Toujours dans le parc à côté du bureau. Je marche derrière un lycéen qui parle au téléphone :
– T’es où?
– blablablablablabla
– Mais vas y, on devait se retrouver au jardin japonais hhhhhheeeeeeeeurrrrrrh (là il faut entendre ce son à la fois fluet, rauque et incertain qui chez l’adolescent en phase de mue fait office d’éclat de rire)
– Dis lui je suis au jardin japonais. J’arrive, dis lui que je suis au jardin japonais
– blablablablablablablablablablablabla
– Tu veux dire elle s’en bat les couilles?
– blablabla
– Ah elle s’en bat les couilles alors hhhhhheeeeeeeeurrrrrrh
– blablablablablabla
– Bah vas y dis lui j’ai eu un problème, je vais au Mac Do
– blablabla
– J’ai trop la dalle, je vais au Mac Do
– blablabla
– Ouais à plus
Là il fait demi-tour pour aller au Mac Do. Et donc, si j’ai bien compris, son pote répond au téléphone alors qu’il est déjà dans la salle et en présence de la prof. C’est dur parfois la jeunesse mais pas tout le temps quand même.
Peter LaFleur est le charismatique et sous-estimé propriétaire d’un club de gym, pompeusement appelé Average Joe’s. Mais l’endroit attire les convoitises de White Goodman, une puissante figure du monde du sport, propriétaire du rutilant Globo Gym. Une banque commissionne une experte, Kate Veatch, pour s’infiltrer dans les rouages directionnels de l’Average Joe’s afin de finaliser l’OPA de la petite salle de gym par le géant complexe de fitness. Mais c’était sans compter sur les charmes enfantins de Peter qui, rapidement, acquiert à sa cause la belle Kate. Une alternative se présente à eux pour sauver l’Average Joe’s : se lancer dans une compétition de dodgeball avec pour adversaires les gros bras du Globo Gym. (Allocine)
Dans la catégorie « néo-comédie », Dodgeball appartient à la famille « Frat pack« : allusion plus qu’évidente au Rat Pack de Sinatra, Dean Martin and co, ce « nom » inventé par le quotidien USA Today désigne le groupe de comédiens/comiques à succès apparu fin des années 90/début des années 2000 et réunissant notamment Ben Stiller, Vince Vaughn, Owen Wilson, ou Will Ferrell. Dodgeball est un modèle car il allie à merveille comédie débridée et message ultra kawai très caractéristique du genre : les supposés winners (incarnés par Ben Stiller et ses sbires) sont immondes , les supposés losers (menés par un Vince Vaughn des plus charmants) hyper attachants. Ils prendront bien évidemment leur revanche de manière maligne et subtile. D’ailleurs le sous-titre du film est « a true underdog story », c’est très explicite.
Ce que j’apprécie par ailleurs particulièrement dans ce film, c’est qu’il décline à la perfection le cahier des charges du « film de compétition » (je vois pas comment appeler ça autrement): objectif apparemment irréaliste > motivation/formation de l’équipe > entraînement > compétition. Et chaque étape est brillamment traitée, avec ses moments forts, et sur un tempo qui va crescendo : le dernier acte, celui de la compétition donc, est bien l’apothéose qu’on est en droit d’attendre, entre les matches en eux-mêmes (je rappelle qu’on parle ici d’un tournoi de ballon prisonnier avec des équipes nommées « She-Mullets », « MILFS » ou « Clown Punchers »), les a côtés et surtout, les commentaires, tous mémorables, de la paire Gary Cole–Jason Bateman.
Pour conclure, je singerai les publicitaires et communicants chargés de promouvoir le film: Dodgeball, c’est de la balle !
Dans le même registre, je recommande:
Les Miller, une famille en herbe : alors c’est pas tout à fait le même registre mais c’est le même réalisateur, Rawson Marshall Thurber, et c’est là aussi une super comédie que j’ai justement revue la semaine dernière avec beaucoup de plaisir.
Pierrette Dumortier, femme de caractère mais velléitaire et sans défense contre l’ennui, décide un beau jour de tout quitter, amant, relations, fortune et Neuchatel pour retourner à Paris. Elle s’installe dans le studio de son fils, plus surpris que ravi, quelque part en banlieue. Comment cette femme indépendante va-t-elle s’y prendre pour trouver une nouvelle vie, entre une passion subite pour un prêtre médiatique et une liaison avec un antiquaire qui la mènera en prison? (Allociné)
Grosse série de films français là.
