Jacques et Martine s’apprêtent à recevoir une ribambelle d’amis à dîner. Tous ne se sont pas revus depuis dix ans et entre temps, certains ont réussi quand d’autres ont eu moins de succès. L’invité d’honneur est l’ex de Martine, devenu un écrivain très prisé des médias, accompagné de son épouse, une talentueuse journaliste. (Allociné)
D’un point de vue cinématographique, y a rien, ou pas grand chose: c’est le prototype du film dont on dit qu’il s’agit de « théâtre filmé ». Qui est une forme de cinéma en soi comme l’ont prouvé aussi bien Hitchcock que Resnais, mais là n’est pas le débat que je n’ai ni le courage ni les compétences d’affronter. Disons que la réalisation est très fonctionnelle.
Restent donc le texte et les acteurs. Et l’air de rien, rétrospectivement, on se rend compte que Cuisine et Dépendances constitue un petit jalon de la comédie française : il s’agit du premier film co-écrit par le tandem Bacri–Jaoui, dont l’influence sur le cinéma français des années fin 90-début 2000, aux résultats certes variables, me paraît indéniable.
Leurs films à eux (Le Goût des Autres, Au bout du conte, le-truc-avec-Marilou-Berry-et-la-nana-de-Premiers-Baisers-qui-vit-à-Toulouse-et-que-je-croisais-régulièrement-à-une-époque) mettent en valeur leurs moralisme, voire leur côté donneur de leçons assez désagréable. Les films qu’ils ont écrit pour Resnais en revanche (Smoking, No Smoking, On connaît la chanson) font ressortir ce qu’ils ont de meilleur : le talent pour la dissection des relations humaines, leur côté entomologiste. Disons pour schématiser que leurs propres films explicitent un peu trop là où ceux de Resnais suggèrent avec subtilité.
Cuisine et Dépendances penche du bon côté avec la mise en scène sobre (« fonctionnelle » même) d’un petit théâtre de la lâcheté, de la flagornerie et des illusions perdues à la fois réjouissant et touchant. Le couple Zabou Breitman – Sam Karmann, elle dans la bonhomie surjouée et borderline, lui dans la rondeur confinant à la veulerie, est irrésistible. Bacri interprète pour la première fois (que je sache en tout cas), LE personnage auquel il est désormais pour toujours associé, celui du râleur-bougon au grand coeur. A noter également l’un des premiers rôles importants de Jean-Claude Darroussin, excellent lui aussi (on est en 1993 là l’air de rien, il y a 23 ans donc…).
J’aime ce film un peu facile de manière un peu facile aussi, parce qu’il renvoie avec justesse tout un chacun à des situations vécues, aux petits ou grands travers des relations humaines auxquelles on peut au minimum s’identifier.
Roger Pouplard, réparateur de réfrigérateurs en Normandie, multiplie les conquêtes féminines. Marié et père d’un enfant, il n’est pas attiré par sa femme Jeanine, la pâtissière du village. En revanche, il passe beaucoup de temps avec Nadia, la bouchère du coin. Lorsqu’il part en week-end à Deauville avec sa maîtresse, il croise un vieil ami de l’armée, Chanteau, qui semble fort s’intéresser à Nadia… (Allociné)
Indissociable des Galettes de Pont Aven dans mon Panthéon personnel, j’ai choisi ce film-ci au détriment des Galettes… pour des raisons de cohérence topienne (j’y reviendrai dans un autre billet).
Je parle des 2 films ici. Et je ne résiste pas à l’envie de poster la meilleure scène du film, qui vaut tous les discours et arguments du monde pour convaincre les pauvres âmes qui ne connaîtraient pas encore ce chef d’oeuvre :
Je suis pas un inconditionnel de ce film, il devrait pas être dans ce classement. Je le trouve drôle, parfois très, mais paaaaaaaaaaas non pluuuuuuuuuuuuus… La Carioca, « prenez un chewing gum Emile », tout ça, bon…
J’ai quand même été agréablement surpris quand je l’ai revu y a pas si longtemps : ça n’avait pas trop vieilli et j’ai été sensible à de nouveaux petits trucs qui m’ont bien fait marrer. Le « Vous avez pensé à l’amener à l’Aquasplash? » lancé par le flic à Chabat par exemple, m’a davantage fait rire que ce qui suit immédiatement (Farrugia qui vomit parce qu’il est « hyper content »). Bon, de l’écrire (« Farrugia vomit parce qu’il est hyper content »), ça me fait sourire quand même.
