#12 …Comme la lune

comme la lune

Roger Pouplard, réparateur de réfrigérateurs en Normandie, multiplie les conquêtes féminines. Marié et père d’un enfant, il n’est pas attiré par sa femme Jeanine, la pâtissière du village. En revanche, il passe beaucoup de temps avec Nadia, la bouchère du coin. Lorsqu’il part en week-end à Deauville avec sa maîtresse, il croise un vieil ami de l’armée, Chanteau, qui semble fort s’intéresser à Nadia… (Allociné)

Indissociable des Galettes de Pont Aven dans mon Panthéon personnel, j’ai choisi ce film-ci au détriment des Galettes… pour des raisons de cohérence topienne (j’y reviendrai dans un autre billet).
Je parle des 2 films ici. Et je ne résiste pas à l’envie de poster la meilleure scène du film, qui vaut tous les discours et arguments du monde pour convaincre les pauvres âmes qui ne connaîtraient pas encore ce chef d’oeuvre :

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#59 Harry Nilsson – Aerial Ballet

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Alors évidemment, les Beatles, Brian Wilson, Neil Young, Ray Davies, Bowie… Évidemment. Mais au final, je me demande si ça serait pas Harry Nilsson. Oui oui, tout à fait, t’as bien lu. Harry Nilsson. Le meilleur. L’Élu.

Non mais sérieusement… Il écrivait, jouait, arrangeait, interprétait. Et quelle voix nom de Dieu ! D’une pureté… Pour citer le grand Général Spontz, « sa voix est limpide… comme du cristal ». La voix mais aussi les talents d’interprète : sur Together par exemple, son flow, la conviction, la passion même qu’il met dans sa performance, convoient à merveille le flot de passions ou à l’inverse les creux d’une histoire d’amour, de l’histoire d’un couple. Chef d’oeuvre ! Souvent, comme sur ce titre justement, il double sa voix : Elliott Smith, sur lequel il aura une énorme influence (ils ont même une certaine ressemblance physique je trouve), utilisera souvent le même procédé.
Non mais sérieusement, il avait TOUT bon sang. La distance et l’empathie, parfois en même temps (« years ago I knew a man, he was my mother’s biggest fan » en ouverture de l’album et de Daddy’s Song ; sachant que son père a abandonné le foyer familial alors qu’il avait 3 ans…), l’immédiateté mélodique et la virtuosité.
Bon, évidemment, pas très rock tout ça. Pas rock DU TOUT même : on est davantage du côté du music-hall, du cabaret, de la variété américaine, de la bossa-nova (le sublime Wailing of the Willow), de la pop dans ce qu’elle a de plus élégant, de raffiné et de désuet que du boogie.
Il était selon moi un génie et c’est quelqu’un que je place au même niveau qu’un Brian Wilson ou un Paul Mac Cartney.

LE point positif de la dématérialisation de la musique et de l’ère de l’internet (pour résumer), c’est que tout, ou presque, étant accessible en un clic, ou presque, on ne compte plus les artistes ou groupes qui ont enfin accédé à une plus large audience et ont pu être (re)découverts ou réhabilités. Pourtant, j’ai la nette impression qu’Harry Nilsson ne fait pas partie de ceux là, qu’est encore largement ignoré et/ou méconnu et je n’arrive pas à comprendre pourquoi tant son génie encore une fois, relève selon moi de la plus grande évidence…
Et en même temps, l’un des points négatifs de la dématérialisation de la musique et de l’ère de l’internet, c’est que tout étant désormais accessible à tout le monde, les poches de résistance, les fenêtres de snobisme, les secrets bien gardés sont de plus en plus rares pour les music geeks toujours désireux de garder pour eux LE groupe ou LE chanteur dont eux seuls ont su reconnaître le génie. Harry Nilsson en fait partie il me semble, et si je regrette qu’il soit encore un artiste trop confidentiel, notamment en Europe, quelque part ça me réjouit aussi.

Sinon, Aerial Ballet car c’est objectivement son meilleur album et que c’est ici qu’on peut y entendre 2 des plus belles chansons du monde: Everybody’s Talkin’ et One. Quelle classe bon sang. Le titre de l’album fait référence à ses grands-parents suédois qui présentaient un numéro de ballet aérien dans un cirque : Nilsson était ce qu’on avait coutume d’appeler un « enfant de la balle », il a par exemple travaillé très jeune au Paramount Theatre de Los Angeles, ancêtre de nos multiplexes actuels. Cet album (et les 2 suivants) me fait le même effet que le premier album de Big Star : l’évidence, l’épiphanie, l’impression d’avoir découvert la pierre philosophale à chaque fois, après toutes ces années.

