Le premier jour du reste de ta vie

La Ligue 1 a repris hier soir, soit moins d’un mois après la fin de la coupe du monde.

Mais comme à chaque fois après la fin d’un Mondial ou d’un Euro, c’est à la fois trop tôt et trop tard. Tu ne ressens pas suffisamment la sensation de manque pour te ruer sur le match de reprise même si 3 semaines ou un mois sans foot du tout, après tous ces matches engloutis, c’est long bordel.

Tu n’es pas si impatient que ça, tu es même un peu gêné parce que tu sais pertinemment que passer de l’exotisme euphorisant d’un Colombie-Japon, de l’intensité d’un Pays Bas-Argentine, de la folie pure d’un Allemagne-Brésil à… Reims-PSG, bon.

Pourtant le match était agréable à suivre : des buts (4 au total), des stars (Ibra, Cavani, Pastore etc), des footballeurs-à-l-ancienne-qui-s-arrachent-face-aux-védettes-surpayées (Deveaux, Signorino), du suspense en fin de match avec 2 occasion énormes pour les parisiens, un Jean-Luc Vasseur (l’entraîneur de Reims) complètement trempé au bout de 20 minutes dans son costard et qui revient en seconde mi-temps… dans son même costard. Mais… t’y étais pas vraiment, tu t’en foutais à moitié. Le football au mois d’août quoi.

Bonjour, je m'appelle Mickael Tacalfred et je me passe de commentaires.
Bonjour, je m’appelle Mickael Tacalfred et je me passe de commentaires.

Il va falloir un peu de temps pour s’ajuster : oui, le supporter monte graduellement en intérêt et en passion au diapason des grosses écuries qui elles montent peu à peu en intensité et en qualité.

Hier, c’était donc le lancement officiel de la nouvelle saison de foot et comme chaque année à cette époque, je me dis que j’en ai rien à carrer, que je vais à peine prendre connaissance des résultats si j’y pense, que c’est pas plus mal comme ça au fond. Ouais. On en reparlera dans quelques semaines…

Fargo – critique

« Lorne Malvo », tueur à gages et manipulateur hors-pair, verse le sang sur son passage. Notamment dans une petite ville du Minnesota, en émoi suite à quelques cadavres laissés ici et là. Très futée, l’adjointe Molly Solverson mène son enquête. Parviendra-t-elle à faire éclater la vérité ? (Allocine.fr)

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Chouette visuel promo

Fargo la série n’est pas une relecture du film des frères Coen. Elle n’en est pas non plus le prolongement. Ni le prologue. Ni complètement autre chose. Mais elle est aussi un peu tout celà à la fois et c’est bien là son problème : elle a constamment le cul entre 2 chaises, ne sachant pas véritablement où se situer (ou peut-être que si : peut-être que tout celà est entièrement voulu mais à ce moment là c’est raté à mon sens). Elle se résume à une sorte d’exercice de style, de variation autour des principaux motifs du film et ça la limite grandement.

Les 3 premiers épisodes sont relativement embarrassants : malgré une bonne réalisation/écriture/interprétation, ils multiplient les clins d’oeil ou références au film et on ne sait trop quoi en penser. Certaines scènes sont reproduites à l’identique, ou quasiment, je ne comprends pas. C’est vraiment too much, la série ferait mieux de se concentrer sur ce qu’elle essaie de construire (une intrigue tirée d’un fait divers assez proche). Même si le personnage de Billy Bob Thornton (aka Le Mal) n’est qu’un décalque de celui de Javier Bardem dans No Country for Old Men : froid, sauvage, absurde, existentiel, Coenien.

Ca se suit finalement, c’est du travail bien fait évidemment mais j’ai l’impression qu’en les empilant sans fond ni réelle maîtrise, dans un simple souci d’accumulation et de connivence avec le spectateur, la série révèle les tics des Coen dans ce qu’ils peuvent avoir de plus agaçant pour leurs détracteurs. Un genre de worst of, superficiel et volontariste, comme son titre : « Fargo » uniquement pour raccrocher les wagons, évoquer un univers déjà clairement identifié et familier, alors que la ville en elle-même n’a quasiment aucune importance dans l’intrigue (celle-ci se déroule à Bemidji mais forcément, ça sonne moins bien).

Mais ça se suit oui, jusqu’au bout et même si on se dit qu’il y avait quelque chose à faire de la place de la femme dans ce monde là (elles sont soit absentes soit mortes, quasi-systématiquement mais la série n’en fait rien évidemment), l’intrigue est suffisamment prenante pour qu’on aille sans trop de peine au bout des 10 épisodes.