Brrrrrrrrrreeeeeeeeef.
Je le mets dans ce classement parce que les Nuls. Et les Nuls, ça a vraiment été une révolution pour moi et je pense pas mal de gens de ma génération.
J’ai fait partie, enfin, ma famille, des premiers abonnés de Canal Plus; ça devait être début 1985 (la chaîne ayant été lancée fin 1984). Ca n’a l’air de rien maintenant, encore moins depuis que la chaîne ne ressemble plus qu’à l’ombre du pipi de son chien, mais à l’époque, c’était un événement et j’avais réellement le sentiment de faire partie d’une caste de privilégiés : des films en exclusivité (des films sortis au ciné il y a A PEINE 1 an t’imagines??), le championnat de France de football, la NBA (gros choc la NBA aussi, avec les matches de la triplette Michael Jordan – Larry Bird – Magic Johnson), Canal Plus, c’était vraiment la télé telle qu’on l’avait jamais vue. Là je rappelle pour enfoncer le clou que jusqu’à ce qu’elle débarque, on n’avait droit qu’à 3 chaînes.
Et puis il y avait les émissions en clair. Du costaud là aussi car elles devaient être suffisamment pertinentes, impertinentes, drôles, uniques pour inciter les gens à en demander plus, et donc, à s’abonner. Et la locomotive des premières années, avant que Nulle Part Ailleurs ne devienne ce fleuron de la télévision française, cette machine de guerre, à innovations, à séquences cultes et à emmagasiner les nouveaux abonnés, c’était les Nuls. Et les Nuls, à la télévision française, en 1987, année de la création d’Objectif Nul, étaient uniques. En tout cas ça me faisait marrer comme rien d’autre auparavant : j’avais l’impression de voir un truc vraiment neuf et qui appuyait toujours sur mes bons boutons (l’absurde, le référentiel, le pipi-caca etc). Ok, ok, Coluche, Desproges, le Petit rapporteur que sais-je, j’en passe et des meilleurs mais
1. ce mélange d’humour absurde anglo-saxon à la Monty Pythons, d’humour scato, de parodies ciné/télé, je pense pas que ça existait auparavant en France, et en tout cas, en 1987, ça n’existait pas
et 2. peut-être plus important encore, les Nuls, étant neufs, je pouvais donc me les approprier. De la même manière que les ados des 70s ce sont appropriés T-Rex et pas Eddie Cochran ou ceux des 90s Oasis ou Blur et non les Beatles. Parce que c’était des artistes de leur génération, pas celle de leurs parents ou de leurs grand frères ou grandes soeurs. C’est hyper important ça dans le processus d’identification et d’appropriation d’un style, d’un groupe ou d’artistes qui aident à se forger et à se construire.
J’ai donc immédiatement accroché à Objectif Nul. Et j’ai aimé les Nuls comme j’ai pu aimer un groupe de rock qui me parlait intimement. J’avais vraiment l’impression de voir des mecs (et une nana) complètements fous et libres, osant et réussissant absolument tout et, je me répète, qui me parlaient comme personne. Évidemment par la suite, on remonte le fil des influences : on remonte aux Monty Pythons, aux ZAZ, au Saturday Night Live, comme je suis remonté à Gainsbourg, à Jean-Claude Vannier, à François de Roubaix grâce à Air par exemple.
Mais j’avais 14 ans et les Nuls c’était là, tout de suite. J’aimais Chabat ou Carette comme mes chanteurs favoris, la seule différence, par rapport aux Smiths par exemple, c’est qu’eux me faisaient marrer (oui on peut dire ça je crois : les Nuls m’ont davantage fait marrer que les Smiths).
A partir d’Objectif Nul j’ai donc tout, absolument tout suivi avec passion et assiduité, jusqu’à participer, en tant qu’invité-concurrent, à leur dernier véritable projet collectif, leur émission de radio sur Europe 1 (le Zouzouk, au cours de la saison 1994-1995). Je parle même pas des expressions ou sketchs connus par cœur, que je citais absolument tout le temps à tort et à travers avec tout le monde, et que je peux encore citer encore aujourd’hui. Je crois que le moment est venu de faire des excuses à ma famille et à mes proches pour ces plus de 25 ans de « l’a pô compris », de « je suis pas un enculeur de maman » ou de « dans les rizières de Saïgon, y a le nuoc-mâm qui sent la merrrrrrrrde, oui » par exemple.