HARRY NILSSON mesdames messieurs.

harry nilsson

 

#11 La Cité de la Peur

cite-de-la-peur-1994
Je suis pas un inconditionnel de ce film, il devrait pas être dans ce classement. Je le trouve drôle, parfois très, mais paaaaaaaaaaas non pluuuuuuuuuuuuus… La Carioca, « prenez un chewing gum Emile », tout ça, bon…
J’ai quand même été agréablement surpris quand je l’ai revu y a pas si longtemps : ça n’avait pas trop vieilli et j’ai été sensible à de nouveaux petits trucs qui m’ont bien fait marrer. Le « Vous avez pensé à l’amener à l’Aquasplash? » lancé par le flic à Chabat par exemple, m’a davantage fait rire que ce qui suit immédiatement (Farrugia qui vomit parce qu’il est « hyper content »). Bon, de l’écrire (« Farrugia vomit parce qu’il est hyper content »), ça me fait sourire quand même.

Brrrrrrrrrreeeeeeeeef.

Je le mets dans ce classement parce que les Nuls. Et les Nuls, ça a vraiment été une révolution pour moi et je pense pas mal de gens de ma génération.

J’ai fait partie, enfin, ma famille, des premiers abonnés de Canal Plus; ça devait être début 1985 (la chaîne ayant été lancée fin 1984). Ca n’a l’air de rien maintenant, encore moins depuis que la chaîne ne ressemble plus qu’à l’ombre du pipi de son chien, mais à l’époque, c’était un événement et j’avais réellement le sentiment de faire partie d’une caste de privilégiés : des films en exclusivité (des films sortis au ciné il y a A PEINE 1 an t’imagines??), le championnat de France de football, la NBA (gros choc la NBA aussi, avec les matches de la triplette Michael JordanLarry BirdMagic Johnson), Canal Plus, c’était vraiment la télé telle qu’on l’avait jamais vue. Là je rappelle pour enfoncer le clou que jusqu’à ce qu’elle débarque, on n’avait droit qu’à 3 chaînes.

Et puis il y avait les émissions en clair. Du costaud là aussi car elles avaient pour but d’être suffisamment pertinentes, impertinentes, drôles, uniques pour inciter les gens à en demander plus et donc à s’abonner. Et la locomotive des premières années, avant que Nulle Part Ailleurs ne devienne ce fleuron de la télévision française, cette machine de guerre, à innovations, à séquences cultes et à emmagasiner les nouveaux abonnés, c’était les Nuls. Et les Nuls, à la télévision française, en 1987, année de la création d’Objectif Nul, étaient uniques. En tout cas ça me faisait marrer comme rien d’autre auparavant : j’avais l’impression de voir un truc vraiment neuf et qui appuyait toujours sur mes bons boutons (l’absurde, le référentiel, le pipi-caca etc).  Ok, ok, Coluche, Desproges, le Petit rapporteur que sais-je, j’en passe et des meilleurs mais
1. ce mélange d’humour absurde anglo-saxon à la Monty Pythons, d’humour scato, de parodies ciné/télé, je pense pas que ça existait auparavant en France, et en tout cas, en 1987, ça n’existait pas
et 2. peut-être plus important encore, les Nuls, étant neufs, je pouvais donc me les approprier. De la même manière que les ados des 70s ce sont appropriés T-Rex et pas Eddie Cochran ou ceux des 90s Oasis ou Blur et non les Beatles. Parce que c’était des artistes de leur génération, pas celle de leurs parents ou de leurs grand frères ou grandes soeurs. C’est hyper important ça dans le processus d’identification et d’appropriation d’un style, d’un groupe ou d’artistes qui aident à se forger et à se construire.

J’ai donc immédiatement accroché à Objectif Nul. Et j’ai aimé les Nuls comme j’ai pu aimer un groupe de rock qui me parlait intimement. J’avais vraiment l’impression de voir des mecs (et une nana) complètements fous et libres, osant et réussissant absolument tout et, je me répète, qui me parlaient comme personne. Évidemment par la suite, on remonte le fil des influences : on remonte aux Monty Pythons, aux ZAZ, au Saturday Night Live, comme je suis remonté à Gainsbourg, à Jean-Claude Vannier, à François de Roubaix grâce à Air.
Mais j’avais 14 ans et les Nuls c’était là, tout de suite. J’aimais Chabat ou Carette comme mes chanteurs favoris, la seule différence, par rapport aux Smiths par exemple, c’est qu’eux me faisaient marrer (oui on peut dire ça je crois : les Nuls m’ont davantage fait marrer que les Smiths).

