Top cinéma 2018 – Oui

Une longue liste de films que j’ai aimés, oui, c’est pas mal mais bon, c’est pas non plus… Enfin, oui, ça va, ça passe, à des degrés divers. Là encore, dans le désordre et sans classement. A la relecture, certains auraient sans doute mérité de figurer dans la catégorie supérieure, d’autres dans la catégorie inférieure. Les daubes, ici, les semi-daubes, ici.

 

Wildlife – Une saison ardente

C’est du bon travail. Un peu scolaire à mon goût, très Sundance (sobriété de tous les instants, plans fixes savamment décadrés) mais c’est sauvé par une belle acuité et une belle sensibilité. Un gros souci néanmoins: je trouve que « ça va trop vite », comprendre que les motivations du personnage interprété par Carey Mulligan, et les actions, le comportement qui en découlent, surviennent un peu trop brutalement, sans crier gare. Ca m’a gêné, ça nuit à la vraisemblance d’une intrigue et d’une trajectoire (celle d’un couple en voie de séparation) par ailleurs bien traités.

 

Suspiria

Ca devrait être un « non » tant je m’y suis fait chier (2h30 !!!) et j’ai trouvé ça raté mais j’aime que le film fasse des choix forts et propose quelque chose de différent (de l’oeuvre originale) et radical. J’ai un peu envie de le revoir en vérité. Ici.

Ne jamais perdre une occasion de poster une photo de Dakota Johnson

 

Le Poulain

Ici.

 

The Disaster Artist

C’est sympathique. Ca donne surtout envie de voir le film en question (le film dont The Disaster Artist relate l’histoire et le tournage, The Roomqui figure dans la liste des « plus mauvais films de l’histoire du cinéma »). Il est désormais disponible sur Youtube. Pas plus, pas moins.

Les frangins Franco

 

Roulez jeunesse

Vaut davantage pour ses intentions que pour son résultat: 2/3 de comédie pure, tendance « nouvelle comédie française », portée par un Eric Judor en pleine forme et paf, on bascule sur un vrai drame social dans le dernier tiers. Pas vraiment réussi, ni dans l’aspect comique, ni dans l’aspect dramatique, mais c’est louable et ça se regarde. Pas plus, pas moins là aussi.

 

Avengers: Infinity War

Ici.

 

Bécassine !

Je suis sans doute un peu sévère car y a des gags absolument formidables ainsi que nombre de situations et dialogues savoureux : le duo Karin Viard/Denis Podalydès fonctionne à merveille et l’arrivée de Bruno (Podalydès) insuffle encore plus de drôlerie à un ensemble qui n’en manquait pas vraiment. Seulement voilà, j’ai souvent ce problème avec les films de Podalydès: quand il s’en tient à la comédie, je suis très client. En revanche quand il va sur le terrain des saltimbanques, de la poésie du spectacle vivant etc etc, j’ai du mal. J’ai néanmoins versé ma larmichette à la fin. A la réflexion, je suis un peu sévère oui, c’est quand même un joli film, une belle adaptation. Et j’insiste, c’est vraiment très drôle par moments.

Alerte poésie.

 

Budapest

Vu en avant-première dans une salle bien garnie et enthousiaste (compte-rendu ici) qui m’a sans doute un peu contaminé. Pas sûr que j’en ai une aussi bonne opinion si je le revois un jour chez moi…

 

Shéhérazade

C’est bien (ou plutôt « bieng » puisque ça se passe à Marseille) dans une veine ultra-naturaliste/caméra au poing/acteurs non-professionnels, mais c’est juste bien. Ca m’a jamais transporté ni ému ni bluffé. « C’est pas toi, c’est moi » : j’ai de plus en plus de mal avec le cinéma naturaliste, pour une raison que j’ignore. Mais dans le genre, Shéhérazade est à voir, c’est une réussite.

« Kesstchufé là, tu veux m’emboucaner ? »

 

Tully

Ca se regarde gentiment mais c’est typiquement le genre de séance qui me fait dire que parfois, je ferais mieux de (re)mater un classique chez moi. Inutile donc.