Je garde toujours beaucoup de tendresse pour Dominique Farrugia malgré son droitisme rampant, pour Chantal Lauby, malgré son penchant pour les gros navets, pour Alain Chabat malgré son jeu d’acteur désastreux (y a du mieux quand même ces dernières années, cf Les gamins ou Réalité). Et pour Bruno Carette dont je ne sais pas quoi dire de plus intelligent que le convenu et sempiternel « il est parti trop vite » tellement la formule lui semble malheureusement destinée. Jean Meyrand putain, LA RUE LEPIC.
Quel putain de génie…
Donc voilà, La cité de la peur, c’est pas ma comédie française préférée, c’est même pas ce que les Nuls ont fait de mieux selon moi (L’Emission quand même, quel pied nom de Dieu !) mais les Nuls + moi = AESD.
Ca faisait longtemps que j’avais pas parlé d’un film sorti cette année. Ca tombe sur War Dogs car je me rends compte qu’il m’a bien agacé en fait (je suis sorti de la salle en trouvant ça nul et con, ni plus, ni moins).
Deux copains âgés d’une vingtaine d’années vivant à Miami Beach à l’époque de la guerre en Irak, profitent d’un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d’offres de l’armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d’argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu’ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain… (Allociné)
Adam Mc Kay, binôme de Will Ferrell et réalisateur entre autres d’Anchorman, Frangins malgré eux, The Other Guys etc., a franchi le Rubicon l’an dernier avec son moyenasse mais digne Le casse du siècle, cette année, c’est au tour de Todd Phillips. Lui aussi réalisateur de quelques unes des (très) bonnes comédies US de ces dernières années (Old School, Starsky et Hutch, Very Bad Trip), il signe donc là son premier film « sérieux » : l’histoire de 2 jeunes mecs qui se lancent dans le commerce d’armes, réussissent, flambent, se font berner, déconnent, se trahissent, sont sur écoute, FBI, procès, condamnation etc etc. Classic shit.
2 problèmes majeurs selon moi : le premier c’est que Todd Phillips, à l’inverse d’Adam McKay qui est sans doute tout simplement un type plus intelligent et plus fin, affectionne une certaine vulgarité : ça ressortait déjà dans certaines de ses comédies (c’est ce qu’on lui reproche dans Very Bad Trip par exemple). On sent bien que la coke, les biatchs, la thune, les armes, Miami Beach, tout ça ça l’excite, et pas qu’un peu. Voir par exemple le cameo de cette grosse merde de Dan Bilzerian, sans doute le pipole le plus vulgaire et méprisable à l’heure actuelle, et à côté duquel Donald Trump passerait pour Oscar Wilde. Tu vérifieras par toi-même mais le mec est vraiment champion du monde de la dégueulasserie, avec un goût très prononcé pour l’étalage le plus ostentatoire et agressif de sa fortune, avec bonus homophobe et misogyne.
Pour en revenir aux personnages principaux, ces 2 crétins qui font n’importe quoi et n’importe comment mais qui dans un premier temps flambent et se paient des lofts à 3 millions de dollar dans des immeubles high tech avec vue sur Miami, il aimerait bien être à leur place Phillips, ça se sent. A l’inverse d’un Scorsese dans Le Loup de Wall Street par exemple dont la position par rapport à son héros ne souffre aucune ambiguïté.
Ce qui m’amène à mon 2ème gros problème : War Dogs arrive après Le Loup de Wall Street, film dont il se rapproche énormément (avec ici Jonah Hill dans le rôle de Di Caprio et du personnage charismatique, de la force qui va et qui va entraîner dans son sillage un Miles Teller un peu paumé) et dont il a évidemment beaucoup, beaucoup de mal à soutenir la comparaison. A vrai dire, les similitudes et rapprochements potentiels sont tellement nombreux que je comprends même pas que quelqu’un (scénariste, réalisateur, producteur) ait pu considérer que monter un tel film serait une bonne idée. Le Loup de Wall Street est sorti il y a 2 ans à peine, il est encore dans toutes les mémoires, on ne peut tout bonnement pas ne pas y penser en regardant War Dogs. A la limite, les multiples références à Scarface sont moins maladroites puisqu’elles sont intradiégétiques : le film de Brian De Palma constitue une référence pour le réalisateur mais aussi pour ses personnages qui le citent à plusieurs reprises.
