Fred Pallem & le Sacre du Tympan + Forever Pavot – Le Metronum, Toulouse

Affiche de rêve, on peut le dire, pour le Disquaire Day 2018 de Toulouse, dont le « thème » était François de Roubaix Fred Pallem & le Sacre du Tympan lui ont consacré un album, Forever Pavot en est l’un des plus dignes héritiers. A 5€80 le billet d’entrée, on croit même rêver…

Du coup, je suis très surpris de me joindre à une assistance relativement clairsemée là où je m’attendais à devoir jouer des coudes. Surpris et un peu désabusé, ou résigné : que cette double affiche, à ce prix là, dans ce qui est sans doute la salle la plus confortable de Toulouse (inaugurée en 2014, donc encore neuve pour ainsi dire, acoustique parfaite, ligne de métro qui mène directement à 200m de la salle etc.) attire aussi peu de monde… Je sais bien que le rock (au sens large) est le nouveau jazz mais putain… Bon, ça signifie qu’on peut s’installer tranquillement à l’avant de la salle, sans jouer des coudes encore une fois.

C’est Fred Pallem qui attaque. Si elle compte en son sein quelques fidèles, son Sacre du Tympan est une formation à composition variable : ce soir par exemple, on remarque notamment le clavier Vincent Taurelle que j’avais pu voir aux côtés de Air pour leur tournée 20 years et le Housse de Racket Victor Le Masne à la batterie. New Balance aux pieds, t-shirt Bitches Brew, Pallem est, de même que tout son groupe, en mode casual; davantage en tout cas que lors de pas mal de leurs prestations.

Ils attaquent à 5 « seulement » et malgré une salle à moitié vide à leur entrée en scène (ça va correctement se garnir petit à petit) on comprend tout de suite qu’ils sont pas venus pour beurrer les tartines : hyper en place d’emblée, ils balancent 2 premiers morceaux qui constituent une sorte de fantasme personnel, tout en claviers vintage et basse au médiator, entre Air, Burgalat… et de Roubaix évidemment, puisque la setlist est entièrement constituée de ses compositions. On peut dire que ça joue. Que ça joue TRES BIEN, et c’est un euphémisme. Régalade.

Manque un clavier sur la photo, Vincent Taurelle, il était un peu isolé sur la gauche. Et surtout, je sais pas cadrer.

Pallem introduit ensuite les 3 cuivres qui rejoignent le groupe sur scène et, logiquement, le concert passe encore la vitesse supérieure. Même si j’ai une petite préférence pour ce que le groupe propose en formation réduite, difficile de ne pas s’incliner devant tant de maîtrise, de musicalité… de talent, tout simplement. C’est même assez énorme en vérité, c’est pas tous les 4 matins qu’on a l’occasion d’assister à un concert de ce type et de cette qualité… Il y a quelque chose de profondément généreux dans la démarche de cet homme et de sa formation, qui s’attachent à mettre en valeur la musique des autres mais également à abattre les barrières entre rock, jazz, funk, soul etc. C’est beau.
Simple préférence personnelle là encore, je retiendrai notamment le génial medley de L’Homme orchestre, une de mes bo favorites de François de Roubaix. Piti piti pa.

Idem

Avant de quitter la scène sous des applaudissements très nourris, pour ne pas dire une véritable ovation bien méritée, Fred Pallem annonce Forever Pavot, « sans doute le meilleur groupe en France actuellement » pour reprendre ses propres mots.

Un gros quart d’heure plus tard, le quintet d’Emile Sornin doit donc doublement se montrer à la hauteur : du compliment, et d’une première partie pour le moins impressionnante.

Et comme précédemment, on comprend très vite que les gars ont parfaitement saisi le message : ça joue bien, TRES bien là aussi. Si la filiation avec de Roubaix, et la parenté avec le Sacre du Tympan sont évidents, Forever Pavot se situe dans un créneau plus « rock » (à défaut d’un meilleur terme), plus ouvertement psyché également : les morceaux (très majoritairement ceux du 2ème album, La Pantoufle) sont étirés jusqu’à l’absurde (la dimension Katerinesque de ce même 2ème album) et surtout joués de manière très agressive. Ca joue bien donc, mais surtout, ça joue méchant (quel son de guitare incroyable !). Super bassiste également, à la sympathique tête de rôliste, comme si l’un des potes nerds d’Hervé dans Les Beaux gosses, était devenu musicien. Petit plaisir perso de music nerd justement, il jouait sur la même Fender verte que Nicolas Godin de Air, ça fait plaisir, tsé.