Les Confins du monde

Englué dans la jungle vietnamienne avec les membres d’une petite garnison de soldats français, le personnage interprété par Gaspard Ulliel se lance à la recherche de l’assassin de son frère et de sa belle-sœur, un général vietnamien sanguinaire à l’aura quasiment mythique (« on l’aurait vu ici il y a 2 jours », « c’est lui qui a fait ça hier », « cet enfant sait où il se trouve » etc). Énième variation basée sur le Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad donc, avec un soupçon de Moby Dick pour faire bonne mesure. Et c’est une variation réussie, qui repose sur une interprétation remarquable d’Ulliel et sur une crudité saisissante (le film est interdit aux moins de 12 ans seulement, là pour le coup, on peut pas dire que la censure ait abusé de son pouvoir). Guillaume Nicloux parvient même à faire oublier quelques facilités. UNE en vérité : le cliché du soldat ténébreux qui fait jouir la pute et en tombe amoureux, faut arrêter…

L’a pas l’air en super forme gros Gégé

 

Les Veuves

Bon petit polar à la fois maniériste et brutal dans lequel Steve MacQueen a l’intelligence de toujours laisser son intrigue au premier plan, se contentant d’ajouter des petites touches de commentaire politique ou soci(ét)al. Après, il m’en restait quasiment rien à peine sorti de la salle…

 

Paranoïa

J’aime bien Soderbergh parce qu’un peu comme Eastwood, il est capable de torcher un film en 2:2 juste parce qu’il a une lubie (ici, tourner son film entièrement avec un Iphone). Du coup c’est mineur voire un peu bâclé mais c’est pas grave, on sait que la fois d’après, ou celle encore d’après si cette fois ça lui prend de tourner un film à partir d’un scenario écrit en une demie-heure, il se sortira davantage les doigts. Ceci dit, en l’état, ça reste un thriller mineur certes, mais efficace, plaisant et prenant. C’est déjà pas mal.

Petit chou 2018 en détresse

 

L’Apparition

J’aime bien les films qui interrogent la foi ou qui se déroulent dans un milieu ecclésiastico-religieux. J’aime bien L’Apparition donc, histoire d’une enquête canonique, i.e. d’une enquête demandée par le Vatican suite aux apparitions (?) de la Vierge à une jeune fille de 18 ans. Ca traîne un peu en longueur mais le dernier acte, opaque, spirituel voire mystique, là où il s’agissait auparavant de tout confronter à la réalité, nous laisse sur une (très) bonne note. Et les étudiants rattrapés par la peau d’une conclusion brillante savent bien que c’est très positif de bien terminer sa copie.

 

Sur la plage de Chesil

Pendant 1h, une gentille caricature de téléfilm produit par la BBC avec tout ce que ça implique en termes de ripolinage (le film se situe au début des années 60) et de théâtralité (dont est issu le réalisateur, Dominic Cooke). Ils savent (bien) faire ça, les Anglais et pour peu qu’on ait rien contre ce genre de truc, ça passe tout seul. Et puis dans la dernière demi-heure, sans qu’on l’ait vraiment vu venir, ça vire au mélo parapluiedecherbourgesque. Sans la flamboyance ni la finesse mais ça m’a quand même cueilli. Ca me cueille toujours ces histoires-là.

Elle a un côté instagrameuse gracile un peu énervant mais elle a un truc quand même cette actrice (Saoirse Ronan)

 

Le monde est à toi

Je mentirais si je disais que je me suis ennuyé ou que je n’ai pas trouvé ça plutôt divertissant mais c’est pas brillant… Romain Gavras était peut-être un peu branché il y a une dizaine d’années (et encore, c’est sujet à caution) le problème c’est qu’il n’a pas vraiment évolué et que son passé de clippeur continue à le suivre (comprendre, il crée davantage des images ou des séquences isolées que du cinéma). M’enfin, on passe un bon moment tant que le film ne se prend pas au sérieux.

