#33 Serge Gainsbourg – Histoire de Melody Nelson

Woooooooooow, hey dis donc ça fait plus d’un an que j’ai pas posté de nouvelle entrée dans ma rubrique Top 100 moi. Faut que j’avance un peu car j’ai envie d’attaquer un autre top que je terminerai pas.

Et donc, en me replongeant dans la liste de mes 100 albums fétiches, je me rends compte que j’ai fait un énoooooooooooooooooorme oubli, en l’occurrence l’album ci-dessous.

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Une broutille.

2016 marque le 25ème anniversaire de la mort de Gainsbourg : je ne m’étendrai donc pas et je te laisserai chercher des informations pertinentes tout(e) seul(e) comme un(e) grand(e), y a qu’à se baisser pour les ramasser.

Pour ma part, je suis longtemps resté assez sceptique quant au cas Gainsbourg mais j’en suis aujourd’hui arrivé à la conclusion que je m’en foutais qu’on doive tout à son génie ou à celui de Vanier, Colombier, Birkin, Lulu ou Nana, son bull terrier : ce disque est un chef d’œuvre au pouvoir de séduction et de fascination intacts et c’est tout ce qui compte.

Super Furry Animals – Prairie des filtres, Toulouse

Quelques mots sur le concert « surprise » de mes Super Furry Animals chéris-adorés dans la capitale du patchouli à la violette. « Surprise » car je l’ai appris très tard et j’aurais pu facilement le manquer : ils étaient en effet à l’affiche du festival Rio Loco, noyés dans une programmation toujours aussi gargantuesque et fort peu granderemisesque.

Non parce que le festival Rio Loco… Comment dire? Comment dire sans me faire tomber dessus par le tribunal international de Genève s’entend… Tu es inscrit en fac de psycho, tu joues du djembé, tu portes un sarouel et tu milites pour une approche minimaliste de l’hygiène corporelle ? Tu vas à Rio Loco les yeux fermés, quelle que soit la programmation. Tu m’as compris.

Imagine donc ma surprise de voir les Gallois à l’affiche de cette édition 2016. Mais voilà, cette dernière était consacrée aux « Mondes celtes ».
Coïncidence heureuse, la sélection du Pays de Galles affrontait la Russie 2 jours après le concert, ce qui promettait donc une horde de supporters enthousiastes dans le public.

Les fans de foot gallois avaient bien devancé l’appel du match, mais au delà de mes prévisions : hallucinante ambiance digne d’un match dans le public avec évidemment plein de maillots, de drapeaux ornés du dragon rouge, et des chants ininterrompus, qui se sont prolongés longtemps après que le groupe avait quitté la scène. Complètement dingue et du jamais vu à un concert de rock en ce qui me concerne.

Evidemment, dans une telle atmosphère, le show en devenait presque anecdotique. Pas grave parce que
1. je les ai vus l’an dernier à Londres dans des conditions optimales pour leur reformation et c’était un des meilleurs concerts de ma vie (compte-rendu hagiographique ici)
2. l’ambiance était vraiment géniale
3. ils ont quand même vachement bien assuré

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C’était pourtant un concert de reprise, et la technique était pas toujours de leur côté: ça nous a valu un Bad Behaviour un peu bancal et un Golden Retriever tronqué. La setlist était joliment remaniée par rapport à l’an dernier: nettement plus électrique, avec davantage d’uptempos, forcément plus adaptés à la configuration « festival-plein air ». Idem pour les arrangements, parfois très différents de ce à quoi j’avais eu droit l’an dernier, avec notamment un Zoom! absolument terrible et un Mountain People toujours aussi émouvant. Paradoxalement, alors qu’ils étaient au programme d’un festival de musiques celtiques (pour faire court), ils n’ont donc joué qu’une seule chanson issue de Mwng, leur album en langue galloise (Dawc Hi, pas ma préférée) et à dominante acoustique.
C’était vraiment super de les revoir, sur une grande scène cette fois, ils y sont parfaitement à l’aise. Ils ont quand même 20 ans de carrière, ça va, ils déroulent les mecs… Et puis de toutes façons, livrer une performance irréprochable n’était pas la priorité pour le groupe je pense : ils jouaient quasiment à domicile et les « bonsoir Toulouse » et autres « merci beaucoup » prononcés avec un accent impeccable par Gruff, paraissaient presque incongrus : il aurait paru plus logique de s’adresser au public en gallois. L’essentiel n’était pas dans la prestation (même si elle était vraiment chouette encore une fois) : ils étaient visiblement surpris de cet accueil incroyable, de la présence d’autant de compatriotes; leur étonnement, leur joie et leurs sourires faisaient vraiment plaisir à voir.

Et vu le contexte, ils ont joué Bing Bong, bien sûr, l’hymne officieux du Pays de Galles pour cet Euro! (l’officiel a été composé par les pénibles Manic Street Preachers et sans l’avoir écouté, je pense que ça doit moins rigoler)

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En conclusion, l’inévitable The Man Don’t Give a Fuck (qui, je le rappelle là aussi, est génialement basé sur le génial Showbiz Kids des géniaux Steely Dan). Avé les fourrures bien sûr, et les postures de guitar-heroes. Là, dans le public, disons qu’il fallait aimer les jets de bière…
Mais c’était vraiment super, à tous points de vue. SFA OK !

Le roi de France

Je rédige rarement des billets informatifs car je pars du principe qu’ici c’est chez moi et que ça doit être un endroit qui me ressemble autant que possible. Et puis si c’est de l’info que tu cherches, on est sur Internet mon vieux, et j’imagine que tu sais te servir de Google.

Mais je fais une exception aujourd’hui pour présenter un garçon et des chansons qui me tiennent particulièrement à cœur.

Lafayette
Lafayette

J’ai découvert comme tout le monde celui qui se présente donc sous le nom de Frédéric Lafayette par sa trilogie amoureuse (Eros automatique / Mauvaise mine / La glanda).
Mais Eros automatique n’est pas son premier morceau : il s’agit en réalité des Dessous féminins, toujours indisponible à ce jour autrement que via son video clip .

Je crois que c’est l’un des fondateurs du magnifique label Entreprise, qui abrite Lafayette donc, mais également Moodoïd, Bagarre, Fishbach ou Mehdi Zannad, qui parlait à son sujet dans une interview d’ « hyper variété ». Et c’est à mon sens très juste : c’est chanté en français, ça flatte l’oreille bien sûr, mais d’une manière plus subversive que s’il s’agissait de pop stricto sensu, ça parle aux novices tout autant qu’aux music nerds les plus exigeants. Et dès Les Dessous féminins, tout Lafayette est là : précision des mots, détachement élégant et manifeste mais de surface puisque la légèreté masque toujours une certaine mélancolie. La musique populaire française dans ce qu’elle a de meilleur sur un axe qui irait de Jacques Dutronc à Bertrand Burgalat en passant par Etienne Daho ou Jacno.

Lafayette a donc en réalité débarqué via sa trilogie amoureuse, avec tout d’abord Eros automatique, en compagnie de l’über-sursublimissime Alka Balbir (fille de l’insupportable Denis « buuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuutt !!! ah non, ça passe à côté » Balbir).

Plus synthétique, il pose Lafayette en digne héritier des jeunes gens modernes de la fin des années 70, l’esprit pop en prime.

« Si j’pense à toi mon amour
A un détail symbolique
J’revois toujours tes dents un peu asymétriques
Ivoire aux bords coupants
Qui m’a vampirisé
Dont je cherche le mordant dans mes nouveaux baisers »

Joli hein? Joli ET malin.

