La La Land – critique

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ? (Allociné)

Chaque année, un film récolte tous les suffrages, côté critique et public. Souvent, ce même film récolte aussi la majorité des récompenses aux Oscars ou aux Césars. L’an dernier, j’ai l’impression qu’il s’agissait de The Revenant. J’ai pas (du tout) aimé, mais j’ai dans l’idée qu’on était pas très nombreux dans ce cas.

Et parfois, un petit miracle survient : un film fait la quasi-unanimité, sans restriction ou presque. Il y a bien ce billet ci mais on a l’impression que la nana s’échine à trouver quelques défauts à un film auquel elle prête plein de qualités. Et puis apparemment, ces toutes dernières semaines, un début de backlash aux États-Unis, sur le thème «encore un film où c’est un Blanc qui veut sauver un élément culturel des Noirs» (en l’occurrence, le jazz). N’importe quoi si tu veux mon avis mais là n’est pas la question.

La La Land est donc le film-Beatles de l’année, à savoir un film universel et fédérateur qui emballe aussi bien ceux qui vont au cinéma 1 fois tous les 6 mois que les critiques qui en sont à leur 35ème festival de Cannes. Un film qui emballe même les vieux cons qui font les malins sur leur blog et qui entraient dans la salle la baïonnette bien affûtée au bout du fusil, fatigués qu’ils étaient par le battage médiatique et perplexes devant l’unanimité forcément suspecte (l’unanimité est soit « quasi » soit « forcément suspecte »)

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J’ai des réserves : cette fameuse et spectaculaire scène d’introduction ne m’a pas du tout emballé, je la trouve trop forcée dans sa volonté de crier sur tous les toits (de voiture) qu’on va voir une comédie musicale vraiment esstraordinaire. Les numéros de danse et les chansons en général ne m’ont pas bouleversé non plus (mis à part City of Stars) mais bon, pour être honnête, je suis pas un inconditionnel des comédies musicales. Et les chansons, les textes notamment, sont plutôt bien sentis et bien intégrés à l’intrigue.
Voilà, j’en ai terminé avec les réserves, c’était pas grand-chose…

Je ne vais pas lister point par point ce qui m’a en revanche emballé : c’est ce qu’on retrouve dans toutes les critiques dithyrambiques qu’on peut lire partout. Mais j’aime particulièrement que le film parle aussi bien au cerveau, via une mise en scène à la fois forte et intelligente, qu’au cœur, à travers une histoire d’amour bouleversante : la dernière séquence est évidemment exemplaire à ce titre puisqu’elle met la virtuosité du montage et de la réalisation au service de l’émotion la plus fulgurante.

Quant aux hommages, multiples voire innombrables, ils ne sont jamais étouffants ni clivants : j’imagine que bien peu parmi les jeunes gens qui plébiscitent le film ont vu ne serait-ce que Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg, 2 des références les plus visibles et revendiquées de La La Land, et pourtant ça ne les empêche de s’enthousiasmer pour le film. Et c’est tant mieux évidemment (même si j’espère que ça donnera envie aux jeunes spectateurs de voir 2 des plus beaux films du monde), c’est encore à mettre au crédit du film puisque ça prouve que Damien Chazelle ne s’est pas contenté de mettre en place un catalogue appliqué de belles références.

Là aussi, une séquence me parait particulièrement bien sentie, qui donne le la (pouf pouf) de tout le film, et pourrait même s’ériger en principe, c’est celle de l’hommage à La Fureur de Vivre : le film de Nicholas Ray est un jalon pour les 2 protagonistes, leur premier rendez-vous à lieu durant une projection du film. Or celui-ci est interrompu (la pellicule prend feu) juste avant l’emblématique scène de l’observatoire : qu’à cela ne tienne, ils vont y remédier en se rendant sur place. C’est super mignon bien sûr, et c’est en même temps une idée de mise en scène brillante, une façon très intelligente de transcender le modèle pour en faire quelque chose d’inédit, tout en signifiant, en élargissant encore le propos que l’Age d’Or d’Hollywood sera toujours vivace pour qui saura lui ré-injecter de la vie. Et en élargissant encore, on constate que c’est de cette manière que Sebastian, passionné de jazz pur, parviendra à maintenir ce dernier en vie : non pas en essayant de recréer le passé mais en l’incarnant véritablement au temps présent. Ce que fait Chazelle avec la comédie musicale.

