Top cinéma 2015 – 4ème partie : best of

Au menu aujourd’hui, des films que je trouve plutôt ou carrément bons, et que j’ai aimés. Toujours sans classement.

Get Hard

Tu connais désormais mon admiration, que dis-je, ma passion, pour la comédie américaine contemporaine en général et pour Will Ferrell en particulier : je ne pouvais pas passer à côté de Get Hard.
Ferrell y incarne une sorte de Bernie Maddof un peu benêt lui mais qui se fait également gauler et condamner à une peine de prison ferme. Blindé de thunes, totalement déconnecté de la réalité et a fortiori de l’univers carcéral, il demande au gars qui s’occupe de ses voitures de le coacher pour être prêt à affronter son futur quotidien en prison. En effet, le gars en question (Kevin Hart, pénible, comme toujours) est noir donc dans sa tête de blanc déconnecté de la réalité, il a forcément déjà fait de la tôle et pourra le préparer à ce qui l’attend. Kevin Hart, brave petit père de famille qui rêve d’améliorer son quotidien et de faire croître sa petite entreprise, ne le contredit pas et accepte car il a besoin d’argent.
Le pitch est drôle et si le film aurait pu être meilleur, Ferrell est génial, comme d’habitude : il faut le voir, trader richissime, flipper à l’idée de passer plusieurs années en prison et donc devenir la proie des caïds et gangs en tout genre, puis, au terme de sa « formation », se muer en véritable gangsta.
Bonne comédie potache donc, un peu plombée par les bons sentiments dont le pénible Kevin Hart se fait le convoyeur. Mais nom de Dieu de bordel de merde, quel putain de génie ce Will Ferrell. Et puis y a Alison Brie à moitié à poil. NEED I SAY MORE?

J'aime cet homme. Et cette femme.
J’aime cet homme. Et j’aime cette femme.

Ant Man

J’ai vu peu de blockbusters cette année, et ceux que j’ai vus m’ont profondément ennuyé (Star Wars, Jurassic World). Ant Man est l’exception qui confirme la règle mais je ne suis pas sûr qu’il puisse être considéré comme un blockbuster à proprement parler (un blockbuster à la Avengers ou San Andreas par exemple) : c’est réalisé par Peyton Reed, jusque là plus connu pour ses comédies (l’excellent Yes Man avec Jim Carrey par exemple), c’est starring Paul Rudd aka L’homme le plus sympa du monde© et habitué des meilleures comédies lui aussi et puis… ben… comment dire… c’est un homme fourmi quoi. LOL.
Là où le film est malin c’est qu’il ne nie jamais le potentiel comique dû à l’improbabilité de la nature de son héros. Ant Man est donc un film de super-héros relativement classique dans son déroulé (le mec ordinaire sur qui ça tombe sans qu’il ait rien demandé, la belle, le méchant qui a des vues sur la belle, la rédemption personnelle qui accompagne le combat bigger than life etc) mais il est sans doute le plus drôle. Et il est vraiment très drôle grâce notamment aux sidekicks de Paul Rudd, plus particulièrement au toujours excellent Michael Peña, immense je-le-connais-mais-je-sais-jamais-comment-il-s-appelle, que ceux qui savent ont notamment pu apprécier dans Observe and Report et dans la saison 2 de Eastbound and Down.
Et puis y a le grand Michael Douglas et la sublime Evangeline « Kate Austen » Lilly, non franchement c’est super. Déjà envie de le revoir.

Un film comme ça.
« Ant Man, c’est comme ça. »

Mad Max: Fury Road

Ca j’ai également du mal à le considérer comme un blockbuster mais pas pour les mêmes raisons : j’étais un peu sceptique mais faut avouer que c’est assez radical ! J’en viens presque à regretter que le film véhicule un message, aussi infime soit-il : l’action brute, décomplexée et virtuose fait tendre le film vers l’objet quasiment expérimental et ça m’allait très bien. J’en dis pas plus, le film ayant été abondamment et brillamment disséqué sur la Toile par des gens beaucoup plus intelligents et intéressants que moi.

Assurément LE personnage portnawak de l'année.
Assurément LE personnage portnawak de l’année.

The Visit

On est loin des réussites passées mais ça fait quand même plaisir de retrouver en partie le Shyamalan qu’on aime, que j’aime en tout cas. Pas grand chose à dire de plus: c’est simple, malin, assez drôle, raisonnablement flippant. « De la belle ouvrage ». Mais quand on y pense quand même… Au début des années 2000, ce mec était le nouveau Spielberg, à la fois adulé des critiques (dans leur grande majorité) et du public. Chacun de ses nouveaux films créait l’événement. Aujourd’hui The Visit sort en catimini et tout le monde s’en fout. Comme quoi, la routourne tourne vraiment, et ça c’est une leçon à méditer.

En cherchant une image d'illustration, suis tombé sur d'excellents photogrammes bien flippants quand même. Mais je voudrais pas spoiler.
En cherchant une image d’illustration, suis tombé sur d’excellents photogrammes bien flippants quand même. Mais je voudrais pas spoiler.

Ricki and the Flash

Ca commence comme une comédie pour vieux, avec des gags de vieux, sur les vieux. Rires des vieux, nombreux (Meryl Streep oblige sans doute), dans la salle. Mais c’est fait avec sincérité, au premier degré et s’il y a bien une chose qu’on peut accorder à Jonathan Demme, c’est d’aimer, et de savoir filmer la musique. Il filme ainsi les chansons (des reprises, puisque le film raconte l’histoire d’une musicienne qui a quitté sa famille pour accomplir son rêve de rock’n’roll star mais galère depuis des années dans un groupe de bar) dans leur intégralité la plupart du temps et ça fait évidemment toute la différence. En enregistrant et en retranscrivant les prestations de ce groupe gentiment pathétique de vieux rockers sur le retour comme s’il s’agissait des Stones, il rend un touchant hommage à tous les groupes gentiment pathétiques de vieux rockers sur le retour du monde.
Se greffe à cela une jolie histoire de lien défait et à renouer, touchante elle aussi, et traitée avec beaucoup de justesse, d’autant que le rôle de la fille est interprété par la propre fille de Meryl Streep, et l’ex-mari par le toujours excellent Kevin Kline. Le prototype du « joli film » au final, dont on ressort avec un sourire sincère. En n’ayant plus aucune envie de faire des remarques désobligeantes sur la fille moche de Meryl Streep.

Le toujours excellent Kevin Kline dans le rôle de l'ex-mari.
« Ne me traite jamais, jamais… jamais… de débile »

A trois on y va

« Joli film » encore, paré d’un vernis QFA (Qualité Française Auteuriste). C’est donc littéraire mais pas trop, auteurisant mais pas trop, grand public mais pas trop, subversif mais pas trop. C’est un film du miyeu en fait, et il pourrait aisément basculer dans la partie basse de mon top. D’autant qu’il y a un sévère côté « ta bite a un goût » dans les dialogues de Bonnell : il sent bien que parler des amours de ces jeunes adultes, raconter leur quotidien sentimental dans un décor et un contexte relativement réalistes, nécessite de sa part une certaine décontraction, un certain naturel, qu’il a bien du mal à retranscrire parce que précisément pas naturel chez lui. Jérôme Bonnell est un cinéaste très sensible et un peu précieux, et c’est très bien, c’est ce qu’on apprécie chez lui mais lorsqu’il se fait violence et fait parler ses personnages comme ils seraient censés parler dans la vraie vie, ça fait un peu pitié. Je n’ai plus les exemples précis en tête mais j’ai vraiment eu le sentiment de me retrouver face à un premier de la classe qui essaie d’avoir l’air cool en se prétendant fan de Snoop Dogg.
Je pinaille car encore une fois, c’est un joli film, mais le pinaillage C’EST Grande remise. Et c’est pour ça que tu m’aimes au fond.

J'ai omis de mentionner que ça s'achève sur le sursublimissime The Ocean de Richard Hawley et ça évidemment c'est un gros plus.
J’ai omis de mentionner que ça s’achève sur le sursublimissime The Ocean de Richard Hawley et ça évidemment c’est un gros plus.

Toute première fois

Ce top est vraiment interminable, j’arrive pas à faire court. On dirait donc que c’est sur ce film là que ça tombe : comédie française / Pio Marmaï / malin / drôle / mignon

Au centre, Franck Gastambide, une des Kaïra. J'étais au lycée avec un Gastambide, un sacré petit con. Je me demande toujours s'ils ont un lien de parenté.
Au centre, Franck Gastambide, une des Kaïra. J’étais au lycée avec un Gastambide. Un sacré petit con. Je me demande à chaque fois s’ils ont un lien de parenté.

Mission Impossible – Rogue Nation

Action / Acteur nain / Bonjour Madame / Le Troisième Homme

Je vais quand même préciser un peu ici parce qu’il est vraiment balèze l’Acteur Nain : il fait un film par an (un film seulement je veux dire), du coup il fait l’événement mais comme il est aussi fort qu’il est petit, il s’agit toujours d’un bon film : l’an dernier Edge of Tomorrow par exemple, et cette année, MI5 donc. Plus classique que ses prédécesseurs, il porte la patte de son réalisateur, Christopher McQuarrie, scénariste émérite et spécialiste es-film noir. D’où ce final très Troisième homme de Carol Reed : Londres (Vienne aura joué son rôle dans la 1ère partie du film), nuit, humidité, brume et quasi-noir et blanc. Classique et classieux donc.

Acteur Nain + Bonjour Madame
Acteur Nain + Bonjour Madame

Top cinéma 2015 – 3ème partie : miséricorde

Mon top entre aujourd’hui dans la lumière, comme un insecte fou, avec les non-mais-oui : des films certes pas géniaux mais repêchés par la seule grâce de mon immense indulgence, et que j’ai donc plutôt appréciés. Les films que je n’ai pas aimés ici et ici.

L’interview qui tue

Le scandale qu’il a provoqué, avec les menaces nord-coréennes proférées à son encontre ont surtout évité de parler du film en lui-même. Et ce film il est pas terrible. Très en deçà en tout cas des précédentes réussites du duo Evan GoldbergSeth Rogen, dont Supergrave reste pour moi le sommet. Le duo d’auteurs et le duo d’acteurs (Seth Rogen et son bro James Franco) apparaît totalement en roue libre car libre de faire ce qu’il veut puisqu’ils sont les nouveaux golden boys de la comédie américaine. C’est là qu’on se dit qu’un producteur digne de ce nom leur faisait énormément de bien (entre ici Judd Apatow). Ceci étant, je reste très client et j’ai ponctué le visionnage de quelques éclats de rire. Et même s’il en fait des caisses, James Franco est assez génial en présentateur télé bête à manger du foin.

Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E.