Second volet de sa trilogie, Mauvaise mine et son clip très Les Nuits de la pleine lune de Rohmer :

Sur les pas d’Eros automatique, et en compagnie cette fois de Liza Manili, il creuse le sillon d’une electro pop à la fois ironique et touchante, drôle et délicate : « Dis moi qu’tu vois pas quelqu’un / Ou plutôt non, ne dis rien / Dès demain j’me prends en main ».

Troisième et dernier volet de la trilogie amoureuse, La Glanda:

Et là mon vieux, LA, ça déconne plus.
Entendons-nous bien : tout ce qui précède est charmant, malin, drôle, touchant, brillant même mais selon moi, avec ce titre, on passe à un niveau encore supérieur. La Glanda c’est tout simplement LE slow et LA chanson de l’été de ceux qui désespéraient d’entendre un jour un titre à aimer sans entraves, dans un genre pourtant dévolu aux grosses scies baveuses (mais pas toujours désagréables, on est d’accord).
« On fout rien, on est bien, ça nous va la glanda » : là aussi, ça commence comme une petite blague mais on comprend très vite que ça va bien au delà. Sur La Glanda, Lafayette se mue en Polnareff post-moderne pour narrer avec élégance toujours et beaucoup de pudeur, ces instants magiques et parfaits vécus au cours d’un été qu’on jurerait sans fin.

Après… outre cet aspect universel qu’il a su saisir et retranscrire avec une finesse et une délicatesse infinies (la magie fugace d’un été parfait donc), il y a dans La Glanda une production ouatée et moelleuse, une pâte electro-acoustique héritée des 70s mais intemporelle, une forme d' »hyper variété » là encore, qui en ont fait pour moi un classique instantané et, à titre personnel, une de ces chansons-compagnons qui m’accompagnent sur de nombreuses années. Je trouve ce morceau absolument parfait et il me touche énormément, tout simplement.

L’an dernier, il y a « juste » eu cette petite chose :

Un remix de l’excellent Le chrome et le coton de Jérôme Echenoz. J’aime bien le titre original, j’aime bien également l’album de Jérôme Echenoz, mais sans vouloir lui faire offense, cette version élève sérieusement le morceau, le transposant sur le terrain d’un lyrisme rentré qui le rend assez ébouriffant.
Accessoirement, ça te dit peut-être quelque chose : la chanson a en effet été utilisée pour une pub (Citroen DS 3).

Aujourd’hui, Lafayette revient donc avec un nouveau simple, La mélancolie française :

Et il semble à nouveau s’être réinventé, donnant à son titre une ampleur inédite (hors le remix ci-dessus). Lafayette y incarne pleinement, tout autant qu’il s’en amuse, sa nature essentielle d’artiste français, convoquant des figures bigger than l’Hexagone pour mieux les liquider. Brillant, encore.

La mélancolie française pourrait bien être à Lafayette ce que France Culture fut à Arnaud Fleurent-Didier il y a quelques années: un titre somme, étendard, programmatique, définitif, en même temps qu’un sésame pour l’univers du grand public (toutes proportions gardées évidemment).
On verra. C’est en tout cas tout le mal que je lui souhaite car je pense sincèrement que ce garçon possède un talent rare et précieux que je trouverais dommage de ne réserver qu’à un nombre restreint d’esthètes et initiés. Et ce que je te souhaite à toi, et à moi par la même occasion, c’est un album, et vite parce que ça commence à faire long !

David Bowie et moi

Ca fait donc une semaine maintenant que David Bowie est mort.
Une semaine, le temps qu’il m’a fallu pour digérer un peu, rassembler mes souvenirs et mes pensées et finalement décider de participer moi aussi au déferlement d’hommages en tous genres.

Parce que comme l’a écrit Laurent Chalumeau, cette fois, c’est un mur porteur que l’on perd (il y en avait 6 pour moi : Bob Dylan, Mick Jagger, Paul McCartney, Brian Wilson, Neil Young et David Bowie donc), et parce qu’en ce qui me concerne, il s’agissait d’un mur porteur intime. Dylan et Jagger, je reconnaîtrai l’immense perte évidemment, mais ça ne me touchera pas, tout comme, par exemple, ne m’a pas touchée de manière intime la disparition de Lou Reed il y a un peu plus de 2 ans.

Mais là c’est Bowie.

Le premier 45t qu’on m’ait offert (tu sais ce que c’est un 45t ?), c’était Gaby Oh! Gaby de Bashung. Ca va, y a pire. Je vais pas me la jouer « je chantais déjà le Velvet à 4 ans », j’ai ensuite enquillé les disques pour enfants et les merdes de l’époque, normal. J’avais par exemple une grande passion pour L’Italiano, de Toto Cotugno.

Le premier 45t que je me suis payé avec mon argent de poche fut Let’s Dance. Le second, China Girl. Evidemment, à l’époque, j’ignorais que la chanson figurait initialement sur un album d’Iggy Pop. D’ailleurs j’ignorais qui était Iggy Pop et je m’en foutais. J’aimais simplement ces 2 chansons, surtout China Girl, que je trouvais plus joyeuse avec son motif oriental un peu vulgaire et très séduisant. Let’s Dance, j’adorais aussi mais de manière un peu plus inquiète: « let’s dance », « dansons », ok, mais pourquoi tu le dis d’une voix lugubre alors? Flippant. Mais fascinant parce que je trouvais Bowie très beau.
J’adorais aussi Modern Love ainsi que la video de Ashes to Ashes, SUPER flippante, qui curieusement, était l’une des rares videos régulièrement diffusées à la télévision.

J’ai continué à suivre Bowie durant les années 80 : Absolute Beginners, que j’adorais avec sa mélodie nostalgico-mélancolique, et que j’étais allé voir au ciné, son duo avec Jagger, sa prestation au Live Aid. On écoutait beaucoup les Stones (mes grands frères) et Neil Young (ma grande soeur) à la maison, mais mon éveil personnel au « rock », ce fut David Bowie.

Et puis je l’ai laissé tomber. Je me suis trouvé d’autres groupes/chanteurs, plus adolescents sans doute, et qui me parlaient davantage à l’époque.

Jusqu’à ce soir de 1993, où comme tous les soirs à l’époque, j’écoutais religieusement Bernard Lenoir sur France Inter. Ma nouvelle coqueluche, c’était Suede et son single The Drowners. Gros refrain, grosse guitare acide, glamour, androgynie : c’était, parail-il, un petit revival glam. Et qui dit petit revival glam, dit petit revival Bowie.
Bon. Je savais oui, que Bowie avait fait « autre chose » que Let’s Dance ou China Girl, avant, qu’il avait déjà une place réservée dans l’Histoire du rock mais je ne m’y étais pas encore intéressé.
Et ce soir là donc, chez Bernard Lenoir, pour éduquer un peu les petits cons indés dont je faisais partie, Lenoir a diffusé Starman.

Putain mais c’est CA le glam rock? Mais nom de Dieu de bordel de merde, dans ce cas je veux plus écouter que ça moi ! Ces cordes, ce sens de la mélodie, cette guitare électrique… Et cette guitare acoustique bordel : c’est ça qui me fascinait avant tout dans les disques de Bowie ou T-Rex, à savoir qu’on produise un son aussi électrique tout en mixant la guitare acoustique aussi en avant. Ca me fascinait, littéralement, et ça me fascine toujours.

