Top 10 cinéma 2015

Cette fois c’est bon, on y est. Et en plus, c’est un poil plus court que précédemment : c’est ta récompense après ce long et harassant périple dans le dédale des arcanes des méandres du labyrinthe sans fin et sans issue de ma rétrospective 2015.

10. Le Pont des espions

Ici

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Tom Hanks, le type que tu n’arriveras jamais à complètement détester.

9. Comme un avion

J’ai toujours regretté que Bruno Podalydès ne tienne pas le premier rôle dans un film. Je trouve que ce mec a un vrai talent comique, curieusement inexploité jusqu’ici. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, c’est maintenant chose faite. Et il est parfait dans ce rôle d’ingénieur informatique précautionneux voire maniaque, un peu rêveur, passionné par l’aéropostale, qui décide un jour de bousculer (un peu) sa petite vie routinière. Postulat classique certes, que Podalydès déjoue intelligemment en prenant à contrepied le concept de road movie et en offrant, contre tout attente, une conclusion inquiète et étrange à un film jusque là drôle, léger et charmant. Très drôle même. Et très charmant.

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« Je crois énormément au matos »


8. American Sniper

Ici


7. Lolo

Julie Delpy se classe juste en dessous de Maïwenn dans mon top « j’ai envie de leur faire bouffer des parpaings » : souvenir de prestations télé hystériques à base de franglais, à faire passer JCVD pour Alain Rey. Mais voilà : elle a du talent, elle. Bon, c’est seulement le 2ème film qu’elle a réalisé que je vois, mais le précédent, La comtesse, m’avait également bluffé, dans un registre diamétralement opposé.
Ici donc, elle s’essaie à la comédie pure, dans une sorte de remake potache de Cyrus, le film des frères Duplass avec Jonah Hill dans le rôle tenu ici par Vincent Lacoste. Même si Jonah Hill ressemble davantage à un mec qui a bouffé Vincent Lacoste.
Lolo est une réussite car pour une des rares fois dans la comédie française, la greffe de la comédie américaine fonctionne à merveille sur un contexte, des situations, des personnages, extrêmement français. C’est osé, décomplexé, trash même parfois, mais on est pas dans Radiostars en gros (j’aime beaucoup ce film mais on sent trop que les mecs rêvent d’Amérique). Delpy réalise donc mais campe aussi à l’écran et avec beaucoup d’auto-dérision un personnage de pure connasse parisienne (pléonasme) finalement touchante, Dany Boon incarne lui LE provincial typique (gentil, enthousiaste, émerveillé par la capitale mais évidemment moins con qu’il n’en a l’air) etc. So French. Et Vincent Lacoste évidemment, idéal dans le rôle du petit con tête à claques qui n’a jamais coupé le cordon et va mener la vie dure au nouveau petit ami de sa mère. Super comédie donc. Française. Vive la République.
Et puis un film qui s’appelle Lolo quand même…

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Dany Boon, acteur trop sous-estimé.


6. Le Nouveau

LA surprise de cette fin d’année : le pitch et l’affiche peuvent laisser craindre une comédie pour enfants ou pire, une espèce d’horreur à la Profs (et non pas « une horreur à la P.R.O.F.S » qui est une expression qu’on ne lira/dira jamais. Ceux qui savent, savent.). J’y suis quand même allé sur la foi d’une bonne critique (ici pour être tout à fait précis). Et aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est exactement ça : une espèce de « Les Beaux gosses, le prequel », mâtiné de Supergrave. Eh ouais.
Je sais pas quoi dire de plus en fait : c’est une réussite assez dingue qui jamais ne prend les enfants pour des cons (ni ceux à l’écran, ni ceux dans la salle), jamais ne les pervertit non plus pour attirer l’adhésion d’un public plus adulte, c’est extrêmement drôle mais ça montre, et ça rappelle à ceux qui l’auraient oublié, combien les années collège peuvent être dures et cruelles. Gros coup de cœur donc. Et puis il faut dire les choses : Max Boublil est un super acteur comique.

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Freaks and geeks


5. It Follows

L’un des films les plus plébiscités cette année, et c’est mérité. Je ne m’attarderai pas, il a déjà été beaucoup, et bien discuté ailleurs : c’est effectivement la fusion parfaite du film d’auteur, du film d’horreur et du teen movie, le rejeton génial de la rencontre improbable entre John Carpenter et Gus Van Sant.

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La beauté plastique de certaines séquences


4. Love and Mercy

Je m’en voulais de l’avoir raté en salle mais c’était davantage un acte manqué je pense car j’appréhendais pas mal de le voir. Je n’arrivais pas à croire les critiques dithyrambiques, venant parfois d’amis sûrs aux goûts irréprochables. Mais j’avais tort : Love and Mercy est bien la réussite totale décrite à peu près partout.
A la fois film sur la musique, sur la création artistique, la folie, la naissance de l’amour et pas mal d’autres choses encore, il parvient à être juste, sensible et beau quel que soit le thème abordé. Et ce sont les scènes que j’appréhendais le plus qui m’ont le plus emballé : les scènes de studio au cours desquelles Bill Pohlad s’attache à documenter l’enregistrement de quelques uns des plus beaux morceaux qui soient, des morceaux qui ont tant compté et qui comptent encore tellement pour moi (ceux de Pet Sounds). Magnifique. Le réalisateur, Bill Pohlad, est un mec chevronné, surtout connu en tant que producteur (12 years a slave, Into the Wild, Brokeback Mountain) qui signe là seulement son premier film : il fallait sans doute un petit génie inconscient ou au contraire, comme ici, un vieux routard lucide pour rendre grâce à l’histoire de Brian Wilson et dans une moindre mesure des Beach Boys.
Casting impeccable, montage génial, bande son bluffante, tout est parfait. Le générique de fin m’a terrassé.

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John Cusack dans le rôle de sa vie


3. Crimson Peak

Quel cinéaste étonnant que ce Guillermo Del Toro… Après un blockbuster maousse dont je n’ai toujours pas compris s’il était du lard ou du cochon (Pacific Rim), c’est avec ce qui constitue peut-être son film le plus référentiel qu’il livre un de ses films les plus intimes. Et qu’il se replace au top du game. Yeah.
La Hammer, Mario Bava, Rebecca, Bram Stoker et toute la littérature gothique en général mais aussi sa propre filmographie (notamment le Labyrinthe de Pan et l’Echine du diable) : Crimson Peak évoque une multitude d’oeuvres passées. Mais à l’instar de Flaubert, il y a fort à parier que Del Toro pourrait dire « Edith Cushing (le nom de son héroïne, en hommage à Peter Cushing bien sûr), c’est moi » : aspirante écrivain moquée pour son penchant pour les fantômes et le fantastique, Edith (Mia Wasikowska, impeccable) épouse le ténébreux et séduisant Thomas Sharpe (Tom Hiddleston, effectivement charmant) et part s’installer dans son immense et inquiétant manoir mouvant (il est construit sur un sol argileux), quasiment vivant. Et si Edith est Guillermo, ce manoir qui veut sa peau, c’est évidemment Hollywood, qui l’a également rudoyé (l’adaptation avortée du Hobbit que Peter Jackson a finalement récupéré) avant de… Spoiler alert.
Mais à la limite, cette mise en abyme est accessoire : d’une beauté formelle époustouflante dans un style gothico-victorien, Crimson Peak fonctionne super bien en « simple » conte macabre et romantique. Beau, prenant, émouvant, profond, c’est tout simplement du cinéma populaire tel qu’on l’aime !

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Rien à voir avec Tim Burton


2. Microbe et Gasoil

C’est con mais ça fait vraiment plaisir de voir des comédies françaises enfin au niveau des comédies américaines, tout comme ça fait plaisir de voir tous ces excellents groupes de pop français qui fleurissent un peu partout depuis quelques années (je vais pas faire la liste, ils sont dans mes tops musique). Marrant d’ailleurs la concomitance de ces 2 phénomènes, ça serait à creuser… Grande remise, le blog qui ouvre des pistes et ne les creuse pas.
Ici donc, Michel Gondry livre un film à la fois drôle et dur sur l’adolescence et l’amitié. On peut penser ce qu’on veut de ses films précédents (ses clips eux font l’unanimité je pense), mais parvenir à capter de cette manière des moments aussi intimes, aussi puissants, aussi violents, aussi cruciaux (et aussi drôles aussi, quand même) dans la formation d’un être humain eh bien… c’est non seulement remarquable mais aussi très rare. Gondry est un artiste qui a évidemment toujours gardé un lien fort avec l’enfance mais il ne l’avait jamais exploité et retranscrit de cette manière. J’espère vraiment qu’il continuera à tourner dans cette veine, où son amour pour l’artisanat, la bricole et la fantaisie se met au service du récit et non l’inverse.

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Gasoil et Microbe

1. La sapienza

L’an dernier, mon lauréat était Le Grand Hotel Budapest, un film qui regrettait la disparition mais luttait néanmoins pour la survivance d’un monde plus beau et plus raffiné comme rempart à l’ennui, à la petitesse, à la laideur voire à la barbarie du monde, parfois.
Je vois dans La Sapienza la poursuite, ou un écho à ce que disait Wes Anderson : le salut, personnel, du couple et donc du monde, peut venir de la beauté, pour qui sait la voir.
Je me rends compte en l’écrivant que ça a l’air complètement con mais c’est tout simplement brillant et lumineux, l’évidence de la simplicité. Bouleversant en vérité.
J’ai d’autant plus aimé ce film que je n’y attendais pas du tout : j’avais détesté La Religieuse portugaise, le précédent film d’Eugène Green. J’avais détesté le style Green pour être plus précis, qui privilégie le texte et la diction avant toute chose, et met donc en scène de manière très minimaliste (le champ/contrechamp face caméra a sa préférence) des acteurs qu’on pourrait qualifier de monolithiques. Mais ce qui m’avait paru terriblement ennuyeux et caricatural dans La Religieuse…, m’a ici semblé parfaitement adapté, et mieux encore, la seule manière possible de traiter cette histoire : les mots et les mots seulement pour évoquer la beauté des lieux, des intentions, des sentiments, des êtres.
Mon seul regret : ne pas avoir découvert le film en salles, d’autant qu’Eugène Green avait fait le déplacement pour le présenter au public toulousain.

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« Le trésor de l’aube est la sapience. »

Top cinéma 2015 – 5ème partie : maxi best of

Non c’est pas fini. C’est LOIN d’être fini. Ah j’ai pas beaucoup posté l’an dernier mais tu vas en chier maintenant, je te le dis moi !

