#93 Sébastien Tellier – Sexuality

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon affection pour celui qui est un des phares de Grande remise (ici et ici par exemple).

Sébastien Tellier aime changer de style pour chacun de ses albums : brasilou sur L’Aventura, electro mystico-bourrine sur My God Is Blue etc.
Sexuality, c’est l’album de l’electro classieuse et putassière à la fois, illustrée par cette sublime pochette, incarnée par la figure du Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo producteur de l’album, et synthétisée dans le génial Sexual Sportswear (ce titre, déjà).

Album sensuel voire priapique par moments, Sexuality est avec le recul son chef d’œuvre : Roche, Kilometer, Divine, que des tubes. Et L’amour et la violence bien sûr, un classique absolu et le morceau qui restera de lui, avec La ritournelle.

#92 Teenage Fanclub – Songs From Northern Britain

C’est Grand Prix, leur précèdent album, qui est généralement cité comme LE chef d’oeuvre de Teenage Fanclub mais, même si à ce niveau d’excellence et d’appréciation ça veut pas dire grand-chose, je lui préfère celui-ci. Start Again, c’est comme The Concept : à la fois une ouverture parfaite et une de mes chansons préférés tous artistes et périodes confondues. Quant à I don’t want control of you je la tiens, très objectivement (je le pense), pour une des plus parfaites pop-songs jamais écrites.

Tout ça pour dire : Grand Prix, oui, bien sûr mais Grand Prix c’est un peu l’album de la « révolution » (on baisse le volume, on monte les harmonies vocales). L’album de la perfection, c’est celui-ci selon moi.

#91 Teenage Fanclub – Bandwagonesque

Je parle de Teenage Fanclub ici, à l’occasion de leur concert toulousain.

Bandwagonesque est un album fondamental pour moi, il figure parmi les 4 ou 5 auxquels je pense en premier lorsqu’on me demande quels sont mes favoris. C’est un album assez « simple », dans le sens où il est assez basique, c’est pas Pet Sounds… Malgré ça et malgré le fait que je le connaisse dans ces moindres recoins depuis longtemps, 25 ans après, et après des centaines d’écoute, il parvient encore à m’élever, m’émouvoir, m’exciter. C’est dû à mon attachement très subjectif et un peu irrationnel évidemment mais je pense qu’il a aussi une qualité « objective » dans la production qui fait qu’il n’a pas vieilli et qu’il n’est pas vraiment ancré dans son époque, qu’il s’écoute aussi bien en 1992 qu’en 2005 ou 2017. Un classique donc.

Enfin, même si on ne peut pas dire que Teenage Fanclub soit passé à la postérité pour la qualité de ses textes, j’aime beaucoup ce qui se joue ici : il y a quelque chose de profondément adolescent, dans ce que l’adjectif peut avoir de plus noble, dans les sentiments évoqués et dans la manière simple voire rudimentaire, dont ils sont évoqués : « There are things / I want to say / But I don’t know / If they would be to you » sur Alcoholiday par exemple ou encore « Saw you there with long blonde hair / Eyes of blue, oh baby / I love you / When you’re walking (I love your walk) / When you’re talking (I love your talk) » sur Sidewinder, je trouve ça juste et touchant.

Mais de toutes façons j’arrive plus à juger ce disque avec un minimum de recul, je l’aime de manière un peu irrationnelle encore une fois.

#90 T-Rex: The Slider


Quand il faut n’en retenir qu’un, il s’agit très souvent d’Electric Warrior. Ca se tient, c’est un excellent album, le premier véritablement glam de T-Rex, et il contient 2 de leurs tubes les plus connus, Get it on et Life’s a gas. Ceci étant, on retrouve ici Metal Guru et Telegram Sam qui dans le genre gros tubes se posent un peu là (peu de passages musicaux me mettent autant en joie que les couplets de Telegram Sam).

Electric Warrior est super mais je lui préfère son successeur car c’est selon moi leur album le plus homogène et surtout celui qui capte le mieux le « son » T-Rex, à la fois simple, pur et puissant : une batterie lourde et aérienne, des guitares sèches d’une limpidité dingue, une guitare électrique de faune en rut, quelques cordes, des chœurs un brin hystériques. Il faut ici saluer le travail de l’immense Tony Visconti, qui aura donc enregistré les 2 artistes les plus emblématiques du glam-rock, David Bowie et Marc Bolan, sans que leurs albums sonnent de la même manière. Du grand art.