Finalement, Fargo, la série, restera toujours dans cet espèce d’entre-deux qui l’empêche d’accéder à la 1ère division : plus longue, plus fouillée, elle existe déjà, elle s’appelle Breaking Bad. Plus courte, plus sèche, plus elliptique, elle existe aussi : c’est Fargo, le film des frères Coen.

#32 The Flying Burrito Bros – The Gilded Palace of Sin

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Mon top, à quelques exceptions près, est très conventionnel : que des classiques ou au moins des groupes/artistes que tout le monde connait un tant soit peu désormais. Tu prends l’Iphone du moindre petit branleur à frange du parvis de Saint-Etienne (To Loose reprazent) et tu y trouveras du Phoenix, du Foals mais aussi du Tyler, du Rhianna, du Big Star, du Jackson C. Frank etc. Tout est désormais accessible, le populaire comme le (jadis) confidentiel… C’est bieng. Ils connaissent pas leur chance ces petits cons.

Je fais partie d’une génération qui a découvert certains disques autrement. Laborieusement parfois. Celui-ci, je l’ai découvert assez tard puisque mes dealers officiels ne le possédaient tout simplement pas. Pas le choix. Ou alors il fallait commander, pffff… C’était compliqué parfois la province. La vraie je veux dire, celle où la grande ville la plus proche de chez toi était à 1h de route et ne comptait de toutes façons que 60 000 habitants.

Le jour où je suis finalement tombé dessus, c’était du pur High-Fidelity : je l’ai trouvé sans l’avoir vraiment cherché et j’ai filé direct à la caisse, tout fébrile, comme si quelqu’un allait me le prendre des mains. Je l’ai tendu au patron des lieux, qui a regardé l’objet, m’a regardé, a baissé les yeux, pris une longue inspiration et prononcé ces quelques mots qui ont suffi à sceller une connivence de music nerd : « Super choix… C’est un très très bel album ». Il avait évidemment raison.

Edge of Tomorrow – critique

Dans un futur proche, des hordes d’extraterrestres ont livré une bataille acharnée contre la Terre et semblent désormais invincibles: aucune armée au monde n’a réussi à les vaincre. Le commandant William Cage, qui n’a jamais combattu de sa vie, est envoyé, sans la moindre explication, dans ce qui ressemble à une mission-suicide. Il meurt en l’espace de quelques minutes et se retrouve projeté dans une boucle temporelle, condamné à revivre le même combat et à mourir de nouveau indéfiniment… (Allocine.fr)

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Attention spoilers

Je me fiais uniquement à l’affiche et à sa promesse de « survival SF post-apocalypse » (en gros), j’ai donc été très fortement surpris lorsqu’au bout d’un quart d’heure j’ai compris à quoi j’aurai à faire : une sorte de mix entre Un jour sans fin, Starship Troopers et La Guerre des Mondes (avec une lichette de Soldat Ryan en sus).

Yeeeeeeeeeeeeeeeeehaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!! Bon, c’est pas aussi grandiose que ça mais c’est vraiment super.

« Vivre, mourir, recommencer » : pour une fois la tagline ne ment pas. A partir de là, on peut choisir sa grille de lecture du film selon sa propre sensibilité:

– Jeu video grandeur nature (la plus évidente) : tu meurs mais il te reste plein de vies donc tu recommences depuis le début et tu vas un peu plus loin dans le jeu à chaque fois. Jusqu’à ce qu’il ne te reste plus qu’une vie donc faut pas te louper… C’est la lecture la plus évidente et la plus ludique d’Edge of Tomorrow.

– Exercice de mise en scène : comment ne pas lasser le spectateur et donc filmer de manière différente exactement la même scène ? Gentil faiseur inégal (La mémoire dans la peau = super cool; Mr and Mrs Smith = super pas cool ), Doug Liman n’est ni Paul Verhoeven, ni Steven Spielberg, Ni même Harold Ramis. Il s’en sort néanmoins plutôt bien en jouant la sécurité (je change le point de vue, j’élargis le champ etc) et en introduisant un humour à la fois potache et second degré qui fait mouche à tous les coups. On rit vraiment beaucoup au cours de la 1ère demie-heure.

