#2 American Pie

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Mortifié pour avoir été surpris par ses parents devant un film X, Jim, élève de terminale, fait un pacte avec sa bande de copains : ils doivent devenir des hommes avant leur entrée à la fac. Il leur reste trois semaines pour utiliser toutes les techniques possibles de séduction. Tous les moyens sont bons, même les plus inattendus, car chaque jour compte. Une chose est sûre, Jim ne regardera plus jamais une tarte aux pommes de la même façon ! (Allociné)

Les choses étant vraiment bien faites, la 2ème entrée du top est une comédie conforme à la ligne éditoriale parfois je-te-fais-recracher-tes-Chocapics de Grande remise.

Mais le fait est que j’adore ce film. A tel point que je le connais vraiment par cœur et que certaines répliques font désormais partie de mon « lexique » personnel.
Ca n’a pas toujours été le cas : je l’avais même trouvé non seulement nul mais assez détestable la toutoute première fois en salles. Je me souviens qu’à l’époque, prof dans un collège, mes élèves me suppliaient de le leur diffuser lorsque, le programme bouclé et les conseils de classe derrière nous, nous passions les dernières heures de cours à regarder des films. Je me souviens m’être dit que merde, on est mal barré avec de pareils apprentis cinéphiles : j’ai l’air malin maintenant.

C’est en discutant ardemment sur le forum cinéma d’Allociné avec un de ses brillants défenseurs, un internaute très érudit et raffiné, que j’ai envisagé de lui donner une 2ème chance et que son génie (son GENIE) m’est apparu évident.
Même si le « message » (pour utiliser un trop grand mot pour un film aussi premier degré) est tout à fait respectable, on est pas chez Apatow ou les Farrelly ici: l’objectif, c’est avant tout la marrade. Et là évidemment, rien de plus subjectif (avec la frousse: ce qui me fait rire/peur te laissera peut-être indifférent et inversement, et ça s’explique rarement de façon rationnelle). Mais il y a un vrai regard plein de tendresse sur chacun des héros du film, ça aussi ça a fini par me toucher. Et ma propre tendresse pour ce film m’a amené, au bout du compte, à me faire sourire jusque lors de la scène la moins drôle du film, celle qui lui donne son titre.

Au final et rétrospectivement, American Pie restera un spécimen assez unique dans le paysage de la comédie américaine : ni rejeton du Saturday Night Live, ni neo-comédie à la Apatow, il est un teen movie humble et sans prétention qui n’a lui même pas vraiment fait école ni porté chance à ses principaux acteurs. Je n’ai ainsi aucun film à recommander dans la même veine : Porky’s, son « modèle », a quand même vachement vieilli, et ses différentes suites ne sont pas du même niveau.

Les plus sceptiques noteront enfin que son co-créateur et co-réalisateur, Paul Weitz (qui a co-signé le film avec son co-frère, Chris Weitz) a par la suite signé plusieurs comédies adultes et subtiles des plus recommandables. J’y reviendrai dans un futur billet.

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La bouteille d’eau

Discussion entre collègues dans la cuisine du bureau durant la pause déjeuner :

– Ouais… Pas super 2016 pour l’instant. Ma grand-mère, le fils de mon amie…

– Ah mais oui, c’est vrai, je voulais te demander ce qui s’était passé finalement !

– Ben on l’a enterré y a 10 jours…

– Oh la la… Et on a su ce que c’était ?

Là ma collègue explique que le fils de son amie, 6 ans, a été diagnostiqué en janvier comme souffrant d’une maladie génétique rarissime et dégénérative, sans traitement ni guérison possible. Il était condamné dès le départ, il est parti en 6 mois. L’horreur absolue, indicible, le cauchemar de tous les parents…
Alors que nous sommes tous (une demie-douzaine) en train de l’écouter attentivement, un peu graves bien entendu, voire sincèrement choqués, l’autre collègue, celle qui s’enquerrait de la situation, s’écrit devant la porte du frigo ouverte et en plein milieu du récit :

– QUELQU’UN A PIQUE MA BOUTEILLE D’EAU ! Y A PLUS MA BOUTEILLE D’EAU DANS LE FRIGO !

Bon, elle a beau être extrêmement égocentrique, là, devant le silence teinté de malaise qui a suivi, elle a quand même compris qu’elle avait un peu merdé: on l’a plus entendue de tout le repas.