Quant t’as réalisé 8 longs métrages mais que t’es tout aussi, voire davantage connu pour ton mariage que pour ta filmographie, il faut dire les choses telles qu’elles sont : ça pue. Et quand de surcroît ce mariage s’est achevé il y a maintenant 8 ans, ça pue encore plus fort. Et pourtant, Dieu sait par quel miracle, Guy Ritchie, l’ex de Madonna donc, continue à régulièrement faire des films… Il se fait pas trop chier ceci dit : après 2 épisodes de Sherlock Holmes (lamentables ai-je ouï dire), il s’attaque ici à l’adaptation de la série The Man From UNCLE, en français Des agents très spéciaux, avec Robert Vaughn (le brun) et David Mac Callum (le blond).
Cette adaptation au au moins le mérite de rapidement situer le niveau: bas. C’est fou comme ce mec, Guy Ritchie donc est mauvais quand même. Il le porte sur lui d’ailleurs le pauvre : l’air un peu bonnasse du type qui s’excuse de ce qui lui arrive et de pas pouvoir faire mieux, jamais.

guy ritchie et madonna
« Je comprends pas ce que je fais là »

On sent bien qu’il tente des trucs (des répliques, des petits effets de style assez clippesques mais bon pourquoi pas) mais rien ne prend. RIEN. Par moments je me posais même la question : « mais attends, c’est censé être une réplique drôle ça ou c’est juste une réplique noyée au milieu des autres ? ». Grosse gêne. Et la scène de la torture mon Dieu mais quelle bêtise : torture du héros par un ancien nazi, ouh, c’est mal c’est horrible. Dans la foulée, inversion des rôles et torture du nazi par le héros: c’est fun. C’est cool. C’est la rigolade. Mais quel abruti.
Ce qui sauve son film, c’est son matériau de base : une adaptation de Des Agents très spéciaux, c’est, si on est pas trop con ni styliste chez Desigual, la garantie d’acteurs, de décors et de costumes, glamour et stylés. Coup de bol pour lui (et pour moi), l’action se déroulant dans les années 60, décennie particulièrement fertile à ce niveau là (et ma décennie de prédilection), son film est très plaisant visuellement. C’est joli quoi. Comme un joli livre d’images qu’on prend plaisir à feuilleter d’un œil un peu distrait. Et puis le casting est bien, avec des acteurs jolis eux aussi, et qu’on n’a pas encore trop l’habitude de voir : de gauche à droite sur la photo ci-dessous, Alicia Vikander, Armie Hammer, Henry Cavill.
C’est tout, et c’est peu mais ce soir là, ça suffisait : indulgence, miséricorde, tout ça.

AGENTS-UNE
C’est joli.

Dheepan

Le vrai problème de Jacques Audiard, c’est son succès constant voire croissant : si c’est pas le public, c’est les critiques, si c’est pas les critiques, c’est les institutions (Césars, festivals). Quand c’est pas les 3 à la fois. Du coup, non seulement il se remet jamais en cause mais il en voit pas la nécessité. Logique après tout. Et il continue de nous asséner ses fantasmes débiles d’auto-justice et de violence purificatrice. C’est dommage parce que 1. c’est complètement con évidemment, en plus d’être irresponsable 2. en dehors de ça, il a quand même du talent pour filmer les couples récalcitrants et les instants insignifiants qui, mis bout à bout, créent une puissance rédemptrice autrement plus significative qu’une descente à la kalach chez les caïds de la cité.
C’est donc, malgré un happy end un peu trop angélique (autre point noir) ce que je garderai de Dheepan : le quotidien de ce trio forcé de cohabiter et d’apprendre à vivre ensemble sinon à se connaître. Et ça Audiard le retranscrit plutôt bien selon moi.

Nos futurs

Cinéaste doudou s’il en est, Rémi Bezançon surfe plus que jamais dans Nos Futurs sur la vague de l’humour nostalgico-adulescent, avec un pitch qui s’y prête particulièrement : deux amis d’enfance se retrouvent à la trentaine alors qu’ils s’étaient perdus de vue après le lycée. L’un est devenu PDG de la grösse entreprise familiale, l’autre lose toujours dans la même chambre de bonne au dessus de leur ancien bar-QG. Et il s’est mis en tête d’organiser une gigantesque fête avec tous leurs anciens amis du lycée, qu’ils vont donc essayer de retrouver un par un.
C’est super prévisible, c’est de l’humour Bref à fond (Kyan Khojandi interprète d’ailleurs, et très bien, un second rôle) mais 1. c’est drôle (le camping sur le rond point, le crash de la party adolescente) 2. c’est drôle parce que Pio Marmaï. Dans un rôle taillé sur mesure de branleur sympathique, il fait merveille. Et il m’a permis de passer outre des situations vraiment très prévisibles, un grösse twist final mal digéré et surtout, surtout, l’acteur qui joue son pote d’enfance et partage le premier rôle avec lui, Pierre Rochefort. Pierre Rochefort putain. Le mystère. Le vertige. Le trou noir. La peau qu’on prie. C’en est presque fascinant à ce stade de transparence et de non-présence. Mais sinon j’ai vraiment beaucoup ri à de nombreuses reprises.

112009.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx
En blanc sur le canapé, Camille Cottin aka la connasse. A l’extrême gauche, un phasme.

Régression

Je peux me tromper mais j’ai l’impression qu’après le four d’Agora, un film certainement assez coûteux, Alejandro Amenabar était un peu tricard à Hollywood et qu’il essaie de se relancer avec cette espèce de série B dont on a l’impression qu’elle aurait pu être diffusée un jeudi soir sur TF1 (case réservée aux thrillers et téléfilms horrifiques soft, à ne pas confondre avec la case du samedi soir, réservée aux téléfilms DME d’Hollywood Night). Du coup il fait son boulot sans trop y injecter sa personnalité mais comme il est pas manchot, ça se regarde. C’est même plutôt malin : difficile d’en dire plus sans mega-spoiler-de-la-mort mais le film soulève des questions intéressantes, d’autant plus pertinente en ces temps incertains. Pas mal donc, voire pas mal du tout. Et puis j’aime bien ces films américains écrits par des auteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle : ça ajoute toujours des petites bizarreries dans les dialogues que j’aime beaucoup (c’est également le cas dans les films de Guillermo Del Toro par exemple). Après, faut être capable d’accepter Emma Watson, sa peau de bébé et son teint de porcelaine, en paumée white trash.

Le talent de mes amis

A la fois rom-com, bromance, chronique générationnelle et satire de la vie de bureau, Le Talent de mes amis n’a pas les épaules ni le talent justement pour tout assumer. Mais si tout n’est pas irréprochable, chacun des aspects comporte ses petits moments de réussite. Par ailleurs, le film repose évidemment beaucoup sur l’alchimie du duo composé par Alex Lutz et Bruno Lopes (les Catherine et Liliane du Petit Journal) et elle n’est plus à prouver.
Le gros point positif est néanmoins incarné par le 3ème larron, Tom Dingler, également co-auteur des sketches des 2 commères de l’open space : il se voit attribuer le meilleur rôle et les meilleures répliques, le rôle le moins manichéen et le plus subtil en tout cas, et il l’interprète à merveille. A noter le petit rôle tenu par Jeanne Moreau qu’on avait pas vue à l’écran depuis un bail il me semble.

le_talent_de_mes_amis
Catherine, Tom Dingler et Liliane

Jamais entre amis

Ici

Connasse

De la « connasse » aka Camille Cottin, je ne connaissais que quelques sketchs vus sur Canal ou Youtube. Et j’avais trouvé ça franchement naze et paresseux : marre de ces comiques pseudo-trash qui s’imaginent marcher sur les traces de Ricky Gervais, Sacha Baron Cohen ou Louis CK uniquement parce qu’ils tapent sur les vieux, les enfants, les handicapés. Et qui du coup, imbus de leur propre transgression, en oublient d’écrire des vannes. Bah, ils auraient tort de bosser davantage au fond puisque ça a l’air de plaire.
Bon, je suis quand même allé voir le film car c’était une période de creux dans les salles il me semble et parce qu’étrangement, la bande annonce m’avait fait sourire. Et j’ai été agréablement surpris : même si on peut regretter qu’elle soit « pilotée à distance » (elle dispose d’une oreillette à travers laquelle ses acolytes l’assistent en permanence) Camille Cottin m’a quand même semblé assez courageuse et dotée d’un certain panache. Surtout, on réalise qu’elle endosse son personnage avec une conviction qui force le respect, et qu’elle n’a pas peur du ridicule. Évidemment, même si le film est très court, ça ne tient pas vraiment la distance mais pour peu qu’on soit dans de bonnes dispositions, on passe un bon moment. C’est tout ce qu’on demande à ce type de film finalement.

Knock Knock

Apparemment, le film a soulevé un mini-débat aux Etats-Unis : film féministe ? Misogyne au contraire ? Subversif ? Réac ? Je crois surtout qu’Eli Roth, et nous avec, s’en fout complètement. Il s’amuse de ce renversement des codes du huis-clos horrifique, s’amuse de voir ces 2 poulettes torturer ce gros benêt de Keanu Reeves et si on prend le film pour ce qu’il est, à savoir une récréation horrifique maligne et alerte, un genre de Funny Games pour geeks, ça l’effectue correctement.

KNOCK-KNOCK
Mais barre toi andouille!

Top cinéma 2015 – 2ème partie – merci mais non merci

Je continue mon récap cinéma 2015 avec les oui-mais-non, des films non dénués de qualité mais qui ne m’auront fait ni chaud ni froid, au mieux. Sans ordre particulier là aussi.
Pour les daubasses de l’année, c’est ici que ça se passe.

Star Wars : le réveil de la force

Star Wars m’a toujours été plutôt sympathique, sans que je sois un énorme fan non plus. J’attendais donc ce nouveau volet avec une impatience toute relative. Disons que j’attendais autant le nouveau film de JJ Abrams que le nouveau Star Wars. Disons que j’ai pas fait des pieds et des mains pour y aller le jour de la sortie. Disons que j’ai vite déchanté : mais nom de Dieu de bordel de merde, c’est vraiment un film de bébés ! Ces dialogues… Ces raccourcis… Ces gros sabots…
A vouloir contenter à la fois les fans qui ont découvert et aimé l’univers en 1977, ceux qui ont découvert et aimé la trilogie suivante, ceux qui étaient trop jeunes pour l’une et l’autre des 2 trilogies et découvrent donc Star Wars via ce volet et ceux qui vont au cinéma une fois tous les 10 ans, à vouloir contenter absolument tout le monde en somme, on nivelle tout par le bas et on aboutit à un film de bébés.
Alors oui, ça s’agite, ça pète et ça court de partout, non-stop, mais pour quoi ? J’ai trouvé ça vraiment naze. Et les 3-4 geekeries qu’on est en droit d’attribuer à Abrams au milieu de ce produit sans aucune personnalité m’ont paru tomber comme un cheveu sur la soupe. Pas sûr que j’aille voir les épisodes suivants.