 

Un peuple et son roi

Un film sur lequel Positif et les Cahiers du cinéma se seraient écharpé il y a 30 ans. L’oeuvre d’un styliste baroque, assez unique dans le cinéma français (c’est donc un film Positif). Un baroque distancié qui plus est, autant amoureux du style que des mots. Bilan: je m’y suis un peu fait chier, je peux pas dire que ça m’ait plu mais au moins, c’est une vraie proposition de cinéma, audacieuse et singulière et l’air de rien, c’est un des films qui me restent de cette année de cinéma.

Featuring Denis « The Actor » Lavant dans le rôle de Marat.

 

Lady Bird

J’y suis allé un peu le couteau entre les dents (enfin, un petit couteau; le canif entre les dents disons) et de fait, le film cumule tous les mauvais points, ou en tout cas coche toutes les cases du parfait petit film indé agaçant mais il parvient malgré tout à surprendre et à toucher. Parce qu’il est sincère sans doute. Bon, après, j’en ai déjà pratiquement aucun souvenir mais c’est valable pour plusieurs autres films que j’ai aimés cette année. Y compris des films que j’ai davantage appréciés.

 

Eva

Parmi les films quasi-unanimement conspués cette année, pour ma plus grande incompréhension… Il y a ceux qui ont trouvé ça nul et il y a ceux qui ont trouvé ça nul comparé à l’original de Losey. Bon, déjà Losey, je trouve ça assez surestimé et puis j’ai été surpris que tant de gens l’aient vu son film. A croire que c’est un classique absolu… Bref, en soi (puisque je l’ai pas vu l’original moi), je trouve que ce Eva tient bien la route, dans la dynamique qui se crée entre les 2 acteurs (Ulliel et Huppert) et dans le trouble que Benoît Jacquot parvient à créer autour du personnage interprété par Ulliel, vrai-faux écrivain génial par escroquerie, sinon autour de sa relation, assez convenue c’est vrai, avec une escort-girl (Huppert) dont il tombe amoureux. En résumé, et selon l’expression consacrée quand on a pas envie d’argumenter ni grand chose à dire: « j’ai passé un bon moment ».

Cette scène par exemple est très réussie.

 

A Star Is Born

Ici.

 

L’Ombre d’Emily

Quand j’ai vu la bande-annonce, j’ai pensé « c’est quoi cette merde? ». Puis j’ai vu que c’était le nouveau film de Paul Feig (Mes meilleures amies, Spy, Les Flingueuses mais aussi la série Freaks & Geeks) donc j’ai foncé, et je le regrette pas. C’est pas totalement réussi, loin s’en faut mais c’est intéressant: l’idée du film c’est de partir d’un matériau hyper cheesy (en gros, les thrillers à 2 balles diffusés l’après-midi sur TF1 ou M6) et d’en faire quelque chose d’excitant (excitant-exciting, à l’américaine, pas excitant-Sopalin), tout en le parodiant. Premier et second degré en même temps, pas facile donc, et c’est ce qui explique que L’Ombre d’Emily soit à moitié raté – la parodie fonctionne, le premier degré nettement moins. Mais il faut le prendre pour ce que c’est: une blague un peu potache, un genre de Desperate Housewives hysterico-smartass. A noter que la b.o. est exclusivement composée de chansons françaises (surtout yé-yé mais pas que): Orelsan déboule sans crier gare sur le générique de fin, ça fait son petit effet.

Qui est Emily et qui est dans son ombre d’après toi?

 

Leto

Ici.