Mais merde, je sais pas comment on peut encore utiliser un procédé aussi profondément estampillé « Scorsese » que l’arrêt sur images inopiné doublé d’une voix off. Comprends pas.
Alors on s’ennuie pas, c’est très correctement fichu, équilibré etc mais c’est totalement inutile et moralement discutable. A éviter donc.
La fille du Grand PDG Bens est tellement malchanceuse qu’elle se fait enlever alors qu’elle est en vacances au Mexique. Pour la retrouver, son père engage le détective privé Campana qu’il associe à un gaffeur invétéré dans l’espoir qu’il le rapproche de sa fille…(Allocine)
Je pourrais faire à peu près les mêmes commentaires que pour Les Bronzés font du ski. Et un peu de la même manière, je retiens celui-ci plutôt que Les Compères ou Les Fugitifs parce que dans ces 2 derniers, il y a une volonté un peu maladroite de faire davantage que de la comédie en créant de l’émotion cette fois, qui ne fonctionne pas toujours sur moi. Bon, après, quand la gamine des Fugitifs prononce ses premières paroles, (« t’en va pas »), de sa toute petite voix minuscule de moinillon malingre, évidemment… La Chèvre c’est vraiment un modèle de comédie pure selon moi, qui fonctionne à merveille en utilisant des ressorts éprouvés mais éternels (le duo dissemblable et incompatible, la plongée dans un monde qu’ils ne maîtrisent pas etc.) que Francis Veber a part la suite usé jusqu’à la corde.
Le film est sorti en 1981, j’avais 8 ans. Pour une raison que j’ignore et qui était peut-être tout simplement due aux horaires des séances (enfin, le singulier, « horaire de la séance », serait plus juste je pense : le Pays Basque rural… 1981.. y avait pas 4 séances par jour quoi), incompatibles avec ceux d’un enfant de cet âge, je ne suis pas allé le voir au cinéma. Alors qu’à cet âge là, j’avais déjà vu Le bon, la brute et le truand par exemple. Et j’avais vraiment les boules, j’étais vert : tout le monde en parlait, mes frères et sœurs plus âgés qui l’avaient vu, les émissions de télé, même le journal de M. Yves Mourousi ! J’étais dégoûté, j’avais l’impression qu’on me privait d’un truc inestimable (même topo avec les Sous-doués passent le bac quelques mois plus tard). Du coup j’attendais le film comme un dingue, beaucoup plus que… Star Wars par exemple, pour citer un film qui aurait dû me passionner davantage.
Quand je l’ai finalement vu à la télé quelques années plus tard, j’ai vraiment pas été déçu (même topo pour les Sous-Doués passent le bac). Et je le suis toujours pas : rien que d’avoir posté l’affiche là, j’ai envie de le revoir !
Couple en proie au stress de la vie urbaine, Caroline et Bertrand décident de tout quitter et de partir reprendre le gîte de leur amie Sophie en Provence. Une nouvelle vie commence : le soleil, les cigales, les oliviers, les clients et les villageois. Ils découvrent la joie d’avoir tourné une page, mais ne l’auraient-ils pas tournée trop vite ? (Allocine)
Personnage atypique dans le monde du cinéma français (auquel on ne peut pas dire qu’il appartienne vraiment de toutes façons), Claude Duty a réalisé son premier long-métrage à… 56 ans ! C’est celui pour lequel il a gagné une certaine notoriété, et sans doute celui pour lequel on se souviendra de lui : Filles perdues, cheveux gras, premier « grand » rôle au cinéma de Marina Foïs, jusque là uniquement connue comme membre des Robins des Bois. Avant ça, il avait essentiellement réalisé des courts-métrages, ce qui l’a amené à prendre en charge le département des programmes courts de Canal Plus dans la seconde moitié des années 90.
Filles perdues, cheveux gras a donc eu pas mal de succès en 2002 dans un registre souvent qualifié de « comédie musicale décalée ». En fait les personnages y interprètent simplement des chansons, ça n’est pas vraiment une comédie musicale. Je ne l’aime pas beaucoup : je le trouve trop volontariste dans sa volonté justement de se démarquer, et un peu trop cynique.
Il a dans la foulée réalisé un 2ème film, Bienvenue au gîte, plus traditionnel mais également nettement plus réussi selon moi.