Kingsman

Ici

Life

Après 2 excellents films d’espionnage que j’ai beaucoup aimés (The American avec George Clooney et A Most Wanted Man, dernière apparition à l’écran de Philip Seymour Hoffman, Anton Corbijn revient à un sujet plus personnel ou en tout cas plus proche de sa vie « d’avant », en tant que photographe (de U2 notamment). Il raconte ainsi ce moment où Dennis Stock, anonyme cheville ouvrière de l’industrie hollywoodienne (il travaille principalement en tant que photographe de plateau et d’avant-premières, sur les tapis rouges), rencontre James Dean, dont la carrière est sur le point de décoller (il vient de tourner La fureur de vivre). Stock sent que Dean peut marquer son époque et dans le même temps, lui servir de tremplin. Il le convainc de réaliser une série de photos qui, simultanément à la sortie du film de Nicholas Ray, feront de lui le mythe que l’on connait.
Au-delà de l’évocation d’un moment clé de l’histoire de la pop culture (James Dean a pour ainsi dire inventé l’adolescence), moment que Corbijn retranscrit avec la distance nécessaire (ni trop d’emphase, ni trop de froideur), au-delà également d’un épisode qui fait écho à la propre vie de Corbjin (qui a accompagné lui aussi l’explosion de U2 puisqu’il les a accompagné depuis leur première tournée américaine et a notamment signé la pochette de The Joshua Tree, l’album qui les a fait basculer dans le monde des superstars), Life montre surtout la rencontre de 2 personnes dans un moment à la fois de fragilité et d’espoir pour chacun d’eux. C’est un film qui prend son temps, qui peut sembler un peu atone dans un premier temps mais qui marque davantage que des films plus impressionnants sur le moment. Il repose évidemment sur l’interprétation et l’alchimie entre les 2 acteurs (Robert Pattinson dans le rôle de Dennis Stock,  Dane DeHaan dans celui de James Dean) et là aussi, il est irréprochable.
Un film donc, que je conseille particulièrement car j’ai l’impression qu’il est un peu passé inaperçu.

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On Broadway

21 nuits avec Pattie

Il faut voir les choses en face : le meilleur des Larrieu est sans doute derrière eux. Quand on les connaissait pas ou peu, qu’ils tournaient avec des acteurs encore émergeant (quand Amalric n’était pas aussi célèbre en gros), qu’ils abordaient la notion de couple avec un regard vraiment neuf.
Depuis plusieurs années maintenant, ils se sont embourgeoisé. Les derniers jours du monde, sans doute leur film le plus coûteux ressemble à un magnifique baroud d’honneur, un geste un peu kamikaze dont ils ont je pense encore du mal à se remettre financièrement.
21 jours avec Pattie est donc à la fois un film bourgeois (Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussolier au casting) et un « petit » film (ils ont tourné dans le village tarnais dans lequel, enfants, ils passaient de nombreuses vacances avec leurs parents). Ceci étant dit, on parle des Larrieu là : les longues tirades de Karin Viard dans la première partie, c’est de la pornographie, ni plus, ni moins. Il n’y a qu’eux pour écrire, filmer et mettra ça dans la bouche d’une des actrices les plus « installées » en France aujourd’hui.
Dans sa seconde partie, suivant le fil d’un récit distendu comme toujours chez eux, le film est encore meilleur : il délaisse délibérément le personnage interprété par Viard, qui a fait son ouvrage auprès d’Isabelle Carré, et peut donc laisser celle-ci faire son deuil et revenir à la vie. C’est très finement et sensiblement montré. Très émouvant aussi, avec ce final qui rappelle celui d’Un homme, un vrai, manière de boucler la boucle et de montrer qu’ils sont encore capables de très belles choses.

Eros et Thanatos
Eros et Thanatos


La tête haute

Les années passant, j’ai de plus en plus de mal avec les films « sociaux ». J’entends par là les films qui essaient de prendre un problème social à bras le corps ou qui prennent pour contexte une situation « délicate », des personnages « abîmés par la vie ». Parce que là ou les Dardenne montrent des personnages abîmés par la vie, on a vite fait d’en montrer d’autres qui sont abîmés par la life, tu vois. Autrement dit de charger la mule, adopter la mauvaise distance, surjouer l’authenticité (coucou La loi du marché).
Exercice ô combien périlleux donc, qu’Emmanuelle Bercot déjoue brillamment : parce que la bonne distance précisément, parce que l’authenticité (le casting, impeccable mélange d’acteurs chevronnés et amateurs) et parce l’ampleur du récit. La tête haute n’est pas une chronique ordinaire de l’inadaptation, de la misère sociale, que sais-je encore: le film se déroule sur une période de plus de 10 ans, ce qui lui confère une dimension de saga. Si j’osais, je dirais même qu’il y a du Dickens là dedans… Bercot a de plus l’intelligence et le talent de ne donner aucune date, aucun marqueur temporel autre que celui des événements de la vie de son héros. Le temps qui passe pour lui, passe pour nous par le montage uniquement et donc par le cinéma. Super film, vraiment.

Ca fait plaisir de revoir Benoît Magimel dans un bon rôle et un bon film
Ca fait plaisir de revoir Benoît Magimel dans un bon rôle et un bon film


Shaun le mouton

J’y allais un peu à reculons, regrettant que les studios Aardman se contentent à mes yeux de recycler un personnage existant et capitalisent sur la popularité de ce même personnage, au lieu de créer quelque chose de nouveau. Mais ces gens-là (du studio Aardman) sont vraiment des gens d’une sensibilité et d’une intelligence dingue. Même la « critique » des fashionistas et autres hipsters (entre guillemets car on est davantage dans le gentil brocardage), critique aisée et attendue, est subtile et pleine de bienveillance. Comme quoi on peut très bien faire un film pour les plus petits (mais vraiment les tout petits, un film de bébé, au sens propre) ET les adultes. Coucou Star Wars.
Enfin, Shaun le mouton est la preuve que les studio Aardman appartiennent définitivement au patrimoine britannico-britannique au même titre que les scones, Lewis Carroll, le Boxing Day ou les Kinks. Larmichette inévitable à la fin.

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Le temps qui passe, là aussi

Crazy Amy

Je ne partage pas l’enthousiasme général au sujet de ce film mais je pense que c’est une réussite et ça fait plaisir de voir Judd Apatow revenir à ce qu’il sait faire de mieux : un mélange n’appartenant qu’à lui d’humour trash et d’émotion subtile.
Ne pas réaliser un scenario qu’il a lui même écrit et délocaliser l’action à New-York (et non plus Los Angeles comme tous ses autres films) lui a visiblement fait du bien : il laisse un peu de côté son obsession du couple qu’il a pu si bien traiter mais qui l’a mené dans une impasse lors de son précédent 40 ans, mode d’emploi. C’est encore la question du couple qui taraude son héroïne mais davantage à travers un questionnement et un cheminement personnels : c’est lorsqu’elle aura accompli sa mue de son côté qu’elle sera prête à changer de vie. Et ce sont les scènes familiales (avec sa sœur et leur père) qui créent le plus d’émotion.
Depuis Mes meilleures amies (qu’il n’a pas réalisé mais qu’il a produit avec beaucoup de conviction), Apatow semble davantage intéressé par la description de personnages féminins : voir aussi son implication dans la série Girls. Il s’est dans le même temps un peu détaché de ses poulains (notamment Seth Rogen). Ca l’oblige à se réinventer un peu, c’est intéressant mais du coup je vois davantage Crazy Amy comme un film de transition. A suivre donc.

OK, je l'avoue : en fait j'ai un peu de mal avec Amy Schumer.
OK, je l’avoue : en fait j’ai un peu de mal avec Amy Schumer.


Pulp – a film about life, death & supermarkets

Les bons documentaires musicaux sont rares parce que
1. les documentaires musicaux sont rares
2. le type derrière la caméra ne pose pas toujours un regard super intéressant sur son sujet.
Exemple type : cette année, j’ai également vu un autre docu au sujet très proche, celui consacré à la reformation d’une autre vieille gloire britannique, les Stones Roses. Et le film est sans intérêt. C’est à dire que j’ai pris du plaisir à le regarder parce que c’est super de voir Ian Brown, John Squire, Mani et Reni rejouer ensemble, parce que c’est toujours émouvant de voir des fans qui n’y croyaient plus pouvoir assister à l’un de leurs concerts, et parce que l’identification marche à fond :  j’aime les Stone Roses et j’ai peu ou prou le même âge que leurs fans de la première heure. Mais passé ce plaisir immédiat et purement instinctif, le film n’a aucun intérêt artistique et cinématographique : il est réalisé par un fan absolu (il ne s’en cache pas) et en caricaturant, on pourrait presque dire de lui qu’il s’agit d’un publi-reportage à la gloire du groupe.
Ce que n’est pas Pulp, a film about life, death & supermarkets.
Ca n’est pas faire injure aux Stone Roses, qui ont énormément de qualité et qui sont un groupe que j’adore, que de dire que Pulp est à la base un groupe plus intéressant. Un parcours plus intéressant, une musique plus intéressante (et complexe), des paroles BEAUCOUP plus intéressantes.
A l’occasion de la reformation surprise du groupe en 2012, le réalisateur a donc décidé de se rendre dans la ville de Sheffield, leur ville, le jour du concert des enfants prodigues, afin de recueillir le sentiment des habitants à leur sujet. Le film comporte donc quelques scènes de concerts, quelques paroles des membres du groupe mais surtout des paroles d’anonymes, fans de la première heure, passants, commerçants, association récréatives, vieilles dames, universitaires etc. Le film offre ainsi d’abord un portrait de la ville et, ensuite, en creux, un portrait du groupe. Une ville industrielle dont la rudesse transparaît à chaque plan et dans la personnalité des personnes interrogées, et dont on comprend l’importance qu’elle a pu avoir dans le rapprochement de ces 5 parias sublimes, forcément marginaux dans un tel environnement.
Et en plus de cette approche singulière, il y a évidemment Jarvis, qui bouffe l’écran et donc le documentaire à chacune de ses apparitions, que ça soit sur scène ou lorsqu’il est interrogé par le réalisateur. Cet homme, Jarvis Cocker, a un charisme et une présence incroyables sur scène, une intelligence et un sens de la répartie merveilleux sur scène également mais aussi en dehors. Quand on fait le bilan, il est sans doute le dernier grand songwriter britannique, dans la lignée de Ray Davies, Bowie ou Morrissey.
Evidemment, ça marche sans doute mieux si on apprécie le groupe : Pulp me suit depuis plus de 20 ans (depuis le single My Legendary Girlfriend entendu chez Bernard Lenoir un soir de 1992 pour être précis) et plus le temps passe, plus ce groupe est précieux à mes yeux. Mais je pense que ce film est un modèle de documentaire musical original et stimulant pour quiconque s’intéresse au rock.

Héros ABSOLU
Show me a hero

Mia Madre

C’est un beau film, émouvant et sans pathos, sur la fin de vie d’une honorable romaine, à travers le regard de son fils ingénieur (interprété par Nanni Moretti lui-même) et de sa fille réalisatrice de cinéma (Margherita Buy). Sans pathos et sans voyeurisme mais avec beaucoup de douceur et de bienveillance.
J’aime la façon dont Moretti ne cherche pas à dire quoi que ce soit d’autre : évidemment, on est tenté de chercher un message ou une mise en abyme dans le personnage de la réalisatrice et de ce tournage d’une fiction militante sur la reprise en main d’une usine, avec la grève et le plan de licenciements qui va avec (un film que le jeune Moretti tournerait aujourd’hui?), mais non, je ne crois pas, c’est inutile. Tout comme sont inutiles les petites séquences comiques censés apporter une respiration : humour de vieux, plus embarrassant qu’autre chose. Mia Madre est réellement bon quand il est « seulement » ce qu’il annonce : un film simple et sensible sur le décès d’une mère.

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Top cinéma 2015 – 4ème partie : best of

Au menu aujourd’hui, des films que je trouve plutôt ou carrément bons, et que j’ai aimés. Toujours sans classement.

