Top cinéma 2018 – Oui

Une longue liste de films que j’ai aimés, oui, c’est pas mal mais bon, c’est pas non plus… Enfin, oui, ça va, ça passe, à des degrés divers. Là encore, dans le désordre et sans classement. A la relecture, certains auraient sans doute mérité de figurer dans la catégorie supérieure, d’autres dans la catégorie inférieure. Les daubes, ici, les semi-daubes, ici.

 

Wildlife – Une saison ardente

C’est du bon travail. Un peu scolaire à mon goût, très Sundance (sobriété de tous les instants, plans fixes savamment décadrés) mais c’est sauvé par une belle acuité et une belle sensibilité. Un gros souci néanmoins: je trouve que « ça va trop vite », comprendre que les motivations du personnage interprété par Carey Mulligan, et les actions, le comportement qui en découlent, surviennent un peu trop brutalement, sans crier gare. Ca m’a gêné, ça nuit à la vraisemblance d’une intrigue et d’une trajectoire (celle d’un couple en voie de séparation) par ailleurs bien traités.

 

Suspiria

Ca devrait être un « non » tant je m’y suis fait chier (2h30 !!!) et j’ai trouvé ça raté mais j’aime que le film fasse des choix forts et propose quelque chose de différent (de l’oeuvre originale) et radical. J’ai un peu envie de le revoir en vérité. Ici.

Ne jamais perdre une occasion de poster une photo de Dakota Johnson

 

Le Poulain

Ici.

 

The Disaster Artist

C’est sympathique. Ca donne surtout envie de voir le film en question (le film dont The Disaster Artist relate l’histoire et le tournage, The Roomqui figure dans la liste des « plus mauvais films de l’histoire du cinéma »). Il est désormais disponible sur Youtube. Pas plus, pas moins.

Les frangins Franco

 

Roulez jeunesse

Vaut davantage pour ses intentions que pour son résultat: 2/3 de comédie pure, tendance « nouvelle comédie française », portée par un Eric Judor en pleine forme et paf, on bascule sur un vrai drame social dans le dernier tiers. Pas vraiment réussi, ni dans l’aspect comique, ni dans l’aspect dramatique, mais c’est louable et ça se regarde. Pas plus, pas moins là aussi.

 

Avengers: Infinity War

Ici.

 

Bécassine !

Je suis sans doute un peu sévère car y a des gags absolument formidables ainsi que nombre de situations et dialogues savoureux : le duo Karin Viard/Denis Podalydès fonctionne à merveille et l’arrivée de Bruno (Podalydès) insuffle encore plus de drôlerie à un ensemble qui n’en manquait pas vraiment. Seulement voilà, j’ai souvent ce problème avec les films de Podalydès: quand il s’en tient à la comédie, je suis très client. En revanche quand il va sur le terrain des saltimbanques, de la poésie du spectacle vivant etc etc, j’ai du mal. J’ai néanmoins versé ma larmichette à la fin. A la réflexion, je suis un peu sévère oui, c’est quand même un joli film, une belle adaptation. Et j’insiste, c’est vraiment très drôle par moments.

Alerte poésie.

 

Budapest

Vu en avant-première dans une salle bien garnie et enthousiaste (compte-rendu ici) qui m’a sans doute un peu contaminé. Pas sûr que j’en ai une aussi bonne opinion si je le revois un jour chez moi…

 

Shéhérazade

C’est bien (ou plutôt « bieng » puisque ça se passe à Marseille) dans une veine ultra-naturaliste/caméra au poing/acteurs non-professionnels, mais c’est juste bien. Ca m’a jamais transporté ni ému ni bluffé. « C’est pas toi, c’est moi » : j’ai de plus en plus de mal avec le cinéma naturaliste, pour une raison que j’ignore. Mais dans le genre, Shéhérazade est à voir, c’est une réussite.

« Kesstchufé là, tu veux m’emboucaner ? »

 

Tully

Ca se regarde gentiment mais c’est typiquement le genre de séance qui me fait dire que parfois, je ferais mieux de (re)mater un classique chez moi. Inutile donc.