#1 40 ans, toujours puceau – The 40-year old virgin

Motivé par ma phénoménale capacité  à ne jamais aller au bout de ce que j’ai commencé (c’est pour ainsi dire mon super pouvoir), je me suis dit, « mais dis donc Grande remise, ça fait plus de 3 ans que t’as commencé un top 100 musique et t’en es à peine au numéro 50. Est-ce que ça serait pas le moment idéal pour commencer un autre top que tu termineras pas ? ».

La réponse étant évidemment « oui », voilà donc un nouveau work in progress censé nous amener jusqu’en 2059, année au cours de laquelle je m’éteindrai paisiblement après un dernier regard sur la Baia del Silenzio de Sestri Levante : le top 50 de mes comédies préférées.
Par ordre alphabétique, comme pour les disques. Et parce que la marrade, c’est important. Je dirais même que c’est ce qu’il y a de plus important, ou pas loin (« Ach l’humour ! C’est une des choses que je préfère, avec les pieds paquets et l’infanterie ». J’y reviendrai en temps voulu à cette citation). Et puis c’est la rentrée, ou tout comme, pour beaucoup d’entre nous, il m’a semblé que le moment s’y prêtait bien.

Aussi parce que la comédie est mon genre de prédilection au cinéma, et que je pense que c’est le bon moment pour faire une sorte de bilan, même s’il sera évidemment très subjectif: j’ai le sentiment qu’on a vécu un autre âge d’or à partir de 2000 (en gros) et qu’en revanche, ces 3-4 dernières années sont un peu plus poussives (alors qu’il y a du mieux en France avec quelques pépites au milieu d’une production grand public toujours aussi navrante). On a en tout cas désormais un peu de recul sur ces années riches en comédies de qualité.
Je parle évidemment là des comédies américaines, puisqu’elles sont omniprésentes sur nos écrans, avec Judd Apatow en tête de file (aussi bien en tant que réalisateur que producteur) et digne successeur des Howard Hawks, Preston Sturges, Franck Tashlin, Billy Wilder, Blake Edwards, j’en passe, ces autres têtes de proue de la comédie hollywoodienne à travers les décennies.

Les choses étant bien faites, la première entrée de ce top en donne donc le « La » puisqu’il sera (très) riche en ce qu’on a pris coutume de nommer « neo-comédie américaine »: comprendre par là ce que j’évoque ci-dessus, la vague de comédies apparues autour de l’an 2000 dans le sillage des frères Farrelly et sous l’impulsion conjuguée de Judd Apatow, du Frat Pack (Will Ferrell, Ben Stiller, Owen Wilson, Vince Vaughn) et d’une nouvelle génération de comédiens lancés par ce même Judd Apatow dans Freaks and Geeks, la série de Paul Feig (Seth Rogen, Jason Segel, James Franco puis plus tard Jonah Hill). Paul Feig, lui-même réalisateur de quelques-unes des meilleurs comédies de ces dernières années (Mes meilleures amies, Les flingueuses). La neo-comédie américaine repose sur les membres d’une très grande famille, faut arriver à suivre.

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Le lundi matin, lorsque ses collègues décrivent avec force détails leurs exploits libidineux du week-end, Andy Stitzer, 40 ans, se sent bien penaud, car il est encore puceau. Partagés entre hilarité, incrédulité et consternation, ses amis David, Jay et Cal décident de prendre en main sa tardive initiation : de gré ou de force, Andy va devoir franchi le Rubicon… (Allociné)

40 ans, toujours puceau est produit et réalisé par Judd Apatow, co-écrit par Apatow et Steve Carrell, qui en tient le premier rôle. On y retrouve entre autres Paul Rudd, Seth Rogen et Jonah Hill (qui fait ici sa toute première apparition). Sur le fond et sur la forme, le film donne également à merveille le « La » du modus operandi et de la geste apatowienne : en grand admirateur de John Cassavetes, il aime s’entourer de proches, de gens avec qui il se sent en confiance (il fait régulièrement tourner sa femme, Leslie Mann et leurs 2 gamines). De même, ses films se font la voix de ce qu’on a pris l’habitude de nommer « bromance » et qui est devenu un genre à part entière: l’amitié amoureuse entre 2 ou plusieurs hommes. En France on appelle ça des « films de pote ». Genre Les Petits mouchoirs. Genre.

Apatow va néanmoins au-delà de la bromance : sa grande question est celle du couple, des concessions que chacun doit faire pour retrouver l’autre sur un terrain épanouissant pour chacun. Il ira encore plus loin dans son film suivant (En cloque, mode d’emploi) puisqu’il y raconte comment les personnages interprétés par Seth Rogen et Katherine Heigl décident d’apprendre à se connaître, à s’aimer et à vivre ensemble après qu’elle est tombée accidentellement enceinte.
C’est à ce double titre (bromance+love story, pour faire court) que 40 ans, toujours puceau est pour moi un jalon et une réussite totale, un film d’une humanité et d’une sensibilité qui me touchent particulièrement. En plus d’être extrêmement drôle, ça va sans dire.