Get Hard

Tu connais désormais mon admiration, que dis-je, ma passion, pour la comédie américaine contemporaine en général et pour Will Ferrell en particulier : je ne pouvais pas passer à côté de Get Hard.
Ferrell y incarne une sorte de Bernie Maddof un peu benêt lui mais qui se fait également gauler et condamner à une peine de prison ferme. Blindé de thunes, totalement déconnecté de la réalité et a fortiori de l’univers carcéral, il demande au gars qui s’occupe de ses voitures de le coacher pour être prêt à affronter son futur quotidien en prison. En effet, le gars en question (Kevin Hart, pénible, comme toujours) est noir donc dans sa tête de blanc déconnecté de la réalité, il a forcément déjà fait de la tôle et pourra le préparer à ce qui l’attend. Kevin Hart, brave petit père de famille qui rêve d’améliorer son quotidien et de faire croître sa petite entreprise, ne le contredit pas et accepte car il a besoin d’argent.
Le pitch est drôle et si le film aurait pu être meilleur, Ferrell est génial, comme d’habitude : il faut le voir, trader richissime, flipper à l’idée de passer plusieurs années en prison et donc devenir la proie des caïds et gangs en tout genre, puis, au terme de sa « formation », se muer en véritable gangsta.
Bonne comédie potache donc, un peu plombée par les bons sentiments dont le pénible Kevin Hart se fait le convoyeur. Mais nom de Dieu de bordel de merde, quel putain de génie ce Will Ferrell. Et puis y a Alison Brie à moitié à poil. NEED I SAY MORE?

J'aime cet homme. Et cette femme.
J’aime cet homme. Et j’aime cette femme.

Ant Man

J’ai vu peu de blockbusters cette année, et ceux que j’ai vus m’ont profondément ennuyé (Star Wars, Jurassic World). Ant Man est l’exception qui confirme la règle mais je ne suis pas sûr qu’il puisse être considéré comme un blockbuster à proprement parler (un blockbuster à la Avengers ou San Andreas par exemple) : c’est réalisé par Peyton Reed, jusque là plus connu pour ses comédies (l’excellent Yes Man avec Jim Carrey par exemple), c’est starring Paul Rudd aka L’homme le plus sympa du monde© et habitué des meilleures comédies lui aussi et puis… ben… comment dire… c’est un homme fourmi quoi. LOL.
Là où le film est malin c’est qu’il ne nie jamais le potentiel comique dû à l’improbabilité de la nature de son héros. Ant Man est donc un film de super-héros relativement classique dans son déroulé (le mec ordinaire sur qui ça tombe sans qu’il ait rien demandé, la belle, le méchant qui a des vues sur la belle, la rédemption personnelle qui accompagne le combat bigger than life etc) mais il est sans doute le plus drôle. Et il est vraiment très drôle grâce notamment aux sidekicks de Paul Rudd, plus particulièrement au toujours excellent Michael Peña, immense je-le-connais-mais-je-sais-jamais-comment-il-s-appelle, que ceux qui savent ont notamment pu apprécier dans Observe and Report et dans la saison 2 de Eastbound and Down.
Et puis y a le grand Michael Douglas et la sublime Evangeline « Kate Austen » Lilly, non franchement c’est super. Déjà envie de le revoir.

Un film comme ça.
« Ant Man, c’est comme ça. »

Mad Max: Fury Road

Ca j’ai également du mal à le considérer comme un blockbuster mais pas pour les mêmes raisons : j’étais un peu sceptique mais faut avouer que c’est assez radical ! J’en viens presque à regretter que le film véhicule un message, aussi infime soit-il : l’action brute, décomplexée et virtuose fait tendre le film vers l’objet quasiment expérimental et ça m’allait très bien. J’en dis pas plus, le film ayant été abondamment et brillamment disséqué sur la Toile par des gens beaucoup plus intelligents et intéressants que moi.

Assurément LE personnage portnawak de l'année.
Assurément LE personnage portnawak de l’année.

The Visit

On est loin des réussites passées mais ça fait quand même plaisir de retrouver en partie le Shyamalan qu’on aime, que j’aime en tout cas. Pas grand chose à dire de plus: c’est simple, malin, assez drôle, raisonnablement flippant. « De la belle ouvrage ». Mais quand on y pense quand même… Au début des années 2000, ce mec était le nouveau Spielberg, à la fois adulé des critiques (dans leur grande majorité) et du public. Chacun de ses nouveaux films créait l’événement. Aujourd’hui The Visit sort en catimini et tout le monde s’en fout. Comme quoi, la routourne tourne vraiment, et ça c’est une leçon à méditer.

En cherchant une image d'illustration, suis tombé sur d'excellents photogrammes bien flippants quand même. Mais je voudrais pas spoiler.
En cherchant une image d’illustration, suis tombé sur d’excellents photogrammes bien flippants quand même. Mais je voudrais pas spoiler.

Ricki and the Flash

Ca commence comme une comédie pour vieux, avec des gags de vieux, sur les vieux. Rires des vieux, nombreux (Meryl Streep oblige sans doute), dans la salle. Mais c’est fait avec sincérité, au premier degré et s’il y a bien une chose qu’on peut accorder à Jonathan Demme, c’est d’aimer, et de savoir filmer la musique. Il filme ainsi les chansons (des reprises, puisque le film raconte l’histoire d’une musicienne qui a quitté sa famille pour accomplir son rêve de rock’n’roll star mais galère depuis des années dans un groupe de bar) dans leur intégralité la plupart du temps et ça fait évidemment toute la différence. En enregistrant et en retranscrivant les prestations de ce groupe gentiment pathétique de vieux rockers sur le retour comme s’il s’agissait des Stones, il rend un touchant hommage à tous les groupes gentiment pathétiques de vieux rockers sur le retour du monde.
Se greffe à cela une jolie histoire de lien défait et à renouer, touchante elle aussi, et traitée avec beaucoup de justesse, d’autant que le rôle de la fille est interprété par la propre fille de Meryl Streep, et l’ex-mari par le toujours excellent Kevin Kline. Le prototype du « joli film » au final, dont on ressort avec un sourire sincère. En n’ayant plus aucune envie de faire des remarques désobligeantes sur la fille moche de Meryl Streep.

Le toujours excellent Kevin Kline dans le rôle de l'ex-mari.
« Ne me traite jamais, jamais… jamais… de débile »

A trois on y va

« Joli film » encore, paré d’un vernis QFA (Qualité Française Auteuriste). C’est donc littéraire mais pas trop, auteurisant mais pas trop, grand public mais pas trop, subversif mais pas trop. C’est un film du miyeu en fait, et il pourrait aisément basculer dans la partie basse de mon top. D’autant qu’il y a un sévère côté « ta bite a un goût » dans les dialogues de Bonnell : il sent bien que parler des amours de ces jeunes adultes, raconter leur quotidien sentimental dans un décor et un contexte relativement réalistes, nécessite de sa part une certaine décontraction, un certain naturel, qu’il a bien du mal à retranscrire parce que précisément pas naturel chez lui. Jérôme Bonnell est un cinéaste très sensible et un peu précieux, et c’est très bien, c’est ce qu’on apprécie chez lui mais lorsqu’il se fait violence et fait parler ses personnages comme ils seraient censés parler dans la vraie vie, ça fait un peu pitié. Je n’ai plus les exemples précis en tête mais j’ai vraiment eu le sentiment de me retrouver face à un premier de la classe qui essaie d’avoir l’air cool en se prétendant fan de Snoop Dogg.
Je pinaille car encore une fois, c’est un joli film, mais le pinaillage C’EST Grande remise. Et c’est pour ça que tu m’aimes au fond.

J'ai omis de mentionner que ça s'achève sur le sursublimissime The Ocean de Richard Hawley et ça évidemment c'est un gros plus.
J’ai omis de mentionner que ça s’achève sur le sursublimissime The Ocean de Richard Hawley et ça évidemment c’est un gros plus.

Toute première fois

Ce top est vraiment interminable, j’arrive pas à faire court. On dirait donc que c’est sur ce film là que ça tombe : comédie française / Pio Marmaï / malin / drôle / mignon

Au centre, Franck Gastambide, une des Kaïra. J'étais au lycée avec un Gastambide, un sacré petit con. Je me demande toujours s'ils ont un lien de parenté.
Au centre, Franck Gastambide, une des Kaïra. J’étais au lycée avec un Gastambide. Un sacré petit con. Je me demande à chaque fois s’ils ont un lien de parenté.

Mission Impossible – Rogue Nation

Action / Acteur nain / Bonjour Madame / Le Troisième Homme

Je vais quand même préciser un peu ici parce qu’il est vraiment balèze l’Acteur Nain : il fait un film par an (un film seulement je veux dire), du coup il fait l’événement mais comme il est aussi fort qu’il est petit, il s’agit toujours d’un bon film : l’an dernier Edge of Tomorrow par exemple, et cette année, MI5 donc. Plus classique que ses prédécesseurs, il porte la patte de son réalisateur, Christopher McQuarrie, scénariste émérite et spécialiste es-film noir. D’où ce final très Troisième homme de Carol Reed : Londres (Vienne aura joué son rôle dans la 1ère partie du film), nuit, humidité, brume et quasi-noir et blanc. Classique et classieux donc.

Acteur Nain + Bonjour Madame
Acteur Nain + Bonjour Madame

Top cinéma 2015 – 3ème partie : miséricorde

Mon top entre aujourd’hui dans la lumière, comme un insecte fou, avec les non-mais-oui : des films certes pas géniaux mais repêchés par la seule grâce de mon immense indulgence, et que j’ai donc plutôt appréciés. Les films que je n’ai pas aimés ici et ici.

L’interview qui tue

Le scandale qu’il a provoqué, avec les menaces nord-coréennes proférées à son encontre ont surtout évité de parler du film en lui-même. Et ce film il est pas terrible. Très en deçà en tout cas des précédentes réussites du duo Evan GoldbergSeth Rogen, dont Supergrave reste pour moi le sommet. Le duo d’auteurs et le duo d’acteurs (Seth Rogen et son bro James Franco) apparaît totalement en roue libre car libre de faire ce qu’il veut puisqu’ils sont les nouveaux golden boys de la comédie américaine. C’est là qu’on se dit qu’un producteur digne de ce nom leur faisait énormément de bien (entre ici Judd Apatow). Ceci étant, je reste très client et j’ai ponctué le visionnage de quelques éclats de rire. Et même s’il en fait des caisses, James Franco est assez génial en présentateur télé bête à manger du foin.

Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E.

