#4 Anchorman – Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy

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Dans les années 70, Ron Burgundy est présentateur vedette à la télévision locale de San Diego. Quand le féminisme entre à la rédaction sous la forme de la présentatrice ambitieuse Veronica Corningstone, Ron se montre tolérant tant que cette dernière reste à sa place. Mais quand celle-ci se campe derrière le bureau des actualités, une véritable guerre se déclenche entre les deux journalistes… (Allocine)

Tu sais quoi ? Parfois les choses sont bien faites. Ainsi, ce top 4 figurerait certainement dans le top 5. Il s’agit en outre d’une comédie avec Will Ferrell, mon héros et maître absolu en la matière, et acteur le plus représenté dans ma sélection.

Anchorman est un film génial car

– il réunit plusieurs piliers de la neo-comédie : Ferrell donc mais aussi Paul Rudd, Steve Carrell, Vince Vaughn et David Koechner aka le-chauve-un-peu-vulgaire-qu-on-sait-jamais-comment-il-s-appelle.

– Son action se situe dans les années 70, terreau fertile pour la comédie (moumoutes, postiches, décalages sociétaux et tout le tintouin) et dans le milieu de la télévision (dont le cinéma aime toujours gentiment se moquer).

– Y a plein de guests très cools dans une séquence mémorable.

– Y a Christina Applegate pour laquelle j’avoue avoir un petit faible, et qui est une super actrice de comédie.

Will Ferrell évidemment, qui trouve dans le personnage de Ron Burgundy le vecteur parfait pour le personnage qu’il a créé et perfectionné au fil des années et qu’il interprète mieux que personne, celui du type très con et sûr de lui.

Je connais ce film par cœur, ses répliques me viennent en tête n’importe où, n’importe quand, dans la rue, chez moi, en réunion. Je peux le revoir à l’infini. « Hey, lady in the red hat, yeah! »

Ca y est, j’ai envie de le revoir…

Dans le même registre, je recommande :

Ricky Bobby, roi du circuit
Anchorman 2
à un degré moindre Very Bad Cops
soit les autres collaborations de Will Ferrell avec son binôme, le réalisateur Adam MacKay.
J’omets volontairement leur chef d’oeuvre, Frangins Malgré Eux, j’y reviendrai plus en détail.

#3 L’Amour Extra-Large – Shallow Hal

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A l’âge de neuf ans, Hal Larsen se voit conseiller par son père mourant de toujours fréquenter de jolies jeunes filles au corps mince et parfait. A l’aube de son trentième anniversaire, Hal n’a toujours pas trouvé le grand amour, et pour cause, il est resté superficiel. Seul compte pour lui la beauté physique, le reste chez une femme n’a aucune importance à ses yeux.

Dans un ascenseur, il fait la connaissance de Tony Robbins, un gourou qui l’hypnotise et lui permet de discerner la beauté intérieure d’autrui. Hal voit alors en Rosemary Shanahan, qui pèse plus de 135 kilos et travaille dans l’humanitaire, la femme la plus belle du monde. Il tombe aussitôt amoureux d’elle.
Lorsque le sort prend fin, il découvre que celle-ci est obèse. Il doit alors choisir entre la renier pour son apparence physique et l’aimer pour ce qu’elle est vraiment. (Allocine)

Les choses étant VRAIMENT bien faites, la 3ème entrée est un film des frères Farrelly, que je place très, très haut dans mon panthéon personnel (mon panthéon tout court, pas seulement pour les comédies).
J’ai le souvenir d’une séance parfaite (c’était déjà le cas pour Fou(s) d’Irène) : j’attendais le film avec impatience et il est allé au-delà de mes espérances. Le duo formé par Jack Black et Jason Alexander est absolument génial, presque douloureux de justesse pour nous, les hommes et LA plus-valu du film pour parler vulgairement, c’est son message bien sûr, d’une subtilité et d’une humanité incroyables : il n’y a qu’eux pour délivrer une variation aussi fine et subversive sur le thème de la beauté intérieure.

Je l’ai revu un nombre incalculable de fois depuis, je le connais par cœur. La séquence de la danse sur Too Young de Phoenix (déjà…) est une de mes préférées toutes comédies confondues. Jack Black nom de Dieu !

Dans le même registre, je recommande :

Deux en un, peut-être le meilleur film des Farrelly . Et tous leurs films en vérité. J’y reviendrai.

#2 American Pie

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Mortifié pour avoir été surpris par ses parents devant un film X, Jim, élève de terminale, fait un pacte avec sa bande de copains : ils doivent devenir des hommes avant leur entrée à la fac. Il leur reste trois semaines pour utiliser toutes les techniques possibles de séduction. Tous les moyens sont bons, même les plus inattendus, car chaque jour compte. Une chose est sûre, Jim ne regardera plus jamais une tarte aux pommes de la même façon ! (Allociné)

Les choses étant vraiment bien faites, la 2ème entrée du top est une comédie conforme à la ligne éditoriale parfois je-te-fais-recracher-tes-Chocapics de Grande remise.

Mais le fait est que j’adore ce film. A tel point que je le connais vraiment par cœur et que certaines répliques font désormais partie de mon « lexique » personnel.
Ca n’a pas toujours été le cas : je l’avais même trouvé non seulement nul mais assez détestable la toutoute première fois en salles. Je me souviens qu’à l’époque, prof dans un collège, mes élèves me suppliaient de le leur diffuser lorsque, le programme bouclé et les conseils de classe derrière nous, nous passions les dernières heures de cours à regarder des films. Je me souviens m’être dit que merde, on est mal barré avec de pareils apprentis cinéphiles : j’ai l’air malin maintenant.