Les Confins du monde

Englué dans la jungle vietnamienne avec les membres d’une petite garnison de soldats français, le personnage interprété par Gaspard Ulliel se lance à la recherche de l’assassin de son frère et de sa belle-sœur, un général vietnamien sanguinaire à l’aura quasiment mythique (« on l’aurait vu ici il y a 2 jours », « c’est lui qui a fait ça hier », « cet enfant sait où il se trouve » etc). Énième variation basée sur le Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad donc, avec un soupçon de Moby Dick pour faire bonne mesure. Et c’est une variation réussie, qui repose sur une interprétation remarquable d’Ulliel et sur une crudité saisissante (le film est interdit aux moins de 12 ans seulement, là pour le coup, on peut pas dire que la censure ait abusé de son pouvoir). Guillaume Nicloux parvient même à faire oublier quelques facilités. UNE en vérité : le cliché du soldat ténébreux qui fait jouir la pute et en tombe amoureux, faut arrêter…

L’a pas l’air en super forme gros Gégé

 

Les Veuves

Bon petit polar à la fois maniériste et brutal dans lequel Steve MacQueen a l’intelligence de toujours laisser son intrigue au premier plan, se contentant d’ajouter des petites touches de commentaire politique ou soci(ét)al. Après, il m’en restait quasiment rien à peine sorti de la salle…

 

Paranoïa

J’aime bien Soderbergh parce qu’un peu comme Eastwood, il est capable de torcher un film en 2:2 juste parce qu’il a une lubie (ici, tourner son film entièrement avec un Iphone). Du coup c’est mineur voire un peu bâclé mais c’est pas grave, on sait que la fois d’après, ou celle encore d’après si cette fois ça lui prend de tourner un film à partir d’un scenario écrit en une demie-heure, il se sortira davantage les doigts. Ceci dit, en l’état, ça reste un thriller mineur certes, mais efficace, plaisant et prenant. C’est déjà pas mal.

Petit chou 2018 en détresse

 

L’Apparition

J’aime bien les films qui interrogent la foi ou qui se déroulent dans un milieu ecclésiastico-religieux. J’aime bien L’Apparition donc, histoire d’une enquête canonique, i.e. d’une enquête demandée par le Vatican suite aux apparitions (?) de la Vierge à une jeune fille de 18 ans. Ca traîne un peu en longueur mais le dernier acte, opaque, spirituel voire mystique, là où il s’agissait auparavant de tout confronter à la réalité, nous laisse sur une (très) bonne note. Et les étudiants rattrapés par la peau d’une conclusion brillante savent bien que c’est très positif de bien terminer sa copie.

 

Sur la plage de Chesil

Pendant 1h, une gentille caricature de téléfilm produit par la BBC avec tout ce que ça implique en termes de ripolinage (le film se situe au début des années 60) et de théâtralité (dont est issu le réalisateur, Dominic Cooke). Ils savent (bien) faire ça, les Anglais et pour peu qu’on ait rien contre ce genre de truc, ça passe tout seul. Et puis dans la dernière demi-heure, sans qu’on l’ait vraiment vu venir, ça vire au mélo parapluiedecherbourgesque. Sans la flamboyance ni la finesse mais ça m’a quand même cueilli. Ca me cueille toujours ces histoires-là.

Elle a un côté instagrameuse gracile un peu énervant mais elle a un truc quand même cette actrice (Saoirse Ronan)

 

Le monde est à toi

Je mentirais si je disais que je me suis ennuyé ou que je n’ai pas trouvé ça plutôt divertissant mais c’est pas brillant… Romain Gavras était peut-être un peu branché il y a une dizaine d’années (et encore, c’est sujet à caution) le problème c’est qu’il n’a pas vraiment évolué et que son passé de clippeur continue à le suivre (comprendre, il crée davantage des images ou des séquences isolées que du cinéma). M’enfin, on passe un bon moment tant que le film ne se prend pas au sérieux.

 

Un peuple et son roi

Un film sur lequel Positif et les Cahiers du cinéma se seraient écharpé il y a 30 ans. L’oeuvre d’un styliste baroque, assez unique dans le cinéma français (c’est donc un film Positif). Un baroque distancié qui plus est, autant amoureux du style que des mots. Bilan: je m’y suis un peu fait chier, je peux pas dire que ça m’ait plu mais au moins, c’est une vraie proposition de cinéma, audacieuse et singulière et l’air de rien, c’est un des films qui me restent de cette année de cinéma.

Featuring Denis « The Actor » Lavant dans le rôle de Marat.

 

Lady Bird

J’y suis allé un peu le couteau entre les dents (enfin, un petit couteau; le canif entre les dents disons) et de fait, le film cumule tous les mauvais points, ou en tout cas coche toutes les cases du parfait petit film indé agaçant mais il parvient malgré tout à surprendre et à toucher. Parce qu’il est sincère sans doute. Bon, après, j’en ai déjà pratiquement aucun souvenir mais c’est valable pour plusieurs autres films que j’ai aimés cette année. Y compris des films que j’ai davantage appréciés.