Snow Therapy

Un film pas à la hauteur de son génial pitch : croyant au déferlement d’une avalanche alors qu’ils sont attablés à la terrasse d’un restaurant de station de ski alpine, un père de famille coolos et moderne abandonne lâchement sa femme et ses 2 enfants, soucieux avant tout de sauver ses propres fesses. La crise s’installe alors inéluctablement dans le couple : tandis que sa femme lui en veut à mort et n’arrive pas à digérer l’incident, lui nie n’avoir pensé qu’à sa gueule.
Il y a du Haneke dans cette dissection chirurgicale du moment T où tout bascule pour ce couple qu’on imagine modèle, ou plutôt dans la dissection des conséquences de ce moment T. A savoir qu’il y a une volonté de regarder les choses en face, sans détour mais également, et c’est là que le bât blesse pour moi, une certaine complaisance à le faire. Ce qui implique donc une certaine cruauté, une forme de manipulation du spectateur aussi (la scène de l’accident de ski dans le brouillard). Cruauté ou hyper-réalisme? Manipulation ou suspense? On peut en débattre j’imagine et j’ai la sensation d’être minoritaire car le film a bénéficié d’un excellent accueil critique et public. Mais ça m’a ennuyé, dans les 2 sens du terme : ennui à proprement parler et embarras.

- Hé chauffeur, sivouplé!!! - Quoi encore? - Pipi...
– Hé chauffeur, sivouplé!!!
– Quoi encore?
– Pipi…

Vice-Versa

Grosse déception : d’une laideur graphique et surtout chromatique totalement rédhibitoire en ce qui me concerne (Pixar a débauché des graphistes chez Desigual ou quoi?), le film m’a également paru extrêmement simpliste, prévisible, balisé. Oui, ok, le postulat est intéressant mais qu’est-ce qu’on en fait? Il aurait me semble-t-il été bien plus intéressant et pertinent de rester avec la gamine et sa famille et non dans la tête de la gamine.
Après, c’est pas directement lié au film mais Vice Versa m’apparaît aussi comme un exemple type et assez peu sympathique de ces films au sujet desquels la critique, « unanime » selon l’expression consacrée, use d’injonctions quasi dictatoriales: « à voir absolument », « une réussite incontestable » etc etc. Qui se double en prime d’une campagne marketing bien culpabilisatrice après quelques semaines d’exploitation: « Déjà 3 millions de spectateurs. Et vous? ». Oh la la merde merde merde, moi je l’ai pas vu/j’ai pas aimé, je me sens mal mais mal :((((
Putain de fassistes.

L’homme irrationnel

Alors oui, c’est plutôt pas mal mais c’est quand même extrêmement prévisible (pour du Woody Allen) et surtout, je peux pas m’empêcher de penser qu’il y avait matière à un film véritablement dramatique d’un tout autre calibre. On parle quand même là d’un personnage principal (Roaquine Fénix, très bien comme d’hab) dont les outils intellectuels lui permettent de justifier, quasiment par A+B, le bien fondé d’un assassinat. Et qui le vit tellement bien qu’en réalité, grâce au dit assassinat, il revit le mec ! C’eut put être vertigineux, dérangeant, subversif. Au lieu de ça, Allen traite son histoire de manière quasiment primesautière en utilisant tout du long le tube jazzy-cool The In-Crowd. Je regarde peut-être le film pour ce que je voudrais qu’il soit et pas pour ce qu’il est mais je ne peux pas m’empêcher de voir là une forme de démission de sa part, de choix de la solution de facilité. Après, ça se regarde bien, je dis pas. Manquerait plus que ça.

Le tournant du match
Pas une seule vanne sur les yeux d’Emma Stone t’as vu.

Trois souvenirs de ma jeunesse

J’ai tellement pas aimé que je n’ai aucune envie de m’attarder dessus. Pour être honnête, je l’ai déjà rayé de ma mémoire. Simplement dire que je n’ai jamais été « pris », que j’ai trouvé ça extrêmement redondant, poseur et désagréable. Je n’ai aimé que le début avec la confusion sur l’identité d’Amalric et le récit du voyage en URSS. Pourtant j’aime tous les films de Desplechin et j’étais plein d’espoir pour celui-ci. Mais en ce qui me concerne, ça ne l’effectue pas du tout ici, tout simplement.

Partisan

Un pitch intéressant là encore, pour un résultat décevant : un mec, genre clodo (Vincent Cassel, qui en vieillissant ressemble de plus en plus à mon patron et c’est vraiment très gênant) se place à la tête d’une espèce de communauté qu’il a retirée du monde et qui abrite uniquement des femmes et leurs enfants. Ces derniers ne connaissent du monde que ce que Cassel veut bien leur en montrer/dire. Et bien sûr, un beau jour, l’un d’eux en voit trop, et commence à remettre en cause l’autorité du gourou.
La plus grande qualité de Partisan, c’est qu’il entretient super bien le mystère : où est-ce que ça se passe? Pourquoi cette désolation? Une guerre? La crise? Qui est Vincent Cassel? Comment « recrute »-t-il ces femmes (et pourquoi uniquement des femmes)? Etc etc. On n’en saura rien, et c’est très bien comme ça. Le problème c’est qu’une fois ce cadre posé, et l’intrigue amorcée (en gros : la rébellion d’un membre de la communauté contre son leader), le réalisateur ne sait pas trop quoi en faire. Il aligne alors les scènes attendues et aboutit à un film sans relief et d’une grande platitude, à un énorme « tout ça pour ça ». Dommage.

Non et puis merde quoi, j'avais l'impression d'être au bureau.
Non et puis merde quoi, j’avais l’impression d’être au bureau.

La niña de fuego

D’une maîtrise formelle assez remarquable, La niña de fuego m’a également paru d’un cynisme au moins équivalent. C’est noir, très noir même mais d’une gratuité dingue. On songe d’abord aux Coen pour cette spirale d’événements qui ne font qu’empirer une situation initiale déjà pas glop mais ici, rien de chaleureux, d’empathique ou encore, et pour prendre un autre exemple, aucune vertige métaphysique comme chez Kubrick par exemple. Juste le plaisir de la cruauté envers ses personnages, son public. La séance la plus énervante et désagréable de l’année, haut la main.

Les deux amis

Un peu sévère peut-être parce que c’est mignon quand même. Le thème de la bromance, qui est sans doute LE thème de prédilection de la comédie américaine de ces 10-15 dernières années, a été peu traité par le cinéma français, et encore moins sous l’angle choisi par Louis Garrel. C’est donc original mais également assez juste et sensible. J’ai simplement trouvé ça un peu trop affecté, un peu trop film-de-Louis-Garrel : on imagine sans mal que c’est typiquement le genre de film que les détracteurs du cinéma français se plaisent à conchier et pour être honnête, on voit assez bien pourquoi. 2 choses ne fonctionnent pas du tout selon moi et ont fait basculer le film dans cette catégorie ci : 1. le tournant du match est géré de manière totalement irréaliste (difficile d’en dire plus sans spoiler mais disons qu’aucun des protagonistes n’agit de manière plausible). C’est d’autant plus râlant qu’encore une fois, sur bien des aspects, le film est très juste 2. on est content pour Louis Garrel que tel Richard Anthony, il soit aussi amoureux de sa femme mais un sentiment, aussi sincère et puissant soit-il, n’a jamais fait un film, encore moins un bon film.

Inherent Vice

Je le sentais hyper bien car 1. contre tout attente, j’ai beaucoup aimé le précédent film de Paul Thomas Anderson, The Master 2. J’aime beaucoup le roman de Thomas Pynchon 3. J’aime beaucoup Joaquin Phoenix, comme tout le monde 4. J’adore les films qui se passent à cette période là, à cet endroit là (Californie, fin des années 60) . Et c’est une déception car c’est raté. Enfin, « c’est raté »… Peut-être pas car finalement tout est cohérent : c’est fidèle au bouquin, c’est enfumé et nébuleux au possible (c’est un genre de remake arty de The Big Lebowski, auquel il se réfère assez explicitement parfois), très bien reconstitué, filmé, interprété, monté etc etc. Mais ça laisse très indifférent : le rire ou l’émotion affleurent ici ou là mais c’est trop peu. Et on finit donc par se faire chier et trouver ça vain. Dommage. Pas impossible que je le revois assez vite ceci dit car il continue de pas mal m’intriguer malgré tout.

Voilà, CA c'est des rouflaquettes de champion.
Voilà, CA c’est des rouflaquettes de champion.

La loi du marché

Comme Star Wars, j’aurais peut-être dû le mettre dans la catégorie précédente en fait car je trouve que rien, absolument rien ne fonctionne. On dirait « les Dardenne pour les nuls ». Ou plutôt « les Dardenne par un nul ». Tout y est : le contexte professionnel, le contexte social, le contexte privé, le personnage principal, digne, forcément digne, la caméra à l’épaule, qui suit le personnage principal digne de dos, forcément de dos, la fin abrupte etc etc. Mais ici, tout sonne faux, fabriqué, sans âme, sans émotion. Qu’est-ce qui cloche alors? Tout en vérité : les dialogues sont un peu trop appuyés, les situations un peu trop « exagérées », les scènes un peu trop longues etc etc. Mais ce « peu », dont on se dit parfois qu’il tient à rien et dont on a même parfois du mal à mettre le doigt dessus mais qui tient aussi à la moustache de Vincent Lindon, c’est évidemment le lieu ou la situation, le dialogue, le cut qui fait toute la différence entre la grâce des frères Dardenne et la lourdeur de Stéphane Brizé.

Un Français

Le American History X français est certes plus subtil que son « alter ego » américain (en même temps c’est pas dur) mais il n’en est pas réussi pour autant. La volonté du réalisateur d’éviter tout manichéisme, toute condamnation facile et à l’inverse toute ambiguïté, débouche sur un film étrangement atone. A trop vouloir jouer la carte de la distanciation, Diastème laisse le spectateur de côté. Et puis ça manque… de talent j’ai envie de dire, notamment côté acteurs, pas du tout subtils eux pour le coup.

Réalité

Je fais pas de classement jusqu’au top 10 mais je mets celui-ci juste avant la catégorie suivante (les « mauvais » films que j’ai quand même apprécié) car il est vraiment à la limite. Pendant une bonne moitié, je me suis dit que Dupieux parvenait comme dans Steak à créer cette passerelle géniale entre la Californie et la France, en catapultant cette fois Alain Chabat et Jonathan Lambert à Hollywood (ainsi qu’Elodie Bouchez dans une moindre mesure). Mais au fur et à mesure de son avancée, le film s’apparente davantage à une succession de saynètes sans grand intérêt ni cohérence : le non sens, le surréalisme requièrent une certaine rigueur que le film perd peu à peu. Ca n’empêche pas les fulgurances car Dupieux a un vrai sens visuel et un cerveau intéressant mais ce qui s’annonçait comme son film à la fois le plus radical et le plus abouti déçoit au bout du compte.

Putain, le mec qui lit là, c'est Daft Punk!!! C'est un Daft Punk!!!
Putain, le mec qui lit là, c’est Daft Punk!!! C’est un Daft Punk!!!