Quant t’as réalisé 8 longs métrages mais que t’es tout aussi, voire davantage connu pour ton mariage que pour ta filmographie, il faut dire les choses telles qu’elles sont : ça pue. Et quand de surcroît ce mariage s’est achevé il y a maintenant 8 ans, ça pue encore plus fort. Et pourtant, Dieu sait par quel miracle, Guy Ritchie, l’ex de Madonna donc, continue à régulièrement faire des films… Il se fait pas trop chier ceci dit : après 2 épisodes de Sherlock Holmes (lamentables ai-je ouï dire), il s’attaque ici à l’adaptation de la série The Man From UNCLE, en français Des agents très spéciaux, avec Robert Vaughn (le brun) et David Mac Callum (le blond).
Cette adaptation au au moins le mérite de rapidement situer le niveau: bas. C’est fou comme ce mec, Guy Ritchie donc est mauvais quand même. Il le porte sur lui d’ailleurs le pauvre : l’air un peu bonnasse du type qui s’excuse de ce qui lui arrive et de pas pouvoir faire mieux, jamais.

guy ritchie et madonna
« Je comprends pas ce que je fais là »

On sent bien qu’il tente des trucs (des répliques, des petits effets de style assez clippesques mais bon pourquoi pas) mais rien ne prend. RIEN. Par moments je me posais même la question : « mais attends, c’est censé être une réplique drôle ça ou c’est juste une réplique noyée au milieu des autres ? ». Grosse gêne. Et la scène de la torture mon Dieu mais quelle bêtise : torture du héros par un ancien nazi, ouh, c’est mal c’est horrible. Dans la foulée, inversion des rôles et torture du nazi par le héros: c’est fun. C’est cool. C’est la rigolade. Mais quel abruti.
Ce qui sauve son film, c’est son matériau de base : une adaptation de Des Agents très spéciaux, c’est, si on est pas trop con ni styliste chez Desigual, la garantie d’acteurs, de décors et de costumes, glamour et stylés. Coup de bol pour lui (et pour moi), l’action se déroulant dans les années 60, décennie particulièrement fertile à ce niveau là (et ma décennie de prédilection), son film est très plaisant visuellement. C’est joli quoi. Comme un joli livre d’images qu’on prend plaisir à feuilleter d’un œil un peu distrait. Et puis le casting est bien, avec des acteurs jolis eux aussi, et qu’on n’a pas encore trop l’habitude de voir : de gauche à droite sur la photo ci-dessous, Alicia Vikander, Armie Hammer, Henry Cavill.
C’est tout, et c’est peu mais ce soir là, ça suffisait : indulgence, miséricorde, tout ça.

AGENTS-UNE
C’est joli.

Dheepan

Le vrai problème de Jacques Audiard, c’est son succès constant voire croissant : si c’est pas le public, c’est les critiques, si c’est pas les critiques, c’est les institutions (Césars, festivals). Quand c’est pas les 3 à la fois. Du coup, non seulement il se remet jamais en cause mais il en voit pas la nécessité. Logique après tout. Et il continue de nous asséner ses fantasmes débiles d’auto-justice et de violence purificatrice. C’est dommage parce que 1. c’est complètement con évidemment, en plus d’être irresponsable 2. en dehors de ça, il a quand même du talent pour filmer les couples récalcitrants et les instants insignifiants qui, mis bout à bout, créent une puissance rédemptrice autrement plus significative qu’une descente à la kalach chez les caïds de la cité.
C’est donc, malgré un happy end un peu trop angélique (autre point noir) ce que je garderai de Dheepan : le quotidien de ce trio forcé de cohabiter et d’apprendre à vivre ensemble sinon à se connaître. Et ça Audiard le retranscrit plutôt bien selon moi.

Nos futurs

Cinéaste doudou s’il en est, Rémi Bezançon surfe plus que jamais dans Nos Futurs sur la vague de l’humour nostalgico-adulescent, avec un pitch qui s’y prête particulièrement : deux amis d’enfance se retrouvent à la trentaine alors qu’ils s’étaient perdus de vue après le lycée. L’un est devenu PDG de la grösse entreprise familiale, l’autre lose toujours dans la même chambre de bonne au dessus de leur ancien bar-QG. Et il s’est mis en tête d’organiser une gigantesque fête avec tous leurs anciens amis du lycée, qu’ils vont donc essayer de retrouver un par un.
C’est super prévisible, c’est de l’humour Bref à fond (Kyan Khojandi interprète d’ailleurs, et très bien, un second rôle) mais 1. c’est drôle (le camping sur le rond point, le crash de la party adolescente) 2. c’est drôle parce que Pio Marmaï. Dans un rôle taillé sur mesure de branleur sympathique, il fait merveille. Et il m’a permis de passer outre des situations vraiment très prévisibles, un grösse twist final mal digéré et surtout, surtout, l’acteur qui joue son pote d’enfance et partage le premier rôle avec lui, Pierre Rochefort. Pierre Rochefort putain. Le mystère. Le vertige. Le trou noir. La peau qu’on prie. C’en est presque fascinant à ce stade de transparence et de non-présence. Mais sinon j’ai vraiment beaucoup ri à de nombreuses reprises.

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En blanc sur le canapé, Camille Cottin aka la connasse. A l’extrême gauche, un phasme.

Régression

Je peux me tromper mais j’ai l’impression qu’après le four d’Agora, un film certainement assez coûteux, Alejandro Amenabar était un peu tricard à Hollywood et qu’il essaie de se relancer avec cette espèce de série B dont on a l’impression qu’elle aurait pu être diffusée un jeudi soir sur TF1 (case réservée aux thrillers et téléfilms horrifiques soft, à ne pas confondre avec la case du samedi soir, réservée aux téléfilms DME d’Hollywood Night). Du coup il fait son boulot sans trop y injecter sa personnalité mais comme il est pas manchot, ça se regarde. C’est même plutôt malin : difficile d’en dire plus sans mega-spoiler-de-la-mort mais le film soulève des questions intéressantes, d’autant plus pertinente en ces temps incertains. Pas mal donc, voire pas mal du tout. Et puis j’aime bien ces films américains écrits par des auteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle : ça ajoute toujours des petites bizarreries dans les dialogues que j’aime beaucoup (c’est également le cas dans les films de Guillermo Del Toro par exemple). Après, faut être capable d’accepter Emma Watson, sa peau de bébé et son teint de porcelaine, en paumée white trash.

Le talent de mes amis

A la fois rom-com, bromance, chronique générationnelle et satire de la vie de bureau, Le Talent de mes amis n’a pas les épaules ni le talent justement pour tout assumer. Mais si tout n’est pas irréprochable, chacun des aspects comporte ses petits moments de réussite. Par ailleurs, le film repose évidemment beaucoup sur l’alchimie du duo composé par Alex Lutz et Bruno Lopes (les Catherine et Liliane du Petit Journal) et elle n’est plus à prouver.
Le gros point positif est néanmoins incarné par le 3ème larron, Tom Dingler, également co-auteur des sketches des 2 commères de l’open space : il se voit attribuer le meilleur rôle et les meilleures répliques, le rôle le moins manichéen et le plus subtil en tout cas, et il l’interprète à merveille. A noter le petit rôle tenu par Jeanne Moreau qu’on avait pas vue à l’écran depuis un bail il me semble.

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Catherine, Tom Dingler et Liliane

Jamais entre amis

Ici

Connasse

De la « connasse » aka Camille Cottin, je ne connaissais que quelques sketchs vus sur Canal ou Youtube. Et j’avais trouvé ça franchement naze et paresseux : marre de ces comiques pseudo-trash qui s’imaginent marcher sur les traces de Ricky Gervais, Sacha Baron Cohen ou Louis CK uniquement parce qu’ils tapent sur les vieux, les enfants, les handicapés. Et qui du coup, imbus de leur propre transgression, en oublient d’écrire des vannes. Bah, ils auraient tort de bosser davantage au fond puisque ça a l’air de plaire.
Bon, je suis quand même allé voir le film car c’était une période de creux dans les salles il me semble et parce qu’étrangement, la bande annonce m’avait fait sourire. Et j’ai été agréablement surpris : même si on peut regretter qu’elle soit « pilotée à distance » (elle dispose d’une oreillette à travers laquelle ses acolytes l’assistent en permanence) Camille Cottin m’a quand même semblé assez courageuse et dotée d’un certain panache. Surtout, on réalise qu’elle endosse son personnage avec une conviction qui force le respect, et qu’elle n’a pas peur du ridicule. Évidemment, même si le film est très court, ça ne tient pas vraiment la distance mais pour peu qu’on soit dans de bonnes dispositions, on passe un bon moment. C’est tout ce qu’on demande à ce type de film finalement.

Knock Knock

Apparemment, le film a soulevé un mini-débat aux Etats-Unis : film féministe ? Misogyne au contraire ? Subversif ? Réac ? Je crois surtout qu’Eli Roth, et nous avec, s’en fout complètement. Il s’amuse de ce renversement des codes du huis-clos horrifique, s’amuse de voir ces 2 poulettes torturer ce gros benêt de Keanu Reeves et si on prend le film pour ce qu’il est, à savoir une récréation horrifique maligne et alerte, un genre de Funny Games pour geeks, ça l’effectue correctement.

KNOCK-KNOCK
Mais barre toi andouille!

Top cinéma 2015 – 2ème partie – merci mais non merci

Je continue mon récap cinéma 2015 avec les oui-mais-non, des films non dénués de qualité mais qui ne m’auront fait ni chaud ni froid, au mieux. Sans ordre particulier là aussi.
Pour les daubasses de l’année, c’est ici que ça se passe.

Star Wars : le réveil de la force

Star Wars m’a toujours été plutôt sympathique, sans que je sois un énorme fan non plus. J’attendais donc ce nouveau volet avec une impatience toute relative. Disons que j’attendais autant le nouveau film de JJ Abrams que le nouveau Star Wars. Disons que j’ai pas fait des pieds et des mains pour y aller le jour de la sortie. Disons que j’ai vite déchanté : mais nom de Dieu de bordel de merde, c’est vraiment un film de bébés ! Ces dialogues… Ces raccourcis… Ces gros sabots…
A vouloir contenter à la fois les fans qui ont découvert et aimé l’univers en 1977, ceux qui ont découvert et aimé la trilogie suivante, ceux qui étaient trop jeunes pour l’une et l’autre des 2 trilogies et découvrent donc Star Wars via ce volet et ceux qui vont au cinéma une fois tous les 10 ans, à vouloir contenter absolument tout le monde en somme, on nivelle tout par le bas et on aboutit à un film de bébés.
Alors oui, ça s’agite, ça pète et ça court de partout, non-stop, mais pour quoi ? J’ai trouvé ça vraiment naze. Et les 3-4 geekeries qu’on est en droit d’attribuer à Abrams au milieu de ce produit sans aucune personnalité m’ont paru tomber comme un cheveu sur la soupe. Pas sûr que j’aille voir les épisodes suivants.

Snow Therapy

Un film pas à la hauteur de son génial pitch : croyant au déferlement d’une avalanche alors qu’ils sont attablés à la terrasse d’un restaurant de station de ski alpine, un père de famille coolos et moderne abandonne lâchement sa femme et ses 2 enfants, soucieux avant tout de sauver ses propres fesses. La crise s’installe alors inéluctablement dans le couple : tandis que sa femme lui en veut à mort et n’arrive pas à digérer l’incident, lui nie n’avoir pensé qu’à sa gueule.
Il y a du Haneke dans cette dissection chirurgicale du moment T où tout bascule pour ce couple qu’on imagine modèle, ou plutôt dans la dissection des conséquences de ce moment T. A savoir qu’il y a une volonté de regarder les choses en face, sans détour mais également, et c’est là que le bât blesse pour moi, une certaine complaisance à le faire. Ce qui implique donc une certaine cruauté, une forme de manipulation du spectateur aussi (la scène de l’accident de ski dans le brouillard). Cruauté ou hyper-réalisme? Manipulation ou suspense? On peut en débattre j’imagine et j’ai la sensation d’être minoritaire car le film a bénéficié d’un excellent accueil critique et public. Mais ça m’a ennuyé, dans les 2 sens du terme : ennui à proprement parler et embarras.