C’est en discutant ardemment sur le forum cinéma d’Allociné avec un de ses brillants défenseurs, un internaute très érudit et raffiné, que j’ai envisagé de lui donner une 2ème chance et que son génie (son GENIE) m’est apparu évident.
Même si le « message » (pour utiliser un trop grand mot pour un film aussi premier degré) est tout à fait respectable, on est pas chez Apatow ou les Farrelly ici: l’objectif, c’est avant tout la marrade. Et là évidemment, rien de plus subjectif (avec la frousse: ce qui me fait rire/peur te laissera peut-être indifférent et inversement, et ça s’explique rarement de façon rationnelle). Mais il y a un vrai regard plein de tendresse sur chacun des héros du film, ça aussi ça a fini par me toucher. Et ma propre tendresse pour ce film m’a amené, au bout du compte, à me faire sourire jusque lors de la scène la moins drôle du film, celle qui lui donne son titre.

Au final et rétrospectivement, American Pie restera un spécimen assez unique dans le paysage de la comédie américaine : ni rejeton du Saturday Night Live, ni neo-comédie à la Apatow, il est un teen movie humble et sans prétention qui n’a lui même pas vraiment fait école ni porté chance à ses principaux acteurs. Je n’ai ainsi aucun film à recommander dans la même veine : Porky’s, son « modèle », a quand même vachement vieilli, et ses différentes suites ne sont pas du même niveau.

Les plus sceptiques noteront enfin que son co-créateur et co-réalisateur, Paul Weitz (qui a co-signé le film avec son co-frère, Chris Weitz) a par la suite signé plusieurs comédies adultes et subtiles des plus recommandables. J’y reviendrai dans un futur billet.

#1 40 ans, toujours puceau – The 40-year old virgin

Motivé par ma phénoménale capacité  à ne jamais aller au bout de ce que j’ai commencé (c’est pour ainsi dire mon super pouvoir), je me suis dit, « mais dis donc Grande remise, ça fait plus de 3 ans que t’as commencé un top 100 musique et t’en es à peine au numéro 50. Est-ce que ça serait pas le moment idéal pour commencer un autre top que tu termineras pas ? ».

La réponse étant évidemment « oui », voilà donc un nouveau work in progress censé nous amener jusqu’en 2059, année au cours de laquelle je m’éteindrai paisiblement après un dernier regard sur la Baia del Silenzio de Sestri Levante : le top 50 de mes comédies préférées.
Par ordre alphabétique, comme pour les disques. Et parce que la marrade, c’est important. Je dirais même que c’est ce qu’il y a de plus important, ou pas loin (« Ach l’humour ! C’est une des choses que je préfère, avec les pieds paquets et l’infanterie ». J’y reviendrai en temps voulu à cette citation). Et puis c’est la rentrée, ou tout comme, pour beaucoup d’entre nous, il m’a semblé que le moment s’y prêtait bien.

Aussi parce que la comédie est mon genre de prédilection au cinéma, et que je pense que c’est le bon moment pour faire une sorte de bilan, même s’il sera évidemment très subjectif: j’ai le sentiment qu’on a vécu un autre âge d’or à partir de 2000 (en gros) et qu’en revanche, ces 3-4 dernières années sont un peu plus poussives (alors qu’il y a du mieux en France avec quelques pépites au milieu d’une production grand public toujours aussi navrante). On a en tout cas désormais un peu de recul sur ces années riches en comédies de qualité.
Je parle évidemment là des comédies américaines, puisqu’elles sont omniprésentes sur nos écrans, avec Judd Apatow en tête de file (aussi bien en tant que réalisateur que producteur) et digne successeur des Howard Hawks, Preston Sturges, Franck Tashlin, Billy Wilder, Blake Edwards, j’en passe, ces autres têtes de proue de la comédie hollywoodienne à travers les décennies.

Les choses étant bien faites, la première entrée de ce top en donne donc le « La » puisqu’il sera (très) riche en ce qu’on a pris coutume de nommer « neo-comédie américaine »: comprendre par là ce que j’évoque ci-dessus, la vague de comédies apparues autour de l’an 2000 dans le sillage des frères Farrelly et sous l’impulsion conjuguée de Judd Apatow, du Frat Pack (Will Ferrell, Ben Stiller, Owen Wilson, Vince Vaughn) et d’une nouvelle génération de comédiens lancés par ce même Judd Apatow dans Freaks and Geeks, la série de Paul Feig (Seth Rogen, Jason Segel, James Franco puis plus tard Jonah Hill). Paul Feig, lui-même réalisateur de quelques-unes des meilleurs comédies de ces dernières années (Mes meilleures amies, Les flingueuses). La neo-comédie américaine repose sur les membres d’une très grande famille, faut arriver à suivre.