A partir d’Objectif Nul j’ai donc tout, absolument tout suivi avec passion et assiduité, jusqu’à participer, en tant qu’invité-concurrent, à leur dernier véritable projet collectif, leur émission de radio sur Europe 1 (le Zouzouk, au cours de la saison 1994-1995). Je parle même pas des expressions ou sketchs connus par cœur, que je citais absolument tout le temps et avec tout le monde et que je cite encore aujourd’hui à tort et à travers. Je crois que le moment est venu de faire des excuses à ma famille et à mes proches pour ces plus de 25 ans de « l’a pô compris », de « je suis pas un enculeur de maman » ou de « dans les rizières de Saïgon, y a le nuoc-mâm qui sent la merrrrrrrrde, oui » par exemple.

Je garde toujours beaucoup de tendresse pour Dominique Farrugia malgré son sarkozysme rampant, pour Chantal Lauby, malgré son penchant pour les gros navets, pour Alain Chabat malgré son jeu d’acteur désastreux (y a du mieux quand même ces dernières années, cf Les gamins ou Réalité). Et pour Bruno Carette dont je ne sais pas quoi dire de plus intelligent que le convenu et sempiternel « il est parti trop vite » tellement la formule lui semble malheureusement destinée. Jean Meyrand putain, LA RUE LEPIC.

Quel putain de génie…

Donc voilà, La cité de la peur, c’est pas ma comédie française préférée, c’est même pas ce que les Nuls ont fait de mieux selon moi (L’Emission quand même, quel pied nom de Dieu !) mais les Nuls + moi = AESD.

#58 Roger Nichols and the Small Circle of Friends

59 Roger Nichols and the Small Circle of Friends
J’ai jamais compris le pourquoi du comment de cette pochette immonde qui m’évoque immanquablement une compilation pourratche de tubes woodstockiens. C’est quand même dingue qu’un directeur artistique ait un jour validé un visuel aussi cheap pour un disque aussi raffiné… La pochette de leur album suivant (pas du même niveau mais quand même assez chouette)  me paraît plus adéquate:

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Sunshine pop encore, mais dans un registre plus vocal que The Millennium si je peux dire, comme si ces derniers avaient fusionné avec The Free Design. Je dis « sunshine pop encore » mais je vais faire mon pinailleur car on serait davantage du côté de la soft pop ici selon moi : un peu moins psychédélique, un peu moins ornementée ou en tout cas un peu moins « fantaisiste », un peu plus « chansons ». Roger Nichols est ensuite devenu compositeur à succès, notamment pour les Carpenters, il a collaboré avec Paul Williams, y a pas de hasard.

Bon, sunshine ou soft pop, on s’en fout évidemment. Ce qui compte c’est que ce disque est un petit miracle d’orfèvrerie pop tout court, léger comme une brise marine, truffé de mélodies et arrangements à se pâmer. L’amorce, notamment, est terrible, avec une reprise sublime de With a little help from my friends et une autre, d’une grâce un peu insensée, du Don’t go breaking my heart de Burt Bacharach/Hal David, très supérieure à l’originale. C’est à dire qu’on est ici dans le très haut du panier de la variété américaine, une musique d’un raffinement délicieux, qui a notamment parfaitement intégré l’influence de Jobim.

Roger Nichols and the Small Circle of Friends est LE disque estival par excellence en ce qui me concerne : j’y reviens toujours instinctivement vers mai-juin chaque année, dès que le soleil s’installe et qu’on peut ressortir les espadrilles. Gros coming out vestimentaire là.

La séance de psy

Durant ma pause déjeuner, dans le jardin public attenant à l’immeuble de mon bureau. Sur le banc en face du mien, une jeune femme (autour de 25 ans), raconte un peu tout et n’importe quoi à sa collègue plus âgée (autour de 45 ans). Je sais, enfin, je me doute qu’elles sont collègues car je les croise régulièrement durant mes pauses, généralement au sein d’un petit groupe très hétérogène quoi qu’exclusivement féminin : je les vois bien bosser dans une administration quelconque, elles pullulent dans le quartier. Mais c’était la première fois que je les voyais déjeuner toutes les 2.