 

Neuilly sa mère, sa mère

Le premier volet, Neuilly sa mère, avait récolté de bonnes critiques, en même temps qu’un large succès public. Mérité car le film était plutôt drôle, malin, enlevé. On retrouve exactement la même équipe pour cette suite, avec, suite et surenchère obligent, quelques guests célèbres : Maître Dupont-Moretti, Gérard Miller mais surtout Julien Dray ( !) et Arnaud Montebourg ( !!). Dans de vrais rôles hein, avec des répliques et tout. Ils ont que ça à foutre sans déconner ? Ah ben en fait oui, désolé… Bon, ça s’est pas possible. Y a aussi cette grosse tâche de Charline Vanhoenacker dans le rôle d’une juge rouge. Tout ça pour dire que le registre comique est celui de la connivence avec le public (de gauche), à base de clins d’œil à l’actualité politique française. Du genre, quand le personnage principal embrasse fougueusement une collègue noire il lui lance « tu es ma Rama Yade ». Ca non plus c’est pas possible, du coup, j’ai pas beaucoup ri. Et malgré (tout) ça, il se dégage de l’ensemble quelque chose de foncièrement sympathique : parce que c’est très énergique, bien rythmé, que les comédiens prennent du plaisir. Et que ça en fout plein la gueule à Sarkozy et Macron et que ça, ça fait toujours plaisir.

Denis Podalydès en djellaba qui hurle « on ne coupe jamais sa salade avec un couteau!! » = j’ai ri.

 

Hostiles

Ici.

 

Halloween

J’aurais aimé aimer davantage, essentiellement parce que j’ai beaucoup de sympathie, sinon plus, pour le duo David Gordon Green/Danny Mac Bride aux manettes de ce remake. Et je le sentais bien, parce que j’aime leur travail donc mais aussi parce que leur projet a été adoubé par Big John (Carpenter) en personne (qui s’est même fendu du lifting de la mythique bande originale du film). Mais voilà, force est de constater que ce qui est propre au duo (les dialogues et scènes de dialogue, ainsi que tout ce qui a trait aux lycéens) ne fonctionne pas vraiment. Le reste en revanche i.e. les scènes d’action/de meurtre constitue selon moi un bel hommage/une belle relecture du film original. Que j’ai revu du coup, comme beaucoup j’imagine, et qui est vraiment un putain de chef d’œuvre de sa mère à 100 coudées au-dessus de celui-ci, ça va sans dire.

Attention Michael, derrière toi !!!

 

La Nuit a dévoré le monde

Ici.

 

L’Empereur de Paris

C’est mollasson… Ca frise même le téléfilm patrimonial de luxe financé par le service public. De fait, c’est une nouvelle variation autour du personnage de Vidocq, figure du patrimoine français historique et télévisuel. Mais ça se regarde car c’est assez joli, que Vincent Cassel, relativement sobre, donne le change et que j’étais sans doute bien luné.  Les 2 retraitées assises derrière moi gloussaient à chaque apparition d’un Luchini en roue libre, caricatural au possible : elles ont passé un bon moment, comme toute la salle je pense. On sent que Richet tente des trucs, qu’il veut faire un film populaire sans pour autant céder à la facilité. C’est louable on va dire. Totalement dispensable en revanche.

Les costumes masculins sont très réussis par exemple

 

Première année

Ici.

 

Everybody Knows

Le film s’est unanimement fait casser, et là encore, je comprends pas. De 2 choses l’une : soit les précédents films du réalisateur (que je n’ai pas vus) sont des chefs d’œuvre, soit les critiques ne voient que des chefs d’œuvre. Parce que bon, ok, c’est un peu lourd, un peu trop adulte, un peu trop psychologisant m’enfin, ça reste bien écrit, bien exécuté, bien dirigé. Comprends pas.

Guapos.

 

Ami-Ami

Mignonne rom-com sortie en catimini en début d’année, et retirée de l’affiche tout aussi discrètement (et rapidement). C’est très anecdotique, ça manque d’ampleur (et de moyens) mais c’est mignon. Disons que dans le registre de la rom-com française, ça se hisse sans mal au dessus des merdes habituelles. Featuring un excellent Jonathan Cohen en second rôle-scene stealer, comme d’hab.