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Le lundi matin, lorsque ses collègues décrivent avec force détails leurs exploits libidineux du week-end, Andy Stitzer, 40 ans, se sent bien penaud, car il est encore puceau. Partagés entre hilarité, incrédulité et consternation, ses amis David, Jay et Cal décident de prendre en main sa tardive initiation : de gré ou de force, Andy va devoir franchi le Rubicon… (Allociné)

40 ans, toujours puceau est produit et réalisé par Judd Apatow, co-écrit par Apatow et Steve Carrell, qui en tient le premier rôle. On y retrouve entre autres Paul Rudd, Seth Rogen et Jonah Hill (qui fait ici sa toute première apparition). Sur le fond et sur la forme, le film donne également à merveille le « La » du modus operandi et de la geste apatowienne : en grand admirateur de John Cassavetes, il aime s’entourer de proches, de gens avec qui il se sent en confiance (il fait régulièrement tourner sa femme, Leslie Mann et leurs 2 gamines). De même, ses films se font la voix de ce qu’on a pris l’habitude de nommer « bromance » et qui est devenu un genre à part entière: l’amitié amoureuse entre 2 ou plusieurs hommes. En France on appelle ça des « films de pote ». Genre Les Petits mouchoirs. Genre.

Apatow va néanmoins au-delà de la bromance : sa grande question est celle du couple, des concessions que chacun doit faire pour retrouver l’autre sur un terrain épanouissant pour chacun. Il ira encore plus loin dans son film suivant (En cloque, mode d’emploi) puisqu’il y raconte comment les personnages interprétés par Seth Rogen et Katherine Heigl décident d’apprendre à se connaître, à s’aimer et à vivre ensemble après qu’elle est tombée accidentellement enceinte.
C’est à ce double titre (bromance+love story, pour faire court) que 40 ans, toujours puceau est pour moi un jalon et une réussite totale, un film d’une humanité et d’une sensibilité qui me touchent particulièrement. En plus d’être extrêmement drôle, ça va sans dire.


Dans le même registre, je conseille aussi
:

En cloque, mode d’emploi 
I Love You, Man
et, avec beaucoup plus de réserves, 40 ans, mode d’emploi

La chute de Londres – critique

Je vois/revois pas mal de films en ce moment, films dont je parlerai en temps voulu mais j’ai évidemment choisi de m’attarder en premier lieu sur le plus pourri d’entre eux, La chute de Londres:

Les plus grands leaders du monde occidental sont attendus à Londres aux funérailles du Premier ministre britannique, mort dans des circonstances plus que douteuses. Mais ce qui avait commencé comme l’évènement le plus sécurisé de la planète tourne rapidement au désastre. Cible d’un complot terroriste, la capitale anglaise est mise à feu et à sang et la plupart des chefs d’état faits prisonniers. Seuls ont pu s’échapper le président américain et l’agent secret Mike Banning, qui vont devoir à la fois combattre pour survivre et mettre fin aux agissements des terroristes. (Allociné)

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Bon, sans surprise, c’est à chier, hyper bourrin, hyper dispendieux tout en restant cheap, bourré de punchlines paresseuses et même pas drôles (genre quand Butler arrive finalement à sauver le président se dernier lui lance: « Bon sang, j’ai cru que vous arriveriez jamais – Désolé, j’avais quelques courses à faire sur le chemin »).
Mais c’est pas inintéressant pour plusieurs raisons, la première étant précisément la relation entre le super garde du corps/chef de la sécurité interprété par Gerard Butler donc, et le président des Etats-Unis/du monde libre/de-tout-ce-qui-mérite-qu-on-se-batte-encore-sur-cette-putain-de-planète, interprété par Aaron Eckhart. Des mecs, des vrais. Burinés, musclés, qui aiment bien se raconter leurs histoires de famille avec une pudeur virile et  se mesurer la longueur de la bite se tirer la bourre lors de leur jogging matinal et quotidien. Qui aimeraient bien se tirer tout court, il faut le dire ! A tel point que lorsque c’est le président qui cette fois porte secours in extremis à son ange gardien, en déboulant tel un diable sortirait de sa boîte, on a droit à un échange assez savoureux:

– It took you very long to come out of the closet
– That’s not funny

Ben si mon vieux, justement, c’est très drôle parce que dans le genre sous-texte homo-érotique à la Top Gun, votre duo se pose un peu là.

Autre passage assez drôle : lorsqu’il débarque  en mode Rambo dans la planque des terroristes, Butler dézingue tous les bad guys sans distinction et avec une précision chirurgicale, SAUF l’un d’eux, amputé des 2 jambes et en chaise roulante : il canarde à tout va mais le mec est simplement touché à l’épaule. On rigole pas avec le politiquement correct aux States, et on ne TUE PAS un handicapé (il mourra quand même un peu plus tard lorsque le bunker sautera) même quand des terroristes pour le moins compétents font vivre à Londres ses heures les plus sombres depuis le blitz.

C’est des détails mais ça fait passer le temps.
Mis à part ça, La chute de Londres est intéressant car contrairement à la plupart des films du même genre, et malgré un aspect vraiment primaire, voire rudimentaire, il cherche (?) à éviter le manichéisme des gentils occidentaux vs les méchants islamistes: le type à la tête des terroristes cherche en fait à venger la mort des membres de sa famille lors de la sournoise attaque d’un drone américain pendant le mariage de sa fille et à plusieurs reprises, la responsabilité des USA quant aux évènements survenus lors des dernières années est mise en avant sans qu’elle soit réellement contredite ou remise en cause. J’irais évidemment pas jusqu’à dire que le film est subversif dans son propos mais c’est pour le moins curieux… C’est pas ID4 quoi. Ca ne rend pas La chute de Londres recommandable pour autant ceci dit mais enfin, tu vois l’idée.

La session de rattrapage 10

Aujourd’hui, du lourd.