Super prestation donc là aussi, agressive donc mais toujours souple et sur un mode très détendu: s’ils s’amusent à un moment d’avoir eu la pression de devoir passer après leurs talentueux aînés, ils n’ont jamais fait ressentir une quelconque tension ni concentration inhabituelles.  Juste énormément de talent là encore.
Le dernier morceau, Miguel El Salam (tiré du 1er album lui) , s’achève sur une longue jam assez dingue nous menant vers des rivages Airiens, voire Tame Impalaesques : loin de l’image de revivalistes pompidoliens à laquelle on les cantonne parfois, les gars de Forever Pavot sont avant tout des musiciens supérieurement doués et inspirés qui ne se fixent, eux non plus, aucune limite de style, de genre ou de format. Ca calme en tout cas.

Une bien belle soirée donc pour employer un nouvel euphémisme, et surtout le sentiment d’avoir été chanceux d’assister à un telle affiche.

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Juliette Armanet – Le Bikini, Toulouse

2ème passage à Toulouse en moins de 4 mois à peine pour la nouvelle Petite amie de la chanson française. Après le Metronum (salle moyenne) et le Bikini (salle moyenne + ), prochaine étape le Zenith sans doute. Elle aurait d’ailleurs très bien pu y jouer je pense : le Bikini affichait complet une semaine avant le concert et il a été malgré tout décidé de mettre quelques places supplémentaires en vente le jour même. Inédit en ce qui me concerne… Inédit aussi, de mémoire, les portes de la salle ont été laissées ouvertes pour qu’un maximum de personnes puissent assister au spectacle : de fait, pas mal se tenaient dans le sas séparant la salle du hall d’entrée… Tout ça pour dire que les Victoires de la Musique ont évidemment boosté le succès d’un album qui se portait déjà très bien.

Alors c’est pas du tout pour me justifier parce que j’aime vraiment beaucoup certains titres de l’album et que je comprends pas trop le backlash snobinard dont Juliette Armanet fait l’objet depuis quelques mois mais si j’ai choisi d’aller à ce concert, c’est aussi voire surtout parce que j’espérais y voir Ricky Hollywood en 1ère partie. Ricky Hollywood aka Stéphane Bellity, ma révélation française et un de mes albums favoris de l’an dernier, est batteur sur sa tournée et il en assure parfois la 1ère partie.

Mais pas ce soir à mon grand dam : apparemment un concours a été organisé et c’est un gus seul avec sa guitare et quelques effets qui apparaît sous mes yeux lorsque je pénètre dans un Bikini déjà bondé. De loin je trouve qu’il ressemble à Amir et c’est évidemment pas de bon augure. D’ailleurs le type reprend Dormir dehors de Daran et les chaises, c’est dire si on s’en cogne. Il remercie ensuite les organisateurs, Armanet, le Bikini, « surtout après l’explosion d’AZF, c’était pas facile de repartir sur un nouveau projet, c’est pas facile de reconstruire de la chaleur humaine ». Non, c’est pas facile. Un autre truc qui est pas facile : se produire sur scène.

L’entracte dure pratiquement trois quarts d’heure… C’est pourtant pas le genre de concert au cours duquel le bar va pouvoir écouler moult fûts : le public est plutôt jus de pomme. Très féminin évidemment, ça (me) change. Très Grazia. Ca n’empêche pas des odeurs corporelles pas très Petite amie de parvenir à mes narines pourtant pas très sensibles : quelqu’un profite de la forte densité et de la promiscuité pour se laisser aller. A plusieurs reprises. « I can taste it. On my tongue. »

Après quasiment 45 mns donc, le noir se fait et un morceau de Prince retentit (j’ignore lequel, je maîtrise mal le dossier) : le groupe entre en scène et se lance dans un instrumental funky/soft rock des plus moelleux. Les silhouettes des 4 musiciens se découpent sur un beau rideau lamé qui prendra des couleurs tantôt rouges, tantôt bleutées ou dorées : c’est tout simple et très réussi.

La védette les rejoint au bout de quelques mesures, en costume lamé elle aussi, sous une belle ovation. Après avoir salué, elle s’assied derrière son piano et se lance dans Manque d’amour, un de mes morceaux favoris de l’album. Balance approximative (ça sera vite corrigé) mais ça l’effectue. Le groupe est très compétent (euphémisme), bien rôdé (itou) et Juliette Armanet chante parfaitement dès les premières notes.

Ca restera sur ce mode pendant pratiquement 1h30 : incroyable qu’elle joue aussi longtemps avec un répertoire composé d’un seul album, plutôt court qui plus est. C’est bien. C’est tout ? Oui… C’est un peu le problème : c’est bien mais c’est seulement bien. Pas transcendant… Je suis sans doute pas assez fan pour être véritablement transporté j’imagine.

Sur Alexandre, elle fait monter sur scène un type prénommé Alexandre.