Dans le même registre, je conseille aussi
:

En cloque, mode d’emploi 
I Love You, Man
et, avec beaucoup plus de réserves, 40 ans, mode d’emploi

#51 April March – Triggers

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J’ai déjà pas mal parlé des disques Tricatel et de Bertrand Burgalat sur ce blog (ici, ici, ici et même ).

Je considère cet album comme son meilleur en tant que producteur : l’apport d’AS Dragon a parfaitement été digéré et intégré (le groupe est devenu pour ainsi dire le groupe du studio dans son ensemble) et les influences soul de plus en plus prégnantes se fondent merveilleusement dans l’univers plus précieux d’April March. Certains textes sont d’une poésie et/ou d’une intelligence rares, parmi les meilleurs de toute la pop française (Le Code Rural, Le Cœur Hypothéqué). La pochette est sublime, et il y a à l’intérieur du disque une non moins sublime photo qui selon moi résume parfaitement tout l’esprit du disque, et du label : élégant et sophistiqué sur la forme, subversif sur le fond :

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#50 Linus of Hollywood – Your Favorite Record

Linus of Hollywood - Your Favorite Record
Sous ce pseudonyme emprunté à un personnage de Peanuts se cache Kevin Dotson, un multi-instrumentiste californien de 43 ans. « Californien » est ici le mot-clé tant sa musique, une pop hypra-mélodique et gorgée d’harmonies vocales, évoque à chaque seconde la terre de Brian Wilson, Jellyfish (le groupe et le son dont il se rapproche sans doute le plus) et autres acrobates de la mélodie ensoleillée. Par conséquent, le genre de type qui fait venir 3 pelés dans des bars miteux en Europe mais remplit des salles respectables au Japon. Je crois d’ailleurs qu’il n’a pu enregistrer son dernier album, l’excellent Something Good, que via une opération de crowdfunding. C’est dire si tout le monde s’en cogne.

C’est vraiment dommage car si Linus of Hollywood n’invente absolument rien, Kevin Dotson agrippe le genre avec un tel amour, un tel enthousiasme, une telle croyance en ce qu’il fait (et un tel talent évidemment, sinon…) que ça relève de l’évidence pure et simple. Et puis c’est peut-être con mais sa musique est fondamentalement premier degré, positive, euphorisante. Ca fait du bien parfois… Pour moi ça a vraiment relevé de l’évidence: j’ai écouté cet album une fois, je l’ai eu dans la tête pour de bon.
Il en va de même pour les suivants (peut-être un poil plus musclés) : j’ai choisi celui-ci simplement parce qu’il s’agit du premier et que je lui dois ma découverte de cet artiste aussi doué qu’attachant. Et parce qu’il comporte une super reprise de ce super morceau de Margo Guryan.

#49 Sondre Lerche – Faces Down

sondre lerche - faces down
Je me souviens avoir chroniqué ce disque, le premier album d’un jeune songwriter pop norvégien, à sa sortie. J’étais hyper enthousiaste, hyper optimiste quant au futur, forcément radieux, de la carrière de Sondre Lerche. J’ai sans doute utilisé plein d’adjectifs et d’adverbes  hyper laudateurs (pas relu mon papier depuis, je suis maso mais pas à ce point). Mais je me souviens très bien que je voyais en lui le futur de la Pop, un prodige qu’on chérirait à travers le monde durant des siècles et des siècles (merde, je recommence).

Je reviens pas du tout sur mon enthousiasme ni sur l’opinion que je formulais à l’époque mais 15 ans après, Sondre Lerche est malheureusement resté un secret bien gardé, un plaisir d’esthète(s).
Il s’en cogne je pense hein: il enregistre, il tourne, il fait même des bo à Hollywood (enfin, il en a fait une, pour le gentillet Coup de foudre à Rhode Island avec Steve Carrell et Juliette Binoche), il a épousé une mannequin (dont il a aujourd’hui divorcé) tout va bien. Mais ça m’énerve toujours un peu quand le talent n’est pas partagé, quand des merveilles absolues telles que Suffused with Love ou On and Off Again ne sont connues que par quelques maniaques des arrangements d’orfèvre et des mélodies alambiquées (ou l’inverse) dans mon genre. Évidemment, ceux qui savent savent mais le monde ne sait pas et ça me rend un peu triste pour le monde.