 

The Guilty

Je trouve la toute fin un peu too much (difficile d’en dire plus sans spoiler) mais difficile également de faire la fine bouche devant un scenario aussi bien ficelé, et devant un film-concept (un mec au téléphone pendant 1h30 sans qu’on voit jamais ses interlocuteurs à l’autre bout du fil) qui parvient très vite à nous le faire oublier. Le concept. A part ça, confirmation que le danois est bien la langue la plus moche du monde après le néerlandais.

« La COGIP, bonjour »

 

Revenge

Suite à la défection de Danny Boyle pour la réalisation du 25ème Bond, le Guardian a listé ses remplaçants potentiels (Joe Wright, etc) et Coralie Fargeat en faisait partie. Faut quand même pas déconner mais ça prouve bien que son film a marqué les esprits, notamment à l’étranger (finalement ça sera Cary Fukunaga). Ici.

 

L’Amour est une fête

Ici.

 

Les Frères Sisters

On peut se dire « tout ça pour ça », toute cette violence, toute cette introspection, tout ce pataquès, pour finir chez maman et dans son lit de quand on était petit. On peut aussi trouver ça touchant, voire essentiel quelque part. Je suis dans le camp des gentils donc je l’ai choisi. Mon camp. Quoiqu’il en soit, un film direct et modeste, presque inespéré de la part de Jacques Audiard.

Les frangins Soeurs

 

Une pluie sans fin

Le prototype du BFC, le Bon Film Chiant: c’est objectivement bien mais on s’y emmerde pas mal (moi en tout cas). Et puis les similitudes sont trop nombreuses avec le génial Memories of Murder. En sa défaveur, donc.

 

First Man

2 mois après, je sais toujours pas quoi en penser en vérité. Mieux, je peux toujours pas dire si j’ai aimé ou pas… Ce qui est plutôt une bonne chose n’est-ce pas ? Sur le coup, j’ai trouvé ça solide, cohérent, maîtrisé, quoiqu’un peu trop doloriste à mon goût: Damien Chazelle a décidément une sorte de culte de l’épreuve morale, une passion pour la souffrance, qui m’agace et à laquelle je n’adhère pas, tout simplement, sur le plan moral et personnel. Et puis il y a la séquence de l’alunissage, superbe et surtout, cette toute dernière séquence entre le couple Armstrong, terrassante de tristesse, qui finit de faire de ce film un long poème noir assez impressionnant mais qui m’a pas mal déprimé. D’où ce classement modeste pour un film qui méritait sans doute mieux.

Spoiler, merde !!!

 

Le Grand bain

Ici.

 

Amanda

A chaud, il était dans la catégorie supérieure. Avec un peu de recul… C’est sans doute un très bon film d’un point de vue purement objectif mais je suis resté un peu à l’écart. Vincent Lacoste me paraît encore un peu « juste » dans l’émotion pure, j’ai l’impression qu’il a du mal (c’est con à dire mais il pleure très mal par exemple). Les dialogues manquent un peu de naturel à mon goût, de même que tout ce qui a trait à l’attentat (très très délicat évidemment, d’autres se seraient planté de manière beaucoup plus embarrassante voire révoltante). Le défilé de guests (Elli Medeiros, Luke Haines des Auteurs, Jarvis Cocker pour la chanson du générique, Marianne Basler et Greta Scacchi en mode retour de hype, et je ne parle même pas de la subtile référence pour happy few aux Go-Betweens, n’en jetez plus) frise l’étalage de bon goût un peu gratuit. Après évidemment, il y a une lumière (au sens propre et figuré) sublime, une grande subtilité, une science de la narration et du montage… La séquence de fin à Wimbledon est magnifique. Anecdotique mais je me suis fait la réflexion: le film donnerait presqu’envie aux indécrottables provinciaux de vivre à Paris. Presque.

La chiale
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Song to Song – critique

Une histoire d’amour moderne, sur la scène musicale d’Austin au Texas, deux couples – d’un côté Faye et le chanteur BV, et de l’autre un magnat de l’industrie musicale et une serveuse – voient leurs destins et leurs amours se mêler, alors que chacun cherche le succès dans cet univers rock’n’roll fait de séduction et de trahison. (Allociné)

Je pensais faire un break mais là c’est pas possible, ça me démangeait trop.

