Le Pont des espions – critique

James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé. (Allociné)

Plus Fordien que jamais (un soupçon de Capra pour faire bonne mesure), Spielberg raconte comment un homme ordinaire va être amené à accomplir une action extraordinaire (qui mieux que cette aimable endive de Tom Hanks pour tenir ce rôle?), tout en livrant un chouette plaidoyer pour la justice for all inscrit dans le serment d’allégeance au drapeau des Etats-Unis: « I pledge allegiance to the Flag of the United States of America, and to the Republic for which it stands, one Nation under God, indivisible, with liberty and justice for all ».

Il fait ça avec une aisance assez confondante : sur le seul plan de la mise en scène, c’est d’une virtuosité tranquille vraiment bluffante, notamment durant la première heure. En fait, Le Pont des espions, c’est un peu l’équivalent cinématographique d’un album de Wilco : classique et majestueux mais jamais pantouflard, adulte mais pas chiant. Un style qui préfigure le tout aussi super Pentagon Papers d’ailleurs.

Tom Hanks est donc chargé de défendre un mec accusé d’espionnage pour le compte de l’Union Soviétique : il devient de ce fait le mec le plus détesté des Etats-Unis, juste après le supposé espion (le film se déroule au plus fort de la Guerre Froide, à la fin des années 50). Mais ça c’est pas possible, on le sait bien nous car :
1. c’est Tom Hanks, merde, ce mec est bon comme le bon pain
2. son personnage agit de manière juste, en offrant une défense digne de ce nom à un type qui en a simplement besoin et qui l’aura bon sang de bonsoir, c’est pour ça que les Pères fondateurs ont bâti ce pays, ont rédigé cette Constitution et resservez-moi une tasse de votre super café Linda, je crois qu’on va en avoir pour toute la nuit à éplucher ces dossiers.

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Toujours est-il qu’on sait pertinemment que ce personnage d’abord détesté et vilipendé (dans le film bien sûr, par ses compatriotes) va devenir un héros. On sait même quand et comment : dès lors qu’un espion américain se fera arrêter dans le bloc de l’Est et pourra donc servir de monnaie d’échange avec l’espion russe (Mark Rylance) auquel le personnage interprété par Tom Hanks apporte son aide.

Et là Spielberg est vraiment bon dans sa manière de faire monter la mayonnaise grâce à un montage alterné certes classique mais d’une maîtrise et d’une efficacité éprouvée. Exercice de mise en scène pure (comment donner au public ce qu’il sait qu’il va avoir tout en maintenant son intérêt). Régalade.

Dans la seconde partie, (une fois que chaque camp a capturé un espion du camp d’en face, il faut négocier et parvenir à un accord d’échange) le film se pose à Berlin,  et s’il donne le sentiment de piétiner un chouïa, il n’en est pas moins intéressant : on y sent un peu la patte kafkaïenne des frères Coen, co-scénaristes du film. Un peu. Une légère petite touche kafkaïenne, il n’en fallait pas davantage, c’eut été hors de propos dans un film de ce genre. John Ford n’a jamais adapté Le Procès que je sache.

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