Premier grand film de 2017 donc et razzia attendue aux Oscars : Hollywood n’aime rien tant que les films qui le célèbrent.

 

Jackie – critique

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut. (Allociné)

C’est rare qu’un film me laisse autant perplexe. J’ai trouvé ça… nul ? Je crois. Je suis pourtant content de l’avoir vu. Enfin, je crois.

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Le problème de Jackie, c’est qu’il est cousu de fil blanc. Je parle pas de son intrigue évidemment (spoiler : il meurt dès le début) mais de la façon dont le sujet est traité: il ne s’agit pas d’un biopic conventionnel et en tant que tel, il s’attarde sur un moment précis (l’immédiat après assassinat de JFK donc) qu’il évoque plutôt par bribes, moments, séquences, plus ou moins fugaces, et censés créer un portrait en mosaïque de la principale intéressée (et à travers elle, du principal intéressé). Un biopic d’auteur quoi.

Jackie erre comme un zombie, Jackie pleure, Jackie picole, Jackie fume (main ne veut pas que ça se sache), Jackie est perdue, Jackie est forte, Jackie est manipulée etc. etc. ad lib. Avec lenteur, cérémonial et une sorte d’emphase low-key, un peu faux-cul. Le générique final nous apprend que c’est co-produit par Darren Aronofsky, et bon sang mais c’est bien sûr, ça ressemble à The Wrestler. Baillements… D’ailleurs ma voisine de rangée s’est endormie à peine le film commencé et jusqu’à ce que les lumières s’allument alors que sa copine n’arrêtait pas de regarder l’heure sur son portable. Parenthèse : insupportables ces gens qui peuvent pas s’empêcher de consulter leur téléphone pendant le film. Petit conseil à ma starlette :  télécharge le film et regarde le chez toi ou au moins règle la luminosité de l’écran au plus bas, merde.

Bon tout ça pour dire que c’est joli mais qu’on se fait un tout petit peu chier. Dans le dernier quart d’heure, Pablo Larrain donne l’impression de se réveiller lui aussi, tel un étudiant qui se rend compte qu’il ne lui reste plus que 20 minutes pour caser tout ce qu’il a à dire dans sa dissertation : il tente de donner du sens à tout ce qui précède mais c’est brouillon, ça part dans tous les sens, ça ne rattrape pas ce qui précède et surtout, on s’en fout fondamentalement. Non mais j’ai trouvé ça nul en fait… La Portman est bien quand même, elle a pourtant tendance à me gonfler d’ordinaire.

Dans le couloir menant à la sortie, j’ai capté ce bref échange entre 2 personnes âgées qui m’a fait sourire:

– Non et puis cet assassinat de Kennedy c’est vrai que quand même, pfiou…
– Hmm… Sombre histoire.

#84 Stereolab – Dots and Loops

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Jusqu’à Emperor Tomato Ketchup, son album précédent celui-ci, Stereolab est presque considéré comme une incongruité, une excentricité à la monomanie (la fixette sur les claviers analogiques) tantôt amusante tantôt agaçante. Un groupe pas vraiment pris au sérieux en tout cas, sauf par quelques auditeurs hardcore de Bernard Lenoir sur France Inter.

Mais à partir d’Emperor… donc, Stereolab rééquilibre un peu son krautrock minimaliste et yéyé teinté d’exotica au profit de cette dernière, tout en conservant son penchant pour les aphorismes situationnistes et les mélodies atones. Il s’assouplit, ralentit le tempo, qu’il varie d’ailleurs de plus en plus souvent, parfois au sein d’un même morceau. Surtout, il fait de plus en plus de place à Sean O’Hagan (High Llamas) qui devient quasiment membre du groupe à part entière pendant plusieurs années (John McEntire de Tortoise est également du virage pris alors, en tant que producteur). Pour synthétiser : Stereolab ouvre un peu la fenêtre et accède à l’âge adulte.

Cette nouvelle manière trouve selon moi son épanouissement sur Dots and Loops, qui ressemble à s’y m’éprendre au résultat d’une fusion StereolabHigh Llamas (les albums de la même époque de ces derniers, Cold and Bouncy et Snowbug sont en retour pas mal influencés par le son de Stereolab).