Bon là, évidemment c’était (re)parti pour la Bowie mania :  je crois que le lendemain, en tout cas dans la semaine, je suis allé à la FNAC pour acheter le CD de Ziggy Stardust et je l’ai écouté en boucle pendant des semaines. J’adorais l’injonction au verso de la pochette: « TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME ». Je l’adorais parce que c’était pas vraiment du rock, encore moi du hard rock ou du punk rock, et donc pas un truc à écouter à s’en faire exploser les tympans, c’était indubitablement de la pop soit une musique supposément inoffensive et pourtant, oui, la pop pouvait être aussi dangereuse et subversive, et ça devait s’écouter à « MAXIMUM VOLUME », la preuve. J’adorais aussi la guitare de Mick Ronson, la complicité qu’il semblait avoir avec son leader. Cette même année (1993), Mick Ronson produisit l’album de mon héros absolu de l’époque, Morrissey (Your Arsenal), juste avant de mourir à 47 ans seulement le pauvre. La boucle était bouclée.

Le Bowie contemporain de ma redécouverte, celui d’Outside ou Earthling ne m’intéressait pas: j’avais ses années 70 à explorer, je prenais évidemment baffe sur baffe. Le jour où j’ai écouté Hunky Dory pour la 1ère fois putain… Et Sound and Vision… Le mec, en 4 ans, il passe de Ziggy Stardust à Low. Avec 5 albums au miyeu. Evidemment, l’époque était différente mais la cadence frénétique des sorties propre aux années 60 avait commencé à ralentir et puis surtout on parle là de passer, EN 4 ANS, du glam rock de Ziggy Stardust à la proto-new wave de Low en passant par la soul de Young Americans. Et Pin Ups, putain, son album de reprises, tellement sous estimé…
Mis à part ça, la question du genre, de l’identité sexuelle, ne m’a jamais interpellé ni concerné mais j’étais évidemment sensible à ses différentes incarnations, à ses différents looks. Il a été mon éveil à ces questions là également. Tu sais combien je suis sensible à la mise de mes musiciens favoris, ça ne vient pas de nulle part.

Après… Je ne vais pas réécrire mon histoire après sa mort : même si j’ai continué à suivre sa carrière et à écouter ses nouveaux albums, le Bowie des années 2000 ou 2010 ne m’a pas passionné non plus.
Mais peu importe : il était là au tout début, il était encore là lors de mes années de formation, et même quand il n’était plus là tous les jours, il était avec moi, toujours, comme le sont encore Neil, Paul, Brian et quelques autres, plus jeunes. Il continuera à l’être.

Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus, je retiendrai celui de Jarvis Cocker lors de son émission hebdomadaire du dimanche sur la BBC. 2 heures d’archives, de témoignages et de musique bien sûr. On y entend notamment, à la fin, Bowie magnifiquement résumer son rapport à la musique, la sienne et celle des autres, devant un parterre d’étudiants. Superbe.

http://www.bbc.co.uk/programmes/b06whnv6

Top albums 2015 – 2ème partie

Encore une grosse présence française dans le haut du tableau. Grande remise, le blog qui gagnera le Tour de France dans les 5 ans.

10. Mikal Cronin – MCIII

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Très proche de Ty Segall, qu’il accompagne sur scène en tant que bassiste depuis de nombreuses années, Mikal Cronin pratique en solo une pop power-popisante de plus en plus classique au fil des albums. Ca ne révolutionne donc rien mais c’est très juste, comme on dit d’un footballeur qu’il joue juste : de bonnes chansons, bien produites, bien jouées, bien interprétées. L’album bonbon de l’année.

9. Kurt Vile – B’lieve I’m Goin’ Down

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De plus en plus maître de son talent et de son art, Kurt Vile fait désormais partie des murs et des valeurs sûres. Il livre donc un album identique au précédent et probablement au suivant, avec quelques petites touches bien senties pour le différencier et finir de l’affirmer comme un type maître de son talent et de son art : ici un piano (Life Like Mine) ou un banjo (I’m an Outlaw), le premier instrument que son père lui a offert enfant. Plus simple, direct et varié que son génial prédécesseur, B’lieve I’m Goin’ Down est un recueil de chansons davantage qu’un album en vérité. Le disque d’un mec en pleine bourre qui avait pas trop envie de se faire chier ce coup ci mais qui en balance quand même suffisamment pour qu’on comprenne bien qu’il peut tout défoncer quand l’envie lui en prend. L’album smartass de l’année.

8. Liam Hayes – Slurrup

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J’ai vu Liam Hayes en concert au début de l’année, c’est un de ses moments forts. A mon année. Et Slurrup est un super album de pop / power pop, plus simple et immédiat que ce qu’il a jamais enregistré jusqu’ici. Il excelle dans la sophistication et l’alambiquage virtuose mais ça lui va bien, aussi.

7. Matthew E White – Fresh Blood

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Je l’avais pas super bien classé à l’époque mais rétrospectivement, The Big Inner, le premier album de Matthew E White est vraiment l’un de ceux que je garderai de la décennie en cours. C’est un album tellement beau, tellement fort et tellement inattendu… qu’on ne peut pas s’empêcher d’être déçu par son successeur je pense. C’était inévitable. Entendons nous bien : le mec reste un pourvoyeur de frissons de plaisir hors pair et sa mixture de pop-soul-gospel-blues n’a actuellement pas d’équivalent. Simplement, celui-ci est un poil en deçà de son prédécesseur. L’album pinaillage de l’année.

6. Natalie Prass

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Basically, un album de Matthew E. White mais au féminin. C’est enregistré dans son studio, avec ses musiciens, c’est lui qui produit et ça sort sur son label. Cet album est scandaleusement mieux classé que le sien car il a pour lui de n’être pas interprété par un barbu à lunettes et en surpoids. Lève pas les yeux au ciel : si ça n’était pas un argument valable, ça ne serait plus vraiment Grande remise. L’album petit chou de l’année donc.

5. Jacco Gardner – Hypnophobia

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J’avais bien aimé Cabinet of Curiosities, son 1er album mais je l’avais trouvé trop léger, trop appliqué et finalement assez inconséquent. Lapin qu’on prit les louanges qu’il avait reçu. Hypnophobia est l’album type du musicien qui a beaucoup joué sur scène et en ressort donc avec un son un poil plus rugueux, plus vif. Sur le fond, aucun bouleversement donc (sunshine-psych-retro-pop) mais sur la forme, c’est bien plus alerte et donc, convaincant selon moi. Classement sans doute beaucoup trop flatteur au regard de ceux qui précédent et de ceux que j’ai laissés de côté mais c’est un album qui me procure énormément de plaisir de la première à la dernière note. Et pourtant le mec est hollandais. J’me comprends.

4. Turzi – C

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On le sait, le psychédélisme français, sous des formes très diverses, connait une grande effervescence, des XTCiens Dorian Pimpernel au cinématographique Forever Pavot, en passant par les cérébraux Aquaserge. Et Turzi donc, qui fait quasiment figure de vétéran.
C est en effet le 3ème album du parisien Romain Turzi après A et B. Comme ses 2 prédécesseurs, C est composé de morceaux dont le titre commence par la lettre C (et qui désignent des oiseaux, Coucou en ouverture, Cygne, Cormoran etc.), après des albums aux titres commençant par les lettres A et B (les titres de B sont des villes, Beijing, Baltimore, Buenos Aires etc) . C’est anecdotique bien sûr mais cette suite dans les idées, quasiment mathématique, se traduit également sur le fond : cet album prolonge ce qui a été initié il y a quelques années et qui place Turzi sur la carte des psychédéliciens parisiens, Air, Tellier ou Rob pour ne citer qu’eux (il est d’ailleurs signé sur le label des 2 premiers, Record Makers).
S’il se réfère lui aussi volontiers aux glorieux compositeurs de bo des années 70 (Jean Claude Vannier, Michel Colombier ou Ennio Morricone), il a une approche plus « dure », plus rock que ses collègues de bureau, au diapason de son allure ténébreuse : krautrock ou noise ont régulièrement ses faveurs (la pochette peut ainsi rappeler celle de  Goo de Sonic Youth). Toujours moins electro au fil des années, sa musique devient également plus mélodique. C est son album le plus doux et accessible, c’est une merveille.