Winter’s Bone

Il passait directement après Sunset Boulevard donc je me suis dit, hey, pourquoi pas? Il me semblait en avoir eu/lu de bons échos en fait même si j’étais plus très sûr de quoi il s’agissait.
Bon, c’est donc l’histoire d’une adolescente interprétée par une (très) jeune Jennifer Lawrence qui doit s’occuper de sa mère quasi-catatonique (on ne saura jamais ce qui lui arrive/est arrivé) et de ses 2 jeunes frère et sœur, après que son père, petit margoulin redneck notamment fabriquant de méthadone, est porté disparu suite à sa sortie de prison. Précision importante : l’intrigue se déroule dans les inhospitaliers monts Ozarks, petite chaîne entre le Missouri et l’Arkansas à côté desquels les décors de Delivrance ou de Justified font office d’aimable parc d’attraction.

Je suis de moins en moins fan des films « sociaux »ou des films naturalistes, peu importe la manière dont on les désigne, qu’ils soient français, américains ou autres mais ici, la rigueur documentaire alliée à une intrigue à la forte puissance d’évocation, emporte le morceau. On songe évidemment un peu à la Nuit du Chasseur, référence inévitable de toutes les histoires américaines d’enfants perdus, et c’est précisément lorsque le film crée de la fiction, avec une atmosphère tirant vers le fantastique, qu’il convainc le plus. La Lawrence est très bien, et on a le plaisir de retrouver dans un second rôle important l’excellent John Hawkes dont le physique de hillbilly émacié a notamment été vu, et apprécié dans Eastbound and Down (il y interprétait le frère de Kenny Powers).

L’Enfant sauvage

Je l’avais vu il y a très longtemps, lorsque j’étais enfant je pense, autant dire que ce fut une redécouverte totale même s’il m’en restait des images fortes. C’est évidemment magnifique. Je n’ai honnêtement pas grand chose à dire de plus tellement le film est limpide, évident. Presque documentaire, collant au plus près au journal tenu par le Docteur Itard, il nous dit simplement, sans pathos, sans porter de jugement, que vivre dans le monde des hommes est une chose magnifique et terrible à la fois.

« Aujourd’hui, Victor a pleuré pour la première fois ». Magnifique.

Sunset Boulevard

La chair est triste, ok, mais je suis loin d’avoir lu tous les livres. En revanche, j’ai écouté tous les disques ou presque.  Je veux dire, tous les disques qui comptent : Revolver, Pet Sounds, Exile On Main Street, Autobahn, Blonde On Blonde, London Calling, tous les Grands Disques, ceux qui sont plébiscités à la fois par le public et par la critique. Et j’ai également vu tous les Grands Films : Citizen Kane, Le Voyage à Tokyo, La Dolce Vita, La Prisonnière du Désert, La Maman et la Putain, tous les classiques du monde cités dans tous les tops et les classements du monde. A l’exception notable de Sunset Boulevard. Je me suis donc retrouvé dans une position que je n’avais plus connue depuis des années et que je ne connaîtrai peut-être plus jamais de ma vie. C’est une sensation étrange…

Bon, quelques mots sur le film quand même, avant d’aller me tirer une balle dans le cul : on est évidemment « in the presence of greatness » comme disent les anglo-saxons, ça se discute difficilement il me semble. J’ai donc évidemment trouvé ça génial, je n’ai pas été déçu le moins du monde. Ce qui m’a le plus emballé et touché c’est que malgré ce regard ironique et sans concessions qui participe beaucoup de la modernité du film et qui lui confère son statut de classique, de Grand Film encore, c’est que constamment, la tendresse et la bienveillance l’emportent (par rapport à l’industrie, au personnage de Gloria Swanson). Distance/empathie, premier/second degrés, classicisme/post-modernisme, c’est fort de parvenir à concilier les 2 à la fois. Enfin, je sais pas si c’est fort mais c’est une chose à laquelle je suis très sensible. Au cinéma, dans la musique et dans la vie même serais-je tenté de dire. Donc je le dis.

Mulholland Drive

Je l’ai vu 4 fois en salles à sa sortie (performance inédite et inégalée, et qui le restera je pense) et je ne l’avais pas revu depuis.
Je vais pas en faire des caisses ni des tartines, c’est évidemment l’un des plus beaux films du monde et, peut-être, le dernier Grand Film, le dernier équivalent à Vertigo, Sunset Boulevard, La Prisonnière du Désert, tous ces films qu’on trouve régulièrement dans les classements des meilleurs films de l’Histoire du cinéma. Je réfléchis, je n’en vois pas d’autre sur ces 15 dernières années. Un film mythique au sens propre i.e. qui appartient à un mythe (ici Hollywood, envisagé comme tel à chaque seconde), qui est plus ou moins irréel mais aussi idéalisé (ou « cauchemardisé » parfois). Et bien sûr qui est devenu lui-même un mythe à part entière.

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En ayant visionné les 2 films quasiment à la suite, ce qui m’a frappé c’est à quel point Sunset Boulevard m’a fait penser à Mulholland Drive, alors que l’inverse, pas du tout. C’est à dire que Lynch a tellement intégré et digéré le film de Wylder que son influence ne se fait jamais sentir de manière évidente ou manifeste (sauf peut-être lors de ce plan de l’entrée des studios Paramount). C’est fort ça…

Après, avec le recul, il apparaît encore plus évident que Mulholland Drive constitue à la fois « le bout du chemin » pour David Lynch, c’est à dire le film qui va à la fois réunir tous ces précédents films en les transcendant, et un moment de grâce, de transcendance précisément, absolu. Et cette grâce explose véritablement dans ces instants purement lynchiens au cours desquels le temps est suspendu, où l’on a la sensation de toucher du doigt un absolu, quelque chose de l’ordre de l’Éternité ou même du divin : la scène du baiser et son définitif « I’m in love with you », la scène du « secret path » à la fin, portée par le lyrisme du thème d’Angelo Badalamenti. Ces 2 scènes là… Pfiou… C’est une chose de créer de l’émotion, c’en est une autre de la créer et de la rendre palpable à la fois pour les spectateurs, pour les personnages et probablement pour les acteurs eux-mêmes lors du tournage.