 

Eva

Parmi les films quasi-unanimement conspués cette année, pour ma plus grande incompréhension… Il y a ceux qui ont trouvé ça nul et il y a ceux qui ont trouvé ça nul comparé à l’original de Losey. Bon, déjà Losey, je trouve ça assez surestimé et puis j’ai été surpris que tant de gens l’aient vu son film. A croire que c’est un classique absolu… Bref, en soi (puisque je l’ai pas vu l’original moi), je trouve que ce Eva tient bien la route, dans la dynamique qui se crée entre les 2 acteurs (Ulliel et Huppert) et dans le trouble que Benoît Jacquot parvient à créer autour du personnage interprété par Ulliel, vrai-faux écrivain génial par escroquerie, sinon autour de sa relation, assez convenue c’est vrai, avec une escort-girl (Huppert) dont il tombe amoureux. En résumé, et selon l’expression consacrée quand on a pas envie d’argumenter ni grand chose à dire: « j’ai passé un bon moment ».

Cette scène par exemple est très réussie.

 

A Star Is Born

Ici.

 

L’Ombre d’Emily

Quand j’ai vu la bande-annonce, j’ai pensé « c’est quoi cette merde? ». Puis j’ai vu que c’était le nouveau film de Paul Feig (Mes meilleures amies, Spy, Les Flingueuses mais aussi la série Freaks & Geeks) donc j’ai foncé, et je le regrette pas. C’est pas totalement réussi, loin s’en faut mais c’est intéressant: l’idée du film c’est de partir d’un matériau hyper cheesy (en gros, les thrillers à 2 balles diffusés l’après-midi sur TF1 ou M6) et d’en faire quelque chose d’excitant (excitant-exciting, à l’américaine, pas excitant-Sopalin), tout en le parodiant. Premier et second degré en même temps, pas facile donc, et c’est ce qui explique que L’Ombre d’Emily soit à moitié raté – la parodie fonctionne, le premier degré nettement moins. Mais il faut le prendre pour ce que c’est: une blague un peu potache, un genre de Desperate Housewives hysterico-smartass. A noter que la b.o. est exclusivement composée de chansons françaises (surtout yé-yé mais pas que): Orelsan déboule sans crier gare sur le générique de fin, ça fait son petit effet.

Qui est Emily et qui est dans son ombre d’après toi?

 

Leto

Ici.

 

Neuilly sa mère, sa mère

Le premier volet, Neuilly sa mère, avait récolté de bonnes critiques, en même temps qu’un large succès public. Mérité car le film était plutôt drôle, malin, enlevé. On retrouve exactement la même équipe pour cette suite, avec, suite et surenchère obligent, quelques guests célèbres : Maître Dupont-Moretti, Gérard Miller mais surtout Julien Dray ( !) et Arnaud Montebourg ( !!). Dans de vrais rôles hein, avec des répliques et tout. Ils ont que ça à foutre sans déconner ? Ah ben en fait oui, désolé… Bon, ça s’est pas possible. Y a aussi cette grosse tâche de Charline Vanhoenacker dans le rôle d’une juge rouge. Tout ça pour dire que le registre comique est celui de la connivence avec le public (de gauche), à base de clins d’œil à l’actualité politique française. Du genre, quand le personnage principal embrasse fougueusement une collègue noire il lui lance « tu es ma Rama Yade ». Ca non plus c’est pas possible, du coup, j’ai pas beaucoup ri. Et malgré (tout) ça, il se dégage de l’ensemble quelque chose de foncièrement sympathique : parce que c’est très énergique, bien rythmé, que les comédiens prennent du plaisir. Et que ça en fout plein la gueule à Sarkozy et Macron et que ça, ça fait toujours plaisir.

Denis Podalydès en djellaba qui hurle « on ne coupe jamais sa salade avec un couteau!! » = j’ai ri.

 

Hostiles

Ici.