Plus traditionnel car il est dans la lignée de ces comédies « sociologiques » ou « sociologisantes » françaises à la Bronzés, avec ici, comme cas d’école, les trentenaires urbains et aisés en quête d’authenticité et de quiétude rurales. Les bobos néo-urbains quoi, sauf qu’à l’époque on ne les désignait pas de cette manière. Plus concrètement, le couple Marina Foïs/Philippe Harrel qui décide de quitter Paris pour reprendre un gîte rural dans le Lubéron. Traditionnel également (et pas uniquement propre aux comédies françaises évidemment), le procédé qui consiste à plonger des personnages dans un univers qui leur est totalement étranger: ce que les anglo-saxons nomment « fish out of water », mot à mot « le poisson hors de l’eau » i.e. le héros hors de son milieu habituel. Les exemples sont légion mais pour situer, le film se rapproche pas mal des Randonneurs si on veut (citadins vs ruralité, pour faire court).
Bon, tout ça pour dire que Bienvenue au gîte n’invente absolument rien mais que ce qu’il fait, il le fait très bien. La préparation de la fête médiévale du village par une Marina Foïs trop heureuse d’endosser à nouveau son costume de working girl ultra-compétitive après des semaines de frustration par exemple, est un grand moment. Quant à l’indispensable petit plus, celui qui me fait choisir ce film plutôt qu’un autre, c’est sans doute son traitement, dépourvu de manichéisme (elle a du mal à s’adapter mais lui se sent au contraire comme un poisson dans l’eau) et sa conclusion, à la fois maline et touchante. J’ai beaucoup de tendresse pour ce film, je ne peux pas expliquer pourquoi exactement mais ça explique en tout cas sa présence dans mon classement.
Duty a par la suite réalisé un 3ème long-métrage, Chez nous c’est trois (pas vu)… 10 ans après celui-ci. Il a aujourd’hui 76 ans et tient un blog où il parle semble-t-il de tout et de rien: http://www.claudeduty.com/. Un personnage atypique oui, et attachant.
Lydia et Giovanni sont mariés, mais leur amour est à l’agonie. Après une nuit mouvementée, où chacun va aller de rencontres en séductions, ils se retrouveront pour une dernière étreinte…(Allocine)
Je préfère celui-ci aux Bronzés car il est davantage loufoque et modeste: on sent trop dans Les Bronzés la volonté d’épingler une tendance, d’avoir un pseudo-discours vaguement sociologique sur le Club Med, les post-soixante-huitards, la libération sexuelle blablabla. Il est chouette évidemment, y compris pour ces raisons là, mais on sent trop le regard condescendant et goguenard à mon goût. Dans celui-ci, rien de tout ça : juste la volonté de se marrer de et avec des personnages désormais bien connus des spectateurs. De « juste » faire une comédie. Seuls Bernard et Nathalie (Jugnot et Balasko) continuent plus ou moins d’être moqués comme les épouvantables nouveaux riches qu’ils sont (l’arrivée dans leur location + délogeage des précédents occupants = grand moment).
J’avais lu un truc lors de sa dernière diffusion télé comme quoi Les Bronzés font du ski enregistrait toujours une des meilleures audiences de l’année malgré ses innombrables passages (une fois par an non? Invariablement sur TF1 en tout cas). Ca tendrait à prouver que le film traverse les générations et qu’il ne joue pas que sur la fibre nostalgique de celles et ceux qui l’ont découvert, et aimé, durant leur enfance ou adolescence.
C’est du moins ce que j’aime à croire car je pense, sincèrement, que ce film est extrêmement drôle, extrêmement précis, extrêmement bien rythmé. Je sais que j’ai tendance à me réfugier dans la nostalgie mais merde, c’est pas Camping, si ?
Si oui, et que dans 15 ans la trilogie d’Onteniente a atteint le même niveau de popularité et de culte, je promets un top Antonioni sur Grande remise.
Jeff Lebowski, prénommé le Duc, est un paresseux qui passe son temps à boire des coups avec son copain Walter et à jouer au bowling, jeu dont il est fanatique. Un jour deux malfrats le passent à tabac. Il semblerait qu’un certain Jackie Treehorn veuille récupérer une somme d’argent que lui doit la femme de Jeff. Seulement Lebowski n’est pas marié. C’est une méprise, le Lebowski recherché est un millionnaire de Pasadena. Le Duc part alors en quête d’un dédommagement auprès de son richissime homonyme…(Allocine)
« Le Duc ».