Les quelques boni du DVD (un bonus, des boni) m’ont également rappelé que Mulholland Drive a d’abord été envisagé comme le pilote d’une série, que le projet a été annulé et que Lynch a rebondi en le transformant en long-métrage… un an et demi après les premiers tours de manivelle ! Faire d’un obstacle, d’une impasse même une opportunité créative, laisser sa part de hasard à un projet aussi méticuleux et aussi maîtrisé en apparence, voilà peut-être la preuve ultime de son génie en même temps qu’un geste lynchien définitif.

Un mot enfin, au sujet de Naomi Watts, dont la performance est au-delà de l’éloge. Là aussi, Lynch a su faire de son 1er premier rôle un moment de grâce qui va au-delà de la mise en abyme. Elle a fait une belle carrière depuis mais ce que qu’elle donne dans ce film putain… C’est miraculeux. Mais tout le film est miraculeux évidemment.

La session de rattrapage 9

J’ai encore été malade quelques jours, voici donc une nouvelle salve de films vus ou revus à la maison:

Blue Jasmine

Parmi les derniers Woody, c’est sans doute celui que j’avais le plus envie de voir. C’est chose faite depuis sa diffusion télé il y a peu (un dimanche soir, juste après Anaïs Baydemir).
Bon, c’est pas mal, voire pas mal du tout. Néanmoins j’ai le même sentiment qu’avec son dernier en date, L’Homme Irrationnel : c’est un peu bâclé, pas assez fouillé. C’est pas mal mais ça aurait pu être super. C’est très noir sur le fond mais on a le sentiment qu’il n’ose pas y aller à fond et c’est dommage. Ceci étant, la conclusion est vraiment glaçante mais sa noirceur irrémédiable tombe de manière un peu trop abrupte. Enfin, je trouve.

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Une qui ne fait pas les choses à moitié en revanche, c’est la Blanchett. Je ne compte pas spécialement parmi ses admirateurs, ni parmi ses détracteurs d’ailleurs, elle m’indiffère plutôt à vrai dire, mais là, elle force le respect. J’ai toujours une certaine admiration pour les acteurs qui n’ont peur ni du ridicule, ni de s’enlaidir ou en tout cas de se montrer sous leur meilleur jour, y compris physiquement (c’est peut-être un peu idiot mais ça n’est pas si fréquent que ça lorsqu’on y regarde de plus près) et là, on peut dire qu’elle y va à fond.

Le Monde de Charlie

Ca c’est vraiment pas terrible, alors que le film bénéficie d’une réputation assez flatteuse. Je dirais même que tant sur le fond que sur la forme, c’est pas gégéne.
Le Monde de Charlie serait donc un teen movie osé et sensible, une réussite du genre. Alors oui, bien sûr, le film fait le portrait des outcasts ou des freaks du lycée, peu importe comment on les désigne, de ceux qui ne sont ni dans l’équipe de football ni dans celle des cheerleaders, qui sont homosexuels et/ou excentriques et/ou fan des Smiths et/ou trop sensibles etc etc. Déjà vu à maintes reprises mais pourquoi pas. C’est sans relief et hyper clicheteux dans la description du malaise adolescent (description à tendance esthétisante) mais bon, passons. Sauf qu’ici, point d’aspiration à la singularité et à la différence, tout ce petit monde aspire au conformisme le plus absolu : une bonne fac, un bon boulot, une bonne maison avec un beau drapeau étoilé planté devant, emballé c’est pesé. Et sur la forme donc, le scenario révèle en bout de course et de manière très putassière le pourquoi du mal-être du héros. Cette manière de ménager le suspense, d’y aller crescendo sur les flashbacks et les indices tout au long du film, de suggérer, enfin, qu’il y a forcément un terrible trauma derrière son inadaptation, et de montrer, au final, en quoi consiste ce trauma, m’est apparu comme un renoncement un peu dégueulasse en même temps qu’une facilité de scenario peu glorieuse.

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En fait, Le Monde de Charlie est la version cinéma édulcorée, mainstream et ratée de la géniale série Freaks and Geeks. Mieux vaut (re)visionner celle-ci donc.