Top cinéma 2015 – 1ère partie – worst of

Ces 6 derniers mois voire cette année, j’ai posté beaucoup moins assidûment sur Grande remise. Because life.

Du coup je me rattrape un peu en m’étalant sur certains films au sujet desquels j’avais prévu de poster un billet au moment où je les ai vus mais je ne l’ai finalement pas fait car pas eu le temps ni/ou la motivation de finir. Et je fais très court sur d’autres parce que je vais pas poster mon top en Mars non plus.

Je ferai juste un top 10, le reste entrera dans diverses catégories.

Je commence par les films que non-mais-sans-déconner-c’est-pas-possible. Y en a pas beaucoup finalement.

Spectre

Il aura donc fallu attendre 2015 et près de 40 ans de fréquentation des salles obscures pour que je ne reste pas jusqu’au bout d’une séance. J’étais particulièrement claqué ce soir là mais le film était particulièrement naze. Et pourtant j’avais adoré Skyfall. Comme je culpabilisais un peu, je me suis quand même tapé l’heure et des brouettes qu’il me restait à voir quelques jours plus tard chez moi : je suis bien content d’avoir dérogé à une règle vieille de 40 ans et de m’être barré avant la fin.

Boomerang

Quand j’étais jeune, il y avait ce qu’on appelait les « sagas de l’été », sur TF1 la plupart du temps (celles de France 2 étaient moins putassières donc évidemment moins jouissives et moins successful), avec:
– des vieilles gloires de l’époque, souvent des femmes (je vois Mireille Darc, je vois Nicole Calfan)
– voire carrément des ancêtres, dans le rôle de l’ancêtre de la famille (je crois me souvenir de Jacques Dufilho par exemple)
– des familles donc, forcément, souvent 2, super liées par le passé mais super ennemies désormais, souvent à cause d’une histoire de cul mal digérée ou d’un lopin de terre abusivement labouré et cultivé (on déconne pas avec ça en Vendée/Dordogne/Provence), le lopin de terre abusivement labouré étant parfois la métaphore, voire le prolongement d’un cul abusivement besogné.
– des régions télégéniques (Vendée/Dordogne/Provence donc, plutôt que Limousin/Lozère/Picardie)
– des autochtones tellement authentiques, tellement plein de bon sens. Et tellement englués en bas de l’échelle sociale, car c’est ainsi qu’il doit en être.
– un ou des secrets bien enfouis qui ne demande(nt) qu’à resurgir pour déclencher la tempête du tourbillon des sentiments de la vie bouleversée par la passion. Des sentiments.

Tournage Boomerang
Image chopée sur le site de Challenges. Y a pas de hasard. Jamais.

Boomerang, c’est un peu une saga de l’été condensée en un peu moins de 2h.
On retrouve donc ici, en vrac dans les indispensables ingrédients: l’île de Noirmoutier, un couple d’habitants de l’île (des domestiques donc), Bulle Ogier (Bulle Ogier nom de Dieu… ça fait mal de la voir là), un accident de voiture, un secret enfoui crès crès profond, un drame familial. Et Mélanie Laurent, un drame tout court.
Qu’est-ce que c’est mauvais nom de Dieu… Bourgeois, prévisible, clicheteux, conformiste, y compris dans son « plaidoyer » pour la tolérance. Ca aimerait bien faire revivre Rebecca (retour sur les lieux du drame avec la maison familiale en centre névralgique du trauma du protagoniste principal, en l’occurrence Laurent Laffitte qui, parenthèse dans la parenthèse, serait bien inspiré de commencer à mieux choisir ses rôles) mais on est définitivement du côté des Coeurs brûlés. Mais enfin, ça se regarde et c’est mauvais-rigolo, pas mauvais-énervant : c’est donc davantage un nanard qu’un navet.

Un moment d’égarement

Là on penche nettement davantage du côté du navet car c’est un film extrêmement désagréable.
Boomerang on s’en moque davantage qu’on s’en agace. On ne s’y ennuie pas et s’il pêche par excès de conformisme, se complaisant dans son univers « passion Burberry« , il délivre un « message » difficilement critiquable.
Un moment d’égarement est, comme on a pu le lire ici ou là, un manifeste pour la neo-beaufitude, étalage de pognon décomplexé (à l’écran et pour ses personnages), relents misogynes, conservateurs, hypocrisie à tous les étages. Je m’attarderai pas davantage, ça n’en vaut pas la peine. Je me demande quand même comment Jean-François Richet, cinéaste dont les qualités cinématographiques ne sont même pas l’objet du débat, mais cinéaste volontiers taxé de gauchisant, a pu pondre un film aussi ouvertement « sarkozien ». A noter que l’adaptation est co-signée Lisa Azuelos, immortelle poétesse bling-pouffe de LOL et autres Comme t’y es belle et que ça, c’est nettement plus logique. Quelques lignes sur le film original, nettement plus intéressant, ici.

Le film de Berri était 100 fois moins faux-cul et n'avait pas peur de montrer une belle moustache.
Le film de Berri était 100 fois moins faux-cul et n’avait pas peur de montrer une belle moustache.

Papa ou Maman

Putain c’est horrrrrrrrrriiiiiiiiiiiiiiiible ça aussi en fait.
C’est écrit par les mêmes tâches qui nous ont pondu l’immonde Prénom et ça se voit tout de suite. Même cynisme insupportable, même fausse méchanceté qui tire sur les ambulances, même manque de discernement dans le registre humoristique : le simple fait de taper sur les vieux/les enfants est censé déclencher le rire. Et non les mecs, c’est pas aussi simple que ça et le problème n’est pas de savoir si on peut rire de tout ni même avec n’importe qui. On peut retourner cette question dans tous les sens, à toutes les époques, au sujet de tous les événements, y compris les plus tragiques, la réponse a toujours été « oui, on peut rire de tout, à condition d’être drôle ». Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce qui déclenche le rire, c’est un bon gag/une bonne réplique avant une prétendue provocation. Tout ça avant, bien entendu, le final bien réac et bien dans les clous comme il faut. Papa ou Maman est en fait l’équivalent cinématographique de ces fils à papa qui font une crise de punkitude/hippietude pendant quelques mois avant d’intégrer sagement une école de commerce/médecine hors de prix.

Seul sur Mars

Gros potentiel nanardesque : un bon exemple de film à regarder/commenter à plusieurs. Le pitch : Matt Damon se retrouve laissé pour mort sur Mars. Ses collègues de mission ont du dégager et revenir sur Terre dans la précipitation d’une tempête d’une rare violence. Laissant Damon derrière eux donc. Mais c’est cool, no soucy, il en a vu d’autre le mec (c’est Jason Bourne et il sait résoudre des équations mathématiques insolubles): il va simplement nous concocter 2-3 tutos pour nous expliquer comme s’en sortir si on se retrouvait un jour dans la même situation. Tranquilou bilou. Non mais sans déconner…
Donc ça c’est ce qui se passe côté Mars. Sur Terre, un Ridley Scott décidément toujours aussi inspiré (sérieux, c’est à se demander s’il est pour quelque chose dans Alien finalement, c’est son unique vrai bon film!) aligne cliché sur cliché, scène vue mille fois sur séquence ultra-prévisible, du directeur de la NASA qui ne pense qu’à sauver ses miches au super geek, un Noir évidemment (et probablement atteint du syndrome d’Asperger) par qui la lumière viendra. Evidemment. Et ça dure quasiment 2h30 cette plaisanterie !

"Et ça tu vois, ça passe crème avec un petit kawa. Crème. Lol"
« Et ça tu vois, ça passe crème avec un p’tit café. Crème. Lol« 

Vive les Vacances

Je suis le spectateur idéal pour ce type de films mais celui-ci est vraiment pas terrible. Évidemment, j’ai souri, voire ri à quelques reprises mais il faut être honnête: c’est l’équivalent US d’une comédie avec Kad Merad.

Birdman

Un grand NON pour ce film qui m’a horripilé de la première à la dernière seconde. Zéro au 4 à la suite donc. J’en parle davantage ici.

Belles familles

J’ai beaucoup de tendresse et de respect pour Jean-Paul Rappeneau et la majorité de ses films mais là, malgré un savoir-faire évident (rythme, montage notamment), c’est vraiment pas possible: ça pue trop la naphtaline. Un film de vieux monsieur typique. Libidineux en plus.

Karin Viard, vue quelques jours avant dans Lolo, fait 15 ans de plus ici que dans le film de Delpy. Et j'ai passé les 3/4 du film à me demander si Gilles Lellouche avait des implants. Je pense que oui.
Karin Viard, vue quelques jours avant dans Lolo, fait 15 ans de plus ici que dans le film de Delpy. Et j’ai passé les 3/4 du film à me demander si Gilles Lellouche avait des implants. Je pense que oui.

Bis

Chaque année, je me tape une comédie française dont je sais à l’avance qu’elle va être bien dégueulasse. Comme ça, un soir de paresse intellectuelle souvent, et parce que j’ai envie de constater l’étendue des dégâts d’un genre qui me tient à cœur (la comédie française donc). Bis, réalisé par Dominique Faruggia, starring Kad Merad et Franck Dubosc semblait parfait pour ça. Et j’ai été servi : c’est dégueulasse. Dégueulasse et déprimant. Pas grand chose à dire de plus.

Jurassic World

On parle souvent au sujet des blockbusters, de films formatés à l’extrême, tant est si bien qu’on jurerait leur scenario craché en quelques secondes par un logiciel maléfique dans lequel on se serait contenté de saisir quelques mots-clés : « action », « enfants mignons », « blanc méchant », « noir gentil », « bonnasse », « bonnard », « first, they meet and then they fight, then they meet again and at the end, they fuck » etc etc. J’ai rarement eu autant ce sentiment que devant ce film. OK, le combat final entre les 2 gros dinos est assez cool mais c’est un film qui manque tellement de personnalité, de caractère, d’aspérités, de singularité… Même le nom du réalisateur (Colin Trevorrow) semble virtuel et avoir été généré par une machine.

Tu m'étonnes qu'il détourne le regard: elle a des mollets immmmmondes. Désolé, fallait que ça sorte.
Tu m’étonnes qu’il détourne le regard: elle a des mollets immmmmondes. Désolé, fallait que ça sorte.

Top albums 2015 – 2ème partie

Encore une grosse présence française dans le haut du tableau. Grande remise, le blog qui gagnera le Tour de France dans les 5 ans.

10. Mikal Cronin – MCIII

10_700_700_550_mikalcronin_900px
Très proche de Ty Segall, qu’il accompagne sur scène en tant que bassiste depuis de nombreuses années, Mikal Cronin pratique en solo une pop power-popisante de plus en plus classique au fil des albums. Ca ne révolutionne donc rien mais c’est très juste, comme on dit d’un footballeur qu’il joue juste : de bonnes chansons, bien produites, bien jouées, bien interprétées. L’album bonbon de l’année.