- Hé chauffeur, sivouplé!!! - Quoi encore? - Pipi...
– Hé chauffeur, sivouplé!!!
– Quoi encore?
– Pipi…

Vice-Versa

Grosse déception : d’une laideur graphique et surtout chromatique totalement rédhibitoire en ce qui me concerne (Pixar a débauché des graphistes chez Desigual ou quoi?), le film m’a également paru extrêmement simpliste, prévisible, balisé. Oui, ok, le postulat est intéressant mais qu’est-ce qu’on en fait? Il aurait me semble-t-il été bien plus intéressant et pertinent de rester avec la gamine et sa famille et non dans la tête de la gamine.
Après, c’est pas directement lié au film mais Vice Versa m’apparaît aussi comme un exemple type et assez peu sympathique de ces films au sujet desquels la critique, « unanime » selon l’expression consacrée, use d’injonctions quasi dictatoriales: « à voir absolument », « une réussite incontestable » etc etc. Qui se double en prime d’une campagne marketing bien culpabilisatrice après quelques semaines d’exploitation: « Déjà 3 millions de spectateurs. Et vous? ». Oh la la merde merde merde, moi je l’ai pas vu/j’ai pas aimé, je me sens mal mais mal :((((
Putain de fassistes.

L’homme irrationnel

Alors oui, c’est plutôt pas mal mais c’est quand même extrêmement prévisible (pour du Woody Allen) et surtout, je peux pas m’empêcher de penser qu’il y avait matière à un film véritablement dramatique d’un tout autre calibre. On parle quand même là d’un personnage principal (Roaquine Fénix, très bien comme d’hab) dont les outils intellectuels lui permettent de justifier, quasiment par A+B, le bien fondé d’un assassinat. Et qui le vit tellement bien qu’en réalité, grâce au dit assassinat, il revit le mec ! C’eut put être vertigineux, dérangeant, subversif. Au lieu de ça, Allen traite son histoire de manière quasiment primesautière en utilisant tout du long le tube jazzy-cool The In-Crowd. Je regarde peut-être le film pour ce que je voudrais qu’il soit et pas pour ce qu’il est mais je ne peux pas m’empêcher de voir là une forme de démission de sa part, de choix de la solution de facilité. Après, ça se regarde bien, je dis pas. Manquerait plus que ça.

Le tournant du match
Pas une seule vanne sur les yeux d’Emma Stone t’as vu.

Trois souvenirs de ma jeunesse

J’ai tellement pas aimé que je n’ai aucune envie de m’attarder dessus. Pour être honnête, je l’ai déjà rayé de ma mémoire. Simplement dire que je n’ai jamais été « pris », que j’ai trouvé ça extrêmement redondant, poseur et désagréable. Je n’ai aimé que le début avec la confusion sur l’identité d’Amalric et le récit du voyage en URSS. Pourtant j’aime tous les films de Desplechin et j’étais plein d’espoir pour celui-ci. Mais en ce qui me concerne, ça ne l’effectue pas du tout ici, tout simplement.

Partisan

Un pitch intéressant là encore, pour un résultat décevant : un mec, genre clodo (Vincent Cassel, qui en vieillissant ressemble de plus en plus à mon patron et c’est vraiment très gênant) se place à la tête d’une espèce de communauté qu’il a retirée du monde et qui abrite uniquement des femmes et leurs enfants. Ces derniers ne connaissent du monde que ce que Cassel veut bien leur en montrer/dire. Et bien sûr, un beau jour, l’un d’eux en voit trop, et commence à remettre en cause l’autorité du gourou.
La plus grande qualité de Partisan, c’est qu’il entretient super bien le mystère : où est-ce que ça se passe? Pourquoi cette désolation? Une guerre? La crise? Qui est Vincent Cassel? Comment « recrute »-t-il ces femmes (et pourquoi uniquement des femmes)? Etc etc. On n’en saura rien, et c’est très bien comme ça. Le problème c’est qu’une fois ce cadre posé, et l’intrigue amorcée (en gros : la rébellion d’un membre de la communauté contre son leader), le réalisateur ne sait pas trop quoi en faire. Il aligne alors les scènes attendues et aboutit à un film sans relief et d’une grande platitude, à un énorme « tout ça pour ça ». Dommage.

Non et puis merde quoi, j'avais l'impression d'être au bureau.
Non et puis merde quoi, j’avais l’impression d’être au bureau.

La niña de fuego

D’une maîtrise formelle assez remarquable, La niña de fuego m’a également paru d’un cynisme au moins équivalent. C’est noir, très noir même mais d’une gratuité dingue. On songe d’abord aux Coen pour cette spirale d’événements qui ne font qu’empirer une situation initiale déjà pas glop mais ici, rien de chaleureux, d’empathique ou encore, et pour prendre un autre exemple, aucune vertige métaphysique comme chez Kubrick par exemple. Juste le plaisir de la cruauté envers ses personnages, son public. La séance la plus énervante et désagréable de l’année, haut la main.

Les deux amis

Un peu sévère peut-être parce que c’est mignon quand même. Le thème de la bromance, qui est sans doute LE thème de prédilection de la comédie américaine de ces 10-15 dernières années, a été peu traité par le cinéma français, et encore moins sous l’angle choisi par Louis Garrel. C’est donc original mais également assez juste et sensible. J’ai simplement trouvé ça un peu trop affecté, un peu trop film-de-Louis-Garrel : on imagine sans mal que c’est typiquement le genre de film que les détracteurs du cinéma français se plaisent à conchier et pour être honnête, on voit assez bien pourquoi. 2 choses ne fonctionnent pas du tout selon moi et ont fait basculer le film dans cette catégorie ci : 1. le tournant du match est géré de manière totalement irréaliste (difficile d’en dire plus sans spoiler mais disons qu’aucun des protagonistes n’agit de manière plausible). C’est d’autant plus râlant qu’encore une fois, sur bien des aspects, le film est très juste 2. on est content pour Louis Garrel que tel Richard Anthony, il soit aussi amoureux de sa femme mais un sentiment, aussi sincère et puissant soit-il, n’a jamais fait un film, encore moins un bon film.

Inherent Vice

Je le sentais hyper bien car 1. contre tout attente, j’ai beaucoup aimé le précédent film de Paul Thomas Anderson, The Master 2. J’aime beaucoup le roman de Thomas Pynchon 3. J’aime beaucoup Joaquin Phoenix, comme tout le monde 4. J’adore les films qui se passent à cette période là, à cet endroit là (Californie, fin des années 60) . Et c’est une déception car c’est raté. Enfin, « c’est raté »… Peut-être pas car finalement tout est cohérent : c’est fidèle au bouquin, c’est enfumé et nébuleux au possible (c’est un genre de remake arty de The Big Lebowski, auquel il se réfère assez explicitement parfois), très bien reconstitué, filmé, interprété, monté etc etc. Mais ça laisse très indifférent : le rire ou l’émotion affleurent ici ou là mais c’est trop peu. Et on finit donc par se faire chier et trouver ça vain. Dommage. Pas impossible que je le revois assez vite ceci dit car il continue de pas mal m’intriguer malgré tout.

Voilà, CA c'est des rouflaquettes de champion.
Voilà, CA c’est des rouflaquettes de champion.

La loi du marché

Comme Star Wars, j’aurais peut-être dû le mettre dans la catégorie précédente en fait car je trouve que rien, absolument rien ne fonctionne. On dirait « les Dardenne pour les nuls ». Ou plutôt « les Dardenne par un nul ». Tout y est : le contexte professionnel, le contexte social, le contexte privé, le personnage principal, digne, forcément digne, la caméra à l’épaule, qui suit le personnage principal digne de dos, forcément de dos, la fin abrupte etc etc. Mais ici, tout sonne faux, fabriqué, sans âme, sans émotion. Qu’est-ce qui cloche alors? Tout en vérité : les dialogues sont un peu trop appuyés, les situations un peu trop « exagérées », les scènes un peu trop longues etc etc. Mais ce « peu », dont on se dit parfois qu’il tient à rien et dont on a même parfois du mal à mettre le doigt dessus mais qui tient aussi à la moustache de Vincent Lindon, c’est évidemment le lieu ou la situation, le dialogue, le cut qui fait toute la différence entre la grâce des frères Dardenne et la lourdeur de Stéphane Brizé.

Un Français

Le American History X français est certes plus subtil que son « alter ego » américain (en même temps c’est pas dur) mais il n’en est pas réussi pour autant. La volonté du réalisateur d’éviter tout manichéisme, toute condamnation facile et à l’inverse toute ambiguïté, débouche sur un film étrangement atone. A trop vouloir jouer la carte de la distanciation, Diastème laisse le spectateur de côté. Et puis ça manque… de talent j’ai envie de dire, notamment côté acteurs, pas du tout subtils eux pour le coup.

Réalité

Je fais pas de classement jusqu’au top 10 mais je mets celui-ci juste avant la catégorie suivante (les « mauvais » films que j’ai quand même apprécié) car il est vraiment à la limite. Pendant une bonne moitié, je me suis dit que Dupieux parvenait comme dans Steak à créer cette passerelle géniale entre la Californie et la France, en catapultant cette fois Alain Chabat et Jonathan Lambert à Hollywood (ainsi qu’Elodie Bouchez dans une moindre mesure). Mais au fur et à mesure de son avancée, le film s’apparente davantage à une succession de saynètes sans grand intérêt ni cohérence : le non sens, le surréalisme requièrent une certaine rigueur que le film perd peu à peu. Ca n’empêche pas les fulgurances car Dupieux a un vrai sens visuel et un cerveau intéressant mais ce qui s’annonçait comme son film à la fois le plus radical et le plus abouti déçoit au bout du compte.

Putain, le mec qui lit là, c'est Daft Punk!!! C'est un Daft Punk!!!
Putain, le mec qui lit là, c’est Daft Punk!!! C’est un Daft Punk!!!

Top cinéma 2015 – 1ère partie – worst of

Ces 6 derniers mois voire cette année, j’ai posté beaucoup moins assidûment sur Grande remise. Because life.

Du coup je me rattrape un peu en m’étalant sur certains films au sujet desquels j’avais prévu de poster un billet au moment où je les ai vus mais je ne l’ai finalement pas fait car pas eu le temps ni/ou la motivation de finir. Et je fais très court sur d’autres parce que je vais pas poster mon top en Mars non plus.

Je ferai juste un top 10, le reste entrera dans diverses catégories.

Je commence par les films que non-mais-sans-déconner-c’est-pas-possible. Y en a pas beaucoup finalement.

Spectre

Il aura donc fallu attendre 2015 et près de 40 ans de fréquentation des salles obscures pour que je ne reste pas jusqu’au bout d’une séance. J’étais particulièrement claqué ce soir là mais le film était particulièrement naze. Et pourtant j’avais adoré Skyfall. Comme je culpabilisais un peu, je me suis quand même tapé l’heure et des brouettes qu’il me restait à voir quelques jours plus tard chez moi : je suis bien content d’avoir dérogé à une règle vieille de 40 ans et de m’être barré avant la fin.