Made in France

Le film maudit. Je rappelle son pitch, qui lui a valu une sortie repoussée puis un direct-to-VOD: « Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris. » (Allociné)

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Nicolas Boukhrief est un réalisateur-cinéphile intéressant. Ami d’enfance de Christophe Gans, il a été comme lui membre de l’aventure Starfix au milieu des années 80. Moins porté sur la SF et le fantastique sans doute, moins geek en somme, il a une certaine prédilection pour le polar, en phase avec « les enjeux de société » comme on dit. Il semblait être la personne indiquée pour s’attaquer à un sujet aussi casse-gueule. Et en effet, c’est pas mal. Pas manichéen, pas psychologisant, carré, sans fioritures, il applique le traitement qu’il fallait. Maintenant… Difficile de savoir si ces problèmes étaient là dès le départ ou si le film a été remanié dans un second, voire un troisième temps (il a été tourné avant les attentats de Charlie Hebdo et sa sortie en salles était prévue 5 jours après les attentas de novembre) mais il manque sans doute un peu… d' »épaisseur » : longueur, budget, figurants, décors (bon, budget quoi en gros puisque ce dernier induit tout le reste, ou presque). C’est un peu léger. Mais c’est pas mal et c’est à voir malgré tout, davantage en tout cas qu’Un Français, l’autre film polémique de 2015

A Most Violent Year

Ce film à la fois violent, documenté et austère, raconte les déboires d’un jeune chef d’entreprise new-yorkais (impeccable Oscar Isaac même s’il est sans doute un peu trop jeune pour le rôle) pour faire croître son affaire tout en gardant les mains propres : il dirige une entreprise de transport de carburant et voit ses projets d’expansion mis en péril à la fois par le vol régulier de ses camions et de leur chargement et par des autorités judiciaires qui ont décidé d’examiner ses comptes de plus près. Mais lui ne veut rien lâcher, il s’obstine et tient à continuer d’avancer sans pour autant franchir la ligne jaune : on comprend que le père de son épouse (excellente Jessica Chastain, qui vaut décidément mieux que les rôles de beauté diaphane et virginales qu’on lui a longtemps attribués) est membre de la Mafia et il se refuse à ce que ses chauffeurs soient armés pour se défendre.

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L’histoire d’Abel Morales, le personnage interprété par Isaac, c’est celle que tout immigré s’est racontée avant de poser le pied à Staten Island. Le sacro-saint rêve américain, toutes ces histoires glorifiant les self-made men créées par le romancier Horatio Alger au XIXème siècle, imprègnent encore très fortement l’inconscient collectif de ceux qui vivent ou souhaitent aller vivre aux Etats-UnisJC Chandor, le réalisateur, raconte une autre de ces histoires avec ce qu’il faut de sécheresse et d’ampleur à la fois pour en faire une histoire universelle. Si l’écueil scorcesien est habilement contourné grâce au traitement rigoureux, moyennement fun, d’un scenario que le maître aurait très bien pu réaliser, A Most Violent Year n’est pas sans rappeler The Wire : ici aussi, on ausculte l’Histoire de l’Amérique sans jugement et sans encore moins de détours. Et c’est le même constat et goût amer que la conclusion apportent. Ca calme. Excellent film, vraiment.

41 réflexions pendant la 41ème cérémonie des Césars

Après le succès critique et public de mon billet sur la cérémonie de l’an dernier (presque 4 like sur Facebook, 2 commentaires franchement positifs à la machine à café), j’en remets une couche avec mes réflexions sur la 41ème cérémonie des Césars.

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Florence Foresti donc. Pourquoi pas après tout.

– Bon. Un peu longuet ce sketch d’introduction. Un peu pas très drôle. Le « Veronika Loubry » m’a quand même fait sourire.

– Pas mal de nominations pour Mon roi : je suis partagé entre mon dégoût de voir Maïwenn remporter un prix et mon désir sadique de la voir se ridiculiser sur scène.

– Putain elle est pas là. J’avoue, je suis déçu.

– 1ère récompense au bout de 25 longues minutes. Je sais que le laps de temps dévolu aux lauréats a cette année été limité à 2 mn 30 pour éviter la purge de l’an dernier mais j’ai peur

– Classe Carole Bouquet. Joli discours, simple, sans fioriture, (apparemment) sincère.

– « Merci
-De rien »
Ah ben moi qui me demandait toujours ce que le remettant et le lauréat pouvaient bien se dire.

– « Mon producteur qui est un petit peu plus que mon producteur ». Oui, on avait compris au moment précis où il s’est jeté sur tes amygdales pour te féliciter (meilleur film de court-métrage).

– Ah, premier César technique, première séquence strapontin-derrière-une-colonne.

– Bon, Foresti en fait… NON. Elle souffre du syndrome qui touche tous les comiques français à succès : ils sont plus ou moins drôles à leurs débuts et dès qu’ils explosent, ils se prennent pour des rock stars. Ils ne font plus des spectacles d’humour mais des spectacles tout court, dont ils sont la star, constamment mise en valeur. Ca va être long je sens…

– Meilleur jeune espoir masculin: Rod Paradot ! Bravo bonhomme, tu l’as pas volé.

– J’ai un peu peur qu’il dégoupille comme dans le film et balance son César dans la gueule de Louane.

– Rho « Merci à la CPE ». Trop mignon.

– Non je pleure pas, j’ai de la conjonctivite.

Hypolite Girardot à 70 ans, sera vraiment la fusion parfaite entre Michel Bouquet et François Mitterand. Pardon, François Mittrand.

– Nouvelle présentatrice mais nouveau décor également. Un peu glitter 70s, j’aime bien.

– Ca marche toujours en fait les vannes sur ou avec Louis Garrel. Bonne poire/pâte le mec.

– Il a vraiment l’air de se marrer à côté de la Binoche Michael Douglas.

Jonathan Cohen?!?! Mais c’est qui ce mec? Il est connu? Déjà les gars du Palmashow bon… Mais lui sans déconner, c’est qui ?

– C’est long. Très long.