– Émouvante histoire d’amour : et même un peu plus que ça… L’histoire des personnages interprétés par Tom Cruise et d’Emily Blunt se prolonge à chaque fois un peu plus : lui tombe à chaque fois un peu plus amoureux d’elle et au bout d’un moment, s’il se bat, ça n’est plus pour prolonger sa propre vie mais ce qu’il vit avec elle. C’est très beau. Cependant, c’est aussi là que le film aurait mérité un réalisateur un peu plus fin, un peu plus profond que Liman, pour que cet aspect quasiment métaphysique, cette approche ontologique de ce qu’est une histoire d’amour soit véritablement creusé et mené à son terme. Mais bon, pour continuer à filer la métaphore du film comme trajectoire de vie, on peut pas tout avoir et Edge of Tomorrow est déjà très bien comme ça.

En somme, avec un « grand » réalisateur aux manettes, c’eut été un chef d’oeuvre de SF, voire un chef d’oeuvre tout court. En l’état c’est « juste » un très bon moment : passé une première heure jubilatoire, le scénario se doit d’avancer en même temps que les personnages, et comme souvent dans ce type de films, on se cogne un peu de la résolution de l’intrigue en elle-même.

Quelle que soit ta sensibilité et ton approche du film, tu ne peux que t’incliner devant le talent de Môssieur Tom Cruise, aussi à l’aise en warrior qu’en smartass flippé ou amoureux plombé par le destin.

#31 Flotation Toy Warning – Bluffer’s Guide to the Flight Deck

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Eh oui c’est fini le bon temps où ça causait foot, gel Vivelle Dop, sauterelle géante et poutre apparente sur Grande remise. Retour à la normale donc car on ne change pas une équipe qui fait match nul.

Voici ce que j’avais écrit à la sortie de cet album il y a 10 ans :

« Lorsqu’on se rend sur le site officiel des anglais de Flotation Toy Warning, il faut y regarder à 2 fois pour se persuader qu’on n’a pas échoué sur une annexe du museum d’histoire naturelle. C’est en effet dans la peau d’explorateurs du XIXème siècle que le groupe aime à se présenter, (fausse) biographie et (fausses) photos à l’appui. Outre               un amusant pied de nez, la démarche (qui rappelle un peu celle de Simian pour son premier album) fait véritablement figure de profession de foi pour une formation qui entend redonner à la pop un certain esprit aventureux, une grosse part de mystère, ainsi que de nouvelles lettres de noblesse. Au sens propre.

Car malgré son indéniable aspect expérimental, il se dégage de ce premier album une atmosphère désuète, un certain hiératisme fourbu, la sensation d’entendre à l’œuvre quelque aristocrates désenchantés et sur le déclin mais toujours debouts.
Si la nostalgie se taille la part du lion, c’est toujours en accord avec une certaine excentricité toute britannique (voir le chanteur d’opéra qui déboule en plein milieu de Losing Carolina, immédiatement relayé par une slide-guitar divine). D’où également ce parfum de Vieille Europe que leurs morceaux exhalent la plupart du temps, malgré d’évidentes influences états-uniennes : on a beaucoup cité, et à raison, Mercury Rev, Grandaddy ou les Flaming Lips à leur propos. Ces longues chansons majestueuses (souvent 7-8 minutes) ne sont également pas sans rappeler celles de Polyphonic Spree. Mais alors un Polyphonic Spree qui aurait égaré son Prozac, dérivant entre l’Amérique et le vieux continent sur un radeau de fortune.
Attention, ne pas croire pour autant d’après cette comparaison que Flotation Toy Warning évolue dans une bulle dépressive/primante : ce qu’il donne à entendre est le son d’un groupe extrêmement mélancolique (ces rythmiques mollassonnes et métronimiques, ces arrangements comme sortis d’une vieille malle mirifique), mais toujours ludique, éminemment joueur, jamais avare d’un coq à l’âne ou d’une quelconque cocasserie.

D’une grande richesse émotionnelle grâce notamment à des chœurs, cordes et cuivres renversants (ou plutôt « chavirants » vu le contexte très fortement aquatique dans lequel le groupe nous fait évoluer…), les indépassables Popstar Reaching Oblivion ou Donald Pleasance sont un peu les titres que Radiohead aurait pu un jour composer s’il avait décidé d’écouter son cœur plutôt que son cerveau. En mille fois mieux. Flotation Toy Warning est tout bonnement le groupe le plus sentimental, poétique et mystérieux que la pop nous ait offert depuis des lustres. »

Je pensais enrichir cette chronique voire la corriger mais en fait non, je suis d’accord avec ce que j’ai écrit à l’époque (je suis souvent d’accord avec moi mais là n’est pas le sujet. Pour info, je me fais également beaucoup rire).
Le groupe n’a toujours pas donné suite à ce disque et quelque part, ça fait tellement longtemps maintenant que j’aimerais qu’ils en restent là. Un diamant noir et puis s’en vont. La classe.