9. Kurt Vile – B’lieve I’m Goin’ Down

Kurt-Vile-new-LP-640x640
De plus en plus maître de son talent et de son art, Kurt Vile fait désormais partie des murs et des valeurs sûres. Il livre donc un album identique au précédent et probablement au suivant, avec quelques petites touches bien senties pour le différencier et finir de l’affirmer comme un type maître de son talent et de son art : ici un piano (Life Like Mine) ou un banjo (I’m an Outlaw), le premier instrument que son père lui a offert enfant. Plus simple, direct et varié que son génial prédécesseur, B’lieve I’m Goin’ Down est un recueil de chansons davantage qu’un album en vérité. Le disque d’un mec en pleine bourre qui avait pas trop envie de se faire chier ce coup ci mais qui en balance quand même suffisamment pour qu’on comprenne bien qu’il peut tout défoncer quand l’envie lui en prend. L’album smartass de l’année.

8. Liam Hayes – Slurrup

slurrup-cover
J’ai vu Liam Hayes en concert au début de l’année, c’est un de ses moments forts. A mon année. Et Slurrup est un super album de pop / power pop, plus simple et immédiat que ce qu’il a jamais enregistré jusqu’ici. Il excelle dans la sophistication et l’alambiquage virtuose mais ça lui va bien, aussi.

7. Matthew E White – Fresh Blood

packshot
Je l’avais pas super bien classé à l’époque mais rétrospectivement, The Big Inner, le premier album de Matthew E White est vraiment l’un de ceux que je garderai de la décennie en cours. C’est un album tellement beau, tellement fort et tellement inattendu… qu’on ne peut pas s’empêcher d’être déçu par son successeur je pense. C’était inévitable. Entendons nous bien : le mec reste un pourvoyeur de frissons de plaisir hors pair et sa mixture de pop-soul-gospel-blues n’a actuellement pas d’équivalent. Simplement, celui-ci est un poil en deçà de son prédécesseur. L’album pinaillage de l’année.

6. Natalie Prass

natalie-prass-sb006-cover-art-lo-res-1
Basically, un album de Matthew E. White mais au féminin. C’est enregistré dans son studio, avec ses musiciens, c’est lui qui produit et ça sort sur son label. Cet album est scandaleusement mieux classé que le sien car il a pour lui de n’être pas interprété par un barbu à lunettes et en surpoids. Lève pas les yeux au ciel : si ça n’était pas un argument valable, ça ne serait plus vraiment Grande remise. L’album petit chou de l’année donc.

5. Jacco Gardner – Hypnophobia

jacco-gardner---hypnophobia
J’avais bien aimé Cabinet of Curiosities, son 1er album mais je l’avais trouvé trop léger, trop appliqué et finalement assez inconséquent. Lapin qu’on prit les louanges qu’il avait reçu. Hypnophobia est l’album type du musicien qui a beaucoup joué sur scène et en ressort donc avec un son un poil plus rugueux, plus vif. Sur le fond, aucun bouleversement donc (sunshine-psych-retro-pop) mais sur la forme, c’est bien plus alerte et donc, convaincant selon moi. Classement sans doute beaucoup trop flatteur au regard de ceux qui précédent et de ceux que j’ai laissés de côté mais c’est un album qui me procure énormément de plaisir de la première à la dernière note. Et pourtant le mec est hollandais. J’me comprends.

4. Turzi – C

a0861057032_10
On le sait, le psychédélisme français, sous des formes très diverses, connait une grande effervescence, des XTCiens Dorian Pimpernel au cinématographique Forever Pavot, en passant par les cérébraux Aquaserge. Et Turzi donc, qui fait quasiment figure de vétéran.
C est en effet le 3ème album du parisien Romain Turzi après A et B. Comme ses 2 prédécesseurs, C est composé de morceaux dont le titre commence par la lettre C (et qui désignent des oiseaux, Coucou en ouverture, Cygne, Cormoran etc.), après des albums aux titres commençant par les lettres A et B (les titres de B sont des villes, Beijing, Baltimore, Buenos Aires etc) . C’est anecdotique bien sûr mais cette suite dans les idées, quasiment mathématique, se traduit également sur le fond : cet album prolonge ce qui a été initié il y a quelques années et qui place Turzi sur la carte des psychédéliciens parisiens, Air, Tellier ou Rob pour ne citer qu’eux (il est d’ailleurs signé sur le label des 2 premiers, Record Makers).
S’il se réfère lui aussi volontiers aux glorieux compositeurs de bo des années 70 (Jean Claude Vannier, Michel Colombier ou Ennio Morricone), il a une approche plus « dure », plus rock que ses collègues de bureau, au diapason de son allure ténébreuse : krautrock ou noise ont régulièrement ses faveurs (la pochette peut ainsi rappeler celle de  Goo de Sonic Youth). Toujours moins electro au fil des années, sa musique devient également plus mélodique. C est son album le plus doux et accessible, c’est une merveille.

3. Nicolas Godin – Contrepoint

1500x1500sr
Nicolas Godin a toujours été mon Air préféré, depuis le début. J’aime beaucoup Jean-Benoît Dunckel bien sûr, et ce qui rend le groupe si unique, c’est précisément cette alchimie, cette complémentarité idéale entre les 2, qui se base sur un partage des tâches bien défini (vu de l’extérieur en tout cas) : à Dunckel l’electro, à Godin l’acoustique. Évidemment, je schématise, on sait bien que McCartney n’était pas responsable de TOUTES les chansons des Beatles les plus cajoleuses et que Lennon n’écrivait pas QUE les chansons tordues. C’est plus subtil que ça. Mais quand même… Et puis je trouve qu’il a une allure et un style terribles et je suis suffisamment superficiel pour que ça soit un argument de poids en faveur ou défaveur d’un musicien. Avec sa belle basse Fender verte, la grosse classe.

4649770_3_4324_nicolas-godin-a-rome-en-juin-2015_84bca34836d64a5131831128d85f8373
Contrepoint donc, présenté comme un genre de concept album autour de certaines œuvres de Bach est son premier projet hors-Air, là où son acolyte a déjà sorti 3 ou 4 albums de son côté, sous divers noms. Mais en vérité on y entend surtout ce qu’on imagine être un condensé des diverses influences et inclinations de Godin depuis qu’il fait de la musique, et qui permettent aux amateurs de retrouver leurs petits dans la discographie de Air. C’est donc un régal, du sinueux et cinématographique Bach Off à la merveille brasilou Clara, en passant par le slow baveux Quei Due (sur un texte d’Alessandro Baricco). 8 titres (seulement : le seul défaut de Contrepoint, c’est sa brièveté), tous très différents les uns des autres dans une même tonalité classieuse, cinématographique et romantique. L’album baron de l’année.

2. Tame Impala – Currents

tame-impala-currents
Longtemps le numero uno évident et naturel. Je sais même pas quoi dire tellement ça coule de source pour moi qu’en ce moment, Kevin Parker est loin, très loin devant tout le monde. Il peut même se permettre, chose qui n’a pas été suffisamment soulignée à mon sens, de totalement bouleverser le son et le style qu’il avait mis plusieurs années à peaufiner et qui avaient trouvé leur apogée dans l’inusable Lonerism. Mais justement, il a bien compris que son chef d’œuvre de psychédélisme 2.0 représentait également une impasse. Donc il a opéré un virage à 180%, tout en restant fidèle à son amour pour les sonorités doucement lysergiques. Currents est ainsi un album qui réinvente Tame Impala et qui invente tout court, l’air de rien, tout en balançant tube sur tube. De la disco-psyche ça avait déjà été fait avant Let It Happen?
Et puis pour la 1ère fois, il chante réellement, mixant sa voix au premier plan, des textes intimes et émotionnellement intenses, très premier degré, décrivant la fin de sa relation amoureuse. Sous sa production hyper synthétique et chiadée comme toujours, Currents est donc un album quasiment aussi « cru » que celui de Sufjan Stevens. Oui oui, j’assume. L’album petit génie de l’année.

1. Tricatel RSVP

47
C’est un album que j’aime autant que j’ai envie de le mettre en avant. Parce qu’il est bon évidemment, très bon même, parce que c’est un projet à part (il est sous-titré « composition instantanée et improvisation collective » et c’est ce dont il s’agit) et parce que Tricatel bien sûr : la label a fêté ses 20 ans et c’est très exactement la période depuis laquelle il m’accompagne… oh peut-être pas au quotidien, mais en tout cas au rythme de ses sorties. J’ai acheté le Tricatel 001 à sa sortie en 1995 (Valérie Lemercier chante), j’ai donc acheté celui-ci en 2015 (le Tricatel 047), et j’en ai acheté un bon paquet au milieu. Dont quelques uns qui font partie de mon panthéon personnel : tous ceux de Bertrand Burgalat, le Triggers d’April March, le Présence Humaine de Michel Houellebecq.
Je retrouve dans RSVP tout ce qui fait de Tricatel une aventure si unique dans le paysage musical français et qui m’interpelle tant : l’amour de la mélodie bien sûr, de l’arrangement précieux, les textes, uniques là aussi dans la pop française (La piscine dorée), un sens de la subversion unique et à contre-courant, un dandysme revendiqué et une volonté malgré tout de ne jamais laisser personne sur le bord du chemin (le label a souvent été taxé d’élitiste, c’est la critique la plus débile qui soit).
RSVP met à nouveau en valeur les immenses AS Dragon, qui sont apparus en tant que backing band de Burgalat au début des années 2000 il me semble. Ils ont ensuite joué sur tous les disques sortis par le label ou presque, à un moment où celui-ci prenait le risque de s’enfermer dans un excès de préciosité justement. AS Dragon, c’est les petites frappes qui ont permis à Burgalat et à ses protégé(e)s de prendre une tonalité nettement plus soul et qui transforme par exemple ici April March en petite soeur de Donna Summer (Eye of the Sun) ou qui place Fuzati de Klub des Loosers, dans les pas du Présence humaine de Michel Houellebecq (Dernier métro, gi-gan-tesque). AS Dragon, c’est le groupe de rock qui joue de la pop et qui a permis à Tricatel de se muer en implacable machine à danser (à peu près tous les titres de l’album).
Long live AS Dragon donc, long live Bertrand Burgalat, long live Tricatel !

Top albums 2015 – 1ère partie

Toujours plus de pop et de musique de drogués, toujours moins d’americana. Grande remise, le blog qui tient bon la barre et tient bon le vent.