Boomerang

Quand j’étais jeune, il y avait ce qu’on appelait les « sagas de l’été », sur TF1 la plupart du temps (celles de France 2 étaient moins putassières donc évidemment moins jouissives et moins successful), avec:
– des vieilles gloires de l’époque, souvent des femmes (je vois Mireille Darc, je vois Nicole Calfan)
– voire carrément des ancêtres, dans le rôle de l’ancêtre de la famille (je crois me souvenir de Jacques Dufilho par exemple)
– des familles donc, forcément, souvent 2, super liées par le passé mais super ennemies désormais, souvent à cause d’une histoire de cul mal digérée ou d’un lopin de terre abusivement labouré et cultivé (on déconne pas avec ça en Vendée/Dordogne/Provence), le lopin de terre abusivement labouré étant parfois la métaphore, voire le prolongement d’un cul abusivement besogné.
– des régions télégéniques (Vendée/Dordogne/Provence donc, plutôt que Limousin/Lozère/Picardie)
– des autochtones tellement authentiques, tellement plein de bon sens. Et tellement englués en bas de l’échelle sociale, car c’est ainsi qu’il doit en être.
– un ou des secrets bien enfouis qui ne demande(nt) qu’à resurgir pour déclencher la tempête du tourbillon des sentiments de la vie bouleversée par la passion. Des sentiments.

Tournage Boomerang
Image chopée sur le site de Challenges. Y a pas de hasard. Jamais.

Boomerang, c’est un peu une saga de l’été condensée en un peu moins de 2h.
On retrouve donc ici, en vrac dans les indispensables ingrédients: l’île de Noirmoutier, un couple d’habitants de l’île (des domestiques donc), Bulle Ogier (Bulle Ogier nom de Dieu… ça fait mal de la voir là), un accident de voiture, un secret enfoui crès crès profond, un drame familial. Et Mélanie Laurent, un drame tout court.
Qu’est-ce que c’est mauvais nom de Dieu… Bourgeois, prévisible, clicheteux, conformiste, y compris dans son « plaidoyer » pour la tolérance. Ca aimerait bien faire revivre Rebecca (retour sur les lieux du drame avec la maison familiale en centre névralgique du trauma du protagoniste principal, en l’occurrence Laurent Laffitte qui, parenthèse dans la parenthèse, serait bien inspiré de commencer à mieux choisir ses rôles) mais on est définitivement du côté des Coeurs brûlés. Mais enfin, ça se regarde et c’est mauvais-rigolo, pas mauvais-énervant : c’est donc davantage un nanard qu’un navet.

Un moment d’égarement

Là on penche nettement davantage du côté du navet car c’est un film extrêmement désagréable.
Boomerang on s’en moque davantage qu’on s’en agace. On ne s’y ennuie pas et s’il pêche par excès de conformisme, se complaisant dans son univers « passion Burberry« , il délivre un « message » difficilement critiquable.
Un moment d’égarement est, comme on a pu le lire ici ou là, un manifeste pour la neo-beaufitude, étalage de pognon décomplexé (à l’écran et pour ses personnages), relents misogynes, conservateurs, hypocrisie à tous les étages. Je m’attarderai pas davantage, ça n’en vaut pas la peine. Je me demande quand même comment Jean-François Richet, cinéaste dont les qualités cinématographiques ne sont même pas l’objet du débat, mais cinéaste volontiers taxé de gauchisant, a pu pondre un film aussi ouvertement « sarkozien ». A noter que l’adaptation est co-signée Lisa Azuelos, immortelle poétesse bling-pouffe de LOL et autres Comme t’y es belle et que ça, c’est nettement plus logique. Quelques lignes sur le film original, nettement plus intéressant, ici.

Le film de Berri était 100 fois moins faux-cul et n'avait pas peur de montrer une belle moustache.
Le film de Berri était 100 fois moins faux-cul et n’avait pas peur de montrer une belle moustache.

Papa ou Maman

Putain c’est horrrrrrrrrriiiiiiiiiiiiiiiible ça aussi en fait.
C’est écrit par les mêmes tâches qui nous ont pondu l’immonde Prénom et ça se voit tout de suite. Même cynisme insupportable, même fausse méchanceté qui tire sur les ambulances, même manque de discernement dans le registre humoristique : le simple fait de taper sur les vieux/les enfants est censé déclencher le rire. Et non les mecs, c’est pas aussi simple que ça et le problème n’est pas de savoir si on peut rire de tout ni même avec n’importe qui. On peut retourner cette question dans tous les sens, à toutes les époques, au sujet de tous les événements, y compris les plus tragiques, la réponse a toujours été « oui, on peut rire de tout, à condition d’être drôle ». Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce qui déclenche le rire, c’est un bon gag/une bonne réplique avant une prétendue provocation. Tout ça avant, bien entendu, le final bien réac et bien dans les clous comme il faut. Papa ou Maman est en fait l’équivalent cinématographique de ces fils à papa qui font une crise de punkitude/hippietude pendant quelques mois avant d’intégrer sagement une école de commerce/médecine hors de prix.

Seul sur Mars

Gros potentiel nanardesque : un bon exemple de film à regarder/commenter à plusieurs. Le pitch : Matt Damon se retrouve laissé pour mort sur Mars. Ses collègues de mission ont du dégager et revenir sur Terre dans la précipitation d’une tempête d’une rare violence. Laissant Damon derrière eux donc. Mais c’est cool, no soucy, il en a vu d’autre le mec (c’est Jason Bourne et il sait résoudre des équations mathématiques insolubles): il va simplement nous concocter 2-3 tutos pour nous expliquer comme s’en sortir si on se retrouvait un jour dans la même situation. Tranquilou bilou. Non mais sans déconner…
Donc ça c’est ce qui se passe côté Mars. Sur Terre, un Ridley Scott décidément toujours aussi inspiré (sérieux, c’est à se demander s’il est pour quelque chose dans Alien finalement, c’est son unique vrai bon film!) aligne cliché sur cliché, scène vue mille fois sur séquence ultra-prévisible, du directeur de la NASA qui ne pense qu’à sauver ses miches au super geek, un Noir évidemment (et probablement atteint du syndrome d’Asperger) par qui la lumière viendra. Evidemment. Et ça dure quasiment 2h30 cette plaisanterie !

"Et ça tu vois, ça passe crème avec un petit kawa. Crème. Lol"
« Et ça tu vois, ça passe crème avec un p’tit café. Crème. Lol« 

Vive les Vacances

Je suis le spectateur idéal pour ce type de films mais celui-ci est vraiment pas terrible. Évidemment, j’ai souri, voire ri à quelques reprises mais il faut être honnête: c’est l’équivalent US d’une comédie avec Kad Merad.

Birdman

Un grand NON pour ce film qui m’a horripilé de la première à la dernière seconde. Zéro au 4 à la suite donc. J’en parle davantage ici.

Belles familles

J’ai beaucoup de tendresse et de respect pour Jean-Paul Rappeneau et la majorité de ses films mais là, malgré un savoir-faire évident (rythme, montage notamment), c’est vraiment pas possible: ça pue trop la naphtaline. Un film de vieux monsieur typique. Libidineux en plus.

Karin Viard, vue quelques jours avant dans Lolo, fait 15 ans de plus ici que dans le film de Delpy. Et j'ai passé les 3/4 du film à me demander si Gilles Lellouche avait des implants. Je pense que oui.
Karin Viard, vue quelques jours avant dans Lolo, fait 15 ans de plus ici que dans le film de Delpy. Et j’ai passé les 3/4 du film à me demander si Gilles Lellouche avait des implants. Je pense que oui.

Bis

Chaque année, je me tape une comédie française dont je sais à l’avance qu’elle va être bien dégueulasse. Comme ça, un soir de paresse intellectuelle souvent, et parce que j’ai envie de constater l’étendue des dégâts d’un genre qui me tient à cœur (la comédie française donc). Bis, réalisé par Dominique Faruggia, starring Kad Merad et Franck Dubosc semblait parfait pour ça. Et j’ai été servi : c’est dégueulasse. Dégueulasse et déprimant. Pas grand chose à dire de plus.

Jurassic World

On parle souvent au sujet des blockbusters, de films formatés à l’extrême, tant est si bien qu’on jurerait leur scenario craché en quelques secondes par un logiciel maléfique dans lequel on se serait contenté de saisir quelques mots-clés : « action », « enfants mignons », « blanc méchant », « noir gentil », « bonnasse », « bonnard », « first, they meet and then they fight, then they meet again and at the end, they fuck » etc etc. J’ai rarement eu autant ce sentiment que devant ce film. OK, le combat final entre les 2 gros dinos est assez cool mais c’est un film qui manque tellement de personnalité, de caractère, d’aspérités, de singularité… Même le nom du réalisateur (Colin Trevorrow) semble virtuel et avoir été généré par une machine.

Tu m'étonnes qu'il détourne le regard: elle a des mollets immmmmondes. Désolé, fallait que ça sorte.
Tu m’étonnes qu’il détourne le regard: elle a des mollets immmmmondes. Désolé, fallait que ça sorte.

La session de rattrapage 8

Session « vus à la télé ».

Qui regarde encore des films à la télé d’ailleurs ? Des films qui démarrent à un horaire (plus ou moins) précis, avec une ou plusieurs coupures pubs au miyeu pendant lesquelles on ne peut que prendre son mal en patience.
Je pensais à ça l’autre jour alors que j’avais repéré sur le programme The American, un film que j’aime beaucoup, avec George Clooney et Violante « bonjour Madame » Placido, une ❤ ❤ ❤ que j’adore. Je le connais par ❤ mais j’ai eu envie de le revoir. Comme quand, en bagnole, tu allais mettre un CD dans le lecteur mais que l’animateur annonce une chanson que tu adores à la radio (genre Belle Île en Mer ou Manhattan Kaboul quoi, Nooooooooooos-taaaaaaaal-giiiiiiiiiiiiiie) : c’est un plaisir différent de l’écouter de manière inattendue.
Bref, du coup j’ai dû me fader 20 minutes d’un Touche pas à mon poste qui avait largement dépassé l’horaire prévu initialement. Putain c’est incroyable quand même… Note que je me suis fait la même réflexion à la première apparition de Violante: « putain, c’est incroyable quand même… » quoique pas pour les mêmes raisons. Touche pas à mon poste donc, cette… ce… truc, totalement incompréhensible, dont le succès apparemment pas démenti me désespère tout en ne cessant de m’interroger, puis 10 bonnes minutes de pub.
Qui a encore la patience de faire face à un laps de temps incompressible alors que tout est à portée de clic ?
Je pensais à ça l’autre jour.

Love Is All You Need

Vu un peu par hasard sur Arte  parce que j’avais envie ce soir-là de voir un truc complètement inconséquent.
La majeure partie du film se déroule tout près de Sorrente, dans le Sud de l’Italie. C’est beau. Très beau même. On se croirait dans une pub Santa Lucia de Galbani avec ses paysages méditerranéens sublimes, ses gens beaux et joyeux qui chantent plus qu’ils ne parlent, leurs vêtements colorés, du chianti et de la mozzarella Santa Lucia de Galbani sur la table du jardin.

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Le film vaut quand même un peu plus que ce vernis carte postale : il s’agit d’une comédie romantique middle-aged sur fond de drame médical. Non non, pars pas, c’est mieux que ça en a l’air ! C’est assez direct (c’est danois et ces gens là sont généralement assez directs me suis-je laissé dire) et pas lacrymal pour un sou, ni manichéen même si la romance est cousue de fil blanc, c’est même assez fin en vérité. Et Pierce Brosnan est parfait pour ce type de rôle/film. Je le conseillerais pas pour autant mais c’est pas mal.