Bon, je t’essplique : ça a pas l’air comme ça mais ça représente un petit peu de boulot quand même. C’est à dire que depuis quelques semaines, j’essaie de revoir un max de comédies marquantes (marquantes pour moi ou dans l’Histoire du cinéma) : les 3/4 des films de mon top sont des évidences, je les connais par cœur (j’ai pas eu besoin de revoir The Big Lebowski ou Les Bronzés font du ski par exemple…); pour le quart restant, j’ai parfois des doutes, des hésitations. Donc je revois certains films. Et je me rends compte que j’arrive pas à m’enflammer pour la très grande majorité des grands classiques du genre. Je les apprécie, j’arrive à reconnaître leurs qualités, leur importance mais… je leur préfère dans la très grande majorité des cas des comédies plus récentes. Peut-être parce que j’ai découvert ces dernières en salle : une comédie, c’est souvent meilleur dans une salle pleine de spectateurs qui se bidonnent autant que toi, ou avec des gens que tu aimes. Je sais pas…
L’impossible Monsieur Bébé, The Philadelphia Story, To Be or Not to Be, tout ça c’est super, génial même parfois (je pense au Lubitsch par exemple) mais pour moi une comédie fait avant tout appel à quelque chose de l’ordre de l’instinct : je ris, instinctivement, ou je ris pas. Et ces films là, me font tout simplement moins rire que tous ceux que j’ai retenu.
Par exemple, j’ai revu The Party, un film quasi unanimement salué comme une des meilleurs comédies de tous les temps. Bon, j’ai pas ri une seule fois. J’étais content de le revoir: en termes de mise en scène, c’est magistral, vraiment. Et puis c’est un film hyper pop et très touchant. Mais côté « émotion », je ne retiens que la relation Peter Sellers/Claudine Longet. Parce que je n’ai pas ri une seule fois, tout au plus souri.
Pareil : suite au décès de Gene Wylder, j’ai revu Young Frankenstein et Le Shérif est en prison. Ils sont tous les 2 super, et leur importance est cruciale pour la création et la diffusion d’un registre humoristique franchement absurde dans la comédie américaine, bien avant que les ZAZ par exemple en deviennent les maîtres incontestés. Mais bon… Passée la reconnaissance de l’importance « historique », c’est paaaaaaaaas super drôle quoi. Enfin, ça me fait pas super rire en tout cas.
Tout ça pour dire que de Pascal Thomas, beaucoup retiendront ses réussites des années 70, et ils auront sans doute raison. Mais pour moi c’est La Dilettante car c’est un film qui me fait davantage rire que les Zozos ou Le Chaud Lapin, c’est aussi con que ça.
Après, j’y mets une dimension supplémentaire que le simple « hihi c’est rigolo » évidemment: le personnage de Catherine Frot, sorte de dandy au féminin, pour qui l’élégance et la légèreté priment sur tout et surtout sur ce qui peut lui tomber sur le coin de la gueule, est un personnage qui me touche énormément.
T’as vu je déconnais pas quand je disais que pour moi il était le meilleur.
Le paradoxe nilssonien, c’est qu’il était un compositeur et musicien accompli (euphémisme) mais qu’il est devenu célèbre grâce à 2 chansons qu’il n’a pas écrites : Everybody’s Talkin’ de Fred Neil et Without You de Mariah CareyBadfinger. Là il s’agit d’un album tout entier uniquement composé de reprises.
D’une grande humilité, très dépouillé (piano-voix, doublée parfois, quelques chœurs par-ci par-là, le bruit du vent sur Cowboy), Nilsson Sings Newman entend comme son titre l’indique rendre hommage aux talents de compositeur de Randy Newman. J’adore la production sur cet album : minimaliste mais chaleureuse, ample malgré tout. Et la voix d’Harry Nilsson évidemment, qui n’a jamais été aussi expressive ni aussi bien mise en valeur. Le talent voire le génie de Randy Newman me paraît évident (il aurait pu figurer dans mon top avec n’importe lequel de ses 4-5 premiers albums) mais le fait est que la voix et l’interprétation par Nilsson de quelques unes de ses plus belles chansons permettent à ces dernières d’atteindre une pureté, une grâce véritablement estomaquantes, et qui les rendent supérieures à ces versions à lui selon moi. I’ll Be Home, Caroline ou Dayton, Ohio 1903 figurent parmi mes chansons-frissons ultimes. La boule dans la gorge, à chaque fois.