Jogo bonito – fin

Je vais me répéter mais c’est fou le nombre de nouveaux visiteurs que je peux avoir depuis mes 2 derniers articles foot. Je crois que je vais redéfinir la ligne éditoriale de ce blog et le renommer Grande remise du plat du pied.

L’Allemagne donc. C’est bieng.

purée, l'envergure de Neuer...
purée, l’envergure de Neuer…

C’était l’équipe la plus séduisante sur la longueur, la plus régulière et bien sûr la plus blitzkrieg avec cette demie-finale totalement hallucinante.

Jamais en mal de formules chocs, la presse espagnole a parlé après le 7-1 infligé au Brésil de victoire du « tiki-taken », version teutonne du tiki-taka ibérique. Formule choc mais formule assez juste finalement : Joachim Löw le sélectionneur allemand n’a jamais caché l’admiration que lui inspirait la Roja ni l’inspiration qu’elle avait  constitué pour sa propre équipe.
Il a finalement réussi sa greffe au cours de cette compétition : un football joué à terre, à base de passes courtes et redoublées, technique donc mais reposant également sur les qualités éternelles de verticalité et puissance physique du football allemand. Un football absolument parfait quelque part, qui a trouvé son expression la plus fulgurante lors de ces incroyables 7 minutes au cours desquelles Kroos, Khedira and co ont démonté la défense brésilienne en enfilant 4 buts coup sur coup.

Un football patient également, sûr de son fait et qui ne panique pas lorsque les choses ne vont pas aussi vite/bien qu’on le souhaiterait.
Ainsi la finale m’a un peu rappelé celle de 2010 avec une Allemagne/Espagne globalement dominatrice et plus « méritante » mais toujours sous la menace d’une Argentine/Hollande aux coups de poignard chirurgicaux. Avec les gentils qui gagnent à la fin, dans la seconde partie de la prolongation. Et Götze dans le rôle d’Iniesta.
A chacun sa photo virale quand même.

Le héros de la finale 2010:

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Le héros de la finale 2014:

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Aujourd’hui, comme toujours quand ça se termine, je suis un peu triste d’autant plus que c’était une très belle coupe du monde. Je reste aussi sur la frustration de n’avoir pas pu vibrer pour mes favoris comme je l’aurais souhaité. Mais 2 ans ça passe vite et dans 2 ans, ça se passe en France !

Bon 14 juillet à tous et à toutes.

Jogo bonito – suite

Je vais être honnête :  je pensais en rester là avec le foot et la coupe du monde mais depuis que j’ai posté ce billet il y a 10 jours, le nombre de visiteurs de Grande remise est monté en flèche. Étonnamment, la coupe du monde de football au Brésil semble générer davantage de requêtes que Tristesse club ou le premier album de Jason Falkner. Par ailleurs, quelqu’un est arrivé sur ce blog en tapant « Antoine Griezmann hipster » dans Google et ça évidemment, ça me ravit. Et ça m’encourage à récidiver. J’veux du click.

Alors un court bilan de la 2ème phase avant les demies-finales de mardi et mercredi : comme convenu, et comme toujours, après le feu d’artifice du 1er tour, les matches sont peu à peu devenus plus tendus, plus fermés, enjeu oblige. Les 8èmes de finale ont néanmoins encore réservé de grands moments, les quarts un peu moins.

Surtout, après avoir mis la main sur le 1er tour, les nations sud-américaines sont un peu rentrées dans le rang : on ne retrouve finalement dans le dernier carré « que » les attendues Brésil et Argentine. Le tirage au sort initial ne m’a jamais semblé avoir eu une telle influence sur le résultat final : le Mexique, le Chili, l’Uruguay dans une moindre mesure et la Colombie (qui a quand même atteint les quarts, c’est très bien) auraient tous les 4 mérité de poursuivre l’aventure un tour supplémentaire. J’y ajouterai l’Algérie, auteur d’un match fantastique contre l’Allemagne et les Etats-Unis, sortis du groupe de la mort avec brio, qui tombent sur l’un des gros outsiders de la compétition, la Belgique.

En corollaire, on se rend également compte que comme toujours là encore, la condition et la préparation physiques jouent un rôle prépondérant :  les « petites » équipes (les mêmes que ci-dessus) n’ont pas le « coffre » nécessaire à des prétendants aux quarts ou demies-finales. C’est cruel mais prévisible.