The November Man

Vu à la faveur d’un weekend où j’ai bénéficié gratuitement des chaînes Canal Sat. Ca survient généralement lors d’un weekend réservé aux matches internationaux : sont pas cons, ils vont pas nous permettre de mater gratos des machs de Premier League ou de Ligue 1.
C’est vraiment pas terrible: un film d’espionnage pas suffisamment old-school pour se démarquer avec charme des tom cruiseries actuelles et évidemment trop cheap pour les concurrencer. C’est réalisé par le vétéran Roger Donaldson et ça pue à plein nez la co-production americano-européenne avec montage financier laborieux.

Cool guys don't look at explosions.
Cool guys don’t look at explosions.

Ca se passe d’ailleurs en Europe sur fond de crimes de guerre en Tchétchénie. C’est un peu vulgaire (un peu trop, ou pas assez), un peu violent (un peu trop, ou pas assez), un peu manichéen (un peu trop, ou pas assez). Un film très moyen donc, qui bande mou.
En parlant de ça, Pierce Brosnan est lui aussi trop vieux (pour les scènes d’action) ou pas assez (pour arborer la patine du vieux-sage-qui-a tout-vu-tout-connu-et-à-qui-on-la-fait-pas). Il arrive quand même à se taper Olga Kurylenko, de 30 ans sa cadette. Ben voyons. Elle en revanche n’est ni trop, ni pas assez: elle est à tomber, comme toujours.

Magic In the Moonlight

C’est étonnant comme Emma Stone parvient à être aussi charmante alors qu’elle accumule les défauts objectifs : morphologie de crevette, yeux vraiment creepy, bouche suspecte. Mais elle est mignonne. Mais ces yeux putain…
Encore un film dans lequel un cinquantenaire se tape une nana d’à peine 20 ans, normal hein, pourquoi s’emmerder ? Évidemment, ça n’a plus rien de surprenant chez Woody Allen mais bon, c’est pas une raison pour ne pas le relever :  ça m’a paru particulièrement gênant ici… Peut-être aussi parce qu’Emma Stone sera toujours pour moi associée à Superbad, ce film définitif sur l’adolescence que j’aime plus que tout.

Petit chou quand même
Petit chou quand même

A part ça, ça ronronne quand même beaucoup… Où sont les dialogues prétendument brillants ? Les fameux one-liners alleniens ? Les situations drôlatiques ? C’est vraiment un film de vieux. Woody Allen devrait selon moi désormais se consacrer aux drames, ça lui va bien mieux : cf L’Homme irrationnel, pas génial certes mais 100 coudées au dessus de cet objet totalement inconséquent/inoffensif ou cf, plus loin dans le temps, Match Point et Le rêve de Cassandre, ses derniers vrais bons films.

Le doulos

Ce fut un choc lorsque je le découvris à 20 ans et je ne l’avais pas revu depuis. Bah, que dire? C’est tout simplement un classique absolu du film noir, un de ceux qui figureraient à coup sûr dans tout top du genre qui se respecte, qu’elle que soit sa provenance, France, Etats-Unis ou Taïwan, qu’elle que soit la publication, pointue, ou grand public.
On n’y retrouve pas encore tout à fait le Melville supra-minimaliste, contemplatif et révolutionnaire de la fin des années 60 mais plutôt celui qui, malgré l’extrême minutie de la mise en scène, des dialogues et malgré les décors de studio, se rapprochait de la Nouvelle Vague. Des personnages hyper ambigus, tous doubles, meta-physiques, l’atmosphère un peu glauque d’une France encore incertaine et en pleine reconstruction, des pardessus, des cigarettes sans filtres. Et des doulos. Un régal.

Une des rares scènes sans doulos
Une des rares scènes sans doulos justement

Enfin, la scène d’interrogatoire est toujours aussi impressionnante: on a vraiment l’impression que la nana se fait dérouiller pour de vrai…

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Inception

Ah ça fait mal juste après le Melville… Le prototype du film qui voudrait faire passer sa complexité de surface pour de la profondeur, alors qu’il ne dit rien, absolument rrrrrriiiiiiiiiiieeeeen sur le monde, la Vie, la Mort etc. Tout le contraire du Melville donc. Et sur la forme, j’ai trouvé ça insupportable : le rêve dans le rêve dans le rêve dans la tête dans le cul. ON S’EN FOUT NOM DE DIEU ! Qui sont ces personnages ? Qu’est ce qui les anime ? Tout ça c’est Nolan qui s’en fout, et pas qu’un peu. Il veut juste nous en mettre plein la vue avec son scenario d’adolescent fumeur de shit et son esthétique d’album de rock progressif des années 80. Complètement con.

Ouais, trop fort man.
Ouais, trop fort man.

Et comble du truc, il parvient à rendre Di Caprio moche, faut le faire.
J’attendais un seul truc, LA scène avec Michel Sardouille et celle-ci survient au début donc je me suis vraiment, mais vraiment fait chier après ça. Ce mec, Christopher Nolan, est vraiment la pire imposture du cinéma actuel. Tellement que j’ai réussi à dire tout mon mépris pour cette grosse merde prétentieuse sans mentionner une seule fois Marion Cotillard. Costaud, le mec.

Pour la peine et parce que je m’en lasse pas (c’est lui, c’est vraiment lui !!) :

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Rapt

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J’aime ce film. Un capitaine d’industrie un peu tombeur, un peu flambeur (Yvan Attal, très bien), se fait kidnapper. Alors qu’on négocie pour sa libération et la remise de la rançon, sa double vie fait peu à peu surface en même temps que la une de la presse people. Si bien que lorsqu’il est enfin libéré après avoir subi un calvaire, c’est lui qu’on montre du doigt et qui passe pour coupable auprès de ses associés et de sa famille. Le film est simple, direct, limpide, alternant scènes en captivité et scènes de tractations dans les bureaux feutrés et luxueux hôtels particuliers qui font le quotidien de Stanislas (Attal). Je trouve Lucas Belvaux parfois un peu trop didactique, un peu trop transparent dans ses intentions mais ici, ça fonctionne parfaitement. C’est sec et tendu, c’est un excellent polar, inspiré du véritable kidnapping du baron Empain en 1978.

La session de rattrapage 7

Encore quelques films vus récemment sur ma superbe Nokia Nicam Stereo.

Mission Impossible : Protocole Fantôme


Vu avant de me faire l’exceeeeellent 5ème volet. Très bien. Pas grande chose à dire de plus: c’est ce à quoi devraient ressembler tous les blockbusters/films d’actions hollywoodiens dotés de la même puissance de frappe mais qu’on voit évidemment trop peu souvent. Comme quoi c’est pas con de mettre un vrai réalisateur aux manettes… (Brad Bird ici, Christopher Mac Quarrie pour le 5).

Jack Reacher

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Il y a du Cristiano Ronaldo chez Tom Cruise. Ou l’inverse, peu importe. Outre une vague ressemblance physique (ce côté cyborg sans âge, surtout chez Cruise là pour le coup mais il y a fort à parier que CR7 vieillira de la même manière), une obsession de la performance, de la perfection physique là aussi, un ego surdimensionné bien sûr, une nécessité d’être toujours le centre d’attention numéro 1 de leur équipe/film, une part d’ombre (scientologie chez l’un/mais c’est quoi au juste le fin mot de l’histoire avec ce gamin? chez l’autre) un parcours sans faute, quoiqu’on pense d’eux et pourtant une côte d’impopularité assez remarquable chez d’aussi puissantes mega-stars.
Bon, sinon, le film est quand même assez génial. Il est surtout d’une exhaustivité bluffante :  des scènes de dialogue brillantissimes (la scène du bar et ses punchlines débiles à la Last Action Hero), des scènes muettes et de pure mise en scène à couper le souffle (la scène d’ouverture, la poursuite en bagnole; revoir à ce sujet l’excellent premier film de Christopher Mac Quarrie, The Way of the Gun), un scenario malin comme tout (à la Columbo ie on connait l’assassin dès le départ). Si je fais le bilan, on a donc de la comédie, de l’action, du polar, Werner Herzog dans le rôle du bad guy (idée géniale!) et un poil de romance. ET des gros seins. Bilan TRES positif, donc.

 

The Limits of Control

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Un film que j’avais sous le coude depuis pas mal de temps mais que je n’arrivais pas à me motiver à regarder.
Et là j’avais raison: j’ai trouvé que c’était une grosse blague d’une prétention sans nom. J’ai lu quelques critiques : on parle parfois du chef d’oeuvre de Jarmusch. Je pense pour ma part qu’on est à la limite du foutage de gueule. Oui, c’est beau, très beau même, c’est sublimement cadré, photographié, tout ce que tu veux, c’est énigmatique à souhait mais (puisque c’est là que se situe le hic pour moi) j’ai vu cette opacité comme une pose qui m’a constamment laissé en dehors. Chez Lynch (puisqu’il est parfois cité comme une influence ou un référent du film), les éléments les plus opaques, inexplicables nous intriguent, nous fascinent, nous happent même, pour reprendre l’image de la boîte de Mulholland Drive ou de l’oreille de Blue Velvet, dans un tourbillon des sens vertigineux qui fait de la compréhension un enjeu accessoire voire non avenu. Pour dire les choses d’une autre manière, je suis tout à fait prêt à me faire trimballer par une histoire à laquelle je ne comprends rien si en contrepartie tout le reste m’emballe. Ce qui n’a donc pas été le cas ici, et je suis gentil : ce fut en réalité une purge.

Une journée en enfer

Une journée en enfer
Du coup j’ai enchaîné avec ça illico parce que c’était diffusé sur une quelconque chaîne de la TNT et que j’avais besoin de me laver un peu le cerveau. Ca m’a fait bien plaisir de le revoir, ça faisait longtemps. « Eh ducon, une seconde! Tu vois, tu dis « ducon » et il s’arrête » : à voir évidemment et impérativement en VF pour profiter de la voix géniale de Patrick Poivey. J’adore ce film, vraiment, c’est mon préféré dans la trilogie Die Hard.
Sinon, marrant de constater que ce film, sorti en 1995, après le grunge donc, pendant les années Clinton, au moment de l’apparition d’un Beck par exemple, puait encore les années 80.

La session de rattrapage 6

Je continue mon petit récap de quelques « vieux » films (ie non 2015) vus ou revus ces derniers mois.

Papa Was Not a Rolling Stone

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Bon ben c’est pas fameux… Une chronique de la vie en cité dans les années 80, mélange improbable de Tout ce qui brille (duo de filles et désirs d’évasion), Stars 80 (nostalgie des tubes français des années 80, notamment Goldman) et humour early-Jamel Debbouze (j’en peux plus de ce comique langagier nom de Dieu). Starring Aure Atika, Marc Lavoine et Sylvie Testud. Cameo de Monsieur Kamel Ouali. Faut-il que je développe davantage ? J’ai fait la vaisselle pendant la dernière demie-heure.

Mes meilleurs copains

Photo chopée sur le site de la revue Challenges, c'est génial.
Photo chopée sur le site de la revue Challenges, c’est génial.