Je déconne tellement pas dans mon panégyrique d’Harry Nilsson que si je m’écoutais, je mettrais un 4ème album dans mon top:
Il s’agit de la « bande originale » du dessin animé du même nom. J’utilise des guillemets car c’est un peu plus que ça : Nilsson lui-même raconte, entre chaque morceau, l’histoire d’Oblio et de son chien Arrow. The Point! ne comporte donc en réalité que 7 morceaux, un gros quart d’heure au total. Mais quel quart d’heure! Élégantes, légères, ludiques et précises, les chansons de cet album sont toutes des mini-classiques. The Point! apparaît ainsi comme un disque charnière, entre la pop désuète et précieuse des débuts, et celle plus je m’enfoutiste qui allait suivre. Et qui me parle moins.
Ce n’est vraiment pas le moment pour Jean-Pierre, agent sportif, de garder le labrador d’une amie pendant une semaine alors qu’il est empêtré dans de sombres affaires. Et pourtant, cette corvée va l’entraîner dans la plus hallucinante des aventures, où son pire cauchemar risque bien d’être la chance de sa vie. (Allocine)
Bon, celui-là en revanche, c’est pas un film de Les Nuls mais j’en suis vraiment fan pour le coup.
Ca s’explique difficilement, je le concède… J’imagine que lorsque je dis qu’il n’y a rien de plus subjectif que l’humour et la peur, puisqu’ils appellent tous 2 des réactions instinctives et pas toujours intellectualisées, je pourrais prendre Didier comme exemple : voir Chabat faire le chien, déchirer un coussin en jouant, tourner 2 fois sur lui-même avant de se poser, renifler l’arrière-train des autres chiens ou des passantes (« on ne sent pas le cul!! ») ça s’explique pas, ça me fait rire, tout simplement. Observer Bacri en train de montrer au même Chabat comment enfiler un pantalon (« tu prends une gambas, voiiiiiilààààààààà »), comment utiliser les toilettes et comment ne pas « sentir le cul » donc, ça me fait BEAUCOUP rire.
Jean-Pierre Bacri : elle est là surtout la raison de mon affection pour ce film. Le mec a beau jouer toujours le même rôle, toujours de la même manière, je le concède là aussi, je suis fan. Et, c’est sans doute à mettre au crédit de Chabat, dans Didier il est certes toujours dans le même registre mais avec un certain recul, un petit sens de l’auto-dérision des plus sympathiques. Il me fait rire et il m’attendrit, je peux pas dire plus/mieux.
Deuxième raison : alors que le film subit objectivement un petit coup de mou dans sa seconde moitié, paf, il retrouve un second souffle grâce à Dieudonné. A l’époque, Dieudonné était l’homme le plus drôle de France, y avait pas débat, comme son tout petit rôle dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre l’a démontré quelques années plus tard (je cite ce film pour prendre l’exemple le plus visible, je pourrais évidemment citer ses premiers spectacles). Dans Didier il est vraiment génial dans le rôle du commentateur de foot. Bon évidemment dire que Dieudonné est un génie de l’humour et de la comédie maintenant, en 2016… Ca parait totalement dérisoire. Mais avant de péter les plombs, il était intouchable le mec.
Ce que j’ai écrit dans la notice précédente est valable pour cet album. J’ajouterai simplement que sur Harry, Nilsson va encore plus loin dans son détachement au rock et à son époque, avec ce qui restera comme son album le plus désuet.
A noter enfin que si Everybody’s Talkin’, chanson retenue pour le film Madacam Cowboy, figure sur Aerial Ballet, on trouve ici I Guess The Lord Must Be in NYC, la chanson que Nilsson avait écrite pour le film, et qui n’a donc pas été retenue.