Avec un titre indépassable, les 17 minutes de Refractions in the Plastic Pulse et son mantra metaphysique (« Ce qui est n’est pas clos, du point de vue le plus essentiel »).

Immense chef d’œuvre absolu de tous les temps.

Un jour dans la vie de Billy Lynn – critique

En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d’un régiment d’infanterie en Irak victime d’une violente attaque. Ayant survécu à l’altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c’est avec ce statut qu’ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l’administration Bush, qui désire les voir parader au pays… avant de retourner au front. (Allociné)

Je n’ai pas grand chose à en dire mais je tenais quand même à balancer quelques mots sur ce film car c’est une très bonne surprise et si j’ai bien compris, il est mal distribué donc pas présent très longtemps sur les écrans. Et c’est dommage donc si je peux te convaincre d’y aller tant qu’il est encore à l’affiche…

Moi-même j’ai bien failli passer à côté car le titre ne me disait rien qui vaille et que la présence de Kristen « bras croisés/bras ballants/bras croisés/bras ballants/bras croisés etc. » Stewart avait plutôt tendance à me décourager. Et puis j’ai vu que c’était le nouveau film du très sous-estimé Ang Lee, dont, si je fais le bilan, j’aime beaucoup tous les films (sauf L’Odyssée de Pi).

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Je n’ai pourtant pas grand chose à en dire car le film est limpide : l’absurdité ontologique de la guerre, l’innocence massacrée, la critique de l’interventionnisme militaire américain au Moyen-Orient, l’indécence du mode de vie occidental, le cynisme des medias, l’inconséquence et la versatilité de l’opinion publique, l’héroïsme, la camaraderie des corps d’armes, tout ça a déjà été évoqué à maintes reprises mais Billy Lynn pourrait faire office de film-somme. Surtout, il évoque tout ça de manière frontale, sans détours et sans symbolisme, avec franchise, de la même manière qu’il filme souvent les visages en plan serré et face camera.

De même, si le montage du film peut au premier abord paraître très classique, il est surtout parfaitement adapté : on suit ainsi la journée de célébration du bataillon Bravo, érigé en gloire de la patrie après que l’un d’eux, Billy Lynn, a fait preuve d’héroïsme sur une opération particulièrement dangereuse en Irak. On suit donc cette journée surréaliste du début à la fin (on leur demande de participer au show de mi-temps d’un match de football type Super Bowl, en compagnie de Destiny’s Child), entrecoupée de flash-backs qui nous ramènent en Irak et racontent le quotidien des soldats sur place, leur complicité, leurs doutes et enfin la fameuse opération pour laquelle ils sont célébrés.

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Parfois (injustement selon moi) taxé de mollesse ou de centrisme en raison de sa capacité à toujours adopter un point de vue mesuré et sensé quel que soit le sujet ou le genre auquel il s’attaque, Ang Lee (Raisons et sentiments, Hulk, Brokeback Mountain, The Ice Storm, Garçon d’honneur, en vrac) fait preuve de l’adaptabilité qu’on lui connait mais dit les choses franchement, sans se cacher. Il bénéficie également du charisme angélique de Joe Alwyn dans le rôle titre : son visage adolescent et généreux, sa bonté intrinsèque en font une figure quasi-christique idéale.

Très bonne surprise, vraiment, qui prouve une nouvelle fois la versatilité et le talent d’Ang Lee.

Comancheria – critique

Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter. (Allociné)

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C’est pas mal. Ca se regarde bien. Service minimum quoi… Parce ce que bon en fait… OK, je vais enfoncer une porte ouverte : les Etats-Unis sont vraiment le pays le plus cinégénique du monde. On le sait depuis Griffith jusqu’à Van Sant, en passant par Mann ou Ford mais paradoxalement, ça ne m’avait jamais autant sauté aux yeux qu’en regardant ce film fondamentalement moyen.

Parce que le mec (David Mackenzie, le réalisateur), donne l’impression de s’être contenté de simplement utiliser ce qu’il avait à disposition. Hell or High Water (Comancheria en VF. Pouce levé au distributeur qui traduit un titre certes pas compréhensible par tout le monde par un barbarisme), c’est un peu le film-americana pour les nuls.