En préambule, 5 super subs qu’il a été très difficile d’écarter :

The Leisure SocietyThe Fine Art of Hanging On
Sufjan StevensCarrie & Lowell
Aline – La Vie Electrique (malus je-rate-les-3/4-du concert-parce-que-y-avait-pas-de-première-partie-en-fait)
Julia HolterHave You in My Wilderness
Kelley StoltzIn Triangle Time (malgré un énorme bonus fan de)

20. Chateau Marmont – Sound of Shambala

chateau-marmont-sound-of-shambala-coverOù va Chateau Marmont ? De 5 membres sur son premier EP, le groupe est rapidement passé à 4, puis à 3 pour la sortie de son premier album il y a 2 ans (le génial, touffu et bien nommé The Maze, lauréat 2013 du seul top qui compte). Sur celui-ci, ils ne sont plus que 2: Chateau Marmont fraction historique si j’ai bien compris ie les 2 tarbais amis d’enfance et à l’origine du groupe. Alors c’est très bien, c’est un bel exercice de style retro-house, un bel hommage à la French Touch originelle. Je ne peux toutefois pas m’empêcher de regretter cette époque pas si lointaine où le groupe en était véritablement un, pas uniquement composé de 2 bidouilleurs, aussi sympathiques et talentueux soient-ils. Ni d’avoir la sensation que ce groupe sera rétrospectivement considéré comme un énorme gâchis, ou du moins un rendez-vous manqué pour la pop française.

19. Father John Misty – I Love You, Honeybear

Fjm-iloveyouhoneybear
Inégal, inférieur à son prédécesseur (l’excellent Fear Fun), plombé selon moi par un cynisme et un narcissisme très désagréables, dont on ne sait d’ailleurs s’ils sont réels ou surjoués (mais que ça soit l’un ou l’autre, on s’en fout), I Love You, Honeybear recèle néanmoins quelques moments de grâce assez sidérants dans un registre laurelcanyonesque à la Jonathan Wilson (qui produit d’ailleurs). Un, surtout, que je mettrai dans mon top 5 des chansons de l’année, et que voici:

18. Richard Hawley – Hollow Meadows

91koFu1Ug9L._SL1500_
Je retrouve sur Hollow Meadows le Richard Hawley que j’aime, que tout le monde aime je suppose, après la parenthèse électrico-bruitiste un peu lassante de son précédent album. Retour au crooning mélancolique et nicotiné de ses premières années. D’ailleurs l’album débute par un « sorry I’ve been away so long » très, voire trop explicite. Un album pantoufle donc, dans lequel il fait bon coocooner. C’est un compliment.

17. Meg Baird – Don’t Weigh Down the Light

Meg-Baird-Don_t-Weigh-Down-The-Light_1024x1024
Meg Baird enregistre depuis plus de 10 ans, en solo, en duo (The Baird Sisters)  ou en groupe (les géniaux über hippies de Espers), des albums de folk au sens large : toujours anglophiles, ils sont très planants, électriques et psychédéliques avec son groupe, très purs et dépouillés en solo. Celui-ci ne déroge pas à la règle. C’est vraiment très beau. L’album baume-tisane-veilleuse de l’année.

16. Destroyer – Poison Season

unnamed-2
A chaque fois que j’écoute un disque de Destroyer, j’ai du mal à croire que Dan Bejar, son « leader » a fait un jour partie des New Pornographers (« leader »entre guillemets car il est en réalité un « one man band » comme disent les anglo-saxons). Son univers sophistiqué semble si éloigné de la power-pop virevoltante des nouveaux pornographes… Toujours est-il que son Poison Season creuse un peu plus la veine d’une pop dandy, suave et exigeante. Aux désormais habituels accents de pop 80s à la Prefab Sprout, Bejar ajoute cette fois des intermèdes orchestraux d’une pureté et d’une majesté à couper le souffle qui ne sont pas sans évoquer… Sinatra, tcharrément. Tout ça pour dire: c’est beau. Un poil frisquet peut-être, mais beau. L’album robe d’intérieur de l’année.

15. Bill Ryder-Jones – West Kirby County Primary

billryderjones.wkcp
Un très bel album qui sert de passerelle entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, entre le folk gracile des regrettés Gorky’s Zygotic Mynci et l’électricité nonchalante de Pavement. Union improbable, par l’ancien guitariste de The Coral qui signe là son disque le plus traditionnel et accessible. Bill Ryder-Jones est un musicien vraiment à part, extrêmement sensible, qui a jusqu’ici enregistré des albums très peu commerciaux et probablement cathartiques, principalement au piano, prêtant dans le même temps sa guitare virtuose ici ou là (par exemple sur le dernier album des Arctic Monkeys).  Très bel album, vraiment.

14. My Morning Jacket – The Waterfall

my_morning_jacket_-_the_waterfall
Désormais vétéran de la scène americana au sens large, My Morning Jacket en est arrivé à un degré de maîtrise, de savoir-faire mais surtout d’inspiration et encore plus, de liberté, qu’il s’est affranchi de toute classification. C’est américain, ça c’est certain mais c’est un peu rock, un peu pop, un peu soul, un peu gras, un peu gracieux, souvent tout en même temps. Et c’est donc très, très bon. Un groupe en voie de wilcoisation avancée, serein et magistral, capable de tout et toujours du meilleur.

13. Pond – Man, It Feels Like Space Again

87c2ca65
Jusqu’en 2012, Tame Impala avait pour bassiste une personne dont j’avais vraiment du mal à déterminer le sexe. Il s’agissait de Nick Allbrook, un garçon donc, pour le moins androgyne. Il a quitté le groupe en 2012 pour se consacrer à son projet solo, Pond, dans lequel on retrouve un autre membre de Tame Impala, Jay Watson aka le beau gosse blond. Tout ça pour dire que les 2 groupes sont toujours très proches et que Pond, c’est un peu Tame Impala si Tame Impala faisait une fixette sur Bowie et non les Beatles. C’est donc aussi très proche de MGMT, psyché et glam à la fois. Quelques creux mais sur les 3-4 meilleurs morceaux, énooooooooooorme tuerie.

12. Diane Coffee – Everybody’s a Good Dog

a1924234639_10
Après Pond, émanation de Tame Impala, voici Diane Coffee, spin off de Foxygen. J’ai pas fait exprès, mon top est naturellement incroyablement bien foutu.
Diane Coffee, de son vrai nom Shaun Fleming, est en effet batteur de Foxygen. Everybody’s a Good Dog est son 2ème album, mélange de pop, glam, soul, enrobé de chœurs féminins : tu penses probablement « Todd Rundgren » et tu as bien raison. En fait, cet album ressemble de très près à ce que Foxygen a complètement foiré sur son …and Star Power de l’an dernier. Le feelgood album de l’année.

11. Dave Rawlings Machine – Nashville Obsolete

drm1
Alors, oui, j’écoute presque plus de folk américain mais là c’est différent. Déjà parce que Dave Rawlings, c’est la quintessence du genre. S’il ne fallait en garder qu’un… Et parce que ce genre, il en livre une interprétation qui défie le genre précisément : jouer cette musique-là, de cette manière-là, en 2015, ça n’est pas du revivalisme, c’est… autre chose. Pour moi on est au-delà du folk, du blues, de la country pour entrer dans ce que j’appellerais la Grande Chanson Américaine. Quelque chose d’à la fois pur, simple et majestueux, qu’on n’aurait sans doute pas pu entendre il y a 50 ans mais qu’on écoutera encore certainement dans 50 ans. J’en parle très mal, désolé.
Dave Rawlings, c’est évidemment aussi sa compagne Gillian Welch, qu’on entend sur tous ses disques à lui, comme on l’entend lui sur tous ses disques à elle. Ils forment selon moi l’un des plus beaux couples, à la scène et à la ville, de toute l’histoire de la musique populaire.

dr-machine-tour

Le Cas Mourinho – Thibaud Leplat – critique

Là on franchit un palier par rapport aux bouquins dont j’ai parlé précédemment : Thibaud Leplat, c’est autre chose que le « footballeur masqué », qui qu’il soit, que Denis Chaumier, que Damien Degorre : j’ai rien contre ces derniers mais bon, disons qu’ils appartiennent à une catégorie de journalistes sportifs « traditionnels » un peu ringardisée par les gars de So Foot, dont Leplat fait partie.

LeCasMourinho800
Une petite présentation de l’auteur donc : diplômé de philosophie, Thibaud Leplat est selon moi le meilleur journaliste foot actuel, avec Markus Kaufman. Ce dernier s’est spécialisé dans l’analyse tactique: il est très intelligent, analyse le jeu avec beaucoup de pertinence, écrit avec beaucoup de fluidité.
Leplat s’attache davantage à l’humain : érudit et littéraire, il a une approche plus intellectuelle du foot. Intellectuelle et littéraire là encore, presque poétique parfois. Mais attention : s’il cite Sfefan Zweig ou que son ouvrage prend pour modèle ou tout du moins point de départ Le cas Wagner de Nietzsche, jamais il ne verse dans la pédanterie, l’abus de citations/références, la sur-interprétation cosmique (coucou Chérif Ghemmour). Son style est simple, évident, à l’image de ses analyses, toujours uniques et accessibles à la fois. Je le trouve extrêmement brillant lui aussi. Les 2, Leplat et Kaufman, sont complémentaires, on ne fait guère mieux à l’heure actuelle sur la « planète football » comme on dit.

Dans Le cas Mourinho, il s’attache à suivre le parcours de l’entraîneur en s’appuyant sur les témoignages de quelques personnages clé, sur les nombreux ouvrages/interviews/déclarations déjà disponibles, et sur sa propre expérience personnelle :  il est correspondant à Madrid pour divers media (dont So Foot, donc) et a par conséquent pu approcher la bête lors de ses conférences de presse. Il précise en revanche d’emblée qu’il n’a jamais pu s’entretenir directement avec lui, ce qui place d’emblée sa biographie un peu à part puisqu’on pourrait par conséquent dire qu’elle n’en est pas vraiment une. Biographie.
Il aborde en effet le cas Mou sous un angle différent et un peu inattendu : non plus seulement, et comme on le fait le plus souvent, comme un meneur d’hommes hors du commun ou un tacticien de génie (ce qu’il n’est de toutes façons certainement pas, au sens où ne peut certainement pas le mettre au même niveau qu’un Guardiola, un Sacchi, un Bielsa). Il le dévoile en revanche en universitaire (il est LA le secret), bosseur, rat de bibliothèque, qui a révolutionné son métier en appliquant sa science des sciences humaines à une discipline qui jusque là n’abordait cet aspect que de manière relativement primaire. Un type qui n’avait pas de jambes mais des yeux hors du commun, et une capacité d’analyse et de synthèse hors normes : il a démarré en tant qu’observateur pour Bobby Robson, le légendaire coach anglais. Un type, en réalité, qui a diversifié son savoir, faisant pleinement sienne la maxime de l’un de ses mentors, Manuel Sergio : «Celui qui ne s’intéresse qu’au football, n’a rien compris au football».

Leplat adopte ensuite un schéma plus chronologique et passe en revue les divers faits d’armes de José.
Sur les pages consacrées au passage à Porto, qui ont fait de Mourinho l’entraîneur d’exception d’avant le personnage un peu grand-guignolesque qu’on connaît depuis son passage au Real, Leplat est vraiment génial. Il parvient, comme son sujet, à englober sa discipline sous un angle à la fois tactique, émotionnel, intellectuel, véritablement stimulant. Il y aborde les concepts de mouvement intentionnel, de planification anthropologique (lis le bouquin si tu veux en savoir plus), d’inséparabilité de la raison et des émotions (via l’ouvrage du neuroscientifique Antonio Damasio L’Erreur de Descartes: la raison des émotions). Il y explique les méthodes d’entraînement de Mourinho, le concept de « périodisation tactique » (là encore, c’est très bien et très simplement expliqué dans le bouquin). Il évoque, comme s’il parlait de quelque grimoire de magie noire, la « Bible », rédigée par le coach pendant sa retraite avant d’entraîner Porto, et qui contiendrait 600 exercices d’entrainements spécifiques. C’est passionnant.