 

Halloween

J’aurais aimé aimer davantage, essentiellement parce que j’ai beaucoup de sympathie, sinon plus, pour le duo David Gordon Green/Danny Mac Bride aux manettes de ce remake. Et je le sentais bien, parce que j’aime leur travail donc mais aussi parce que leur projet a été adoubé par Big John (Carpenter) en personne (qui s’est même fendu du lifting de la mythique bande originale du film). Mais voilà, force est de constater que ce qui est propre au duo (les dialogues et scènes de dialogue, ainsi que tout ce qui a trait aux lycéens) ne fonctionne pas vraiment. Le reste en revanche i.e. les scènes d’action/de meurtre constitue selon moi un bel hommage/une belle relecture du film original. Que j’ai revu du coup, comme beaucoup j’imagine, et qui est vraiment un putain de chef d’œuvre de sa mère à 100 coudées au-dessus de celui-ci, ça va sans dire.

Attention Michael, derrière toi !!!

 

La Nuit a dévoré le monde

Ici.

 

L’Empereur de Paris

C’est mollasson… Ca frise même le téléfilm patrimonial de luxe financé par le service public. De fait, c’est une nouvelle variation autour du personnage de Vidocq, figure du patrimoine français historique et télévisuel. Mais ça se regarde car c’est assez joli, que Vincent Cassel, relativement sobre, donne le change et que j’étais sans doute bien luné.  Les 2 retraitées assises derrière moi gloussaient à chaque apparition d’un Luchini en roue libre, caricatural au possible : elles ont passé un bon moment, comme toute la salle je pense. On sent que Richet tente des trucs, qu’il veut faire un film populaire sans pour autant céder à la facilité. C’est louable on va dire. Totalement dispensable en revanche.

Les costumes masculins sont très réussis par exemple

 

Première année

Ici.

 

Everybody Knows

Le film s’est unanimement fait casser, et là encore, je comprends pas. De 2 choses l’une : soit les précédents films du réalisateur (que je n’ai pas vus) sont des chefs d’œuvre, soit les critiques ne voient que des chefs d’œuvre. Parce que bon, ok, c’est un peu lourd, un peu trop adulte, un peu trop psychologisant m’enfin, ça reste bien écrit, bien exécuté, bien dirigé. Comprends pas.

Guapos.

 

Ami-Ami

Mignonne rom-com sortie en catimini en début d’année, et retirée de l’affiche tout aussi discrètement (et rapidement). C’est très anecdotique, ça manque d’ampleur (et de moyens) mais c’est mignon. Disons que dans le registre de la rom-com française, ça se hisse sans mal au dessus des merdes habituelles. Featuring un excellent Jonathan Cohen en second rôle-scene stealer, comme d’hab.

 

The Guilty

Je trouve la toute fin un peu too much (difficile d’en dire plus sans spoiler) mais difficile également de faire la fine bouche devant un scenario aussi bien ficelé, et devant un film-concept (un mec au téléphone pendant 1h30 sans qu’on voit jamais ses interlocuteurs à l’autre bout du fil) qui parvient très vite à nous le faire oublier. Le concept. A part ça, confirmation que le danois est bien la langue la plus moche du monde après le néerlandais.

« La COGIP, bonjour »

 

Revenge

Suite à la défection de Danny Boyle pour la réalisation du 25ème Bond, le Guardian a listé ses remplaçants potentiels (Joe Wright, etc) et Coralie Fargeat en faisait partie. Faut quand même pas déconner mais ça prouve bien que son film a marqué les esprits, notamment à l’étranger (finalement ça sera Cary Fukunaga). Ici.

 

L’Amour est une fête

Ici.

 

Les Frères Sisters

On peut se dire « tout ça pour ça », toute cette violence, toute cette introspection, tout ce pataquès, pour finir chez maman et dans son lit de quand on était petit. On peut aussi trouver ça touchant, voire essentiel quelque part. Je suis dans le camp des gentils donc je l’ai choisi. Mon camp. Quoiqu’il en soit, un film direct et modeste, presque inespéré de la part de Jacques Audiard.

Les frangins Soeurs

 

Une pluie sans fin

Le prototype du BFC, le Bon Film Chiant: c’est objectivement bien mais on s’y emmerde pas mal (moi en tout cas). Et puis les similitudes sont trop nombreuses avec le génial Memories of Murder. En sa défaveur, donc.

 

First Man

2 mois après, je sais toujours pas quoi en penser en vérité. Mieux, je peux toujours pas dire si j’ai aimé ou pas… Ce qui est plutôt une bonne chose n’est-ce pas ? Sur le coup, j’ai trouvé ça solide, cohérent, maîtrisé, quoiqu’un peu trop doloriste à mon goût: Damien Chazelle a décidément une sorte de culte de l’épreuve morale, une passion pour la souffrance, qui m’agace et à laquelle je n’adhère pas, tout simplement, sur le plan moral et personnel. Et puis il y a la séquence de l’alunissage, superbe et surtout, cette toute dernière séquence entre le couple Armstrong, terrassante de tristesse, qui finit de faire de ce film un long poème noir assez impressionnant mais qui m’a pas mal déprimé. D’où ce classement modeste pour un film qui méritait sans doute mieux.