« Tout est bien qui finit bien » doit on se dire à la FIFA : Brésil-Allemagne, Argentine-Pays-Bas, soit quatre anciens finalistes/vainqueurs, 2 anciennes finales même (2002 pour la première, 1978 pour la seconde), c’est parfait. Pour eux. Moi ça m’emmerde un peu, j’y aurais bien vu la Colombie à la place d’un Brésil chiant comme la mort (heureusement que ce taré de David Luiz est là pour faire le pestacle) et une Belgique complètement anesthésiée par une Argentine plus italienne que jamais (« bordel, vous la jouez cette touche oui ?!?! » Sans déconner ils m’ont rendu malades à jouer la montre au bout du 1er quart d’heure).

L’évocation de ce dernier mach me donne logiquement l’occasion de relever que le contraste entre les matches de 18h, soit 13h heure locale, et ceux de 21h ou 22h, s’est montré beaucoup trop important au fur et à mesure que la compétition avançait : d’un côté des joueurs aux semelles de plomb, sans vivacité, sans souffle (France-Allemagne, Belgique-Argentine), de l’autre des rencontres tout simplement « normales » à ce niveau, intenses, engagées, sans temps morts (Brésil-Colombie, Pays-Bas-Costa Rica). On sait bien que le football est davantage suivi en Europe et que c’est la raison de la programmation des matches à cet horaire aberrant (c’était déjà le cas en 1994 pour la coupe du monde organisée par les Etats-Unis) mais je suis sûr que les amateurs de football seraient prêts à veiller pendant un mois au profit d’un spectacle de meilleure qualité. Même si cette année, franchement, on a pas à se plaindre à ce niveau là.

2 petites choses que tu n’auras peut-être pas relevées pour terminer sur une note cocasse et décalée, avec le sourire.

Quand James Rodriguez a tiré son péno face au Brésil :
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HOLY SHIIIIIIIIIIIIIIIIT
Et il est resté sur son bras un moment, même après qu’il a marqué !

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Et enfin, grand moment de solitude pour Cillessen, le gardien néerlandais, évidemment éclipsé par son remplaçant Tim Krul et le génial coup de poker de Louis Van Gaal avant la séance de tirs aux buts face au Costa Rica. Wow. Pov’ gars.

Jogo bonito

J’ai poussé mon petit coup de gueule mais ça y est, c’est bon, comme prévu je suis à fond et la compétition me le rend bien : elle est superbe. Des surprises, du suspense, des stades pleins, du beau jeu, de grossières erreurs d’arbitrage, des salopards invraisemblables, des buts, des buts, des buuuuuuuuuuuuuuuuuts!!!!

J’ai raté pas mal de matchs mais je suis pas mécontent de moi (quand t’as suivi de bout en bout Iran-Nigeria, on peut dire de toi que tu as fait le job).

Je te propose donc un petit bilan granderemisesque de fin de premier tour. Parce qu’on ne reverra plus certaines équipes, ni certains joueurs. Parce que la fin du premier tour de la coupe du monde de foot, c’est un peu le retour à la vraie vie, cette belle saloperie. Parce que dès demain, c’est les 8èmes de finale et que ça rigole plus.

Le plus beau maillot
Sans surprise, les anglais sont encore au top.

hayward10_1_2947138bSans fioritures, près du corps sans être moulant, col en V tout sobre (important le col dans un maillot de foot, TRÈS important), marqué par la poids de l’Histoire, probablement approuvé par Saint George, la Reine, Churchill et James Bond réunis. Et puis ces Three Lions sur l’écusson, y a pas à chier, ça l’effectue.

La coupe de cheveux la plus pourrie
On va pas se mentir, c’est, après les maillots, l’un des sujets les plus discutés dans la confrérie des footeux. Y a gros match évidemment tant le footballeur professionnel parvient à se surpasser de manière exponentielle dans le mauvais goût. Je serais tenté de décerner une palme collective à une équipe de France qui atteint des sommets cette année avec une variété assez remarquable dans les looks improbables : la coupe dite « du raton laveur » tient encore la corde, celle, très « Leni Riefenstahl likes this » arborée par Giroud, Griezmann et Debuchy ne cesse de me fasciner, Sagna est encore là et Cabella, l’appelé de la dernière heure, abat de nouvelles barrières. Ils sont au-dessus des portugais, c’est dire. Ils ont même influencé les portugais puisque Cristiano Ronaldo, une sommité dans l’univers footballistico-capillaire (on parle quand même là d’un type qui lors du dernier Euro a changé de coiffure A LA MI-TEMPS d’un match), a lui aussi adopté la coupe « rasé sur les côtés, long et gominé sur le dessus ».
Mais cette année, j’attribue ma palme à l’argentin Palacio

43375_rodrigo_palacio_jpg239bedf0996fdeb06edd1955c5cf72e3Cet hommage aux punks à chiens de Rennes, Aurillac et Buenos Aires est absolument irrecevable sur Grande remise.