3. Nicolas Godin – Contrepoint

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Nicolas Godin a toujours été mon Air préféré, depuis le début. J’aime beaucoup Jean-Benoît Dunckel bien sûr, et ce qui rend le groupe si unique, c’est précisément cette alchimie, cette complémentarité idéale entre les 2, qui se base sur un partage des tâches bien défini (vu de l’extérieur en tout cas) : à Dunckel l’electro, à Godin l’acoustique. Évidemment, je schématise, on sait bien que McCartney n’était pas responsable de TOUTES les chansons des Beatles les plus cajoleuses et que Lennon n’écrivait pas QUE les chansons tordues. C’est plus subtil que ça. Mais quand même… Et puis je trouve qu’il a une allure et un style terribles et je suis suffisamment superficiel pour que ça soit un argument de poids en faveur ou défaveur d’un musicien. Avec sa belle basse Fender verte, la grosse classe.

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Contrepoint donc, présenté comme un genre de concept album autour de certaines œuvres de Bach est son premier projet hors-Air, là où son acolyte a déjà sorti 3 ou 4 albums de son côté, sous divers noms. Mais en vérité on y entend surtout ce qu’on imagine être un condensé des diverses influences et inclinations de Godin depuis qu’il fait de la musique, et qui permettent aux amateurs de retrouver leurs petits dans la discographie de Air. C’est donc un régal, du sinueux et cinématographique Bach Off à la merveille brasilou Clara, en passant par le slow baveux Quei Due (sur un texte d’Alessandro Baricco). 8 titres (seulement : le seul défaut de Contrepoint, c’est sa brièveté), tous très différents les uns des autres dans une même tonalité classieuse, cinématographique et romantique. L’album baron de l’année.

2. Tame Impala – Currents

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Longtemps le numero uno évident et naturel. Je sais même pas quoi dire tellement ça coule de source pour moi qu’en ce moment, Kevin Parker est loin, très loin devant tout le monde. Il peut même se permettre, chose qui n’a pas été suffisamment soulignée à mon sens, de totalement bouleverser le son et le style qu’il avait mis plusieurs années à peaufiner et qui avaient trouvé leur apogée dans l’inusable Lonerism. Mais justement, il a bien compris que son chef d’œuvre de psychédélisme 2.0 représentait également une impasse. Donc il a opéré un virage à 180%, tout en restant fidèle à son amour pour les sonorités doucement lysergiques. Currents est ainsi un album qui réinvente Tame Impala et qui invente tout court, l’air de rien, tout en balançant tube sur tube. De la disco-psyche ça avait déjà été fait avant Let It Happen?
Et puis pour la 1ère fois, il chante réellement, mixant sa voix au premier plan, des textes intimes et émotionnellement intenses, très premier degré, décrivant la fin de sa relation amoureuse. Sous sa production hyper synthétique et chiadée comme toujours, Currents est donc un album quasiment aussi « cru » que celui de Sufjan Stevens. Oui oui, j’assume. L’album petit génie de l’année.

1. Tricatel RSVP

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C’est un album que j’aime autant que j’ai envie de le mettre en avant. Parce qu’il est bon évidemment, très bon même, parce que c’est un projet à part (il est sous-titré « composition instantanée et improvisation collective » et c’est ce dont il s’agit) et parce que Tricatel bien sûr : la label a fêté ses 20 ans et c’est très exactement la période depuis laquelle il m’accompagne… oh peut-être pas au quotidien, mais en tout cas au rythme de ses sorties. J’ai acheté le Tricatel 001 à sa sortie en 1995 (Valérie Lemercier chante), j’ai donc acheté celui-ci en 2015 (le Tricatel 047), et j’en ai acheté un bon paquet au milieu. Dont quelques uns qui font partie de mon panthéon personnel : tous ceux de Bertrand Burgalat, le Triggers d’April March, le Présence Humaine de Michel Houellebecq.
Je retrouve dans RSVP tout ce qui fait de Tricatel une aventure si unique dans le paysage musical français et qui m’interpelle tant : l’amour de la mélodie bien sûr, de l’arrangement précieux, les textes, uniques là aussi dans la pop française (La piscine dorée), un sens de la subversion unique et à contre-courant, un dandysme revendiqué et une volonté malgré tout de ne jamais laisser personne sur le bord du chemin (le label a souvent été taxé d’élitiste, c’est la critique la plus débile qui soit).
RSVP met à nouveau en valeur les immenses AS Dragon, qui sont apparus en tant que backing band de Burgalat au début des années 2000 il me semble. Ils ont ensuite joué sur tous les disques sortis par le label ou presque, à un moment où celui-ci prenait le risque de s’enfermer dans un excès de préciosité justement. AS Dragon, c’est les petites frappes qui ont permis à Burgalat et à ses protégé(e)s de prendre une tonalité nettement plus soul et qui transforme par exemple ici April March en petite soeur de Donna Summer (Eye of the Sun) ou qui place Fuzati de Klub des Loosers, dans les pas du Présence humaine de Michel Houellebecq (Dernier métro, gi-gan-tesque). AS Dragon, c’est le groupe de rock qui joue de la pop et qui a permis à Tricatel de se muer en implacable machine à danser (à peu près tous les titres de l’album).
Long live AS Dragon donc, long live Bertrand Burgalat, long live Tricatel !

Top albums 2015 – 1ère partie

Toujours plus de pop et de musique de drogués, toujours moins d’americana. Grande remise, le blog qui tient bon la barre et tient bon le vent.

En préambule, 5 super subs qu’il a été très difficile d’écarter :

The Leisure SocietyThe Fine Art of Hanging On
Sufjan StevensCarrie & Lowell
Aline – La Vie Electrique (malus je-rate-les-3/4-du concert-parce-que-y-avait-pas-de-première-partie-en-fait)
Julia HolterHave You in My Wilderness
Kelley StoltzIn Triangle Time (malgré un énorme bonus fan de)

20. Chateau Marmont – Sound of Shambala

chateau-marmont-sound-of-shambala-coverOù va Chateau Marmont ? De 5 membres sur son premier EP, le groupe est rapidement passé à 4, puis à 3 pour la sortie de son premier album il y a 2 ans (le génial, touffu et bien nommé The Maze, lauréat 2013 du seul top qui compte). Sur celui-ci, ils ne sont plus que 2: Chateau Marmont fraction historique si j’ai bien compris ie les 2 tarbais amis d’enfance et à l’origine du groupe. Alors c’est très bien, c’est un bel exercice de style retro-house, un bel hommage à la French Touch originelle. Je ne peux toutefois pas m’empêcher de regretter cette époque pas si lointaine où le groupe en était véritablement un, pas uniquement composé de 2 bidouilleurs, aussi sympathiques et talentueux soient-ils. Ni d’avoir la sensation que ce groupe sera rétrospectivement considéré comme un énorme gâchis, ou du moins un rendez-vous manqué pour la pop française.