Spoiler, merde !!!

 

Le Grand bain

Ici.

 

Amanda

A chaud, il était dans la catégorie supérieure. Avec un peu de recul… C’est sans doute un très bon film d’un point de vue purement objectif mais je suis resté un peu à l’écart. Vincent Lacoste me paraît encore un peu « juste » dans l’émotion pure, j’ai l’impression qu’il a du mal (c’est con à dire mais il pleure très mal par exemple). Les dialogues manquent un peu de naturel à mon goût, de même que tout ce qui a trait à l’attentat (très très délicat évidemment, d’autres se seraient planté de manière beaucoup plus embarrassante voire révoltante). Le défilé de guests (Elli Medeiros, Luke Haines des Auteurs, Jarvis Cocker pour la chanson du générique, Marianne Basler et Greta Scacchi en mode retour de hype, et je ne parle même pas de la subtile référence pour happy few aux Go-Betweens, n’en jetez plus) frise l’étalage de bon goût un peu gratuit. Après évidemment, il y a une lumière (au sens propre et figuré) sublime, une grande subtilité, une science de la narration et du montage… La séquence de fin à Wimbledon est magnifique. Anecdotique mais je me suis fait la réflexion: le film donnerait presqu’envie aux indécrottables provinciaux de vivre à Paris. Presque.

La chiale

#40 Steak

En 2016, la mode et les critères de beauté ont beaucoup changé. Une nouvelle tendance fait des ravages chez les jeunes : le lifting du visage. Georges, un jeune diplômé récemment lifté, profite des vacances d’été pour s’intégrer aux « Chivers », une bande de caïds liftés à l’extrême. Blaise, un loser rejeté et ex ami d’enfance de Georges, aimerait lui aussi faire parti de la bande… (Allociné)

Et là, en lisant le résumé d’Allociné, je réalise avec stupeur que le film est censé se dérouler en 2016…
Son aspect « dystopique » est un des trucs qui me fascine le plus : c’est le futur, clairement (plus maintenant donc…), c’est une société occidentale, clairement aussi, mais si ça ressemble à une France hyper américanisée, ça ne l’est peut-être pas non plus. En réalité le film a été tourné au Canada.

Je déteste utiliser cette expression souvent galvaudée mais je n’en vois pas d’autres : Steak est un véritable OVNI cinématographique, un truc rarement vu sur un écran en France, encore moins dans le registre de la comédie. Difficile même avec du recul de situer le film ou de le rattacher à des références bien précises : ça commence par une scène qui pourrait être tirée de La 7ème compagnie et tout de suite… ça dévie. Finalement, et c’est ce qui fait de Steak une aussi belle réussite évidemment et un film aussi génial, on s’en fout : il est suffisamment fort pour qu’il soit inutile de devoir le rattacher à quoi que ce soit.

Gros, gros bide évidemment, mais on est quand même un certain nombre à avoir été durablement conquis et marqués par ce qui reste le meilleur film de Quentin Dupieux et une des meilleures comédies françaises de ces 10-15 dernières années: la discussion sur le nouvel humour, les Chivers, « le dernier arrivé est fan de Phil Collins« , cette scène incroyable au cours de laquelle les Chivers s’adonnent à une activité aussi absurde que mystérieuse mêlant base-ball et calcul mental… Pour utiliser à nouveau un qualificatif galvaudé, Steak est le prototype du film culte.

Ceux, nombreux, qui n’ont pas accroché, n’y vont pas non plus de main morte. Extraits (via Allociné encore; je cite pas les auteurs, ils peuvent aisément être retrouvés sur la fiche du film):

« J’ai rarement vu un film aussi mauvais ! Mettons de côté le profond ennui qu’il a provoqué chez moi. Le scénario est mauvais, l’interprétation également, bref, une horreur ! Je le déconseille à tous, sans exception ! »