La plus belle coupe de cheveux
Ca c’est difficile aussi mais parce que cette fois, il n’y a pas énormément de candidats. Au mieux, la coupe de cheveux de footballeur est sobre donc pas folichonne. En bon vieux con, ma palme va donc aux touffasses vintage, celles de Marcelo, Willian ou David Luiz (Willian a vraiment une bonne tête) et donc logiquement au maître incontesté de l’afro, Marouane Fellaini

Marouane-Fellaini-of-Belgium-looks-onJ’adore ce joueur en plus : je n’ai toujours pas compris quel était son véritable poste mais bien que lent et lourd, il se trouve toujours au bon endroit, au bon moment, tant en position offensive que défensive.

Le plus beau but
Très subjectif encore évidemment. Il y a eu plein de très beaux buts mais pour moi, un beau but c’est avant tout une belle action ou au minimum une belle passe, plutôt qu’un exploit individuel. Du coup j’ai un gros faible pour le premier but de Suarez contre l’Angleterre : Cavani qui temporise juste ce qu’il faut pour envoyer ce petit centre piqué, Suarez qui frappe en reculant, juste ce qu’il faut pour lober Joe Hart, je m’en lasse pas.

Le public le plus chaud
Difficile à dire en n’étant pas sur place évidemment mais j’ai été très impressionné par la ferveur du public chilien dans le match contre l’Espagne. Bon il me semble qu’ils ont sans doute montré un peu trop de ferveur car un bon nombre a « forcé » les portes du stade à cette occasion mais enfin, dans les gradins c’était assez hallucinant.
En dehors du stade, toujours impressionnant aussi de voir les marées orange devant les écrans géants des Pays-Bas ou rouges devant ceux de Belgique. Des publics qui n’attendent pas que leur équipe enchaine 2 bons résultats pour la pousser à fond, SI TU VOIS CE QUE JE VEUX DIRE.

Le plan le plus WTF
Au cours d’Argentine-Iran, sur le ralenti d’un coup franc de Messi, un spectateur se retourne lentement vers la caméra et sourit. Evidemment, c’est devenu un meme. En live j’ai totalement halluciné devant ma télé, croyant à une mise en scène, d’autant que la caméra suit lentement le mec. Génial.

Le pire consultant
Youri Djorkaeff (TF1)

Youri-Djorkaeff-dans-la-team-de-TF1_max1024x768Qu’il ne sache pas aligner 3 mots n’est pas très grave, je pense qu’on peut pas en vouloir à un mec qui laisse tomber les études (ou presque) à l’adolescence, de ne pas parfaitement maîtriser le français. En revanche, qu’il n’ait absolument aucun recul sur le jeu, les joueurs, aucune capacité d’analyse technique ou tactique est plus ennuyeux. Il est pas méchant, plutôt sympathique même mais il est très pénible à écouter le Youri

Le meilleur consultant
Omar Da Fonseca (Bein sports)

80649-largeLe mec qui enfonce Thierry Roland question chauvinisme :  il faut l’entendre au moins une fois commenter un match de l’Argentine, son pays d’origine et de coeur. Le journaliste qui l’accompagne (j’ai oublié son nom) est plié de rire la moitié du temps, et on le comprend. En plus j’adore son accent et son français approximatif mais toujours très imagé et juste, au final.

L’emballement inattendu
Costa Rica

7DEDB4C3-C707-440B-9BAB-37FD981D8871_mw1024_s_nIls m’avaient déjà bien plu lors d’une précédente édition (2006 il me semble). Rapides, techniques, joueurs, intelligents, ils sont vraiment très agréables à suivre. Et en plus ils ont tapé l’Italie. Que demander de plus ?

Le plus beau moment
J’ai adoré la joie et l’émotion sincères et spontanées de Luis Suarez sur le banc après sa sortie du terrain face à l’Angleterre. Le mec est peut-être le meilleur avant-centre du monde, il plante des buts comme il respire, il fait peur à tous les défenseurs de la planète, il est l’une plus grosses pourritures actuelles sur un terrain de foot mais à cet instant là, il a 9 ans.

Luis-Suarez_2942603bCohérent en plus le gars : comme un gamin de 9 ans, il mord ses adversaires et joue hyper bien la comédie. Benzema est bien chaud, Messi au rendez-vous, Neymar supersonique mais le héros de cette coupe du monde pour l’instant, c’est lui.