Moins intellectualisél, littéraire et théâtral que celui de Bowie, le glam-rock de T-Rex, qu’il soit boogie lubrique ou folk sentimental, est profondément enfantin (mais pas puéril pour autant). Il retranscrit comme peu d’autres la joie, la tristesse, le sentiment amoureux (ou plutôt le désir) dans ce qu’ils ont de plus pur et d’essentiel: « I’m just a man / I understand the wind and all the things that make the children cry » sur Spaceball Ricochet. Il a été réhabilité depuis (n’oublions pas que T-Rex a longtemps été méprisé, et l’est encore parfois, car jugé comme un groupe pour jeunes ados) mais il faut dire, et redire que Marc Bolan était un parolier brillant, aux visions poétiques naïves et ludiques.

#88 Super Furry Animals – Phantom Power

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Phantom Power est sans doute l’album le plus accessible des SFA (avec Rings Around the World, que j’aurais voulu faire figurer dans ce classement mais bon). C’est aussi l’album sur lequel ils regardent le plus ostensiblement de l’autre côté de l’Atlantique, avec des sonorités plus chaleureuses (la batterie très Stax) et des influences countrysantes qui lui confèrent une tonalité très douce et parfois mélancolique (indépassable Hello Sunshine en ouverture).

Du coup, je me dois de citer ce qui figurerait sans problème dans ce top si elle avait été publiée officiellement, à savoir la Peel session que le groupe a enregistré à la sortie de l’album. Ils y jouent pas mal de titres de Phantom Power bien sûr, ainsi que de Mwng, leur album en gallois, accompagnés d’une pedal-steel. Les anciens titres sont également légèrement remaniés avec une sensibilité plus soft et folk et c’est absolument sublime (il faut par exemple entendre la géniale version de Demons avec ce nouvel arrangement). Loin de moi l’idée de t’encourager à braver le glaive de la justice mais ça se trouve assez facilement. A bon entendeur…

#87 Super Furry Animals – Radiator

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J’ai déjà parlé à plusieurs reprises, notamment ici, de ce qui est un de mes groupes fétiches.

Radiator est un album particulièrement apprécié à la fois des fans et des critiques et c’est logique tant on y retrouve tout ce qui fait des Super Furry Animals un groupe aussi roboratif et exhaustif : énergie brute héritée à la fois du punk et du glam, psychédélisme, délicatesse pop, il y a tout dans Radiator. Il y a même, chose rare en ce qui les concerne, une pochette décente.

#86 The Stone Roses

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Lorsque l’album sort (en 1989), je n’ai “que” 16 ans et je n’ai tout simplement jamais entendu parler du groupe. J’ai des goûts beaucoup plus mainstream. J’ai 16 ans, dans le Pays Basque profond, à la fin des années 80 quoi.

L’année suivante, une camarade de lycée me fait découvrir les Smiths: c’est le choc, le tournant du match. J’en ai parlé récemment, ici, j’insiste pas.
Très vite, en lisant des articles par-ci par-là, je découvre que les Smiths et les Stone Roses sont pas vraiment copains. Qu’ils seraient même plutôt antithétiques. Évidemment, en bon fan qui se respecte, qui plus est converti de fraîche date (les pires), j’ai une confiance aveugle en Morrissey, je ne prends donc même pas la peine de jeter une oreille à l’objet du délit : un album d’une profonde vacuité qui fait l’apologie de la drogue et de la dance music la plus superficielle et inconséquente blablabla. Bon. Ca dure comme ça pas mal de temps.

Quelques années plus tard, je finis par l’écouter ce disque, juste avant la sortie de Second Coming, leur second album (j’adore Love Spreads, le single du grand retour). Et là évidemment, je suis un peu sur le cul. Parce qu’en lieu et place d’un album de dance-music à la Primal Scream ou Happy Mondays, j’entends un groupe probablement obsédé par les sixties et, au hasard, les Byrds. Sacré Morrissey. Et puis ce John Squire, il était pas censé être un guitar hero, le fils spirituel de Jimmy Page? Bizarre parce que j’entendais surtout un guitariste fin et délicat, tout en arpèges carillonnants… L’a pô compris…

Je l’ai immédiatement aimé ce disque: 11 titres, 11 tubes. Je déconne pas, revoie la tracklist :  11 tubes. Ou 12 si t’as la version US avec Elephant Stone. Après… On s’en fout que Ian Brown ne sache pas chanter, que John Squire soit bouffi d’orgueil et de came, que Second Coming soit à moitié inécoutable (et je suis gentil) ou même que Morrissey ait partiellement raison quant à sa vision du groupe : The Stone Roses est de ces albums qui encapsulent en 45 minutes environ ce qu’a été, ce qu’est et ce que sera la pop anglaise. Comme ont pu le faire auparavant (t’étouffe pas, je les mets pas sur un pied d’égalité pour autant), les Kinks, Bowie, The Jam, plus tard Blur et Oasis. Ou les Smiths.