« Ce film marque vraiment à vie,pas pour son succès,bien au contraire,pour sa qualité qui en un mot se résume à : CATASTROPHIQUE. J’ai eu la malchance d’aller voir ce film étant petite,je n’ai absolument rien compris ni du sens du film ni de son scénario ( s’il y’en a vraiment un…).Ce film fait penser,aux nombreux films surréalistes que l’on peut nous montrer en cours d’art,à la différence qu’ici il n’y a rien d’artistique.On devrait nominé ce film comme un des pires de l’histoire du film français,c’est une honte à l’histoire du cinéma.On se demande si le réalisateur n’aurait pas été sous l’emprise d’alcool ou de drogues fortes lors de sa réalisation tellement c’est absurde.Je m’étonne même de voir comment certains ont pu donner plus de une étoile à ce film. En quelques mots: A VRAIMENT EVITER! »

« faut-il avoir un QI de 20 pour aimé ce film ? ou peut être juste avoir 5 ans et demi… c’est nul et sans intérêt destiné a un publique de débile profond ,on dit que les meilleurs blagues sont les plus courtes et bien dans le genre ce film en est une vraiment trop longue qui fait perdre sont temps au spectateurs.Un navet ,je dirais même un concombre…pour faire dans le style du film,si vous avez de l’argent a jeter par les fenêtres,jetez- le par les fenêtres sa vaudra toujours mieux que de regarder ce genre d’insulte au cinéma comique français. »

« Oh mon dieu, j’adore ces 2 la, je suis fan de leurs films mais la… Cause indefandable, peut etre le pire film que j’ai jamais vu, incroyable ! Je recommanderais meme aux gens d’aller le voir, car c’est hallucination, sans doute un film pour extra terrestre, je ne vois pas d’autre explication. »

Ce dernier a raison : il faut voir Steak, un film « extra-terrestre ».

Top 10 cinéma 2014

Je préfère te prévenir même si tu le remarqueras très bien tout seul : ça sent la fatigue.

10. A most wanted man

Je lui préfère The American, précédent film d’Anton Corbjin également adapté d’un roman de John le Carré, pour son caractère plus intimiste voire minimaliste, pour le côté « italiano » du film, pour les Abruzzes, pour Clooney. Et bien sûr pour la sublime Violante « bonjour madame » Placido. A Most Wanted Man est un film plus « global », plus « mondialisé », plus manifestement ambitieux : son propos est de tenter de cerner en quoi, pour les services d’espionnage des plus grandes puissances occidentales, le 11 septembre 2001 a irrémédiablement changé la donne. Il le fait de très belle manière, très élégante, sans maniérisme ni manichéisme, avec beaucoup de justesse, d’intelligence et d’à propos. Corbijn choisit encore un cadre inhabituel et relativement peu utilisé au cinéma auparavant, la ville de Hambourg, après le petit village de Castelvecchio dans les Abruzzes donc. Et une nouvelle fois, il choisit d’aborder son histoire, aussi potentiellement lourde et ambitieuse soit-elle, sous l’angle de l’histoire d’un homme, seul, de son caractère trop humain justement et de son drame personnel. Que ce personnage soit interprété pour sa dernière apparition à l’écran il me semble, par l’excellent et regretté Philip Seymour Hoffman, le rend bien évidemment encore plus émouvant.

RIP
RIP


9. Wrong cops

Il s’agit a priori d’une « récréation » pour Quentin Dupieux, avant son gros projet, Reality, sur lequel il bosse depuis plusieurs années il me semble. Il s’agit également d’un retour à la « comédie » pure après la tentative meta complètement foirée (détestable même) de Rubber. Et c’est peu dire que c’est jubilatoire : des petits films comme ça, supposément bâclés, tournés à la va-vite, on en redemande. De la part de Quentin Dupieux hein, pas Luc Besson. Super bo aussi, évidemment, genre de best of de Mr Oizo : ses disques, toujours passionnants, sont parfois à la limite du supportable (pour moi en tout cas); celui-ci est irrésistible et fait figure de porte d’entrée idéale.

Marylin Manson joue très bien la comédie.
Marylin Manson joue très bien la comédie.


8. Une nouvelle amie

Bénéficie peut-être de l’atout fraîcheur puisqu’il est sorti en fin d’année mais non, je crois pas : c’est un très JF (Joli Film), un excellent FF (Film Français, tourné à l’étranger de surcroît, en l’occurrence au Canada) et un film QFA (Qualité Française Auteuriste) exemplaire. Le grand chelem. Pas sûr que ce soit un FT en revanche (Film Télérama), je parie qu’ils ont trouvé ça trop kitsch ou trop populaire. J’en parle succinctement ici. Accessoirement, il s’agit du 3ème film featuring Anaïs Demoustier, définitivement le Petit Chou Grande Remise 2014.