Bon, y a un petit truc qui me tient un peu à distance : c’est la distance précisément, qu’elle met parfois lors de sa prestation. Je ne parle pas de son stage banter, qui joue régulièrement sur l’auto-dérision mais de la dérision, du second degré qu’elle introduit dans son interprétation de certains morceaux: sur le superbe Star triste ou sur Samedi soir dans l’histoire, c’est comme si elle se sentait obligée d’en rajouter dans la gestuelle, les attitudes, les intonations, le jeu avec le public pour signifier que oui-ok-c’est-un-peu-cheesy-mais-c’est-un-peu-pour-rire-hein-attention.

C’est dommage selon moi. Sur l’album, on n’a pas cette distance justement, et pour cause, et c’est en partie ce qui fait sa réussite: les plans les plus retro, les morceaux les plus disco et les moins intimes a priori ne s’excusent jamais de l’être et c’est précisément parce qu’ils sont eux aussi exécutés avec la plus grande sincérité qu’ils fonctionnent. Je pinaille et c’est peut-être un sentiment tout personnel mais ça m’a empêché d’être pleinement « dedans » à plusieurs reprises.

Le groupe a quitté la scène sur une belle reprise du I feel it coming de The WeekndDaft Punk, francisée en « Je te sens venir (en moi) » (ça je suis moins sûr). La soirée s’est définitivement close sur une belle version piano-voix de A la folie, autre moment fort de Petite amie. Et c’était une belle soirée malgré tout.

#93 Sébastien Tellier – Sexuality

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon affection pour celui qui est un des phares de Grande remise (ici et ici par exemple).

Sébastien Tellier aime changer de style pour chacun de ses albums : brasilou sur L’Aventura, electro mystico-bourrine sur My God Is Blue etc.
Sexuality, c’est l’album de l’electro classieuse et putassière à la fois, illustrée par cette sublime pochette, incarnée par la figure du Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo producteur de l’album, et synthétisée dans le génial Sexual Sportswear (ce titre, déjà).

Album sensuel voire priapique par moments, Sexuality est avec le recul son chef d’œuvre : Roche, Kilometer, Divine, que des tubes. Et L’amour et la violence bien sûr, un classique absolu et le morceau qui restera de lui, avec La ritournelle.

Lafayette – Les dessous féminins – critique

Enfin, après 2 voire 3 ans d’attente, il est venu, il est tous là le premier album de Lafayette.
Ca faisait longtemps que j’avais pas rédigé de billet relatif à l’actualité musicale, c’est l’occasion idéale.

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Première surprise : on y retrouve les singles déjà parus, dont certains ont plus de 4 ans (Eros Automatique, La Glanda et le tout premier, les Dessous féminins, même s’il n’avait jamais été officiellement distribué et qui est ici présent dans une version remaniée).

Deuxième surprise : ça l’effectue. Je veux dire, malgré le décalage bien naturel qu’il pourrait y avoir entre des titres composés il y a plusieurs années et plus récemment, Les dessous féminins affiche une remarquable unité. S’il ne s’agissait pas d’un gros mot, on pourrait presque parler d’album concept. Je parlerais donc plutôt de « conte discographique » pour reprendre une terminologie plus rohmerienne qui sied bien mieux à Lafayette.
Ca démarre ainsi le plus logiquement du monde comme dans un film du cycle Comédies et proverbes ou dans un Conte, encore, par Une fille, un été (« au bord de la mer ») pour s’achever dans la mélancolique béatitude de La Glanda (« un été elle et moi, en sifflant la glanda »), qui, je le rappelle, est l’hymne officiel de Grande remise . Entre les deux, Lafayette « perd la boussolle », porte des Dessous féminins ou rêve d’Endless Summer. Des histoires de filles, toujours, parce qu’évidemment, quoi d’autre n’est-ce pas? Avec, pour continuer l’analogie rohmerienne, une même élégance lorsqu’il s’agit d’évoquer les tourments de l’âme ou le maelström des sentiments amoureux: détachement oui, mais de surface uniquement.

Troisième surprise, et non des moindres : c’est radical. Mais vraiment. Du genre à évoquer Michel Berger autant que les jeunes gens modernes auxquels il est régulièrement fait référence au sujet de Lafayette. Plus fort encore que le disque d’electro-pop élégant et précis qu’on était en droit d’attendre (et que j’attendais en tout cas pour ma part, ce qui m’aurait déjà comblé), Les dessous féminins parvient ainsi à une synthèse miraculeuse qui réunirait dans un même élan, artistes pointus et grand public, Berger, Daho ou Jacno donc mais aussi Phoenix, Burgalat (le sublime Instantané sur la banquise) ou Polnareff. Une hyper-variété pour reprendre à nouveau un terme qui lui fut appliqué à ses débuts, qui, selon toute logique, devrait lui valoir un succès populaire tout autant que d’estime. Mais ça évidemment…

Quatrième surprise enfin : si Lafayette se fait le chantre d’une mélancolie très française (pour reprendre là encore de manière un peu facile certes mais inévitable, le titre de l’un des fers de lance de l’album), il réussit néanmoins à s’extirper de références ou évocations 100% franco-françaises et à jeter un pont entre West Coast et côte Ouest, entre Malibu et Orouët, entre yacht rock et Rohmer (encore lui). Voir par exemple, et dans un album largement « synthétique » qui plus est, la guitare impromptue qui surgit au milieu de Décapotable et qui ferait rougir de plaisir Fleetwood Mac ou Hall & Oates.