Alors voilà : tu plantes ta camera au milieu du Texas profond. Tu prends une bagnole vintage, tu la filmes sur des routes désertes, au milieu d’un ciel et d’étendues infinies. Tu filmes aussi des villes, des stations-services, des maisons parfois délabrées, ou dans leur jus, c’est pas ce qui manque. T’y plantes des autochtones et/ou des acteurs plus ou moins déguisés (plus : Chris Pine en mode Colin Farrell dans True Detective; moins : Jeff Bridges, clairement dans son élément). Là-dessus, une intrigue de polar classique, et hop, emballé c’est pesé, t’obtiens un neo-western pas trop dégueulasse, un film pas-mal-qui-se-regarde-bien. Pour faire une analogie assez parlante je pense, la version haute de Comancheria (les mêmes ingrédients, très exactement, mais avec écriture et mise en scène supérieures), c’est No Country For Old Men.

J’exagère un peu sur l’intrigue : elle est un peu au-dessus d’une intrigue banale, avec ces 2 frangins hors-la-loi assez cliché (le chien fou vs le posé mélancolique) aux aspirations et à la démarche plutôt atypiques. Bon, c’est pas dingue non plus…

Enfin, j’ai voulu voir ce film car Jeff Bridges est nommé aux Oscars pour son rôle de shérif-à-2-jours-de-la-retraite-en-route-pour-un-baroud-d-honneur. Et donc verdict : bof. Il ressert (en moins bien) sa partition de grincheux au grand coeur de True Grit, assortie de l’insupportable tic mentonnier si souvent adopté par Brad Pitt dans ses dernières prestations.

#83 Steely Dan – Can’t Buy a Thrill

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J’ignore ce qu’il en est maintenant mais pour les gens de ma génération, et peut-être la suivante, lorsqu’on commençait à s’intéresser de près à l’indie-pop ou qu’on faisait partie de la génération Inrockuptibles pour faire court (aujourd’hui on dirait plutôt la « génération Pitchfork » j’imagine), Steely Dan comptait parmi les énormes fautes de goût, les groupes absolument tabous. Steely Dan c’était le rock FM dans toute sa vulgarité dégoulinante, des mecs cokés jusqu’à la moelle qui passaient 4 ans en studio pour peaufiner un son de caisse claire, des frères d’armes des Doobie BrothersToto, Asia ou autres formations de la même engeance (quitte à tout mélanger). Donc on y jette même pas une oreille.

Et puis on vieillit, on s’assouplit, on retire peu à peu ses œillères. On élargit son univers musical. On lit des articles, des groupes ou artistes qu’on apprécie parlent de Steely Dan et on découvre que… ben c’est pas vraiment ce qu’on avait imaginé. C’est même un truc assez précis, un truc de connaisseur, d’esthète. Et on écoute, finalement.

J’y suis venu via les High Llamas des 3 premiers albums (jusqu’à Gideon Gaye inclus). Sean O’Hagan citait le groupe comme une influence diffuse mais importante, j’ai donc jeté une oreille. Et ça m’a bien plu; j’ai compris (je crois) en quoi le groupe avait été une influence pour mes favoris et j’ai peu à peu apprécié le groupe, ça a été progressif, il a fallu appréhender cette musique totalement nouvelle pour moi. Et puis j’ai commencé à écouter les paroles, terribles ! mais c’est fou ça, cette musique hyper léchée et ses paroles hyper subversives, ça devrait pas aller ensemble mais si, et c’est ça qui est génial dans Steely Dan bien sûr (entre autres).

Ceci étant, c’est progressif comme je disais : on vient généralement à Steely Dan par Pretzel Logic, leur album le plus accessible, ou par celui-ci, puis on avance pas à pas, tranquillement, on n’arrive pas tout de suite à Gaucho ou Aja.
Mais une fois qu’on est mordu… Quel délice… Avec toujours cette sensation de goûter à quelque chose d’un peu sale, d’un peu déviant. Et maintenant, quand on entend quelqu’un dire que Steely Dan « c’est nul, c’est du rock californien de merde », on répond pas toujours parce que ça serait trop compliqué. On se contente d’un petit sourire en coin : ça viendra, tôt ou tard, et toi aussi tu sauras.