Teenage Fanclub – Le Metronum, Toulouse

« She wears denim wherever she goes / Says she’s gonna get some records by the Status Quo / Oh yeah / Oh yeah »

Si toi aussi tu as été musicalement formé au début des années 90s, il y a de fortes chances que les premiers mots de The Concept se soient gravés à jamais dans ta mémoire.

(A 2’01, mon solo de guitare préféré de tous les temps, je l’ai joué un nombre incalculable de fois. A la bouche.)

A partir du moment où j’ai entendu cette intro bruitiste suivie d’une mélodie byrdsienne chez Bernard Lenoir sur France Inter un soir de cité U comme tant d’autres, Teenage Fanclub est devenu un groupe phare, fétiche, un de ceux qui m’accompagnent… depuis toujours ou presque maintenant puisque ça fait 25 ans. Un de ces groupes qui n’a selon moi jamais commis un seul mauvais disque, ni même un disque moyen et qui est capable, près de 30 ans après ses débuts (Everything Flows en 1989), de sortir un de ses meilleurs albums (le sublime Here de l’an dernier). Un groupe qui m’a parlé et qui me parle encore intimement comme peu d’autres parmi les formations contemporaines.

Et un groupe qui s’est logiquement ajouté à ma bucket list de groupes à voir sur scène et auprès duquel j’avais jusqu’à lundi dernier essuyé 2 échecs retentissant (le premier en 1992, le second en 2010) donc autant te dire que j’étais un poil surexcité et qu’à ce stade et à ce niveau d’attachement affectif J’ETAIS UN POIL SUREXCITE.

Le concert avait lieu au Metronum, sorte de mini-Bikini, soit une salle flambant neuve (3 ou 4 ans seulement il me semble) très confortable pour le public et sans doute les musiciens (super acoustique). Affluence… correcte, sans plus. Je m’attendais à davantage mais je suis sans doute aveuglé par mon attachement au groupe qui reste un groupe confidentiel, en France en tout cas. Public de quarantenaires, voire plus, majoritairement.

Après une première partie sur laquelle je préfère ne pas m’attarder afin de ne pas gâcher l’ambiance, Teenage Fanclub attaque de manière prévisible avec Start Again. Peut-être ma chanson préférée du groupe donc une de mes chansons préférées tout court. Pour des raisons qui seraient à la fois trop longues et trop embarrassantes à expliquer.

(A 2’27, second solo favori de tous les temps. A la bouche aussi.)

Ouverture prévisible quoiqu’il en soit (les Stones attaquent avec Start me up, Teenage Fanclub avec Start Again, normal dans les deux cas) mais un poil frustrante car comme souvent sur les 1ers morceaux, la balance est pas au top et c’est le cas ici. « Even though / It’s complicated / We’ve got time / To start again », ça me tuera toujours malgré tout, même via le haut parleur d’un téléphone portable. Et puis dès le départ, malgré la balance un peu hasardeuse donc, c’est vraiment “les harmonies vocales pour les Nuls”. Putain le niveau des mecs, comme ça, à froid…

Les mecs d’ailleurs : Norman Blake, son léger embonpoint et sa dégaine très sage d’étudiant sympatoche. Héros pop absolu. C’est lui qui interprète le plus de morceaux : même si le travail de composition (et d’interprétations puisque chacun chante la chanson qu’il a écrite) se divise équitablement, il reste le leader du groupe. Je suis à la fois surpris et ému : je réalise qu’en live, son timbre, ses intonations, son phrasé se rapprochent énormément de ceux de l’un de ses héros (qui se trouve aussi être l’un des miens), Gene Clark.

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Raymond McGinley (qui restera tout le concert sur sa Jazzmaster) très classe avec ses cheveux presqu’uniformément blancs et son allure longiligne, roi du solo neilyoungien

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Gerard Love et son incroyable dégaine d’éternel étudiant endimanché aux fringues mal taillées. Souvent en retrait (au sens propre), ses compositions humbles et plus impressionnistes que celles de ses 2 partenaires seront toujours très chaleureusement accueillies.

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Plus le désormais fidèle Francis Mac Donald à la batterie et un cinquième gars dont j’ignore le nom aux claviers/guitare.