Ils sont censés avoir le même âge, c'est quand même un peu gros.
Ils sont censés avoir le même âge, c’est quand même un peu gros.


7. La planète des singes : l’affrontement

Le blockbuster de l’année, tout simplement : spectaculaire et intelligent à la fois, il divertit et fait réfléchir, impressionne et questionne dans un même élan. Techniquement, c’est assez incroyable même si c’est évidemment accessoire : j’ignore si le choix de n’utiliser que des acteurs relativement  peu connus ou « modestes » (le plus célèbre étant Gary Oldman, pas vraiment une superstar hollywoodienne) relève d’un choix purement artistique et/ou économique mais il permet de laisser la vedette aux singes, beaux, émouvants, effrayants, sauvages, humains, bien sûr. Sur le fond, ce que dit le film sur la nature humaine, le pouvoir et son exercice, loin de tout manichéisme, angélisme ou à l’inverse cynisme, simplement avec lucidité et peut-être un certain fatalisme, me semble passionnant.

Un homme, un vrai.
Un homme, un vrai.


6. Gaby Baby Doll

J’ai revu les Coquillettes et j’en suis toujours aussi fan. Gaby Baby Doll, « vrai » film en comparaison (au sens de « plus traditionnel »), perd sans doute en spontanéité et punkitude ce qu’il gagne en ampleur, profondeur et émotion. Mais la manière dont il le gagne est absolument magnifique : il s’agit ni plus ni moins d’une réinvention du conte de fées traditionnel avec cette fois un prince éploré et une princesse charmante. Doucement subversif donc, drôle et émouvant. Très émouvant même.

J'aimerais bien savoir s'il s'agit d'une vraie ou d'une fausse barbe
J’aimerais bien savoir s’il s’agit d’une vraie ou d’une fausse barbe


5. 22 Jump Street

Bon, ça c’est moins émouvant, c’est sûr. Mais quel pied putain… Ces 2 mecs (Phil Lord et Chris Miller) sont vraiment très brillants… C’est eux qui ont réalisé La Grande Aventure Lego aussi cette année, mince ! Costauds les mecs… Si le 1er (Lego movie donc) repose sur une connaissance et une utilisation sans faille de la culture pop la plus pointue et fédératrice à la fois, sans une once de démagogie ni de putasserie, celui-ci fonctionne sur une connaissance et une utilisation sans faille… du 1er volet (21 Jump Street donc), dont il est, au plan près, le remake absolument conscient, délibéré et constamment amusé. Aussi brillant au premier qu’au second degré, le film met également, et à nouveau, en lumière, l’incroyable alchimie entre Jonah Hill, pilier de la neo-comédie US, et Channing Tatum, ex-pilier des Chippendales. Y a une espèce d’osmose improbable entre les 2, assortie d’une émulation, et d’une complicité évidemment, évidentes, qui fait tout bêtement plaisir à voir.

22-Jump-Street-Hill-Tatum
Fucking geniuses


4. Jacky au royaume des filles

J’en parle ici. J’en profite pour signaler que cette année, Riad Sattouf a également publié un nouvel ouvrage, L’Arabe du Futur (ce titre, déjà), absolument génial et indispensable. Cette BD, très différente de ce film, associée à lui, donne l’impression qu’il est en train d’atteindre une sorte de plénitude artistique et surtout, qu’il a encore beaucoup de films et livres grandioses, et différents les uns des autres, en lui. Enfin, j’en sais rien, peut-être que j’interprète complètement mais en tout cas j’ai hâte de découvrir ce qu’il nous réserve pour la suite, quel que soit le support.

L'instant Sopalin
Instant Sopalin


3. Tonnerre

Ici. Très envie de le revoir, ce qui est en général très bon signe. Vincent Macaigne, sorte de Patrick Dewaere de la génération Y (dans ce film en tout cas), y atteint de nouveaux sommets.

Comment ne pas aimer ce mec ?
Comment ne pas aimer ce mec ?