D’un côté Rooney Mara et Ryan Gosling, de l’autre Michael Fassbender et Natalie Portman. Les 2 premiers sont des artistes: elle gratouille sur scène avec les Black Lips (sans déconner), lui a des chaussures complètement pourries. Elle a même un énorme portrait d’Arthur Rimbaud chez elle, c’est pour te dire. Fassbender en revanche est un gros enculé: ses chaussures sont impeccables. Il a du bagout, des fringues super classe, du pognon à plus savoir quoi en faire.

La Portman apparaît seulement au bout d’une grosse demi-heure et Fassbender tombe immédiatement sous le charme. Elle dit être instit mais ne pas avoir trouvé de boulot (ah bon), donc elle est serveuse. Fassbender fait tout pour qu’elle se fasse virer car il veut s’occuper d’elle, il est complètement libre dans sa tête le mec.
En réalité c’est un producteur méphistophélique et il veux travailler avec Ryan Gosling. Qui sort avec Rooney Mara qui elle couche en même temps avec Fassbender (ou couchait? Je sais pas et je m’en fous).
A un moment on les voit tous les 3 durant un voyage au Mexique. C’est super le Mexique, les gens y sont tellement plus authentiques, tellement plus proches des vraies valeurs. Et puis la tequila y est tellement pas chère, franchement, c’est abusé comment c’est pas cher de se mettre une race là bas !

Bon, c’est horrible. Mais vraiment. Horrible à un point tel, et c’est bien ça le plus horrible, que t’en viens à douter de la beauté et de la fulgurance des premiers films de Malick (les 4 premiers, jusqu’au Nouveau Monde inclus). Je te jure, j’ai presque peur de revoir Les Moissons du ciel maintenant…

On retrouve donc tout ce qui fait son cinéma depuis Tree of life: la voix off quasi exclusive, le montage, les « moments », plus que les séquences ou même les scènes, les peaux, les mains, les nuques (nom de Dieu de bordel de merde, j’ai jamais vu autant de nuques dans un seul film) et les pseudo-aphorismes atterrants mi-poésie (de merde) mi-discours signifiant de pubard (de merde) :

« I love your soul » évidemment, la base (« beautiful soul », équivalent anglo-saxon de notre « belle personne »)
« Mama, you gave us so much »
« Scare me… come closer »
etc etc etc. Y a que ça en fait, toujours en voix off donc.
A un moment, Rooney Mara minaude et se roule dans un rideau, on jurerait une pub. Ces pubs qui s’inspirent du cinéma de Malick, et qu’il a fini par réaliser lui-même (le truc avec Angelina Jolie là, qui a dû coûter plus cher que La Ligne rouge et Le Nouveau monde réunis). Ca pourrait durer 10 minutes ou 4 heures, ça serait pareil.
Un peu après la scène du rideau, Rooney Mara, toujours elle, ou plutôt sa voix off, dit « I love pain. It means life ». J’ai éclaté de rire. Oui, ça pourrait durer encore 4h comme ça: ça faisait 45 minutes environ, j’ai estimé que c’était déjà trop, j’ai quitté la salle. Pour la 2ème fois de ma vie seulement. Pour un film de Terrence Malick. La tristesse putain…

La La Land – critique

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ? (Allociné)

Chaque année, un film récolte tous les suffrages, côté critique et public. Souvent, ce même film récolte aussi la majorité des récompenses aux Oscars ou aux Césars. L’an dernier, j’ai l’impression qu’il s’agissait de The Revenant. J’ai pas (du tout) aimé, mais j’ai dans l’idée qu’on était pas très nombreux dans ce cas.

