Le vieux con

En ce moment j’écoute au moins une fois par jour le merveilleux nouvel album de Sébastien Tellier, L’Aventura. C’est un disque sur lequel il dit avoir voulu réinventer son enfance, qui se serait déroulée au Brésil. « Enfance, Brésil« : je pense que c’est ça qui m’a donné envie de taper ces quelques lignes même si le sujet me taraude depuis longtemps.

Le foot aussi, c’est le Brésil mais surtout l’enfance. Je ne connais personne qui aime réellement, viscéralement le foot en y venant à l’âge adulte ou même à l’adolescence : ça se joue entre 5 et 10 ans selon moi.

Après, ça va très vite. Ca arrive très vite. On a beau lutter, culpabiliser, se flageller, on y arrive plus tôt que tard. Même si on ne met pas forcément de mots dessus et qu’on n’en est pas conscient, on finit rapidement par se dire que « le foot, c’était mieux avant ».
C’était pas mieux parce qu’on était enfant ou plus jeune, qu’on avait la vie devant soi et toutes ces erreurs non encore commises à éviter ou à commettre à nouveau, c’était mieux avant parce que… c’était mieux, tout simplement. Parce que les joueurs ressemblaient à des mecs normaux et pas à des candidats des Anges de la télé-réalité ou à des décathloniens, parce qu’on pouvait avoir droit à un Real Madrid-Naples en 16ème de finale de la Coupe des Champions, parce que les ballons ressemblaient à des ballons de foot, en cuir, noir et blanc, pas à des sphères hyper technologiques peinturlurées à la va-vite par un graphiste surpayé.

Il faut lutter pour continuer à aimer le foot, c’est pas facile tous les jours. Il reste heureusement des bribes de jeu ou d’humanité qu’on chérit et qu’on cajole amoureusement. On s’accroche aux Iniesta, Özil, Pirlo, à la folle saison de l’Atletico Madrid cette année, à celle du Borussia Dortmund l’an dernier, aux Balotelli ou Barton dans un autre registre, pour ne pas définitivement sombrer dans l’aigreur ou pire, dans le rugby (plutôt crever nom de Dieu. PLUTÔT CREVER).

A 3 jours de ce que tous les media nous vendent comme « la plus belle des coupes du monde », c’est particulièrement pas évident. Blatter, la FIFA, le Qatar, la bêtise, très décevante, des déclarations de Platini sur les revendications sociales de nombreux brésiliens et j’en passe… C’est triste.

Mais ce qui me file vraiment le bourdon, c’est un évènement qui a finalement été peu commenté il me semble, preuve qu’il est dans la logique des choses : personne ou presque ne s’en est véritablement ému. Or, pour la première fois depuis… toujours? tous les matches de la coupe du monde ne seront pas diffusés sur une chaîne gratuite : 34 matches sur TF1, le reste (34 matches également) sur Bein sports.

Alors CA, ça me fait vraiment mais vraiment chier putain. J’ai l’impression que c’est le coup fatal porté au foot qu’on aime, au foot de quand on était petits.
Finies ces journées de dingue durant le premier tour où tu t’enquillais 3 matches dans la journée, près de 5 heures de foot. Où tu avais l’impression au bout de quelques jours que c’était ça la vie, du foot et rien d’autre ou presque. Où tu avais le sentiment que ta vie précisément, n’avait plus de sens lorsqu’à l’amorce des 8èmes de finale tu n’avais plus droit, horreur absolue, qu’à 2 matches par jour. Je parle même pas de l’issue des 8èmes ou… pardon j’ai un peu de mal à l’écrire… à l’issue des 8èmes, pour la première fois depuis 2 semaines, tu te retrouvais à vivre des journées sans aucun match… La déprime totale…
En somme, la coupe du monde la plus discutée (on ne compte plus les émissions de débrief, de commentaire sur les matches, à la télé ou à la radio) sera également la moins vue.

Alors bien sûr, les Espagne-Pays Bas, Angleterre-Italie, les matchs du Brésil, de l’équipe de France, seront diffusés et tout le monde pourra les voir gratuitement.
Mais merde, une coupe du monde s’est aussi le droit et le bonheur rentrer un peu plus tôt du boulot pour s’exciter de manière disproportionnée devant un Iran-Nigéria ou, en pleine léthargie d’un weekend du mois de juin, de se faire chier comme un rat mort devant un Japon-Grèce

Oh je serai devant mon poste pour les matches diffusés (ou devant mon pc), pas de problèmes, et je vais encore me mettre dans des états pas possibles pour les matches de la Roja, je vais avoir des frissons de plaisir devant une passe de Götze, un raté de Robben ou un dribble de Neymar, ce petit con mais merde… La part de ce à quoi on peut encore s’accrocher quand on aime le foot se réduit chaque année un peu plus et ça me fout les boules.

Alors oui, on en arrive là, à notre corps défendant : « le foot, c’était mieux avant », quand on pouvait voir tous les matches de la coupe du monde à la télé. C’est Jean-Louis Murat qui comme souvent a parfaitement résumé la chose dans une interview à So Foot :  « Dites bien que j’ai un discours de vieux con mais qu’on est obligé d’en arriver là. Et que ça me fait chier. »

Mais je serai là, évidemment. La coupe du monde, au BrésilLa Roja, la Belgique, la Bosnie, l’Allemagne, la Colombie, l’Argentine, le Ghana, une équipe de France potentiellement séduisante : ça va être bien, j’en suis sûr. Jeudi soir, Brésil-Croatie en ouverture, vendredi soir Espagne-Pays Bas, « mon » ouverture. Ca va être bien !

2 réflexions sur “Le vieux con

  1. Bel article.
    « Je ne connais personne qui aime réellement, viscéralement le foot en y venant à l’âge adulte ou même à l’adolescence : ça se joue entre 5 et 10 ans selon moi. »
    C’est vrai, mais pour tous les sports je pense.

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