Il revient aussi, bien sûr, sur quelques matches clés de la carrière du Mou, fait, de manière remarquable, le lien qui lit historiquement le Portugal à l’Angleterre, expliquant comment cette dernière ne pouvait être que LA destination suprême pour Mourinho.
Il évoque ensuite son passage à l’Inter Milan, son chef d’oeuvre selon lui (remettre au sommet de l’Europe une équipe qui puait la loose et composée de joueurs finalement assez moyens), initié par un chef d’œuvre de conférence de presse durant lequel José met tout le monde dans sa poche par le truchement de la simple et nonchalante utilisation d’un terme de dialecte milanais.

Puis, bien sûr, le passage à Madrid. Passage voué à l’échec dès le départ, par la simple nature, le caractère essentiel des deux parties : Le Real est un club qui place la présidence et les joueurs au dessus de tout, jamais l’entraîneur. Par conséquent, le besoin de suprématie, de reconnaissance, l’ego mais aussi l’irrévérence, l’iconoclasme dont Mourinho fait preuve au quotidien dans sa pratique, ne pouvaient pas s’accorder avec la valeur essentielle du club et se fondre dans une institution qui place ses valeurs au dessus de tout et de tout le monde.
Il évoque aussi bien sûr LE point de non retour ie le déboulonnage en règle du saint du madridisme, de toute l’Espagne, San Iker Casillas, suite aux incidents DU match où tout bascule (et qu’il évoque plus en détail dans un autre bouquin sur lequel je m’attarderai très prochainement) : le match retour de Supercoupe d’Espagne au cours du quel Mourinho fourre son doigt dans l’oeil de l’adjoint de Pep Guardiola, Tito Vilanova (« fourre son doigt dans l’oeil » au sens propre hein pour ceux qui n’auraient pas eu connaissance de cet incident). Leplat analyse et raconte tout cela à la perfection car comme il l’écrit lui-même, son héros (le héros de son bouquin), est dans son club à lui. C’est évidemment aussi pour ça que je l’apprécie autant, on va pas se mentir : Leplat est un madridista, un vrai, qui connait le club, l’institution, son histoire et son essence mieux que personne.
Extrait:

Le Real est la parfaite allégorie de ce complexe de supériorité (des madrilènes, NDA). Ici, on est fier et on répète toujours que le Real « est le plus grand club du XXème siècle », comme la FIFA l’a un jour décidé, comme si les temps allaient bientôt terminer et qu’il était urgent de dresser un bilan avant liquidation. Les autres existent mais ne comptent pas vraiment. Jorge Valdano me l’avait expliqué un jour: « Le Real Madrid a toujours eu besoin du triomphe pour renforcer sa légende. Il l’a d’ailleurs converti en sa principale valeur. » J’aime le Real pour cette idée complètement folle de vouloir toujours gagner, toujours être en haut, dépasser tout le reste, bref, d’être le centre de l’univers. Madrid n’a plus d’industrie, n’a pas d’autre beauté que la ferronnerie, et c’est la seule grande ville ibérique étrangère à la mer. Madrid était une anomalie sur la carte. Elle est devenue le nombril de la Péninsule. Le Real est sa couronne.

Bon, toujours est-il qu’à ce moment-là, après les incidents du match retour de Supercoupe d’Espagne donc, Mourinho commence à comprendre, ou se persuade, que ses 3 préceptes essentiels (loyauté, intensité et subversion), ne trouvent plus d’écho dans son vestiaire. Casillas de son côté a compris que son entraîneur et son obsession barcelonaise étaient allé beaucoup trop loin. C’est ce moment, devenu quasiment mythique depuis pour les espagnols, où il prend son téléphone pour appeler Puyol et Xavi afin de s’excuser du comportement des joueurs madrilènes et de leur entraîneur, « sauvant » par là même l’unité de la sélection nationale. Mourinho ne lui pardonnera jamais cet acte de rébellion.

Ces pages là sont passionnantes et finissent de donner un vernis à la fois épique et meta-physique à la carrière pourtant loin d’être finie et effectivement déjà très riche, de Mourinho.
Disons, pour synthétiser et conclure, que Le cas Mourinho, c’est la rencontre idéale entre un personnage passionnant et une plume et un esprit remarquables.
Lecture vivement conseillée donc.

Dirty Ghosts + Kelley Stoltz + Ducktails – le Saint des Seins, Toulouse

Quelle année mes aïeux, quelle année ! Liam Hayes/Plush en janvier, Super Furry Animals en Mai et donc Kelley Stoltz en Novembre : n’en jetez plus ! Paul Mac Cartney ou Brian Wilson joueraient dans le bar en bas de chez moi que je me déplacerais pas : non, c’est bon les gars, j’en ai vu suffisamment cette année, je passe.

La soirée démarre avec un court set de Dirty Ghosts, le backing band de Stoltz sur cette tournée : une bassiste, une guitariste, un batteur.

Dirty Ghosts 11
Power trio carré donc, sans chichis, sans fioritures mais également sans trop d’inspiration : sans compositions réellement accrocheuses, difficile de tenir la distance et de soutenir l’intérêt de l’assistance. C’est pas désagréable, on pourrait même dire que c’est bien fichu mais pour moi c’est surtout sans relief et sans intérêt. Trop de sans ne saurait mentir.
Un petit quart d’heure s’écoule et Kelley Stoltz prend la scène avec les mêmes donc, la bassiste passant aux claviers sur quelques titres, la basse étant tenu par un 4ème gars.

Kelley Stoltz… Comment dire? Pour faire court:
– dans mon panthéon personnel, aux côtés de Liam Hayes et des Super Furry Animals donc, des High Llamas, The Coral pour citer quelques contemporains.
– la formule que j’utilise toujours pour le présenter à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore : il est aux Kinks ce qu’Elliott Smith était aux Beatles. Chouchou des critiques et de l’Internationale Pop, son audience est très confidentielle. Je n’aurais jamais pensé le voir un jour en concert (il tourne peu en Europe), encore moins à Toulouse. Vraiment inespéré…

kelleystoltzjaguar
Bon, je vais faire preuve d’un maximum d’objectivité : c’était décevant. 45 petites minutes, une dizaine de titres seulement et, au détour de 2-3 remarques, le sentiment qu’il avait pas vraiment envie de prolonger l’affaire. La certitude même, puisqu’à l’issue du dernier morceau, l’organisateur vient lui signifier qu’il a le temps de jouer un titre supplémentaire. Non, c’est bon,on a fini lui répond Kelley

Pour autant : 45 super minutes durant lesquelles il n’aura jamais montré ni lassitude (la raison de ce concert très bref, j’y reviens plus loin), ni mauvaise humeur, bien au contraire. Il introduit chaque chanson avec bonhommie, fait preuve d’humour et d’esprit. Il est fidèle en somme à son image de mec nonchalant et excentrique à la fois, de californien anglophile.
Et puis l’essentiel : c’est précis, ça n’a pas besoin de round d’observation ou de mise en place puisque lui, il les a les compositions. Il se focalise sur les 2 derniers albums, Double Exposure (dont il joue notamment les 2 « tubes », Kim Chee Taco Man et la sublime Marcy) et In Triangle Time, sur lequel il laisse libre court à ses influences new-wave voire bowienne.
Il joue également, et c’est une surprise, 2 titres de son alter ego Willy Weird, double fictif qu’il incarne sur un album également sorti récemment et qui lui permet de laisser libre court à des compositions et des interprétations plus loufoques voire carrément barrées. Mais même dans un registre plus foutraque voire expérimental, le mec ne sait écrire que des tueries : le génie modeste de Kelley Stoltz réside clairement dans son sens mélodique hors-pair. On loue souvent, et à juste titre, ses qualités de bricoleur et d’autodidacte qui en ont fait le parrain de la scène garage de San Francisco, Thee Oh Sees et Ty Segall en tête (il enregistre toujours tout tout seul) mais ces chansons nom de Dieu…

Plus frustrant que décevant donc car c’était quand même vachement bien putain, j’en aurais repris pour 3/4h de plus…

Suivent les Ducktails, émanation de Real Estate. Émanation, copié-collé, appelle ça comme tu veux. Sachant que les chansons elles-mêmes sont quasiment toutes identiques : oui, ça m’a bien gonflé. Encore une fois, c’est mignon ce revival indie-90s mais ça m’ennuie profondément.

ducktails the band
Du coup je vais sans trop tarder faire mon fan de au stand de merchandising devant lequel se trouve Kelley Stoltz. Très cool et accessible, il me présente tous ses disques disponibles. Il est étonné que je les possède déjà presque tous (big fan, je le répèterai jamais assez), je lui explique donc que je voudrais juste acheter le tout dernier album sorti la semaine précédente. Et là il veut me faire un prix…. Je refuse évidemment mais adorable, il tient quand même à m’offrir un superbe double 45 tours à tirage limité que je n’avais pas. Grande classe le mec. On discute le bout de gras, il confirme qu’il est super crevé ce soir: ils jouaient à Chamonix la veille et sont partis le matin même. Je comprends mieux.

Je me recolle un peu devant Ducktails : ah ben non, ils rejouent pas le même morceau en fait, c’est vrai, celui ci est un peu plus lent. Bon, ça me gonfle vraiment, je me casse.
A la sortie, je retombe sur Kelley en train de fumer : je ne peux décemment pas ne pas faire la groupie jusqu’au bout (c’est l’un des privilèges de l’âge mûr : on assume tout sans ciller).

20151130_231353
Si les quarantenaires calvitiques et pas au top physiquement t’attirent sexuellement, cette photo t’es dédiée.
Super soirée donc, malgré tout. Kelley Stoltz merde, un de mes héros !

Je suis le footballeur masqué – critique

LE bouquin évènement, celui qui balance, qui dénonce, qui fait tout péter, qu’au jour d’aujourd’hui on s’arrache dans le milieu footballistico-footballistique des professionnels de la profession.