Y avait trop de choses, trop d’informations, trop de punchlines pour un compte-rendu live de leur discussion, d’autant que cette dernière a duré plus d’1h (elles étaient déjà là quand je me suis installé, et je suis parti avant elles).
La plus jeune, la Candide, enchaînait manifestement les aventures foireuses avec des gars sûrs (« mais là tu vois, j’ai plus eu de nouvelles du jour au lendemain parce qu’il était parti s’engager dans l’armée » ou « un jour il m’a dit « je tiens à toi mais j’ai pas de sentiments pour toi » « ). Aventures foireuses que la plus âgée, la Sage, écoutait goulûment avant de livrer un diagnostic définitif et plein d’assurance (« mais ça tu vois c’est parce sa mère a pas été assez attentive à lui quand il était dans son ventre » ou « ah mais ça c’est les gémeaux ça, il est gémeaux non? c’est compliqué les gémeaux, ça c’est sûr »).

Je regrette vraiment de pas avoir eu le temps ni l’opportunité de noter quoique ce soit car c’était une mine cette discussion. Mais la Candide était sur ses gardes, elle arrêtait pas de me jeter des regards en coin. J’avais pourtant adopté mon attitude la plus détachée derrière mes lunettes de soleil, mettant un point d’honneur à prouver à ma salade composée qu’elle et elle seule était l’objet de mon attention.

Au bout de la 4ème histoire de merde, la Sage avait quand même l’air d’en avoir un tout petit peu ras le cul :

– C’est un mec qui faisait du basket mais tu vois, il m’en avait jamais parlé tu vois, c’est comme s’il était…

– Non mais tu sais, je vais te dire une chose (en lui prenant le bras) : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais ?

– Mais oui, je t’assure : les mecs sont LÂCHES.

– Ah ouais… Ouais ouais non mais t’as raison en fait, c’est ça, ils sont lâches.

Bon tout ça pour ça quoi. Elle m’aurait posé la question, je lui aurais donné la réponse direct.

#57 The Moog Cookbook – Ye Olde Space Band

The Moog Cookbook - Ye Olde Space Band

Une fois n’est pas coutume, je vais un peu faire mon Wikipedia car c’est important.

The Moog Cookbook est composé de Brian Kehew et Roger Joseph Manning Jr. Le premier est ce qu’on a coutume de nommer un “”sorcier de studio”, collectionneur compulsif de claviers et synthétiseurs vintage et rares, à tel point qu’il est devenu consultant pour des fabricants et professionnels du secteur. Il est aussi un producteur, arrangeur et technicien éclectique capable de travailler aussi bien pour Beck, Air ou Fiona Apple, que Eels, les Talking Heads, Alice Cooper, j’en passe des tonnes. Il a également signé un ouvrage de référence sur les techniques d’enregistrement des Beatles et tourné avec les Who. En résumé : le mec n’est pas là pour beurrer les tartines.
Roger Joseph Manning Jr quant à lui, était claviériste chez les dandys pop de Jellyfish, merveilleuse incongruité fantaisiste et beatlesienne dans la Californie du début des années 90. Il a ensuite et notamment fait 2 tournées avec Air (les 2 premières, Moon Safari et 10 000 Hz Legend), été membre à part entière du groupe de Beck lors de son apogée (OdelayMutationsMidnite Vultures) et sorti 3 albums solo popissimes et très recommandables qui n’ont bien évidemment trouvé un certain écho qu’au Japon.

Si je dis tout ça, c’est que je veux que tu comprennes bien qu’au-delà de la marrade, inévitable et intentionnelle, il y a derrière The Moog Cookbook un vrai projet, musicalement très stimulant, mené par 2 vrais musiciens, inspirés et talentueux. On a tendance à les circonscrire à la blague potache, à ce que les anglo-saxons nomment « novelty band », autrement dit un groupe « rigolo », un peu couillon et ça m’énerve. Sweet Home Alabama sans déconner… Quelle inventivité ! L’outro qui n’en finit pas… Les mecs ont une imagination débordante et les moyens, à la fois techniques et artistiques de la concrétiser. Whole Lotta Love, QUI peut résister à ça sérieusement ? Et leur chef d’oeuvre bien sûr, Hotel California, une épopée, une saga électronique de plus de 6 minutes qui va de la mélopée andine à l’air de fête foraine en passant par un hommage à Stevie Wonder et au gothique victorien, pour s’achever sur une reprise du thème de Runaway de Del Shannon (que tu connais sans doute mieux sous sa forme Vanina par Dave). Tout ça UNIQUEMENT avec des claviers analogiques hein, je le rappelle ! Complètement fou.