La plus grosse lose
La palme revient ex-aequo aux Pays-Bas et au Chili, incapables de battre décemment l’Australie. Bande de losers. 3-0 c’est un minimum, merde.

Tristesse Club – critique

Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les soeurs qui n’en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club. (Allocine.fr)

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L’histoire c’est plus précisément celle de Léon (Laurent Lafitte) et Bruno (Vincent Macaigne) 2 frères qui ont la surprise de faire la connaissance de Chloé, celle qui prétend être leur demie-soeur (Ludivine Sagnier), aux funérailles de leur père.

Il ne t’aura pas échappé que je n’ai pas parlé cinéma depuis un moment. J’ai bien vu quelques flims mais je n’avais aucune envie d’en dire quoi que ce soit : parce qu’ils n’étaient pas très bons (Godzilla, The Homesman) ou parce qu’ils ne m’inspirent pas grand chose malgré leurs nombreuses qualités (La Chambre Bleue, Pas Son Genre).
Tristesse club est sans doute celui qui m’a le plus enthousiasmé. C’est aussi le plus granderemisesque, il fallait que j’en dise quelques mots.

L’intrigue/le décor du film puise de manière assez transparente dans 2 films qui me sont chers, 2 films qui eux aussi traitent de la quête d’un père absent ou défaillant : La Famille Tenembaum de Wes Anderson d’un côté, Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau de l’autre.
Dans les 2, un père flamboyant, plein de panache, coureur de jupons, magouilleur, menteur, absent, défaillant donc. Le film de Wes Anderson semble être l’influence la plus évidente: Tristesse Club parle ainsi d’une fratrie aux liens distendus par la faute d’un géniteur avec lequel il va falloir renouer d’une manière ou d’une autre. Par ailleurs, Laurent Lafitte interprète un ex-champion de tennis à la carrière stoppée en plein vol, exactement comme Ritchie Tenembaum.
L’influence de Tout feu tout flamme semble peut-être un peu moins évidente mais Vincent Mariette, le réalisateur, situe le coeur de son intrigue (et la grande majorité de ses scènes) dans un hôtel abandonné en bord de lac, comme dans le final du film de Rappeneau.

Bon, c’est juste pour donner une idée et si ça se trouve ces similitudes ont été relevées par tout le monde mais je ne lis plus les critiques de films depuis un bail.
Quoi qu’il en soit Tristesse Club se démarque très bien de ces 2 films et trouve rapidement son ton : celui, en train de s’affirmer, d’une néo-comédie française ambitieuse, lettrée sans être élitiste, populaire sans pour autant faire de concessions. Normal dès lors d’y retrouver un Vincent Macaigne toujours aussi impeccable ou un Laurent Lafitte vraiment tout terrain, aussi bon dans des comédies plus grand publics (le mignon De l’autre côté du périph’) qu’ici donc. L’alchimie entre les 2 acteurs, indispensable puisqu’ils interprètent 2 frères aux relations qu’on devine très vite compliquées, saute aux yeux. Ludivine Sagnier, un peu en retrait, est très bien elle aussi.

Le film n’est pas exempt de quelques petites longueurs ou maladresses (notamment l’histoire de la machine fabriquée par le père, dont on sent bien que Mariette hésite à en faire quelque chose de symbolique mais sans trop l’appuyer par peur d’être trop lourd, et qui donc au final n’en fait rien) mais l’ensemble est très drôle, touchant et malin (les potentielles et évidentes péripéties de l’intrigue rapidement désamorcées).

Encore une bonne comédie française donc et ça fait bien plaisir ma foi.

Le vieux con

En ce moment j’écoute au moins une fois par jour le merveilleux nouvel album de Sébastien Tellier, L’Aventura. C’est un disque sur lequel il dit avoir voulu réinventer son enfance, qui se serait déroulée au Brésil. « Enfance, Brésil« : je pense que c’est ça qui m’a donné envie de taper ces quelques lignes même si le sujet me taraude depuis longtemps.

Le foot aussi, c’est le Brésil mais surtout l’enfance. Je ne connais personne qui aime réellement, viscéralement le foot en y venant à l’âge adulte ou même à l’adolescence : ça se joue entre 5 et 10 ans selon moi.