Jacques et Martine s’apprêtent à recevoir une ribambelle d’amis à dîner. Tous ne se sont pas revus depuis dix ans et entre temps, certains ont réussi quand d’autres ont eu moins de succès. L’invité d’honneur est l’ex de Martine, devenu un écrivain très prisé des médias, accompagné de son épouse, une talentueuse journaliste. (Allociné)
D’un point de vue cinématographique, y a rien, ou pas grand chose: c’est le prototype du film dont on dit qu’il s’agit de « théâtre filmé ». Qui est une forme de cinéma en soi comme l’ont prouvé aussi bien Hitchcock que Resnais, mais là n’est pas le débat que je n’ai ni le courage ni les compétences d’affronter. Disons que la réalisation est très fonctionnelle.
Restent donc le texte et les acteurs. Et l’air de rien, rétrospectivement, on se rend compte que Cuisine et Dépendances constitue un petit jalon de la comédie française : il s’agit du premier film co-écrit par le tandem Bacri–Jaoui, dont l’influence sur le cinéma français des années fin 90-début 2000, aux résultats certes variables, me paraît indéniable.
Leurs films à eux (Le Goût des Autres, Au bout du conte, le-truc-avec-Marilou-Berry-et-la-nana-de-Premiers-Baisers-qui-vit-à-Toulouse-et-que-je-croisais-régulièrement-à-une-époque) mettent en valeur leurs moralisme, voire leur côté donneur de leçons assez désagréable. Les films qu’ils ont écrit pour Resnais en revanche (Smoking, No Smoking, On connaît la chanson) font ressortir ce qu’ils ont de meilleur : le talent pour la dissection des relations humaines, leur côté entomologiste. Disons pour schématiser que leurs propres films explicitent un peu trop là où ceux de Resnais suggèrent avec subtilité.
Cuisine et Dépendances penche du bon côté avec la mise en scène sobre (« fonctionnelle » même) d’un petit théâtre de la lâcheté, de la flagornerie et des illusions perdues à la fois réjouissant et touchant. Le couple Zabou Breitman – Sam Karmann, elle dans la bonhomie surjouée et borderline, lui dans la rondeur confinant à la veulerie, est irrésistible. Bacri interprète pour la première fois (que je sache en tout cas), LE personnage auquel il est désormais pour toujours associé, celui du râleur-bougon au grand coeur. A noter également l’un des premiers rôles importants de Jean-Claude Darroussin, excellent lui aussi (on est en 1993 là l’air de rien, il y a 23 ans donc…).
J’aime ce film un peu facile de manière un peu facile aussi, parce qu’il renvoie avec justesse tout un chacun à des situations vécues, aux petits ou grands travers des relations humaines auxquelles on peut au minimum s’identifier.
Roger Pouplard, réparateur de réfrigérateurs en Normandie, multiplie les conquêtes féminines. Marié et père d’un enfant, il n’est pas attiré par sa femme Jeanine, la pâtissière du village. En revanche, il passe beaucoup de temps avec Nadia, la bouchère du coin. Lorsqu’il part en week-end à Deauville avec sa maîtresse, il croise un vieil ami de l’armée, Chanteau, qui semble fort s’intéresser à Nadia… (Allociné)
Indissociable des Galettes de Pont Aven dans mon Panthéon personnel, j’ai choisi ce film-ci au détriment des Galettes… pour des raisons de cohérence topienne (j’y reviendrai dans un autre billet).
Je parle des 2 films ici. Et je ne résiste pas à l’envie de poster la meilleure scène du film, qui vaut tous les discours et arguments du monde pour convaincre les pauvres âmes qui ne connaîtraient pas encore ce chef d’oeuvre :
Alors évidemment, les Beatles, Brian Wilson, Neil Young, Ray Davies, Bowie… Évidemment. Mais au final, je me demande si ça serait pas Harry Nilsson. Oui oui, tout à fait, t’as bien lu. Harry Nilsson. Le meilleur. L’Élu.
Non mais sérieusement… Il écrivait, jouait, arrangeait, interprétait. Et quelle voix nom de Dieu ! D’une pureté… Pour citer le grand Général Spontz, « sa voix est limpide… comme du cristal ». La voix mais aussi les talents d’interprète : sur Together par exemple, son flow, la conviction, la passion même qu’il met dans sa performance, convoient à merveille le flot de passions ou à l’inverse les creux d’une histoire d’amour, de l’histoire d’un couple. Chef d’oeuvre ! Souvent, comme sur ce titre justement, il double sa voix : Elliott Smith, sur lequel il aura une énorme influence (ils ont même une certaine ressemblance physique je trouve), utilisera souvent le même procédé.