19. Father John Misty – I Love You, Honeybear

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Inégal, inférieur à son prédécesseur (l’excellent Fear Fun), plombé selon moi par un cynisme et un narcissisme très désagréables, dont on ne sait d’ailleurs s’ils sont réels ou surjoués (mais que ça soit l’un ou l’autre, on s’en fout), I Love You, Honeybear recèle néanmoins quelques moments de grâce assez sidérants dans un registre laurelcanyonesque à la Jonathan Wilson (qui produit d’ailleurs). Un, surtout, que je mettrai dans mon top 5 des chansons de l’année, et que voici:

18. Richard Hawley – Hollow Meadows

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Je retrouve sur Hollow Meadows le Richard Hawley que j’aime, que tout le monde aime je suppose, après la parenthèse électrico-bruitiste un peu lassante de son précédent album. Retour au crooning mélancolique et nicotiné de ses premières années. D’ailleurs l’album débute par un « sorry I’ve been away so long » très, voire trop explicite. Un album pantoufle donc, dans lequel il fait bon coocooner. C’est un compliment.

17. Meg Baird – Don’t Weigh Down the Light

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Meg Baird enregistre depuis plus de 10 ans, en solo, en duo (The Baird Sisters)  ou en groupe (les géniaux über hippies de Espers), des albums de folk au sens large : toujours anglophiles, ils sont très planants, électriques et psychédéliques avec son groupe, très purs et dépouillés en solo. Celui-ci ne déroge pas à la règle. C’est vraiment très beau. L’album baume-tisane-veilleuse de l’année.

16. Destroyer – Poison Season

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A chaque fois que j’écoute un disque de Destroyer, j’ai du mal à croire que Dan Bejar, son « leader » a fait un jour partie des New Pornographers (« leader »entre guillemets car il est en réalité un « one man band » comme disent les anglo-saxons). Son univers sophistiqué semble si éloigné de la power-pop virevoltante des nouveaux pornographes… Toujours est-il que son Poison Season creuse un peu plus la veine d’une pop dandy, suave et exigeante. Aux désormais habituels accents de pop 80s à la Prefab Sprout, Bejar ajoute cette fois des intermèdes orchestraux d’une pureté et d’une majesté à couper le souffle qui ne sont pas sans évoquer… Sinatra, tcharrément. Tout ça pour dire: c’est beau. Un poil frisquet peut-être, mais beau. L’album robe d’intérieur de l’année.

15. Bill Ryder-Jones – West Kirby County Primary

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Un très bel album qui sert de passerelle entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, entre le folk gracile des regrettés Gorky’s Zygotic Mynci et l’électricité nonchalante de Pavement. Union improbable, par l’ancien guitariste de The Coral qui signe là son disque le plus traditionnel et accessible. Bill Ryder-Jones est un musicien vraiment à part, extrêmement sensible, qui a jusqu’ici enregistré des albums très peu commerciaux et probablement cathartiques, principalement au piano, prêtant dans le même temps sa guitare virtuose ici ou là (par exemple sur le dernier album des Arctic Monkeys).  Très bel album, vraiment.

14. My Morning Jacket – The Waterfall

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Désormais vétéran de la scène americana au sens large, My Morning Jacket en est arrivé à un degré de maîtrise, de savoir-faire mais surtout d’inspiration et encore plus, de liberté, qu’il s’est affranchi de toute classification. C’est américain, ça c’est certain mais c’est un peu rock, un peu pop, un peu soul, un peu gras, un peu gracieux, souvent tout en même temps. Et c’est donc très, très bon. Un groupe en voie de wilcoisation avancée, serein et magistral, capable de tout et toujours du meilleur.

13. Pond – Man, It Feels Like Space Again

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Jusqu’en 2012, Tame Impala avait pour bassiste une personne dont j’avais vraiment du mal à déterminer le sexe. Il s’agissait de Nick Allbrook, un garçon donc, pour le moins androgyne. Il a quitté le groupe en 2012 pour se consacrer à son projet solo, Pond, dans lequel on retrouve un autre membre de Tame Impala, Jay Watson aka le beau gosse blond. Tout ça pour dire que les 2 groupes sont toujours très proches et que Pond, c’est un peu Tame Impala si Tame Impala faisait une fixette sur Bowie et non les Beatles. C’est donc aussi très proche de MGMT, psyché et glam à la fois. Quelques creux mais sur les 3-4 meilleurs morceaux, énooooooooooorme tuerie.

12. Diane Coffee – Everybody’s a Good Dog

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Après Pond, émanation de Tame Impala, voici Diane Coffee, spin off de Foxygen. J’ai pas fait exprès, mon top est naturellement incroyablement bien foutu.
Diane Coffee, de son vrai nom Shaun Fleming, est en effet batteur de Foxygen. Everybody’s a Good Dog est son 2ème album, mélange de pop, glam, soul, enrobé de chœurs féminins : tu penses probablement « Todd Rundgren » et tu as bien raison. En fait, cet album ressemble de très près à ce que Foxygen a complètement foiré sur son …and Star Power de l’an dernier. Le feelgood album de l’année.

11. Dave Rawlings Machine – Nashville Obsolete

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Alors, oui, j’écoute presque plus de folk américain mais là c’est différent. Déjà parce que Dave Rawlings, c’est la quintessence du genre. S’il ne fallait en garder qu’un… Et parce que ce genre, il en livre une interprétation qui défie le genre précisément : jouer cette musique-là, de cette manière-là, en 2015, ça n’est pas du revivalisme, c’est… autre chose. Pour moi on est au-delà du folk, du blues, de la country pour entrer dans ce que j’appellerais la Grande Chanson Américaine. Quelque chose d’à la fois pur, simple et majestueux, qu’on n’aurait sans doute pas pu entendre il y a 50 ans mais qu’on écoutera encore certainement dans 50 ans. J’en parle très mal, désolé.
Dave Rawlings, c’est évidemment aussi sa compagne Gillian Welch, qu’on entend sur tous ses disques à lui, comme on l’entend lui sur tous ses disques à elle. Ils forment selon moi l’un des plus beaux couples, à la scène et à la ville, de toute l’histoire de la musique populaire.

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Dirty Ghosts + Kelley Stoltz + Ducktails – le Saint des Seins, Toulouse

Quelle année mes aïeux, quelle année ! Liam Hayes/Plush en janvier, Super Furry Animals en Mai et donc Kelley Stoltz en Novembre : n’en jetez plus ! Paul Mac Cartney ou Brian Wilson joueraient dans le bar en bas de chez moi que je me déplacerais pas : non, c’est bon les gars, j’en ai vu suffisamment cette année, je passe.

La soirée démarre avec un court set de Dirty Ghosts, le backing band de Stoltz sur cette tournée : une bassiste, une guitariste, un batteur.

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Power trio carré donc, sans chichis, sans fioritures mais également sans trop d’inspiration : sans compositions réellement accrocheuses, difficile de tenir la distance et de soutenir l’intérêt de l’assistance. C’est pas désagréable, on pourrait même dire que c’est bien fichu mais pour moi c’est surtout sans relief et sans intérêt. Trop de sans ne saurait mentir.
Un petit quart d’heure s’écoule et Kelley Stoltz prend la scène avec les mêmes donc, la bassiste passant aux claviers sur quelques titres, la basse étant tenu par un 4ème gars.