Revu ce désormais classique de la comédie française. « Désormais » car il me semble que le film n’avait pas très bien marché à sa sortie et qu’il a conquis son public sur le tard, à la faveur des diffusions télé. Il s’agit de la dernière vraie réussite du duo PoiréClavier : après ça ils feront L’Opération Corned-Beef et les Visiteurs et ça sera plus jamais pareil.
Mes meilleurs copains fait figure de solde de tout compte : il se base notoirement sur les souvenirs et la propre expérience de Jean-Marie Poiré en tant que musicien au début des années 70. Nostalgique et vachard à la fois, lucide donc et en tout cas jamais passéiste, il constitue à ce titre un exemple assez unique en France, ce pays où plus qu’ailleurs semble-t-il, « c’était mieux avant ».
Il constitue aussi, pour la troupe du Splendid, une tentative de renouvellement dont on peut regretter qu’elle n’ait pas été prolongée : exit Lhermitte et (quasiment) Marie-Anne Chazel, place à des nouveaux (Gérard Lanvin, Philippe Khorsand, Jean-Pierre Bacri).
C’est enfin une des comédies françaises que je connais le mieux, avec des répliques qui peuvent sortir n’importe quand, n’importe comment : « Libérez Billy the Kid », « Quoi, tu dînes pas avec Nanette?? Putain, ça craint! », « J’vais m’faire un grand jus avec ces super fruits », « Mais pas du tout enfin, le type est roux! ». Inépuisable.

Wet Hot American Summer

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J’ai voulu voir le film original avant d’enchaîner avec la série Netflix sortie cet été (dont je parlerai sans doute pas donc juste dire qu’elle est super).
Complètement inconnu en France, il a acquis aux Etats-Unis et au fil des années une telle aura que certains le considèrent comme précurseur des comédies sorties ces 10 dernières années. Il a en tout cas mis le pied à l’étrier ou sous les feux des projecteurs un grand nombre d’actrices et acteurs devenus célèbres ces dernières années : Christopher Meloni, Paul Rudd, Amy Poehler, Bradley Cooper, Elizabeth Banks pour n’en citer que quelques uns. David Wain, son réalisateur, a quant à lui signé les très plaisants Les grands frères et Peace, Love et plus si affinités.
On voit bien ce qui a tant pu séduire le public américain et certains critiques : totalement en roue libre (à la fois délibérément et faute d’un budget décent), Wet Hot American Summer fait le lien entre l’humour absurde des comédies ZAZ (les Y a-t-il..?) et l’école Apatow qui allait s’affirmer au milieu de la décennie (trash + grande humanité, pour faire court). Un registre humoristique à la fois absurde, burlesque, complètement navrant et très fin à la fois, (très fin parce que complètement navrant), d’une grande tendresse pour tous ses personnages. Très plaisant donc même s’il serait très exagéré de classer le film dans les indispensables du genre.

22 Jump Street

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J’ai déjà eu envie de revoir ce fleuron de ce que j’ai envie de considérer comme de la post-neo-comédie (ça devient compliqué là) tellement ça va vite, loin et fort. Vraiment génial.

Le Loup de Wall Street

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Je vais pas m’appesantir, tout a été dit. Grand film, grand Scorsese, qui prend tout le monde à contre-pied en ne complétant pas le dyptique Les Affranchis / Casino par un 3ème film sur la mafia à proprement parler mais de manière détournée, en désignant sans ambiguïté les vrais gangsters et salopards de l’Amérique et du monde moderne. A la fois extrêmement drôle et effrayant (ce dernier plan, écho à celui de l’arrivée des clients à la fin de Casino), il est évidemment et malheureusement plus que jamais d’actualité. A montrer dans toutes les écoles de commerce à tous les petits cons apprentis gros enculays.

La session de rattrapage 5

Aujourd’hui, une spéciale Jean-Pierre Marielle : j’ai relu le numéro 1 de Schnock qui lui est consacré, du coup, forcément, j’ai eu envie de revoir les films.

Un moment d’égarement

J’ai voulu le revoir car je me suis tapé le remake de Jean-François Richet avec Vincent Cassel et François Cluzet sorti cet été. Eh ouais. Purée… Faut le voir pour le croire.
« Le revoir » car je l’avais déjà vu il y a très longtemps : c’est le prototype du FDQJEP (Film De Quand J’Etais Petit), découvert en famille, probablement sur FR3. Des personnages proches de nous, des moustaches, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, des acteurs avec lesquels j’ai grandi, dans des films que le cinéma français ne sait manifestement plus faire i.e. des comédies dramatiques qui offraient un reflet plus ou moins prononcé de la société de leur époque : ici, la France giscardienne, post 68arde mais toujours conservatrice (les gamines se baladent le plus naturellement du monde les seins à l’air, sortent et découchent tous les soirs sans que ça soit jamais remis en question ni même discuté mais dans le même temps, on sent bien à quelques répliques ici où là que c’est pas encore gagné pour les femmes. Ca l’est toujours pas évidemment mais c’est un autre débat).

Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. Parfait.
Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. On est bien.

Quoiqu’il en soit, le contraste est saisissant entre les 2 versions (celle de Richet et celle de Claude Berri donc). D’un côté, une ode décomplexée aux neo-beaufs en 4×4, à la démarche bien faux derche comme il faut : on va dire que coucher avec la fille (mineure) de son meilleur pote, c’est mal mais on va quand même filmer son petit cul sous toutes les coutures, en alternant avec des prises de vues aériennes bien coûteuses sur les paysages corses. De l’autre, un film à la conclusion limite-limite, fruit de son époque ouvertement conservatrice pour le coup, mais qui déroule son propos avec beaucoup de fluidité et de douceur, et qui surtout exhale ce parfum de liberté inimitable et propre au cinéma anarcho-franchouillard des années 70.

La Traque

Je n’avais jamais vu ce film qui a acquis une petite réputation ces dernières années (encore une fois, Schnock n’y est probablement pas pour rien). Je pique le pitch à Wiki, j’ai la flemme : « Helen Wells (Mimsy Farmer), une jeune Anglaise venue en Normandie pour louer une maison isolée en forêt, rencontre un groupe de chasseurs qui s’apprêtent à une battue au sanglier. Ces sept hommes issus de la bonne société locale sont liés par des relations d’intérêts croisées. Lors de la chasse, les grossiers frères Danville, Albert et Paul (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard), croisent à nouveau par hasard la jeune femme, et subitement la violent, en présence du timide Chamond (Michel Robin). Helen parvient à blesser gravement Paul avant de prendre la fuite dans les bois, poursuivie par Albert qui lui propose un mutuel silence, puis lui tire dessus. Les autres acceptent non sans réticence d’étouffer cette sale affaire, tandis que la jeune femme cherche à s’enfuir à tout prix. Entretemps Paul succombe à sa blessure, et la poursuite se transforme en une traque, qui s’achève dans un marais. » (Wikipedia)

Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre
Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre

On est donc dans un registre nettement moins tendre, voire carrément déviant. Sans aller jusqu’à dire que c’est surestimé, j’ai quand même du mal à y voir le film culte que certains y voient : la réalisation a du mal à se hisser à la hauteur du scénario, évidemment béton et génial lui, en plus du casting aux petits oignons. On songe à Dupont Lajoie bien sûr, autre chronique glaçante de la lâcheté et de l’ignominie ordinaires, sortie la même année. On peut également songer au Peckinpah des Chiens de Paille. On peut. Mais la mise en scène est beaucoup trop illustrative pour pousser plus avant la comparaison. Super parti pris néanmoins que de faire se dérouler le film quasiment intégralement à l’extérieur, dans des paysages tellement mornes et humides qu’ils t’obligeront à enfiler 3 Damart pour supporter tout ça. Et la scène du marais évidemment, terrible… Bon, je chipote, c’est super et je suis super content de l’avoir enfin vu.

Les Galettes de Pont-Aven

Encore un pur FDQJEP, découvert en famille alors que je devais à peine avoir 10 ans, et encore. Dans un tout autre registre, je me souviens aussi avoir découvert enfant Portier de nuit de Liliana Cavani
Bon, les Galettes. Film importantissime pour moi, film-matrice, à plein de niveaux, parce que découvert enfant évidemment. Petit, j’imitais d’ailleurs Jean-Pierre Marielle, à base de citations du film. Eveil à l’érotisme (Andréa Ferreol…), à un registre de langage totalement sans limites, à la mélancolie aussi, via le magnifique personnage d’Henri Serin, incarnation parfaite de cette France post-68arde encore corsetée et étouffée, éprise de liberté. La France des voyageurs représentants de commerce qui n’étaient pas encore prêts à faire basculer le pays à gauche, ancêtres des cadres houellebecquiens et des salariés en open space d’aujourd’hui.

"Elle sait même pas ce que c'est qu'une bite"
« Elle sait même pas ce que c’est qu’une bite« 

Avec le temps et les multiples visionnages, à des périodes et des âges différents, les Galettes… est devenu une madeleine incomparable, réservoir à nostalgie et à fantasmes d’une France remplie de DS, d’Ami 8 et de types en costumes Renoma (qu’on désigne d’ailleurs en tant que « types ») qui ne peuvent pas concevoir de manger un bout sans boire un petit coup de rouge. La France encore extrêmement rurale de mon enfance, que les gens de Schnock, encore eux, font si bien et si intelligemment revivre. Des images qui m’ont marqué à jamais : Marielle qui allume une clope et déplie l’Equipe en arrivant au restau, qui sort le pâté du frigo pour se faire un encas lorsqu’il rentre chez lui au milieu de la nuit. Entre autres.
Mais Les Galettes… sont également et fort heureusement restées ce qu’elles ont été dès le départ : un film formidable. Si on retient bien souvent, et à juste titre tant les passages sont mémorables, sa grivoiserie, sa paillardise même (la scène du lit avec Andréa Ferreol, son éternel et définitif « tu sens la pisse toi, pas l’eau bénite » et LA citation mariellesque absolue, « ah nom de Dieu de bordel de merde! »), les Galettes… n’en est pas moins un film profondément mélancolique, voire dépressif. C’est un aspect du film (la « descente aux enfers » d’Henri Serin lorsqu’il quitte sa femme et s’installe définitivement à Pont-Aven) que j’avais un peu oublié. Les premières scènes avec Jeanne Goupil, leur chanson pendant la fête du village… C’est très touchant. Et ça explique également ce qui fait de ce film un classique, une œuvre à la fois drôle et émouvante, profondément humaine, contrairement au suivant, qui n’est que drôle.

…Comme la Lune

Celui-ci a semble-t-il été moins bien accueilli que les Galettes de Pont-Aven, à la fois par le public et par la critique. C’est très compréhensible : Jean-Pierre Marielle y joue cette fois un con pur et dur, inexcusable et irrattrapable, qui mérite ce qui lui arrive. Le point de vue du spectateur, et du réalisateur probablement, que Joël Séria exprime d’entrée pour mieux l’évacuer définitivement et laisser place à son personnage, c’est le client du café qui le verbalise en réponse au « elle vaut bien son coup d’chevrotine! » de Marielle: « C’est répugnant! Parler ainsi d’sa femme… C’est honteux ».

...comme la lune
« J’vais t’fourrer… Oh j’vais t’fourrer, j’vais t’fourrer!« 

Après, que dire? Le film, le personnage de Roger Pouplard, son interprétation par Marielle, l’incroyable biatch incarnée par Sophie Daumier (pertinemment qualifiée dans Schnock de « France Gall hardcore ») sont fabuleux. Ces dialogues nom de Dieu… Je pourrais revoir en boucle la séquence d’ouverture (« ah j’ai bien polochonné! »), celle du bar (« Chuis d’venu une bite… J’la cartonne à longueur de journée ») et bien sûr celle de la robe de chambre violette (« T’as eu raison d’la prendre violette… ah ça mitraille sec ! »).
Ah les années 70 nom de Dieu de bordel de merde !