Leur premier album (The Moog Cookbook) est consacré à des reprises de tubes grunge et il est tout aussi délicieux. Sans doute plus homogène que celui-ci en vérité mais les 3 reprises que j’ai citées ci-dessus sont de tels sommets… Indispensable également, leur remix du Kelly Watch the Stars de Air, l’une des machines à remuer son cucul les plus efficaces que je connaisse.

War Dogs – critique

Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé d’un film sorti cette année. Ca tombe sur War Dogs car je me rends compte qu’il m’a bien agacé en fait (je suis sorti de la salle en trouvant ça nul et con, ni plus, ni moins).

Deux copains âgés d’une vingtaine d’années vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain… (Allociné)

Adam Mc Kay, binôme de Will Ferrell et réalisateur entre autres d’Anchorman, Frangins malgré eux, The Other Guys etc., a franchi le Rubicon l’an dernier avec son moyenasse mais digne Le casse du siècle, cette année, c’est au tour de Todd Phillips. Lui aussi réalisateur de quelques unes des (très) bonnes comédies US de ces dernières années (Old School, Starsky et Hutch, Very Bad Trip), il signe donc là son premier film « sérieux » : l’histoire de 2 jeunes mecs qui se lancent dans le commerce d’armes, réussissent, flambent, se font berner, déconnent, se trahissent, sont sur écoute, FBI, procès, condamnation etc etc. Classic shit.

war dogs
2 problèmes majeurs selon moi : le premier c’est que Todd Phillips, à l’inverse d’Adam McKay qui est sans doute tout simplement un type plus intelligent et plus fin, affectionne une certaine vulgarité : ça ressortait déjà dans certaines de ses comédies (c’est ce qu’on lui reproche dans Very Bad Trip par exemple). On sent bien que la coke, les biatchs, la thune, les armes, Miami Beach, tout ça ça l’excite, et pas qu’un peu. Voir par exemple le cameo de cette grosse merde de Dan Bilzerian, sans doute le pipole le plus vulgaire et méprisable à l’heure actuelle, et à côté duquel Donald Trump passerait pour Oscar Wilde. Tu vérifieras par toi-même mais le mec est vraiment champion du monde de la dégueulasserie, avec un goût très prononcé pour l’étalage le plus ostentatoire et agressif de sa fortune, avec bonus homophobe et misogyne.

Pour en revenir aux personnages principaux, ces 2 crétins qui font n’importe quoi et n’importe comment mais qui dans un premier temps flambent et se paient des lofts à 3 millions de dollar dans des immeubles high tech avec vue sur Miami, il aimerait bien être à leur place Phillips, ça se sent. A l’inverse d’un Scorsese dans Le Loup de Wall Street par exemple dont la position par rapport à son héros ne souffre aucune ambiguïté.

Ce qui m’amène à mon 2ème gros problème : War Dogs arrive après Le Loup de Wall Street, film dont il se rapproche énormément (avec ici Jonah Hill dans le rôle de Di Caprio et du personnage charismatique, de la force qui va et qui va entraîner dans son sillage un Miles Teller un peu paumé) et dont il a évidemment beaucoup, beaucoup de mal à soutenir la comparaison. A vrai dire, les similitudes et rapprochements potentiels sont tellement nombreux que je comprends même pas que quelqu’un (scénariste, réalisateur, producteur) ait pu considérer que monter un tel film serait une bonne idée. Le Loup de Wall Street est sorti il y a 2 ans à peine, il est encore dans toutes les mémoires, on ne peut tout bonnement pas ne pas y penser en regardant War Dogs. A la limite, les multiples références à Scarface sont moins maladroites puisqu’elles sont intradiégétiques : le film de Brian De Palma constitue une référence pour le réalisateur mais aussi pour ses personnages qui le citent à plusieurs reprises.
Mais merde, je sais pas comment on peut encore utiliser un procédé aussi profondément estampillé « Scorsese » que l’arrêt sur images inopiné doublé d’une voix off. Comprends pas.
Alors on s’ennuie pas, c’est très correctement fichu, équilibré etc mais c’est totalement inutile et moralement discutable. A éviter donc.