– Wow. Plus fort que Maiwenn, Melanie Laurent et Marion Cotillard réunies donc pour l’instant malaise de la soirée, Jonathan Cohen. Il sort de nulle part, soit, pourquoi pas, c’est même une bonne chose en fait, c’est frais. Mais y avait RIEN dans son intervention. Dingue.

– Et maintenant, Marie Gillain. Marie Gillain? Mais si, Marie Gillain, l’actrice de l’Appât de Tavernier… y a 20 ans. C’est moi où c’est super cheap cette année? A ce rythme là l’an prochain on aura droit à Fréro Delavega.

– « Je t’enverrai la video Marie, t’auras l’impression d’avoir tourné avec eux » Ooooouuuuh la grosse veste de Foresti à Gillain.

– La grande Zabou nous laisse entrevoir ce que seraient les Cesars si c’est elle qui les présentait. Ricky Gervais like this.

Christophe Lambert soulève beaucoup d’interrogations… Second gros malaise de la soirée.

– « Viens ici Christophe« , de Michael Douglas à Christophe Lambert en 1985, m’en souviens oui. Je crois que j’ai seulement raté 2 ou 3 cérémonies des Césars depuis mes 10 ans.

– Yeah, Warren Ellis, la grosse classe. Faut vraiment que je voie Mustang moi.

Marion CotillardMaïwennMélanie LaurentElsa Zylberstein

– Belle brochette de seconds rôles masculins. Content pour Magimel.

– J’aime beaucoup Michael Douglas, vraiment, et pour une raison que j’ignore car je ne trouve pas qu’il soit un si grand acteur ni qu’il ait joué dans de très grands films. Mais lui donner un 2ème César d’honneur pfffff….

– Merde il est beau… Et il fait un très beau discours. Les acteurs américains sont toujours d’une classe folle aux Césars.

– LA CLASSE AB-SO-LUE même.

Birdman meilleur film étranger. N’importe quoi.

– Putain 5 secondes de Mon Roi (Bercot nommée pour la meilleure actrice) et j’ai des envies de meurtre.

Gilles Lellouche, grâce à son bel hommage aux réalisatrices, parvient à faire passer la pilule de sa présence. Une prouesse.

– Ca se voit non que j’ai rien à dire? Foresti met du rythme mais je me fais chier, ça manque vraiment de relief.

Desplechin enfin primé, c’est cool. Pour ce que je considère comme son plus mauvais film, moins cool.

Emmanuelle Béart punaise… Triste.

– Ca défile là les prix, ça s’accélère. Frot, Lindon. Ils ont les chiffres des audiences en temps réel ou quoi?

– Souvent, dans les comédies américaines, les personnages français se voient affublés de noms caricaturaux : Marcel Baguette, Jules Pignon, Ferdinand Lamour. Juliette Binoche.

– Bon, j’avoue : je n’avais jamais entendu parler de Fatima avant les nominations…

C’est fini.
Un palmarès très éclaté, primant des films politiques ou engagés (Fatima, Mustang, La tête haute), c’était prévisible mais ça me semble pas scandaleux. Une cérémonie très plate avec une Florence Foresti qui s’est beaucoup donnée mais pour se mettre elle-même en valeur avant tout. Des discours de remerciements que j’étais soulagé de voir raccourcis mais que j’ai trouvé paradoxalement trop brefs parfois (Arnaud Desplechin visiblement ému, le petit Rod Paradot irrésistible). Une cérémonie moyenne pour un billet moyen. Bon weekend mes petits chatons.

Steve Jobs – critique

Étrangement, j’avais envie de voir ce film. « Étrangement » car je n’aime pas Danny Boyle et que j’en ai rien à carrer de Steve Jobs. Mais j’avais envie, je le sentais bien. Je me disais que le partis pris fort adopté par Boyle agirait comme un garde-fou à son mauvais goût et à ses tendances de clippeur fou. Steve Jobs n’est pas un biopic traditionnel mais un film en 3 actes rigoureusement identiques qui décrivent quasiment en temps réel les minutes précédent 3 temps forts de la carrière de Jobs: le lancement du Macintosh en 1984, le lancement de sa propre compagnie, Next, fondée après son renvoi d’Apple en 1988 et le lancement de l’I-Mac en 1998. Et puis finalement, Steve Jobs n’étant rien d’autre qu’un super publicitaire, quoi d’un mieux qu’un réalisateur publicitaire pour raconter son histoire ?

Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.
Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.

Alors oui, le dispositif assez verrouillé oblige Danny Boyle à un minimum de sobriété. Avant chacun des 3 événements cités plus hauts, Jobs s’entretient avec les mêmes personnes (2 ingénieurs informatiques, sa fille, la mère de sa fille, le patron d’Apple) et il le fait dans les mêmes conditions (dans sa loge, dans les coulisses ou entre les deux).
Steve Jobs est donc un film bavard. Très bavard. On reconnaît bien là la patte d’Aaron Sorkin, scénariste du film et showrunner d’A la Maison Blanche ou plus récemment The Newsroom. Il a également écrit le scenario de The Social Network. Ca veut dire qu’il y a tout plein de scènes avec des joutes verbales entre des gens qui marchent hyper vite parce qu’ils sont hyper busy à faire des trucs hyper plus importants que toi (les scènes walk and talk, sa marque de fabrique) . Ca veut dire que c’est un peu chiant, aussi. Ce mec, Aaron Sorkin, se prend quand même vachement au sérieux non? Bon, je me laisse peut-être influencer par la mauvais opinion que j’ai de lui… Je n’aime rien de ce qu’il a écrit, je n’aime pas le personnage.