3019271-je-suis-le-footballeur-masque-jpg_2641822
Si les révélations ne sont finalement pas si fracassantes, c’est le style qui détonne et qui fait de ce livre un objet effectivement très intéressant.
Qui suit un minimum le foot sait bien en effet que les principaux acteurs, les joueurs, sont de plus en plus obnubilés par l’argent, leur apparence, le sexe, un mode de vie un peu gangsta comme le résume lui-même l’auteur. Alors bien sûr on retrouve tout cela: les soirées quasi orgiaques à Paris (les « provinciaux », joueurs des clubs hors PSG attendent impatiemment le match au Parc des Princes pour cette seule raison), les fringues et looks improbables, les concours de la plus grosse bite voiture dans le vestiaire. Mais aussi le jeu qui prime, malgré tout, et remet les choses et surtout les joueurs à leur place, les primes justement, et les salaires de ces mêmes joueurs (objets de discussions et tensions incessantes dans le vestiaire), les magouilles ridicules de certains agents pour faire monter la côte de leurs protégés pendant le mercato, les entraîneurs compétents, Luis Fernandez les incompétents, ceux qui savent se fondre dans  un groupe pour mieux le mener, ceux qui se placent en dehors du groupe et donc échouent (il cite Laurent Fournier ou encore Paul Le Guen) etc etc.
Extrait:
(sur le professionnalisme)

Il n’y a qu’en France où ça ne se passe pas comme ça (NDA ie les joueurs n’arrivent jamais en retard aux entraînements). En France on n’a pas inculqué ça aux joueurs. C’est ton boulot d’arriver à l’heure. J’ai connu un coach qui avait instauré un truc. Il y avait un papier et tu pointais. Dès que tu arrivais, tu signais le papier. Et à 9h30 tapantes, il sortait et retirait le papier. Celui qui n’avait pas signé était en retard. C’était pour inculquer le respect. Dans cette équipe, il y avait quand même des joueurs d’expérience. Et le vrai pro, il se pointe pas à 9h25 pour dire qu’il est à l’heure. Il arrive à 9h. Et il bosse déjà, ou il fait des soins.

Combien de mecs j’ai vus ne pas faire ces efforts-là… Le plus fou, c’est quand tu vois les gars arriver à l’arrache à 9h29. Bon d’accord, ils sont à l’heure mais t’as envie de leur dire: « Tu ne veux pas arriver une fois un quart d’heure ou vingt minutes plus tôt? Tu fais quoi? Tu attends 9h20 pour partir de chez toi? » Pense à tous ceux qui sont au boulot depuis 8h. Toi, c’est 9h30. Ca va mec, tu as eu le temps de dormir, non?

Ce qui tranche donc, c’est la façon dont le footballeur masqué parle de son quotidien et de son univers : de manière assez crue, pour faire court. Phrases courtes, directes, proximité, familiarité même, le style détonne clairement. Comme il le dit lui-même, il a l’impression de lire des contes de Noël lorsqu’il lit des biographies de sportifs : il a pour objectif de rompre avec ce qu’il considère comme une farce. Et il y parvient sans mal.

« Il ». Mais qui, ‘il »?
C’est évidemment là l’autre intérêt de ce bouquin : la recherche de l’identité de ce footballeur masqué, joueur encore en activité ou très récemment retraité. Même s’il a démenti et qu’il continuera certainement de le faire jusqu’à ce qu’il considère lui-même qu’il y a prescription, ma conviction est qu’il s’agit, comme il a régulièrement été suggéré, d’Edouard Cissé.

Edouard-Cisse
Footballeur modeste mais solide qui n’a jamais réellement brillé mais encore moins déçu, mec plus malin, cultivé et stylé que la moyenne de ses congénères, footballeur « So Foot » éminemment sympathique donc (au même titre, chacun dans un style différent, qu’un Ludovic Obraniak, un Tony Vairelles, un Vikash Dhorasoo ou un Rodéric Filippi pour donner un des derniers exemples en date), il est en effet celui qui, comme son doppleganger littéraire, est passé aussi bien par l’Angleterre que par le PSG des années chaotiques (pré-QSG) ou le Marseille des années Deschamps (qu’il encense d’ailleurs).
Il essaie bien de brouiller les pistes en évoquant des expériences qui ne figurent pas dans son CV (en Russie par exemple) ou en parlant, et balançant même gentiment sur… Edouard Cissé (qu’il traite  de bon élève un peu fayot), il relate très probablement des anecdotes racontées par d’autres footballeurs (Jérôme Rothen est à plusieurs reprises expressément cité mais on peut également penser à Vikash Dhorasoo, encore lui) mais je ne vois pas comment il pourrait ne pas s’agir de lui, trop d’éléments concordent.

Mais finalement, peu importe : ce petit jeu de pistes est sans doute inévitable mais Je suis le footballeur masqué constitue un récit suffisamment alerte et fort en anecdotes croustillantes, doté d’un recul et d’un point de vue suffisamment forts, pour que l’enquête que tout un chacun est tenté de mener se révèle au final accessoire.
Chouette lecture donc, que je conseille : ça se lit tout seul, et très vite.

Foutchebol à lire

Malgré ma passion pour le foot, ce n’est que très récemment que je me suis mis à lire des ouvrages qui lui sont consacrés. Voici quelques notes sur quelques uns d’entre eux, pas les plus intéressants. D’autres suivront assez rapidement, sur des bouquins plus stimulants.

Michel Platini – Parlons Football – entretiens avec Gérard Ernault

Emprunté, je te le jure, juste avant que ça chie dans la colle pour « oui Michel! oui Michel! ». Mais c’est marrant de l’avoir lu précisément en plein (énième) scandale de la FIFA parce que ce bouquin n’est pas du tout l’occasion pour Michou d’évoquer sa carrière. Ou presque pas. Il s’agit plutôt de broder autour de ce que représente pour lui le football, le jeu de football au sens théorique s’entend, ses règles, les questions de l’arbitrage, de la video, du fair-play financier, des instances internationales etc. C’est ni plus ni moins qu’un programme de campagne donc. Oups.

41I6-1Q2YsL._SX307_BO1,204,203,200_
Extrait:

– Et dans cette ostentation, ce tralala, cet argent, cette indécence à la louche, croyez-vous qu’il peut vivre! C’en est au point que croisant le carnaval du football – sauf celui d’un été brésilien -, de plus en plus de passants cherchent à changer de trottoir.
-Le coup du mépris, je veux bien que vous me le fassiez pour le compte de la France des mauvais jours et des mauvais coucheurs. Mais ailleurs, détrompez-vous, le football n’est pas tant regardé de travers. Même s’il ne se présente pas, en toutes circonstances, sous les allures d’un enfant du Bon Dieu.

Comment qu’il cause bien mon Michel… On croirait pas comme ça hein?
Bon, tu l’auras compris: c’est insupportable. 400 pages comme ça. Quatre. Cents. Putain. De pages. Gérard Ernault a sans doute été un excellent directeur de la rédaction de L’Equipe et de France Football, à une époque où ces 2 titres signifiaient encore quelque chose (il est par ailleurs un excellent géniteur puisque celui de Christophe Ernault aka Alister ak Mr Schnock) mais nom de Dieu, qu’est-ce qu’il écrit mal… Je veux bien qu’il cherche à échapper au conformisme et aux balises des interviews habituelles, qu’il essaie d’élever le débat et son interlocuteur par la même occasion, qu’il artificialise sciemment et exagérément leurs échanges mais c’est tout simplement insupportable. Et pourtant, Dieu sait si Mich-Mich peut-être passionnant en interview.

Tous les chemins mènent à Rome autobiographie, avec Denis Chaumier

Il s’agit donc de l’autobiographie de Rudi Garcia, actuel coach de la Roma. Chopée un peu par hasard, parce qu’elle était disponible à la médiathèque, parce que j’aime bien ce mec, franc et passionné, et que ça m’a fait plaisir qu’il soit nommé à la tête de l’un des clubs les plus classes du monde (top 5 des clubs les plus classes du monde: 1. Milan AC 2. AS Roma 3. Ajax Amsterdam 4 Liverpool FC 5. Girondins de Bordeaux; le Real est évidemment hors catégorie; le Barca inéligible dans ce top).

51uT+825HfL._SX336_BO1,204,203,200_
Comme son titre l’indique, le bouquin s’attache plus particulièrement à relater comment Rudi Garcia, joueur moyen (mais néanmoins professionnel en 1ère division, à Lille ou Caen notamment) dont la carrière a été stoppée net à 28 ans seulement en raison d’une blessure, a pu se retrouver, à sa propre surprise quand même, à la tête d’un des plus grands clubs de l’un des plus grands championnats du monde (l’AS Rome donc). Il a bossé le Rudi, il a la gnaque, il a de la qualité, c’est un bon entraînôr, il est là, tac tac, il propose, il est là, c’est un bon entraînôr.
Bon, tout ça pour dire que c’est pas désagréable à lire mais c’est pas non plus passionnant : le mec n’est ni un génie tactique à la Sacchi, ni un théoricien-intellectuel du football à la Valdano, ni un leader d’exception à la Mourinho ou Ferguson. Niveau palmarès, il a « seulement » fait le doublé coupe-championnat avec Lille. Il est encore très jeune dans le métier, la nécessité de ce bouquin n’apparaît pas des plus évidentes. Mais ça se lit gentiment.
Ah si, un truc quand même: il raconte qu’il s’est fait enfler par Bernard Tapie, qui lui a proposé d’être coach de l’OM lors de son retour sur la Canebière au début des années 2000, et puis finalement non, sans plus d’explications: Garcia apprend sur l’autoroute qui le mène à Marseille pour signer son contrat que ça ne se fera pas. Ah ben dis donc ça alors, se faire trimballer comme ça par un type comme Bernard Tapie, c’est quand même étonnant.

La bande à Deschamps – Damien Degorre et Raphaël Raymond

Ca c’est génial. Un bouquin, donc, sur une équipe qui n’a non seulement rien gagné mais dont les principaux faits d’armes se résument à une qualification à l’arrachée pour une coupe du monde et à un quart de finale au cours de cette même coupe du monde. Ouaaaaaaaaaaiiiiiiiis… « Naissance d’une équipe », ok, mais là c’est carrément un embryon. Et puis surtout ils auront pas l’air cons les mecs si l’EDF ne vas pas au minimum en demie-finale du prochain Euro…

9782221145876
On se demande donc très vite non pas pourquoi j’ai emprunté cette bouse, parce que j’ai très honnêtement pas la réponse, mais comment l’idée d’un tel bouquin peut germer dans la tête de ses auteurs. Et on comprend très vite après s’être posé la question de quoi il s’agit, devant l’absence de point de vue, de style, de fond, d’infos croustillantes à défaut (bah oui, c’est pour ça qu’on lit des bouquins de foot non? Pour les secrets de vestiaire ou pour une analyse théorique et intellectuelle, l’un ou l’autre) : La bande à Deschamps est simplement un outil de propagande de la FFF, pour la FFF (Noël Le Graët y apparaît comme celui qui a remis de l’ordre dans la maison après la calamiteuse parenthèse Escalettes), pour son sélectionneur si humble et si fan de Michel Sardou ainsi que pour ces Bleus enfin aimables, enfin disciplinés, enfin polis, enfin sans casques sur les oreilles, enfin qui descendent du bus. A une sextape près, ça a failli marcher. Bon, je l’ai lu en diagonale en 2 soirées parce que faut quand même pas déconner.