Kelley Stoltz… Comment dire? Pour faire court:
– dans mon panthéon personnel, aux côtés de Liam Hayes et des Super Furry Animals donc, des High Llamas, The Coral pour citer quelques contemporains.
– la formule que j’utilise toujours pour le présenter à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore : il est aux Kinks ce qu’Elliott Smith était aux Beatles. Chouchou des critiques et de l’Internationale Pop, son audience est très confidentielle. Je n’aurais jamais pensé le voir un jour en concert (il tourne peu en Europe), encore moins à Toulouse. Vraiment inespéré…

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Bon, je vais faire preuve d’un maximum d’objectivité : c’était décevant. 45 petites minutes, une dizaine de titres seulement et, au détour de 2-3 remarques, le sentiment qu’il avait pas vraiment envie de prolonger l’affaire. La certitude même, puisqu’à l’issue du dernier morceau, l’organisateur vient lui signifier qu’il a le temps de jouer un titre supplémentaire. Non, c’est bon,on a fini lui répond Kelley

Pour autant : 45 super minutes durant lesquelles il n’aura jamais montré ni lassitude (la raison de ce concert très bref, j’y reviens plus loin), ni mauvaise humeur, bien au contraire. Il introduit chaque chanson avec bonhommie, fait preuve d’humour et d’esprit. Il est fidèle en somme à son image de mec nonchalant et excentrique à la fois, de californien anglophile.
Et puis l’essentiel : c’est précis, ça n’a pas besoin de round d’observation ou de mise en place puisque lui, il les a les compositions. Il se focalise sur les 2 derniers albums, Double Exposure (dont il joue notamment les 2 « tubes », Kim Chee Taco Man et la sublime Marcy) et In Triangle Time, sur lequel il laisse libre court à ses influences new-wave voire bowienne.
Il joue également, et c’est une surprise, 2 titres de son alter ego Willy Weird, double fictif qu’il incarne sur un album également sorti récemment et qui lui permet de laisser libre court à des compositions et des interprétations plus loufoques voire carrément barrées. Mais même dans un registre plus foutraque voire expérimental, le mec ne sait écrire que des tueries : le génie modeste de Kelley Stoltz réside clairement dans son sens mélodique hors-pair. On loue souvent, et à juste titre, ses qualités de bricoleur et d’autodidacte qui en ont fait le parrain de la scène garage de San Francisco, Thee Oh Sees et Ty Segall en tête (il enregistre toujours tout tout seul) mais ces chansons nom de Dieu…

Plus frustrant que décevant donc car c’était quand même vachement bien putain, j’en aurais repris pour 3/4h de plus…

Suivent les Ducktails, émanation de Real Estate. Émanation, copié-collé, appelle ça comme tu veux. Sachant que les chansons elles-mêmes sont quasiment toutes identiques : oui, ça m’a bien gonflé. Encore une fois, c’est mignon ce revival indie-90s mais ça m’ennuie profondément.

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Du coup je vais sans trop tarder faire mon fan de au stand de merchandising devant lequel se trouve Kelley Stoltz. Très cool et accessible, il me présente tous ses disques disponibles. Il est étonné que je les possède déjà presque tous (big fan, je le répèterai jamais assez), je lui explique donc que je voudrais juste acheter le tout dernier album sorti la semaine précédente. Et là il veut me faire un prix…. Je refuse évidemment mais adorable, il tient quand même à m’offrir un superbe double 45 tours à tirage limité que je n’avais pas. Grande classe le mec. On discute le bout de gras, il confirme qu’il est super crevé ce soir: ils jouaient à Chamonix la veille et sont partis le matin même. Je comprends mieux.

Je me recolle un peu devant Ducktails : ah ben non, ils rejouent pas le même morceau en fait, c’est vrai, celui ci est un peu plus lent. Bon, ça me gonfle vraiment, je me casse.
A la sortie, je retombe sur Kelley en train de fumer : je ne peux décemment pas ne pas faire la groupie jusqu’au bout (c’est l’un des privilèges de l’âge mûr : on assume tout sans ciller).

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Si les quarantenaires calvitiques et pas au top physiquement t’attirent sexuellement, cette photo t’es dédiée.
Super soirée donc, malgré tout. Kelley Stoltz merde, un de mes héros !

#41 The Jayhawks – Tomorrow The Green Grass

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2 choses :

– j’écoute pratiquement plus d’alt-country, folk, rock etc. US depuis de très longs mois. Chais pas. Weird. Pop anglaise, française, sunshine, psych, electro même, ou alors pop US mais j’ai totalement rayé les chemises à carreaux et tout ce qui s’en approche de près ou de loin de mes playlists. Cette semaine par exemple, j’ai volontairement raté le concert de Kevin Morby : je râlais de pas avoir pu le voir à Nîmes, je voulais le voir à Toulouse du coup mais je n’en avais pas du tout envie en fait.
Total, j’ai pas grand chose à dire sur ce très beau disque. C’est dommage mais c’est comme ça.

– je n’ai de toutes façons pas grand chose à dire tout court sur ce blog, en tout cas qui cadrerait avec l’orientation que j’ai choisi de lui donner à l’origine (« culture » pour faire court). Je sais pas là non plus… Je vois des films, des séries, je lis des livres, j’écoute des nouveautés, passionnants parfois, ou édifiants mais j’ai un peu perdu la flamme je crois. Ou alors c’est juste une passade. Ou j’ai envie d’écrire sur d’autres sujets, ici ou ailleurs, je sais pas encore très bien.

Je lance un audit et je te tiens au courant.

Gros bisous.

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 3

Un incident technique indépendant de ma volonté m’a empêché d’assister à la majeure partie de cette 3ème journée du festival : alors oui, j’ai raté les Allah-Las, oui, ça me fait vraiment chier, et même plus, donc, tout comme mon rendez-vous manqué avec Teenage Fanclub, je veux plus aborder ce sujet jusqu’à ce que je réussisse à les voir sur scène un jour. Capisce ? OK.

J’attaque avec les Sleaford Mods, sensation punk-hop de l’an dernier.
J’entre dans la grande salle alors que ça a déjà commencé : un laptop, un mec en bermuda-casquette derrière, un micro, un mec au look vaguement Mod en effet qui tourne autour. le 1er lance un beat, le second vocifère dans le micro. Et c’est génial. C’est. Génial. Jason Williamson, vieux routier désabusé du music business complètement reinventé/retrouvé avec ce nouveau projet (il a déjà 45 ans quand même), raconte les quotidiens de merde faits de mauvaise dope, de boulots à la con, de bière tiède, de fish and chips avariés. « This song is about your fockin’ manager. And if you’re a fockin’ manager, then this song is about you, you cheeky cunt. » Ce qui est génial c’est que les mecs ne se la racontent pas : quand je dis que le casquetté lance le beat, c’est qu’il lance le beat et c’est tout. Il fait pas semblant de bidouiller quoi que ce soit, il appuie sur une touche et recule d’un pas, se contentant de hocher la tête, une bière dans la main gauche, la droite dans sa poche. Pendant que l’autre fait le spectacle, postillonnant comme un goret en crachant sa bile. Même pas bourré le mec : il tête avec constance et avidité une bouteille de Cristalline. Fockin genius. Je l’ai toujours été évidemment mais en ce moment, je me sens particulièrement anglophile : ce concert, ce groupe, tombent pile poil au bon moment pour moi.