#34 Un poisson nommé Wanda

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Un avocat fort coincé, Archie Leach, flanqué d’une épouse snob, une belle americaine sexy, Wanda, aux jambes qui n’en finissent pas, son fougueux « latin lover » Otto, ex-agent de la CIA, un grand timide et ami des bêtes, Ken Pile, un poisson exotique nomme Wanda qui finit tristement dans l’estomac d’Otto et, enfin, George, minable gangster dans l’esprit duquel germe le enième hold-up du siècle. Tel est l’équipe de gagnants qui composent cette comédie policière, dans laquelle chacun d’entre eux va essayer de tirer profit de l’autre.
(Allociné)

Encore une comédie de toujours, c’est à dire une comédie que j’ai découverte enfant et qui continue à me suivre encore aujourd’hui.

A l’époque, je savais à peine qui étaient les Monty Pythons et je n’avais donc pas conscience que finalement, même si 2 membres du groupe sont dans le film (John Cleese et Michael Palin), le registre humoristique d’Un poisson nommé Wanda ne leur doit pas tant que ça. On serait davantage du côté de Fawlty Towers s’il fallait vraiment situer…

Ce sont les différences et l’antagonisme entre l’Angleterre et les Etats-Unis, entre le Vieux et le Nouveau Monde qui nourrissent la grande majorité des gags du film. Et là il faut évidemment évoquer la géniale interprétation de Kevin Kline, complètement déchaîné en ex-agent de la CIA (?) décérébré et susceptible (« Ne me traite jamais… jamais… jamais ! De débile… »).
Il y a quelque chose de profondément joyeux et euphorisant dans ce film: il parvient à se mettre au diapason de l’expérience vécue par le personnage interprété par John Cleese, avocat anglais jusqu’à la caricature, qui se libère totalement au contact de l’américaine Jamie Lee Curtis. J’ai encore revu le film il y a quelques semaines et c’est vraiment un délice.

#82 Spiritualized – Let It Come Down

 

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Le chef d’oeuvre de Spiritualized, c’est évidemment Ladies and Gentlemen, We Are Floating in Space, . Un album très identifiable à sa pochette, façon boîte de médicaments, qu’on retrouve souvent dans les classements des meilleurs albums de tous les temps:

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Mais Let It Come Down, l’album qui le suit dans la discographie du groupe, est celui via lequel je suis venu à lui donc voilà.

C’est à peu près le même puisque Spiritualized est ce genre de groupe qui enregistre pratiquement le même album à chaque fois, avec quelques petites variations. Ici, LA variation, c’est que Jason Pierce aka Jason Spaceman (ex Spacemen 3 faut il le rappeler), était manifestement en pleine crise de mégalomanie car Let It Come Down n’est pas un album mais un péplum. Comprendre : c’est HENAAAAAAAAAAAUUUUUUUUUUURME. Cordes, cuivres, choristes : c’est pas des musiciens qui ont été embauchés mais des villages entiers. Énorme.

Et c’est parfait : s’il y a bien un groupe et une musique qui s’accommodent parfaitement d’un certain gigantisme, c’est le space-rock de Spiritualized. Let It Come Down est donc son album le plus spectorien (j’ai du mal à dire « leur album » tellement le groupe est le prolongement de son leader; il a beau s’entourer de 346 personnes, il reste le seul maître à bord), via par exemple le quasi-pastiche Do It All Over Again. Une de ses chansons les plus ouvertement positives aussi, c’est suffisamment rare pour être souligné (« I gotta hope for the best and the best looks good now baby »).

Mais c’est sans doute sur Out of Sight et ses paroles pleines de jeux de mots et marabout-bouts de ficelles (« If I am good I could add years to my life / I would rather add some life to my years ») que le gigantisme de Let It Come Down se fait le mieux entendre. Sans doute le titre le plus impressionnant de l’album, et celui que je préfère:

Raaaaaaah cet harmonica qui brise le mur de cuivres à la fin… Un péplum je te dis.