J’aurais pu également choisir son 2ème album, Two-Way Monologue, ou le 4ème, Heartbeat Radio, ou même le 5ème, Sondre Lerche. En revanche je n’aime pas beaucoup Phantom Punch, son 3ème album, le plus « rock » : Lerche est un précieux, un vrai dandy pop et l’entendre sortir les guitares… ça l’effectue pas, tout simplement. Et j’ai donc choisi celui-ci car c’est celui qui m’a le plus impressionné lors de la 1ère écoute: une telle science, un tel talent, une telle finesse, à seulement 19 ans (il en a aujourd’hui 34), j’en reviens toujours pas.

#48 The Kinks – Lola versus Powerman and the Moneygoround

The Kinks - Lola

Il y a une quinzaine d’années, je fréquentais assidûment un forum de discussion, celui d’Allociné pour ne pas le nommer (et pour utiliser une expression que je trouve particulièrement débile).
Nous avons eu un jour, et pendant plusieurs jours en vérité (voire semaines, je ne me souviens plus exactement. On passait tous beaucoup trop de temps sur ce foutu forum…), une discussion acharnée et passionnée(ante) sur les notions de subjectivité/objectivité. Les uns défendaient l’idée selon laquelle la critique était inutile si l’auteur laissait de côté ses sentiments personnels, les autres pensaient au contraire qu’il fallait autant que faire se peut juger une oeuvre en laissant de côté son affect, la juger pour ce qu’elle est et pas par le prisme de notre épiderme en somme.
J’étais à l’époque un farouche membre de la Team Objectivité, pensant qu’il était nécessaire qu'(e) critique soit capable de dire du bien d’un film qu’il ou elle n’aimait pas mais dont il ou elle pouvait reconnaître des qualités « objectives ».

Pourquoi je parle de ça aujourd’hui?
C’est pas exactement la même mayonnaise mais c’est lié, tu vas comprendre : je tombe régulièrement sur des tops ou des critiques et je suis souvent un peu agacé par l’ennui mâtiné de prétention qu’ils distillent sous couvert d’un vernis objectif et donc sérieux, en opposition à des billets subjectifs et donc superficiels : ça m’agace parce que je ne vois aucun intérêt à simplement reproduire des informations que n’importe qui peut trouver sur Wikipedia, dans le Dictionnaire du Rock, Mojo, Uncut, que sais-je encore ? Je ne vois aucun intérêt à raconter à nouveau, 50 ans après la sortie du disque, et donc autant d’années d’exégèse, que Revolver a traumatisé un Brian Wilson qui pensait avoir tué le game avec Pet Sounds… Et je ne vois donc pas beaucoup de pertinence à expliquer dans ce billet-ci que Lola vs Powerman and the Moneygoround est le fruit du ressentiment de Ray Davies pour les maisons de disques et l’industrie musicale, quand une recherche rapide et sommaire te l’apprendra mieux que moi.

Par conséquent, comme je ne suis pas journaliste d’investigation, que je n’ai pas accès aux archives personnelles de Ray Davies et que tu n’es pas sur le site du Washington Post, ni Wikipedia, je préfère en général, c’est pas systématique évidemment, évoquer une expérience ou un souvenir personnels. C’est peut-être narcissique, sans doute même, mais je trouve ça plus humble finalement que de donner des informations objectives et impersonnelles comme si personne ne l’avait jamais fait auparavant (et j’ai conscience que c’est très prétentieux de trouver ça humble oui, merci, je sais mais ça va bien aussi à la fin, à ce moment là je dis plus rien).

Ca fait un petit moment que, pour des raisons diverses et variées j’avais envie de parler de ça: c’est fait, c’est bon, j’y reviendrai plus. Demain je fais des bisous à tout le monde.

Donc voilà : j’aurais pu choisir Face to Face ou Something Else voire même Arthur ou Percy mais ce disque a été ma porte d’entrée pour les Kinks lorsque, encore adolescent, j’ai entendu pour la première fois Lola dans l’appartement de mon beau-frère. C’est toujours une de mes chansons préférées du groupe, une de mes chansons préférées tout court et une de celles dont je connais les paroles par cœur de A à Z (y en a pas tant que ça quand j’y pense).
Et puis il y a sur cet album une autre composition mémorable de Ray Davies, This Time Tomorrow, qui, comble de la délectation granderemisesque, a été merveilleusement utilisée par Wes Anderson dans The Darjeeling Limited.