Non mais sérieusement, il avait TOUT bon sang. La distance et l’empathie, parfois en même temps (« years ago I knew a man, he was my mother’s biggest fan » en ouverture de l’album et de Daddy’s Song; sachant que son père a abandonné le foyer familial alors qu’il avait 3 ans…), l’immédiateté mélodique et la virtuosité.
Bon, évidemment, pas très rock tout ça. Pas rock DU TOUT même : on est davantage du côté du music-hall, du cabaret, de la variété américaine, de la bossa-nova (le sublime Wailing of the Willow), de la pop dans ce qu’elle a de plus élégant, de raffiné et de désuet que du boogie.
Il était selon moi un génie et c’est quelqu’un que je place au même niveau qu’un Brian Wilson ou un Paul Mac Cartney.
LE point positif de la dématérialisation de la musique et de l’ère de l’internet (pour résumer), c’est que tout, ou presque, étant accessible en un clic, ou presque, on ne compte plus les artistes ou groupes qui ont enfin accédé à une plus large audience et ont pu être (re)découverts ou réhabilités. Pourtant, j’ai la nette impression qu’Harry Nilsson ne fait pas partie de ceux là, qu’est encore largement ignoré et/ou méconnu et je n’arrive pas à comprendre pourquoi tant son génie encore une fois, relève selon moi de la plus grande évidence…
Et en même temps, l’un des points négatifs de la dématérialisation de la musique et de l’ère de l’internet, c’est que tout étant désormais accessible à tout le monde, les poches de résistance, les fenêtres de snobisme, les secrets bien gardés sont de plus en plus rares pour les music geeks toujours désireux de garder pour eux LE groupe ou LE chanteur dont eux seuls ont su reconnaître le génie. Harry Nilsson en fait partie il me semble, et si je regrette qu’il soit encore un artiste trop confidentiel, notamment en Europe, quelque part ça me réjouit aussi.
Sinon, Aerial Ballet car c’est objectivement son meilleur album et que c’est ici qu’on peut y entendre 2 des plus belles chansons du monde: Everybody’s Talkin’ et One. Quelle classe bon sang. Le titre de l’album fait référence à ses grands-parents suédois qui présentaient un numéro de ballet aérien dans un cirque : Nilsson était ce qu’on avait coutume d’appeler un « enfant de la balle », il a par exemple travaillé très jeune au Paramount Theatre de Los Angeles, ancêtre de nos multiplexes actuels. Cet album (et les 2 suivants) me fait le même effet que le premier album de Big Star : l’évidence, l’épiphanie, l’impression d’avoir découvert la pierre philosophale à chaque fois, après toutes ces années.
Je suis pas un inconditionnel de ce film, il devrait pas être dans ce classement. Je le trouve drôle, parfois très, mais paaaaaaaaaaas non pluuuuuuuuuuuuus… La Carioca, « prenez un chewing gum Emile », tout ça, bon…
J’ai quand même été agréablement surpris quand je l’ai revu y a pas si longtemps : ça n’avait pas trop vieilli et j’ai été sensible à de nouveaux petits trucs qui m’ont bien fait marrer. Le « Vous avez pensé à l’amener à l’Aquasplash? » lancé par le flic à Chabat par exemple, m’a davantage fait rire que ce qui suit immédiatement (Farrugia qui vomit parce qu’il est « hyper content »). Bon, de l’écrire (« Farrugia vomit parce qu’il est hyper content »), ça me fait sourire quand même.
Brrrrrrrrrreeeeeeeeef.
Je le mets dans ce classement parce que les Nuls. Et les Nuls, ça a vraiment été une révolution pour moi et je pense pas mal de gens de ma génération.
J’ai fait partie, enfin, ma famille, des premiers abonnés de Canal Plus; ça devait être début 1985 (la chaîne ayant été lancée fin 1984). Ca n’a l’air de rien maintenant, encore moins depuis que la chaîne ne ressemble plus qu’à l’ombre du pipi de son chien, mais à l’époque, c’était un événement et j’avais réellement le sentiment de faire partie d’une caste de privilégiés : des films en exclusivité (des films sortis au ciné il y a A PEINE 1 an t’imagines??), le championnat de France de football, la NBA (gros choc la NBA aussi, avec les matches de la triplette Michael Jordan – Larry Bird – Magic Johnson), Canal Plus, c’était vraiment la télé telle qu’on l’avait jamais vue. Là je rappelle pour enfoncer le clou que jusqu’à ce qu’elle débarque, on n’avait droit qu’à 3 chaînes.