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Du coup c’était pas prévu mais je rate le début du show d’Unknown Mortal Orchestra. Pas grave, je les ai déjà vus il y a 2 ans en 1ère partie des Flaming Lips à Villette Sonique. Cette fois, pour se rapprocher des textures et arrangements plus complexes du nouvel album, le trio habituel est accompagné d’un claviériste. Bon, c’était très bien encore une fois : souple et funky, hyper coolos sous le soleil de fin de journée. Toujours aussi virtuose, Ruban Nielson semble désireux à la fois d’élaguer son jeu tout en densifiant ses compositions et ça fonctionne remarquablement bien. Toujours aussi fan du batteur, toujours aussi convaincu que le bassiste pourrait virer sans qu’on s’en rende compte. Pas grand chose à ajouter :  le nouvel album est top, ce groupe est top, ce concert était top.

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Note le cadrage extrêmement précis, quasi technique, de cette photo.

Je vais ensuite faire un tour à The Soft Moon. Je connais que de nom, et le peu que j’ai lu à leur sujet laissait présager que c’était pas DU TOUT pour moi. Et de fait, j’ai tenu 2 chansons je crois. Cold-shoegaze-noise, je sais pas comment qualifier ça mais ça me gonfle profondément. Si le reggae n’existait pas déjà, ça serait mon reggae. Ce qui me gonfle encore plus de surcroît, c’est qu’on disqualifie avec dédain des mecs comme les Allah-Las parce qu’ils ne seraient que de vulgaires retro-fétichistes, tout en encensant ce genre de groupe. Alors que la seule différence entre les 2 c’est qu’ils font une fixette sur une période différente. Point barre final à la ligne.

Foxygen sur la grande scène ensuite.
Alors… Premier album, pop sixties meets Beck meets MGMT. Classique instantané. Tchuerie. Deuxième album sorti l’an dernier, port meets nawak meets Todd Rundgren. Et je suis très indulgent : il est quasiment inécoutable. Ratage complet ? Foutage de gueule délibéré ? Crise d’adolescence ? Sans doute un peu les 3 à la fois. Tout ça pour dire que je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre ce soir.
Ils déboulent à 5, sans le chanteur Sam France évidemment, dont on se doute qu’il va se faire mousser au maximum. 5 plus 3 danseuses ! Et ça évidemment c’est très cool parce qu’elles sont quand même un peu coquines les coquines. Ca danse donc lascivement et énergiquement à la fois pendant que le groupe balance un We Are The 21st Century Embassadors of Peace and Magic à rallonge. A rallonge car oui, Sam France se fait bien prier. Il déboule donc après plusieurs minutes sous les vivats du public, nombreux et enthousiaste. Très amaigri, les cheveux décolorés, il ressemble énormément à Christopher Owen, le chanteur de Girls. Et on comprend très vite que Foxygen est là pour assurer un spectacle au sens propre du terme : France en fait des caisses dans son rôle de Jagger 2.0, ça joue des petites saynètes entre les morceaux, les danseuses (qui sont également choristes) assurent le show avec une belle abnégation etc etc. A un moment, faisant mine de s’embrouiller (le groupe est notoirement connu pour ses tournées, disons, chaotiques et Pitchfork avait annoncé l’an dernier qu’il avait splitté, information uniquement démentie par l’annonce surprise du nouvel album), tout le monde quitte carrément la scène pendant de longues minutes, pendant que la sono balance un grésillant San Francisco, leur chanson la plus connue. Qu’ils ne joueront donc pas ce soir en live.
Beaucoup dans le public, sans doute lassés par tant d’hystérie et de cabotinage (Sam France en fait VRAIMENT des caisses, il bouge et saute partout, tout le temps), reculent pour peut-être carrément aller voir ailleurs s’ils n’y sont pas : je comprends. Mais moi ça m’a beaucoup plu : déjà le groupe a l’intelligence de se concentrer sur les chansons de son 1er album; il ne garde ensuite du second que les plus abouties, les rendant encore plus classiques dans leur version live, se rapprochant alors d’un mélange entre les Stones de Black and Blue et le Todd Rundgren de Something/Anything; et puis surtout, je trouve ça mignon cette naïveté, ce désir de proposer un spectacle total, de jouer la carte d’un certain glamour décadent, très hollywoodien. C’est peut-être pas toujours réussi, voire c’est souvent maladroit mais c’est fait avec enthousiasme et sincérité, ça me touche. Le dernier morceau, Everyone Needs Love, est sublime pour les mêmes raisons : un peu naïf, très sincère, beaucoup Rundgren, bien interprété / joué, je ne peux qu’adhérer.
« Everyone needs love / we can make it together », vous avez bien raison les jeunes !

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Donc voilà, ça s’est un peu terminé en eau de boudin en ce qui me concerne, plus tôt que prévu en tout cas.

Pas d’interviews finalement, j’ai pas pu avoir ce que je voulais et pour les autres, ça s’est mal goupillé. Ca n’est que partie (Grande) remise. Pouf pouf.

Pas de concerts gratuits non plus ie, les concerts de l’après-midi (le samedi et dimanche, les portes ouvraient à 14h) pour des raisons d’organisation personnelle également. Je jetterai néanmoins une oreille à Johnny Hawaii, Appletop et Only Real qui m’intriguaient pas mal.

Et puis c’est vrai, même si c’est la règle du jeu de toutes les manifestations culturelles de ce type et qu’on le sait pertinemment, on a parfois la sensation de se trouver dans la position du gamin dans la confiserie comme disent les anglo-saxons, ou d’adopter une attitude un peu consumériste pour adopter une tournure nettement plus négative : on veut tout voir, se gaver au maximum de musique, on court d’une scène à l’autre toute la journée de peur de manquer quelque chose d’important (en tout cas, je fonctionne comme ça mais je suis peut-être minoritaire, je ne sais pas).
Et le lieu s’y prête merveilleusement : Tinals, malgré son évolution et sa « progression » (sur le plan quantitatif, fréquentation et nombre de groupes/concerts) reste un festival à taille humaine, artisanal et ses 4 scènes sont réunies dans un périmètre réduit. C’est évidemment très appréciable. Mais je pense que l’année prochaine, je ferai le choix de choisir justement, et de voir moins de concerts peut-être, mais de les voir mieux.

Parce que oui, même si j’ai globalement été moins enthousiasmé par les prestations de cette édition que par celles de l’année dernière, un tel lieu, une telle organisation, une telle programmation, c’est absolument immanquable. Rendez-vous en 2016 donc !

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 2

Giant Sand, Ariel Pink, Sun Kil Moon et Divine Comedy en têtes d’affiche de la 2ème journée de This Is Not A Love Song à Nîmes : difficile de faire plus éclectique. Une programmation des plus roboratives. Tinals met les bouchées doubles pour cette nouvelle édition.

Merde, j’ai planté, je me crois dans Télérama.

Hipster, nul à chier, dément, n’importe quoi, sans déconner, DTC, Zooey Deschanel, Wes Anderson, Real Madrid.
Voilà, ça va mieux.

Aquaserge dans la grande salle pour débuter la journée.
Aquaserge est un groupe toulousain, je les ai vus en concert à de nombreuses reprises. J’étais très curieux de les revoir pour la 1ère fois depuis un an, après la sortie de leur 1er album (A l’amitié), après, surtout, leur 1ère véritable tournée. Et comme je m’y attendais, ils ont énormément progressé : tout le monde est hyper bien en place, les enchaînements absolument déments, et par conséquent, servie pas l’excellente acoustique d’une véritable salle de concert, leur pop hybride mêlant influences retro, prog et jazz rock (on peut aussi bien songer à Stereolab, pour qui ils avaient d’ailleurs ouvert il y a quelques années, qu’à Gong, pour situer) prend littéralement forme sous nos yeux. Une forme ronde, élastique et mouvante, en constante évolution. Excellent concert donc, l’un de ceux que je retiendrai sur ces 3 jours.