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Bon, dès le 2ème morceau (Sometimes I Don’t Need to Believe in Anything et ses incroyables harmonies à 5 sur le final), tout va bien côté son et du coup… Bah c’est tout simplement parfait. Simplement : Teenage Fanclub, c’est la quintessence du groupe pop/power pop et l’adjonction d’un clavier (très) discret à la formule canonique guitare-basse-batterie, c’est la seule fantaisie qu’on est en droit d’attendre de leur part.
Car l’essentiel est ailleurs : dans ces compositions canoniques là aussi, à la saveur d’éternité comme j’ai pu le lire dans une bio du groupe,  qui, même quand on les connait un peu moins bien (comme celles du dernier album par exemple), procurent ce sentiment qu’on les connait depuis toujours. Pas au sens « pffffffffff, j’ai entendu ce truc mille fois » mais au sens « nom de Dieu, j’ai l’impression de connaitre cette chanson depuis toujours ». Ce qui vaudra aux titres du dernier album de se fondre à merveille dans une setlist composé de tubes issus de TOUS leurs albums (donc une période couvrant presque 30 ans encore une fois) et à un titre tel que I’m in love, d’être aussi chaleureusement accueilli qu’un classique tel que Sparky’s Dream (au hasard). Merde, je parle là d’un groupe capable de composer ces 2 merveilles absolues à 20 ans d’intervalle :

Je ne vais donc pas citer tous les moments forts puisqu’il n’y a eu que ça : le groupe possède une bonne dizaine, au bas mot, de classiques absolus qu’il interprète avec une maîtrise confondante (ces harmonies nom de Dieu, cette symbiose entre les guitares de Blake et McGinley). Mieux, c’est dingue l’énergie et l’enthousiasme, apparemment sincères si l’on en juge par leur attitude et leurs sourires, dont ils font preuve en interprétant des titres qu’ils jouent probablement à tous leurs concerts depuis parfois 25 ans : The Concept par exemple, ils la jouent absolument à chaque fois je suppose, ça peut pas être autrement puisque c’est sans doute LE morceau qu’on retiendra d’eux et pourtant voilà, ils sont à fond, 25 ans après et c’est ce qui ajoute de l’émotion à ce grand moment.

Je vais pas tout citer, promis, mais des titres des albums « du milieu », comprendre des albums un peu négligés car un poil en dessous de leurs chefs d’oeuvre Bandwagonesque, Grand Prix ou Songs from Northern Britain ( je parle là d’albums tels que Howdy ou Man-Made) ont pris une dimension étonnante (It’s all in my mind, Dumb Dumb Dumb).

Et quel rappel ! Je m’attendais pas du tout à ce qu’ils remontent aussi loin dans le temps et avec une telle ferveur : God Knows It’s True, Radio (de leur très sous-estimé 3ème album, Thirteen) et pour finir, Everything Flows, leur premier single, à 3 guitares, avec de vrais accents de Crazy Horse dedans.

1h45 de perfection pop, tout simplement, avec humilité, élégance et enthousiasme.

mde

#85 Kelley Stoltz – Circular Sounds

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Kelley Stoltz
fait partie avec Jim Noir et Gruff Rhys (Super Furry Animals) de mes héros de l’ombre, esthètes pop aussi absolus que confidentiels. C’est un hasard (enfin, non, évidemment, mais ça n’est pas un choix conscient) mais ils partagent tous les 3 le même amour de l’orfèvrerie et du travail effectué en solitaire (sauf pour Gruff Rhys lorsqu’il est avec les SFA évidemment), en véritables Géo Trouvetou des home studios et rois de la débrouille. Et même s’il est américain, Stoltz est un anglophile convaincu.

Enorme fan d’Echo and the Bunnymen dont il a intégralement repris l’album Crocodiles (renommé Crockodials pour l’occasion), et qu’il a aujourd’hui rejoint en tant que guitariste de tournée, il semble sur cet album-ci s’être mis en tête de recréer les Kinks à lui tout seul, un peu à l’instar d’Elliott Smith avec les Beatles.

Circular Sounds est donc un album aussi mordant qu’enjôleur, aussi garage que chiadé, aussi électrique qu’acoustique. C’est selon moi le meilleur album de son auteur, même si tous les autres sont tout aussi recommandables, notamment le précédent, Below the Branches et les 2 suivants, To Dreamers et Double Exposure. Sur le tout dernier, In Triangle Time, un peu en dessous selon moi, il revient à ses premières amours new wave, évoquant même Bowie par moments.