Après, ça va très vite. Ca arrive très vite. On a beau lutter, culpabiliser, se flageller, on y arrive plus tôt que tard. Même si on ne met pas forcément de mots dessus et qu’on n’en est pas conscient, on finit rapidement par se dire que « le foot, c’était mieux avant ».
C’était pas mieux parce qu’on était enfant ou plus jeune, qu’on avait la vie devant soi et toutes ces erreurs non encore commises à éviter ou à commettre à nouveau, c’était mieux avant parce que… c’était mieux, tout simplement. Parce que les joueurs ressemblaient à des mecs normaux et pas à des candidats des Anges de la télé-réalité ou à des décathloniens, parce qu’on pouvait avoir droit à un Real Madrid-Naples en 16ème de finale de la Coupe des Champions, parce que les ballons ressemblaient à des ballons de foot, en cuir, noir et blanc, pas à des sphères hyper technologiques peinturlurées à la va-vite par un graphiste surpayé.

Il faut lutter pour continuer à aimer le foot, c’est pas facile tous les jours. Il reste heureusement des bribes de jeu ou d’humanité qu’on chérit et qu’on cajole amoureusement. On s’accroche aux Iniesta, Özil, Pirlo, à la folle saison de l’Atletico Madrid cette année, à celle du Borussia Dortmund l’an dernier, aux Balotelli ou Barton dans un autre registre, pour ne pas définitivement sombrer dans l’aigreur ou pire, dans le rugby (plutôt crever nom de Dieu. PLUTÔT CREVER).

A 3 jours de ce que tous les media nous vendent comme « la plus belle des coupes du monde », c’est particulièrement pas évident. Blatter, la FIFA, le Qatar, la bêtise, très décevante, des déclarations de Platini sur les revendications sociales de nombreux brésiliens et j’en passe… C’est triste.

Mais ce qui me file vraiment le bourdon, c’est un évènement qui a finalement été peu commenté il me semble, preuve qu’il est dans la logique des choses : personne ou presque ne s’en est véritablement ému. Or, pour la première fois depuis… toujours? tous les matches de la coupe du monde ne seront pas diffusés sur une chaîne gratuite : 34 matches sur TF1, le reste (34 matches également) sur Bein sports.

Alors CA, ça me fait vraiment mais vraiment chier putain. J’ai l’impression que c’est le coup fatal porté au foot qu’on aime, au foot de quand on était petits.
Finies ces journées de dingue durant le premier tour où tu t’enquillais 3 matches dans la journée, près de 5 heures de foot. Où tu avais l’impression au bout de quelques jours que c’était ça la vie, du foot et rien d’autre ou presque. Où tu avais le sentiment que ta vie précisément, n’avait plus de sens lorsqu’à l’amorce des 8èmes de finale tu n’avais plus droit, horreur absolue, qu’à 2 matches par jour. Je parle même pas de l’issue des 8èmes ou… pardon j’ai un peu de mal à l’écrire… à l’issue des 8èmes, pour la première fois depuis 2 semaines, tu te retrouvais à vivre des journées sans aucun match… La déprime totale…
En somme, la coupe du monde la plus discutée (on ne compte plus les émissions de débrief, de commentaire sur les matches, à la télé ou à la radio) sera également la moins vue.

Alors bien sûr, les Espagne-Pays Bas, Angleterre-Italie, les matchs du Brésil, de l’équipe de France, seront diffusés et tout le monde pourra les voir gratuitement.
Mais merde, une coupe du monde s’est aussi le droit et le bonheur rentrer un peu plus tôt du boulot pour s’exciter de manière disproportionnée devant un Iran-Nigéria ou, en pleine léthargie d’un weekend du mois de juin, de se faire chier comme un rat mort devant un Japon-Grèce

Oh je serai devant mon poste pour les matches diffusés (ou devant mon pc), pas de problèmes, et je vais encore me mettre dans des états pas possibles pour les matches de la Roja, je vais avoir des frissons de plaisir devant une passe de Götze, un raté de Robben ou un dribble de Neymar, ce petit con mais merde… La part de ce à quoi on peut encore s’accrocher quand on aime le foot se réduit chaque année un peu plus et ça me fout les boules.

Alors oui, on en arrive là, à notre corps défendant : « le foot, c’était mieux avant », quand on pouvait voir tous les matches de la coupe du monde à la télé. C’est Jean-Louis Murat qui comme souvent a parfaitement résumé la chose dans une interview à So Foot :  « Dites bien que j’ai un discours de vieux con mais qu’on est obligé d’en arriver là. Et que ça me fait chier. »

Mais je serai là, évidemment. La coupe du monde, au BrésilLa Roja, la Belgique, la Bosnie, l’Allemagne, la Colombie, l’Argentine, le Ghana, une équipe de France potentiellement séduisante : ça va être bien, j’en suis sûr. Jeudi soir, Brésil-Croatie en ouverture, vendredi soir Espagne-Pays Bas, « mon » ouverture. Ca va être bien !