Top 5 material. Un des films que j’ai le plus vus de ma vie.
Sinon quoi ? Bah, The Big Lebowski est très vite devenu culte, il est aujourd’hui un classique, tout le monde l’a vu au moins une fois, tout le monde sait qu’il est génial, pas la peine de faire l’article.
No fun fact : en bon gros fan du film qui se respecte, j’ai acheté un magnifique t-shirt à l’effigie du Dude. Je l’ai porté un jour au boulot et récolté les compliments du patron.
3 semaines plus tard, alors qu’il rentrait d’un weekend prolongé à New-York (oui, il fait partie de ces personnes qui passent « un weekend prolongé à New-York« ), il déboule tout guilleret avec exactement le même t-shirt, même couleur et tout. Le même quoi. Du coup évidemment, impossible pour moi de le porter à nouveau pour aller bosser: sans compter qu’on aurait l’air bien con si on le portait tous les 2 le même jour, il serait tout à fait capable de me reprocher d’avoir acheté le même t-shirt que lui.
Ca me fait chier parce qu’il est vraiment super ce t-shirt et qu’il me va à merveille.
Hervé, 14 ans, est un ado moyen. Débordé par ses pulsions, ingrat physiquement et moyennement malin, il vit seul avec sa mère. Au collège, il s’en sort à peu près, entouré par ses bons copains. Sortir avec une fille, voilà qui mobilise toute sa pensée. Hélas, dans ce domaine, il accumule râteau sur râteau, sans toutefois se démonter. Un jour, sans très bien comprendre comment, il se retrouve dans la situation de plaire à Aurore, l’une des plus jolies filles de sa classe. Malgré des avances de plus en plus évidentes, Hervé, un peu nigaud, ne se rend compte de rien. Quand enfin il en prend conscience, Aurore refuse de sortir avec lui. Puis, sans prévenir, elle se jette dans ses bras. Enfin, il sort avec une fille ! Grand amateur de branlettes et de films X, Camel, son meilleur ami, convainc Hervé d’essayer de coucher avec sa copine. Devant son copain, Hervé se vante de sa virilité, mais quand il est avec Aurore, c’est une autre affaire… (Allocine)
Premier film français de mon top (spoiler : y a que des films américains et français) et un parfait représentant de ce regain de vitalité dans la comédie française dont je parlais dans mon premier billet.
Si le teen movie est ce genre américanissime qui paraît totalement inexportable, Les Beaux Gosses est la géniale exception qui confirme la règle : on parle souvent à son sujet de « Supergrave à la française » et c’est très juste. Les similitudes sont très nombreuses, sans qu’on puisse néanmoins jamais suspecter Sattouf de plagiat.
Car ce qui fait la véritable réussite du film, c’est le « à la française » : loin de vouloir singer les modèles états-uniens donc, Riad Sattouf a l’intelligence de ne garder pour point commun que le fond (les personnages d’ados, l’obsession pour le cul, le bouleversement provoqué par la première romance), la forme étant irrémédiablement made in province (le film a été tourné à Rennes). Ici les ados ne sont pas (tous) cools, pas (tous) beaux, pas (tous) dotés d’une brillante répartie et n’arborent pas tous les marques les plus voyantes de l’american way of life. Hervé, le héros, vit dans une HLM. Camel, son meilleur pote, utilise le catalogue de La Redoute comme support principal de ses fantasmes/branlettes etc. C’est indubitablement français mais ça reste en même temps suffisamment vague. C’est ce qui participe grandement à l’ancrage réaliste du film, et à son pouvoir d’identification : Les Beaux Gosses a été tourné à Rennes mais ça n’est jamais mentionné ni visible : les décors, en dehors du lycée, sont ceux d’une banlieue et d’une ville anonymes. De même, difficile de situer la période : on évoque 50 cents ok (et Jean-Luc Reichmann), mais quelle année exactement, on n’en sait rien. Tout est un peu délavé, un peu grisâtre, un peu glauque. Comme le monde vu à travers les yeux d’un ado, celui que nous voyions lorsque nous avions 15 ans, et ce qu’elle que soit l’époque et la région dans laquelle nous habitions, le monde des Beaux Gosses n’est pas très beau.