Quoiqu’il en soit, le réalisateur c’est Danny Boyle et il est assez irréprochable sur ce coup là. Il livre son film le plus sobre : c’est quasiment du théâtre filmé parfois, sentiment renforcé par le fait que tout le film se déroule sur une scène, dans les coulisses, les loges, la salle. Ca se regarde en tout cas. Un peu chiant, un peu sans intérêt mais ça se regarde.

Très bon casting, duquel je retiens particulièrement un Seth Rogen impeccable que je n’imaginais pas aussi convaincant dans un rôle « sérieux » (ça va, c’est pas Tchao Pantin non plus). Il joue le rôle de Steve Wozniak, petit génie de l’informatique et co-fondateur d’Apple avec Jobs. Il tient la dragée haute à Michael Fassbender dans LA scène de confrontation du film, c’était pas gagné d’avance. Et Kate Winslet vieillit hyper bien. Je sais je l’ai déjà dit mais j’ai pas grand chose à dire de plus sur ce prototype du film moyen (« – Alors, Steve Jobs? T’as aimé? – Moyen. ») et elle vieillit VRAIMENT bien. Quant à Michael Fassbender, même avec une sale paire de dad jeans, des runnings moches et un col roulé noir, il reste aussi beau que bon acteur.

Spotlight – critique

Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis eu jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.(Allociné)

Spotlight raconte comment des journalistes hyper mal sapés mettent à jour, à force d’acharnement et d’un travail de fourmi, un énorme scandale de pédophilie au sein de l’Eglise catholique à Boston. Leur enquête a duré 12 mois et elle a été récompensée par le prestigieux prix Pulitzer (le film se base sur une histoire vraie).

L’enquête est passionnante, le scandale édifiant. Il semble malheureusement que les faits évoqués trouvent régulièrement un nouvel écho, une nouvelle actualité quelque part dans le monde…
Spotlight, le film, fait preuve de la même rigueur que les protagonistes de Spotlight, la division du Boston Globe dédiée aux enquêtes au long cours dont il tire son titre : de la première à la dernière seconde, il ne digresse jamais, reste concentré sur son objectif, de la même manière que les personnages interprétés par Rachel McAdams ou Mark Ruffalo ne semblent vivre que pour leur travail. Leur vie personnelle est à peine dévoilée (McAdams) ou évoquée (Ruffalo). Celle du personnage interprété par Michael Keaton restera un mystère entier.

Spotlight
Une farandole de pantalons à pinces, manches de chemises retroussées et couleurs fadasses.

C’est un peu regrettable, on aimerait parfois en savoir davantage sur ses héros de l’ombre car le film fait preuve d’une telle empathie envers les victimes, qu’il suscite la nôtre et donc de l’intérêt pour ces personnages remarquables mais la fidélité à l’histoire, le respect aussi des victimes, est sans doute à ce prix. Pas de putasserie ou de sensiblerie ici, l’émotion vient uniquement des faits réels, elle n’est jamais mise en scène.
Du coup, forcément, on songe à ces films, typiquement américains, qui retracent eux aussi le combat de journalistes pour faire éclater la vérité, ébranler les institutions, se faire la voix des plus démunis face aux plus puissants (les Hommes du Président, Révélations).

Mais s’il raconte une histoire de 2001, Spotlight a été réalisé en 2015, à une époque où les chaînes infos sont omniprésentes avec leur robinets à news sans aucune hiérarchie, leur zapping permanent et un Internet qui dévoile et nous fait ingurgiter ces mêmes infos en temps direct. Un monde de l’immédiateté, de l’absence de recul et de réflexion, de l’impatience et de la superficialité. Je ne t’apprends rien.

Spotlight raconte donc une histoire survenue dans ce monde d’avant. Un monde dans lequel une enquête pouvait se dérouler sur 12 mois, où il fallait impérativement être à l’heure si on voulait consulter des documents à la bibliothèque, où il fallait photocopier ces mêmes documents, puis les éplucher un par un, à la main, prendre des notes sur un calepin lorsqu’on interrogeait quelqu’un etc etc. Le papier est omniprésent sur les bureaux des journalistes et à l’écran.

Ce monde d’avant Internet nous est signifié via un plan large dévoilant un énorme panneau publicitaire pour AOL, comme un avant-goût de la révolution qui s’apprête à se dérouler. Mais cette révolution a 2 détonateurs nous dit le film, le second étant le 11 septembre 2001. L’évènement, qui nous surprend autant que les protagonistes pour le coup, est hyper bien traité par le réalisateur, Tom Mac Carthy : événement d’importance cruciale pour l’intrigue (il va obliger la section Spotlight à mettre son enquête entre parenthèses pendant quelques temps), il revêt également une grande importance symbolique puisque c’est sans doute le 1er évènement de l’époque moderne qui a été traité par les chaînes info de la manière dont elles traitent aujourd’hui tous les événements.

Spotlight est un film adulte, sérieux, grave même parfois mais jamais pontifiant ni donneur de leçons. Il relate des faits en rendant hommage à une catégorie d’hommes et de femmes, les journalistes d’investigation, un peu en voie de disparition. En 2018, seulement 3 ans après sa sortie mais une éternité en réalité, dans le monde et l’Amérique de Trump, une Amérique dans laquelle les faits, les chiffres, les expertises semblent ne plus avoir beaucoup de valeur face aux opinions et aux émotions, le film prend encore davantage valeur de symbole.