Et parfois, un petit miracle survient : un film fait la quasi-unanimité, sans restriction ou presque. Il y a bien ce billet ci mais on a l’impression que la nana s’échine à trouver quelques défauts à un film auquel elle prête plein de qualités. Et puis apparemment, ces toutes dernières semaines, un début de backlash aux États-Unis, sur le thème «encore un film où c’est un Blanc qui veut sauver un élément culturel des Noirs» (en l’occurrence, le jazz). N’importe quoi si tu veux mon avis mais là n’est pas la question.

La La Land est donc le film-Beatles de l’année, à savoir un film universel et fédérateur qui emballe aussi bien ceux qui vont au cinéma 1 fois tous les 6 mois que les critiques qui en sont à leur 35ème festival de Cannes. Un film qui emballe même les vieux cons qui font les malins sur leur blog et qui entraient dans la salle la baïonnette bien affûtée au bout du fusil, fatigués qu’ils étaient par le battage médiatique et perplexes devant l’unanimité forcément suspecte (l’unanimité est soit « quasi » soit « forcément suspecte »)

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J’ai des réserves : cette fameuse et spectaculaire scène d’introduction ne m’a pas du tout emballé, je la trouve trop forcée dans sa volonté de crier sur tous les toits (de voiture) qu’on va voir une comédie musicale vraiment esstraordinaire. Les numéros de danse et les chansons en général ne m’ont pas bouleversé non plus (mis à part City of Stars) mais bon, pour être honnête, je suis pas un inconditionnel des comédies musicales. Et les chansons, les textes notamment, sont plutôt bien sentis et bien intégrés à l’intrigue.
Voilà, j’en ai terminé avec les réserves, c’était pas grand-chose…

Je ne vais pas lister point par point ce qui m’a en revanche emballé : c’est ce qu’on retrouve dans toutes les critiques dithyrambiques qu’on peut lire partout. Mais j’aime particulièrement que le film parle aussi bien au cerveau, via une mise en scène à la fois forte et intelligente, qu’au cœur, à travers une histoire d’amour bouleversante : la dernière séquence est évidemment exemplaire à ce titre puisqu’elle met la virtuosité du montage et de la réalisation au service de l’émotion la plus fulgurante.

Quant aux hommages, multiples voire innombrables, ils ne sont jamais étouffants ni clivants : j’imagine que bien peu parmi les jeunes gens qui plébiscitent le film ont vu ne serait-ce que Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg, 2 des références les plus visibles et revendiquées de La La Land, et pourtant ça ne les empêche de s’enthousiasmer pour le film. Et c’est tant mieux évidemment (même si j’espère que ça donnera envie aux jeunes spectateurs de voir 2 des plus beaux films du monde), c’est encore à mettre au crédit du film puisque ça prouve que Damien Chazelle ne s’est pas contenté de mettre en place un catalogue appliqué de belles références.

Là aussi, une séquence me parait particulièrement bien sentie, qui donne le la (pouf pouf) de tout le film, et pourrait même s’ériger en principe, c’est celle de l’hommage à La Fureur de Vivre : le film de Nicholas Ray est un jalon pour les 2 protagonistes, leur premier rendez-vous à lieu durant une projection du film. Or celui-ci est interrompu (la pellicule prend feu) juste avant l’emblématique scène de l’observatoire : qu’à cela ne tienne, ils vont y remédier en se rendant sur place. C’est super mignon bien sûr, et c’est en même temps une idée de mise en scène brillante, une façon très intelligente de transcender le modèle pour en faire quelque chose d’inédit, tout en signifiant, en élargissant encore le propos que l’Age d’Or d’Hollywood sera toujours vivace pour qui saura lui ré-injecter de la vie. Et en élargissant encore, on constate que c’est de cette manière que Sebastian, passionné de jazz pur, parviendra à maintenir ce dernier en vie : non pas en essayant de recréer le passé mais en l’incarnant véritablement au temps présent. Ce que fait Chazelle avec la comédie musicale.

Premier grand film de 2017 donc et razzia attendue aux Oscars : Hollywood n’aime rien tant que les films qui le célèbrent.