Bon, je sais pas toi mais moi au bout du compte, j’appelle ça un genre de disque rêvé et de rêve, une utopie pop et romantique évoquée quasiment à chaque seconde de l’album et qui s’accomplit comme par miracle dans le même mouvement. Quand une œuvre te donne ce que tu attendais, et parvient dans le même temps à te surprendre, c’est peu dire que tes attentes sont comblées.

#53 Mellow – Dragonfly

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Parmi les artistes/groupes plus ou moins estampillés French touch et plus ou moins rétro-futuristes apparus au tournant de l’an 2000 et dans le sillage du Moon Safari de Air, les parisiens de Mellow sont les seuls à avoir disparu un peu brutalement, alors que les autres (Rob, Phoenix, Sébastien Tellier) s’en sont tous bien tiré.

Mellow est né sous l’impulsion de Patrick Woodcock (un briton cousin de Raoul Bitembois ?), étudiant en architecture en compagnie de Nicolas Godin de Air. Logiquement, on l’entend sur les 1ers enregistrements des Versaillais : le sublime tuba de Ce matin là ou Casanova 70, c’est lui. Logiquement, toujours, il crée rapidement son propre groupe en compagnie du dénommé Pierre Bégon-Lours. Qui, logiquement encore, sonne comme un juke-box parfait des années 66-73. Dont tout un chacun sait qu’il s’agit des meilleures. Logiquement.

Dragonfly est le deuxième album de Mellow. Il s’agit de la bande-originale du film CQ de Roman Coppola. L’intrigue du film se situe durant le tournage d’un film, Dragonfly, genre de Danger Diabolik ou de Barbarella bis, une fantaisie 60s-pop donc, parasitée par les événements de mai 68 (le tournage a lieu en France). On pourrait croire que le groupe s’est un peu noyé dans le projet et qu’il n’a pas totalement eu la main (puisqu’il s’agit d’une commande) mais je pense au contraire que c’est ici qu’on entend le meilleur de Mellow : leur son patiné et rétro qui nécessite instruments et matériel d’époque a sans doute bénéficié d’un budget assez confortable (ça paie pas mal de composer des bo…).

Du coup, Drangonfly, le disque, est un véritable festival d’effets électroniques vintages, de cordes, sitars, choeurs planants, qui s’allient pour rendre hommage aux bo de l’époque : celles des séries B italiennes type Danger Diabolik donc mais aussi celles composées par François de Roubaix, Henri Mancini ou Burt Bacharach. En un mot comment en cent, ça vintage sec, ça vintage dur, et ça vintage très, très bien: au-delà d’un exercice de pastiche amoureux, Mellow parvient à insuffler sa patte, avec des lignes mélodiques caractéristiques et très identifiables qu’on retrouve sur ses 2 autres albums (le premier, Another Mellow Winter et le 3ème, Perfect Colors).

Le groupe a sorti un EP en 2014, City Lights, son premier enregistrement depuis 10 ans. Très chouette. Il était censé annoncer un 4ème album prévu pour 2015. Bon. On est plus à un 1 ou 2 ans près remarque.
C’est en tout cas un retour qui me fera très plaisir, j’adore ce groupe que je croyais définitivement disparu.

#51 April March – Triggers

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J’ai déjà pas mal parlé des disques Tricatel et de Bertrand Burgalat sur ce blog (ici, ici, ici et même ).

Je considère cet album comme son meilleur en tant que producteur : l’apport d’AS Dragon a parfaitement été digéré et intégré (le groupe est devenu pour ainsi dire le groupe du studio dans son ensemble) et les influences soul de plus en plus prégnantes se fondent merveilleusement dans l’univers plus précieux d’April March. Certains textes sont d’une poésie et/ou d’une intelligence rares, parmi les meilleurs de toute la pop française (Le Code Rural, Le Cœur Hypothéqué). La pochette est sublime, et il y a à l’intérieur du disque une non moins sublime photo qui selon moi résume parfaitement tout l’esprit du disque, et du label : élégant et sophistiqué sur la forme, subversif sur le fond :

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