2. Dumb and Dumber De

Je me souviens très bien du jour où j’ai vu pour la 1ère fois Le Mépris. Peau d’Âne, Mulholland Drive aussi. Sueurs Froides, Le bon, la brute et le truand, 2001 l’odyssée de l’espace, Les Moissons du Ciel. Et Dumb and Dumber : un samedi matin, réveillé beaucoup trop tôt à mon goût de ma nuit d’étudiant glandeur et donc déjà posté à 9h du matin devant Canal Plus, en quête d’un film devant lequel prendre mon petit-déjeuner. Et là : Le Mépris. Peau d’Âne. Mulholland Drive, Sueurs Froides, Le bon, la brute et le truand, 2001 l’odyssée de l’espace, Les Moissons du Ciel. Pas moins. Une révélation. Une épiphanie. « Ah mais on peut faire ce genre de films? Avec cet humour là? ». Je m’en suis pas remis : TOUTE la comédie que j’aime aujourd’hui, et tu commences à savoir à quel point j’aime la comédie, vient de là.
Alors très exactement 20 ans après, quoi ? La joie, immense, à l’annonce de la mise en chantier de ce 2ème volet des aventures d’Harry et Lloyd, suivie aussitôt de la crainte évidemment : est-ce qu’ils (les Farrelly, Jim Carrey, Jeff Daniels) sont pas trop vieux maintenant ? Est-ce que cet humour n’a pas été enterré par sa géniale progéniture (la galaxie Apatow) ? Est-ce qu’ils ne vont pas jouer que sur la nostalgie du 1er volet ? Réponse, dans l’ordre : non, non et non. Dumb and Dumber De est tout simplement miraculeux : comme si le projet avait bénéficié d’un alignement de planètes, d’un état de grâce, d’une conjonction optimale d’ondes positives. Je n’en dirai pas plus : j’ai envie de citer 50 gags/répliques mais je n’en ferai rien pour ne rien dévoiler. Simplement, et c’était ma plus grosse crainte, les gags les plus débiles sont vraiment débiles (et drôles), les gags les plus élaborés sont vraiment génialement élaborés (et drôles), les gags les plus trash sont vraiment trash (et drôles), les clins d’oeil au 1er volet, à la fois parcimonieux et jubilatoires, en nombre pile poil suffisant, toujours traités de la plus belle des manières (le coup de la fourgonette-chien nom de Dieu MAIS QUELS PUTAINS DE GENIES). L’émotion, réelle, à la fois orchestrée et pudique, en prime. Émotion de retrouver ces 2 couillons ultimes 20 ans après, émotion de revoir les Farrelly au meilleur de leur forme, émotion de constater avec quel talent et quelle intelligence ils ont traité ce projet sacrément casse-gueule, émotion d’une histoire plus « profonde » qu’il n’y parait (le bonus par rapport au 1er volet) qui ne touchera donc pas uniquement les fans de la 1ère heure. Jim Carrey, totalement déchaîné, (re)trouve là son meilleur rôle depuis un bail. Jeff Daniels, plus en retrait, est génial lui aussi. Peter et Bobby Farrelly, merci, merci, merci. AESD ❤

Toutes les scènes sur la route sont absolument gé-nia-les
Toutes les scènes sur la route sont absolument gé-nia-les


1. The Grand Budapest Hotel

Eh oui, je suis prévisible. Mais j’ai d’autant plus envie d’aimer et défendre ce film qu’il n’a pas fait l’unanimité. En effet, pour beaucoup, de plus en plus nombreux, Wes Anderson ferait TOUJOURS le même film et ça commencerait à bien faire justement. Attention, gros scoop : la réponse est oui, il fait toujours le même film. Dingue. Comme Brian de Palma (pour prendre un exemple contrastant à l’extrême) ou comme les High Llamas, qui eux enregistrent toujours le même disque (pour prendre un exemple un peu plus approprié). Mais comme toujours, ceux qui savent, savent. Qu’il s’agit là de son film le plus raffiné, le plus élégant, le plus précieux. Mon Dieu quelle merveille. Cet homme, Wes Anderson, possède un goût absolument infaillible (et je m’y connais). Non mais quelle élégance encore récemment pour la cérémonie des Golden Globes ! Musique, costumes, décors, accessoires, dialogues : c’est toujours absolument délicieux et c’est l’épitomé du style Grande remise si tant est qu’il y en ait un (enfin, I wish…). Et cette préciosité, ce raffinement, ce souci du détail, n’ont jamais été aussi justifiés qu’ici, dans cette magnifique histoire de transmission (comme TOUJOURS chez lui, oui, tout à fait) et ce manifeste sincère et désabusé à la fois pour un monde plus beau. Dire des choses aussi profondes, aussi essentielles et les dire avec une telle élégance, une telle pudeur, m’a, une nouvelle fois, bouleversé.
« To be frank, I think his world had vanished long before he ever entered it – but, I will say: he certainly sustained the illusion with a marvelous grace ».