Sinon, que dire ? Spiritualized c’est une musique souvent maximaliste donc, comme ici, mais finalement très simple et pure : inspiration biblique, parallèles constants entre les Saintes Ecritures, la toxicomanie et le sentiment amoureux, sur fond de soul-pop-gospel-space-rock. Une musique spiritualisée.

Et comme toujours, le packaging de cet album était très soigné, avec une édition limitée, genre de boîtier en relief, très réussie :

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Le compact-disque lui-même est doré, c’est super classe.

Nocturnal Animals – critique

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée. (Allociné)

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J’avais été plus qu’agréablement surpris par A Single Man, premier film du styliste Tom Ford (Gucci, Yves Saint-Laurent et maintenant sa propre marque) : variation supra-esthétique et supra-mélancolique sur l’errance nocturne (déjà) de son personnage principal interprété par un magnifique Colin Firth, il parvenait à émouvoir malgré une immense froideur apparente… et il émouvait donc d’autant plus.

Nocturnal Animals est à la fois plus ambitieux et plus classique. Plus ambitieux car il enchâsse 2 récits : celui du personnage principal interprété par Amy Adams, et celui du roman écrit et envoyé par son premier mari interprété par Jake Guilaine Al. Plus classique car la méditation stylisée, quasiment abstraite, qui faisait tout le prix de A Single Man, est ici reléguée au second plan, au profit d’un récit somme toute assez rebattu de fait divers et de revenge story à la sauce redneck (texane pour être plus précis), avec suspense, tension et rebondissements plus ou moins attendus.

J’aime pas mal de choses dans ce film. Ses interprètes par exemple : Amy Adams et Jacques-Guy Lénal, tous deux impeccables, ainsi que Michael Shannon dans le rôle plus attendu et taillé sur mesure du policier texan. J’aime aussi la façon dont Tom Ford appréhende son meta-récit : il raconte le livre dans le film de manière très directe, sans voix off, sans distance, comme s’il s’agissait d’un second film doté de vie propre, un film qu’il faudrait raconter de A à Z, sans que la hiérarchie supposée le fasse passer au second plan (il constitue même le cœur du film). Une idée simple mais intelligente et parfaitement mise en œuvre.

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Le flim

J’aime surtout le fait que Tom Ford soit honnête, avec lui d’abord et surtout avec les spectateurs, qu’il ne prend pas pour des cons : il évolue dans le milieu de la mode, un milieu qu’on imagine sans peine incroyablement luxueux, superficiel et déconnecté de la réalité. Soit, il assume : il parlera de ce qu’il connait et ses personnages évolueront dans un milieu incroyablement luxueux, superficiel et déconnecté de la réalité. Comme dans son premier film. Je trouve ça très honnête de sa part, très éthique, de ne pas se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Malheureusement, cette éthique cinématographique ne se double pas d’une morale irréprochable, j’y reviens plus loin.

C’est donc dans ce registre raffiné que le film excelle et sur un plan purement esthétique, Nocturnal Animals est une merveille. Le mec a du goût quoi, et un talent pour le romanesque. La scène du premier rendez-vous entre Amy Adams et Jake Donnie Darko pfiou… Quelle merveille… Le découpage, l’écriture, l’interprétation… Difficile de ne pas tomber illico amoureux de leur couple et de chacun d’eux séparément. Il était là le film pour moi, dans ce couple, dans leur rendez-vous manqué. Il y a en germe un superbe mélo franc du collier dans Nocturnal Animals mais le problème c’est qu’il y a aussi ce putain de récit dans le récit qui vient tout foutre en l’air.