Rétrospectivement, on a l’impression que le succès du film à complètement galvanisé Riad Sattouf : il a ensuite réalisé le tout aussi génial Jacky au royaume des filles, dans un registre totalement différent, et il a également sorti les 2 sublimes premiers volumes de L’Arabe du Futur, son magnus opus, qui raconte son enfance et son double héritage culturel (la Bretagne de sa mère, la Syrie de son père). Le 3ème tome (il y en aura 5 en tout) sort d’ailleurs dans pile-poil un mois.
Pour en revenir au cinéma, c’est peu dire qu’après 2 premiers films aussi drôles, subversifs et réussis, j’attends la suite avec impatience.
Austin Powers s’est très bien adapté aux années 90. Il a repris son activité de photographe de mode et vit avec sa femme Vanessa. Mais le sinistre docteur Denfer rêve toujours de l’éliminer. Il construit pour cela une machine à explorer le temps et remonte en 1969 pour extraire la libido du corps congelé d’Austin Powers, le « mojo ». Le super espion ne pouvant rester dépourvu de son pouvoir d’attraction, il fait lui aussi le voyage et retrouve son ennemi mortel sur la Lune. Escorté par l’agent Felicity Bonnebez, Austin Powers va une fois de plus faire échouer ses plans diaboliques. (Allocine)
Ca parait sans doute dingue maintenant, notamment pour les plus jeunes qui ne voient peut-être pas du tout de qui il s’agit, mais à l’époque de la sortie de ce deuxième volet, Mike Myers était un peu le roi du monde de la comédie : il sortait d’une brillante carrière au Saturday Night Live, puis du succès des 2 volets de Wayne’s World, puis de celui du premier volet des aventures d’Austin Powers. Celui-ci a marché encore plus fort, à tel point que le 3 allait encore plus loin : plus de moyens, de promo, de stars… pour un résultat un peu décevant. Mais quand même très chouette : j’avais été assez déçu à l’époque et en le revoyant, ben c’est vraiment pas mal, notamment grâce au personnage de Goldmember, excentrique rouquin néerlandais amateur de peaux mortes (rien que ça…).
Bon, toujours est-il que j’ai vraiment hésité entre le 1 et le 2 et c’est finalement celui-ci qui l’emporte d’une courte tête en raison de tout ce qui gravite autour du Dr Evil : ses sbires, son fils (Seth Green en caricature d’ado mal dans sa peau et en rébellion contre son géniteur) et bien sûr Mini Moi. Nom de Dieu, ça va loin avec lui quand même !
Ce que j’aime dans cette franchise, c’est qu’outre les gags et situations qui me font mourir de rire, on sent en permanence la tendresse de Myers pour son personnage et tout ce qu’il représente (l’amour libre, l’esprit des années 60 et du swinging London pour faire court). Ca transparaît également à travers le featuring de Burt Bacharach dans les 2 premiers volets. C’est con mais ce sont 2 passages qui m’émeuvent à chaque fois car c’est quelqu’un pour qui j’ai une énorme admiration et qu’il en va manifestement de même pour Myers. Et puis si on grossit évidemment le trait niveau costumes et décors (mais c’est la règle du jeu dans une parodie), il ne fait pas n’importe quoi, au contraire : Burt Bacharach en guest-star donc mais aussi Elvis Costello, des références en veux-tu en voilà à James Bond bien sûr mais aussi Danger Diabolik, Notre Homme Flint etc. Enfin, on reconnaît dans le groupe qui joue sur les brefs jingles qui parsèment le film, les excellents Susanna Hoffs et Matthew Sweet. C’est précis quand même !
Ce sont des films que j’avais adoré à leur sortie et je pensais qu’ils avaient pris un petit coup de vieux mais pas du tout, ils restent tout aussi drôles, rythmés, attachants. C’est une très bonne surprise.
Et donc, pour en revenir à ce que je disais en introduction, c’est un peu dingue cette trajectoire du principal intéressé puisque Mike Myers a aujourd’hui totalement disparu des radars. Il a fait la voix de Shrek puis écrit, produit et interprété Love Guru qui s’est bien planté et puis plus rien (hormis une apparition étonnante dans Inglorious Basterds). Je me demande si ce retrait est un choix personnel ou s’il est tout simplement jugé has been. Je sais pas.
Dans le même registre, je recommande donc :
Austin Powers (le 1) Austin Powers dans Goldmember (le 3)