Et puis il y avait les émissions en clair. Du costaud là aussi car elles devaient être suffisamment pertinentes, impertinentes, drôles, uniques pour inciter les gens à en demander plus, et donc, à s’abonner. Et la locomotive des premières années, avant que Nulle Part Ailleurs ne devienne ce fleuron de la télévision française, cette machine de guerre, à innovations, à séquences cultes et à emmagasiner les nouveaux abonnés, c’était les Nuls. Et les Nuls, à la télévision française, en 1987, année de la création d’Objectif Nul, étaient uniques. En tout cas ça me faisait marrer comme rien d’autre auparavant : j’avais l’impression de voir un truc vraiment neuf et qui appuyait toujours sur mes bons boutons (l’absurde, le référentiel, le pipi-caca etc). Ok, ok, Coluche, Desproges, le Petit rapporteur que sais-je, j’en passe et des meilleurs mais
1. ce mélange d’humour absurde anglo-saxon à la Monty Pythons, d’humour scato, de parodies ciné/télé, je pense pas que ça existait auparavant en France, et en tout cas, en 1987, ça n’existait pas
et 2. peut-être plus important encore, les Nuls, étant neufs, je pouvais donc me les approprier. De la même manière que les ados des 70s ce sont appropriés T-Rex et pas Eddie Cochran ou ceux des 90s Oasis ou Blur et non les Beatles. Parce que c’était des artistes de leur génération, pas celle de leurs parents ou de leurs grand frères ou grandes soeurs. C’est hyper important ça dans le processus d’identification et d’appropriation d’un style, d’un groupe ou d’artistes qui aident à se forger et à se construire.
J’ai donc immédiatement accroché à Objectif Nul. Et j’ai aimé les Nuls comme j’ai pu aimer un groupe de rock qui me parlait intimement. J’avais vraiment l’impression de voir des mecs (et une nana) complètements fous et libres, osant et réussissant absolument tout et, je me répète, qui me parlaient comme personne. Évidemment par la suite, on remonte le fil des influences : on remonte aux Monty Pythons, aux ZAZ, au Saturday Night Live, comme je suis remonté à Gainsbourg, à Jean-Claude Vannier, à François de Roubaix grâce à Air par exemple.
Mais j’avais 14 ans et les Nuls c’était là, tout de suite. J’aimais Chabat ou Carette comme mes chanteurs favoris, la seule différence, par rapport aux Smiths par exemple, c’est qu’eux me faisaient marrer (oui on peut dire ça je crois : les Nuls m’ont davantage fait marrer que les Smiths).
A partir d’Objectif Nul j’ai donc tout, absolument tout suivi avec passion et assiduité, jusqu’à participer, en tant qu’invité-concurrent, à leur dernier véritable projet collectif, leur émission de radio sur Europe 1 (le Zouzouk, au cours de la saison 1994-1995). Je parle même pas des expressions ou sketchs connus par cœur, que je citais absolument tout le temps à tort et à travers avec tout le monde, et que je peux encore citer encore aujourd’hui. Je crois que le moment est venu de faire des excuses à ma famille et à mes proches pour ces plus de 25 ans de « l’a pô compris », de « je suis pas un enculeur de maman » ou de « dans les rizières de Saïgon, y a le nuoc-mâm qui sent la merrrrrrrrde, oui » par exemple.
Je garde toujours beaucoup de tendresse pour Dominique Farrugia malgré son droitisme rampant, pour Chantal Lauby, malgré son penchant pour les gros navets, pour Alain Chabat malgré son jeu d’acteur désastreux (y a du mieux quand même ces dernières années, cf Les gamins ou Réalité). Et pour Bruno Carette dont je ne sais pas quoi dire de plus intelligent que le convenu et sempiternel « il est parti trop vite » tellement la formule lui semble malheureusement destinée. Jean Meyrand putain, LA RUE LEPIC.
Quel putain de génie…
Donc voilà, La cité de la peur, c’est pas ma comédie française préférée, c’est même pas ce que les Nuls ont fait de mieux selon moi (L’Emission quand même, quel pied nom de Dieu !) mais les Nuls + moi = AESD.