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Le flim dans le flim

D’une, il est très convenu : un père, sa femme et sa fille s’accrochent avec la mauvaise bagnole et les mauvais passagers, la nuit, en plein désert texan et ça tourne mal, comme on peut très vite s’y attendre et comme on l’a déjà vu mille fois.
De deux, ce récit dans le récit, qui est donc un livre écrit par le personnage de Jake Gyllenhaal pour son ex-femme Amy Adams, est évidemment une HENAURME métaphore de leur histoire qui lui permet de lui faire comprendre comment il a vécu leur histoire commune.
Et c’est là que ça coince définitivement pour moi, et pas qu’un peu parce que c’est d’une misogynie à la fois crasse et puérile : au sein du récit enchâssé en lui-même déjà (en gros et sans trop en dévoiler : si les femmes la ramenaient pas autant, elles auraient moins de problèmes), et surtout dans ce qu’il veut signifier à travers lui. Difficile de ne pas en dire plus sans spoiler là encore mais la conclusion m’a paru d’un cynisme et d’une misogynie donc, rédhibitoires. Tels en vérité, qu’ils font reconsidérer tout ce qu’on a vu auparavant, et le regard que Tom Ford porte sur son personnage principal : par un tour de passe-passe de petit malin qui a bien ménagé ses effets (j’espère que c’est pas le retour du twist de petit malin, cf la baudruche Premier contact), elle n’est plus une héroïne tragique essayant de renouer le fil d’une histoire brisée trop vite mais une salope insensible, doublée d’une pauvre conne qui n’a que ce qu’elle mérite. Suuuuuuuuuuuupeeeeeeeeeeer…

Conclusion : le prototype du film agaçant car brillant formellement mais annulé par un discours indéfendable.

Ouvert la nuit – critique

169454-jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxLuigi a une nuit pour sauver son théâtre. Une nuit pour trouver un singe capable de monter sur les planches et récupérer l’estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et le respect de sa meilleure amie – qui est aussi sa plus proche collaboratrice… et pour démontrer à la jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu’il existe aussi d’autres façons dans la vie d’appréhender les obstacles…(Allociné)

« Hep taxi! » semble dire Edouard Baer sur l’affiche du film. « Hep taxi! » ou « Patron, la même! », ça marche aussi : Ouvert la nuit est LE film qu’on l’imaginait créer un jour : une sorte de road trip nocturne dans Paris, de bar en bar, de taxi en taxi, de rencontre en rencontre.

Il y a 20 ans, le duo qu’il formait avec Ariel Wizman, et qui survolait les débats de très très haut, avait signé, dans le cadre de leur programme court A la rencontre de divers aspects du monde contemporain ayant pour point commun leur illustration sur un support audiovisuel diffusé le samedi midi sur Canal Plus (j’ai encore des VHS avec les meilleurs épisodes mon vieux), un épisode génial intitulé Paris by Night (visible ici) : on y suivait une caricature de noctambule parisien dans ses déambulations et divagations.
C’était avant tout une parodie : Ouvert la nuit serait le pendant sincère et premier degré de ce Paris by Night, une déclaration d’amour au théâtre, aux comédiens, aux artistes, aux petites mains, à Paris, à la nuit, à Paris la nuit. Doublée d’une déclaration d’amour à Edouard Baer, par Edouard Baer, avec Edouard Baer : c’est à la fois ce qui fait le charme et la limite du film. Baer est un personnage irrésistible, drôlissime, charmant, brillant mais le problème c’est qu’il en a un peu trop conscience. Ca a toujours été le cas, certes, mais c’est particulièrement flagrant ici.

Après, autre petite réserve, et là c’est encore plus personnel, j’ai un peu de mal avec le côté « poésie urbaine/nocturne », avec l’ode aux artistes qui n’est jamais loin de celle aux saltimbanques, avec l’amour des rencontres fortuites et improvisées non-mais-je-te-jure-on-a-passé-un-moment-unique-avec-Petit-Joe-tu-sais-le-SDF-qui-squatte-rue-Mouffetard-ça-a-changé-ma-vie… C’est le côté « j’aime tout le monde, tout le monde a son histoire et sa poésie » d’Edouard Baer, qui le rend attachant mais qui peut aussi fatiguer. Moi en tout cas ça me fatigue un peu parfois, en tout cas j’ai un peu de mal.
Mais comme c’est un type intelligent, il prend soin d’apporter une légère contradiction à son enthousiasme débordant, via le personnage interprété par Sabrina Ouazani, qui essaie de lui remettre les idées en place, ou via une scène comme celle de la visite à ses 2 filles. « Légère » contradiction seulement, ça reste mineur dans un film globalement euphorique et euphorisant mais c’est là et c’est bien que ça soit là.

Bilan ? Bah c’est quand même très positif tout ça… Malgré ces quelques réserves, j’ai passé un bon moment et c’est quand même un film au cours duquel j’ai bruyamment éclaté de rire à plusieurs reprises, c’est pas rien.