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Je vais faire un saut à l’extérieur pour jeter un oeil à Twerps : c’est mignon, c’est bien fichu mais je m’attarde pas trop, j’en ai un peu marre de ce revival indie pop 90s, guitares graciles et mélodies un peu floues. Et puis Giant Sand à suivre.

La grande salle est bien pleine pour accueillir un des groupes phares et cultes de l’americana, avec un public plus âgé et très masculin. Un mec dans l’assistance gueule « Teuksone ! » lorsque le groupe débarque. Howe Gelb, très charismatique, présente d’emblée chacun de ses musiciens et rappelle ainsi à tout le monde que Tucson se prononce « toussonn ».
Et c’est parti pour une grosse heure de country-folk-rock racé et classieux qui rappelle à chacun que Giant Sand fait bien partie des pionniers et des tous meilleurs représentants de ce genre aujourd’hui fermement établi. A mi-concert, Gelb s’assied au piano, seulement accompagné de sa section rythmique, pour un passage limite piano bar qui me convainc modérément. Le reste du groupe le rejoint pour un final plus rock qui finit de mettre l’assistance à genoux. Ca sera pour beaucoup le meilleur concert du festival. Pas pour moi : c’est excellent, mais surtout dans la 1ère partie en fait, après ça se délite un peu. Et Howe Gelb a beau avoir une présence phénoménale, avec des interventions toujours très drôles, pertinentes, spirituelles, je reste un peu sur ma faim. Disons que ça ne m’a pas totalement bouleversé. Mais ça restera un des moments forts du festival, et c’est une grande chance que d’avoir pu assister à un concert de ce groupe.

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Allez hop, je traîne pas, je veux absolument voir Ariel Pink sur la grande scène extérieure.
Compliqué Ariel Pink évidemment, très compliqué… Insupportable personnage la plupart du temps (gros poseur ? véritable dingo ? Mystère…) mais du talent, c’est indéniable, et des fulgurances créatives qui le rendent, au minimum, intrigant. Ils sont super nombreux sur scène (7 ou 8, je sais plus ezactement) et mettent énormément de temps à se mettre en place :  je crains le pire. D’autant qu’ils jouent fort, TRES fort : les bouchons d’oreille sont de sortie dans une large proportion du public. Mais très vite, ça se met en place : ça passe constamment du coq à l’âne, de la pop déviante au hair metal en passant par le punk rock ou l’electro vicieuse mais ça tient étonnamment bien la route, ça prend du sens au fur et à mesure. Je ne m’y suis à mon grand regret encore jamais rendu mais pour moi, Ariel Pink, c’est la bande son du Los Angeles des années 2010 : une ville hybride, à la fois crade, glamour et complètement tordue. Il en est en tout cas un excellent ambassadeur.

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Je tente ensuite de me rendre au set de Wand dans la petite salle mais c’est peine perdue, la file d’attente pour entrer est à nouveau décourageante. Dommage, j’aurais bien aimé assister au concert de ces protégés de Ty Segall.

Je me rapatrie donc vers la grande salle où le concert de Sun Kil Moon a déjà débuté. Je comptais pas y assister, ça me gonfle Sun Kil Moon… C’est du folk hyper narratif et plombant, c’est pas pour moi. Surprise : Mark Kozelek, l’homme derrière ce nom primesautier (et derrière feu Red House Painters), est accompagné de 2 guitaristes et d’un batteur. Je pensais qu’il se produirait seul, en musicien qui fait jouer ses mains sur un morceau de bois. Il arpente la scène comme un lion en cage, déclamant ses textes décrivant essentiellement, le deuil, le sentiment de perte et autres joyeusetés, de manière hyper agressive. Intrigant… Entre chaque morceau, il invective le public, lui demandant constamment de se taire (« stop whispering »). Il cherche la confrontation, c’est évident, il s’en amuse. On songe par moments à un Springsteen minimaliste et janséniste, aussi austère et « malaimable » que Bruce est généreux et exubérant. Je peux pas dire que ça me plaît mais je suis curieusement comme hypnotisé, je n’arrive pas à m’arracher de mon siège (oui, je suis au balcon, confortablement assis, comme au cinéma, et comme le vieux que je suis). C’est un moment fort finalement, l’un de ceux que je retiendrai…

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Je sors néanmoins un peu avant la fin, je ne veux absolument pas manquer une seconde du concert de Divine Comedy sur la grande scène extérieure.
J’ai déjà expliqué ici l’importance qu’à ce groupe pour moi, l’affection que je porte à Neil Hannon. Divine Comedy, c’est aussi un sublime concert de 1996 au Bikini, à l’époque où le groupe se produisait avec une formation classique complète (une trentaine de musiciens de mémoire) : je ne peux pas nier la dimension nostalgique que revêt la prestation de ce soir même si je continue à suivre, et à trouver excellente, une carrière qui a connu quelques bas, mais qui est à nouveau très intéressante sur les derniers albums.
Ce soir c’est formation réduite : basse, batterie, clavier, Neil Hannon à la guitare (acoustique le plus souvent) et… un accordéoniste pour les parties de corde. J’ai peur mais ça l’effectue parfaitement en réalité, je suis rassuré d’entrée : Absent Friends, cavalcade-ode à l’amitié qui me touche énormément. Sur les titres les plus cabarets, où Neil Hannon nous rejoue son numéro de petit Brel irlandais, je trouve ça un peu too much mais c’est beau.
Et puis c’est con mais y a une très belle ambiance dans le public : essentiellement des fans de la 1ère heure, des trente-quarantenaires donc, tranquilles, un sourire un peu couillon aux lèvres (j’arbore le même air de ravi de la crèche), simplement heureux d’être là (je le suis moi aussi). La setlist s’apparente à un best of (Songs of Love, Becoming More Like Alfie, Your Daddy’s Car, Generation Sex, Bang Goes the Knighthood). Il annonce The Summerhouse, je sens que je vais craquer. Ah non, finalement, il s’est planté, elle arrive un peu plus tard. Mais il finit par la jouer, elle est sublime… Cette chanson me touche énormément, elle me met immanquablement les larmes : c’est dire si j’ai l’air con ce soir.
Entre chaque morceau, Neil Hannon (qui boit évidemment du vin rouge dans, évidemment, un très joli verre à pied) s’adresse au public : il est drôle, fin, spirituel, élégant et proche à la fois. Nous sommes entre gens de bonne tenue mais ça n’est jamais corseté ou trop sage, ça ressemble plutôt à une réunion de vieux amis. Sur Alfie, il rate le solo final, s’en amuse, s’en excuse, et en conclut que ça serait le moment idéal pour crasher sa guitare sur son ampli. « But not me : I was brought up well ». Voilà : de l’humour, de l’auto-dérision, une musique exquise, des refrains à reprendre en choeur, c’est un très beau moment. Qui se conclut pas un Tonight We Fly, chanson d’amour absolue s’il en est dans un répertoire qui en compte un bon paquet, des plus approprié et célébré comme il se doit.

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J’aimerais bien voir Bagarre dans l’absolu, The Juan Mc Lean aussi, mais non, j’ai envie de rester là dessus (et puis je suis un peu fatigué aussi, faut dire ce qui est).
Ca fait beaucoup de groupes, de bons groupes, de très bons groupes même, c’est à la fois très grisant et frustrant, j’ai l’impression de courir, de ne pas en profiter comme il se doit : comme quand on se tape Alison Brie et Charlize Theron 3 ou 4 super films dans la même journée.

Alors ciao, bonne nuit, à demain. Et merci Neil