri Emile, intendant historique de l’EDF, et figure bien connue des amateurs de football, présent lui aussi ce jour-là, qui raconte cet épisode hyper cantonesque, qui ajoute à la mythologie du personnage.
Second épisode donc, lié à son high kick sur un spectateur de Crystal Palace. Là aussi, j’avais un peu oublié la gravité de la situation puisque s’il a évidemment écopé d’une lourde sanction sportive, Cantona aurait également pu subir une (très) lourde sanction juridique (le spectateur en question avait porté plainte).
La veille du verdict de la cour à Londres, Guy Roux, qui était resté proche de Cantona et de sa famille, reçoit un coup de fil de la mère du joueur, très inquiète. « Et vous vous rendez compte, c’est très grave, il s’en remettra jamais, c’est peut-être la fin de sa carrière » etc etc. Guy Roux est évidemment sensible à sa détresse et se souvient alors d’un contact à l’Elysée (une des proches collaboratrices de Mitterand), avec qui il avait sympathisé et qui lui avait promis lors d’une réception quelconque de lui filer un coup de main en cas de coup dur. Il passe donc un coup de fil à ce contact, bien conscient que la personne en question a sans doute d’autres chats à fouetter mais arguant du fait que les relations franco-britanniques pâtiraient d’un verdict trop sévère blablabla.
Lendemain, verdict donc, Canto échappe au pire… Guy Roux le raconte lui-même très honnêtement à Philippe Auclair : il ne dit pas que c’est son coup de fil qui a « sauvé » Cantona car il n’a jamais eu la preuve que l’Elysée avait joué un rôle dans cette histoire, autrement dit et pour dire les choses, que Mitterand avait appelé la reine d’Angleterre, John Major (alors Premier Ministre) ou James Bond… mais il n’a jamais eu la preuve qu’il n’avait joué aucun rôle non plus !
Troublant donc, et là aussi, une preuve supplémentaire que Cantona était un joueur à part, bigger than football pourrait-on dire.
Super bouquin en tout cas, et super lecture, vivement conseillée aux amateurs de football, qu’il apprécient le joueur ou non.
Annie a la poisse. Son fiancé l’a quittée et son nouvel amant est un goujat. Lillian, sa meilleure amie, file quant à elle le parfait amour. Lorsqu’elle lui annonce son futur mariage, Annie oublie ses soucis pour se consacrer à son rôle de témoin et transformer les préparatifs en un moment magique et privilégié. Mais c’est sans compter sur les autres amies de Lillian, l’insatiable et athlétique dragueuse Megan, la candide Becca,l’ex-beauté Rita et l’ultra-snob Helen… toutes incontrôlables et décidées à donner de la voix pour imposer leurs choix dans l’organisation de l’enterrement de vie de jeune fille. Débute alors une délirante aventure…! (Allocine)
Même si elle n’est pas aberrante, la référence à Bridget Jones sur l’affiche fait quand même un tout petit peu mal au cul.
A l’origine de Mes meilleures amies (Bridesmaids en vo), il y a Judd Apatow. A l’époque, il est déjà auréolé de plusieurs succès mais 2 choses le chiffonnent : primo, on lui reproche de réaliser des films plutôt « masculins », en ce sens qu’ils s’attacheraient à décrire ou traiter de problématiques essentiellement masculines, et qui font donc la part (trop) belle aux personnages/acteurs masculins. Conjugué à ce reproche formulé par une partie de la critique, il y a le succès de Very Bad Trip, un film qu’Apatow n’affectionne pas vraiment et qu’il juge trop… « mecs » justement. Au sens virée d’une bande de mecs qui font des trucs à Vegas, la ville des virées de bandes de mecs par excellence. Je n’ai jamais vraiment compris l’aversion qu’il pouvait avoir pour ce film, même si la suite de la carrière de Todd Phillips, le réalisateur de la franchise Very Bad Trip, et notamment son horrible War Dogs sorti cette année lui a donné raison. Bon, toujours est-il qu’à ce moment là, Apatow a l’idée de produire une « vraie » comédie de filles, c’est à dire faite par, avec et pour les filles.
Il faut maintenant mettre en valeur le travail de Paul Feig, le réalisateur choisi, déjà aux manettes de la géniale série Freaks and Geeks, la première production de Judd Apatow. Simple exécutant ici (il n’est donc pas à l’initiative du projet et ne participe pas à l’écriture), Feig s’acquitte merveilleusement du cahier des charges de son producteur (film de filles + virée à Vegas) tout en le dynamitant à travers notamment la scène de l’essayage de la robe et du vol vers Las Vegas justement. Paul Feig a trouvé un second souffle grâce à l’énorme succès de ce film: il enchaînera avec les tout aussi drôles Les flingueuses (à voir absolument malgré son titre français débile !) et Spy. Son remake de SOS Fantômes sorti cette année n’est pas du même niveau mais il est chouette quand même.
Et s’il est chouette ce remake, et si Mes meilleures amies – Bridesmaids est un film aussi génial, c’est évidemment grâce au talent d’écriture et d’interprétation de Kristen Wiig. Elle a 38 ans quand sort le film et pas mal d’années de Saturday Night Live derrière elle : c’est sans doute cette maturité, aussi bien personnelle que professionnelle, qui lui permet de viser aussi juste et d’être aussi touchante sur un thème qui résonne pleinement avec son âge au moment de l’écriture et du tournage.
Sans parler de son talent, que dis-je, de son génie comique : des tonnes de sketches du Saturday Night Live sont visibles sur Youtube, il faut les voir et profiter du talent de ces gens-là : Kristen Wiig donc, mais aussi Andy Samberg, Bill Hader, Jason Sudeikis et Fred Armisen avec lesquels elle a travaillé dans le fameux show télévisé. Des génies, je le pense vraiment. Mais pour en revenir à Kristen Wiig seule : sérieusement, comment ne pas tomber amoureux d’elle dans ce film ?